Saint Corneille (en latin Cornelius), mort en juin 253, est l'un des grands papes martyrs du IIIe siècle. Élu évêque de Rome en 251, après une longue vacance causée par la persécution de Dèce, il n'a gouverné qu'un peu plus de deux ans — mais ces deux années suffirent à en faire une figure de sainteté durable. Corneille est le pape de la miséricorde, celui qui, contre le rigorisme, a voulu relever les chrétiens tombés dans la persécution ; il est aussi le pape confesseur, exilé pour le Christ, mort loin de Rome, et vénéré comme martyr[1][2].
Sa mémoire est indissociable de celle de saint Cyprien de Carthage, son défenseur et ami. Les deux hommes sont fêtés le même jour, le 16 septembre, et leurs noms se suivent au cœur de la Messe, dans le Canon romain[3][4]. Peu de saints des origines ont laissé, comme Corneille, à la fois des lettres contemporaines qui les défendent, une épitaphe de martyr gravée dans la pierre, et un culte médiéval si vivant que des abbayes entières ont porté son nom.
Cet article est consacré au saint lui-même : son portrait spirituel, le sens de son martyre, son amitié avec Cyprien, sa canonisation par culte immémorial, son culte à travers les siècles et ses patronages. Pour le dossier historique complet — la crise des lapsi dans le détail, le schisme de Novatien, les sources anciennes, le synode romain et l'organisation de l'Église de Rome vers 251 —, voir l'article Pape saint Corneille (251-253).
Qui est saint Corneille ?
Un pape, un martyr, un saint des origines
Saint Corneille appartient à la première génération de saints que l'Église a vénérés sans procès ni enquête formelle : ceux que le peuple chrétien a aussitôt reconnus comme martyrs, dont il a célébré le dies natalis — le « jour de naissance » au ciel — et dont il a gardé le tombeau comme un trésor. Il n'a pas été proclamé saint au terme d'une cause ; il a été acclamé saint par la communauté qui avait reçu son témoignage[5][6].
Sa figure tient en trois titres qui n'en font qu'un. Il est pape, vingt-et-unième successeur de Pierre selon la liste du Saint-Siège[7]. Il est martyr, non par une exécution spectaculaire, mais par l'exil et la mort de confession, arraché à son Église pour le nom du Christ. Il est enfin saint, c'est-à-dire un homme dont la vie et la mort manifestent quelque chose de la charité même de Dieu. Chez Corneille, cette charité a un nom précis : la miséricorde envers les pécheurs relevés.
Le saint de la miséricorde qui relève les tombés
La persécution de Dèce, en 250, avait brisé beaucoup de consciences. Des chrétiens avaient sacrifié aux idoles ou acheté un certificat de sacrifice, puis, la peur passée, demandaient à revenir. Fallait-il les rejeter à jamais, comme des morts sans espérance ? Ou les réintégrer à la légère, comme si l'apostasie ne comptait pas ? Corneille refuse les deux excès. Il tient la ligne catholique classique : la chute grave exige une pénitence sérieuse, mais la pénitence sincère peut rouvrir la communion[8][9].
Ce point n'est pas une simple mesure disciplinaire : c'est le cœur de sa sainteté. Corneille croit que l'Église a réellement reçu du Christ le pouvoir de lier et de délier, de relever les blessés, de rendre la paix aux repentants. Le détail de cette crise appartient au dossier historique ; ce qu'il faut retenir ici, c'est le visage spirituel du pasteur : un homme qui, au lieu de fermer la porte, s'est fait le médecin des âmes tombées.
« Nous accordons la paix non pour le repos, mais pour le champ de bataille. » — Synode africain à Corneille, lettre transmise par saint Cyprien[10]
Cette phrase résume tout. La miséricorde de Corneille n'est pas une permission d'oublier la faute ; elle est une médecine qui relève le blessé pour qu'il puisse, demain, confesser de nouveau le Christ. Le saint n'excuse pas le péché : il guérit le pécheur.
Pourquoi un article distinct de celui sur le pape ?
On pourrait s'étonner qu'Ignispedia consacre deux articles au même personnage. La raison tient à deux regards complémentaires. L'article Pape saint Corneille est un dossier historique : il pèse les sources, analyse la crise des lapsi, détaille le schisme de Novatien, le synode des soixante évêques et l'organisation de la Rome chrétienne. Le présent article, rangé parmi les saints, regarde la même vie comme un chemin de sainteté : ce que Corneille enseigne, ce qu'il intercède, ce que l'Église retient de lui pour la prière. L'un répond à la question « que s'est-il passé ? » ; l'autre à la question « que vivre devant Dieu ? ».
