Noé (vers 2948-1998 av. J.-C.)

Juste et intègre dans sa génération, Noé traverse le Déluge dans l'arche et reçoit l'alliance de l'arc-en-ciel pour toute chair. Portrait du dixième patriarche depuis Adam, sa place dans l'Écriture, la tradition juive, les Pères et la réponse aux objections modernes.

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Noé est le dixième patriarche depuis Adam dans la généalogie de la Genèse, le juste de sa génération sauvé des eaux avec sa famille, et le premier homme à recevoir une alliance universelle dont l'arc-en-ciel reste le signe. Il vit 950 ans selon le texte reçu, dont 350 après le Déluge, et devient par ses trois fils Sem, Cham et Japhet l'ancêtre de l'humanité postdiluvienne tout entière.

Son histoire occupe les chapitres 5 à 10 de la Genèse, du nom prophétique donné par son père Lamech jusqu'à la Table des nations. Mais Noé n'appartient pas qu'à la Genèse : Isaïe jure par les eaux de Noé, Ézéchiel le range avec Daniel et Job parmi les trois justes exemplaires, le Siracide et la Sagesse le célèbrent, Luc l'inscrit dans la généalogie de Jésus, et les deux apôtres Pierre en font le héraut de la justice et la figure du baptême.

Pour l'Église catholique, Noé est une personne historique réelle, père du genre humain après le Déluge, et non un symbole pédagogique. Le Catéchisme voit dans son alliance l'expression du dessein de Dieu envers les nations, et dans son arche la préfiguration du salut par le baptême. Cet article présente sa vie d'après l'Écriture, sa réception dans la tradition juive et chez les Pères, sa place dans la liturgie, les questions de chronologie, puis les objections de l'exégèse moderne et leurs limites.

Noé dans le livre de la Genèse : généalogie et dates

La Genèse situe Noé avec une précision comptable : noms, âges de paternité, durées de vie. Cette sécheresse chiffrée est elle-même un signal de genre : on n'écrit pas ainsi un mythe, on tient un registre de générations. La tradition de l'Église reçoit ce registre comme l'œuvre de Moïse, auteur du Pentateuque selon la réponse de la Commission Biblique Pontificale du 27 juin 1906, et selon la parole du Christ lui-même qui attribue à Moïse ses écrits[1][2].

Le dixième depuis Adam

Noé est le dixième nom de la lignée de Seth, après Adam, Seth, Énosh, Qénân, Mahalaléel, Yéred, Hénoch, Mathusalem et Lamech[3]. Le texte donne pour chacun l'âge à la naissance du fils héritier et la durée de vie totale, ce qui permet de dater chaque génération depuis Adam. Voici la chaîne complète selon le texte hébreu reçu (texte massorétique)[4] :

PatriarcheÂge à la paternitéDurée de vie totaleAnnée depuis Adam (naissance)
Adam130 ans930 ans0
Seth105 ans912 ans130
Énosh90 ans905 ans235
Qénân70 ans910 ans325
Mahalaléel65 ans895 ans395
Yéred162 ans962 ans460
Hénoch65 ans365 ans (enlevé par Dieu)622
Mathusalem187 ans969 ans687
Lamech182 ans777 ans874
Noé500 ans (puis 600 au Déluge)950 ans1056

Le tableau se lit ainsi : Noé naît 1056 ans après Adam, engendre Sem, Cham et Japhet à 500 ans, affronte le Déluge à 600 ans et meurt à 950 ans, soit 350 ans après la sortie de l'arche[5][6]. Tous les chiffres du tableau sont ceux du texte massorétique ; les deux autres traditions textuelles (grecque et samaritaine) donnent des chiffres partiellement différents, examinés plus bas dans la section des chronologies.

Les dates de sa vie

  1. An 1056 depuis Adam
    Naissance de Noé, fils de Lamech
    vers 2948 av. J.-C. selon Ussher

    Lamech lui donne un nom-programme : le repos après la malédiction du sol (Gn 5, 28-29).

  2. 500 ans de Noé
    Naissance de Sem, Cham et Japhet
    Gn 5, 32

    Trois fils d'une même génération, qui entreront dans l'arche avec leurs épouses.

  3. 600 ans de Noé
    Le Déluge et l'arche
    Gn 7, 6.11 : le 17e jour du 2e mois

    Un an et dix jours dans l'arche environ, puis la sortie et le sacrifice (Gn 8).

  4. Après la sortie
    L'alliance et la vigne
    Gn 9 : arc-en-ciel, préceptes, ivresse, parole sur Canaan

    Dieu scelle avec Noé et toute chair une alliance sans condition suspensive.

  5. 950 ans, mort de Noé
    350 ans après le Déluge
    vers 1998 av. J.-C. selon Ussher

    La plus longue vie postdiluvienne enregistrée ; avec lui s'achève l'ère des longévités extrêmes.

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Ramenée à notre calendrier selon la chronologie classique de l'archevêque James Ussher (Annales de l'Ancien Testament, 1650), qui place la création en 4004 av. J.-C. et le Déluge en 2348 av. J.-C., la vie de Noé couvre environ 2948 à 1998 av. J.-C.[7]. Ces dates valent pour le comput du texte massorétique ; les computs fondés sur la Septante placent le Déluge environ neuf siècles plus tôt (voir la section des chronologies).

Le sens de son nom : le repos promis

À la naissance de l'enfant, Lamech déclare :

« Il lui donna le nom de Noé, en disant : Celui-ci nous soulagera de nos labeurs et de la peine qu'impose à nos mains un sol maudit par le Seigneur. » (Gn 5, 29, trad. AELF)[8]

Le jeu de mots hébreu associe Noah (repos) à naham (consoler, soulager) : le père, qui vit sous la malédiction du sol prononcée en Gn 3, 17-19, attend de son fils un soulagement. La promesse s'accomplit doublement : après le Déluge, Dieu déclare qu'il ne maudira plus le sol à cause de l'homme (Gn 8, 21), et le sacrifice de Noé rouvre l'histoire[9]. Le nom n'est donc pas une étiquette poétique ajoutée après coup, mais une prophétie paternelle que le récit vérifie point par point, à la manière des noms donnés dans tout le Pentateuque.

Le portrait du juste de sa génération

Quand la corruption antédiluvienne est constatée, un seul verset isole Noé du naufrage moral :

« Parmi ses contemporains, Noé fut un homme juste, parfait. Noé marchait avec Dieu. » (Gn 6, 9, trad. AELF)[10]

La double qualification est rare et pesée : juste (tsaddiq, ajusté à la loi de Dieu) et parfait (tamim, intègre, sans tache), jointe à la mention marchait avec Dieu, formule jusque-là réservée à Hénoch (Gn 5, 24)[11]. Le Talmud enregistre le débat que ce verset a suscité : « juste dans ses générations » se lit-il comme une louange (juste jusque dans une génération perverse, il l'aurait été davantage dans une bonne) ou comme une restriction (juste seulement par comparaison avec des impies) ? Les deux lectures sont conservées côte à côte, signe que la grandeur de Noé faisait déjà discuter les sages[12].

La foi qui construit avant de voir

L'épître aux Hébreux donne la lecture apostolique de cette justice : elle vient de la foi, et elle s'exerce dans l'obéissance à un ordre invérifiable.

« C'est par la foi que Noé, divinement averti des choses qu'on ne voyait pas encore, et saisi d'une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille ; c'est par elle qu'il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi. » (He 11, 7, trad. Segond 1910)[13]

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Trois traits ressortent. D'abord l'objet de la foi : « des choses qu'on ne voyait pas encore », un déluge sans précédent annoncé à un homme de l'intérieur des terres. Ensuite l'œuvre : une construction de plusieurs décennies, sous les moqueries supposées de ses contemporains, sans un seul converti à l'arrivée. Enfin le jugement : par son obéissance même, Noé « condamna le monde », non en prononçant des sentences, mais en rendant l'incrédulité inexcusable. Saint Pierre complète le portrait en l'appelant héraut de la justice : « s'il n'a pas épargné l'ancien monde, mais s'il a sauvé Noé, lui huitième, ce prédicateur de la justice, lorsqu'il fit venir le déluge sur un monde d'impies » (2 P 2, 5, trad. Segond 1910)[14]. Noé a donc prêché pendant qu'il construisait : l'arche était un sermon de bois, et sa solitude finale en mesure l'échec apparent comme la fidélité.

