Pape saint Étienne I succède directement à saint Lucius I — lui-même successeur de saint Corneille — dans la génération romaine marquée par la persécution de Dèce (250-251), antérieure à son pontificat (254-257), ainsi que par le schisme de Novatien et la crise des lapsi (les chrétiens tombés sous la persécution, réconciliés par la pénitence). Le Saint-Siège le présente comme le 23e pape de l'Église catholique, né à Rome, avec un pontificat allant du 12 mars 254 (date de la liste officielle du Saint-Siège ; la Catholic Encyclopedia retient le 12 mai 254 en signalant un doute sur les dates) au 2 août 257.[1][2]
Sa biographie personnelle est presque entièrement effacée. Son importance, en revanche, est considérable : Étienne est le pape qui refuse de rebaptiser les chrétiens déjà baptisés validement, même lorsqu'ils viennent d'une communauté hérétique ou schismatique. Contre saint Cyprien de Carthage, Firmilien de Césarée et plusieurs synodes d'Afrique et d'Asie Mineure, il défend la tradition romaine : on reçoit ces convertis par la pénitence et l'imposition des mains, non par un second baptême.[3][4]
La controverse est dure, parfois violente dans les mots. Cyprien accuse Étienne de favoriser les hérétiques ; Firmilien l'attaque avec une âpreté qui choque même les éditeurs anciens.[5][6] Mais l'histoire doctrinale a donné raison au principe défendu par Rome : un baptême administré avec l'eau, la forme trinitaire et l'intention de faire ce que fait l'Église n'est pas répété. Le concile de Trente formulera solennellement cette doctrine contre ceux qui nient la validité du baptême conféré par des hérétiques dans la forme trinitaire.[7]
« Si quelqu'un vient à vous de quelque hérésie que ce soit, qu'on n'innove rien par rapport à ce qui a été transmis : qu'on lui impose les mains pour la pénitence. » — Réponse d'Étienne I, citée par saint Cyprien dans la lettre à Pompeius[8]
Pourquoi Étienne I compte-t-il ?
Le pape d'une doctrine sacramentelle décisive
La crise baptismale du IIIe siècle ne porte pas sur un détail administratif. Elle touche la question suivante : qui agit dans un sacrement ? Si la validité du baptême dépend d'abord de la sainteté ou de la pleine catholicité visible du ministre, alors le fidèle ne peut jamais être sûr d'avoir reçu le sacrement. Si elle dépend du Christ qui agit par le signe sacramentel reçu de l'Église, alors le péché du ministre, ou même son appartenance schismatique, ne détruit pas mécaniquement le baptême lorsque la forme essentielle est gardée.
Cyprien voit surtout l'unicité de l'Église : hors de la communion catholique, dit-il, on ne peut donner ce qu'on ne possède pas. Étienne voit surtout l'unicité du baptême : si le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit a été invoqué dans un vrai baptême, l'Église ne recommence pas ce que le Christ a déjà donné.[9][10]
Cette distinction deviendra capitale contre le donatisme. Saint Augustin reprendra le dossier de Cyprien avec respect pour son martyre, mais il défendra la ligne romaine : le baptême appartient au Christ, non au ministre.[11]
Le pape face à Cyprien de Carthage
Saint Cyprien est l'un des plus grands évêques du IIIe siècle : martyr, docteur de l'unité ecclésiale, adversaire du rigorisme novatien, défenseur de la pénitence. L'article ne doit donc pas le transformer en adversaire médiocre. Sa position naît d'une ecclésiologie forte : l'Église est une, le baptême est un, l'Esprit Saint n'est pas distribué par ceux qui sont séparés de l'Église.[12]
Mais Cyprien applique cette vérité d'une manière que l'Église ne retiendra pas. Pour lui, les novatiens, les marcionites et les autres groupes séparés doivent être baptisés en entrant dans l'Église catholique. Pour Étienne, cette pratique ajoute une nouveauté dangereuse à la tradition reçue.[13]
L'intérêt de la controverse est précisément là : deux saints évêques peuvent défendre une vérité catholique réelle, mais l'un voit plus clairement le principe sacramentel qui devra gouverner la discipline universelle.
