Le novatianisme est le grand schisme rigoriste du IIIe siècle : au printemps 251, alors que Rome élit le pape saint Corneille après quatorze mois de siège vacant, le prêtre romain Novatien se fait sacrer évêque rival par trois évêques venus d'un coin reculé d'Italie. Son programme tient en une phrase : l'Église ne peut pas pardonner aux chrétiens qui ont sacrifié aux idoles pendant la persécution de Dèce — qu'ils fassent pénitence toute leur vie, leur pardon reste l'affaire de Dieu seul.[1][2]
Le scandale ne fut pas un éclat local : pendant quelques mois, toutes les Églises d'Orient et d'Occident, d'Antioche à la Cappadoce, de Carthage à Rome, se trouvèrent coupées en deux par la question des deux papes.[3] Et quand l'épiscopat reconnut Corneille, Novatien ne disparut pas : ses partisans, qui s'appelaient eux-mêmes les « Purs » (katharoi), formèrent une Église parallèle avec ses évêques, ses basiliques et ses martyrs, de Rome à Constantinople et à la Phrygie, pendant près de quatre cents ans.[4][5]
Le paradoxe fait la valeur du dossier : Novatien n'était pas un aventurier sans doctrine. Son De Trinitate est le premier grand traité théologique écrit en latin à Rome, admiré jusque par ses adversaires pour sa précision — au point que le cardinal Newman le jugera plus exact qu'aucun écrivain antérieur.[6][7] C'est un esprit de premier ordre qui se trompa sur un point décisif : qui a le droit de pardonner, et si une Église qui pardonne trahit la sainteté ou l'exerce.
Cet article suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama, le montanisme pour l'autre grand rigorisme du IIe siècle — avec lequel les novatiens de Phrygie finirent par fusionner —, le marcionisme et le Gnosticisme pour les familles spéculatives dont Novatien, lui, ne relève pas, le sabellianisme et le modalisme pour l'hérésie que son De Trinitate réfute, le docétisme et l'adoptianisme pour les soupçons christologiques dont on l'a accusé à tort, et le donatisme pour le schisme africain du IVe siècle, miroir et héritier de sa rigueur.
Rome, hiver 250 : une Église sans pape face aux lapsi
La persécution de Dèce et le siège vacant
L'Église avait joui d'une paix de trente-huit ans quand l'empereur Dèce, au début de 250, publia l'édit qui obligeait tous les habitants de l'Empire à sacrifier aux dieux devant témoins.[8] Le pape saint Fabien fut martyrisé le 20 janvier 250, parmi les premières victimes ; élire son successeur en pleine chasse aux chrétiens était impossible, et le siège de Pierre resta vacant plus d'un an.[9]
Pendant ce temps, des milliers de chrétiens cédèrent : les uns sacrifièrent (sacrificati), les autres brûlèrent l'encens (thurificati), les troisièmes achetèrent un certificat de sacrifice sans sacrifier (libellatici). On les appela les lapsi, « ceux qui sont tombés ». Quand la persécution mollit, ils revinrent frapper à la porte des églises — et personne ne savait quoi en faire : les martyrs et confesseurs encore en prison distribuaient à tour de bras des « billets de pardon » (libelli pacis) qui prétendaient réconcilier sans pénitence, tandis que les rigoristes voulaient fermer la porte pour toujours.[10]
Novatien, porte-plume du clergé romain
C'est dans ce vide que paraît Novatien. Prêtre romain, homme de lettres formé à la composition littéraire, promu au sacerdoce par le pape — malgré les protestations du clergé, dit Corneille, car il n'avait reçu qu'un baptême clinique, par aspersion sur son lit de malade, sans que les autres rites ni la confirmation de l'évêque eussent jamais été suppléés.[11] Corneille le raille comme « faiseur de dogmes » et « champion de la science ecclésiastique » ; Cyprien, lui, admire son éloquence.[12]
Pendant la persécution, Novatien écrit au nom du clergé romain les lettres adressées à saint Cyprien de Carthage (lettres 30 et 36 du recueil cyprianique) : la question des lapsi doit attendre des conciles réunis quand ce sera possible et l'élection d'un nouvel évêque ; Rome gardera sa sévérité disciplinaire traditionnelle — celle de l'Église dont saint Paul louait déjà la foi (Romains 1, 8) — sans cruauté envers les repentants.[13] À ce stade, rien d'hérétique : l'idée que la réconciliation soit impossible n'effleure pas encore ces lettres. Le témoignage le plus touchant vient d'un écrit anonyme postérieur, l'Ad Novatianum : tant qu'il demeura dans l'unique maison, Novatien pleurait les péchés du prochain comme les siens propres, portait les fardeaux de ses frères et consolait de ses paroles ceux dont la foi céleste chancelait.[14]
« Tant qu'il fut dans l'unique maison, c'est-à-dire dans l'Église du Christ, il pleurait les péchés du prochain comme s'ils eussent été les siens, il portait les fardeaux de ses frères, selon l'exhortation de l'Apôtre, et il fortifiait par la consolation ceux dont la foi céleste chancelait. » — Ad Novatianum, XIII[15]
Ombres déjà, pourtant : Corneille raconte que, par lâcheté et par amour de la vie, Novatien nia être prêtre pendant la persécution, refusa de quitter la cellule où il s'était enfermé pour assister ses frères en danger, et déclara ne plus vouloir être prêtre — épris, dit-il, « d'une autre philosophie ».[16] Et le martyr saint Moïse, voyant son audace, l'aurait séparé de la communion avec les cinq prêtres de son groupe.[17]
Mars 251 : deux élections, un schisme
Corneille élu, Novatien sacré
Au début de 251, l'étau se desserre. En mars, « la chaire de Fabien, c'est-à-dire la place de Pierre, étant vacante », Corneille est élu pape avec le consentement de presque tout le clergé, du peuple et des évêques présents.[18] Quelques jours plus tard, Novatien se dresse en pape rival — lui qui, selon Corneille, venait de jurer par un serment solennel qu'il ne chercherait jamais à devenir évêque.[19]
