Saint Cyprien de Carthage (vers 200 – 258)

Saint Cyprien de Carthage, rhéteur païen converti devenu évêque, est l'un des plus grands Pères de l'Église latine et le premier évêque-martyr d'Afrique. Pasteur dans la persécution de Dèce et la crise des lapsi, auteur du De unitate (« il ne peut avoir Dieu pour Père celui qui n'a pas l'Église pour mère »), héros de la charité pendant la peste, il se trompa face au pape Étienne sur le rebaptême mais racheta tout par son martyre. Décapité le 14 septembre 258 : « Deo gratias ».

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Saint Cyprien de Carthage (vers 200/210 – 258), de son nom complet Thascius Caecilius Cyprianus, est l'un des plus grands Pères de l'Église latine et le premier grand évêque-écrivain de l'Afrique chrétienne. Rhéteur païen renommé, converti à l'âge mûr, il devient en quelques années évêque de Carthage, gouverne son Église à travers deux persécutions, deux schismes et une épidémie meurtrière, et meurt décapité le 14 septembre 258 — premier évêque d'Afrique à recevoir la couronne du martyre[1][2].

Son nom reste attaché à une formule devenue la charte de l'ecclésiologie catholique : « Il ne peut avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Église pour mère. » Pasteur autant que théologien, Cyprien a pensé l'unité de l'Église au moment où elle était la plus menacée, par la défection des chrétiens sous la torture et par les schismes des rigoristes[3][4].

Cet article présente le saint lui-même : sa conversion, son épiscopat, sa conduite dans la crise des lapsi, sa doctrine de l'unité, sa controverse — où il se trompa — avec le pape sur le baptême des hérétiques, sa charité héroïque pendant la peste, sa spiritualité de la prière, et son martyre. Pour la doctrine qu'il a formulée, voir « Hors de l'Église, point de salut » ; pour son adversaire romain, voir le pape saint Étienne Ier ; pour le pape qu'il soutint contre le schisme, voir saint Corneille.

Qui est saint Cyprien de Carthage ?

Le premier évêque-martyr de l'Afrique

Avant saint Augustin, avant même que l'Afrique latine ne devienne le foyer le plus brillant de la théologie occidentale, il y a Cyprien. En une dizaine d'années d'épiscopat (248/249-258), cet ancien orateur a donné à l'Église d'Afrique sa langue, sa discipline et son modèle de pasteur[5]. Quand il monte sur l'échafaud en 258, il est, selon le mot de son biographe, « le premier évêque d'Afrique à obtenir la couronne du martyre »[6][7].

Sa figure domine tout le IIIe siècle latin. Là où Irénée de Lyon avait défendu la foi contre les gnostiques, Cyprien affronte une autre épreuve : non plus l'hérésie spéculative, mais l'effondrement moral d'une Église persécutée et la tentation du schisme. Sa réponse — l'unité autour de l'évêque légitime — restera l'un des piliers de l'ecclésiologie catholique.

Un évêque, pas un Docteur de l'Église

Une précision s'impose d'emblée. Cyprien est un Père de l'Église et un saint martyr, mais il n'a jamais reçu le titre de Docteur de l'Église. Cette nuance est importante : la sainteté de Cyprien est entière, son autorité immense, mais l'Église a discerné dans son œuvre un point sur lequel il s'est trompé — la querelle du rebaptême, où il s'opposa au siège de Rome[8]. Loin d'amoindrir sa grandeur, ce discernement la situe : Cyprien est un saint réel, faillible sur un point de discipline, héroïque jusqu'au sang sur l'essentiel.

Les sources de sa vie

Peu de Pères des premiers siècles sont aussi bien documentés. Nous disposons d'abord de son œuvre : treize traités et un recueil de 81 lettres, échange vivant avec son clergé, son peuple, les confesseurs, les évêques d'Afrique et les papes de Rome — document de premier ordre sur la vie d'une Église du IIIe siècle[9].

À cela s'ajoutent deux sources biographiques d'une rare fraîcheur. La Vita Cypriani, écrite par son diacre Pontius, est la première biographie chrétienne — non le récit d'un martyre, mais la vie d'un pasteur racontée par son diacre, témoin direct[10]. Et les Acta proconsularia sancti Cypriani transcrivent, presque comme un procès-verbal, le double procès et l'exécution de l'évêque : c'est l'un des plus anciens récits authentiques de martyre que nous possédions[11]. Saint Jérôme, enfin, lui consacre une notice de son catalogue des écrivains ecclésiastiques[12].

D'un rhéteur païen à l'évêque : la conversion de Cyprien

Carthage, métropole chrétienne d'Afrique

Cyprien naît vers 200-210 à Carthage — ou dans sa région —, grande métropole de l'Afrique proconsulaire, deuxième ville de l'Occident romain après Rome[13]. Sa famille est païenne, riche et cultivée. Il reçoit la formation complète d'un notable : lettres classiques, rhétorique, droit. Devenu avocat et professeur de rhétorique réputé, il jouit d'une situation enviable, d'une fortune confortable et d'une renommée publique[14].

