Saint Théophile d'Antioche

Saint Théophile d'Antioche, évêque et apologiste du IIe siècle (vers 169-183), auteur d'À Autolycus : premier usage chrétien conservé du mot « Trinité » et première citation de Jean 1, 1 en nommant l'évangéliste. Fête le 13 octobre.

Ignispedia

Saint Théophile d'Antioche, évêque d'Antioche vers 169-183, est l'un des premiers apologistes chrétiens : un converti du paganisme qui défendit la foi devant un ami cultivé, Autolycus, dans un ouvrage conservé sous le titre À Autolycus (Ad Autolycum), vers 180[1][2]. Par cette œuvre, il est aussi le premier auteur chrétien dont il reste des livres à employer le mot « Trinité » (en grec trias) pour dire le mystère de Dieu, de son Verbe et de sa Sagesse[3][4].

Né païen non loin du Tigre et de l'Euphrate, Théophile se convertit en étudiant les Saintes Écritures, en particulier les livres prophétiques[5]. Évêque de la grande Église d'Antioche, il combattit les hérésies de son temps et laissa une trace profonde dans la tradition, jusqu'à être rangé parmi les Pères de l'Église. Sa fête est fixée au 13 octobre[6].

Qui est saint Théophile d'Antioche ?

Un converti devenu évêque

Théophile est l'un de ces premiers pasteurs que l'Église a vénérés comme saints sans qu'un procès canonique ait été nécessaire : son épiscopat, son combat pour la foi et sa mémoire liturgique suffirent à fixer son culte. Il succède à Éros sur le siège d'Antioche, et il gouverne cette Église durant une quinzaine d'années, vers 169-183[7][8]. Saint Jérôme et Eusèbe le comptent parmi les premiers successeurs des apôtres sur ce siège[9][10].

Le détail de sa vie privée nous échappe presque entièrement, comme pour beaucoup de saints des premiers siècles. Ce que nous savons de lui vient de ses propres livres et des notices que lui ont consacrées Eusèbe de Césarée et saint Jérôme[11][12]. Théophile ne mentionne nulle part son office dans ses écrits conservés : c'est la tradition de l'Église d'Antioche qui l'a identifié comme son évêque[13].

La conversion par l'Écriture

Antioche sur l'Oronte (Antakya, Turquie), siège de l'Église que gouverna saint Théophile. Photo Carole Raddato, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Le prologue d'À Autolycus raconte la conversion de l'auteur avec une simplicité remarquable. Théophile était païen. En lisant les Saintes Écritures, en particulier les prophètes, il découvrit la vérité de la foi chrétienne et se laissa convertir[14][15]. Ce chemin de conversion est typique des apologistes du IIe siècle : ce ne sont pas d'abord des témoins de miracles, mais des lecteurs de la Bible qui trouvent dans l'Ancien Testament l'annonce du Christ.

À Autolycus : défendre la foi devant un ami

Un dialogue écrit pour un païen cultivé

La seule œuvre de Théophile qui nous soit parvenue est À Autolycus (Trois livres à Autolycus), une suite de trois livres adressés à un ami païen, cultivé, nommé Autolycus[16][17][18]. Le projet est apologétique : montrer que la foi chrétienne est raisonnable, ancienne, enracinée dans l'histoire et dans les Écritures, et supérieure à l'idolâtrie.

Contrairement à d'autres apologistes qui s'appuient beaucoup sur la philosophie grecque, Théophile tire ses arguments presque entièrement de l'Ancien Testament[19]. Les livres prophétiques, le Pentateuque, les Psaumes, les Proverbes, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Osée forment le cœur de sa démonstration. Il cite aussi le Nouveau Testament : le Sermon sur la montagne, les épîtres de Paul (Romains, Corinthiens, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, Pastorales), et l'ouverture de l'Évangile selon saint Jean[20][21].

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » : Évangile selon saint Jean, 1, 1 (AELF)[22]

Le premier mot chrétien de « Trinité »

L'apport le plus célèbre de Théophile à la théologie est le premier usage chrétien conservé du mot « Trinité » (en grec trias). Au livre II, chapitre 15, il commente les trois premiers jours de la Genèse, avant la création des luminaires, et il y voit la figure (typos) de la Trinité : Dieu, son Verbe (Logos) et sa Sagesse (Sophia)[23][24][25].