Un témoignage précoce de la primauté romaine
Étienne ne donne pas seulement un avis local. Eusèbe rapporte qu'il menace de rompre la communion avec plusieurs évêques d'Orient qui rebaptisent les hérétiques : Helenus de Tarse, Firmilien de Cappadoce, les Églises de Cilicie, de Cappadoce, de Galatie et des régions voisines.[14]
Firmilien, hostile à Étienne, confirme paradoxalement la portée de cette prétention romaine. Il reproche au pape de se glorifier de son siège et de revendiquer la succession de Pierre pour défendre sa décision.[15] Cette accusation venue d'un adversaire est historiquement précieuse : même ceux qui refusent la décision romaine comprennent qu'Étienne parle depuis une chaire qui prétend à une responsabilité plus large que son diocèse.
« Étienne se glorifie du lieu de son épiscopat et soutient qu'il possède la succession de Pierre, sur qui les fondements de l'Église ont été posés. » — Firmilien de Césarée, lettre à Cyprien, contre Étienne[16]
Les sources anciennes
Tableau des témoins principaux
Les numéros de lettres ci-dessous suivent la numérotation de la traduction Wallis (Ante-Nicene Fathers, vol. 5, reprise par New Advent) : lettre 66 à Étienne sur Marcien d'Arles, lettre 67 au clergé et au peuple d'Espagne sur Basilide et Martial. L'édition critique Hartel (Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, vol. 3), suivie par la Catholic Encyclopedia et une grande partie de la littérature savante, numérote différemment : la lettre sur Marcien y est citée comme l'Ep. 68 — la notice Étienne de la CE renvoie pour cette affaire à « Epp. lxix, lxviii », et sa notice Cyprien précise que « Ep. lxviii was written to Stephen before the breach » au sujet de Marcianus : c'est la même lettre que notre n° 66 ANF. De même, la lettre à Pompeius (ANF 73) est l'Ep. 74 chez Hartel, celle de Firmilien (ANF 74) l'Ep. 75. Il n'y a donc aucune contradiction avec les citations courantes du type « ep. 73,9 » pour la lettre à Pompeius : elles suivent la numérotation ANF / New Advent (lettre 73, § 9, où se lit « custom without truth is the antiquity of error »), soit Hartel Ep. 74, § 9.
| Source | Date approximative | Ce qu'elle apporte | Prudence requise |
|---|---|---|---|
| Saint Cyprien, lettre 66 à Étienne | 254 | Marcien d'Arles passé au novatianisme : demande au pape de le faire remplacer | Sollicite l'intervention de Rome, avant la rupture sur le baptême |
| Saint Cyprien, lettre 67 au clergé et au peuple d'Espagne | 254 | Basilide et Martial, évêques lapsi : soutien aux remplaçants élus localement | Étienne excusé par la distance, trompé par Basilide |
| Saint Cyprien, lettre 73 à Pompeius | 254-256 | Transmet puis réfute la réponse d'Étienne : ne rien innover, imposer les mains pour la pénitence | Source de première main, mais polémique contre Étienne |
| Firmilien de Césarée, lettre 74 à Cyprien | 256 | Réaction orientale violente, revendication pétrinienne attribuée à Étienne (§ 17) | Source hostile, précieuse par ce qu'elle concède malgré elle |
| Saint Cyprien, lettre 75 à Magnus | 254-256 | Baptême des novatiens et des baptêmes de malades : même refus du baptême hors de l'Église | Complète le dossier africain, même ligne que la lettre 73 |
| Eusèbe, Histoire ecclésiastique VII, 2-5 | début IVe siècle | Succession Lucius-Étienne-Sixte, résumé de la controverse, rôle de Dionysius d'Alexandrie | Synthèse brève, dépendante de lettres antérieures |
| Dionysius d'Alexandrie, lettres conservées par Eusèbe | vers 256-258 | Médiation entre Rome, Afrique et Orient, réception sans rebaptême dans certains cas | Fragments seulement |
| Liber Pontificalis | VIe siècle dans sa forme ancienne | Origine romaine, père Jovius/Iobius, tradition du martyre, sépulture à Calliste, règle sur les vêtements sacrés | Matériau tardif, avec interpolation manifeste sur le martyre |
