Jonas (VIIIe siècle av. J.-C.)

Jonas, le prophète galiléen envoyé à Ninive au VIIIe siècle avant Jésus-Christ : le grand poisson, le repentir de la ville, le signe des trois jours annoncé par le Christ et le débat sur l'historicité du livre.

Ignispedia

Jonas, fils d'Amittaï, est le prophète galiléen que Dieu envoya à Ninive, la capitale de l'Assyrie, au VIIIe siècle avant Jésus-Christ : au lieu d'obéir, il s'enfuit vers Tarsis, fut jeté à la mer, demeura trois jours et trois nuits dans un grand poisson, puis vit la ville païenne se convertir au premier appel. Son livre ne compte que quatre chapitres, ce qui en fait le plus bref des écrits prophétiques avec Abdias, et il occupe le cinquième rang des douze petits prophètes.

Ni fable édifiante ni mythe marin, ce récit est l'un des mieux attestés de l'Ancien Testament : cité par Ben Sira, lu par Tobie dans la Septante, copié à Qumrân, raconté par Flavius Josèphe comme de l'histoire, commenté par saint Jérôme, peint dans les catacombes. Surtout, Jésus lui-même en a fait son signe : comme Jonas est resté trois jours dans le poisson, le Fils de l'homme restera trois jours au cœur de la terre, et les Ninivites se lèveront au Jugement. L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis son plan, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la prière de l'Église, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.

Jonas dans le canon des Écritures

Le cinquième des douze petits prophètes

Le livre de Jonas appartient au recueil des Douze, que la Bible hébraïque appelle le Petit Livre des Prophètes et range à la fin des Prophètes postérieurs, après Isaïe, Jérémie et Ézéchiel[1]. La Bible chrétienne a repris ce recueil en ordre dispersé parmi les prophètes, mais Jonas y garde partout la même place : cinquième, entre Abdias et Michée, et cette stabilité même est un premier témoin de l'ancienneté du recueil[2].

Rang reçuLivreÉpoque traditionnelle du prophète
1OséeVIIIe siècle, royaume d'Israël finissant
2JoëlDate discutée, antérieur ou postérieur à l'exil selon les écoles
3AmosVers 760, sous Ozias et Jéroboam II
4AbdiasLe plus bref (21 versets), contre Édom
5JonasVIIIe siècle, sous Jéroboam II
6MichéeSous Yotam, Acaz et Ézéchias
7NahumChute de Ninive (612), le revers de Jonas
8HabaquqFin du VIIe siècle, face aux Chaldéens
9SophonieSous Josias, avant 621
10Aggée520, reconstruction du Temple
11Zacharie520-518, visions nocturnes
12MalachieVe siècle, après le retour d'exil

Le rapprochement avec Nahum éclaire tout le dossier : les deux livres parlent de Ninive, mais à un siècle et demi de distance. Jonas annonce la destruction dans quarante jours et la ville se repent ; Nahum annonce la chute définitive et la ville tombe en 612[3]. Loin de se contredire, les deux prophètes encadrent l'histoire assyrienne : la miséricorde suspendue un temps, puis le jugement exécuté quand Ninive retomba dans la violence.

Le livre que Jésus a pris pour signe

Aucun petit prophète n'est aussi présent dans l'Évangile que Jonas. Jésus le cite trois fois, dans Matthieu et dans Luc, et toujours aux moments décisifs où on lui demande un signe[4].

PassageContexteCe que Jésus affirme de Jonas
Mt 12, 38-42Des scribes réclament un signeLe signe du prophète Jonas : trois jours au cœur de la terre ; les Ninivites condamneront cette génération
Mt 16, 4Nouvelle demande des pharisiens et sadducéensIl ne sera donné que le signe de Jonas, puis il les quitte
Lc 11, 29-32Les foules s'amassentJonas a été un signe pour les Ninivites ; il en sera de même du Fils de l'homme

Le tableau montre une progression : Matthieu insiste sur les trois jours, Luc sur Jonas lui-même devenu signe pour sa génération. Dans les deux cas, Jésus parle de Jonas, des Ninivites et de la reine de Saba sur le même plan d'historicité, sans distinguer entre le troisième livre des Rois et le livre de Jonas[5].

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Jonas fils d'Amittaï, de Gath-Héfer

En dehors de son livre, l'Ancien Testament nomme Jonas une seule fois, mais cette mention suffit à l'ancrer dans l'histoire : sous Jéroboam II, roi d'Israël, Dieu rétablit les frontières du royaume selon la parole dite par son serviteur[6].

« C'est lui qui rétablit les frontières d'Israël, depuis l'Entrée-de-Hamath jusqu'à la mer de la Araba, conformément à la parole que le Seigneur Dieu d'Israël avait dite par l'intermédiaire de son serviteur le prophète Jonas, fils d'Amittaï, qui était de Gath-Héfer. » (Deuxième livre des Rois 14, 25[7])

Gath-Héfer, dans le territoire de Zabulon (Jos 19, 13), place donc Jonas en Galilée, plusieurs siècles avant que les pharisiens ne lancent : aucun prophète ne sort de Galilée[8]. Le nom même de Yonah signifie la colombe en hébreu, et saint Jérôme, qui connaissait l'hébreu sur place à Bethléem, y lisait aussi l'écho de la plainte, tant le prophète passe son livre à se plaindre[9]. Une tradition ancienne, rapportée par Jérôme dans son prologue puis par le pseudo-Épiphane dans ses Vies des prophètes, faisait de Jonas le fils de la veuve de Sarepta ressuscité par Élie : belle légende, née de la ressemblance entre Amittaï et le mot émeth (la vérité) que la veuve prononce devant Élie, mais sans autre fondement[10]. L'Église n'en a jamais fait un dogme : ce qu'elle retient, c'est le prophète du VIIIe siècle, pas l'enfant ressuscité.

La chronologie reçue : un Galiléen sous Jéroboam II

Jéroboam II règne sur le royaume du Nord dans la première moitié du VIIIe siècle (vers 793-753 selon la chronologie classique d'Edwin Thiele)[11]. C'est l'époque où l'Assyrie traverse une phase de faiblesse entre deux empires : Adad-nêrârî III est mort, les rois Salmanasar IV, Assour-dan III et Assour-nêrârî V se succèdent sans gloire, une peste ravage le pays de 765 à 759 selon les listes d'éponymes, et des révoltes secouent les provinces[12]. Un roi de Ninive qui jeûne et s'assied sur la cendre cesse alors d'être invraisemblable : le pouvoir central doute de lui-même, et les présages pèsent lourd dans une cour assyrienne.