Il ne s'agit pas encore de la formule trinitaire postérieure (Père, Fils et Esprit Saint) : Théophile nomme Dieu, son Verbe et sa Sagesse. Mais la structure est bien celle du mystère trinitaire : un seul Dieu, et en lui des relations personnelles qui ne sont pas des créatures. Le mot trias paraît déjà en usage avant Théophile ; c'est lui qui en a laissé la plus ancienne attestation chrétienne conservée[26]. Plus tard, Tertullien introduira le terme latin trinitas[27].

Cette théologie est enracinée dans la lecture de l'Écriture. Théophile identifie le Logos comme le Fils de Dieu, le Verbe par qui le Père a tout créé[28][29]. Comme l'article Évangile selon saint Jean le montre, l'évangéliste Jean ouvre son récit par ce mystère du Verbe ; Théophile est, avec les autres apologistes, l'un des premiers à le méditer pour l'Église.

Citer Jean en nommant l'évangéliste

Un fait notable place Théophile au cœur des études bibliques du IIe siècle : dans À Autolycus II, 22, il cite l'ouverture de l'Évangile selon Jean (1, 1-3) et il nomme l'évangéliste[30][31]. C'est le plus ancien témoignage conservé d'une telle citation avec attribution. L'article Lazare de Béthanie d'Ignispedia l'a déjà signalé : « Premier auteur conservé qui cite Jean 1, 1 en nommant l'Évangéliste, vers 180 »[32].

Théophile ne nomme pas Jésus dans ce passage ; il emploie le titre de Verbe de Dieu, qui est aussi son Fils[33]. La christologie est déjà nette : le Verbe par qui tout a été créé est le Fils, et il est Dieu.

Le pasteur d'Antioche

Un évêque face aux hérésies

L'Église d'Antioche, au IIe siècle, est l'une des plus grandes du monde chrétien : un carrefour de missions, de cultures et de controverses. Théophile y succède à Éros vers 169, et il y exerce une charge pastorale marquée par le combat doctrinal[34]. Eusèbe de Césarée loue son zèle contre les hérétiques, en particulier contre Marcion[35][36].

Outre À Autolycus, Théophile composa plusieurs ouvrages aujourd'hui perdus, dont les titres nous sont connus par Eusèbe et Jérôme : un traité contre l'hérésie d'Hermogène, un traité contre Marcion, des écrits catéchétiques, et des commentaires sur l'Évangile et les Proverbes[37][38][39]. Jérôme jugeait ces commentaires stylistiquement incohérents ; ils n'ont pas survécu[40].

Un témoin de la tradition antiochienne

Saint Théophile d'Antioche, bois de la Chronique de Nuremberg (1493). Domaine public.

Théophile se situe dans la ligne des grands pasteurs d'Antioche, entre les temps apostoliques et la paix de l'Église. L'article Saint Ignace d'Antioche raconte le martyre du premier de ces évêques dont nous ayons les lettres ; l'article Saint Polycarpe de Smyrne et l'article Saint Irénée de Lyon montrent comment la même foi se transmet, au même siècle, de l'Orient à la Gaule. Théophile en est l'un des maillons : un pasteur qui écrit pour convertir, catéchiser et défendre.

La chronologie et la création

Au livre III d'À Autolycus, Théophile développe une chronologie depuis la fondation du monde, d'Adam jusqu'à Marc Aurèle[41][42]. Il place la création du monde vers 5529 av. J.-C. et donne un total de 5 698 ans jusqu'à son époque (III, 28)[43].

Cette datation le range parmi les tenants de la chronologie courte, c'est-à-dire l'ordre de quelques milliers d'années depuis la création d'Adam. Comme l'article Bible d'Ignispedia le rappelle, l'Église n'a pas tranché le chiffre exact de l'âge du monde : ce qui appartient à la foi, c'est que l'univers a un commencement et qu'il est créé à partir de rien[44]. La chronologie de Théophile est un témoignage traditionnel parmi d'autres (Eusèbe, saint Augustin, saint Bède), non un dogme[45]. Pour le débat moderne sur les six mille ans, on consultera aussi l'article Le monde a-t-il seulement 6 000 ans ?.