| Liste officielle du Saint-Siège | contemporain | Chronologie officielle 12.III.254 - 2.VIII.257, origine romaine (variante 12 mai 254 dans la littérature) | Synthèse, non source antique |
| Catholic Encyclopedia | 1912 | Index critique des dossiers : baptême, Marcien, évêques espagnols, martyre douteux | Source secondaire utile, à ne pas citer comme autorité principale |
Le noyau historiquement solide est donc constitué par les lettres de Cyprien et Firmilien, le résumé d'Eusèbe et la tradition romaine ancienne. La légende d'un Étienne décapité sur sa chaire pontificale appartient à la réception hagiographique ; elle ne possède pas la même valeur documentaire que la controverse baptismale.[17][18]
Eusèbe : une crise de tradition
Eusèbe situe l'affaire immédiatement après la succession Lucius-Étienne. Il écrit que la coutume ancienne recevait les convertis de l'hérésie par l'imposition des mains avec prières, tandis que Cyprien et ses évêques soutenaient qu'il fallait les purifier par un nouveau baptême.[19][20]
La phrase décisive d'Eusèbe résume la position d'Étienne : il juge inutile d'introduire une innovation contraire à la tradition tenue depuis l'origine. Il ne présente donc pas Étienne comme un inventeur latin, mais comme le défenseur d'une règle reçue.[21]
« Étienne, jugeant qu'il ne fallait introduire aucune innovation contraire à la tradition tenue depuis le commencement, s'en indigna fortement. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 3[22]
Cyprien : l'objection africaine
Cyprien écrit à Pompeius pour lui transmettre la réponse d'Étienne et la réfuter. Le passage est précieux parce qu'il conserve, dans une lettre hostile, la formule romaine : ne rien innover, imposer les mains pour la pénitence.[23]
Pour Cyprien, cette réponse est inacceptable. Il considère que l'hérétique ne peut pas donner la rémission des péchés, que le nom du Christ ne suffit pas si la vérité du Christ est absente, et que l'Église ne doit pas reconnaître une ablution venue d'un groupe séparé.[24][25]
Son argument se comprend mieux dans le contexte novatien. Novatien a créé à Rome une communion schismatique rigoriste ; pour Cyprien, recevoir sans baptême un novatien paraît valider une pseudo-Église et un pseudo-autel. Étienne distingue autrement : le schisme doit être condamné, mais le baptême trinitaire n'est pas annulé pour autant.
Firmilien : une réaction orientale violente
Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce, écrit à Cyprien contre Étienne. Sa lettre est plus acerbe encore que celle de Cyprien. Il accuse Étienne d'audace, de dureté et de rupture de charité ; il le blâme d'avoir refusé la communion à plusieurs Églises orientales qui pratiquaient le rebaptême.[26][27]
La lettre est importante pour deux raisons. D'abord, elle montre que la pratique du rebaptême n'est pas limitée à Carthage : elle existe aussi en Cappadoce, Cilicie, Galatie et dans des synodes antérieurs d'Iconium et de Synnada.[28] Ensuite, elle témoigne de la revendication romaine : Firmilien reproche précisément à Étienne d'invoquer la succession de Pierre.[29]
Un adversaire ne prouve pas que la décision romaine a été reçue immédiatement. Il prouve qu'elle a été perçue comme une décision à portée universelle.
La controverse sur le baptême des hérétiques
Le problème exact
Le terme « baptême des hérétiques » peut tromper. Il ne s'agit pas de savoir si l'hérésie est bonne, ni si les communautés séparées sont équivalentes à l'Église catholique. Les deux camps refusent l'hérésie. Le désaccord porte sur le sacrement reçu par une personne dans une communauté séparée, lorsqu'elle demande ensuite à entrer dans l'Église catholique.
La question pratique est très concrète : faut-il la baptiser, comme si elle ne l'avait jamais été, ou l'accueillir par l'imposition des mains et la pénitence, en reconnaissant que son premier baptême était déjà le baptême chrétien ?