Carthage, thermes d’Antonin. Graham Claytor / ISAW-AWIB (2007), Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

L'Afrique chrétienne où il va naître à la foi n'est pas une terre vierge : un demi-siècle plus tôt, les martyrs de Scillium (180) et les saintes Perpétue et Félicité (203) y avaient déjà versé leur sang, et le génie de Tertullien y avait forgé la première grande théologie de langue latine. Cyprien hérite de ce sol fécond.

La conversion : « une lumière d'en haut »

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Au seuil de l'âge mûr — Benoît XVI parle de la trente-cinquième année — Cyprien traverse une crise. Le brillant orateur se découvre prisonnier de ses vices et incapable, par ses seules forces, de changer de vie. C'est le prêtre Caecilius qui l'accompagne vers la foi ; Cyprien lui voue une telle reconnaissance qu'il prendra son nom, devenant Caecilius Cyprianus[15][16].

Dans son premier écrit, l'Ad Donatum, il décrit sa conversion non comme un raisonnement, mais comme une renaissance. Il avoue d'abord son impuissance :

« Quand je gisais encore dans les ténèbres et la nuit obscure […], je tenais pour difficile et ardu ce que la divine bonté me promettait pour mon salut. » — Saint Cyprien, À Donat, 3-4[17]

Puis vient la grâce du baptême, qui opère ce que l'effort humain ne pouvait :

« Quand l'eau régénératrice eut lavé la souillure de ma vie passée, une lumière d'en haut, sereine et pure, se répandit dans mon cœur réconcilié. […] Ce qui semblait difficile commença à paraître possible. » — Saint Cyprien, À Donat, 4[18]

Cette page est l'une des plus belles descriptions de la conversion baptismale de toute l'Antiquité chrétienne. Pour Cyprien, le christianisme n'est pas d'abord une doctrine, mais une transformation réelle de l'homme par la grâce.

Le baptême et le don des biens

La conversion de Cyprien est immédiatement radicale. Encore catéchumène, il fait vœu de chasteté et vend ses jardins pour distribuer le prix aux pauvres — un geste d'autant plus éclatant que ces biens lui seront en partie rendus par la générosité de ses amis, signe pour lui d'une providence qui ne se laisse pas vaincre en générosité[19]. Baptisé vers Pâques 246, il est en quelques mois ordonné prêtre, tant son sérieux et sa science frappent la communauté[20].

Tertullien, « le maître »

Devenu chrétien, Cyprien se forme en lisant assidûment Tertullien, le premier grand auteur latin chrétien. Saint Jérôme rapporte une anecdote célèbre : Cyprien ne passait jamais un jour sans lire Tertullien, et quand il réclamait son livre, il disait à son secrétaire : « Donne le maître » (Da magistrum)[21]. Le mot dit la dette et la distance : Cyprien doit beaucoup à Tertullien pour la langue et les concepts, mais, là où Tertullien a fini schismatique dans le montanisme, Cyprien restera l'homme de l'Église une. Le disciple a su garder du maître la rigueur sans en partager l'égarement.

Évêque de Carthage (vers 248-249)

Une élection populaire et contestée

Deux ans à peine après son baptême, vers 248-249, Cyprien est élu évêque de Carthage par acclamation du peuple, contre son propre désir et malgré l'opposition de cinq prêtres jaloux de cette ascension fulgurante[22]. Cette élection plébiscitaire, qu'il tiendra toujours pour l'expression d'un jugement divin ratifié par le vote du peuple et le consentement des évêques, sera plus tard sa force : face aux schismatiques, il pourra rappeler qu'il est l'évêque légitime, choisi selon les règles.

Les cinq prêtres opposants formeront le noyau d'une opposition tenace qui, dans la tourmente des persécutions, deviendra un parti laxiste, puis un schisme (autour de Felicissimus et de l'antiévêque Fortunatus). Dès le départ, l'épiscopat de Cyprien se joue donc sur le terrain de l'unité.

La persécution de Dèce et la crise des lapsi

L'édit de Dèce (250) : l'apostasie de masse

En janvier 250, l'empereur Dèce publie un édit ordonnant à tous les habitants de l'Empire de sacrifier aux dieux et d'en obtenir un certificat (libellus). Après une longue paix, l'Église est prise au dépourvu. Des chrétiens par milliers cèdent : les uns sacrifient réellement (sacrificati, thurificati — ceux qui ont brûlé l'encens), les autres achètent un faux certificat sans sacrifier (libellatici)[23][24]. C'est l'effondrement : la persécution révèle la tiédeur d'une génération que la paix avait amollie.

Cyprien se retire : fuite ou prudence ?