Les cent vingt ans : délai de grâce

Avant l'ordre de construire, Dieu déclare : « ses jours seront de cent vingt ans » (Gn 6, 3)[15]. La tradition juive, notamment Rachi, y voit le délai de grâce accordé à l'humanité avant le Déluge, délai pendant lequel Noé construit l'arche sous les yeux de tous et appelle à la conversion[16]. Le texte biblique ne chiffre pas lui-même la durée du chantier : les « 120 ans de construction » relèvent de cette lecture reçue, non d'une donnée explicite. L'autre lecture (120 ans comme nouvelle limite de la vie humaine) n'est pas incompatible avec la première : après le Déluge, les longévités décroissent rapidement, de Sem (600 ans) à Abraham (175 ans), puis à la mesure du Psaume 90 (70 ou 80 ans)[17].

L'alliance noachique : Dieu s'engage envers toute chair

Sorti de l'arche, Noé offre un sacrifice, et Dieu répond non par une exigence nouvelle mais par une promesse unilatérale, la première alliance universelle de l'histoire sainte. Le texte mérite d'être lu en entier, car chaque clause compte :

« Oui, j'établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n'y aura plus de déluge pour ravager la terre. » (Gn 9, 11, trad. AELF)[18]

« Je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu'il soit le signe de l'alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l'arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous. » (Gn 9, 13-15, trad. AELF)[19]

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Quatre traits définissent cette alliance. Elle est cosmique : conclue « avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants » (Gn 9, 9-10), elle englobe l'animal comme l'homme[20]. Elle est inconditionnelle : aucune clause de fidélité n'est exigée en retour, Dieu s'engage seul. Elle est perpétuelle : « alliance éternelle » (Gn 9, 16), valable « pour les générations à jamais ». Et son signe est placé dans le ciel, visible de tous, croyants ou non : l'arc-en-ciel n'est pas un drapeau confessionnel mais un mémorial adressé à Dieu lui-même (« je me souviendrai »), qui rassure l'homme par contrecoup.

Le contenu moral : le sang et la vie

L'alliance comporte aussi des préceptes, valables pour toute l'humanité : la bénédiction de la fécondité (« soyez féconds, multipliez-vous », Gn 9, 1.7), l'autorisation de la nourriture carnée assortie de l'interdit du sang (« avec la chair, vous ne mangerez pas le principe de vie, c'est-à-dire le sang », Gn 9, 3-4), et la sanction du meurtre (« si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé, car Dieu a fait l'homme à son image », Gn 9, 5-6)[21]. Le fondement invoqué, l'image de Dieu en l'homme, ancre le respect de la vie dans la création elle-même, avant Moïse et avant toute loi particulière : c'est ce socle universel que la tradition juive développera dans les sept lois noachides (voir plus bas) et que l'Église reconnaîtra comme loi naturelle.

Ce qu'en dit le Catéchisme

Le Catéchisme de l'Église Catholique fait de l'alliance avec Noé la seconde étape de la Révélation après l'origine, et le principe de l'économie divine envers les nations :

« L'alliance avec Noé d'après le déluge exprime le principe de l'Économie divine envers les "nations", c'est-à-dire envers les hommes regroupés "d'après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans". » (CEC 56)[22]

« L'alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations, jusqu'à la proclamation universelle de l'Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des "nations", tels que "Abel le juste", le roi-prêtre Melchisédech, figure du Christ, ou les justes "Noé, Daniel et Job". Ainsi, l'Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l'alliance de Noé dans l'attente que le Christ "rassemble dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés". » (CEC 58)[23]

Noé devient ainsi le saint patron des nations : la sainteté reste possible hors d'Israël, dans l'alliance première, en attendant le rassemblement final. C'est une des pages les plus universalistes du Catéchisme, et elle porte le nom de Noé.

Les trois fils et la Table des nations

« Tels sont les trois fils de Noé, et à partir d'eux toute la terre fut repeuplée. » (Gn 9, 19, trad. AELF)[24]. Le chapitre 10 déploie ce repeuplement en Table des nations : soixante-dix noms dans le texte hébreu (soixante-douze dans la Septante), répartis entre les trois lignées[25]. La lecture reçue, constante depuis Josèphe jusqu'aux commentateurs classiques, y reconnaît la carte des peuples connus : Japhet vers le nord et l'ouest (peuples de la mer, Asie Mineure, îles), Sem au centre (Élam, Assur, Arpakshad dont sortira Abraham, Aram), Cham au sud (Koush, Mitsraïm c'est-à-dire l'Égypte, Pouth, Canaan)[26]. Le détail de l'identification de chaque nom reste discuté entre spécialistes, mais le cadre, trois souches issues d'un seul père, exprime la fraternité originelle des peuples : aucune nation n'est étrangère à la famille de Noé.

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Deux remarques s'imposent. D'abord, Canaan, fils de Cham, reçoit un développement à part qui prépare toute l'histoire d'Israël : la malédiction paternelle (Gn 9, 25-27, voir section suivante) annonce l'asservissement futur des Cananéens, accompli lors de la conquête de Josué, où les Gabaonites deviennent « bûcherons et puisatiers » au service d'Israël (Jos 9, 23)[27]. Ensuite, la Table se clôt sur Babel (Gn 11, 1-9) : la dispersion des langues, loin de contredire l'unité, en est la condition providentielle après l'orgueil de la tour, comme le notera le Catéchisme[28].

La vigne, l'ivresse et la parole sur Canaan

Le dernier épisode de la vie de Noé est aussi le plus délicat : « Noé, homme de la terre, fut le premier à planter la vigne. Il en but le vin, s'enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. » (Gn 9, 20-21, trad. AELF)[29]. Cham voit la nudité de son père et le raconte dehors ; Sem et Japhet, marchant à reculons, couvrent leur père sans le regarder (Gn 9, 22-23)[30]. À son réveil, Noé prononce une parole à double tranchant, bénédiction et malédiction mêlées :

« Il dit : Maudit soit Canaan ! Il sera pour ses frères l'esclave des esclaves. Et il ajouta : Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem ! Que Canaan soit son esclave ! Que Dieu mette Japhet au large ! Qu'il demeure dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave. » (Gn 9, 25-27, trad. AELF)[31]

Ce que la tradition en retient

Trois points sont constants dans la lecture reçue. D'abord, l'ivresse de Noé est comprise comme une faute d'inexpérience plutôt que de débauche : le vin est une nouveauté postdiluvienne, et le premier vigneron du monde en ignorait la force. Les commentateurs anciens, juifs comme chrétiens, atténuent unanimement la faute sans l'effacer : le juste reste faillible, et l'Écriture ne canonise pas ses héros en les rendant impeccables[32]. Ensuite, la faute véritablement condamnée est celle du regard moqueur : Cham (ou Canaan, selon les lectures) transforme la faiblesse paternelle en spectacle, là où ses frères la couvrent avec pudeur. La piété filiale devient ici le critère du jugement. Enfin, la parole de Noé est reçue comme une prophétie, non comme une vengeance d'homme ivre : elle annonce la bénédiction de la lignée de Sem (d'où sortiront Abraham, Israël, puis le Christ selon la chair), l'élargissement de Japhet (qui « demeurera dans les tentes de Sem », lu comme l'entrée des nations dans l'héritage d'Israël), et l'asservissement de Canaan, accompli dans l'histoire de la conquête[33].

Mise en garde : le contresens esclavagiste

L'Ivresse de Noé, par Michel-Ange (voûte de la chapelle Sixtine, 1509). Le patriarche exposé dans sa tente pendant que Sem et Japhet le couvrent à reculons : la fresque la plus célèbre de l'épisode de la vigne. Wikimedia Commons, domaine public (PD-Art).

