Pape saint Sixte II, ou Xyste II dans les sources anciennes, est le pape martyr de la persécution de Valérien. Le Saint-Siège le présente comme le 24e pape de l'Église catholique, avec un pontificat du 30 août 257 au 6 août 258.[3] Son ministère dure moins d'un an, mais il occupe une place exceptionnelle dans la mémoire romaine : il meurt dans le contexte même où l'empire ordonne l'exécution immédiate des évêques, prêtres et diacres chrétiens.[4]
Son prédécesseur, saint Étienne I, avait laissé une crise grave : la querelle du rebaptême des hérétiques opposait Rome à plusieurs Églises d'Afrique et d'Asie Mineure. Sixte II conserve la règle romaine, mais il apaise les relations. Pontius, biographe de saint Cyprien, l'appelle "bonus et pacificus sacerdos", "bon et pacifique prêtre" (Vie de Cyprien, ch. 14), formule que l'historiographie retient parce qu'elle résume exactement son rôle entre la fermeté sacramentelle de Rome et la recherche de la paix ecclésiale.[5][6]
Le Catalogue libérien conserve aussi un détail institutionnel important : après son martyre, le siège romain demeure vacant jusqu'à l'élection de Denys le 22 juillet 259, signe que la persécution désorganise concrètement la succession épiscopale.[7]
Sa mort est attestée par un document presque contemporain : la lettre de saint Cyprien à Successus, écrite après l'arrivée de messagers revenus de Rome. Cyprien y annonce que Valérien a adressé au sénat un rescrit — une décision écrite de l'empereur qui a force de loi —, que les évêques, prêtres et diacres doivent être frappés sans délai, puis il ajoute que Xyste a été mis à mort "dans le cimetière" le 6 août avec quatre diacres.[8]
« Sachez que Xyste a été frappé dans le cimetière, le huitième jour des ides d'août, et avec lui quatre diacres. » — Saint Cyprien de Carthage, lettre à Successus[9]
Pourquoi Sixte II compte-t-il ?
Un pape mieux documenté que beaucoup de ses prédécesseurs
Sixte II n'est pas seulement un nom dans une liste pontificale. Son pontificat est encadré par plusieurs témoins de valeur : Eusèbe de Césarée pour la succession Étienne-Sixte et la controverse baptismale ; Cyprien pour le second édit de Valérien et la nouvelle du martyre ; le Chronographe de 354 pour la mémoire liturgique romaine ; les épigrammes de Damase et l'archéologie de la catacombe de Calliste pour la réception du culte.[10][11][12][13]
Cette densité documentaire le distingue de Sixte I, dont on connaît surtout la place dans la succession romaine primitive. Pour Sixte II, on peut dire où, quand et pourquoi il meurt : à Rome, le 6 août 258, dans la vague répressive qui frappe d'abord la hiérarchie de l'Église.[14]
Le martyr d'une Église visée dans ses pasteurs
La persécution de Valérien ne se contente pas d'une pression générale. Cyprien rapporte le contenu du rescrit impérial : les évêques, prêtres et diacres doivent être exécutés immédiatement ; les sénateurs, chevaliers et notables chrétiens perdent dignité et biens, puis la tête s'ils persévèrent ; les matrones sont dépouillées et exilées ; les fonctionnaires impériaux chrétiens sont confisqués et envoyés aux domaines de César.[15]
Le martyre de Sixte II est donc le signe d'une stratégie : frapper la tête visible des communautés, confisquer les biens, empêcher les assemblées, couper l'Église de ses pasteurs. La tradition romaine a gardé ce souvenir précisément parce qu'il manifeste la réalité visible de l'Église ancienne : l'empire sait qui sont les évêques, les prêtres, les diacres et les lieux de réunion.