Le récit de Corneille à Fabius, évêque d'Antioche (conservé par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 43) est saisissant : Novatien envoie deux hommes de son parti convoquer trois évêques d'un coin reculé d'Italie, sous prétexte de guérir une division par leur médiation ; ces hommes simples, une fois à Rome, sont contraints de le sacrer évêque à la dixième heure du jour. L'un des trois regagna aussitôt l'Église en pleurant et en confessant sa faute ; Corneille fit ordonner des successeurs aux deux autres.[20] Pour verrouiller ses partisans, Novatien leur fit jurer, au moment de recevoir la sainte communion, par le Corps et le Sang du Christ, qu'ils ne passeraient jamais à Corneille.[21]
Les deux rivaux expédièrent des messagers à toutes les Églises. Le concile de Carthage, après enquête minutieuse, reconnut Corneille avec tout l'épiscopat africain ; saint Denys d'Alexandrie prit le même parti, et ces deux adhésions scellèrent la cause.[22] Mais pendant des semaines, écrit Chapman, l'Église entière fut déchirée par la question des deux papes — et Denys put écrire plus tard au pape Étienne que toutes les Églises d'Orient, coupées en deux, s'étaient réunies : Antioche, Césarée de Palestine, Jérusalem, Tyr, Laodicée, Tarse et toute la Cilice, la Cappadoce, les Syries, l'Arabie, la Mésopotamie, le Pont et la Bithynie — « tant le schisme romain fit sentir ses effets au loin ».[23]
Novatus et Novatien : ne pas confondre
Le grand renfort de Novatien fut un prêtre carthaginois nommé Novatus — à ne pas confondre avec Novatianus le Romain. L'ironie est cruelle : à Carthage, Novatus avait pris le parti du laxisme contre son évêque Cyprien, par pure opposition ; à Rome, il devint l'âme du parti de la rigueur absolue.[24] Le tableau aide à fixer les rôles :
| Novatus de Carthage | Novatien de Rome | |
|---|---|---|
| Position de départ | Laxisme contre Cyprien, parti de Félicissime | Rigueur disciplinaire, plume du clergé romain |
| Rôle dans le schisme | Meneur et recruteur du parti novatien | Antipape sacré en 251 |
| Lettre de Cyprien | Lettre 52 : portrait au vitriol | Lettres 44-48, 55, 59 : le dossier du schisme |
| Fin | Disparaît des sources après 251 | En fuite sous Gallus, martyr probable sous Valérien (258) |
Dans ses premières lettres sur l'affaire (44-48), Cyprien ne parle d'aucune hérésie : toute la question est de savoir qui occupe légitimement la place de Pierre. Les envoyés de Novatien n'apportaient pas une doctrine sur les lapsi, mais des « lettres pleines de calomnies et de malédictions » et d'amères accusations contre Corneille — si honteuses que Cyprien refusa de les lire au concile.[25] L'erreur classique des historiens, prévient Chapman, est de présenter la crise comme un débat entre deux doctrines : si Novatien eût été orthodoxe comme un ange, il fallait d'abord examiner si son ordination était légitime et si ses accusations étaient vraies ou fausses.[26]
Avant la fin de 251, Corneille assembla un concile de soixante évêques — probablement tous d'Italie et des îles voisines — qui excommunia Novatien ; les absents ajoutèrent leurs signatures, et la liste complète fut envoyée à Antioche et aux autres grandes Églises.[27]
Le cœur du désaccord : l'Église peut-elle pardonner ?
Ce que Rome et Carthage décidèrent ensemble
Au printemps 251, Cyprien regagna Carthage et les deux sièges réglèrent l'affaire des lapsi d'un commun accord, dans des synodes tenus à Rome et en Afrique.[28] La discipline adoptée distinguait les cas : les libellatici pouvaient être réconciliés après pénitence ; les sacrificati et thurificati étaient soumis à une pénitence de toute la vie, avec réconciliation au seuil de la mort — sévérité que Cyprien lui-même approuvait quand le repentir tardif semblait douteux, mais dont il montra ensuite qu'elle n'était pas une fin en soi.[29] Surtout, le principe était sauf : l'Église a le pouvoir de lier et de délier, et elle l'exerce avec mesure — ni la facilité des billets des confesseurs, ni la cruauté du refus définitif.[30]
L'hérésie novatienne : trois péchés sans pardon
En quelques mois, Novatien passa du schisme à l'hérésie — et désormais toute l'Église l'appela hérétique, écrit Chapman, non plus seulement Cyprien.[31] Sa thèse : l'idolâtrie est un péché impardonnable par l'Église. Les tombés peuvent se repentir et être admis à une pénitence perpétuelle, mais leur pardon doit être laissé à Dieu ; il ne peut être prononcé en ce monde.[32] Ses disciples étendirent la doctrine à tous les « péchés mortels » :
| Péché réservé à Dieu | Ce que disaient les novatiens | Ce que répond l'Église |
|---|---|---|
| L'idolâtrie (sacrifice aux dieux) | Irrémissible par l'Église, même à l'article de la mort[33] | Le pouvoir des clés vaut pour tout péché (Jean 20, 23)[34] |
| Le meurtre | Ajouté par les successeurs à la liste des irrémissibles[35] | David pardonné après repentir ; Pierre pleure et reste apôtre[36] |
| L'adultère et la fornication | Irrémissibles ; la plupart refusent aussi les secondes noces[37] | La Samaritaine et la femme adultère renvoyées pardonnées[38] |
La sévérité en elle-même n'était pas une nouveauté : Tertullien avait déjà contesté au pape Calliste le pardon de l'adultère, et saint Hippolyte penchait vers la rigueur ; en divers lieux, des lois reportaient la communion à l'heure de la mort, voire la refusaient à cette heure.[39] Mais il n'y a hérésie que lorsqu'on nie que l'Église ait le pouvoir d'accorder l'absolution dans certains cas — et ce fut l'hérésie de Novatien.[40]
Le signe le plus net en fut liturgique : Cyprien rapporte que les novatiens ne tenaient plus le symbole baptismal, car lorsqu'ils disaient « Crois-tu à la rémission des péchés et à la vie éternelle par la sainte Église ? », ils mentaient.[41]
« On ne peut pas avoir Dieu pour Père si l'on n'a pas l'Église pour mère. » — Saint Cyprien, De l'unité de l'Église, 6[42]
Cyprien contre Novatien : l'unité avant tout
Le dossier d'Antonien et la fureur schismatique
La lettre 55 de Cyprien, adressée à Antonien, est le grand dossier du schisme : on y lit pour la première fois l'« hérésie novatienne » argumentée comme telle.[43]
« Schismatico immo haeretico furore — par une fureur schismatique, que dis-je, hérétique. » — Saint Cyprien, Lettre 55 à Antonien[44]