Il faut nommer un usage pervers de ce passage : à l'époque moderne, certains ont invoqué la « malédiction de Cham » pour justifier l'esclavage des Africains, en identifiant arbitrairement Cham à l'Afrique noire. Ce contresens cumule trois erreurs : le texte maudit Canaan, non Cham ; Canaan désigne le Levant peuplé de Cananéens, non l'Afrique ; et l'Église a condamné l'esclavage bien avant son abolition civile (Paul III, Sublimis Deus, 1537, pour les Indiens ; Grégoire XVI, In Supremo Apostolatus, 1839, contre la traite des Noirs)[34]. La parole de Noé concerne le destin historique de Canaan face à Israël, jamais une hiérarchie des races : tous les hommes restant fils du même père et bénéficiaires de la même alliance.

Noé dans le reste de l'Écriture

Noé est l'un des rares personnages de la Genèse cités dans tous les corpus bibliques : prophètes, écrits sapientiaux et Nouveau Testament. Le tableau suivant donne la carte complète avant le commentaire.

LivrePassageCe que le texte dit de Noé
IsaïeIs 54, 9Les « eaux de Noé » deviennent serment de miséricorde envers Israël
ÉzéchielEz 14, 14.20Noé avec Daniel et Job : trois justes exemplaires
SiracideSi 44, 17-18Éloge de Noé dans le panégyrique des Pères
SagesseSg 10, 4La Sagesse « pilote le juste sur un simple morceau de bois »
PsaumesPs 29, 10Le Seigneur « siège au-dessus du Déluge » (mabbul)
ÉvangilesMt 24, 37-39 ; Lc 17, 26-27Les jours de Noé, figure des jours du Fils de l'homme
Luc (généalogie)Lc 3, 36Noé dans l'ascendance de Jésus
HébreuxHe 11, 7Noé, héritier de la justice par la foi
1 Pierre1 P 3, 20-21Huit sauvés par l'eau : figure du baptême
2 Pierre2 P 2, 5 ; 3, 5-7Noé héraut de justice ; le Déluge annonce le jugement par le feu

Les prophètes : serment et exemplarité

Isaïe fait du Déluge passé la garantie de l'avenir : Dieu jure de ne plus s'irriter contre son peuple comme il a juré que les eaux ne reviendraient plus.

« Il en sera pour moi comme des eaux de Noé : j'avais juré que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre ; je jure de même de ne plus m'irriter contre toi et de ne plus te menacer. » (Is 54, 9, trad. Segond 1910)[35]

L'argument suppose l'événement réel : on ne jure pas sur une fable. C'est pourquoi ce verset est lu chaque année à la Vigile pascale, parmi les lectures de l'Ancien Testament qui préparent les baptêmes de la nuit (voir la section liturgique)[36]. Ézéchiel, de son côté, cite Noé avec Daniel et Job comme les trois figures dont la justice personnelle, aussi éminente soit-elle, ne sauverait qu'eux-mêmes si le pays était condamné (Ez 14, 14.20)[37]. Noé y apparaît donc comme un étalon de justice reconnu d'Israël à Babylone, au VIe siècle av. J.-C.

Les sages : le juste piloté par la Sagesse

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Le Siracide, composé en hébreu au IIe siècle av. J.-C., est le plus ancien témoin daté de la réception de Noé hors du Pentateuque : dans son éloge des Pères (Si 44-50), il célèbre Noé trouvé juste, à qui Dieu renouvelle l'humanité et confirme l'alliance par le signe éternel de l'arc[38]. Le livre de la Sagesse va plus loin et fait de l'arche une œuvre de la Sagesse elle-même :

« À cause de lui, la terre fut submergée par le déluge, mais la Sagesse, de nouveau, la sauva en pilotant le juste sur un simple morceau de bois. » (Sg 10, 4, trad. AELF)[39]

L'expression « simple morceau de bois » est volontairement humble : le salut ne vient pas de la technique navale, mais de Celui qui pilote. La tradition y lira une première annonce du bois de la croix, qui sauve à son tour à travers les eaux du baptême. Notons enfin que le Psaume 29 emploie pour le Déluge le terme technique mabbul, qui ne réapparaît nulle part ailleurs dans la Bible hébraïque hors de Genèse 6 à 11 : le psaume traite donc le Déluge comme un événement singulier du passé, au-dessus duquel le Seigneur trône en roi[40].

Le Nouveau Testament : généalogie, vigilance, baptême, jugement

Luc fait remonter la généalogie de Jésus jusqu'à Adam en passant par « Sem, Noé, Lamek » (Lc 3, 36)[41] : le Christ est donc fils de Noé selon la chair, et l'alliance universelle trouve en lui son héritier. Jésus lui-même prend les jours de Noé comme figure des jours qui précéderont sa venue : on mangeait, on buvait, on se mariait, « jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis » (Mt 24, 37-39, trad. AELF)[42]. La pointe n'est pas le menu des antédiluviens, mais l'impréparation : la vie ordinaire absorbe, le jugement surprend, et seule l'entrée à temps dans l'arche sauve. Saint Pierre déploie les deux autres lectures : les huit sauvés « à travers l'eau » sont la figure du baptême qui sauve maintenant (1 P 3, 20-21)[43], et le monde ancien englouti annonce le monde présent « réservé pour le feu » au jour du jugement (2 P 3, 5-7)[44]. Eau puis feu : Noé se tient à la charnière des deux jugements.

Les témoins anciens : la réception juive

Noé n'est pas seulement un personnage du Pentateuque : il est reçu, commenté et fêté dans toute la tradition juive antique, qui fournit ainsi des témoins indépendants de l'ancienneté du récit, bien avant l'ère chrétienne.

Le Siracide et la littérature intertestamentaire

Ben Sira, sage de Jérusalem écrivant en hébreu au IIe siècle av. J.-C., est le plus ancien auteur daté qui parle de Noé en dehors du Pentateuque lui-même : son éloge prouve que le cycle de Noé était déjà, à cette date, une pièce reçue et vénérée de l'histoire sainte[45]. Deux apocryphes du même siècle amplifient le dossier : le livre d'Hénoch (chapitres 6 à 11) raconte la chute des Veilleurs et l'annonce du Déluge à Noé, et le livre des Jubilés (chapitres 5 à 7) réécrit le cycle en le calant sur un calendrier jubilaire de 49 ans[46]. Ces textes ne font pas partie du canon catholique, mais ils attestent que le judaïsme du Second Temple tenait Noé pour un ancêtre réel, dont l'histoire méritait d'être méditée et datée.

Qumrân : l'Apocryphe de la Genèse

Les grottes de Qumrân ont livré en araméen un Apocryphe de la Genèse (sigle 1Q20, grotte 1, époque hasmonéenne), dont les premières colonnes racontent longuement la naissance de Noé : Lamech, troublé par l'aspect extraordinaire de l'enfant, soupçonne une origine céleste, et c'est Hénoch lui-même, consulté par l'intermédiaire de Mathusalem, qui le rassure sur la paternité et annonce le Déluge à venir[47]. Le manuscrit prouve deux choses : l'ancienneté de la vénération de Noé (un rouleau entier lui est en partie consacré) et la liberté avec laquelle la tradition juive brodait autour du récit canonique sans jamais le traiter comme une fable. Pour le contexte archéologique de ces manuscrits, voir Les manuscrits de Qumrân.

Josèphe et les témoins païens du Déluge

Flavius Josèphe (37 - vers 100 apr. J.-C.), historien juif écrivant à Rome, raconte longuement Noé dans ses Antiquités judaïques (livre I, 3) : la corruption du genre humain, la construction de l'arche, le Déluge, le sacrifice et l'arc-en-ciel. Il ajoute deux pièces d'historien antique : une discussion sur les longévités des patriarches, qu'il défend en citant des auteurs païens qui attestent des vies multimillénaires, et l'affirmation que les restes de l'arche se montraient encore de son temps dans les montagnes d'Arménie, au lieu-dit de la Descente[48]. Le passage mérite citation exacte, car Josèphe écrit pour des lecteurs gréco-romains :

« However, the Armenians call this place Apobaterion, The Place of Descent; for the ark being saved in that place, its remains are shown there by the inhabitants to this day. » (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, I, 3, 5, trad. Whiston)[49]

Soit : les Arméniens appellent ce lieu le Lieu de la Descente, car l'arche y ayant été préservée, ses restes y sont montrés par les habitants jusqu'à ce jour (notre traduction). Surtout, Josèphe conserve le témoignage de Bérose, prêtre babylonien du début du IIIe siècle av. J.-C. : dans ses Babyloniaca, Bérose raconte le déluge de Xisuthros, dont le navire s'échoue en Arménie, récit cité par Josèphe (Contre Apion, I, 19) et repris par Eusèbe de Césarée[50]. Un prêtre de Marduk écrivant à Babylone, un historien juif écrivant à Rome : deux témoins non chrétiens, deux cultures, un même souvenir.

