Le donatisme est le grand schisme de l'Afrique chrétienne du IVe siècle : pendant cent ans, de 311 à 411, une Église parallèle, qui se dit l'Église des martyrs et des Purs, dispute à l'Église catholique ses basiliques, ses fidèles et jusqu'au nom de Carthage. Son point de départ est une question en apparence technique — l'évêque Cécilien a-t-il été validement consacré, alors que son consécrateur est accusé d'avoir livré les Écritures pendant la persécution ? — mais la réponse engage tout : un sacrement conféré par un indigne est-il encore un sacrement ?[1]
Le scandale ne resta pas carthaginois : papes, conciles et empereurs s'en mêlèrent — Miltiade à Rome en 313, quarante à cinquante sièges représentés à Arles en 314, Constantin lui-même à Milan en 316 — sans venir à bout d'un schisme qui comptait à son apogée plus de deux cent soixante-dix évêques et des bandes armées, les circoncellions, qui faisaient régner la terreur au cri de Deo laudes. Il fallut le génie de saint Optat de Milève, puis de saint Augustin, et la grande conférence de Carthage en 411 — 286 évêques catholiques face à 279 donatistes — pour vider la querelle.[2][3]
Le paradoxe fait la valeur du dossier : en accusant l'Église de trahir la sainteté, les donatistes l'obligèrent à dire ce qu'elle croyait depuis toujours sans l'avoir formulé — que les sacrements agissent par la puissance du Christ, non par la dignité du ministre, et que l'Église est sainte sans être composée que de saints. Comprendre Donat, c'est comprendre d'avance la réponse catholique à toutes les tentations puritaines, jusqu'à aujourd'hui.
Cet article suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama des crises doctrinales, le novatianisme pour l'autre grand rigorisme — le schisme romain des Purs, un demi-siècle plus tôt, dont le donatisme est le miroir africain —, le montanisme pour le rigorisme prophétique du IIe siècle, la validité des sacrements pour l'exposé doctrinal complet, saint Augustin d'Hippone pour la vie du principal adversaire du schisme, et Constantin et la liberté de l'Église pour le cadre impérial.
Carthage, 311 : une élection qui coupe l'Afrique en deux
D'où venait la haine des traditores
Pour comprendre le donatisme, il faut remonter à la persécution de Dioclétien. Le premier édit, affiché le 24 février 303, ordonne de détruire les églises et de livrer les Livres saints pour les brûler ; le quatrième édit, en 304, impose à tous de sacrifier aux idoles sous peine de mort.[4] Ceux qui livrèrent les Écritures reçurent un nom qui allait empoisonner l'Afrique pendant un siècle : traditores, « ceux qui ont livré » — le mot désigna bientôt aussi ceux qui livrèrent les vases sacrés, et même leurs frères chrétiens.[5]
En Afrique, la persécution fut terrible jusqu'à l'abdication de Maximien en 305 : en Numidie, le gouverneur Florus se rendit infâme par sa cruauté, et saint Optat résumera plus tard que, de tous les chrétiens du pays, « les uns furent confesseurs, les autres martyrs, d'autres tombèrent, et seuls ceux qui se cachèrent échappèrent ».[6] Mais l'héroïsme côtoyait l'exaltation : un siècle après Tertullien — qui avait enseigné que fuir la persécution n'est pas permis —, certains allaient se livrer eux-mêmes aux magistrats pour mourir martyrs, avec des motifs pas toujours purs.[7] L'évêque de Carthage, Mensurius, prit la ligne de la prudence : il interdit d'honorer comme martyrs ceux qui s'étaient dénoncés d'eux-mêmes ou qui se vantaient de posséder des Écritures qu'ils ne livreraient pas — « des criminels et des débiteurs de l'État », écrit-il, qui cherchaient par ce moyen à se débarrasser d'une vie à charge, à effacer le souvenir de leurs fautes, ou au moins à profiter en prison des douceurs que la charité des chrétiens y apportait.[8] Lui-même mit les Livres saints de son église à l'abri dans sa maison et substitua des écrits hérétiques, que les agents saisirent sans en demander davantage ; prévenu de la supercherie, le proconsul refusa de faire fouiller la maison de l'évêque.[9]
Son collègue Secundus de Tigisi, primat de Numidie, lui répondit sans le blâmer, mais en louant avec une insistance appuyée les martyrs de sa province torturés et mis à mort pour avoir refusé de livrer les Écritures.