La sainteté de Corneille : miséricorde, amitié, confession
Relever les blessés sans trahir les martyrs
La sainteté de Corneille se joue dans un équilibre difficile, que l'histoire chrétienne retrouvera à chaque époque. D'un côté, la tentation du laxisme : effacer la chute, comme si sacrifier aux idoles n'était rien. De l'autre, la tentation de la dureté : refuser tout retour, au nom de la pureté et de l'honneur des martyrs. Corneille tient les deux bouts. Il honore les confesseurs qui ont souffert, mais il ne leur laisse pas fermer la porte de la miséricorde ; il traite l'apostasie comme une blessure grave, mais il refuse de livrer les blessés au désespoir[11][12].
Saint Cyprien, dans une image restée célèbre, compare le chrétien tombé à un soldat blessé sur le champ de bataille : il n'est pas nécessairement mort ; il peut être secouru, soigné, relevé, préparé à combattre de nouveau. C'est exactement la ligne de Corneille.
« Voyons un frère blessé, frappé par l'ennemi sur le champ de bataille : de quel côté nous tenons-nous ? » — Saint Cyprien, lettre à Antonianus[13]
Cette miséricorde disciplinée est le fond spirituel de la vénération de Corneille. Le saint n'est pas d'abord un administrateur de crise ; il est le pasteur qui, en pleine tourmente, a fait le choix de la charité — sans jamais dissoudre la vérité du péché.
L'amitié de Corneille et de Cyprien
Aucun lien n'éclaire mieux la sainteté de Corneille que son amitié avec saint Cyprien. Évêque de Carthage, Cyprien affronte en Afrique la même crise des lapsi. Quand la légitimité de Corneille est contestée à Rome, c'est Cyprien qui écrit lettre sur lettre pour la défendre, et qui reconnaît en Corneille le successeur légitime de Pierre[14]. Cette amitié n'est pas sentimentale : c'est une communion dans la foi et dans le combat, deux pasteurs qui se tiennent la main au-dessus de la Méditerranée pendant que l'orage passe.
Cyprien donne de l'élection de Corneille un portrait qui est déjà un éloge de sa sainteté : il n'a pas brigué la charge, il l'a reçue contre son propre désir, par le jugement de Dieu et l'accord de l'Église.
« Il ne demanda pas l'épiscopat, il ne le voulut pas ; il souffrit qu'on le contraignît à recevoir la charge épiscopale. » — Saint Cyprien, lettre à Antonianus[15]
Le pape confesseur : l'exil comme martyre
Au début de 252, une nouvelle persécution éclate sous l'empereur Gallus. Corneille est arrêté et exilé à Centumcellae, l'actuelle Civitavecchia. Le Catalogue libérien, le plus ancien document romain sur les papes, résume sa fin d'une formule sobre : chassé à Centumcellae, il y « reçut le sommeil dans la gloire »[16][17]. Il meurt en juin 253, probablement des rigueurs de l'exil.
La tradition catholique le vénère comme martyr. Il faut entendre ici, plus qu'un procès sanglant certain, un martyre de confession et d'exil : Corneille est mort loin de son siège, privé de sa communauté, pour avoir refusé de renier le Christ. Certaines sources tardives, comme le Liber Pontificalis, ajoutent un récit de procès sous Dèce et de décapitation ; mais l'édition critique signale que ce récit est apocryphe — Dèce était mort presque deux ans avant Corneille — et que la tradition la plus ancienne conserve l'exil[18].
Le sens spirituel est limpide. Le pape qui a voulu relever les tombés devient lui-même confesseur ; celui qui a rendu la paix aux blessés finit par tout donner. Sa miséricorde n'a pas affaibli sa foi : elle l'a préparé à la confession suprême. Saint Cyprien voit d'ailleurs dans l'exil de Corneille un témoignage de toute l'Église romaine, qui confessa avec son évêque « d'un seul cœur et d'une seule voix »[19].