Le Talmud : le juste discuté et les sept lois

Le Talmud de Babylone (Ve siècle) discute Noé sur deux registres. Sur sa justice, on l'a vu : Sanhédrin 108a conserve les deux lectures de « juste dans ses générations », louange et restriction mêlées[51]. Sur son héritage moral, Sanhédrin 56a énumère les sept commandements donnés aux fils de Noé, c'est-à-dire à l'humanité entière : instituer des tribunaux, et s'interdire l'idolâtrie, le blasphème, l'immoralité sexuelle, le meurtre, le vol, et la consommation d'un membre arraché à un animal vivant[52]. Ces « lois noachides » prolongent directement les préceptes de Gn 9 : elles sont, dans le judaïsme, le régime moral des nations, pendant de la Torah donnée à Israël. Le Catéchisme les recoupe sans les nommer quand il décrit l'alliance avec Noé comme l'économie divine envers les nations[^cec-56}.

Les Pères de l'Église : figure du Christ et de l'Église

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Dès le IIe siècle, les Pères lisent Noé à trois niveaux à la fois : histoire vraie, figure du Christ et figure de l'Église. Ils ne choisissent jamais entre ces niveaux : c'est leur conjonction qui fait la lecture catholique, comme Augustin l'établira en principe (voir plus bas).

Les premiers témoins : Théophile, Justin, Tertullien

Théophile d'Antioche (évêque vers 168-182) insère Noé dans une vaste chronologie du monde depuis Adam (À Autolycus, III, 24 et suivants), suivant les chiffres de la Septante : l'apologétique chrétienne naissante compte déjà les années depuis la création, preuve qu'elle tenait le récit pour datable et donc historique[53]. Justin martyr (vers 100-165) découvre dans les huit sauvés le chiffre du salut : Noé, huitième avec les siens, est le « symbole du jour qui, étant le huitième, jour auquel notre Christ apparut ressuscité d'entre les morts » (Dialogue avec Tryphon, 138)[54]. Le huitième jour, celui de la résurrection et du baptême, entre ainsi dans l'exégèse noachique dès le milieu du IIe siècle. Tertullien (vers 155-220) fonde la typologie baptismale latine : de même qu'après les eaux du Déluge la colombe annonça la paix à la terre, l'Esprit descend sur la chair sortie du baptême, « là où l'Église est la figure de l'arche » (De Baptismo, 8)[55].

Ambroise, Chrysostome, Éphrem : la prédication sur Noé

Saint Ambroise de Milan consacre à Noé un traité entier, le De Noe et arca, et commente le cycle dans le De Mysteriis : l'eau, le bois et la colombe y deviennent les trois signes du mystère baptismal (l'eau qui lave, le bois où le Seigneur a été cloué, la colombe de l'Esprit)[56]. Jean Chrysostome prêche à Antioche tout le cycle de Noé dans ses Homélies sur la Genèse : il s'attarde sur la patience du juste qui construit pendant des décennies sous les railleries, et fait de sa persévérance le modèle du prédicateur méprisé[57]. En Orient syriaque, Éphrem commente la Genèse pas à pas, attentif aux détails du texte (les animaux, le corbeau, la colombe, la vigne) qu'il lit comme autant de signes disposés par Dieu pour l'instruction des simples[58].

Augustin : l'axe herméneutique catholique

Saint Augustin donne au livre XV de la Cité de Dieu le traitement antique le plus complet du cycle de Noé. Trois apports structurent toute la lecture catholique ultérieure. D'abord la règle de lecture : il faut tenir ensemble l'histoire et la figure, et refuser les deux mutilations symétriques, celle des purs historiens qui ne veulent que le fait sans le sens, et celle des purs allégoristes qui ne veulent que le sens sans le fait (XV, 27)[59]. Ensuite la typologie de l'arche : par ses dimensions, sa porte unique sur le côté (la plaie du Christ), ses trois étages et son bois équarri, l'arche figure en tout le Christ et l'Église, navire unique du salut (XV, 26)[60]. Enfin la critique textuelle : Augustin relève les divergences de chiffres entre manuscrits hébreux et grecs, et tranche en faveur de l'hébreu (voir la section des chronologies). Il compte aussi les générations : la lignée de Caïn s'éteint à la huitième génération tandis que Noé est le dixième depuis Adam par Seth (XV, 20), arithmétique qui ordonne l'histoire des deux cités[61].

Usage liturgique et accomplissement chrétien

Noé n'est pas seulement lu à la messe : il y est célébré comme ancêtre du Christ et ses eaux irriguent le baptême. Trois lieux liturgiques l'attestent, en Orient comme en Occident.

La Vigile pascale et le baptême

Chaque année, la Vigile pascale fait entendre Isaïe 54, avec ses « eaux de Noé », parmi les lectures de l'Ancien Testament qui préparent les baptêmes de la nuit : l'assemblée qui va plonger les catéchumènes dans l'eau écoute d'abord le serment prêté sur les eaux du Déluge[62]. Le lien est apostolique : « dans l'arche, un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau. C'était une figure du baptême qui vous sauve maintenant » (1 P 3, 20-21)[63]. Le Catéchisme reprend la lecture à son compte :

« L'Église a vu dans l'arche de Noé une préfiguration du salut par le baptême : en elle, un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau. » (CEC 1219)[64]

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Le baptême est donc une traversée : mêmes eaux qui engloutissent et qui portent, même bois qui flotte au-dessus du jugement. Les litanies de Lorette donnent à ce mystère son titre marial : Marie, Arche d'alliance, porte en elle, comme l'arche de Noé portait les vivants, Celui par qui le monde est sauvé[65].

Le dimanche des Saints Ancêtres

Les Églises orthodoxes consacrent les deux derniers dimanches avant Noël aux Saints Ancêtres puis aux Saints Pères : Adam et Ève, Abel, Seth, Hénoch, « Noé le juste, fils de Lamech, et ses fils », Abraham et toute la lignée charnelle du Christ y sont commémorés avant la Nativité[66]. Noé y figure donc au premier rang des ancêtres selon la chair du Seigneur, dans une fête qui relie la crèche à l'arche : le même Dieu qui a sauvé huit personnes par l'eau vient sauver tous les hommes par l'enfant. Le Martyrologe romain, de son côté, inscrit les patriarches au nombre des saints vénérés, et le canon romain de la messe prie avec Abel et Abraham, les deux voisins de Noé dans l'économie des nations[67].

Noé, second Adam et figure du Christ

La typologie complète fait de Noé un second Adam : comme Adam, il ouvre une humanité ; comme Adam, il reçoit la bénédiction de la fécondité et la domination sur les animaux ; comme Adam, il chute par un fruit (le vin de la vigne au lieu du fruit défendu), et sa chute blesse sa descendance. Mais là où Adam transmet la mort, Noé transmet la vie sauvée : il est Adam réparé, et le Christ, que Luc rattache à Noé par la généalogie, est le troisième terme qui accomplit la série[68]. C'est pourquoi l'Église peut chanter aux jours de Noé sans nostalgie : ils annonçaient, par l'eau et par le bois, le baptême et la croix.