Canonisation et réception

Un Père de l'Église vénéré dès l'antiquité

Théophile est vénéré comme saint dans l'Église catholique, dans l'orthodoxie et dans les Églises orientales[46]. Il est rangé parmi les Pères de l'Église et les apologistes du IIe siècle. Sa fête est fixée au 13 octobre[47].

La tradition lui attribue une mort vers 181-185 ; Nominis indique l'an 181, la tradition rapporte le 18 octobre 183, et la critique moderne propose une fourchette entre 183 et 185[48][49]. Le Martyrologe romain le célèbre au 13 octobre et le présente comme l'évêque d'Antioche qui composa un livre pour défendre la foi contre Marcion[50].

Une œuvre transmise par les copistes

À Autolycus nous est parvenu dans la transmission grecque, éditée notamment par Migne (Patrologia Graeca, t. VI), par von Otto (Corpus apologetarum christianorum saeculi secundi, 1861) et, en français, dans les Sources Chrétiennes n. 20 (Cerf, Paris, 1948)[51][52]. C'est cette dernière édition qu'Ignispedia cite déjà dans ses articles sur les origines chrétiennes[53].

L'importance historique de Théophile est considérable : il témoigne de la christologie des années 170-180, de la lecture de Jean dans l'Église d'Antioche, de l'usage du mot Trinité avant Tertullien, et de la défense apologétique de la foi face au paganisme et aux hérésies.

Iconographie

Saint Théophile d'Antioche est représenté en évêque des premiers siècles, souvent barbu, vêtu de la chasuble ou du pallium oriental, parfois avec un livre (son À Autolycus ou les Écritures). Les gravures anciennes, comme le bois de la Chronique de Nuremberg (1493), le figurent en buste d'évêque ; le portrait gravé par William Cave (1637-1713), dans son recueil sur les Pères de l'Église, est l'une des images les plus répandues de lui[54].

Les fresques et vitraux qui le montrent aux côtés des autres Pères d'Antioche rappellent sa place dans la succession apostolique de cette Église, l'une des plus anciennes du monde chrétien.

Fête liturgique

La fête de saint Théophile d'Antioche est fixée au 13 octobre[55]. C'est la date retenue par le calendrier d'Ignispedia (saints du 13 octobre), où Théophile est célébré aux côtés de saint Géraud d'Aurillac et de saint Édouard le Confesseur.

Que demander à saint Théophile ?

Une foi qui se laisse enseigner par l'Écriture

La première leçon de Théophile est celle d'une conversion par la lecture. Un païen devient chrétien, puis évêque, parce qu'il a lu les prophètes et les Psaumes. Demander à saint Théophile, c'est demander un cœur docile à la Parole de Dieu, capable de la méditer jusqu'à en recevoir la foi.

La clarté du mystère trinitaire

La seconde leçon est la clarté dans le mystère. Théophile n'invente pas la doctrine trinitaire : il la nomme, avec les mots de son temps, pour la transmettre. À une époque où le langage théologique se cherche encore, il a su dire Dieu, son Verbe et sa Sagesse sans confondre les personnes ni diviser la substance. C'est un intercesseur précieux pour tous ceux qui cherchent à parler de la foi avec justesse.

« Tout est créé par lui et pour lui. » : Épître aux Colossiens, 1, 16 (AELF)[56]