Corneille et Cyprien : deux martyrs, une seule mémoire
Une amitié scellée par le sang
Corneille meurt en 253 ; Cyprien, cinq ans plus tard, est décapité à Carthage, le 14 septembre 258, dans la persécution de Valérien. Deux pasteurs, deux Églises, un même combat pour la miséricorde et l'unité, une même fin dans le témoignage. L'Église n'a pas voulu séparer dans le culte ce que la foi avait uni dans la vie : elle les célèbre ensemble[20].
Fêtés le même jour
Selon saint Jérôme, Corneille et Cyprien étaient d'abord commémorés le 14 septembre, jour du martyre de Cyprien. Lorsque cette date fut occupée par la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, la mémoire commune des deux martyrs fut reportée au 16 septembre, où elle demeure aujourd'hui dans le calendrier romain[21]. Ainsi, chaque année, l'Église prononce les deux noms dans un même souffle : « saints Corneille et Cyprien ». Peu de figures des origines sont aussi étroitement liées dans la prière liturgique.
Unis au cœur de la Messe
Le signe le plus éclatant de ce culte est la présence de Corneille dans le Canon romain, la première prière eucharistique de l'Église latine. Après les apôtres, le Canon nomme une série de saints papes et martyrs : « Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille, Cyprien, Laurent… »[22]. Les deux amis y figurent côte à côte, dans l'ordre même de l'histoire, entre le pape Sixte II et le diacre Laurent.
La portée spirituelle de ce fait est immense. Le nom de Corneille n'est pas seulement gravé sur une pierre de catacombe : il est prononcé chaque jour, dans le monde entier, tout près de la consécration. Le pape de la miséricorde demeure ainsi pour toujours associé à l'autel et au sacrifice du Christ, dont il a fait, de son vivant, la nourriture des pénitents qu'il relevait.
La canonisation de saint Corneille
Un saint d'avant les procès
Beaucoup de fidèles imaginent que tout saint a fait l'objet d'un procès en canonisation avec enquête, miracles approuvés et décret pontifical. Or cette procédure ne s'est imposée que progressivement au Moyen Âge ; pendant le premier millénaire, la reconnaissance d'un saint se faisait autrement. Pour les martyrs des origines comme Corneille, la « canonisation » a pris la forme d'un culte immémorial : la communauté honorait publiquement le martyr dès sa mort, célébrait l'anniversaire de sa passion et vénérait son tombeau[23][24].
Le cas de Corneille est exemplaire. Sa mémoire est attestée dès le siècle suivant : le Chronographe de 354 conserve, dans la Depositio martyrum et le Catalogue libérien, la trace de son culte à Rome, près du cimetière de Calliste[25][26]. Ce consensus du peuple chrétien et des pasteurs vaut, pour l'Église, équivalent d'une canonisation. Le Magistère n'a fait que ratifier ce que la foi des fidèles avait reconnu, en maintenant le nom de Corneille au calendrier, au Canon romain et au Martyrologe romain.
L'inscription du martyr
La mémoire funéraire de Corneille est particulièrement précieuse. Son épitaphe, retrouvée dans la zone de Calliste, porte en latin la mention CORNELIVS MARTYR EP — Cornelius martyr episcopus, « Corneille, évêque martyr »[27]. Le détail a son importance : plusieurs inscriptions papales voisines sont en grec, langue liturgique encore courante à Rome ; celle de Corneille est en latin, ce qui a fait supposer un lien avec la gens romaine des Cornelii.
Ce titre de martyr gravé sur la pierre ne règle pas tous les détails de sa mort ; il atteste surtout la manière dont l'Église de Rome a reçu et proclamé son témoignage, très tôt, sans procès ni décret : le peuple a écrit sur la tombe ce que la foi tenait pour certain.
Le culte de saint Corneille à travers les siècles
Le tombeau près de Calliste
Le corps de Corneille est transféré de Centumcellae vers une crypte proche du cimetière de Calixte, sur la voie Appienne. La Catholic Encyclopedia précise qu'il n'est pas enseveli dans la chapelle des papes proprement dite, mais dans une catacombe adjacente, peut-être liée à une branche des Cornelii[28]. Les catacombes de Saint-Calixte forment l'un des plus vastes ensembles de la Rome chrétienne — environ 90 acres, près de vingt kilomètres de galeries sur plusieurs niveaux, où reposent des dizaines de martyrs et seize papes[29]. Descendre y prier près du tombeau de Corneille fut, pendant des siècles, l'un des gestes de la piété romaine.