| Question | Position de Cyprien et de plusieurs synodes africains/orientaux | Position d'Étienne I |
|---|---|---|
| Une communauté hérétique peut-elle être appelée Église ? | Non, elle est hors de l'unité | Non, mais cela ne suffit pas à annuler tout baptême |
| Le ministre séparé possède-t-il l'Esprit comme l'Église ? | Non, donc il ne peut transmettre la grâce baptismale | Le sacrement appartient au Christ ; la forme reçue compte objectivement |
| Que faire au converti déjà baptisé chez les hérétiques ? | Le baptiser dans l'Église catholique | Lui imposer les mains pour la pénitence, sans rebaptême |
| Risque principal dénoncé | Valider l'hérésie et ses faux autels | Répéter l'unique baptême et introduire une nouveauté |
| Issue doctrinale ultérieure | Position non retenue comme norme universelle | Principe confirmé par la tradition latine et Trente |
La force apparente de Cyprien
La position de Cyprien a une force spirituelle réelle. Il refuse de banaliser la séparation. Pour lui, l'unité visible n'est pas un accessoire : celui qui quitte l'Église quitte la source de la charité. Dans la lettre à Magnus, il insiste que les novatiens sont hors de la paix et de l'amour du Christ.[30]
Cette rigueur évite un contresens moderne : Étienne ne défend pas une indifférence œcuménique avant l'heure. Personne dans ce dossier ne pense que l'hérésie serait une simple variante légitime. La question porte sur la validité d'un signe sacramentel déjà posé, non sur la légitimité de la communauté qui l'a posé.
La justesse sacramentelle d'Étienne
Étienne tient un principe qui deviendra classique : le baptême ne se répète pas. La formule citée par Cyprien, « qu'on n'innove rien », ne signifie pas une paresse disciplinaire ; elle signifie que Rome reçoit comme tradition ancienne l'accueil sans rebaptême de ceux qui ont déjà reçu le baptême chrétien.[31][32]
La Catholic Encyclopedia résume le développement doctrinal : ni Cyprien ni Firmilien ne pouvaient montrer que le rebaptême était plus ancien que leur propre siècle, tandis que la règle romaine s'imposera comme la loi de l'Église.[33]
Le point sera clarifié contre les donatistes. Un sacrement valide peut être reçu hors de la pleine communion visible ; il ne porte pas tous ses fruits tant que la personne demeure séparée, mais l'Église ne le refait pas comme s'il n'avait jamais existé.
« Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. » — Saint Paul, Éphésiens 4, 5[34]
De la crise du IIIe siècle au concile de Trente
Le concile de Trente, session VII, décret sur le baptême (3 mars 1547), canon 4 (DS 1617), tranche au mot près : « Si quelqu'un dit que le baptême, même donné par des hérétiques au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, avec l'intention de faire ce que fait l'Église, n'est pas un vrai baptême : qu'il soit anathème. »[35]
Cette définition ne transforme pas Étienne en auteur complet de la théologie sacramentaire postérieure. Elle montre plutôt que sa décision disciplinaire contenait déjà le principe juste : l'Église juge la validité du sacrement selon ce que le Christ a institué, non selon la pureté subjective du ministre ou le statut canonique parfait de la communauté.
Les autres dossiers du pontificat
Marcien d'Arles et le novatianisme en Gaule
Au début du pontificat, Faustinus de Lyon et d'autres évêques de Gaule pressent Étienne d'agir contre Marcien d'Arles, évêque passé au novatianisme. Marcien refuse la communion aux lapsi repentants (les chrétiens tombés sous la persécution qui demandent la réconciliation) et prolonge en Gaule la ligne dure de Novatien.[36]
Cyprien écrit alors à Étienne pour lui demander d'envoyer une lettre aux évêques de Gaule et au peuple d'Arles : Marcien doit être tenu pour excommunié et un autre évêque doit être établi à sa place.[37]
« Que des lettres soient adressées par toi à la province et au peuple d'Arles : Marcien étant excommunié, qu'un autre soit mis à sa place. » — Saint Cyprien, lettre à Étienne sur Marcien d'Arles[38]
Cette lettre est remarquable. Cyprien, qui s'opposera durement à Étienne sur le baptême, demande ici au pape d'intervenir dans une crise épiscopale gauloise. La primauté romaine n'est pas une invention abstraite surgie dans la controverse baptismale : même un évêque africain jaloux de la collégialité sait que Rome peut aider à résoudre un désordre grave en Gaule.