Repère (référence)Donnée du texte ou de l'histoireLecture reçue
Règne de Jéroboam II (2 R 14, 23-29)41 ans, extension jusqu'à Hamath et à la mer MortePremière moitié du VIIIe siècle
Prophétie de Jonas (2 R 14, 25)Antérieure ou contemporaine de cette extensionJonas actif vers 780-750
Faiblesse assyrienne (listes d'éponymes)Peste 765-759, révoltes, rois effacésNinive réceptive vers 760, sous Assour-dan III ou Assour-nêrârî V
Chute de Ninive (Na 3 ; So 2)Prise par Babyloniens et Mèdes en 612Le sursis obtenu par le repentir dure environ un siècle et demi

Contemporains : Jonas prêche donc dans la génération d'Élie finissant et d'Élisée déjà mort, juste avant Amos de Teqoa (vers 760) et Isaïe à Jérusalem (à partir de 740)[13]. Le rappel vaut contre l'idée d'un livre flottant sans ancrage : le VIIIe siècle est le siècle prophétique par excellence, et Jonas en est le premier envoyé vers les nations.

Un livre bref, tout en prose, sauf le cantique

Avec ses quatre chapitres, Jonas est avec Abdias le plus court des écrits prophétiques, et il tranche sur tous les autres par sa forme : pas d'oracles en rafale, mais un récit suivi, tout en prose, à l'exception du cantique du chapitre 2[14]. Cette singularité a nourri bien des théories modernes, mais elle était déjà remarquée et assumée par les anciens : Josèphe le raconte comme de l'histoire, Jérôme le commente verset par verset comme les autres prophètes, et personne dans l'Antiquité ne semble l'avoir classé à part.

Les témoins anciens du livre

Ben Sira et la prière d'Éléazar connaissent Jonas

Vers 180 avant Jésus-Christ, le sage Jésus, fils de Sira, clôt son éloge des Pères par les douze petits prophètes ensemble.

« Quant aux douze prophètes, que refleurissent leurs ossements, depuis le lieu où ils reposent ! Ils ont consolé Jacob et l'ont racheté par leur fidélité à l'espérance. » (Ben Sira 49, 10[15])

Jonas figure donc déjà, au IIe siècle avant notre ère, dans un recueil des Douze clos et vénéré : impossible de faire de son livre une pièce rapportée tardive sans déplacer tout le recueil. Un autre témoin juif du même siècle, la prière d'Éléazar au troisième livre des Maccabées (6, 8), range le sauvetage de Jonas dans le ventre du poisson parmi les merveilles de l'histoire sainte, au même rang que la mer Rouge et Daniel dans la fosse[16]. On ne cite pas ainsi, dans une supplication publique, un épisode que l'on tiendrait pour une simple parabole.

Tobit et la Septante lisent Jonas comme le prophète de Ninive

Le vieux Tobie, sur son lit de mort à Ninive même, ordonne à son fils de quitter la ville parce qu'il croit à la parole dite sur elle. Or le texte grec de la Septante fait dire à Tobie :

« Va en Médie, mon fils, car je crois vraiment ce que le prophète Jonas a dit de Ninive : elle sera renversée. » (Tobie 14, 4, selon la Septante[17])

Honnêteté oblige : le texte hébreu et la Vulgate lisent ici Nahum au lieu de Jonas, et c'est Nahum que retiennent la plupart des traductions modernes[18]. Mais la variante n'affaiblit pas le dossier, elle l'éclaire : dans les milieux juifs d'Alexandrie qui lisaient la Bible en grec, Jonas était reçu comme le prophète de la chute de Ninive, au point que des copistes ont glissé son nom là où d'autres mettaient Nahum. Les deux prophètes, on l'a vu, parlent de la même ville à un siècle et demi d'intervalle : la confusion même prouve l'ancienneté de la lecture.

Qumrân et Murabbaat : le texte déjà fixé

La grotte 4 de Qumrân a livré le manuscrit 4Q76 (dit 4QXIIa), copié en écriture hérodienne au tournant de notre ère : il conserve des fragments des Douze, dont Jonas 1, 1-5 et 7 jusqu'à 2, 1 et 7, puis 3, 2[19]. Le texte est déjà celui que nous lisons, aux variantes d'orthographe près. Les grottes du ouadi Murabbaat, refuges des combattants de Bar Kokhba vers 135 après Jésus-Christ, ont livré de leur côté un rouleau grec des Petits Prophètes (MurXII) où Jonas figure avec Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie et Zacharie, dans un grec proche de la Septante et un ordre conforme à l'hébreu[20]. Autrement dit : un siècle avant la fixation du canon rabbinique, le livre de Jonas circule en hébreu et en grec, au désert de Juda comme à Alexandrie, avec le même contenu qu'aujourd'hui.

Josèphe, le Talmud et les Vies des prophètes

Vers 93-94, Flavius Josèphe raconte l'histoire de Jonas à ses lecteurs romains, dans le livre IX de ses Antiquités judaïques, comme un épisode d'histoire sainte parmi les autres règnes qu'il rapporte : la fuite, le poisson, Ninive, le repentir[21]. La Catholic Encyclopedia notait déjà qu'il tient manifestement le récit pour historique[22]. Le Talmud de Babylone, au traité Baba Batra (14b-15a), fixe l'ordre des Douze avec Jonas à son rang et discute l'attribution des écrits, preuve que le livre est reçu dans le canon juif sans contestation[23]. Enfin les Vies des prophètes attribuées au pseudo-Épiphane (Ier siècle) donnent Jonas pour originaire de la terre de Cariathma et racontent qu'il mourut et fut enseveli dans sa patrie[24]. Légendes à part, la chaîne ne se rompt jamais : du IIe siècle avant Jésus-Christ au Ier siècle après, juifs hellénistes, esséniens, historiens de cour et rabbins parlent du même livre et du même homme.