La question des chronologies : trois traditions textuelles

Les chiffres donnés plus haut sont ceux du texte massorétique (TM), le texte hébreu reçu. Mais deux autres traditions anciennes chiffrent différemment la généalogie de Gn 5 : la Septante (traduction grecque, IIIe-IIe s. av. J.-C.) ajoute généralement cent ans à l'âge de paternité des patriarches, et le Pentateuque samaritain retranche au contraire sur plusieurs générations. Le tableau compare les trois totaux d'Adam au Déluge et la date du Déluge qui en découle[69] :

Tradition textuelleAdam au DélugeDate du DélugeCréation correspondante
Texte massorétique (hébreu reçu)1656 ans2348 av. J.-C. (Ussher)4004 av. J.-C.
Septante (grec ancien)environ 2262 ans (selon les témoins)autour de 3250 av. J.-C. (comput byzantin)5509 av. J.-C. (ère byzantine)
Pentateuque samaritain1307 ansautour de 2900 av. J.-C.variable selon les computs

Trois remarques s'imposent. D'abord, l'écart ne touche que les chiffres, jamais les personnes ni les faits : les trois traditions nomment les mêmes dix patriarches, dans le même ordre, avec les mêmes durées de vie totales pour la plupart. Ensuite, la tradition catholique a tranché en pratique : saint Jérôme traduit l'Ancien Testament sur l'hébreu (hebraica veritas) et la Vulgate suit le comput court, repris par Bède, puis par Ussher et par toute la chronologie classique[70]. Enfin, les divergences étaient déjà connues et discutées dans l'Antiquité : elles ne sont pas une découverte de la critique moderne.

Augustin tranche : Mathusalem et les quatorze ans

Le cas d'école est celui de Mathusalem. Selon les livres grecs dont Augustin disposait, Mathusalem engendre Lamech à 167 ans, Lamech engendre Noé à 188 ans, et Noé a 600 ans au Déluge : 955 ans séparent donc la naissance de Mathusalem du Déluge, alors que sa vie totale est de 969 ans. Il aurait donc vécu quatorze ans après le Déluge, ce qui contredit l'Écriture (seuls les huit de l'arche survécurent). Augustin expose la difficulté sans l'esquiver, rapporte les explications proposées, puis tranche :

« Il est certain que Mathusalem ne survécut pas au Déluge, mais qu'il mourut l'année même où il eut lieu, si les chiffres donnés dans les manuscrits hébreux sont exacts. » (Saint Augustin, Cité de Dieu, XV, 13)[71]

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La méthode est exemplaire et reste celle de l'exégèse catholique : constater loyalement la divergence, peser les témoins, et donner la préséance au texte hébreu, langue originale de la Genèse, sans mépriser la version reçue par l'Église. Les écarts numériques entre témoins n'atteignent ni l'historicité de Noé, ni celle du Déluge, ni la chronologie courte tenue par la tradition : ils obligent seulement à choisir ses témoins en connaissance de cause.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire le cycle de Noé autrement : non comme l'œuvre de Moïse rapportant des faits, mais comme une composition tardive assemblant des sources, adaptée des mythes mésopotamiens. Ces hypothèses doivent être exposées loyalement, puis pesées : elles reposent sur des reconstructions fragiles et des présupposés qu'il faut nommer.

L'hypothèse documentaire et ses doublets

L'objection la plus courante vise la composition de Genèse 6 à 9 : le récit juxtaposerait deux sources, l'une employant le nom de Yahvé (J), l'autre celui d'Élohim (P), trahies par des doublets : un couple ou sept couples d'animaux purs (Gn 6, 19-20 contre 7, 2-3), quarante jours ou cent cinquante jours d'eaux (Gn 7, 4.12 contre 7, 24 ; 8, 3), deux envois d'oiseaux différemment racontés[72]. La datation suit : la source sacerdotale serait d'époque exilique ou postexilique (VIe-Ve s. av. J.-C.), soit un millénaire après Moïse[73].

La réponse tient en trois points. D'abord, les « doublets » se lisent aussi bien comme des compléments : l'ordre général (un couple de tout) puis la précision rituelle (sept couples de purs pour les sacrifices, dont celui de Gn 8, 20), les quarante jours de pluie puis les cent cinquante jours de décrue, sont des séquences narratives, non des contradictions[74]. Ensuite, la structure du récit est rigoureusement unifiée : le juif Umberto Cassuto, professeur à Florence puis à Jérusalem, a montré que le découpage en sources détruit une architecture concentrique voulue, et il conclut sans détour :

« Ce bâtiment imposant et magnifique n'a, en réalité, rien pour le soutenir et repose sur du vide. » (Umberto Cassuto, L'Hypothèse documentaire, conclusion du chapitre VIII)[75]

Enfin, l'argument des noms divins prouve moins qu'il ne semble : l'alternance Yahvé/Élohim suit les sujets (l'alliance personnelle d'un côté, le Dieu créateur et juge universel de l'autre), et un même auteur peut varier ses désignations selon son propos, comme tout écrivain[76]. Surtout, la datation tardive se heurte aux témoins : le Siracide cite déjà Noé au IIe siècle av. J.-C., la Septante traduit la Genèse au IIIe siècle, Qumrân commente le cycle en araméen, et rien dans ces témoins ne sent la nouveauté. Une composition exilique qui aurait pris en un siècle l'autorité d'une histoire patriarcale reçue par tous, prêtres, scribes et traducteurs, sans laisser la moindre trace de controverse, est une hypothèse coûteuse.

Gilgamesh : qui éclaire qui ?

Depuis la lecture de la tablette XI de Gilgamesh par George Smith en 1872, on oppose au récit biblique son « modèle » babylonien : Uta-Napishtim, averti par le dieu Éa, construit un navire, survit au déluge, offre un sacrifice, et reçoit la vie éternelle[77]. L'Atrahasis et la tablette de l'arche étudiée par Irving Finkel complètent le dossier mésopotamien, exposé en détail dans l'article frère[78]. Trois limites s'imposent pourtant. D'abord, les différences théologiques excèdent les ressemblances narratives : dieux divisés et affolés par les eaux d'un côté, Dieu unique, juste et miséricordieux de l'autre ; immortalité magique d'un héros de l'autre côté, alliance offerte à toute chair ici. Ensuite, le sens de l'emprunt n'est pas établi : une mémoire commune d'un cataclysme réel explique aussi bien les parallèles, et les témoins les plus anciens du récit biblique (Septante, Qumrân) sont antérieurs à la fixation écrite de plusieurs versions mésopotamiennes tardives. Enfin, Bérose lui-même, prêtre de Marduk, situe le navire en Arménie comme la Bible : la convergence des géographies suggère une source commune plutôt qu'une copie. Le dossier complet des parallèles est traité dans Le Déluge a-t-il vraiment eu lieu ? : on s'y reportera pour les textes, les dates et les mesures.

Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable

Rassemblons le faisceau. Témoins anciens : Siracide, Hénoch, Jubilés, Septante, Qumrân, Josèphe, Nouveau Testament : dix siècles de réception continue, juive puis chrétienne, sans une voix pour dire que Noé serait une fiction. Magistère moderne : Pie XII rappelle que les onze premiers chapitres de la Genèse, dont le cycle de Noé fait partie, appartiennent au genre historique en un sens vrai, ce qui interdit à la fois le concordisme naïf et la réduction au mythe[79] :

« Les onze premiers chapitres de la Genèse, quoiqu'ils ne répondent pas exactement aux règles de la composition historique, telles que les ont suivies les grands historiens grecs et latins et que les suivent les savants d'aujourd'hui, appartiennent néanmoins au genre historique en un sens vrai. » (Pie XII, Humani Generis, 12 août 1950, § 38)[80] Arguments internes : généalogie chiffrée, noms prophétiques vérifiés par la suite du récit, cohérence de la Table des nations avec l'histoire d'Israël. Réception canonique et liturgique : le Christ et les apôtres parlent de Noé comme d'un homme (Mt 24, He 11, 1 P 3, 2 P 2), Luc l'inscrit dans la généalogie du Seigneur, l'Église le fête parmi les Ancêtres et lit ses eaux à la Vigile pascale. Attribution : Moïse auteur du Pentateuque (Commission biblique, 1906), le Christ qui cite Moïse comme auteur (Jn 5, 46-47 ; Lc 24, 27), la tradition juive unanime[81]. Face à cela, les reconstructions critiques offrent des possibilités littéraires, non des preuves historiques : elles supposent ce qu'elles devraient démontrer (l'impossibilité d'une prophétie, d'un miracle, d'une longévité), datent les textes par les théories qu'elles ont bâties en datant les textes, et confondent la mise en évidence de sources possibles avec la négation de l'auteur. Un catholique reste donc pleinement libre de tenir la position traditionnelle : c'est celle de l'Église, de ses Pères, de sa liturgie et de son Seigneur.