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Cyprien lui-même est une cible désignée ; la foule réclamait « Cyprien aux lions ». Plutôt que de s'exposer, il se retire dans une cachette d'où il continue, par lettres, à gouverner son Église pendant plus d'un an[25][26]. Ce choix lui fut reproché — par les confesseurs romains d'abord, par ses adversaires africains ensuite, qui y virent une fuite indigne d'un pasteur.

Cyprien s'en explique sans détour : il s'est retiré non par peur, mais pour ne pas exciter davantage la fureur contre son peuple et pour ne pas priver l'Église de son chef au plus fort de la crise. L'histoire lui a donné raison : huit ans plus tard, quand l'heure sera venue, le même homme refusera de fuir et marchera au martyre sans trembler. La prudence de 250 n'était pas lâcheté, mais discernement du temps de Dieu.

Le De lapsis : ni laxisme ni désespoir

La paix revenue, une question brûlante se pose : que faire des lapsi, ces « tombés » qui demandent à rentrer dans l'Église ? Deux excès menacent. D'un côté, le laxisme : des confesseurs, forts de leur prestige, distribuent des « lettres de paix » qui réadmettent les apostats sans pénitence. De l'autre, le rigorisme : on veut leur fermer à jamais la porte. Cyprien, dans son traité De lapsis (251), trace la voie moyenne de l'Église.

Il refuse d'abord le pardon bon marché qui se moque de la blessure :

« C'est tromper que de promettre faussement le pardon, et celui qui croit l'avoir reçu ne fait pas pénitence : ainsi grandit la faute. […] Que personne ne se trompe, que personne ne se séduise lui-même : le Seigneur seul peut faire miséricorde. » — Saint Cyprien, Sur les tombés, 15-17[27]

Mais il refuse aussi le désespoir : la pénitence sincère ouvre un chemin de retour. La discipline qu'il fait adopter par un concile de Carthage est nuancée selon la gravité de la chute.

Catégorie de lapsiFaute commiseTraitement décidé
Sacrificati / thurificatiOnt réellement sacrifié ou offert l'encens aux idolesPénitence longue ; réconciliation seulement à l'article de la mort (puis assouplie devant la menace d'une nouvelle persécution)
LibellaticiOnt acheté un faux certificat sans sacrifierPénitence proportionnée, puis réadmission
Confesseurs / martyrsOnt confessé la foi, parfois souffertHonorés, mais sans pouvoir de réadmettre les lapsi hors de l'évêque

Le principe de Cyprien est clair : la réconciliation n'appartient ni à l'émotion populaire ni au prestige des confesseurs, mais à l'évêque garant de l'unité, en lien avec ses frères dans l'épiscopat. C'est la naissance d'une pénitence ecclésiale ordonnée, ancêtre de la pratique de la confession et de la réconciliation.

Le schisme de Novatien et l'appui à Corneille

La crise des lapsi déchire aussi Rome. Le prêtre Novatien, rigoriste intransigeant, refuse tout pardon aux apostats et se fait élire antipape contre le pape légitime Corneille (251). Cyprien, après avoir vérifié la régularité de l'élection de Corneille, prend résolument son parti : être en communion avec l'évêque légitime de Rome, c'est être dans l'unité de l'Église[28]. Cette affaire est décisive : elle pousse Cyprien à penser de façon systématique la nature même de l'unité ecclésiale, et à écrire son traité le plus célèbre.

Le De unitate : l'Église une, mère des croyants

Le manifeste de l'unité

Le De ecclesiae catholicae unitate (« L'unité de l'Église catholique », 251) est le chef-d'œuvre de Cyprien et l'un des textes fondateurs de l'ecclésiologie catholique. Écrit contre les schismes — celui de Novatien à Rome, celui de Felicissimus à Carthage —, il pose une thèse simple et radicale : on ne peut être chrétien hors de l'Église une, car le Christ n'a fondé qu'une seule Église, indivisible[29].

« Il ne peut avoir Dieu pour Père… »

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La formule la plus célèbre de tout Cyprien condense sa doctrine dans une image maternelle :

« Il ne peut plus avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Église pour mère. » — Saint Cyprien, L'unité de l'Église catholique, 6[30]

L'Église n'est pas une fédération d'individus pieux : elle est la mère qui engendre à la vie divine. Se séparer d'elle, c'est se couper de la source. Cyprien file alors une autre image, biblique : celle de l'arche de Noé, hors de laquelle nul ne fut sauvé du déluge :

« Si quelqu'un avait pu échapper hors de l'arche de Noé, alors aussi pourrait échapper celui qui se trouve hors de l'Église. » — Saint Cyprien, L'unité de l'Église catholique, 6[31]

C'est l'expression la plus ancienne et la plus nette du principe qui sera formulé plus tard comme « hors de l'Église, point de salut » — principe que l'Église comprend aujourd'hui dans toute sa profondeur sans en abolir l'exigence[32]. Voir l'article dédié.