Jérôme commente Jonas, Augustin s'émeut du lierre

Vers 396, à Bethléem, saint Jérôme rédige son Commentaire sur Jonas, le premier de ses grands commentaires prophétiques avec celui sur Abdias[25]. Il travaille sur l'hébreu, discute chaque verset, et c'est à lui que l'on doit l'interprétation du nom du prophète comme la plainte. Surtout, c'est en traduisant Jonas qu'il provoque la plus célèbre querelle de traduction de l'Antiquité chrétienne : là où la Septante parlait d'une coloquinte, Jérôme, suivant l'hébreu qiqayon, écrit dans sa Vulgate hedera, le lierre (Jon 4, 6)[26].

En 403, saint Augustin lui raconte ce qui s'est passé dans une église d'Oea, en Afrique : quand le lecteur lut lierre au lieu de coloquinte, un tel tumulte éclata, surtout parmi les fidèles d'origine grecque qui relevaient la leçon et accusaient la traduction d'être fausse, que l'évêque dut faire appel au témoignage des juifs du lieu[27].

« Il s'éleva alors un tel tumulte dans l'assemblée, surtout parmi les Grecs qui relevaient la leçon et accusaient la traduction d'être fausse, que l'évêque fut contraint de demander le témoignage des juifs résidants (c'était dans la ville d'Oea). » (Saint Augustin, lettre 71 à saint Jérôme, en 403[28])

L'anecdote, souvent citée pour sourire, est un témoin de premier ordre : au début du Ve siècle, des chrétiens ordinaires connaissent le livre de Jonas par cœur, au mot près, et se soulèvent quand on change une plante en une autre. On ne se bat pas ainsi pour une fable que personne ne lit.

Plan du livre de Jonas

Le livre tient en quatre chapitres qui forment deux traversées en miroir : Jonas fuit puis est ramené, Ninive est menacée puis est épargnée, et le prophète qui a obtenu miséricorde pour lui-même la refuse aux autres. Le tableau donne la charpente avant le détail.

ChapitreLieuMouvement
1. La fuite et la tempêteJaffa, la mer, le navireJonas descend : au port, dans la cale, dans la mer
2. Le poisson et le cantiqueLes entrailles du poissonJonas remonte : prière du Shéol, rejeté sur la terre ferme
3. Ninive et le jeûneLa grande ville, le palaisLa ville descend : du trône à la cendre, de la menace au pardon
4. Le ricin et la colèreÀ l'est de la ville, sous la hutteDieu instruit : du ricin à la ville, de la pitié petite à la grande

La fuite et la tempête : Jonas descend toujours plus bas

L'ordre est net : lève-toi, va à Ninive. La réponse l'est aussi : Jonas se lève, mais pour fuir à Tarsis, loin de la face du Seigneur[29]. Tarsis, à l'extrême ouest de la Méditerranée (le Tartessos des historiens grecs, en Espagne du Sud), est le point le plus éloigné de Ninive qu'un homme du Levant puisse viser : fuir Dieu vers l'ouest quand il envoie vers l'est, c'est le programme de tout le livre en une phrase. Le texte marque la descente par trois verbes : il descend à Jaffa, il descend dans la cale, il dort d'un sommeil mystérieux pendant que les matelots païens crient chacun vers son dieu[30]. Ironie voulue : les païens prient, le prophète dort ; les païens jeûneront plus tard, le prophète se mettra en colère. Jeté à la mer sur son propre aveu, Jonas voit la tempête cesser net, et les marins, saisis d'une grande crainte, offrent un sacrifice au Seigneur et font des vœux : première conversion du livre, déjà des païens, déjà avant Ninive.

Le poisson et le cantique : trois jours au cœur de la mort

« Le Seigneur donna l'ordre à un grand poisson d'engloutir Jonas. Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. » (Jonas 2, 1[31])

Le texte dit dag gadol, un grand poisson, pas une baleine : les traductions qui précisent l'espèce ajoutent au texte[32]. Le cantique qui suit (2, 3-10) est tissé de psaumes : les eaux jusqu'à l'âme, les vagues qui passent, la descente aux verrous éternels puis la remontée de la fosse. Les exégètes modernes y voient souvent une pièce rapportée ; les anciens y lisaient la prière même du prophète, composée dans l'épreuve avec les mots de la prière d'Israël[33]. Ce qui compte pour la foi, c'est le mouvement : Jonas touche le Shéol, le ventre des enfers, et il en est rejeté sur la terre ferme, vivant. Le poisson n'est pas le châtiment, c'est le sauvetage : sans lui, Jonas se noyait. Dieu prépare le poisson comme il préparera le ricin puis le ver : le verbe manah, assigner ou donner l'ordre, revient comme un refrain de providence[34].

Ninive et le jeûne : quarante jours qui n'auront pas lieu

« Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » (Jonas 3, 4[35])

Cinq mots en hébreu, une journée de marche dans une ville qui en demande trois, et le plus grand retournement de l'Ancien Testament : les gens de Ninive crurent en Dieu, du plus grand au plus petit, et le roi lui-même descend de son trône, quitte son manteau, s'assied sur la cendre et fait crier le jeûne des hommes et des bêtes[36]. Le décret royal vaut d'être lu en entier : chacun se détournera de sa conduite mauvaise, et qui sait si Dieu ne se ravisera pas (3, 9). Ce qui sait n'est pas du scepticisme, c'est la théologie du livre : le châtiment annoncé est conditionnel, comme Jérémie l'avait formulé, et Dieu renonce au malheur dont il avait menacé la ville[37]. Ninive, la ville sanguinaire de Nahum, devient pour un temps la ville pénitente de Jonas : les deux tableaux se tiennent, à un siècle et demi de distance.

Le ricin et la colère : la leçon qui clôt le livre sans conclure

Jonas, furieux d'avoir eu raison trop tôt, sort à l'est de la ville et attend, sous une hutte, pour voir ce qui arrivera : il espère encore le feu du ciel. Dieu fait pousser un ricin (qiqayon, que la plupart des modernes identifient au ricin commun, à la croissance très rapide)[38], Jonas s'en réjouit d'une grande joie, puis un ver le pique à l'aube, le vent d'est brûle, et le prophète redemande la mort. Alors vient la dernière parole du livre, qui est aussi sa clé.