Pour aller plus loin

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Lectures de référence

Bible et magistère

  • Bible, trad. liturgique AELF (aelf.org/bible) : Gn 5-10 ; Is 54 ; Ez 14 ; Sg 10 ; Mt 24 ; Lc 3 ; 1 P 3 ; 2 P 2-3
  • Catéchisme de l'Église Catholique, §§ 56-58, 845, 1219 (vatican.va)
  • Pie XII, Humani Generis, encyclique du 12 août 1950, § 38 : les onze premiers chapitres de la Genèse appartiennent au « genre historique en un sens vrai »
  • Commission Biblique Pontificale, De mosaica authentia Pentateuchi, 27 juin 1906, puis décret du 30 juin 1909 sur les trois premiers chapitres

Sources juives anciennes

  • Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, I, 3 (éd. Étienne Nodet, Cerf, 1990) ; Contre Apion, I, 19 (Bérose)
  • Talmud de Babylone, Sanhédrin 56a (lois noachides) et 108a (le juste de sa génération), avec le commentaire de Rachi
  • Écrits intertestamentaires (1 Hénoch, Jubilés, Siracide), Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1987
  • Apocryphe de la Genèse de Qumrân (1Q20), éd. Joseph Fitzmyer, 2e éd., Rome, 1971

Pères et exégèse

  • Saint Augustin, La Cité de Dieu, livres XV-XVI (trad. NPNF/newadvent)
  • Saint Ambroise, De Noe et arca (CSEL 32/1) et De Mysteriis, III
  • Jean Chrysostome, Homélies sur la Genèse (PG 53) ; Théophile d'Antioche, À Autolycus, III
  • Umberto Cassuto, The Documentary Hypothesis, Magnes Press, Jérusalem, 1961, et Commentary on Genesis, vol. II, 1964
  • James Ussher, Annales Veteris Testamenti, Londres, 1650 (trad. anglaise 1658)

Notes et références

Notes et références

  1. Commission Biblique Pontificale, De mosaica authentia Pentateuchi (sur l'authenticité mosaïque du Pentateuque), réponse du 27 juin 1906 : Moïse est l'auteur substantiel du Pentateuque, pouvant s'être servi de sources et de secrétaires. Enchiridion Biblicum, n. 147 s. Voir aussi la réponse du 30 juin 1909 sur les trois premiers chapitres (De charactere historico trium priorum capitum Geneseos, AAS 1 (1909), p. 567-569).

    1
  2. « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit. » (Jn 5, 46) ; cf. Lc 24, 27.44, où le Ressuscité explique « dans Moïse » ce qui le concernait.

    2
  3. Gn 5 (trad. AELF, aelf.org/bible/Gn/5) : la généalogie sethite complète, avec âges de paternité et durées de vie.

    3
  4. Chiffres du texte massorétique (hébreu reçu, éd. Biblia Hebraica Stuttgartensia, Deutsche Bibelgesellschaft, 5e éd., 1997). Les variantes grecques et samaritaines sont traitées dans la section des chronologies.

    4
  5. « Noé était âgé de cinq cents ans quand il engendra Sem, Cham et Japhet. » (Gn 5, 32, trad. AELF).

    5
  6. « Après le déluge, Noé vécut encore trois cent cinquante ans. En tout, il vécut neuf cent cinquante ans, puis il mourut. » (Gn 9, 28-29, trad. AELF, aelf.org/bible/Gn/9).

    6
  7. James USSHER, Annales Veteris Testamenti, a prima mundi origine deducti, Londres, 1650 (trad. anglaise : The Annals of the World, 1658). Création : 4004 av. J.-C. ; Déluge : an du monde 1656, soit 2348 av. J.-C. Noé, né en 1056 (4004 moins 1056 = 2948) et mort en 2006 (2948 moins 950 = 1998), couvre donc environ 2948 à 1998 av. J.-C. dans ce comput.

    7
  8. « Il lui donna le nom de Noé, en disant : Celui-ci nous soulagera de nos labeurs et de la peine qu'impose à nos mains un sol maudit par le Seigneur. » (Gn 5, 29, trad. AELF).

    8
  9. « Le Seigneur respira l'agréable odeur, et il se dit en lui-même : Jamais plus je ne maudirai le sol à cause de l'homme. » (Gn 8, 21, trad. AELF).

    9
  10. « Parmi ses contemporains, Noé fut un homme juste, parfait. Noé marchait avec Dieu. » (Gn 6, 9, trad. AELF, aelf.org/bible/Gn/6).

    10
  11. « Hénoch marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l'avait enlevé. » (Gn 5, 24, trad. AELF). Seuls Hénoch et Noé reçoivent cette formule dans la Genèse.

    11
  12. Talmud de Babylone, Sanhédrin 108a, sur Gn 6, 9 : débat entre lecture laudative (juste jusque dans une génération perverse) et lecture restrictive (juste seulement par comparaison). Texte et traduction : sefaria.org/Sanhedrin.108a. Commentaire de Rachi (1040-1105) ad loc., qui conserve les deux lectures.

    12 51
  13. « C'est par la foi que Noé, divinement averti des choses qu'on ne voyait pas encore, et saisi d'une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille ; c'est par elle qu'il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi. » (He 11, 7, trad. Segond 1910).

    13
  14. « S'il n'a pas épargné l'ancien monde, mais s'il a sauvé Noé, lui huitième, ce prédicateur de la justice, lorsqu'il fit venir le déluge sur un monde d'impies. » (2 P 2, 5, trad. Segond 1910).

    14
  15. « Mon esprit ne demeurera pas toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. » (Gn 6, 3, trad. AELF).

    15
  16. Rachi, commentaire sur Gn 6, 3 : les cent vingt ans sont un délai accordé pour la conversion, pendant lequel Noé construit l'arche à la vue de tous.

    16
  17. Sem : 600 ans (Gn 11, 10-11) ; Abraham : 175 ans (Gn 25, 7) ; « le nombre de nos années : soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux » (Ps 90, 10, trad. AELF).

    17
  18. « Oui, j'établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n'y aura plus de déluge pour ravager la terre. » (Gn 9, 11, trad. AELF).

    18
  19. « Je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu'il soit le signe de l'alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l'arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. » (Gn 9, 13-15, trad. AELF).

    19
  20. « Voici que moi, j'établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l'arche. » (Gn 9, 9-10, trad. AELF).

    20
  21. Gn 9, 1-7 (trad. AELF) : fécondité (v. 1.7), nourriture carnée sans le sang (v. 3-4), sanction du meurtre fondée sur l'image de Dieu (v. 5-6).

    21
  22. Catéchisme de l'Église Catholique, § 56 : « Une fois l'unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d'abord à sauver l'humanité en passant par chacune de ses parties. L'alliance avec Noé d'après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l'Économie divine envers les "nations", c'est-à-dire envers les hommes regroupés "d'après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans" (Gn 10, 5 ; cf. 10, 20-31). » Texte officiel français sur vatican.va.

    22
  23. Catéchisme de l'Église Catholique, § 58 : « L'alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu'à la proclamation universelle de l'Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des "nations", tels que "Abel le juste", le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes "Noé, Daniel et Job" (Ez 14, 14). Ainsi, l'Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l'alliance de Noé dans l'attente que le Christ "rassemble dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11, 52). » Texte officiel français sur vatican.va.

    23
  24. « Tels sont les trois fils de Noé, et à partir d'eux toute la terre fut repeuplée. » (Gn 9, 19, trad. AELF).

    24
  25. Gn 10 (trad. AELF) : soixante-dix noms dans le texte hébreu ; la Septante en compte soixante-douze (dédoublements et additions propres à la tradition grecque).

    25
  26. Lecture reçue depuis Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, I, 6 (la descendance des trois fils), jusqu'aux commentaires classiques. Les identifications de détail (Japhet : peuples de la mer et du Nord ; Sem : Élam, Assur, Arpakshad, Aram ; Cham : Koush, Mitsraïm, Pouth, Canaan) restent discutées entre spécialistes ; le cadre ternaire est constant.

    26
  27. « Vous êtes maudits, et aucun d'entre vous ne cessera d'être esclave, bûcheron et puisatier pour la maison de mon Dieu. » (Jos 9, 23, les Gabaonites, Cananéens, à Josué).