La chaire de Pierre et l'unité de l'épiscopat

Pour montrer où se trouve cette unité, Cyprien remonte à son origine. Le Christ a bâti son Église sur Pierre : tous les apôtres ont reçu une égale puissance, mais le Seigneur a voulu faire partir l'unité d'un seul pour qu'elle soit manifeste[33].

« Le primat est donné à Pierre, afin qu'il soit montré qu'il n'y a qu'une seule Église et une seule chaire. […] Si quelqu'un abandonne la chaire de Pierre sur laquelle l'Église a été fondée, se flatte-t-il d'être encore dans l'Église ? » — Saint Cyprien, L'unité de l'Église catholique, 4[34]

Cyprien tient ensemble deux convictions : l'épiscopat est un (episcopatus unus est), chaque évêque en possédant solidairement la totalité ; et cette unité a son principe visible dans la chaire de Pierre. Sa pratique le confirme : c'est en se référant à la communion avec le siège de Rome qu'il juge de la légitimité d'un évêque[35][36]. La querelle du rebaptême montrera que Cyprien sous-estimait la portée juridictionnelle de ce primat ; mais sa doctrine de l'unité visible de l'Église demeure un acquis définitif.

La tunique sans couture et les rayons du soleil

Cyprien, ancien rhéteur, est un maître de l'image. Pour dire l'unité, il multiplie les comparaisons inoubliables. L'Église est comme la tunique sans couture du Christ, que les soldats ne déchirèrent pas :

« Ce sacrement de l'unité, ce lien d'une concorde indissolublement cohérente, est figuré quand, dans l'Évangile, la tunique du Seigneur Jésus-Christ n'est ni divisée ni déchirée. […] Il ne peut posséder le vêtement du Christ, celui qui déchire et divise l'Église du Christ. » — Saint Cyprien, L'unité de l'Église catholique, 7[37]

Et comme le soleil dont les rayons sont multiples mais la lumière une, comme l'arbre aux nombreuses branches mais à la racine unique, comme la source d'où jaillissent des ruisseaux innombrables : partout la multiplicité jaillit de l'un et y demeure attachée[38].

La controverse du baptême des hérétiques (255-256)

La question : faut-il rebaptiser les hérétiques convertis ?

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Le seul grand échec de Cyprien naît de sa logique même sur l'unité. Si l'Église est une et que le salut passe par elle, qu'en est-il du baptême conféré par des hérétiques ou des schismatiques ? Pour Cyprien, la réponse coule de source : hors de l'Église, il n'y a ni Esprit ni grâce, donc le baptême des hérétiques est nul. Celui qui revient à l'Église catholique doit donc être (re)baptisé, car son premier « baptême » n'en était pas un[39][40].

« Là, les hommes ne sont pas lavés, mais plutôt souillés ; les péchés ne sont pas purifiés, mais aggravés. » — Saint Cyprien, à propos du baptême conféré hors de l'Église[41]

Cyprien contre le pape Étienne Ier

Rome enseigne le contraire. Le pape Étienne Ier tient pour la tradition romaine : le baptême conféré au nom de la Trinité est valide, même donné par un hérétique ; il suffit, pour réconcilier le converti, de lui imposer les mains en pénitence — nihil innovetur nisi quod traditum est, « qu'on n'innove rien sinon ce qui a été transmis »[42]. Cyprien réunit des conciles de Carthage (255-256) ; le dernier, en septembre 256, rassemble quatre-vingt-sept évêques africains qui soutiennent sa position. Étienne menace de rompre la communion avec les Africains[43][44].

Une erreur réelle, une sainteté intacte

La querelle s'apaise sans rupture définitive, la mort des deux protagonistes y aidant — Étienne en 257, Cyprien en 258. Mais l'histoire a tranché en faveur de Rome : la tradition, avec saint Augustin contre les donatistes, reconnaîtra la validité du baptême conféré au nom de la Trinité, même hors de l'Église catholique[45]. Cyprien s'était trompé.

Comment un saint a-t-il pu se tromper, et un pape avoir raison contre la quasi-totalité de l'épiscopat africain ? L'épisode est précieux : il montre que la sainteté n'est pas l'infaillibilité, que l'unité de la foi peut requérir qu'un grand homme se soumette, et que le primat romain sert justement à trancher quand les Églises locales divergent. Saint Augustin dira que Cyprien, n'ayant jamais quitté l'unité, lava cette erreur dans le sang de son martyre[46]. C'est pourquoi l'Église le vénère comme saint sans le proclamer Docteur.