« Toi, tu as pitié de ce ricin, qui ne t'a coûté aucun travail et que tu n'as pas fait grandir, qui a poussé en une nuit, et en une nuit a disparu. Et moi, comment n'aurais-je pas pitié de Ninive, la grande ville, où, sans compter une foule d'animaux, il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas encore leur droite de leur gauche ? » (Jonas 4, 10-11[39])

Le livre s'achève sur une question sans réponse : Jonas ne répond pas, le lecteur doit répondre. Les cent vingt mille peuvent désigner les petits enfants de la ville, ou la population totale selon les calculs anciens ; les exégètes discutent, mais le sens ne change pas : Dieu compte les hommes et même les bêtes, là où le prophète ne comptait que son ombre[40].

La théologie de Jonas

La miséricorde offerte aux païens avant Israël

Jonas est le seul prophète d'Israël envoyé à une nation païenne pour la sauver, pas pour la juger : ni Isaïe contre Babylone, ni Jérémie contre les nations, ni Nahum contre Ninive ne portent un message de grâce aux étrangers. Le livre pousse le scandale jusqu'au bout : les matelots phéniciens se convertissent au chapitre 1, Ninive entière au chapitre 3, et le seul homme qui résiste à la miséricorde, c'est le prophète lui-même[41]. Dès l'Ancien Testament, Dieu déclare ainsi qu'il n'est pas le Dieu d'un seul peuple : les cent vingt mille Ninivites valent à ses yeux autant que les fils de Jacob, et leurs bêtes elles-mêmes entrent dans sa pitié. Saint Paul ne dira pas autre chose quand il pleurera sur Israël jaloux de la grâce faite aux nations[42].

Le repentir qui désarme le châtiment annoncé

Pourquoi la destruction promise n'a-t-elle pas eu lieu ? Parce que la menace prophétique, sauf sentence définitive, est un appel déguisé, pas un horoscope. Jérémie en avait donné la règle : si la nation menacée se détourne de son mal, Dieu renonce au malheur qu'il avait résolu contre elle[43]. Jonas le sait, et c'est même pour cela qu'il a fui : il connaissait par cœur la litanie de l'Exode, le Dieu tendre et miséricordieux, et il refusait d'avance que Ninive en profite[44].

« Je savais bien que tu es un Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. » (Jonas 4, 2[45])

Le paradoxe fait toute la profondeur du livre : le prophète cite l'Écriture contre Dieu, comme si la miséricorde était un défaut de la justice. Dieu lui répond par une autre Écriture vivante, le ricin : tu pleures une plante d'une nuit, et tu voudrais que je ne pleure pas une ville. Le chrétien y reconnaît la logique de la croix, où la justice et la miséricorde s'embrassent au lieu de se contredire.

Le prophète corrigé : jalousie d'Israël, figure de tout croyant

Jonas n'est pas un héros à imiter, c'est un miroir tendu au lecteur : fuyard au chapitre 1, miraculé râleur au chapitre 2, prédicateur efficace mais sans joie au chapitre 3, théologien en colère au chapitre 4. À chaque étape, les païens font mieux que lui : ils prient pendant qu'il dort, ils jeûnent pendant qu'il boude, ils espèrent pendant qu'il désespère[46]. Les Pères y lisaient déjà la figure d'Israël jaloux des nations appelées : Jonas qui voudrait garder Dieu pour lui seul annonce le fils aîné de la parabole, mécontent que le père tue le veau gras pour le cadet[47]. Le livre ne condamne pas Jonas, il le laisse en plan sous sa hutte, avec la question de Dieu en suspens : à chacun de finir l'histoire par sa propre réponse.

Le cantique du Shéol : descendre pour remonter

Le psaume de Jonas est une descente aux enfers avant la lettre : jeté au cœur des mers, enveloppé d'algues jusqu'à la tête, enfermé aux verrous éternels, puis retiré de la fosse vivant[48]. L'Église y a toujours entendu l'annonce de la descente du Christ aux enfers : comme Jonas est remonté du ventre du poisson, le Christ est remonté du cœur de la terre, et comme Jonas a prié dans la mort, le Christ a délivré les justes qui attendaient[49]. C'est pourquoi le cantique de Jonas est entré dans la prière des Heures et dans les veillées pascales de plusieurs rites : on ne chante pas une parabole quand on veille un mort qui doit ressusciter.

L'accomplissement chrétien

Le signe de Jonas : la mort et la Résurrection annoncées

Jésus n'a pas seulement cité Jonas, il en a fait l'unique signe donné à sa génération : pas de prodige céleste, pas de feu qui tombe, seulement le prophète englouti puis rendu, et le Fils de l'homme enseveli puis ressuscité[50].

« En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, le Fils de l'homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits. » (Évangile selon saint Matthieu 12, 40[51])

L'argument porte sur des faits mis en regard, comme la Catholic Encyclopedia l'a fortement établi : si le séjour de Jonas n'était qu'une fiction, le séjour du Christ au tombeau n'en serait qu'une aussi, et Jésus aurait opposé une fable aux Juifs qui réclamaient un vrai miracle[52]. Le Christ ne distingue pas davantage entre l'histoire de la reine de Saba et celle de Jonas : il met le troisième livre des Rois et le livre de Jonas exactement sur le même plan historique[53]. Pour le lecteur catholique, la conclusion est fixée par celui qui est plus que Jonas : Jonas a vécu, Ninive s'est convertie, et le troisième jour a eu lieu deux fois.

Les Ninivites se lèveront au Jugement

La seconde moitié du signe est souvent oubliée, et elle est redoutable : les païens convertis condamneront les croyants endurcis[54].

« Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l'homme pour cette génération. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. » (Évangile selon saint Luc 11, 30.32[55])

Cinq mots avaient suffi à convertir Ninive ; des années de miracles ne suffisent pas à convertir Capharnaüm. Le rapprochement avec la reine de Saba, venue des extrémités de la terre pour écouter Salomon, achève le réquisitoire : les étrangers cherchent la sagesse et la trouvent, les proches la voient et la refusent[56]. Chaque Carême, l'Église relit ce passage en face de Jonas 3 : le temps du repentir est toujours aujourd'hui, et les Ninivites en sont les témoins à charge.