    27
  28. Catéchisme de l'Église Catholique, § 57 : l'ordre des nations « est destiné à limiter l'orgueil d'une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6) ». Texte officiel français sur vatican.va.

    28
  29. « Noé, homme de la terre, fut le premier à planter la vigne. Il en but le vin, s'enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. » (Gn 9, 20-21, trad. AELF).

    29
  30. « Cham, le père de Canaan, vit que son père était nu et il en informa ses deux frères qui étaient dehors. Sem et Japhet prirent le manteau, le placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils en couvrirent leur père qui était nu. » (Gn 9, 22-23, trad. AELF).

    30
  31. « Il dit : Maudit soit Canaan ! Il sera pour ses frères l'esclave des esclaves. Et il ajouta : Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem ! Que Canaan soit son esclave ! Que Dieu mette Japhet au large ! Qu'il demeure dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave. » (Gn 9, 25-27, trad. AELF).

    31
  32. Lecture commune des commentateurs anciens : le vin étant une nouveauté, l'ivresse est involontaire et la faute vénielle, tandis que la moquerie de Cham est le péché proprement condamné. Voir par ex. Jean Chrysostome, Homélies sur la Genèse (PG 53), et la tradition rabbinique ad Gn 9, 21.

    32
  33. Lecture reçue : « Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem » annonce l'élection d'Israël puis l'Incarnation dans la lignée de Sem ; « Dieu mette Japhet au large » (hébreu yapht, jeu de mots sur Yephet) annonce l'expansion des nations vers les tentes de Sem, lue comme l'entrée des Gentils dans l'Église ; la servitude de Canaan s'accomplit à la conquête (Jos 9 ; Jg 1).

    33
  34. Paul III, Sublimis Deus, bulle du 2 juin 1537 : les Indiens, comme tous les peuples, ne doivent être privés ni de leur liberté ni de la possession de leurs biens ; Grégoire XVI, In Supremo Apostolatus, bref du 3 décembre 1839, contre la traite et l'esclavage des Noirs. Sur l'usage esclavagiste de Gn 9 : la malédiction vise Canaan (Levant), non Cham, et ne fonde aucune hiérarchie des peuples.

    34
  35. « Il en sera pour moi comme des eaux de Noé : j'avais juré que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre ; je jure de même de ne plus m'irriter contre toi et de ne plus te menacer. » (Is 54, 9, trad. Segond 1910).

    35
  36. Missel romain, Vigile pascale : Isaïe 54 (avec le refrain psalmique) figure parmi les lectures de l'Ancien Testament, lues avant la bénédiction de l'eau et les baptêmes.

    36 62
  37. « Et qu'il s'y trouvât ces trois hommes, Noé, Daniel et Job, ils sauveraient leur vie par leur justice, dit le Seigneur » (Ez 14, 14.20). Ézéchiel prophétise parmi les exilés à Babylone, vers 593-571 av. J.-C.

    37
  38. Si 44, 17-18 : dans l'éloge des Pères, Ben Sira célèbre Noé trouvé juste et parfait au temps de la colère, par qui l'humanité fut renouvelée et avec qui Dieu scella une alliance éternelle confirmée par un signe.

    38
  39. « Or un homme injuste, pris de colère, se détourna d'elle et périt de cette rage fratricide ; à cause de lui, la terre fut submergée par le déluge, mais la Sagesse, de nouveau, la sauva en pilotant le juste sur un simple morceau de bois. » (Sg 10, 3-4, trad. AELF, aelf.org/bible/Sg/10).

    39
  40. Ps 29, 10 : le Seigneur siège au-dessus du Déluge. Le terme hébreu mabbul (déluge) n'apparaît dans toute la Bible que dans Gn 6 à 11 et dans ce psaume.

    40
  41. Lc 3, 36, dans la généalogie ascendante de Jésus : « fils de Caïnan, fils d'Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamek » (trad. AELF).

    41
  42. « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l'homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis. » (Mt 24, 37-39, trad. AELF) ; cf. Lc 17, 26-27.

    42
  43. « Ceux-ci, jadis, avaient refusé d'obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l'arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau. C'était une figure du baptême qui vous sauve maintenant. » (1 P 3, 20-21, trad. AELF).

    43 63
  44. « Le ciel et la terre d'à présent, la même parole les réserve pour le feu. » (2 P 3, 7) ; le Déluge (2 P 3, 5-6) est le précédent du jugement à venir.

    44
  45. Ben Sira (Siracide), sage de Jérusalem, compose en hébreu au début du IIe siècle av. J.-C. ; son petit-fils traduit l'ouvrage en grec en Égypte (prologue du traducteur). L'éloge des Pères occupe Si 44 à 50.

    45
  46. 1 Hénoch 6-11 (chute des Veilleurs, annonce du Déluge) et Jubilés 5-7 (réécriture du cycle sur un calendrier de jubilés de 49 ans), composés aux IIIe-IIe siècles av. J.-C. Textes dans Écrits intertestamentaires, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1987 (éd. André Dupont-Sommer et Marc Philonenko).

    46
  47. Apocryphe de la Genèse (1Q20, grotte 1 de Qumrân), araméen, époque hasmonéenne (IIe-Ier s. av. J.-C.) : les colonnes 2 à 5 racontent la naissance de Noé et les doutes de Lamech levés par Hénoch. Éd. de référence : Joseph FITZMYER, The Genesis Apocryphon of Qumran Cave 1, 2e éd., Rome, 1971.

    47
  48. FLAVIUS JOSÈPHE, Antiquités judaïques, I, 3 : le cycle de Noé, la défense des longévités patriarcales par des témoignages païens, et les restes de l'arche montrés en Arménie au lieu de la Descente. Éd. française : Étienne NODET, Flavius Josèphe, Les Antiquités juives, livres I-III, Cerf, Paris, 1990.

    48
  49. FLAVIUS JOSÈPHE, Antiquités judaïques, I, 3, 5 (trad. anglaise William Whiston) : « However, the Armenians call this place Apobaterion, The Place of Descent; for the ark being saved in that place, its remains are shown there by the inhabitants to this day. » Texte sur Perseus. La citation française du corps est notre traduction de ce texte. Le paragraphe suivant (I, 3, 6) nomme Bérose le Chaldéen parmi les historiens païens qui mentionnent le déluge et l'arche.

    49
  50. BÉROSE, prêtre de Marduk à Babylone, Babyloniaca (début du IIIe s. av. J.-C.), fragment sur Xisuthros conservé par Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 19, et par Eusèbe de Césarée, Chronique, I.

    50
  51. Talmud de Babylone, Sanhédrin 56a-b : la baraïta des sept commandements des fils de Noé (tribunaux ; interdictions de l'idolâtrie, du blasphème, de l'immoralité, du meurtre, du vol, du membre d'animal vivant). Texte et traduction : sefaria.org/Sanhedrin.56a. Cf. Tossefta, Avodah Zarah 9, 4.

    52
  52. THÉOPHILE D'ANTIOCHE, À Autolycus, III, 24-30 : chronologie complète depuis Adam suivant les chiffres de la Septante (Adam : 230 ans à la paternité). Évêque d'Antioche vers 168-182.

    53
  53. JUSTIN MARTYR, Dialogue avec Tryphon, 138 : Noé, huitième avec les siens, symbole du jour qui, étant le huitième, est le jour où le Christ apparut ressuscité d'entre les morts. Éd. critique : Philippe BOBICHON, Paradosis 47, Éditions universitaires de Fribourg, 2003. Texte en ligne (trad. anglaise ANF) : newadvent.org/fathers/0128.

    54
  54. TERTULLIEN, De Baptismo, ch. 8. Texte critique : Sources Chrétiennes 35 (R. F. Refoulé, Cerf, Paris, 1952). Traduction anglaise : newadvent.org/fathers/0321. Texte latin : « eadem dispositione spiritalis effectus terrae, id est carni nostrae, emergenti de lavacro post vetera delicta columba sancti spiritus advolat pacem dei adferens, emissa de caelis ubi ecclesia est arcae figura » [selon la même disposition, à la terre spirituelle, c'est-à-dire à notre chair qui sort du bain après ses anciens péchés, vole la colombe du Saint-Esprit apportant la paix de Dieu, envoyée des cieux où l'Église est la figure de l'arche].