« Les soldats de Dieu et du Christ ne sont pas tués, ils sont couronnés. » — Saint Cyprien, conclusion de la même lettre à Successus, qu'il charge de transmettre la nouvelle aux autres évêques[16]
Le Sixte le plus probable du Canon romain
Dans le Canon romain, la Ière prière eucharistique nomme, dans la partie appelée Communicantes — la prière qui commence par "en communion avec toute l'Église" et énumère la Vierge Marie, les Apôtres et les martyrs — : "Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille, Cyprien, Laurent..." La présence immédiate de Corneille, Cyprien et Laurent oriente fortement vers Sixte II, martyr certain du IIIe siècle, plutôt que vers Sixte I, dont le martyre n'est pas attesté avec la même solidité.[17]
Ce point donne à l'article une portée liturgique. Sixte II n'est pas seulement un martyr des catacombes ; son nom est entré dans le Canon romain, la Ière prière eucharistique, au cœur de la Messe. Son martyre, celui de Laurent et celui de Cyprien forment un ensemble romain-africain : même persécution, même fidélité, même mémoire eucharistique.
Les sources anciennes
Tableau des témoins principaux
| Source | Date approximative | Ce qu'elle apporte | Prudence requise |
|---|---|---|---|
| Eusèbe, Histoire ecclésiastique VII | début IVe siècle | Succession Étienne-Sixte, lettres de Dionysius d'Alexandrie, paix après la querelle baptismale, Valérien | Synthèse brève, dépendante de lettres antérieures |
| Cyprien, lettre à Successus | août-septembre 258 | Second édit de Valérien, mort de Xyste le 6 août avec quatre diacres | Source de première main, mais très concise |
| Depositio martyrum du Chronographe de 354 (le calendrier romain des martyrs) | 354 | Mémoire liturgique du 6 août : Xyste à Calliste, Agapit et Félicissime à Prétextat | Calendrier, non récit développé |
| Épigrammes de Damase | 366-384 | Mémoire du tombeau, scène du pasteur enseignant et saisi par les soldats | Interprétation dépendante de fragments et copies médiévales |
| Liber Pontificalis | VIe siècle dans sa forme ancienne | Origine grecque, liste développée des diacres, traditions sur Laurent, ordinations | Matériau tardif, à filtrer par les sources plus anciennes |
| Catholic Encyclopedia / Treccani | XXe siècle | Synthèse critique du dossier, distinction entre fait, tradition et légende | Sources secondaires, utiles comme guides |
Le noyau sûr est simple : Sixte II succède à Étienne, reçoit des lettres de Dionysius d'Alexandrie, meurt le 6 août 258 dans la persécution de Valérien, et son tombeau devient l'un des grands lieux de mémoire de la catacombe de Calliste.[18][19][20][21]
Eusèbe : paix après la crise baptismale
Eusèbe rapporte que Dionysius d'Alexandrie avait écrit à Étienne au sujet du baptême des hérétiques, puis qu'après la mort d'Étienne il écrivit aussi à Xyste. Le sujet était grave : Étienne refusait la communion aux Églises de Cilicie, Cappadoce, Galatie et régions voisines qui rebaptisaient les convertis venus de l'hérésie.[22]
Avant même la mort d'Étienne, Dionysius lui avait écrit que la paix revenait : les Églises anciennement divisées se réjouissaient d'une unanimité retrouvée, et les provinces d'Orient glorifiaient Dieu pour la charité fraternelle. Sous Sixte II, Dionysius continue d'exposer les positions dans une seconde lettre sur le baptême, où il rappelle aussi le jugement d'Étienne et des autres évêques.[23]
« Toutes les Églises de l'Orient et d'au-delà, autrefois divisées, sont désormais unies. » — Dionysius d'Alexandrie à Étienne, cité par Eusèbe[24]
Cela ne signifie pas que Sixte II renonce à la doctrine romaine. La Catholic Encyclopedia précise qu'il reste fidèle à l'usage romain de ne pas rebaptiser les hérétiques validement baptisés, mais qu'il restaure des relations plus amicales avec les Églises africaines et asiatiques.[25]
Dionysius d'Alexandrie : un cas concret de conscience
Eusèbe conserve aussi un fragment très humain d'une lettre de Dionysius à Sixte II. Un homme, membre depuis longtemps de la communauté, découvre en assistant à un baptême catholique que le baptême reçu autrefois chez les hérétiques était très différent, rempli de paroles impies. Il supplie qu'on le baptise vraiment.[26]
Dionysius n'ose pas refaire le baptême : l'homme a entendu l'action de grâces, répondu Amen, approché la table et communié longtemps au Corps et au Sang du Seigneur. Il l'exhorte donc à prendre courage et à s'approcher avec foi.[27]
Ce cas montre pourquoi la controverse n'était pas abstraite. Elle touchait des consciences blessées, des baptêmes douteux, des hérétiques très différents les uns des autres, et des pasteurs qui devaient juger sans trahir l'unicité du baptême.