Les reliques en Occident : Compiègne (877)
Le culte de Corneille ne reste pas confiné à Rome. Au IXe siècle, l'empereur Charles le Chauve fait transférer des reliques de Corneille — et de Cyprien — dans le royaume franc. En 877, il fonde à Compiègne une grande collégiale qui deviendra l'abbaye Saint-Corneille, dont la réputation et la richesse tiennent précisément à ces précieuses reliques. La consécration de l'église est un événement de première grandeur : une assemblée de soixante-douze évêques s'y réunit, présidée par le pape Jean VIII[30].
L'abbaye Saint-Corneille de Compiègne devint l'un des grands sanctuaires du royaume : plusieurs rois de France y furent sacrés ou inhumés. Le nom du pape martyr du IIIe siècle passa ainsi, par ses reliques, au cœur de la France carolingienne et médiévale.
La tête à Kornelimünster (875)
C'est en Rhénanie que le culte de Corneille prend sa forme la plus durable. Près d'Aix-la-Chapelle, une abbaye avait été fondée en 814 par saint Benoît d'Aniane, le grand réformateur du monachisme carolingien, sous le nom de monastère du Sauveur sur l'Inde. En 875, l'abbaye échange l'une de ses reliques du Sauveur contre une relique du chef de saint Corneille, obtenue par l'entremise de Charles le Chauve. Le monastère prend alors le nom de Sancti Cornelii ad Indam, puis de Kornelimünster — « le monastère de Corneille »[31].
Autour de cette relique se développe un pèlerinage considérable, qui fera de Corneille l'un des saints les plus populaires de la région rhénane. Aujourd'hui encore, le chef du pape martyr y est vénéré dans un buste-reliquaire, et la ville allemande porte son nom. Ainsi, du tombeau romain de Calliste au sanctuaire rhénan de Kornelimünster, la mémoire de Corneille a franchi les siècles et les frontières.
Iconographie et patronages
La corne : un saint reconnu à son attribut
Dans l'art chrétien, saint Corneille est représenté en pape — tiare et ornements pontificaux —, mais son attribut le plus caractéristique est une corne, souvent un cor de chasse. Cet attribut vient d'un jeu sur son nom : la piété médiévale a rapproché Cornelius du latin cornu, « la corne »[32]. Ce n'est pas une étymologie savante — Cornelius est un vieux nom de famille romain —, mais une association populaire, du type de celles qui, au Moyen Âge, ont donné à tant de saints un signe visuel immédiatement reconnaissable.
De ce jeu de mots est né tout un réseau de dévotions concrètes. Le saint « à la corne » est devenu le protecteur des bêtes à cornes et le recours des malades, dans une religion populaire que la boussole catholique ne méprise pas : la foi des simples a toujours cherché des intercesseurs proches de la vie quotidienne, des troupeaux et des corps souffrants.
Patron du bétail, recours des malades
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux patronages et invocations attachés à saint Corneille, tels que les a fixés la tradition, en particulier rhénane et française.
| Domaine | Ce que la tradition confie à saint Corneille | Racine de la dévotion |
|---|---|---|
| Animaux | Patron du bétail à cornes et des animaux domestiques | Jeu sur Cornelius / cornu, la corne[33] |
| Épilepsie et convulsions | Invoqué contre l'épilepsie et les tremblements (en pays rhénan, le « mal de Corneille ») | Grand pèlerinage guérisseur de Kornelimünster[34][35] |
| Fièvre et maux d'oreille | Recours contre la fièvre et le mal d'oreille | Sanctuaires et reliques locales[36] |
| Lieux | Patron de la ville de Kornelimünster (Allemagne) | Sanctuaire du chef de saint Corneille[37] |
Ces dévotions peuvent surprendre le lecteur moderne, mais elles disent une vérité profonde : la sainteté ne reste pas abstraite. Le peuple chrétien a voulu confier au pape de la miséricorde ses bêtes, ses récoltes, ses enfants malades — comme on confie ce qu'on a de plus fragile à un ami sûr.