Basilide, Martial et les évêques espagnols lapsi (tombés sous la persécution)
Un second dossier concerne Basilide et Martial, évêques espagnols accusés d'avoir obtenu des certificats d'idolâtrie pendant la persécution. Ils sont remplacés localement, puis Basilide se rend à Rome et trompe Étienne, que Cyprien dit placé loin des faits et ignorant la vérité du dossier.[39]
Cyprien et un synode africain soutiennent les peuples espagnols qui ont choisi Sabinus et Felix à la place des évêques compromis. La lettre est dure pour Basilide ; elle l'est moins pour Étienne, que Cyprien excuse en partie par la distance et la mauvaise information.[40]
Ce dossier montre une limite concrète de la communication antique. Rome peut être saisie comme instance de recours ; elle peut aussi être trompée par un appelant qui présente son cas de manière biaisée. La primauté n'abolit pas le besoin d'enquête locale.
La charité envers la Syrie et l'Arabie
Eusèbe cite une lettre de paix de Dionysius d'Alexandrie, écrite dans le cadre de sa correspondance avec Étienne sur le baptême, qui mentionne la Syrie et l'Arabie « auxquelles vous envoyez du secours en cas de besoin ».[41] La Catholic Encyclopedia rattache explicitement ce geste à Étienne, soucieux de garder la tradition charitable de ses prédécesseurs comme celle de la foi.[42]
Ce détail est discret, mais il est spirituellement important. Le même pape qui défend une règle sacramentelle et intervient dans des crises disciplinaires appartient à une Église de Rome qui aide matériellement d'autres provinces. La catholicité n'est pas seulement une juridiction ; elle est aussi une circulation de charité.
Mort, sépulture et mémoire liturgique
La date du 2 août 257
La liste officielle du Saint-Siège donne le 2 août 257 comme fin du pontificat.[43] Le Liber Pontificalis place aussi sa sépulture dans le cimetière de Calliste, sur la Via Appia, le 2 août.[44] La date est ancienne : la Depositio episcoporum (Chronographie de 354) inscrit déjà « IIII non. Augustas Stephani, in Callisti » — le 2 août, au cimetière de Calliste.[45] En revanche, Étienne I ne figure plus au calendrier romain général en vigueur (au 2 août : Eusèbe de Verceil et Pierre-Julien Eymard ; fête d'Étienne retirée lors de la réforme de 1969)[46] : il n'a donc plus de mémoire universelle au calendrier, mais le Martyrologe romain révisé (2004) le commémore toujours au 2 août (n° 4 : à Rome, au cimetière de Calliste, saint Étienne I, pape).[47]
Le contexte est celui de l'empereur Valérien, dont la persécution reprend en août 257 (premier édit, visant le clergé et les assemblées chrétiennes), le mois même où meurt Étienne. Son successeur, Sixte II, sera exécuté l'année suivante, le 6 août 258, avec plusieurs diacres romains, dont saint Laurent quelques jours plus tard.[48]
Le martyre : tradition honorée, preuve discutée
Le Liber Pontificalis dit qu'Étienne fut couronné du martyre et rapporte un récit développé : prison, synode, transmission des biens à l'archidiacre Sixte, puis décapitation.[49] Mais l'édition de Loomis signale que ce paragraphe n'apparaît que dans un manuscrit composite du VIIe siècle et qu'il s'agit manifestement d'une interpolation ; les listes anciennes nomment Étienne simplement comme évêque, non comme martyr.[50]
Il faut donc écrire avec piété et prudence : l'Église honore saint Étienne I comme pape saint, et la tradition hagiographique l'a souvent appelé martyr ; les circonstances historiques précises de son martyre ne sont pas établies par les sources les plus anciennes.
La sépulture à Calliste
La sépulture au cimetière de Calliste, sur la Via Appia, est plus sobrement attestée par le Liber Pontificalis (inhumation le 2 août).[51] Cela situe Étienne dans la grande mémoire funéraire des papes du IIIe siècle, près de Corneille, Lucius, Sixte II et d'autres évêques romains. Plus tard, le pape Paul I (757-767) plaça ses reliques, avec celles de saint Sylvestre, dans l'oratoire de San Silvestro in Capite, église construite pour recevoir les ossements des catacombes menacées par les Lombards.[52]
Héritage doctrinal et spirituel
L'autorité au service de ce qui ne se répète pas
Étienne n'est pas célèbre pour un long traité, mais pour une phrase transmise par son adversaire : ne rien innover, imposer les mains. Cette brièveté porte une théologie profonde. Il y a des gestes que l'Église peut refaire : bénir, absoudre, nourrir, instruire. Mais il y a un acte qui marque une entrée définitive : le baptême.