Cyprien : la lettre décisive
La lettre de Cyprien à Successus est courte, mais capitale. Elle est écrite alors que Cyprien lui-même va mourir martyr, le 14 septembre 258, quelques semaines après Sixte II. L'évêque de Carthage transmet les nouvelles de Rome pour que les autres évêques préparent leurs fidèles au combat spirituel.[28]
La formule "dans le cimetière" est sobre. Treccani note que, dans ce contexte romain, le cimetière sans autre précision désigne le cimetière de Calliste, le grand cimetière ecclésial de la voie Appienne ; la Depositio martyrum confirme la mémoire de Xyste "in Callisti".[29][30]
Le contexte : Valérien contre l'Église
De la bienveillance initiale à la persécution
Eusèbe souligne un contraste frappant : au début de son règne, Valérien se montre favorable aux chrétiens ; sa maison elle-même est remplie de personnes pieuses et ressemble à une Église de Dieu.[31] Puis, sous l'influence de Macrien selon la tradition transmise par Dionysius, l'empereur bascule vers une politique hostile.[32]
Ce retournement est typique de la fragilité chrétienne avant Constantin. Une communauté peut bénéficier d'une tolérance de fait, puis devenir brusquement la cible d'une politique de confiscation, d'exil et de mort.
Le premier édit : assemblées et cimetières interdits
Avant le rescrit sanglant de 258, Valérien a déjà interdit aux chrétiens de se réunir et d'entrer dans les cimetières. La Catholic Encyclopedia résume ce premier édit : les chrétiens doivent participer au culte national des dieux païens ; les réunions dans les cimetières sont prohibées, avec menace d'exil ou de mort.[33]
La portée est concrète. À Rome, les cimetières ne sont pas seulement des lieux de sépulture ; ils sont aussi des lieux de mémoire, de prière, parfois d'assemblée liturgique autour des martyrs. Interdire les cimetières, c'est toucher la piété eucharistique et funéraire de l'Église.
Le second édit : décapiter la hiérarchie
Le second édit, connu par Cyprien, vise directement les ministres ordonnés. Les évêques, prêtres et diacres doivent être exécutés sans délai.[34] Sixte II devient l'une des premières victimes de cette nouvelle étape.
| Catégorie visée | Mesure selon Cyprien | Sens politique |
|---|---|---|
| Évêques, prêtres, diacres | Exécution immédiate | Supprimer les pasteurs et casser la liturgie |
| Sénateurs, chevaliers, notables | Perte de dignité et de biens ; mort s'ils persévèrent | Couper le christianisme des élites sociales |
| Matrones chrétiennes | Confiscation et exil | Briser les réseaux familiaux et patrimoniaux |
| Fonctionnaires impériaux chrétiens | Confiscation et envoi aux domaines impériaux | Purger l'administration de l'empire |
Le martyre de Sixte II doit donc être lu comme un événement ecclésial, non seulement personnel : l'empire veut atteindre le Christ en frappant ceux qui servent l'autel.
Le martyre du 6 août 258
Où Sixte II est-il arrêté ?
La tradition la plus ancienne dit : "dans le cimetière". La Depositio martyrum du Chronographe de 354 précise : "VIII idus Aug. Xysti in Callisti", c'est-à-dire la commémoration de Xyste à Calliste le 6 août.[35]
La Catholic Encyclopedia rapporte une tradition selon laquelle Sixte II aurait rassemblé son troupeau au cimetière de Prétextat, moins connu, près de la voie Appienne, puis aurait été transféré ou enseveli à Calliste.[36] Treccani, en revanche, insiste sur le cimetière de Calliste comme lieu du témoignage de Cyprien et de la sépulture attestée.[37]
Le pape enseignant, les soldats entrant
L'épigramme de Damase rapportée à Sixte II (n° 17 de l'édition Ferrua, connue par des copies médiévales et des fragments retrouvés par De Rossi) décrit l'évêque placé là comme recteur, enseignant les commandements célestes. La tradition y lit la scène du pasteur surpris par les soldats au milieu de son ministère, offrant sa vie pour éviter un massacre inutile.[38]
« Ici placé, comme recteur, il enseignait les commandements célestes. » — Épigramme de Damase rapportée à Sixte II, vers conservé en latin : "hic positus rector caelestia iussa docebat"[39]
Même si la reconstruction exacte des vers dépend de fragments, la mémoire est cohérente avec Cyprien : Sixte II est frappé dans un lieu de rassemblement chrétien, au cœur de son ministère pastoral, non dans une fuite privée.