La peste et la charité : le De mortalitate

La « peste de Cyprien »

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Vers 252, une épidémie terrible — dont la nature exacte reste discutée — ravage l'Empire ; elle frappe Carthage avec une telle violence qu'on l'a appelée la « peste de Cyprien », d'après la description qu'il en a laissée[47]. Les païens abandonnent leurs morts et accusent les chrétiens d'attirer la colère des dieux. Cyprien, lui, organise les secours : il rassemble son peuple, répartit les tâches, lève des fonds pour soigner les malades et ensevelir les morts — y compris les païens qui persécutaient les chrétiens[48][49].

Ne pas craindre la mort

Dans le De mortalitate, Cyprien console son peuple effrayé. Pour le chrétien, la mort n'est pas une catastrophe mais un passage vers la patrie. Il s'étonne presque qu'un croyant puisse vouloir rester ici-bas :

« Nous devons considérer […] que nous ne devons pas désirer notre propre volonté, mais celle de Dieu. […] Pourquoi prions-nous pour que vienne le royaume des cieux, si la captivité terrestre nous plaît ? » — Saint Cyprien, La mortalité, 18-19[50]

« Notre patrie, nous la disons être le paradis ; déjà nous commençons à compter les patriarches pour nos pères : pourquoi ne nous hâtons-nous pas et ne courons-nous pas, afin de pouvoir voir notre patrie, saluer nos parents ? » — Saint Cyprien, La mortalité, 26[51]

Aimer même ses persécuteurs

Le De opere et eleemosynis (« Les bonnes œuvres et l'aumône ») prolonge cette charité en doctrine : l'aumône purifie les péchés commis après le baptême et imite la miséricorde du Père[52]. La conduite de Cyprien pendant la peste en est l'illustration : il pousse les chrétiens à secourir tous les hommes, amis ou ennemis, parce que Dieu « fait lever son soleil sur les bons et les méchants ». Cette charité universelle, au cœur d'une cité terrorisée, fut l'une des plus puissantes apologies du christianisme : les païens virent des hommes mourir pour soigner ceux qui les haïssaient.

La spiritualité de saint Cyprien

Le De oratione dominica : prier au pluriel

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Après Tertullien, Cyprien consacre au Notre Père un traité, le De oratione dominica, qui restera un classique de la catéchèse de la prière[53]. Sa grande intuition est que la prière du Seigneur est communautaire : le chrétien ne dit pas « mon Père » mais « notre Père ».

« Avant tout, le Docteur de la paix et le Maître de l'unité n'a pas voulu qu'on prie isolément et en particulier, comme si l'on priait pour soi seul. Nous ne disons pas : "Mon Père, qui es aux cieux", ni : "Donne-moi aujourd'hui mon pain" […]. Notre prière est publique et commune, et quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul, mais pour tout le peuple, parce que, tout le peuple, nous sommes un. » — Saint Cyprien, L'oraison dominicale, 8[54]

La prière, comme l'Église, est une. Voir l'article sur le Notre Père.

« Dieu écoute le cœur, non la voix »

Cyprien enseigne aussi le recueillement : prier dans la modestie et le silence intérieur, car Dieu ne juge pas au volume des paroles mais à la profondeur du cœur.

« Que la parole et la prière soient réglées par la discipline, gardant le calme et la réserve. […] Dieu est l'auditeur non de la voix, mais du cœur. » — Saint Cyprien, L'oraison dominicale, 4[55]

Le martyre comme couronnement

Toute la spiritualité de Cyprien tend vers le témoignage du sang. Dans son Exhortation au martyre et ses lettres aux confesseurs, il présente la persécution non comme un malheur mais comme un combat glorieux, une moisson où Dieu éprouve les siens. Lui qui s'était retiré sous Dèce sait que cette grâce a un prix ; il s'y prépare pour le jour où elle lui sera offerte. Sa vie tout entière est une marche vers ce couronnement.

Le martyre (258)

La persécution de Valérien et l'exil à Curubis

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En 257, l'empereur Valérien déclenche une nouvelle persécution, visant cette fois directement le clergé et les biens de l'Église. Le 30 août 257, Cyprien comparaît devant le proconsul Aspasius Paternus. Il confesse sa foi avec une simplicité souveraine et refuse de livrer les noms de ses prêtres[56][57]. Il est exilé à Curubis, petite cité côtière, où le rejoint son fidèle diacre Pontius. Loin de l'abattre, l'exil le prépare : une vision, rapporte-t-il, lui annonce qu'un délai d'un an lui est laissé[58].

Le retour, le procès et « Deo gratias »

En 258, un nouvel édit de Valérien ordonne la mise à mort des évêques, prêtres et diacres. Apprenant que le pape Sixte II vient d'être exécuté dans les catacombes (6 août 258) — bientôt suivi de son diacre saint Laurent —, Cyprien comprend que son heure approche. Ramené à Carthage, placé en résidence surveillée dans ses propres jardins, il refuse de fuir : un évêque doit mourir au milieu de son peuple[59][60].