La décision d'Étienne protège les fidèles. Elle empêche que leur appartenance au Christ dépende d'une enquête sans fin sur le ministre qui les a baptisés. Elle rappelle que le Christ est plus grand que les indignités humaines et que l'Église, en guérissant les ruptures, ne nie pas les dons sacramentels déjà reçus.
Un pape énergique, pas un administrateur froid
Les sources hostiles donnent l'image d'un pape ferme, parfois abrupt. Eusèbe parle de son indignation ; Firmilien l'accuse de dureté ; Cyprien le combat frontalement.[53][54][55]
Mais cette énergie n'est pas forcément un défaut. Le IIIe siècle n'est pas une époque paisible : persécutions, schismes, faux évêques, certificats d'idolâtrie, Églises blessées, hérétiques revendiquant des baptêmes. Dans un tel contexte, un pape peut se tromper sur un cas concret, comme le dossier espagnol le suggère, tout en tenir avec force un principe dont l'Église aura besoin pour des siècles.
La leçon pour l'unité catholique
Le pontificat d'Étienne enseigne une unité qui n'est ni mollesse ni brutalité. Face à Marcien d'Arles, il faut refuser le rigorisme qui ferme la porte aux pénitents. Face aux évêques lapsi, il faut refuser de rétablir sans enquête des pasteurs compromis. Face au rebaptême, il faut refuser de répéter l'unique baptême chrétien.[56][57][58]
Cette unité demande du discernement. Elle sait que l'Église est une, que la communion visible compte, que l'hérésie blesse, mais aussi que le Christ reste l'auteur des sacrements. Étienne I demeure ainsi l'un des papes antiques les plus importants pour comprendre le rapport entre primauté romaine, tradition sacramentelle et patience envers les fidèles qui reviennent.
Pour aller plus loin
- Pape saint Corneille (251-253) — prédécesseur indirect d'Étienne, pape de la crise des lapsi et du schisme de Novatien.
- Pape saint Lucius I — prédécesseur immédiat d'Étienne, témoin de la continuité après Corneille.
- Pape saint Sixte II — successeur d'Étienne, martyr de la persécution de Valérien.
- Saint Cyprien de Carthage — interlocuteur et adversaire d'Étienne dans la controverse baptismale.
- Le baptême des bébés — pour replacer la doctrine baptismale dans la tradition apostolique.
- Les hérésies des premiers siècles — contexte novatien, marcionite et schismatique.
Notes et références
Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, entrée « Stephen I » : 23e pape, début du pontificat 12.III.254, fin 2.VIII.257, origine Rome. Page consultée le 4 octobre 2026 : la liste affiche bien « 12.III.254 ». Variante : Horace Mann (Catholic Encyclopedia, voir note suivante) écrit « Although there is some doubt as to the dates connected with the pontificate of Stephen, it is generally believed that he was consecrated 12 May, 254 » ; EWTN, Britannica et les listes anglophones retiennent aussi le 12 mai 254. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father.html.
1 43Horace Mann, « Pope St. Stephen I », The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912 ; notice sur l'origine romaine, les dates 254-257, Lucius, Marcien d'Arles, Basilide et Martial, la controverse baptismale, le secours aux provinces de Syrie et d'Arabie, le martyre douteux et la sépulture à Calliste. URL : https://www.newadvent.org/cathen/14288a.htm.
2 18 42Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 2, trad. Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1, Christian Literature Publishing, 1890 ; succession Lucius-Étienne et coutume ancienne de recevoir les convertis de l'hérésie par l'imposition des mains avec prières. URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
3 19 32Saint Cyprien de Carthage, Epistula 73 dans la numérotation New Advent / ANF, « To Pompey, Against the Epistle of Stephen About the Baptism of Heretics », trad. Robert Ernest Wallis, in Ante-Nicene Fathers, vol. 5, Christian Literature Publishing, Buffalo, 1886 ; § 1 cite puis réfute la réponse d'Étienne. Latin (Migne, Patrologia Latina 3, col. 1129 ; Hartel, CSEL 3, Ep. 74, § 1) : « Si quis ergo a quacumque haeresi venerit ad vos, nihil innovetur nisi quod traditum est, ut manus illi imponatur in poenitentiam, cum ipsi haeretici proprie alterutrum ad se venientes non baptizent, sed communicent tantum. » La traduction française citée dans le corps (« qu'on n'innove rien... qu'on lui impose les mains pour la pénitence ») en est la version fidèle, tronquée avant la dernière proposition. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050673.htm.