Les diacres compagnons
Cyprien parle de quatre diacres mis à mort avec Sixte II.[40] La Depositio martyrum mentionne le même jour Xyste à Calliste, puis Agapit et Félicissime à Prétextat.[41] La tradition plus développée du Liber Pontificalis nommera six diacres associés à Sixte : Janvier, Magne, Vincent, Étienne, Félicissime et Agapit, auxquels s'ajoute saint Laurent, martyrisé le 10 août.[42][43]
Il faut donc écrire avec précision : la source contemporaine atteste quatre diacres tués avec le pape ; la tradition romaine associe aussi Félicissime et Agapit au même jour et Laurent à la même vague de persécution. Les noms détaillés viennent de traditions plus tardives et doivent être présentés comme tels.
Saint Laurent : mémoire forte, récit légendaire
La rencontre dramatique entre Sixte II et son diacre Laurent, popularisée par les Actes de saint Laurent, saint Ambroise et Prudence, appartient à la grande mémoire spirituelle de Rome. Mais la Catholic Encyclopedia juge cette scène probablement légendaire dans sa forme narrative.[44]
La prudence ne diminue pas Laurent. Elle évite seulement de confondre la source contemporaine de Cyprien avec des récits hagiographiques postérieurs. Le fait solide demeure : Laurent est martyrisé quelques jours après Sixte II, le 10 août, et la liturgie romaine garde ensemble ces témoins de Valérien.[45]
Sépulture, catacombe de Calliste et mémoire romaine
La crypte des papes
Le cimetière de Calliste est l'un des grands lieux de la Rome chrétienne. À partir du IIIe siècle, plusieurs évêques de Rome y sont enterrés : Pontien, Antère, Fabien, Lucius, Étienne, Sixte II, Denys, Félix et Eutychien.[46][47]
Treccani souligne que la sépulture de Sixte II dans la crypte des papes est attestée avec certitude par des graffiti dévotionnels près de l'entrée du cubicule — la petite chambre funéraire — et par la monumentalisation de la tombe.[48] EWTN rappelle que De Rossi identifie au XIXe siècle les grands espaces funéraires de Calliste et la mémoire des papes martyrs.[49]
La chaise ensanglantée
La Catholic Encyclopedia rapporte que derrière la tombe de Sixte II était conservée la chaise tachée de sang sur laquelle il aurait été décapité.[50] Ce détail appartient à la mémoire matérielle du martyre : Rome ne se souvient pas seulement d'une date, mais d'un lieu, d'un siège, d'un pasteur assis pour enseigner, d'un corps ramené à la crypte papale.
Damase : le pape qui grave la mémoire des martyrs
Au IVe siècle, saint Damase transforme la mémoire des martyrs romains en une catéchèse de pierre. Dans la crypte des papes, une inscription en hexamètres — des vers latins solennels à six mesures — célèbre les saints dont les corps reposent là tandis que le Royaume des cieux accueille leurs âmes.[51]
« Ici, les compagnons de Sixte portent les trophées remportés sur l'ennemi. » — Saint Damase, épigramme de la crypte des papes (n° 16 de l'édition Ferrua), en latin : "Hic comites Xysti portant qui ex hoste tropaea"[52]
Damase ne fait pas de l'archéologie froide. Il donne au peuple chrétien une mémoire liturgique : descendre aux catacombes, lire les noms, prier près des corps, comprendre que l'Église de Rome a été bâtie aussi sur le sang de ses pasteurs.