Le précédent romain éclaire la crise : trente ans plus tôt, saint Hippolyte — premier antipape de l'histoire — s'était déjà dressé contre le pape Calliste au nom de la même rigueur, lui reprochant son édit qui pardonnait l'adultère après pénitence ; Tertullien, passé au montanisme, avait applaudi.[45] Rome avait déjà tranché une fois : la miséricorde du successeur de Pierre n'est pas une trahison, c'est son office. Novatien rejoua la pièce d'Hippolyte, avec plus de talent et la même issue. Il fallut même envoyer à Rome son De lapsis (lettre 54) tant la question des tombés était devenue centrale.[46]
Pendant ce temps, le point d'appui de Novatien s'effondrait : les confesseurs encore en prison — Maxime, Urbain, Nicostrate et leurs compagnons — que Cyprien et Denys écrivirent pour les adjurer, rentrèrent dans l'Église.[47] Et Novatien, qui « s'était arrogé la primauté » (lettre 69), envoyait ses nouveaux apôtres fonder dans les provinces des évêchés rivaux par-dessus des évêques vénérables par l'âge, la foi pure et la vertu éprouvée — preuve éclatante, note Chapman, de l'importance que le IIIe siècle attachait déjà au Siège romain : toute l'Église convulsa pour savoir qui était le vrai pape, et nul ne pouvait être pasteur catholique légitime du côté du faux.[48]
« Souffrir le martyre plutôt que diviser l'Église »
La plus belle réponse adressée à Novatien vint d'Orient. Saint Denys d'Alexandrie lui écrivit — lettre conservée par Eusèbe (Histoire ecclésiastique, VI, 45) :
« Denys à son frère Novatien, salut. Si c'est malgré toi, comme tu le dis, que tu as été entraîné, prouve-le en te retirant de ton plein gré. Car tu aurais dû tout souffrir plutôt que de diviser l'Église de Dieu ; et souffrir le martyre plutôt que de causer un schisme n'eût pas été moins glorieux que de souffrir le martyre plutôt que de commettre l'idolâtrie — à mon avis, c'eût été un acte plus grand encore ; car dans un cas on n'est martyr que pour sa propre âme, dans l'autre pour l'Église entière. » — Saint Denys d'Alexandrie, lettre à Novatien[49]
Là encore, aucune question d'hérésie : le débat porte sur l'ordination et l'unité. Mais deux mois plus tard, la dureté sur les lapsi avait fait de Novatien un hérétique aux yeux de toutes les Églises.[50]
Novatien théologien : le De Trinitate
Le premier grand traité latin écrit à Rome
Avant d'être un schismatique, Novatien fut un écrivain de premier ordre — et son maître-livre survécut à sa cause. Le De Trinitate, en trente et un chapitres, est un beau morceau d'éloquence doctrinale : les huit premiers célèbrent la transcendance et la grandeur de Dieu, au-dessus de toute pensée et que nul nom ne décrit ; puis Novatien prouve au long la divinité du Fils, par l'Ancien comme par le Nouveau Testament.[51] Le Père DeSimone, qui l'a traduit dans la collection des Pères de l'Église, rappelle qu'il s'agit du premier théologien romain à écrire en latin, au cœur de la naissance de la littérature chrétienne latine à Rome.[52]
Le nerf du livre est anti-sabellien : contre ceux qui identifient le Père et le Fils pour sauver l'unité de Dieu — les ancêtres de Sabellius et du modalisme —, Novatien martèle qu'un Père qui est Dieu peut engendrer un Fils qui est Dieu, et que dire le contraire, c'est faire insulte au Père.[53]
« C'est faire insulte au Père que de dire qu'un Père qui est Dieu ne peut pas engendrer un Fils qui est Dieu. » — Novatien, De Trinitate, d'après le résumé de la Catholic Encyclopedia[54]
Un subordinationisme encore hésitant
La louange s'arrête là où commence l'erreur — et Novatien commet celle de presque tous les écrivains d'avant Nicée : il sépare trop le Père et le Fils. Le Père adresse au Fils le commandement de créer, et le Fils obéit ; le Fils est identifié aux anges apparus dans l'Ancien Testament à Agar ou à Abraham — car « il appartient à la personne du Christ d'être Dieu parce qu'Il est Fils de Dieu, et d'être Ange parce qu'Il annonce la volonté du Père » ; le Fils est « la seconde Personne après le Père », moindre que Lui en ce qu'Il tient de Lui son origine, imitateur de toutes Ses œuvres, toujours obéissant, un avec Lui « par la concorde, par l'amour et par l'affection ».[55] De quoi faire crier à deux dieux — aussi Novatien, après un chapitre sur le Saint-Esprit (XXIX), revient-il au sujet dans une sorte d'appendice (XXX-XXXI) : deux espèces d'hérétiques veulent garder l'unité de Dieu, les uns — les sabelliens — en identifiant le Père au Fils, les autres — ébionites et apparentés — en niant que le Fils soit Dieu ; le Christ est de nouveau crucifié entre deux larrons, insulté des deux côtés.[56] Il n'y a qu'un Dieu, inengendré, invisible, immense, immortel ; le Verbe, son Fils, est une substance qui procède de Lui, et cette énergie de la divinité, transmise au Fils, retourne au Père par communion de substance.[57] L'unité obtenue reste insatisfaisante, mais Novatien a le mérite de ne pas identifier le Verbe au Père et d'enseigner clairement la génération éternelle — un progrès net sur Tertullien.[58] Hippolyte, Tertullien et Justin l'ont nourri ; comme eux, il pâtit de la théologie grecque qui appliquait au Fils comme Dieu des expressions de saint Paul qui valent pour Lui comme Dieu-homme.[59]
Une christologie essentiellement saine
Sur l'Incarnation, Novatien semble avoir été orthodoxe, quoique peu explicite : il parle correctement d'une Personne unique en deux substances, la divinité et l'humanité, à la manière des théologiens occidentaux les plus exacts.[60] On l'a soupçonné de nestorianisme avant la lettre parce qu'il parle souvent de « l'homme » assumé par la Personne divine — soupçon injuste, car il est tout autant exposé à l'accusation inverse, tant « l'homme » chez lui n'est guère qu'une chair assumée, sans personnalité distincte ; rien ne permet de supposer qu'il niât l'âme intellectuelle du Christ : il ne pense pas à la question, soucieux seulement d'affirmer la réalité de la chair du Seigneur contre tout docétisme.[61] Sa formule malheureuse — le Fils de Dieu s'unit le Fils de l'homme et, par cette connexion, fait devenir Fils de Dieu celui qui ne l'était pas par nature — a même été taxée d'adoptianisme ; mais Novatien veut dire seulement qu'avant l'assomption, l'humanité n'était pas par nature Fils de Dieu : la forme est mauvaise, la pensée n'est pas nécessairement hérétique.[62]