4 5 8 9 23 24 31 55 58Firmilien de Césarée, lettre à Cyprien, conservée dans la correspondance de Cyprien comme Epistula 74 dans la numérotation New Advent / ANF, trad. Robert Ernest Wallis, Ante-Nicene Fathers, vol. 5, 1886 ; réaction très acerbe contre la lettre d'Étienne, mention des évêques orientaux concernés et défense du rebaptême. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050674.htm.
6 26 54Concile de Trente, session VII, canons sur le baptême, canon 4, 3 mars 1547 : anathème contre ceux qui nient que le baptême conféré par des hérétiques au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, avec l'intention de faire ce que fait l'Église, soit un vrai baptême. Éd. Norman P. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, Georgetown University Press, Washington, 1990, vol. 2, p. 685 ; Denzinger-Hünermann 1617.
7 35J. P. Arendzen, « Baptism », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, New York, 1907 ; section sur le baptême conféré par des hérétiques, mention de la position d'Étienne, de Cyprien et de Firmilien, et de la réception ultérieure de la règle romaine. URL : https://www.newadvent.org/cathen/02258b.htm.
10 33Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas, trad. J. R. King, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série I, vol. 4, Christian Literature Publishing, Buffalo, 1887 ; relecture respectueuse de Cyprien contre l'usage donatiste, défense de la validité du baptême du Christ même chez les séparés. Lieux exacts : V,15,19 (« because he did not baptize with his own baptism, and though he did not possess the right of baptizing, yet that which he gave is Christ's, and he who received it is Christ's ») et VI,10,15, contre Polycarpe d'Adrumète (« if that is the baptism of heretics which is given by heretics, then that is the baptism of the covetous and murderers which is given by them within the Church. But if this be not their baptism, neither is the other the baptism of heretics; and so it is Christ's, by whomsoever it be given »). La formule du corps (« le baptême appartient au Christ, non au ministre ») en est la paraphrase fidèle. URL : https://www.newadvent.org/fathers/1408.htm.
11Saint Cyprien de Carthage, Epistula 75 dans la numérotation New Advent / ANF, lettre à Magnus sur le baptême des novatiens et le baptême des cliniques, trad. Robert Ernest Wallis, Ante-Nicene Fathers, vol. 5, 1886 ; §§ 1-3 : les novatiens et schismatiques sont hors de la paix et de l'amour du Christ, et Cyprien défend leur baptême dans l'Église. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050675.htm.
12 25 30Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 3 ; Cyprien et les évêques africains soutiennent le rebaptême, tandis qu'Étienne refuse d'introduire une innovation contraire à la tradition tenue depuis l'origine. URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
13 20 21 22 53Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 4-5, trad. Arthur Cushman McGiffert, Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1, 1890 : après sa correspondance avec Étienne sur le baptême, Dionysius écrit une lettre de paix (« Sachez donc, mes frères... ») nommant les Églises réconciliées et mentionnant « toute la Syrie, et l'Arabie auxquelles vous envoyez du secours en cas de besoin » ; VII, 5, §§ 3-4 : après la mort d'Étienne, seconde lettre sur le baptême adressée à Sixte II, rapportant qu'Étienne avait refusé la communion à Helenus, Firmilien, la Cilicie, la Cappadoce, la Galatie et les régions voisines à cause du rebaptême. Texte vérifié le 4 octobre 2026. URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
14 27 28 41Firmilien de Césarée, lettre à Cyprien, Epistula 74, § 17 dans la tradition ANF / New Advent (Hartel, CSEL 3, Ep. 75, § 17) ; reproche à Étienne de se glorifier du lieu de son épiscopat et de revendiquer la succession de Pierre. Latin (extrait) : « qui sic de episcopatus sui loco gloriatur et se successionem Petri tenere contendit, super quem fundamenta Ecclesiae collocata sunt ». La traduction française citée dans le corps en est la version fidèle. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050674.htm.