Ce qu'il ne faut pas attribuer à Sixte II
Les "Sentences de Xyste"
Pendant un temps, Sixte II a été considéré comme l'auteur des Sentences de Xyste ou "Anneau de Sixte". La Catholic Encyclopedia explique que cette attribution est fausse : l'écrit vient d'un philosophe pythagoricien puis d'une révision chrétienne, et l'identification avec le pape martyr repose sur une confusion ancienne.[53]
Cette erreur explique peut-être aussi pourquoi le Liber Pontificalis lui donne une origine grecque : on l'a parfois confondu avec un Xyste philosophe grec. Le Saint-Siège conserve la donnée "Grèce" dans sa liste officielle, mais la critique moderne la traite avec prudence.[54][55]
Les lettres et traités douteux
Quelques lettres ont été imprimées sous le nom de Sixte II dans des collections anciennes, et Harnack lui a attribué le traité Ad Novatianum ; la Catholic Encyclopedia note que cette opinion a été généralement rejetée.[56]
Le vrai Sixte II n'a pas besoin d'œuvres pseudo-attribuées. Sa grandeur historique tient dans trois gestes attestés : maintenir la tradition sacramentelle romaine, rétablir la paix avec des Églises blessées, mourir comme évêque en pleine persécution.
La tentation de romancer le martyre
L'article doit aussi éviter un autre excès : transformer toutes les traditions tardives en faits certains. La rencontre avec Laurent, la liste détaillée des diacres, la chaise ensanglantée, le lieu exact de l'arrestation, le nombre des autels ou la scène complète transmise par Damase relèvent de degrés de certitude différents.[57][58]
La piété catholique n'a rien à gagner à brouiller ces niveaux. Le fait central est déjà magnifique : le pape de Rome a été exécuté au moment où il servait l'Église, et la communauté l'a gardé comme un de ses grands martyrs.
Héritage doctrinal et spirituel
Paix sans abandon de la vérité
Sixte II succède à un pape ferme, Étienne I, dont la décision sur le baptême des hérétiques avait presque provoqué une rupture avec l'Afrique et l'Orient. La mission de Sixte n'est pas de défaire la vérité, mais de réparer la communion autour d'elle.[59][60]
Cette nuance est spirituellement forte. Un pasteur peut maintenir une règle juste sans entretenir inutilement la dureté d'une crise. Sixte II garde l'unique baptême, mais il redevient pour Cyprien et les autres Églises un père pacifique.
Mourir au milieu du troupeau
La scène transmise par Damase montre Sixte II enseignant quand les soldats arrivent. Même si la forme poétique amplifie la mémoire, elle exprime une vérité profonde : le pasteur ne meurt pas séparé de son peuple. Il est saisi dans l'exercice de sa charge.[61]
Le martyre épiscopal n'est donc pas seulement un courage personnel. Il est une imitation du Bon Pasteur : celui qui nourrit, instruit et protège son troupeau donne finalement sa vie pour lui.
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » — Évangile selon saint Jean, 10, 11[62]
Le sang des martyrs et l'autel du Christ
La crypte de Calliste relie trois réalités : les tombeaux, l'autel et l'espérance du ciel. Damase parle des papes qui gardent l'autel du Christ et des compagnons de Sixte qui triomphent de l'ennemi.[63]
Ce lien explique pourquoi le nom de Sixte II est si naturellement entré dans la prière eucharistique. L'Église ne célèbre pas les martyrs comme des héros isolés ; elle les nomme près de l'autel, parce qu'ils ont rendu témoignage au Corps du Christ jusqu'au sang.
Objections et réponses
« Son pontificat est trop court pour un article »
Il dure moins d'un an, mais il concentre trois dossiers majeurs : sortie de la crise baptismale, second édit de Valérien, martyr de l'évêque de Rome avec des diacres. Un pontificat court peut être historiquement décisif si les sources le placent au cœur d'une persécution impériale.
« Était-il vraiment grec ? »
La liste officielle du Saint-Siège indique une naissance en Grèce.[64] La Catholic Encyclopedia juge cependant que le Liber Pontificalis a probablement repris cette donnée à partir d'une confusion avec le Xyste philosophe auquel furent attribuées les Sentences.[65] La formule la plus sûre est donc : origine grecque traditionnelle, mais discutée.
« Combien de diacres sont morts avec lui ? »
Cyprien, source la plus proche, parle de quatre diacres.[66] La tradition liturgique du 6 août associe aussi Agapit et Félicissime, et le Liber Pontificalis donne une liste de six diacres.[67][68] Il faut présenter le nombre de quatre comme le témoignage contemporain, puis signaler l'élargissement de la tradition romaine.