Le verdict le plus juste vient d'un Anglican devenu catholique, le futur cardinal Newman :
« Il approche de la précision doctrinale de plus près qu'aucun des écrivains d'Orient et d'Occident qui l'ont précédé. » — John Henry Newman, Tracts Theological and Ecclesiastical, p. 239[63]
Les autres écrits : ce qui reste, ce qui est perdu
Saint Jérôme (Des hommes illustres, 70) énumère les œuvres de Novatien : sur la Pâque, le Sabbat, la Circoncision, le Sacerdoce, la Prière, l'Instant présent, Attalus, les Viandes judaïques et la Trinité — seules les deux dernières survivent.[64] Le De cibis judaicis est une lettre écrite dans la retraite pendant une persécution, précédée de deux lettres perdues sur la circoncision et le sabbat : les animaux impurs y figurent les diverses classes d'hommes vicieux, et la liberté chrétienne ne doit pas devenir prétexte au luxe.[65] Deux œuvres pseudo-cyprianiques du même auteur, le De spectaculis et le De bono pudicitiae, sont attribuées à Novatien par Weyman, suivi de Demmler, Bardenhewer et Harnack ; le De laude martyrii lui est prêté par Harnack avec moins de vraisemblance ; le sermon Adversus Judaeos serait d'un ami proche ou d'un disciple, selon Landgraf.[66] Quant aux vingt sermons publiés en 1900 par Batiffol et Wilmart comme Tractatus Origenis, un temps attribués à Novatien par l'école de Zahn, on a fini par y reconnaître Grégoire d'Elvire — la démonstration de Dom Wilgory restant la référence.[67]
Les « Purs » : quatre siècles d'Église parallèle
Un nom, un mépris, une géographie
Les disciples de Novatien se nommèrent katharoi — les Purs, les Puritains — et affectaient d'appeler l'Église catholique l'Apostaticum, le Synedrium ou le Capitolinum : l'Église des apostats, le sanhédrin, le Capitole.[68] On les trouva dans toutes les provinces, nombreux par endroits ; ils eurent partout des évêques, et toujours un successeur de Novatien à Rome.[69] Notre principale source sur eux est l'Histoire ecclésiastique de Socrate de Constantinople, qui leur est très favorable et raconte longuement leurs évêques, surtout ceux de Constantinople — des hommes très estimables, dit-il.[70] Ils se conformaient à l'Église en presque tout, y compris au monachisme dès le IVe siècle ; la plupart interdisaient les secondes noces, usaient beaucoup de Tertullien — et en Phrygie, ils fusionnèrent avec les montanistes.[71] Quelques-uns ne rebaptisaient pas les convertis ; selon Théodoret, ils n'usaient pas de la confirmation — que Novatien lui-même n'avait jamais reçue.[72]
Nicée 325 : Acésius et l'échelle vers le ciel
L'évêque novatien de Constantinople fut invité par Constantin au concile de Nicée. Il en approuva les décrets, mais refusa l'union — et le concile régla leur cas au canon 8 : ceux qui se disent cathares et reviennent à l'Église catholique seront reçus ; leurs clercs resteront dans le clergé ; mais ils devront professer par écrit qu'ils suivront les dogmes catholiques, communieront avec les bigames et avec les tombés de la persécution, et là où subsiste un évêque catholique, l'évêque novatien n'aura que le rang d'honneur.[73] Socrate raconte la scène entre Constantin et l'évêque Acésius :
« Prends une échelle, Acésius, et monte seul au ciel. » — Constantin, à l'évêque novatien Acésius, d'après Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 10[74]
Parce qu'ils tenaient l'homoousion, les novatiens furent persécutés comme les catholiques par Constance ; en Paphlagonie, des paysans novatianistes attaquèrent et tuèrent les soldats envoyés pour imposer le semi-arianisme officiel.[75] Constantin, qui les avait d'abord traités en schismatiques et non en hérétiques, ordonna plus tard la fermeture de leurs églises et cimetières ; après sa mort, Julien les protégea, puis l'arien Valens les persécuta de nouveau.[76] Honorius les rangea dans une loi contre les hérétiques en 412 ; saint Innocent I ferma certaines de leurs églises à Rome, saint Célestin les en expulsa comme saint Cyrille les expulsait d'Alexandrie ; plus tôt, saint Jean Chrysostome avait fermé leurs églises à Éphèse — tandis qu'à Constantinople on les tolérait, et que leurs évêques y passaient, dit Socrate, pour très respectés.[77] Le martyrologe romain lui-même note que saint Lucius, successeur de Corneille, « combattit les novatiens ».[78]
Une extinction lente, jamais une disparition brutale
En Phrygie, vers 374, une partie d'entre eux devint quartodécimaine — les Protopaschites, où se mêlaient des juifs convertis ; Théodose fit une loi sévère contre cette secte, importée à Constantinople vers 391 par un certain Sabbatius, dont les partisans s'appelèrent sabbatiens.[79] L'ouvrage d'Euloge d'Alexandrie, peu avant 600 — six livres contre eux —, prouve qu'il restait des novatiens à Alexandrie trois siècles et demi après le schisme.[80] Euloge se plaignait qu'ils ne voulussent pas vénérer les martyrs — il parlait probablement des martyrs catholiques.[81]
Comment l'Église recevait les novatiens convertis
La fermeté sur le principe n'exclut pas la mesure dans l'accueil : quatre conciles, en quatre siècles, fixèrent le mode de réconciliation — sans jamais rebaptiser, mais sans jamais brader non plus :
| Concile | Texte | Réception du novatien converti |
|---|---|---|
| Nicée (325) | Canon 8 | Profession écrite, communion avec bigames et lapsi ; le clerc reste clerc[82] |
| Laodicée (v. 363) | Canon 7 | Novatiens, photiniens, quartodécimans reçus par renonciation et chrismation[83] |
| Constantinople (381) | Canon 7 | Novatiens reçus par anathème et chrismation — quand montanistes et sabelliens sont reçus comme païens[84] |
| In Trullo (692) | Canon 95 | Ariens, macédoniens, sabbatiens, novatiens dits cathares reçus sur libelli et anathème de toute hérésie[85] |
La mort de Novatien : martyr ou schismatique ?