Le 14 septembre 258, il comparaît devant le proconsul Galère Maxime. Le dialogue, conservé presque mot pour mot dans les Acta, est d'une sobriété saisissante :

« — Es-tu Thascius Cyprien ? — Je le suis. — Les très sacrés empereurs t'ordonnent de sacrifier. — Je ne le ferai pas. — Réfléchis. — Fais ce qui t'est ordonné ; dans une cause aussi juste, il n'y a pas à réfléchir. » — Actes proconsulaires de saint Cyprien, 3[61]

Le proconsul lit la sentence : Cyprien sera frappé par le glaive. La réponse de l'évêque tient en deux mots, qui résument toute sa vie :

« Deo gratias ! » — Saint Cyprien, entendant sa sentence de mort, Actes proconsulaires, 4[62]

Le premier évêque-martyr d'Afrique

Conduit au lieu d'exécution, dans un vallon entouré d'arbres, Cyprien ôte lui-même son manteau et sa dalmatique, se met à genoux pour prier, et ordonne qu'on remette vingt-cinq pièces d'or au bourreau[63][64]. Les fidèles, en foule, étendent des linges pour recueillir son sang. Il est décapité. Son corps est emporté la nuit « avec des cierges et des flambeaux », dans la joie autant que dans le deuil[65]. Cyprien devient ainsi le premier évêque d'Afrique martyr — et le modèle de tous ceux qui le suivront.

  1. vers 200-210
    Naissance à Carthage
    Famille païenne aisée

    Cyprien naît dans une famille riche et cultivée ; il devient un rhéteur et avocat renommé.[66]

  2. vers 245-246
    Conversion et baptême
    « Une lumière d'en haut »

    Sous l'influence du prêtre Caecilius, il se convertit, fait vœu de chasteté, donne ses biens et est baptisé.[67]

  3. vers 248-249
    Évêque de Carthage
    Élu par le peuple

    Acclamé évêque deux ans après son baptême, malgré l'opposition de cinq prêtres.[68]

  4. 250-251
    Persécution de Dèce
    La crise des lapsi

    Il se retire pour gouverner par lettres, puis règle le sort des tombés dans le De lapsis.[69]

  5. 251
    De unitate
    L'Église une, mère des croyants

    Contre les schismes de Novatien et de Felicissimus, il écrit son chef-d'œuvre sur l'unité.[70]

  6. 252
    La peste de Carthage
    Charité héroïque

    Il organise les secours pour tous, païens compris, et écrit le De mortalitate.[71]

  7. 255-256
    Querelle du rebaptême
    Conflit avec le pape Étienne

    Il soutient, à tort, la nullité du baptême des hérétiques contre la tradition romaine.[72]

  8. 257
    Exil à Curubis
    Persécution de Valérien

    Devant le proconsul Paternus, il confesse sa foi et est exilé avec son diacre Pontius.[73]

  9. 14 septembre 258
    Martyre à Carthage
    « Deo gratias »

    Condamné par Galère Maxime, il est décapité : premier évêque-martyr d'Afrique.[74]

Culte et héritage

Un culte immédiat

Corneille et Cyprien, catacombes de Saint-Callixte. Reproduction Seppelt-Löffler (1933), Wikimedia Commons, domaine public.

Le culte de Cyprien est immédiat. Dès le lendemain de sa mort, les chrétiens d'Afrique célèbrent son dies natalis — son « jour de naissance » au ciel. Il devient le patron de l'Afrique chrétienne et l'un des saints les plus vénérés de l'Occident ancien : son nom figure au Canon romain de la messe, dans le Communicantes, parmi les martyrs[75]. Saint Augustin, un siècle et demi plus tard, prêchera sur sa tombe et le citera sans cesse comme l'autorité africaine par excellence.

Cyprien dans la tradition

L'influence de Cyprien est immense. Sa doctrine de l'unité de l'Église autour de l'évêque et du siège de Pierre est devenue un pilier de l'ecclésiologie catholique, repris par les conciles et le Catéchisme. Sa pratique de la pénitence a façonné la discipline du pardon. Et même son erreur sur le rebaptême a été féconde : c'est en la dépassant que saint Augustin a élaboré la distinction entre la validité et la fécondité des sacrements, capitale pour toute la théologie ultérieure du baptême[76].

Fête le 16 septembre

Cyprien est fêté le 16 septembre, conjointement avec le pape saint Corneille, le compagnon d'unité qu'il avait soutenu contre Novatien — beau symbole pour un docteur de la communion[77]. Benoît XVI résume en une phrase ce que l'Église retient de lui :

« Cyprien […] a généreusement donné sa vie pour ses fidèles, donnant l'exemple de la manière dont doivent être les rapports entre l'évêque et sa communauté. » — Benoît XVI, Audience générale du 6 juin 2007[78]

Pourquoi lire saint Cyprien aujourd'hui ?