Le prophète galiléen : réponse à l'objection des pharisiens

« Étudie, et tu verras qu'aucun prophète ne sort de Galilée ! » (Évangile selon saint Jean 7, 52[57])

L'objection des pharisiens contre Jésus le Galiléen se retourne contre eux par Jonas : un prophète est bien sorti de Galilée, et non des moindres, puisque c'est celui dont le Christ a fait son signe. Gath-Héfer est en Zabulon, à quelques kilomètres de Nazareth, et les pharisiens qui connaissaient les Écritures auraient dû le savoir[58]. L'ironie est double : non seulement la prémisse est fausse, mais le contre-exemple est le prophète même que Jésus s'applique. L'Église n'a jamais érigé Jonas en preuve apologétique centrale, mais elle garde la réplique en réserve : ceux qui ferment la Galilée ferment aussi le livre qui les condamne.

Le Jonas des catacombes : l'image de la résurrection

Dans l'art des premiers siècles, Jonas est partout : rejeté par le poisson, étendu sous la treille, naviguant vers Tarsis. Les fresques des catacombes de Priscille et le plafond du cubiculum de la catacombe des saints Pierre-et-Marcellin racontent son histoire en cycle complet, et les sarcophages du IIIe siècle multiplient le motif du prophète reposant sous le ricin[59]. Pourquoi ce succès ? Parce que Jonas offrait aux chrétiens persécutés trois images en une : la délivrance de la mort (le poisson qui rend), le repos du paradis (l'ombre du ricin), et la résurrection promise (les trois jours)[60]. On ne peint pas une allégorie sur les tombeaux de ses enfants : on peint ce qu'on croit. Les catacombes sont ainsi le plus ancien commentaire illustré du signe de Jonas, antérieur à tous les traités.

Jonas dans la prière de l'Église

Le Carême et le temps ordinaire : Jonas au lectionnaire

L'Église ne lit pas Jonas en passant, elle le place aux carrefours de l'année. Le mercredi de la première semaine de Carême, la première lecture donne Jonas 3, 1-10, le jeûne de Ninive, et l'Évangile donne Luc 11, 29-32, le signe de Jonas : pénitence de la ville et appel du Christ se répondent dans la même messe[61]. Le troisième dimanche du temps ordinaire de l'année B, c'est de nouveau Jonas 3, 1-5 et 10 qui ouvre la liturgie, en regard de l'appel des premiers disciples : comme les Ninivites crurent à la parole du prophète, Pierre et André croient à la parole du Seigneur[62]. Et chaque année, le cantique de Jonas (2, 3-10) revient dans l'office : l'Église prie avec le miraculé, pas seulement avec le prédicateur.

Le 21 septembre : Jonas avec saint Matthieu

Le Martyrologe romain commémore le prophète Jonas le 21 septembre, le jour même de saint Matthieu[63].

« Au pays de Saar, le saint prophète Jonas, enseveli à Geth. » (Martyrologe romain au 21 septembre[64])

La coïncidence avec l'apôtre évangéliste qui rapporte le signe de Jonas (Mt 12) n'a sans doute pas été cherchée, mais elle est heureuse : le même jour unit le prophète du poisson et l'évangéliste du signe. Les Églises d'Orient honorent pareillement le prophète Jonas le 21 ou le 22 septembre, et ses hymnes le présentent comme la préfiguration de la Crucifixion et de la Résurrection[65]. Un livre que l'Église inscrit à son calendrier des saints n'est pas un conte qu'elle raconterait aux enfants : c'est un témoin qu'elle propose à la vénération.

À la synagogue : Jonas à Yom Kippour

Il faut ajouter le témoin juif, d'autant plus précieux qu'il est extérieur : à Yom Kippour, le jour du Grand Pardon, la synagogue lit le livre de Jonas en entier à l'office de Minha, l'après-midi du jeûne[66]. Pourquoi ce livre-là, ce jour-là ? Parce qu'il est le seul à raconter le pardon accordé à des païens repentants, et que le jeûne de Ninive, hommes et bêtes, est l'image même du jeûne d'Israël. Juifs et chrétiens, qui se séparent sur presque tout, se retrouvent sur Jonas : les uns y voient la miséricorde sans frontière, les autres le signe du Ressuscité. Un texte que deux religions rivales lisent ensemble aux jours les plus saints n'est pas un texte fabriqué tard dans un bureau.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'hypothèse du récit didactique tardif

Depuis le XIXe siècle, une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire Jonas non comme l'œuvre du prophète du VIIIe siècle, mais comme un récit didactique composé après l'exil, peut-être au Ve siècle, pour défendre l'universalisme contre le particularisme d'Esdras et de Néhémie[67]. Les arguments avancés valent d'être exposés honnêtement avant d'être discutés.

Argument de la datation tardiveCe qu'il suppose
Des aramaïsmes dans la langueUn hébreu tardif, postexilique
Ninive décrite comme immense (trois jours de marche)Un auteur qui n'a jamais vu la ville, détruite en 612
Le cantique du chapitre 2, tissé de psaumesUne pièce liturgique insérée après coup
L'universalisme du messageUne polémique contre Esdras et Néhémie, donc postérieure
Le roi anonyme, sans nom propreUne ignorance de l'histoire assyrienne réelle

Aucun de ces arguments n'est absurde en soi, et un catholique peut les connaître sans crainte : l'Église n'a jamais défini la date de rédaction du livre ni l'identité de son rédacteur[68]. Mais aucun n'est contraignant non plus, et c'est là que l'examen critique commence.

Les présupposés et les limites de la reconstruction

D'abord, la langue : les aramaïsmes allégués sont rares et contestés, et des traits semblables se trouvent dans des textes du Nord dont l'ancienneté n'est pas niée ; surtout, on ne date pas un livre de quatre chapitres sur une poignée de mots, alors que les manuscrits anciens (Qumrân, Septante) donnent un texte stable et ancien[69]. Ensuite, la ville : Ninive était déjà au VIIIe siècle l'une des plus grandes cités du monde, et la Genèse elle-même appelle la grande ville tout le district de Ninive, Réhoboth-Ir, Calah et Résen ensemble (Gn 10, 11-12) : les trois jours de marche désignent ce district urbain, pas l'enceinte seule, et le monticule de Nebi Yunus, le Prophète Jonas, garde encore aujourd'hui son nom sur la rive de Mossoul[70]. Le roi anonyme ? Le livre des Rois lui-même nomme rarement les pharaons, sans que personne en conclue qu'Moïse est une fiction[71]. Quant au cantique, les psaumes qu'il reprend existaient bien avant l'exil : prier avec les mots de la prière commune est le propre d'un homme pieux, pas la signature d'un faussaire[72]. Enfin l'universalisme : Ruth la Moabite, Naaman le Syrien et la veuve de Sarepta montrent que l'ouverture aux nations traverse tout l'Ancien Testament, sans attendre Esdras pour susciter une polémique[73].