Pendant la persécution de Gallus et Volusien (251-253), Novatien dut fuir Rome ; sous Valérien, en 258, il subit le martyre — c'est ce qu'affirme saint Pacien (Lettres, II, 7) — ou du moins devint confesseur, selon Socrate (Histoire ecclésiastique, IV, 28).[86] Faut-il l'en croire ? En 1932, on découvrit sur la Via Tiburtina une dalle portant l'inscription « NOVATIANO BEATISSIMO MARTYRI GAUDENTIUS DIACONUS FECIT » — « À Novatien, très bienheureux martyr, le diacre Gaudentius a fait [ceci] » ; mais l'attribution à l'antipape plutôt qu'à un homonyme obscur reste très controversée.[87] L'honnêteté commande de laisser la question ouverte : un schismatique peut mourir courageusement sans que sa mort efface son schisme — et c'est exactement ce que Denys écrivait déjà de son vivant : mieux valait le martyre pour l'unité que le martyre solitaire.
Pourquoi l'Église a dit non — et ce qu'elle a gardé
Le pouvoir des clés n'est pas une option
Toute la réponse catholique tient dans la parole du Ressuscité :
« Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » — Évangile selon saint Jean, 20, 22-23[88]
Matthieu 16, 19 et 18, 18 donnent de lier et de délier ; la parabole du fils prodigue montre le Père courant au-devant du fils perdu et lui rendant la robe, l'anneau et le festin (Luc 15, 22-24)[89] ; et saint Paul, loin de vouer l'incestueux de Corinthe à l'enfer, ordonne de lui pardonner et de le consoler une fois la pénitence accomplie (2 Corinthiens 2, 7-8).[90] Refuser par principe ce que le Christ a promis, ce n'est pas défendre la sainteté de l'Église : c'est amputer le symbole — mentir, comme disait Cyprien, en professant la rémission des péchés par la sainte Église.[91]
La sévérité n'est pas l'hérésie ; le refus du pardon, si
L'Église n'a jamais canonisé le laxisme : elle a gardé la pénitence publique, les degrés, les délais, la rigueur des canons — et elle a gardé Tertullien, Cyprien, Pacien, Ambroise, qui surent être sévères sans nier le pardon.[92] Les grands réfutateurs du novatianisme en témoignent : outre Cyprien, l'anonyme Ad Novatianum que Harnack attribue à Sixte II (257-258), les écrits de saint Pacien de Barcelone et le De paenitentia de saint Ambroise, le Contra Novatianum du IVe siècle conservé parmi les œuvres de saint Augustin, les Hérésies d'Épiphane et de Philastre, les Questions d'Ambrosiaster — en Orient, Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, Chrysostome ; les réfutations de Rhéticius d'Autun et d'Eusèbe d'Émèse sont perdues.[93] Pacien, aux prises avec le novatianiste Sympronianus vers 370, laissa le mot qui résume toute l'affaire :
« Chrétien est mon nom, catholique est mon surnom. » — Saint Pacien de Barcelone, Lettre I à Sympronianus, Sur le nom de catholique[94]
Et dans sa troisième lettre, le même Pacien appelle Novatus — le transfuge carthaginois — traître et parricide.[95]
Le miroir du donatisme
Un demi-siècle plus tard, l'Afrique reverra le même drame en sens inverse : le donatisme refusera la validité des sacrements administrés par des traditores, comme le novatianisme refusait le pardon aux lapsi — même rigorisme, même Église de Purs, même appel à la pureté contre la communion des pécheurs réconciliés.[96] La réponse sera la même, donnée par saint Augustin : l'Église est un filet où le bon poisson voisine avec le mauvais jusqu'au tri final, et la sainteté de l'Église ne vient pas de l'impeccabilité de ses membres, mais de son Époux.[97] Comprendre Novatien, c'est donc comprendre d'avance Donat — et mesurer ce que l'Église refusa de sacrifier : ni la sainteté, ni les pécheurs.
Chronologie synthétique
- début 250Édit de Dèce, martyre de Fabien20 janvier 250 ; siège vacant
Persécution générale : sacrifier ou mourir. Le pape saint Fabien tombe parmi les premiers ; impossible d'élire son successeur. Les lapsi se comptent par milliers.
- 250-251Novatien, plume du clergé romainlettres 30 et 36 à Cyprien
En pleine vacance, Novatien rédige les lettres du clergé de Rome : attendre les conciles, garder la discipline sans cruauté. Rien d'hérétique encore.
- mars 251Deux papes pour un siègeCorneille élu, Novatien sacré
Corneille est élu avec le consentement du clergé, du peuple et des évêques ; Novatien se fait sacrer par trois évêques d'un coin reculé d'Italie, à la dixième heure.
- printemps-automne 251L'Église trancheCarthage, Rome : 60 évêques
Carthage reconnaît Corneille après enquête ; un concile romain de soixante évêques excommunie Novatien ; les confesseurs Maxime, Urbain et Nicostrate rentrent dans l'unité.
- 251-253Fuite sous Gallus et VolusienNovatien quitte Rome
La persécution reprend : Novatien doit fuir Rome, tandis que Corneille puis Lucius tiennent le siège au prix de l'exil.
- 258Mort sous Valérienmartyr selon Pacien, confesseur selon Socrate
Novatien meurt dans la persécution de Valérien. Son Église de Purs lui survit : un successeur siège toujours à Rome.
- 325Nicée : le canon des Catharescanon 8 ; Acésius et l'échelle
L'évêque novatien Acésius approuve la foi de Nicée sans s'unir ; le canon 8 fixe la réception des convertis, clergé conservé.
- IVe-Ve sièclePersécutés et tolérésConstance, Julien, Valens, Honorius
Persécutés comme catholiques par Constance, protégés par Julien, frappés par Valens puis par la loi d'Honorius (412), expulsés de Rome et d'Alexandrie — mais toujours là.