« Je suis chrétien et évêque, non un traditeur. » — Secundus de Tigisi, réponse aux agents venus perquisitionner[10]
La tension était déjà là, entre la prudence carthaginoise et la raideur numide — et elle allait exploser à la première vacance du siège de Carthage.
L'enquête de Cirta : des consécrateurs eux-mêmes compromis
On sait par le détail comment se déroulaient les perquisitions, car le procès-verbal officiel d'une enquête menée à Cirta — la future Constantine, en Numidie — a été conservé. Le 19 mai 303, le curator Munatius Felix, flamine perpétuel, se présente avec ses satellites à la maison de l'évêque : les clercs déclarent que les Écritures ne sont pas là mais entre les mains des lecteurs, et l'armoire aux livres se révèle vide ; ils refusent de donner les noms — « connus des notaires » — mais livrent l'inventaire de tout le mobilier de l'église : deux calices d'or, six d'argent, six burettes d'argent, un plat d'argent, sept lampes d'argent, deux chandeliers, onze lampes de bronze à chaînes, quatre-vingt-deux tuniques de femmes, vingt-huit voiles, et jusqu'à treize paires de bottes d'hommes.[11] Puis les maisons des lecteurs sont visitées une à une : Eugenius livre quatre volumes, Felix le mosaïste cinq, Victorinus huit, le grammairien Victor deux codex — tous des codex reliés, note l'historien, et non des rouleaux, passés de mode depuis un siècle.[12]
En 305, la persécution se relâche et quatorze évêques ou davantage peuvent se réunir à Cirta pour donner un successeur à l'évêque défunt Paul. Secundus préside en primat et, dans son zèle, entreprend d'examiner la conduite de ses collègues avant l'ordination. La scène, dont le procès-verbal nous est parvenu par saint Augustin, est stupéfiante : à Donat de Mascula — « on dit que tu as été traditor » —, puis à Marinus, à Donat de Calama (« j'ai livré des livres de médecine »), à Victor de Rusicade (« c'est le curator Valentinus qui m'a forcé à jeter les quatre Évangiles au feu ; pardonne-moi cette faute »), Secundus fait chaque fois signe de se mettre à l'écart.[13] Puis vient Purpurius de Limata, accusé d'avoir tué les deux fils de sa sœur à Milève : « Tu crois me faire peur comme aux autres ? s'emporte-t-il. Et toi, que fis-tu quand le curator voulut te faire livrer les Écritures ? Comment t'en es-tu tiré indemne, à moins d'avoir donné quelque chose ? Ils ne t'ont sûrement pas relâché pour rien ! Quant à moi, j'ai tué et je tue ceux qui sont contre moi. »[14] Un neveu de Secundus intervient alors : « Tu entends ce qu'on dit de toi ? Il est prêt à se retirer et à faire schisme, et tous ceux que tu accuses avec lui ; ils sont capables de te chasser et de te condamner, et toi seul seras alors l'hérétique. » Secundus, sans réplique contre l'accusation, se tourne vers les deux ou trois évêques restés sans reproche : « Qu'en pensez-vous ? — Ils ont Dieu à qui rendre compte. » Et tous de répondre : Deo gratias.[15]
Les donatistes postérieurs crieront au faux, mais saint Optat pouvait encore en appeler à l'âge du parchemin sur lequel ces actes étaient écrits, et les dépositions de 320 devant le consulaire Zenophilus les confirmeront ; Duchesne comme Seeck tiennent leur authenticité pour assurée.[16] Or l'ironie est cruelle : les évêques réunis procèdent à l'ordination et choisissent Silvanus — le sous-diacre qui avait aidé à la perquisition —, que le peuple de Cirta accueille aux cris de « traditor », réclamant un certain Donat ; il faudra des paysans et des gladiateurs pour hisser Silvanus sur le siège épiscopal, porté sur le dos d'un nommé Mutus.[17] Les futurs acusateurs des traditores étaient eux-mêmes des traditores — et on le leur prouvera publiquement neuf ans plus tard.