« Le récit de saint Laurent est-il historique ? »
Le martyre de Laurent le 10 août 258 est solidement enraciné dans la mémoire romaine. En revanche, la rencontre dramatique avec Sixte II sur le chemin de l'exécution, telle que la racontent des Actes tardifs et la poésie chrétienne, est jugée probablement légendaire dans sa forme précise.[69] On peut donc garder sa valeur spirituelle sans la traiter comme un procès-verbal.
Pour aller plus loin
- Pape saint Étienne I — prédécesseur de Sixte II, défenseur de l'unicité du baptême.
- Pape saint Denys — successeur de Sixte II après la vacance causée par la persécution.
- Pape saint Sixte I — premier pape du nom de Sixte, à ne pas confondre avec le martyr de 258.
- Pape saint Corneille — pape martyr de la génération précédente, lié à Cyprien et à la crise des lapsi.
- Pape saint Fabien — prédécesseur martyr sous Dèce, autre figure de la crypte des papes.
- Saint Laurent — diacre romain martyrisé le 10 août 258 dans la même persécution.
- Les catacombes chrétiennes de Rome — contexte archéologique de la mémoire de Sixte II.
- Le Canon romain — mémoire liturgique de Sixte, Corneille, Cyprien et Laurent.
Notes et références
Calendrier romain général (Calendarium Romanum ex decreto Sacrosancti Œcumenici Concilii Vaticani II instauratum, Typis Polyglottis Vaticanis, 1969) : le 6 août est la fête de la Transfiguration du Seigneur ; la mémoire de saint Sixte II, pape, et de ses compagnons martyrs est célébrée le 7 août (mémoire facultative), au lendemain du jour de leur mort — la date du martyre restant le 6 août 258 attestée par la Depositio martyrum. Même jour au Missel romain (Missale Romanum, éditio typica tertia, Typis Vaticanis, 2002, au 7 août) et au Martyrologium Romanum (éd. 2004, au 7 août).
1Canon romain, Communicantes (Missale Romanum, éditio typica tertia, Typis Vaticanis, 2002) : « Lino, Cleto, Clemente, Xysto, Corneli, Cypriano, Laurentio… » — le Missel nomme « Xysto » entre Clément et Corneille. Sur l'identification de ce Sixte avec Sixte II plutôt qu'avec Sixte I : Serena Ensoli, « Sisto II, santo », Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000 (« È probabilmente S., e non Sisto I, il santo martire ricordato nel Communicantes del canone romano » : son nom précède celui de Corneille pour associer celui-ci plus étroitement à Cyprien qui suit) ; Vincent L. Kennedy, The Saints of the Canon of the Mass, Cité du Vatican, 1963, p. 72 et p. 125-127.
2 17Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, entrée « Sixtus II » : 24e pape, début du pontificat 30.VIII.257, fin 6.VIII.258, naissance en Grèce. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/sisto-ii.html.
3 54 64Saint Cyprien de Carthage, lettre à Successus (Ep. 80 ; éd. Hartel, CSEL 3, Vienne, 1871, p. 840 ; éd. critique G. F. Diercks, CCSL 3B, Turnhout, 1994-1996, p. 626-627 ; trad. anglaise Robert Ernest Wallis, in Ante-Nicene Fathers, vol. 5, Christian Literature Publishing, Buffalo, 1886, Epistle 81 sur newadvent) ; annonce du rescrit de Valérien, exécution immédiate des évêques, prêtres et diacres (« But know that Xistus was martyred in the cemetery on the eighth day of the Ides of August, and with him four deacons » ; en latin : « Xistum in cimiterio animadversum sciatis VIII id. Augusti et cum eo diacones quattuor »), conclusion sur les soldats de Dieu « not slain, but crowned ». URLs : https://www.newadvent.org/fathers/050681.htm et https://catholiclibrary.org/library/view?chunk.id=00000165&docId=Synchronized-EN%2Fanf.000107.Cyprian.TheEpistlesofCyprian.html.