- vers 600Derniers témoins à Alexandriesix livres d'Euloge contre eux
Euloge d'Alexandrie écrit six livres contre les novatiens : la preuve qu'à la fin du VIe siècle, trois siècles et demi après le schisme, les Purs existent encore.
Pour aller plus loin
Notes et références
J. Chapman, « Novatian and Novatianism », Catholic Encyclopedia, vol. 11, New York, Robert Appleton, 1911, Biographie : Novatien, prêtre romain schismatique, fondateur de la secte des novatiens, se fait antipape — texte intégral sur newadvent.org/cathen/11138a.htm.
1J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : selon Corneille, Novatien venait de prêter un serment solennel qu'il ne chercherait jamais à devenir évêque avant de se dresser en pape rival, quelques jours après l'élection de Corneille.
2 19J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : lettre de saint Denys d'Alexandrie au pape Étienne — toutes les Églises d'Orient coupées en deux puis réunies : Antioche, Césarée de Palestine, Jérusalem, Tyr, Laodicée, Tarse et toute la Cilice, Cappadoce, Syries, Arabie, Mésopotamie, Pont, Bithynie, « tant le schisme romain fit sentir ses effets au loin ».
3 23J. Chapman, « Novatian and Novatianism », La secte novatianiste : les disciples se nommaient katharoi (Puritains) et appelaient l'Église catholique Apostaticum, Synedrium ou Capitolinum.
4 68J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : secte présente dans toutes les provinces, avec des évêques partout et toujours un successeur de Novatien à Rome ; derniers témoins à Alexandrie vers 600 (Euloge).
5J. H. Newman, Tracts Theological and Ecclesiastical, p. 239 : Novatien « approche de la précision doctrinale de plus près qu'aucun des écrivains d'Orient et d'Occident qui l'ont précédé » — cité par J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
6 63R. J. DeSimone (trad.), Novatian : The Trinity, The Spectacles, Jewish Foods, In Praise of Purity, Letters, The Fathers of the Church, vol. 67, Catholic University of America Press, 2008 : Novatien, premier théologien romain à écrire en latin, au cœur des débuts de la littérature chrétienne latine à Rome.
7 52J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : l'Église avait joui d'une paix de trente-huit ans quand Dèce publia son édit de persécution au début de 250.
8J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : le pape saint Fabien martyrisé le 20 janvier 250 ; impossible d'élire un successeur pendant la persécution.
9Catholic Encyclopedia, « Lapsi » (newadvent.org/cathen/09001b.htm) : après l'élection de Corneille, Novatien se dresse en antipape au nom de la discipline stricte, refusant toute réadmission des tombés ; synodes de Rome et d'Afrique au printemps 251 pour régler l'affaire d'un commun accord.
10J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : lettre de Corneille à Fabius d'Antioche (Eusèbe, VI, 43) — Novatien, catéchumène possédé, baptisé par aspersion sur son lit de malade ; les autres rites jamais suppléés après guérison, ni la confirmation de l'évêque : « comment aurait-il reçu le Saint-Esprit ? »
11J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : homme de lettres formé à la composition, « faiseur de dogmes » et « champion de la science ecclésiastique » selon Corneille ; éloquence attestée par Cyprien (Lettre 60, 3) ; promu prêtre malgré les protestations du clergé et de nombreux laïcs.
12J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : pendant la persécution, Novatien écrit au nom du clergé romain les lettres à Cyprien (lettres 30 et 36) — attendre les conciles et l'élection d'un évêque, garder la sévérité disciplinaire de Rome (Romains 1, 8) sans cruauté ; aucune idée d'une réconciliation impossible.
13Anonyme, Ad Novatianum, XIII : éloge du Novatien d'avant le schisme — cité par J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
14Anonyme, Ad Novatianum, XIII : « tant qu'il fut dans l'unique maison, c'est-à-dire dans l'Église du Christ… » — œuvre attribuée par Harnack au pape Sixte II (257-258) ; cité par J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
15J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Corneille raconte que Novatien, par lâcheté et amour de la vie, nia être prêtre pendant la persécution, refusa de quitter sa cellule pour assister ses frères, et déclara ne plus vouloir être prêtre, épris « d'une autre philosophie ».
16J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : saint Moïse le martyr (mort 250), voyant l'audace de Novatien, le sépara de la communion avec les cinq prêtres de son groupe.
17J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Corneille élu en mars 251, « la chaire de Fabien, c'est-à-dire la place de Pierre, étant vacante », avec le consentement de presque tout le clergé, du peuple et des évêques présents (Cyprien, Lettre 55, 8-9).
18J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : deux hommes du parti convoquent trois évêques d'un coin reculé d'Italie sous prétexte de médiation ; contraints de sacrer Novatien à la dixième heure ; l'un revient pleurant confesser sa faute, Corneille fait ordonner des successeurs aux deux autres.
20J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : pour s'assurer la loyauté des siens, Novatien leur fit jurer, en recevant la communion, par le Corps et le Sang du Christ, qu'ils ne passeraient jamais à Corneille.
21J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : enquête minutieuse du concile de Carthage d'après la correspondance de Cyprien — Corneille soutenu par tout l'épiscopat africain ; Denys d'Alexandrie du même côté.
22J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : le prêtre carthaginois Novatus, partisan du laxisme à Carthage par opposition à son évêque, devint le grand meneur du parti de la rigueur à Rome.
24J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : les lettres de Novatien ne portaient pas sur les lapsi mais sur des calomnies contre Corneille — « lettres pleines de calomnies et de malédictions » jetant le trouble dans presque toutes les Églises ; Cyprien jugea la première si honteuse qu'il ne la lut pas au concile (Lettre 45, 2).
25J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : la question n'était pas « quelle doctrine est préférable », mais si l'ordination de Novatien était légitime et si ses accusations contre Corneille étaient vraies ou fausses.
26J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : avant la fin de 251, Corneille assemble un concile de soixante évêques (probablement Italie et îles voisines) qui excommunie Novatien ; signatures des absents ajoutées, liste envoyée à Antioche et aux autres grandes Églises.
27Catholic Encyclopedia, « Lapsi » : au printemps 251, après le retour de Cyprien, synodes de Rome et d'Afrique où l'affaire des lapsi fut réglée d'un commun accord.
28J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : lois anciennes reportant la communion à l'heure de la mort, voire la refusant ; Cyprien lui-même approuvait ce refus pour les repentirs tardifs de sincérité douteuse.