Surtout, la méthode souffre de trois fragilités générales que le lecteur doit connaître. La datation circulaire : on déclare tardifs les traits qu'on juge tardifs, puis on invoque leur tardiveté pour dater le livre. Le présupposé anti-miraculeux : quand toute intervention divine classe d'office un récit parmi les fictions édifiantes, la datation basse est présupposée, non démontrée. Et l'argument du silence : l'absence du nom du roi ou du détail attendu devient une preuve, comme si les auteurs anciens devaient tout dire[74]. La Catholic Encyclopedia répondait déjà que ces objections prouvent tout au plus que le livre n'est pas un compte rendu selon les canons modernes, pas qu'il n'est pas historique[75].

Ce que les témoins anciens objectent aux datations basses

Face aux reconstructions, les faits résistent. Ben Sira suppose le recueil des Douze clos vers 180 avant Jésus-Christ, ce qui repousse toute composition bien avant l'époque proposée par les datations les plus basses[76]. Qumrân donne un texte hébreu déjà identique au nôtre au tournant de notre ère, et la Septante un texte grec équivalent : entre l'original supposé du Ve siècle et ces copies, il ne reste guère de place pour les remaniements imaginés[77]. Tobie, Josèphe et la prière d'Éléazar traitent l'histoire en histoire, dans trois milieux différents : diaspora d'Alexandrie, cour de Rome, liturgie du Temple[78]. Et Jésus tranche pour le croyant : il oppose aux Juifs un Jonas réel, des Ninivites réels, un séjour réel, et il met la reine de Saba et Jonas sur le même plan. Comme l'écrivait la Catholic Encyclopedia, comparer un fait à une fable n'aurait aucun sens dans la bouche de celui qui réclamait un vrai signe[79]. La datation traditionnelle, un prophète galiléen du VIIIe siècle dont le livre porte le nom, reste donc non seulement permise, mais la mieux accordée à l'ensemble des témoins.

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Pour aller plus loin

  • Élie, le prophète du Carmel : le maître dont la tradition fait de Jonas le fils ressuscité de Sarepta
  • Élisée, le thaumaturge : la génération prophétique juste avant Jonas
  • Isaïe, le premier des grands prophètes : l'Emmanuel et le Serviteur, trente ans après Jonas
  • Jérémie, le prophète des nations : la règle du châtiment conditionnel que Jonas illustre
  • Ézéchiel, le guetteur : Ninive épargnée un temps, Jérusalem avertie en exil
  • Moïse, le législateur : l'Exode, le Dieu tendre et miséricordieux que Jonas cite contre Dieu
  • Abraham, le père des croyants : l'appel et la promesse, sept siècles avant le Galiléen
  • David, le roi : Ninive la païenne face à Jérusalem la sainte
  • Salomon, le sage : la reine de Saba, l'autre témoin des païens au Jugement
  • Samuel, le prophète des rois : la parole qui ne tombe jamais à terre, de Jéroboam aux derniers rois
  • Noé, le prédicateur du déluge : cent vingt ans d'appel sans réponse, face aux quarante jours entendus
  • Le canon de l'Ancien Testament : les 46 livres reçus par l'Église et leurs témoins anciens
  • La Septante : la Bible grecque des apôtres, premier témoin du Jonas des nations
  • Le sens spirituel de l'Écriture : lire l'Ancien Testament comme figure du Christ
  • Les figures du Christ dans l'Ancien Testament : Jonas parmi les ombres que le Christ accomplit

Notes et références

  1. Bible hébraïque, Prophètes postérieurs : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, puis les Douze en un seul livre. Bible chrétienne : les Douze répartis entre les grands prophètes, Jonas entre Abdias et Michée.

    1
  2. La stabilité de l'ordre des Douze dans le texte massorétique, la Septante et la Vulgate atteste l'ancienneté du recueil comme tel.

    2
  3. Livre de Nahum : oracle contre Ninive, chute annoncée puis accomplie en 612 av. J.-C. par Babyloniens et Mèdes. Jonas (VIIIe siècle) et Nahum (VIIe siècle) : même ville, deux visites, deux issues.

    3
  4. Mt 12, 38-42 ; Mt 16, 4 ; Lc 11, 29-32 : les trois passages du signe de Jonas. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    4
  5. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : le Christ oppose fait à fait, non fable à fait, et met le livre de Jonas sur le même plan historique que le troisième livre des Rois.

    5
  6. Deuxième livre des Rois, 14, 23-29 : règne de Jéroboam II, extension du royaume ; 14, 25 : la prophétie de Jonas fils d'Amittaï. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    6
  7. Deuxième livre des Rois, 14, 25 : Jonas, fils d'Amittaï, de Gath-Héfer. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    7
  8. Évangile selon saint Jean, 7, 52 : aucun prophète ne sort de Galilée, selon les pharisiens. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    8
  9. Saint Jérôme, Commentaire sur Jonas, prologue et 4, 1 : Yonah, la colombe, et l'écho de la plainte. Patrologie latine 25, 1118 et suivantes.

    9
  10. Saint Jérôme, Commentaire sur Jonas, prologue (Patrologie latine 25, 118) ; pseudo-Épiphane, De Vitis Prophetarum, 16 (Patrologie latine 43, 407) : Jonas fils de la veuve de Sarepta (1 R 17). Légende rapportée avec distance, née de la ressemblance entre Amittaï et émeth, la vérité (1 R 17, 24).

    10
  11. Edwin Thiele, The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings, Macmillan, 1951 : Jéroboam II, vers 793-753 av. J.-C. Chronologie classique, le millésime exact n'étant pas dogmatisé.