- vers le début du IIIe siècleNaissance à RomeMilieu romain, peut-être lié aux Cornelii
- mars 251Élu évêque de RomeAprès la vacance due à la persécution de Dèce
Il est choisi contre son propre désir, dans la communion du clergé et du peuple : « il souffrit qu'on le contraignît à recevoir la charge ».[39]
- 251-253Le pape de la miséricordeRelever les tombés sans trahir les martyrs
- juin 253Exil et mort à CentumcellaeMartyre de confession sous Gallus
Chassé de Rome, il « reçoit le sommeil dans la gloire » loin de son Église ; Rome le vénère aussitôt comme martyr.[41]
- dès 354Culte attesté près de CallisteDepositio martyrum et Catalogue libérien
Le plus ancien calendrier romain garde la trace de sa mémoire : la canonisation par culte immémorial.[42]
- 875-877Reliques en OccidentKornelimünster, puis Compiègne
Que demander à saint Corneille ?
La miséricorde qui relève
La première leçon de Corneille est une leçon de miséricorde. À une époque tentée soit de dissoudre le péché dans une compassion sans conversion, soit de défendre la pureté en perdant les blessés, le pape martyr enseigne la voie du milieu : reconnaître la gravité de la chute, et rouvrir la porte au repentant. Demander son intercession, c'est demander la grâce d'être, pour les autres, un artisan de relèvement — ni laxiste ni dur, mais médecin des âmes.
L'unité plutôt que la pureté séparée
Corneille a tenu l'unité de l'Église contre la tentation d'une communauté « plus pure » qui se sépare des pasteurs. Sa vie rappelle que la sainteté chrétienne se reçoit dans l'Église, non contre elle. Le prier, c'est demander de servir la communion réelle plutôt qu'une perfection rêvée et divisée — de préférer l'Église vivante, avec ses pécheurs relevés, à toute pureté orgueilleuse.
« Il aurait fallu tout souffrir plutôt que de diviser l'Église de Dieu. » — Denys d'Alexandrie, à Novatien, cité par l'historiographie ancienne[45]
« Nous accordons la paix non pour le repos, mais pour le champ de bataille. » — Cette parole reçue par saint Cyprien reste la clé de la spiritualité de Corneille : la miséricorde n'endort pas, elle arme pour le combat de la foi.[46]
Le courage de la confession
Enfin, Corneille est un intercesseur pour le courage de tenir. Lui qui a rendu la paix aux tombés est mort en exil, fidèle jusqu'au bout, sans renier le Christ. Le prier, c'est se mettre sous la protection d'un pasteur qui a aimé son peuple jusqu'à mourir loin de lui, et qui demeure, au cœur du Canon romain, un témoin que la mort n'a pas vaincu mais couronné — auprès de son ami Cyprien.
Pour aller plus loin
- Pape saint Corneille (251-253) — le dossier historique complet : crise des lapsi, schisme de Novatien, synode romain, Église de Rome vers 251, sources anciennes.
- Saint Cyprien de Carthage — l'ami et défenseur de Corneille, martyr en 258, fêté avec lui le 16 septembre.
- Saint Sixte II — pape martyr de la génération suivante, nommé juste avant Corneille au Canon romain.
- Saint Laurent de Rome — diacre martyr de 258, dont le nom suit celui de Corneille et Cyprien dans la prière eucharistique.
- Saint Benoît d'Aniane — fondateur de l'abbaye de l'Inde, devenue Kornelimünster après l'arrivée du chef de saint Corneille.
- Saint Sébastien — autre grande figure des martyrs romains des origines.
Notes et références
John Chapman, « Pope Cornelius », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908 : élection de Corneille, discipline des lapsi, schisme de Novatien, exil à Centumcellae, mort en juin 253, sépulture dans une catacombe près de Calliste, épitaphe latine Cornelius martyr, confession de l'Église romaine. URL : https://www.newadvent.org/cathen/04375c.htm.
1 5 9 12 17 19 23 27 28 38Catalogue libérien des évêques de Rome (Chronographe de 354), entrée Cornelius, éd. Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 73-76 ; transcription et traduction Roger Pearse : durée du pontificat, ordination de Novatien hors de l'Église, retour des confesseurs, exil à Centumcellae et mort glorieuse. URL : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_13_bishops_of_rome.htm.
2 16 26 41Canon romain (Prière eucharistique I), prière Communicantes : liste des saints papes et martyrs « Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille, Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien ». Corneille et Cyprien y figurent côte à côte, entre Sixte II et Laurent, tous martyrs du milieu du IIIe siècle. Voir aussi New Liturgical Movement, « Saints of the Roman Canon », 2009 : https://www.newliturgicalmovement.org/2009/08/saints-of-roman-canon-part-1.html.