À dix-sept siècles de distance, Cyprien reste un maître pour notre temps. Il enseigne d'abord que la conversion est réelle : sa propre vie, basculée du jour au lendemain par la grâce du baptême, dément l'idée que l'homme ne peut pas changer. « Une lumière d'en haut » a fait de l'orateur mondain un pasteur prêt au martyre.

Il rappelle ensuite que l'unité n'est pas un luxe : à une époque déchirée par les divisions, son cri — « on ne peut avoir Dieu pour Père sans avoir l'Église pour mère » — reste un appel à fuir le schisme du cœur autant que celui des structures.

Il montre enfin que la sainteté n'est pas l'orgueil de toujours avoir raison. Cyprien s'est trompé sur un point grave, sans jamais rompre l'unité ; et il a tout racheté dans le sang. Sa réponse au juge qui le condamnait — « Deo gratias », merci à Dieu — est le dernier mot d'une vie entièrement remise : rendre grâce, jusque devant la mort, à Celui qui donne tout.

« Fais ce qui t'est ordonné ; dans une cause aussi juste, il n'y a pas à réfléchir. » — Cette réponse de Cyprien au proconsul dit tout l'homme : un converti que rien, pas même la mort, n'a pu détacher du Christ et de son Église.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, article « St. Cyprian of Carthage », newadvent.org/cathen/04583b.htm : Cyprien (Thascius Caecilius Cyprianus), riche orateur païen de Carthage converti par le prêtre Caecilius (Caecilianus), baptisé vers Pâques 246 ; évêque de Carthage vers 248-249 malgré l'opposition de cinq prêtres ; retraite sous la persécution de Dèce (250) ; règlement de la question des lapsi ; soutien au pape Corneille contre Novatien (251) ; querelle du rebaptême avec le pape Étienne Ier (256, concile de 87 évêques) ; comparution devant le proconsul Paternus (30 août 257) et exil à Curubis ; procès devant Galère Maxime et décapitation le 14 septembre 258 ; « the first Bishop of Carthage to obtain the crown of martyrdom » ; corps inhumé au cimetière de Macrobius Candidianus.

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  2. Benoît XVI, Audience générale du 6 juin 2007, vatican.va : Cyprien, évêque africain du IIIe siècle, né à Carthage d'une famille païenne aisée, converti vers 35 ans après une jeunesse dissolue, vite ordonné prêtre puis évêque (248/249), martyr en 258 ; « premier évêque d'Afrique à obtenir la couronne du martyre » ; sa conversion (« Quand je gisais encore dans les ténèbres […] une lumière d'en haut, sereine et pure, se répandit dans mon cœur réconcilié ») ; son ecclésiologie (« il ne peut avoir Dieu pour Père celui qui n'a pas l'Église pour mère », « hors de l'Église, point de salut », la chaire de Pierre) ; sa doctrine de la prière (le « Notre Père », « Dieu écoute le cœur, non la voix ») ; et la formule sur le rapport de l'évêque à sa communauté.

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  3. Saint Cyprien, De ecclesiae catholicae unitate (« L'unité de l'Église catholique », 251), Treatise I, ANF vol. 5 (newadvent.org/fathers/050701.htm) : ch. 4, le primat donné à Pierre et l'unité partant d'un seul (« Si quelqu'un abandonne la chaire de Pierre […] se flatte-t-il d'être encore dans l'Église ? ») ; ch. 5, l'unité de l'épiscopat (episcopatus unus est) et les images du soleil, de l'arbre, de la source ; ch. 6, « Il ne peut plus avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Église pour mère » et l'image de l'arche de Noé ; ch. 7, la tunique sans couture du Christ, sacrement de l'unité. NB : le ch. 4 existe en deux recensions (dite « primauté » et « réception ») ; la doctrine de l'unité reste identique.

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  4. Pontius le Diacre, Vita Cypriani (« Vie de Cyprien ») — première biographie chrétienne d'un saint, écrite par le diacre qui accompagna Cyprien dans son exil et assista à sa mort. Source pour : la générosité de Cyprien envers les pauvres, son organisation des secours pendant la peste (y compris pour les païens), la vision annonçant le délai d'un an à Curubis, le refus de fuir, et l'inhumation nocturne « avec des cierges et des flambeaux ». Texte : ANF, vol. 5 (newadvent.org/fathers/0505.htm — « Life and Passion of St. Cyprian »).

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  5. Acta proconsularia sancti Cypriani (« Actes proconsulaires de saint Cyprien ») — procès-verbal des deux comparutions de Cyprien : devant Aspasius Paternus le 30 août 257 (confession de foi, exil à Curubis) et devant Galère Maxime le 14 septembre 258. Dialogue conservé : « Es-tu Thascius Cyprien ? — Je le suis. […] Fais ce qui t'est ordonné ; dans une cause aussi juste, il n'y a pas à réfléchir » ; sentence de décapitation ; réponse de Cyprien : « Deo gratias » ; il ôte son manteau et sa dalmatique, prie à genoux, fait remettre 25 pièces d'or au bourreau. L'un des plus anciens récits authentiques de martyre. Texte : ANF, vol. 5 ; earlychristians.org ; csla.history.ox.ac.uk (record E05168).