4 8 9 11 15 16 20 28 34 40 66Michael Ott, « Pope St. Sixtus II », The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912 ; notice sur l'élection (Ott donne le 31 août 257, quand la liste officielle du Saint-Siège retient le 30 août 257 : le présent article suit le Saint-Siège), le martyre du 6 août 258, la querelle baptismale, Valérien, les diacres, la catacombe de Calliste, les traditions sur Laurent et les fausses attributions des Sentences. URL : https://www.newadvent.org/cathen/14031c.htm.
5 14 25 33 36 42 44 50 53 55 56 57 60 65 69Serena Ensoli, « Sisto II, santo », Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000 ; synthèse critique sur Dionysius d'Alexandrie, la pacification après Étienne, Cyprien à Successus, le cimetière de Calliste, les épigrammes damasiennes, les diacres et les traditions du Liber Pontificalis. Épigrammes damasiennes : A. Ferrua (éd.), Epigrammata Damasiana, Cité du Vatican, 1942 — n° 17 (épigramme rapportée à Sixte II, v. 2 : « caelestia iussa docebat », p. 124) et n° 16 (crypte des papes, v. 4 : « hic comites Xysti portant qui ex hoste tropaea », p. 120). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/santo-sisto-ii_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.
6 13 29 37 38 39 43 46 48 58 61 68Catalogue libérien des évêques de Rome (Chronographe de 354), entrée Xystus, éd. Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 73-76 ; l'entrée donne les consulats de 256 à 258, le martyre le huitième jour des ides d'août (passus est VIII id. Aug.) et la vacance jusqu'à Denys. Le chiffre de durée transmis par les manuscrits (2 ans, 11 mois, 6 jours : ann. II m. XI d. VI) est incohérent avec ces mêmes repères et avec le pontificat 257-258 : comput fautif de la tradition manuscrite, à écarter. Sur la date de Denys, le texte du Catalogue est lacuneux : la notice de vacance porte in diem XII kal. Aug. (21 juillet) tandis que l'entrée Denys porte ex die XI kal. Aug. (22 juillet) ; la date retenue par Duchesne (Le Liber Pontificalis, I, tableau chronologique) et par la liste officielle du Saint-Siège est le 22 juillet 259. URL : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_13_bishops_of_rome.htm.
7Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 4-5 (texte grec : éd. E. Schwartz, GCS, Eusebius Werke II, 2, Leipzig, 1908, p. 640 et p. 642 ; trad. Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1, Christian Literature Publishing, 1890) ; lettre de Dionysius d'Alexandrie à Étienne sur la paix retrouvée (« all the churches throughout the East and beyond, which formerly were divided, have become united »), puis, après la mort d'Étienne, seconde lettre sur le baptême adressée à Xyste, avec le rappel du jugement d'Étienne et des autres évêques. URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
10 18 22 23 24 59Depositio martyrum du Chronographe de 354, 6 août : VIII idus Aug. Xysti in Callisti. et in Praetextati Agapiti et Felicissimi ; édition Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 71-72 ; transcription Roger Pearse. URL : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_12_depositions_martyrs.htm.
12 21 30 35 41 45 67Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 9 (texte grec : éd. E. Schwartz, GCS, Eusebius Werke II, 2, Leipzig, 1908, p. 646-648 ; trad. Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1 (« His fifth epistle was written to Xystus, bishop of Rome ») ; cas d'un fidèle ancien demandant un nouveau baptême après un baptême hérétique (« full of impiety and blasphemy »), que Dionysius refuse de rebaptiser en raison de sa longue communion au Corps et au Sang du Seigneur. URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
19 26 27Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 10-11 ; témoignage de Dionysius d'Alexandrie sur Valérien, d'abord favorable aux chrétiens, puis retourné contre eux sous l'influence de Macrien, et détails de la persécution. URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
31 32EWTN / 30Days, « The Humble Splendor of the First Witnesses: The Catacombs of Saint Callixtus in Rome », 1996 ; synthèse archéologique et spirituelle sur Calliste, De Rossi, la crypte des papes, le martyre de Sixte II et l'épigramme de Damase. URL : https://www.ewtn.com/catholicism/library/humble-splendor-of-the-first-witnesses-the-catacombs-of-saint-callixtus-in-rome-10694.
47 49 51 52 63Évangile selon saint Jean, 10, 11, texte AELF vérifié : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. » URL : https://www.aelf.org/bible/Jn/10.
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