    55
  55. SAINT AMBROISE DE MILAN, De Mysteriis, III, 10-11 : l'eau, le bois et la colombe comme signes du mystère (l'eau où la chair est plongée, le bois où le Seigneur a été cloué, la colombe de l'Esprit). Texte critique : Sources Chrétiennes 25 bis (B. Botte, Cerf, Paris, 1961). Ambroise a aussi consacré à Noé un traité entier : De Noe et arca, éd. C. Schenkl, CSEL 32/1, Vienne, 1897.

    56
  56. JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur la Genèse (PG 53), prêchées à Antioche vers 386-388 : patience de Noé bâtisseur sous les railleries, modèle du juste persévérant. Trad. anglaise : Fathers of the Church, Catholic University of America Press.

    57
  57. ÉPHREM LE SYRIEN (vers 306-373), Commentaire de la Genèse : lecture pas à pas du cycle (animaux, corbeau, colombe, vigne). Éd. : R. TONNEAU, Sancti Ephraem Syri in Genesim et in Exodum commentarii, CSCO 152-153, Louvain, 1955.

    58
  58. SAINT AUGUSTIN, De Civitate Dei, XV, 27. Titre latin (CCSL 48 ; PL 41, 472) : « De arca atque diluvio nec illis esse consentiendum, qui solam historiam recipiunt sine allegorica significatione, nec illis, qui solas figuras defendunt repudiata historica veritate. » [Il ne faut donner raison ni à ceux qui ne retiennent que l'histoire sans la signification figurée, ni à ceux qui ne défendent que les figures en rejetant la vérité historique.] Traduction anglaise NPNF : newadvent.org/fathers/120115.

    59
  59. SAINT AUGUSTIN, De Civitate Dei, XV, 26 : l'arche figure en tout le Christ et l'Église, par sa porte unique, ses trois étages et ses dimensions. Traduction anglaise NPNF : newadvent.org/fathers/120115.

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  60. SAINT AUGUSTIN, De Civitate Dei, XV, 20 : la lignée de Caïn s'éteint à la huitième génération, tandis que Noé est le dixième depuis Adam par Seth. Traduction anglaise NPNF : newadvent.org/fathers/120115.

    61
  61. Catéchisme de l'Église Catholique, § 1219. Texte anglais officiel : « The Church has seen in Noah's ark a prefiguring of salvation by Baptism, for by it "a few, that is, eight persons, were saved through water". » [L'Église a vu dans l'arche de Noé une préfiguration du salut par le baptême, car en elle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau.] La citation française du corps est notre traduction de ce texte.

    64
  62. Litanies de Lorette : invocation Arche d'alliance, priez pour nous (Arca foederis, ora pro nobis).

    65
  63. Les deux derniers dimanches avant Noël : dimanche des Saints Ancêtres puis dimanche des Saints Pères, qui commémorent les ancêtres selon la chair du Christ, à commencer par Adam et Ève, Abel, Seth, Hénoch, Noé et ses fils, Abraham, dont Noé le juste, fils de Lamech. Voir le site officiel de l'Église orthodoxe serbe (spc.rs).

    66
  64. Martyrologe romain : commémoraison des saints patriarches ; Missel romain, canon romain (prière eucharistique I) : avec Abel ton serviteur, avec Abraham, les justes agréés avant la Loi.

    67
  65. Parallèle Adam/Noé : bénédiction de la fécondité (Gn 1, 28 ; Gn 9, 1.7), domination sur les animaux (Gn 1, 28 ; Gn 9, 2), chute par un fruit (Gn 3, 6 ; Gn 9, 21). Le Christ, fils d'Adam par Luc (Lc 3, 38) et dernier Adam selon Paul (1 Co 15, 45), accomplit la série.

    68
  66. Totaux Adam-Déluge : TM 1656 ans (somme de Gn 5 : 130, 105, 90, 70, 65, 162, 65, 187, 182, plus 600) ; Septante environ 2262 ans (selon les témoins : éd. Rahlfs, Septuaginta, Deutsche Bibelgesellschaft) ; Samaritain 1307 ans (éd. August von Gall, Der hebräische Pentateuch der Samaritaner, 1918). Ère byzantine : création en 5509 av. J.-C.

    69
  67. Saint Jérôme, préfaces à la Vulgate : principe de l'hebraica veritas (traduire l'Ancien Testament sur l'hébreu). Comput court repris par Bède le Vénérable (De temporum ratione, 725) puis par toute la chronologie classique jusqu'à Ussher.

    70
  68. SAINT AUGUSTIN, De Civitate Dei, XV, 13 : sur les 167 ans de Mathusalem à la paternité, les 188 ans de Lamech et les 802 ans de survie (total 969), qui laissent quatorze ans après le Déluge selon les livres grecs ; conclusion pour l'hébreu. Texte anglais NPNF : « Certain it is that Methuselah did not survive the flood, but died in the very year it occurred, if the numbers given in the Hebrew manuscripts are true. » [Il est certain que Mathusalem ne survécut pas au Déluge, mais qu'il mourut l'année même où il eut lieu, si les chiffres donnés dans les manuscrits hébreux sont exacts.] Page : newadvent.org/fathers/120115.

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  69. Doublets allégués : Gn 6, 19-20 (un couple) contre Gn 7, 2-3 (sept couples de purs) ; Gn 7, 4.12 (quarante jours) contre Gn 7, 24 et 8, 3 (cent cinquante jours) ; les envois d'oiseaux (Gn 8, 6-12) ; l'alternance des noms divins Yahvé/Élohim.

    72
  70. Julius WELLHAUSEN (1844-1918), Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, 1878 : répartition du Pentateuque entre sources J, E, D, P, la source sacerdotale étant placée après l'exil. Le cercle : on date les textes par la théorie des sources, puis on prouve la théorie par les dates.

    73
  71. L'ordre général puis la précision rituelle (les purs pour le sacrifice de Gn 8, 20), la pluie de quarante jours puis la décrue de cent cinquante jours : des séquences successives, non des récits concurrents. Voir le dossier des objections traité dans l'article frère.

    74
  72. Umberto CASSUTO, The Documentary Hypothesis and the Composition of the Pentateuch: Eight Lectures, trad. Israel Abrahams, Magnes Press, Jérusalem, 1961 (hébreu : 1941), conclusion du chap. VIII. Texte original (anglais) : « This imposing and beautiful edifice has, in reality, nothing to support it and is founded on air. » [Ce bâtiment imposant et magnifique n'a, en réalité, rien pour le soutenir et repose sur du vide.] Pour Gn 6-11 : A Commentary on the Book of Genesis, vol. II, Magnes Press, 1964.

    75
  73. L'alternance suit les sujets : Yahvé, le Dieu de l'alliance personnelle (l'ordre à Noé, le sacrifice agréé) ; Élohim, le Dieu créateur et juge universel (la corruption du monde, les mesures de l'arche). Un même auteur varie ses désignations selon son propos.

    76
  74. Tablette XI de l'Épopée de Gilgamesh : Uta-Napishtim, averti par Éa, construit un navire, survit au déluge, offre un sacrifice et reçoit la vie éternelle. Éd. critique : Andrew GEORGE, The Babylonian Gilgamesh Epic, 2 vol., Oxford University Press, 2003. Lecture de George Smith : 3 décembre 1872.

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  75. Atrahasis (éd. Lambert et Millard, Oxford, 1969) et Ark Tablet (Irving Finkel, The Ark Before Noah, Hodder, 2014) : voir le dossier complet dans Le Déluge a-t-il vraiment eu lieu ?.

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  76. PIE XII, Humani Generis, lettre encyclique du 12 août 1950, § 38 : le passage cité reprend la réponse de la Commission Biblique Pontificale du 30 juin 1909 sur le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse, étendue ici aux onze premiers. Texte officiel français sur vatican.va.

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  77. Attribution mosaïque : tradition juive unanime ; Commission biblique, 1906 (voir note ci-dessus) ; le Christ : « Moïse a écrit de moi » (Jn 5, 46), « commençant par Moïse » (Lc 24, 27). Voir Moïse.

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