3 22Mémoire des saints Corneille et Cyprien, 16 septembre, calendrier romain. Selon saint Jérôme, les deux martyrs étaient d'abord commémorés le 14 septembre (jour du martyre de Cyprien) ; la mémoire commune fut reportée au 16 septembre lorsque le 14 fut occupé par la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix. Sources : « Pope Cornelius », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Cornelius ; Memorial of Sts. Cornelius, Pope, and Cyprian, Bishop, Martyrs, Catholic Culture, https://www.catholicculture.org/culture/liturgicalyear/calendar/day.cfm?date=2024-09-16.
4 20 21Depositio martyrum et Catalogue libérien du Chronographe de 354 : trace du culte romain de Corneille près du cimetière de Calliste dès le milieu du IVe siècle. Éd. Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 71-72 ; transcription Roger Pearse. URL : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_12_depositions_martyrs.htm.
6 24 25 42Saint-Siège, fiche officielle Cornelius : 21e pape de l'Église catholique, début du pontificat en mars 251, fin en juin 253, naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/cornelio.html.
7Saint Cyprien de Carthage et synode africain, Epistula 53 (numérotation New Advent / ANF), lettre à Corneille sur l'octroi de la paix aux lapsi face à une nouvelle persécution, trad. R. E. Wallis, Ante-Nicene Fathers, vol. 5, 1886 : « nous accordons la paix non pour le repos, mais pour le champ de bataille ». URL : https://www.newadvent.org/fathers/050653.htm.
8 10 11 40 46Saint Cyprien de Carthage, Epistula 51 (numérotation New Advent / ANF), lettre à Antonianus sur Corneille et Novatien, trad. Robert Ernest Wallis, in Ante-Nicene Fathers, vol. 5, Christian Literature Publishing, Buffalo, 1886 : communion avec Corneille, élection légitime reçue contre son désir, image du frère blessé sur le champ de bataille, discipline des lapsi. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050651.htm.
13 14 15 39Liber Pontificalis, notice « Cornelius », trad. Louise Ropes Loomis, The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 27-28 : l'édition note que le récit du procès et de l'exécution sous Dèce est apocryphe (Dèce étant mort avant Corneille), tandis que la tradition plus ancienne conserve l'exil à Centumcellae. PDF Wikimedia Commons : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-_%28IA_cu31924006163897%29.pdf.
18Catacombe di San Callisto, page officielle : localisation sur la voie Appienne, environ 90 acres, une douzaine de miles de galeries sur plusieurs niveaux, dizaines de martyrs et seize papes ensevelis, crypte des papes. URL : https://www.catacombesancallisto.it/en/san-callisto.php.
29« Abbaye Saint-Corneille de Compiègne », Wikipédia (fr) : fondée en 877 par l'empereur Charles le Chauve ; sa réputation et sa richesse tiennent aux reliques des saints Corneille et Cyprien qui y sont déposées ; consécration de l'église en 877 devant une assemblée de soixante-douze évêques présidée par le pape Jean VIII ; plusieurs rois de France y sont sacrés ou inhumés. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Corneille_de_Compi%C3%A8gne.
30 44« Kornelimünster Abbey », Wikipedia (en) : monastère fondé en 814 sur l'Inde par saint Benoît d'Aniane, conseiller de Louis le Pieux, d'abord « monastère du Sauveur sur l'Inde » ; en 875, échange d'une relique du Sauveur contre la relique du chef du pape martyr Corneille, d'où le nom Sancti Cornelii ad Indam, puis Kornelimünster ; titre officiel actuel « abbaye de l'abbé saint Benoît d'Aniane et du pape Corneille ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Kornelim%C3%BCnster_Abbey.
31 35 37 43« Pope Cornelius », Wikipedia (section iconographie et patronage) : le nom Cornelius rapproché de la corne (« battle horn ») ; représenté en pape tenant une corne (cor de chasse) ou accompagné d'une vache ; patron du bétail et des animaux domestiques, invoqué contre l'épilepsie, les convulsions (« twitching »), la fièvre et le mal d'oreille, et patron de la ville de Kornelimünster. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Cornelius.
32 33 34 36Johann Peter Kirsch, « Novatian and Novatianism », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911 : ordination concurrente de Novatien, crise des lapsi, doctrine rigoriste des katharoi (« les purs ») et objections des évêques d'Orient à la rupture de l'unité, dont la formule de Denys d'Alexandrie. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11138a.htm.
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