15 16 29Liber Pontificalis, notice « Stephen I », trad. Louise Ropes Loomis, The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 29-30 ; origine romaine, père Iobius/Jovius, durée, tradition du martyre, règle sur les vêtements consacrés, ordinations, sépulture au cimetière de Calliste le 2 août. L'édition note que le récit développé du martyre est une interpolation du VIIe siècle et que les listes anciennes mentionnent Étienne simplement comme évêque, non comme martyr. Texte vérifié le 4 octobre 2026 sur l'édition numérisée (Internet Archive). PDF : https://archive.org/download/cu31924006163897/cu31924006163897.pdf.
17 44 49 50 51Saint Paul, Éphésiens 4, 5, texte AELF : « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ».
34Saint Cyprien de Carthage, Epistula 66 dans la numérotation New Advent / ANF (= Ep. 68 dans la numérotation suivie par la Catholic Encyclopedia, qui cite « Ep. lxviii » pour cette affaire), lettre à Étienne sur Marcien d'Arles, trad. Robert Ernest Wallis, Ante-Nicene Fathers, vol. 5, 1886 ; demande au pape d'écrire aux évêques de Gaule et au peuple d'Arles pour que Marcien, novatien, soit remplacé. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050666.htm.
36 37 38 56Saint Cyprien de Carthage et synode africain, Epistula 67 dans la numérotation New Advent / ANF, lettre au clergé et au peuple d'Espagne sur Basilide et Martial, trad. Robert Ernest Wallis, Ante-Nicene Fathers, vol. 5, 1886 ; §§ 1-6, évêques lapsi, appel de Basilide à Rome, Étienne trompé par la distance et l'ignorance des faits. URL : https://www.newadvent.org/fathers/050667.htm.
39 40 57Depositio episcoporum (Chronographie de 354) : « IIII non. Augustas Stephani, in Callisti » — le 2 août, sépulture au cimetière de Calliste ; liste ancienne des sépultures des évêques de Rome (255-352) avec jour et lieu. Base Cult of Saints in Late Antiquity (Oxford), notice E01051 : « The Depositio Episcoporum, a list of the burials of the bishops of Rome deceased between 255 and 352 ». Texte vérifié le 4 octobre 2026. URL : http://csla.history.ox.ac.uk/record.php?recid=E01051.
45Statut liturgique actuel — calendrier général vs martyrologe : réforme de 1969 (Paul VI, motu proprio Mysterii Paschalis, 14 février 1969 ; Calendarium Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum, Typis Polyglottis Vaticanis, 1969) : au calendrier romain général en vigueur, le 2 août porte Eusèbe de Verceil et Pierre-Julien Eymard, sans Étienne I (retrait confirmé par les répertoires : « The revision of the calendar in 1969 removed the mention of Stephen I from the General Roman Calendar »). En revanche, le Martyrologium Romanum révisé (éd. latine 2001, réimpr. 2004 ; trad. anglaise lue intégralement le 4 octobre 2026, entrée du 2 août, n° 4) commémore bien : « At Rome in the cemetery of Callistus, Saint Stephen I, pope, who, lest the baptismal union of Christians with Christ — which must be effected only once — be obscured, prohibited heretics who were seeking full communion with the Church from being baptized again. » Étienne I n'a donc plus de mémoire universelle au calendrier, mais il demeure au martyrologe. URLs : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Stephen_I et http://boston-catholic-journal.com/2004-roman-martyrology-complete-in-english/roman-martyrology-2004-in-english-complete-august.htm.
46 47Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 10-11 ; persécution de Valérien et martyre de Sixte II avec des diacres romains. Le premier édit de Valérien date d'août 257 (ordre au clergé de sacrifier aux dieux de l'État ; peine capitale seulement à partir de 258). URL : https://www.newadvent.org/fathers/250107.htm.
48Translation des reliques par Paul I : « Pope Paul I completed a monastery […] Paul I dedicated the monastery to the two popes Saints Stephen (254-257) and Silvester (314-335) and placed their relics in an oratory on the upper floor » ; l'église fut décidée en 761 « specifically to receive bones from the catacombs, which were being plundered and destroyed by the Lombard marauders ». Documentation San Silvestro in Capite, d'après les tablettes de l'église et le Liber Pontificalis (Vie de Paul I). URL : http://www.churches-of-rome.info/CoR_Info/SSiC-054/SSiC054.pdf.
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