29J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : les lettres romaines de 250 demandent de garder la sévérité disciplinaire traditionnelle de Rome tout en évitant la cruauté envers les repentants.
30J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : en l'espace de deux mois, Novatien fut appelé hérétique non plus par le seul Cyprien mais dans toute l'Église, à cause de sa dureté sur la restauration des tombés.
31J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Novatien tenait l'idolâtrie pour un péché impardonnable — l'Église sans droit de réadmettre les coupables ; pénitence perpétuelle possible, mais pardon laissé à Dieu, non prononçable en ce monde.
32J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : « He held that idolatry was an unpardonable sin, and that the Church had no right to restore to communion any who had fallen into it. »
33Évangile selon saint Jean, 20, 22-23 : « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »
34 88J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : les disciples étendirent la doctrine à tous les « péchés mortels » — idolâtrie, meurtre, adultère ou fornication.
35Deuxième livre de Samuel, 12 : Nathan annonce à David le pardon après son repentir ; Évangile selon saint Jean, 21 : Pierre, qui avait renié trois fois, est confirmé dans sa charge de pasteur.
36J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : la plupart interdisaient les secondes noces.
37Évangile selon saint Jean, 4 (la Samaritaine) et 8 (la femme adultère : « Va, et désormais ne pèche plus »).
38J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Tertullien avait déjà résisté au pardon de l'adultère par le pape Calliste comme à une innovation ; Hippolyte penchait également vers la sévérité.
39 45J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : « there was no heresy until it was denied that the Church has the power to grant absolution in certain cases. This was Novatian's heresy. »
40J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : selon Cyprien, les novatiens ne tenaient plus le symbole baptismal, car en disant « Crois-tu à la rémission des péchés et à la vie éternelle par la sainte Église ? » ils mentaient.
41 91Saint Cyprien, De l'unité de l'Église (De catholicae Ecclesiae unitate), 6 : « Habere non potest Deum patrem, qui Ecclesiam non habet matrem » — « On ne peut avoir Dieu pour Père si l'on n'a pas l'Église pour mère. »
42J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : la lettre 55 à Antonien est la première où « l'hérésie novatienne » comme telle est réfutée ; on y lit « schismatico immo haeretico furore ».
43 44J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : lettre 54 — Cyprien dut envoyer son De lapsis à Rome, tant la question des tombés était déjà au premier plan.
46J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : les confesseurs encore en prison — Maxime, Urbain, Nicostrate et autres —, admonestés par Denys et Cyprien, rentrèrent dans l'Église.
47J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Novatien « s'arrogea la primauté » (Lettre 69, 8) et créa de faux évêques par-dessus des évêques vénérables — preuve éclatante de l'importance du Siège romain au IIIe siècle.
48Saint Denys d'Alexandrie, lettre à Novatien, conservée par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 45 (Sources chrétiennes, vol. 41) — citée par J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
49J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : la lettre de Denys ne pose aucune question d'hérésie ; deux mois plus tard, la sévérité sur les lapsi avait fait de Novatien un hérétique aux yeux de toutes les Églises.
50J. Chapman, « Novatian and Novatianism », Écrits : le De Trinitate, en trente et un chapitres — huit premiers sur la transcendance et la grandeur de Dieu, puis longue preuve de la divinité du Fils par les deux Testaments ; « a fine piece of writing ».
51J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : le nerf du livre est la défense de la distinction des Personnes contre les sabelliens qui identifient le Père au Fils.
53J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Novatien prouve la divinité du Fils « ajoutant que c'est faire insulte au Père que de dire qu'un Père qui est Dieu ne peut pas engendrer un Fils qui est Dieu ».
54J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : le Père adresse au Fils le commandement de créer et le Fils obéit ; le Fils identifié aux anges de l'Ancien Testament (« paternae dispositionis annuntiator est ») ; « seconde Personne après le Père », moindre en ce qu'originée, une avec Lui « par la concorde, par l'amour et par l'affection ».
55J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : appendice (XXX-XXXI) — deux espèces d'hérétiques gardent l'unité de Dieu, les sabelliens en identifiant le Père au Fils, les autres (ébionites) en niant que le Fils soit Dieu : ainsi « le Christ est de nouveau crucifié entre deux larrons ».
56J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : un seul Dieu inengendré, invisible, immense, immortel ; le Verbe (Sermo), son Fils, substance procédant de Lui (substantia prolata) ; l'énergie de la divinité transmise au Fils retourne au Père par communion de substance.
57J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : mérite de ne pas identifier le Verbe au Père et d'enseigner clairement la génération éternelle — progrès net sur Tertullien.
58J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Novatien emprunte à Hippolyte autant qu'à Tertullien et Justin ; tous trois égarés par la théologie grecque appliquant au Fils comme Dieu des paroles de saint Paul qui valent pour Lui comme Dieu-homme.
59J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : sur l'Incarnation, Novatien semble orthodoxe — une Personne en deux substances, divinité et humanité, à la manière des théologiens occidentaux les plus exacts.
60J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : soupçon de nestorianisme à cause du « l'homme » assumé — injuste, l'accusation inverse étant tout aussi possible ; aucun motif de supposer qu'il niât l'âme intellectuelle du Christ, soucieux seulement de la réalité de la chair.
61J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : la formule sur le Fils de l'homme « fait devenir » Fils de Dieu a été taxée d'adoptianisme — mais Novatien veut dire seulement qu'avant l'assomption l'humanité n'était pas par nature Fils de Dieu ; forme mauvaise, pensée pas nécessairement hérétique.
62Saint Jérôme, Des hommes illustres, 70 : catalogue des œuvres de Novatien — Pâque, Sabbat, Circoncision, Sacerdoce, Prière, Instant présent, Attalus, Viandes judaïques, Trinité ; seules les deux dernières subsistent — cité par J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
64J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : le De cibis judaicis, lettre écrite dans la retraite pendant une persécution, précédée de deux lettres perdues sur la circoncision et le sabbat ; les animaux impurs figurent les classes d'hommes vicieux.
65J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : De spectaculis et De bono pudicitiae (pseudo-cyprianiques, même auteur) attribués à Novatien par Weyman, suivi de Demmler, Bardenhewer, Harnack ; De laude martyrii avec moins de vraisemblance ; Adversus Judaeos d'un ami proche ou disciple selon Landgraf.