    11
  12. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : la mission se situe vraisemblablement pendant la décadence assyrienne, sous Assour-dan III ou Assour-nêrârî V (vers 770-745), avec peste de 765 à 759 d'après les listes d'éponymes.

    12
  13. Élisée meurt sous Joas vers 796 (2 R 13, 14-20) ; Amos prêche sous Ozias et Jéroboam II (Am 1, 1) ; Isaïe commence sous Ozias (Is 6, 1, vers 740). Jonas s'insère entre Élisée et Amos.

    13
  14. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : hormis le cantique (2, 2-11 selon la numérotation anglaise), tout le contenu du livre est en prose.

    14
  15. Livre de Ben Sira, 49, 10 : les douze prophètes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    15
  16. Troisième livre des Maccabées, 6, 8 : la prière d'Éléazar cite Jonas sauvé du ventre du poisson parmi les merveilles accomplies pour les Pères.

    16
  17. Livre de Tobie, 14, 4 : le grec de la Septante lit Jonas là où l'hébreu lit Nahum. Traduction française d'après le grec : va en Médie, car je crois ce que Jonas a dit de Ninive.

    17
  18. Texte massorétique de Tobie et Vulgate, 14, 4 : Nahum, non Jonas. Les traductions modernes suivent généralement l'hébreu. La variante de la Septante, partagée par l'araméen et un manuscrit hébreu, reste un témoin de la lecture ancienne.

    18
  19. 4Q76 (4QXIIa), grotte 4 de Qumrân, écriture hérodienne : fragments des Douze dont Jonas 1, 1-5 et 7 à 2, 1 et 7, puis 3, 2. Texte conforme pour l'essentiel au texte massorétique.

    19
  20. MurXII, rouleau grec des Petits Prophètes du ouadi Murabbaat (vers 135 ap. J.-C.) : Jonas avec Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie et Zacharie, ordre conforme à l'hébreu.

    20
  21. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre IX : récit de Jonas, la fuite, le poisson, Ninive et le repentir, pour des lecteurs romains, vers 93-94.

    21
  22. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : Josèphe (Antiquités, IX, 2) tient manifestement l'histoire de Jonas pour historique.

    22
  23. Talmud de Babylone, Baba Batra, 14b-15a : ordre des écrits et des Douze, discussion des attributions. Jonas reçu sans contestation dans le canon juif.

    23
  24. Pseudo-Épiphane, De Vitis Prophetarum, 16 (Ier siècle) : Jonas de la terre de Cariathma, mort et enseveli dans sa patrie. Traditions sans valeur critique assurée, témoins de la réception.

    24
  25. Saint Jérôme, Commentaire sur Jonas, vers 396, à Bethléem : premier de ses grands commentaires prophétiques avec Abdias. Sources Chrétiennes 323.

    25
  26. Vulgate, Jonas 4, 6 : Jérôme traduit l'hébreu qiqayon par hedera (lierre), contre la coloquinte de la Septante. Bible de Jérusalem : le ricin.

    26
  27. Saint Augustin, lettre 71 à saint Jérôme, en 403 : le tumulte de l'église d'Oea (Tripoli) quand on lut le lierre au lieu de la coloquinte. Patrologie latine 33, 241 et suivantes.

    27
  28. Saint Augustin, lettre 71, 5 : le tumulte d'Oea. Traduction française d'après le latin des Patrologies ; texte anglais de référence dans la Nicene and Post-Nicene Fathers, série I, vol. 1.

    28
  29. Livre de Jonas, 1, 1-5 : l'ordre, la fuite à Tarsis, Jaffa, la cale, le sommeil mystérieux. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    29
  30. Livre de Jonas, 1, 5-16 : les matelots crient chacun vers son dieu, tirent au sort, interrogent Jonas, puis sacrifient au Seigneur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    30
  31. Livre de Jonas, 2, 1 : le grand poisson, trois jours et trois nuits. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    31
  32. Hébreu dag gadol, grand poisson (Jon 2, 1). La Septante dit kêtos, monstre marin ; Matthieu 12, 40 reprend kêtos. Aucune espèce précisée par le texte.

    32
  33. Livre de Jonas, 2, 3-10 : échos des Psaumes 18, 42, 69, 88, 120, 142. Le cantique prie avec les mots d'Israël en détresse.

    33
  34. Hébreu manah : Dieu assigne le poisson (2, 1), assigne le ricin (4, 6), assigne le ver (4, 7), assigne le vent d'est (4, 8). Quatre assignations, une seule providence.

    34
  35. Livre de Jonas, 3, 4 : encore quarante jours. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    35
  36. Livre de Jonas, 3, 5-9 : les gens de Ninive, le roi sur la cendre, le jeûne des hommes et des bêtes, le qui sait. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    36
  37. Livre de Jérémie, 18, 7-8 : si la nation menacée se détourne de son mal, Dieu renonce au malheur résolu contre elle. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    37
  38. Hébreu qiqayon (Jon 4, 6-10) : plante à croissance rapide, identifiée au ricin commun (Ricinus communis) par la plupart des modernes, rendue par le lierre dans la Vulgate et la coloquinte dans la Septante.

    38
  39. Livre de Jonas, 4, 10-11 : la pitié du ricin et la pitié de Ninive. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    39
  40. Livre de Jonas, 4, 11 : plus de cent vingt mille qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche. Lecture reçue : les petits enfants de la ville ; lecture démographique : la population totale de la grande Ninive avec ses faubourgs.

    40
  41. Livre de Jonas, 1, 16 (les marins) et 3, 5-10 (Ninive) : les seuls convertis du livre sont des païens. Israël n'y est converti par personne.

    41
  42. Épître aux Romains, 9 à 11 : Israël jaloux de la miséricorde faite aux nations, et le mystère final de la greffe. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    42
  43. Livre de Jérémie, 18, 7-10 : la règle du châtiment conditionnel, en bien comme en mal. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    43
  44. Livre de Jonas, 4, 2 : Jonas avoue qu'il a fui parce qu'il connaissait la miséricorde de Dieu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    44
  45. Livre de Jonas, 4, 2 : le Dieu tendre et miséricordieux, écho de l'Exode 34, 6. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    45
  46. Livre de Jonas, 1, 5-6 (le capitaine et le dormeur) ; 3, 5-9 (la ville et le boudeur) : à chaque étape, les païens devancent le prophète dans la prière, le jeûne et l'espérance.