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  6. Saint Jérôme, De viris illustribus (« Les hommes illustres »), ch. 67 : notice sur Cyprien ; rapporte qu'il lisait Tertullien chaque jour et disait à son secrétaire « Da magistrum » (« Donne le maître »). Cf. newadvent.org/fathers/2708.htm.

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  7. Saint Cyprien, Ad Donatum (« À Donat »), 3-4 — récit de sa conversion : impuissance à changer de vie tant qu'il « gisait dans les ténèbres et la nuit obscure » ; puis, après « l'eau régénératrice » du baptême, « une lumière d'en haut, sereine et pure, se répandit dans mon cœur réconcilié » et « ce qui semblait difficile commença à paraître possible ». Trad. d'après ANF, vol. 5 (newadvent.org/fathers/050601.htm — Epistle I).

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  8. Saint Cyprien, De lapsis (« Sur les tombés », 251) : distinction entre sacrificati/thurificati (ayant réellement sacrifié ou offert l'encens) et libellatici (ayant acheté un faux certificat) ; refus du pardon sans pénitence (« c'est tromper que de promettre faussement le pardon […] le Seigneur seul peut faire miséricorde », ch. 15-17) ; discipline pénitentielle graduée adoptée en concile ; les confesseurs ne peuvent réadmettre les lapsi hors de l'évêque. Trad. d'après ANF, vol. 5, Treatise III (newadvent.org/fathers/050703.htm).

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  9. Sur la portée de l'axiome « hors de l'Église point de salut » et sa juste interprétation catholique (CEC 846-848 ; Vatican II, Lumen gentium 14-16), voir l'article Ignispedia dédié « Hors de l'Église, point de salut ».

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  10. Querelle du baptême des hérétiques (255-256) : Cyprien tient pour la nullité du baptême conféré hors de l'Église catholique (« là, les hommes ne sont pas lavés, mais souillés ») et fait confirmer cette position par des conciles de Carthage, dont celui de septembre 256 (87 évêques). Le pape Étienne Ier maintient la validité du baptême trinitaire même hérétique (« nihil innovetur nisi quod traditum est ») et menace de rompre la communion. La tradition (notamment saint Augustin contre les donatistes) donnera raison à Rome. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Cyprian of Carthage » ; Cyprien, Epistulae 69-75 (ANF vol. 5).

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  11. Saint Augustin d'Hippone, contre les donatistes (notamment De baptismo contra Donatistas), reconnaît la sainteté et l'autorité de Cyprien tout en corrigeant son erreur sur le rebaptême : Cyprien, n'ayant jamais quitté l'unité catholique, aurait « lavé » cette erreur dans le sang de son martyre et la charité de l'unité. Augustin distingue la validité (le baptême trinitaire est vrai même hors de l'Église) et la fécondité (il ne porte ses fruits que dans l'unité). Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Cyprian of Carthage ».

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  12. Saint Cyprien, De mortalitate (« La mortalité », vers 252), écrit pendant l'épidémie dite « peste de Cyprien » : exhortation à ne pas craindre la mort, qui est un passage vers la patrie céleste (« pourquoi prions-nous pour que vienne le royaume des cieux, si la captivité terrestre nous plaît ? », ch. 18-19 ; « notre patrie, nous la disons être le paradis […] pourquoi ne nous hâtons-nous pas […] pour voir notre patrie, saluer nos parents ? », ch. 26). Trad. d'après ANF, vol. 5, Treatise VII (newadvent.org/fathers/050707.htm).

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  13. Saint Cyprien, De opere et eleemosynis (« Les bonnes œuvres et l'aumône ») : l'aumône purifie les péchés commis après le baptême et imite la miséricorde du Père qui « fait lever son soleil sur les bons et les méchants » ; fondement doctrinal de la charité de Cyprien envers tous, païens compris, pendant la peste. Trad. d'après ANF, vol. 5, Treatise VIII (newadvent.org/fathers/050708.htm).

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  14. Saint Cyprien, De oratione dominica (« L'oraison dominicale ») : commentaire du Notre Père ; ch. 8, la prière est commune (« nous ne disons pas "Mon Père" […] mais notre prière est publique et commune […] tout le peuple, nous sommes un ») ; ch. 4, prier avec discipline et recueillement (« Dieu est l'auditeur non de la voix, mais du cœur »). Trad. d'après ANF, vol. 5, Treatise IV (newadvent.org/fathers/050704.htm). Voir Le Notre Père.

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