66J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : les vingt sermons édités en 1900 par Batiffol et Wilmart comme Tractatus Origenis, un temps prêtés à Novatien par l'école de Zahn, reconnus pour être de Grégoire d'Elvire par la démonstration de Dom Wilgory.
67J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : novatiens dans toutes les provinces, très nombreux par endroits ; évêques partout, et toujours un successeur de Novatien à Rome.
69Socrate de Constantinople, Histoire ecclésiastique : principale source sur les novatiens, très favorable, longs récits de leurs évêques — via J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
70J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : conformes à l'Église en presque tout, y compris le monachisme au IVe siècle ; grand usage de Tertullien ; en Phrygie, fusion avec les montanistes.
71J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : quelques-uns ne rebaptisaient pas les convertis ; selon Théodoret, pas de confirmation — que Novatien lui-même n'avait jamais reçue.
72Ier concile de Nicée (325), canon 8 : les cathares revenus à l'Église catholique sont reçus, leurs clercs restent dans le clergé, sur profession écrite de suivre les dogmes catholiques — notamment communier avec les bigames et les tombés ; là où demeure un évêque catholique, l'évêque novatien n'a que le rang d'honneur.
73 82Socrate de Constantinople, Histoire ecclésiastique, I, 10 : l'évêque novatien Acésius, invité par Constantin à Nicée, approuve les décrets mais refuse l'union ; mot de l'empereur : « Prends une échelle, Acésius, et monte seul au ciel. »
74J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : tenant l'homoousion, les novatiens furent persécutés comme les catholiques par Constance ; en Paphlagonie, des paysans novatianistes tuèrent les soldats envoyés pour imposer le semi-arianisme officiel.
75J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Constantin les traita d'abord en schismatiques, non en hérétiques, puis ordonna la fermeture de leurs églises et cimetières ; protégés par Julien après sa mort, persécutés de nouveau par l'arien Valens.
76J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Honorius les vise dans une loi contre les hérétiques (412) ; Innocent I ferme certaines de leurs églises à Rome ; Célestin les expulse de Rome comme Cyrille d'Alexandrie ; Chrysostome avait fermé leurs églises à Éphèse, mais à Constantinople ils étaient tolérés et leurs évêques très respectés selon Socrate.
77Martyrologe romain : saint Lucius, pape et martyr sous Valérien, « après avoir combattu les novatiens » (post debellatos Novatianos) — successeur de Corneille sur un siège toujours disputé.
78J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : en Phrygie vers 374, une partie devient quartodécimaine (Protopaschites, avec des juifs convertis) ; loi sévère de Théodose contre cette secte, importée à Constantinople vers 391 par Sabbatius (sabbatiens).
79Euloge d'Alexandrie, six livres contre les novatiens, peu avant 600 : preuve qu'il en restait à Alexandrie trois siècles et demi après le schisme — via J. Chapman, « Novatian and Novatianism ».
80J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Euloge se plaignait qu'ils ne voulussent pas vénérer les martyrs — probablement les martyrs catholiques.
81Concile de Laodicée (v. 363), canon 7 : novatiens, photiniens et quartodécimans reçus par renonciation à l'hérésie et chrismation.
83Ier concile de Constantinople (381), canon 7 : ariens, macédoniens, sabbatiens, novatiens, quartodécimans et apollinaristes reçus par l'anathème et la chrismation — quand eunomiens, montanistes dits Phrygiens et sabelliens sont reçus comme païens.
84Concile in Trullo (692), canon 95 : ariens, macédoniens, sabbatiens, novatiens « qui se disent cathares » et autres reçus sur présentation de libelli et anathème de toute hérésie contraire à la foi catholique.
85Encyclopedia.com, « Novatian (Antipope) and Novatianism » : fuite de Rome sous Gallus et Volusien (251-253) ; martyre sous Valérien en 258 selon Pacien (Lettres, II, 7), ou confesseur selon Socrate (Histoire ecclésiastique, IV, 28).
86R. J. DeSimone, Novatian, Fathers of the Church, vol. 67 (2008) : dalle découverte en 1932 sur la Via Tiburtina — « NOVATIANO BEATISSIMO MARTYRI GAUDENTIUS DIACONUS FECIT » ; attribution à l'antipape ou à un homonyme obscur très controversée.
87Évangile selon saint Luc, 15, 22-24 : « Vite, apportez la plus belle robe, et revêtez-l'en ; mettez-lui un anneau au doigt et des sandales aux pieds… car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie. »
89Deuxième épître aux Corinthiens, 2, 7-8 : accorder à l'incestueux repentant « pardon et consolation », de peur qu'il ne soit accablé par une tristesse excessive.
90J. Chapman, « Novatian and Novatianism » : Cyprien lui-même approuvait la sévérité envers les repentirs tardifs douteux ; la rigueur disciplinaire n'est pas l'hérésie — seul le déni du pouvoir d'absoudre l'est.
92J. Chapman, « Novatian and Novatianism », liste des réfutations : Cyprien, Ad Novatianum (Harnack : Sixte II), Pacien de Barcelone, Ambroise (De paenitentia), Contra Novatianum (IVe siècle, œuvres d'Augustin), Épiphane, Philastre, Ambrosiaster (Questions) ; en Orient Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, Chrysostome ; perdues : Rhéticius d'Autun, Eusèbe d'Émèse.
93Saint Pacien de Barcelone, Lettre I à Sympronianus, Sur le nom de catholique (v. 370) : « Christianus mihi nomen est, catholicus cognomen » — « Chrétien est mon nom, catholique est mon surnom » ; cité par la Catholic Encyclopedia, « Catholic » (newadvent.org/cathen/03449a.htm).
94Saint Pacien de Barcelone, Lettre III à Sympronianus : Novatus traité de traître et de parricide — via R. J. DeSimone et la notice des Iberian Fathers, vol. 3 (Fathers of the Church, vol. 99, 1999).
95Sur le parallèle africain, voir l'article Le donatisme (en cours de rédaction) : refus de la validité des sacrements des traditores, Église de Purs contre Église des pécheurs réconciliés.
96Saint Augustin : l'Église comme filet mêlant bons et mauvais poissons jusqu'au tri final — d'après la parabole du filet (Évangile selon saint Matthieu, 13, 47-50), image centrale de la réponse augustinienne au donatisme.
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