    46
  47. Évangile selon saint Luc, 15, 25-32 : le fils aîné mécontent du veau gras tué pour le cadet, figure de la jalousie devant la grâce. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    47
  48. Livre de Jonas, 2, 3-8 : le ventre des enfers, les verrous éternels, la fosse, puis la remontée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    48
  49. Symbole des Apôtres : est descendu aux enfers. Catéchisme de l'Église catholique, 632-637 : le Christ descendu vers les morts, comme Jonas remonté du poisson.

    49
  50. Évangile selon saint Matthieu, 12, 38-42 : la demande d'un signe et la réponse du signe de Jonas. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    50
  51. Évangile selon saint Matthieu, 12, 40 : trois jours et trois nuits au cœur de la terre. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    51
  52. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : le Christ oppose fait à fait ; si Jonas est une fiction, le séjour du Christ au tombeau n'en est qu'une.

    52
  53. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : le Christ ne distingue pas entre l'histoire de la reine de Saba et celle de Jonas, et leur donne la même valeur historique.

    53
  54. Évangile selon saint Luc, 11, 29-32 : Jonas signe pour les Ninivites, le Fils de l'homme pour cette génération. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    54
  55. Évangile selon saint Luc, 11, 30.32 : le signe et la condamnation. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    55
  56. Premier livre des Rois, 10, 1-13 : la reine de Saba devant Salomon. Matthieu 12, 42 et Luc 11, 31 : elle se dressera au Jugement avec cette génération.

    56
  57. Évangile selon saint Jean, 7, 52 : aucun prophète ne sort de Galilée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    57
  58. Livre de Josué, 19, 13 : Gath-Héfer au territoire de Zabulon, en Galilée, à quelques kilomètres de la Nazareth des Évangiles.

    58
  59. Catacombes de Priscille ; catacombe des saints Pierre-et-Marcellin, plafond du cubiculum : le cycle de Jonas en fresques du IIIe au IVe siècle. Sarcophages dits de Jonas, IIIe siècle.

    59
  60. Le repos de Jonas sous le ricin, lu par les anciens comme l'image du repos des justes : le poisson rend les corps comme la terre rendra les morts.

    60
  61. Ordo Lectionum Missae, mercredi de la première semaine de Carême : première lecture Jonas 3, 1-10, Évangile Luc 11, 29-32.

    61
  62. Ordo Lectionum Missae, troisième dimanche du temps ordinaire, année B : première lecture Jonas 3, 1-5 et 10, en regard de l'appel des disciples (Mc 1, 14-20).

    62
  63. Martyrologium Romanum, au 21 septembre : commémoraison de saint Jonas le prophète, fils d'Amittaï, avec saint Matthieu apôtre et évangéliste.

    63
  64. Martyrologe romain traditionnel au 21 septembre : au pays de Saar, le saint prophète Jonas, enseveli à Geth. Le Martyrologe de 2004 commémore pareillement le prophète Jonas à cette date.

    64
  65. Calendrier byzantin : le prophète Jonas le 21 ou le 22 septembre. L'hirmos de la sixième ode du canon de l'Exaltation de la Croix le présente comme préfiguration de la Crucifixion et de la Résurrection.

    65
  66. Mishna et coutume synagogale : le livre de Jonas est lu en entier à l'office de Minha de Yom Kippour, le jour du Grand Pardon, comme livre du repentir des nations.

    66
  67. Hypothèse courante d'une partie de l'exégèse contemporaine : récit didactique postexilique, peut-être du Ve siècle, polémique contre le particularisme d'Esdras et de Néhémie. Exposée ici loyalement, discutée ensuite.

    67
  68. L'Église n'a défini ni la date de rédaction du livre de Jonas ni l'identité de son rédacteur : la discussion reste ouverte, mais l'historicité du prophète et du signe est fixée par le Christ lui-même.

    68
  69. Les traits linguistiques invoqués sont peu nombreux et leur datation discutée ; des textes du royaume du Nord en présentent d'analogues. On ne date pas quatre chapitres sur une poignée de mots.

    69
  70. Livre de la Genèse, 10, 11-12 : Ninive, Réhoboth-Ir, Calah et Résen, c'est la grande ville, tout le district urbain. Le monticule de Nebi Yunus (le prophète Jonas), arsenal de Ninive puis sanctuaire, garde le nom sur la rive de Mossoul.

    70
  71. Deuxième livre des Rois et Exode : les pharaons de l'oppression et de l'Exode ne sont jamais nommés, sans que l'historicité de Moïse en soit affectée.

    71
  72. Les psaumes repris par Jonas 2 préexistent à l'exil : prier avec les mots communs d'Israël prouve la piété du prophète, pas la main d'un compilateur tardif.

    72
  73. Ruth la Moabite, Naaman le Syrien guéri par Élisée (2 R 5), la veuve de Sarepta nourrie par Élie (1 R 17) : l'ouverture aux nations traverse les livres historiques bien avant l'exil.

    73
  74. Datation circulaire, présupposé anti-miraculeux, argument du silence : trois fragilités de méthode qui grèvent les reconstructions sans preuve manuscrite, et qu'aucun fragment de Qumrân n'est venu confirmer.

    74
  75. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : ces objections prouvent tout au plus que le livre n'est pas un compte rendu selon les canons modernes de la critique historique, pas qu'il n'est pas historique.

    75
  76. Ben Sira 49, 10, vers 180 av. J.-C. : le recueil des Douze est clos et vénéré, ce qui repousse toute composition tardive bien avant les datations les plus basses proposées.

    76
  77. 4Q76 et MurXII : le texte hébreu et le texte grec de Jonas sont déjà fixés, identiques pour l'essentiel au nôtre, aux deux premiers siècles autour de notre ère.

    77
  78. Tobie à Ninive et Alexandrie, Josèphe à Rome, Éléazar au Temple : trois milieux, trois siècles, un seul récit tenu pour historique.

    78
  79. Catholic Encyclopedia (1913), article Jonas : si Jonas est une fiction, le séjour du Christ au tombeau n'en est qu'une, et les Ninivites ne se lèveront pas plus que les Juifs. Le Christ tranche en parlant de faits.

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