Un apologiste pour notre temps

Enfin, Théophile est le patron naturel de ceux qui défendent la foi devant la culture. Il a écrit pour un ami cultivé, non pour un cercle fermé ; il a suivi la méthode de l'Écriture, non celle de la rhétorique vide. Dans un monde qui redécouvre les questions de la création, du temps et du mystère de Dieu, sa voix d'apologiste reste actuelle.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia EN, « Theophilus of Antioch » : 7e évêque d'Antioche, patriarcat vers 169-183 (dates d'après Clinton) ; né païen non loin du Tigre et de l'Euphrate, converti par l'étude des Écritures, surtout les prophètes ; Ad Autolycum en 3 livres ; arguments tirés surtout de l'Ancien Testament ; premier usage chrétien conservé du mot « Trinité » (II, 15 : Dieu, son Verbe, sa Sagesse) ; citation de Jn 1, 1-3 en nommant l'évangéliste (II, 22) ; chronologie du livre III (création vers 5529 av. J.-C., total de 5 698 ans) ; œuvres perdues contre Hermogène et Marcion ; fête du 13 octobre ; mort probable entre 183 et 185 (tradition du 18 octobre 183). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Theophilus_of_Antioch. Consulté le 11 octobre 2026.

    1 3 5 6 7 13 14 16 19 20 23 26 27 28 33 34 36 39 41 43 46 47 48 52 54 55
  2. Théophile d'Antioche, Trois livres à Autolycus (Ad Autolycum), vers 180, texte grec établi par Gustave Bardy, traduction de Jean Sender, introduction et notes de Gustave Bardy, coll. Sources Chrétiennes n. 20, Cerf, Paris, 1948. Livre II, 15 : figure de la Trinité (Dieu, son Verbe, sa Sagesse). Livre II, 22 : citation de Jn 1, 1-3 avec attribution à l'évangéliste Jean. Autres éditions : Migne, Patrologia Graeca, t. VI, col. 1023-1168 ; J. C. T. von Otto, Corpus apologetarum christianorum saeculi secundi, vol. II, Iéna, 1861.

    2 4 15 17 21 24 29 30 42 51
  3. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 24 : notice sur Théophile d'Antioche, son zèle contre les hérétiques (en particulier Marcion), et la liste de ses ouvrages (apologie à Autolycus, contre Hermogène, contre Marcion, écrits catéchétiques).

    8 10 11 35 37
  4. Saint Jérôme, Des hommes illustres (De viris illustribus), ch. 25 : notice sur Théophile, évêque d'Antioche ; énumération de ses livres, dont les commentaires sur l'Évangile et les Proverbes, jugés stylistiquement incohérents.

    9 12 38 40
  5. Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Théophile d'Antioche », fête du 13 octobre (« Fête locale »), mort indiquée en 181. URL : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/8576/Saint-Théophile-d-Antioche.html : évêque d'Antioche au IIe siècle sous Marc Aurèle ; païen converti par la lecture des Écritures ; sixième évêque après saint Pierre selon le Martyrologe romain ; trois livres à Autolycos ; traité contre Marcion. Consulté le 11 octobre 2026.

    18 49
  6. Évangile selon saint Jean, 1, 1, traduction liturgique (AELF) : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. »

    22
  7. Robert M. Grant, édition et traduction d'Ad Autolycum avec texte grec, Clarendon Press, Oxford, 1970. Voir aussi la discussion du mot trias au livre II, 15.

    25
  8. Ignispedia, article « Lazare de Béthanie » (source française), note sur Théophile d'Antioche : À Autolycus II, 22, éd. Sources Chrétiennes n. 20, Cerf, Paris, 1948, citation de Jn 1, 1 avec attribution à Jean, vers 180 ; « premier auteur conservé qui cite Jean 1, 1 en nommant l'Évangéliste ».

    31 32 53
  9. Ignispedia, article « Bible » (source française), section sur l'âge du monde : l'Église n'a pas tranché la question ; la chronologie courte de l'ordre de six mille ans est tenue par des catholiques sur la foi de témoins anciens (Théophile d'Antioche, Eusèbe, saint Augustin, saint Bède) ; ce n'est pas un dogme.

    44 45
  10. Martyrologium Romanum, 13 octobre (Tertio Idus Octobris), éd. espagnole 2001, p. 571 : « Conmemoración de san Teófilo, obispo de Antioquía, varón muy erudito, que ocupó esta sede como sexto sucesor de san Pedro y compuso un libro para defender la fe ortodoxa contra el hereje Marción (s. II). »

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  11. Épître aux Colossiens, 1, 16, traduction liturgique (AELF) : « En lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. [...] tout est créé par lui et pour lui. »

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