Cécilien contre Majorin : les 400 folles de Lucilla
Pendant ce temps, à Carthage, l'évêque Mensurius meurt sur le chemin du retour de Rome, où l'usurpateur Maxence l'avait convoqué : un diacre, Felix, était accusé d'un libelle contre le tyran, et Mensurius, qui l'avait caché dans sa maison, avait été acquitté mais n'avait pas survécu au voyage.[18] Avant de partir, il avait confié l'argenterie de l'église à des anciens, avec l'inventaire remis à une vieille femme, pour le prochain évêque.[19] Maxence rendant aux chrétiens la liberté, une élection peut se tenir : Cécilien, le diacre de Mensurius — celui-là même que les Actes donatistes des martyrs d'Abitène accuseront d'avoir fait garder la prison par des hommes armés de fouets et jeté aux chiens la nourriture des confesseurs, récit que Duchesne juge avec raison exagéré jusqu'à l'incroyable[20] — est choisi par tout le peuple, placé sur la chaire de Mensurius et consacré par Felix, évêque d'Aptonge (Aptungi), assisté de quelques évêques du voisinage.[21]
Les mécontents se coalisent aussitôt : les anciens détenteurs du trésor, sommés de le restituer, refusent de reconnaître le nouvel évêque, avec deux prêtres ambitieux écartés de l'élection, Botrus et Caelestius — qui avaient manœuvré pour que seuls quelques évêques assistent au sacre. Ils sont soutenus par une riche dame, Lucilla, qui garde rancune à Cécilien : diacre, il avait réprimandé son habitude de baiser l'os d'un martyr non reconnu (non vindicatus) juste avant de communier.[22] Secundus, primat le plus proche, accourt avec ses suffragants : un concile de soixante-dix évêques déclare l'ordination de Cécilien invalide, comme conférée par un traditor, et consacre un évêque rival, Majorin, qui avait été lecteur dans la diaconie de Cécilien et appartenait à la maison de Lucilla. La dame fournit 400 folles — nominalement pour les pauvres, mais tout passe dans les poches des évêques, dont un quart saisi au passage par Purpurius de Limata.[23]
Cécilien, maître de la basilique et de la cathedra de Cyprien, soutenu par le peuple, refuse de comparaître : « Si je ne suis pas proprement consacré, qu'on me traite en diacre, qu'on m'impose à nouveau les mains — et non à un autre. » À cette réponse rapportée, Purpurius s'écrie : « Qu'il vienne ici, et au lieu de lui imposer les mains, nous lui briserons la tête en guise de pénitence ! »[24] Le concile n'en écrit pas moins à toute l'Afrique : désormais, beaucoup de villes auront deux évêques, l'un en communion avec Cécilien, l'autre avec Majorin.[25] Mais à Carthage on sait que Cécilien est le choix du peuple, on ne croit pas que Felix d'Aptonge ait livré les Livres — et Rome comme l'Italie lui ont déjà donné leur communion.[26] La position de l'Église du modéré Mensurius est simple : la consécration par un traditor n'est pas invalide, ni même illicite, s'il occupe encore légitimement son siège. Celle du concile de Secundus est inverse : un traditor ne peut plus agir en évêque, et quiconque communie avec des traditores est retranché de l'Église. Les schismatiques s'appellent eux-mêmes l'Église des martyrs : tous ceux qui communient avec des pécheurs publics comme Cécilien et Felix sont nécessairement excommuniés.[27]
Pourquoi le schisme ? Les traditores et la question des sacrements
Ce que les donatistes croyaient vraiment
Il faut prendre la doctrine donatiste au sérieux : ce n'était pas une simple querelle de personnes. Trois convictions la structuraient, et chacune touchait au cœur de la foi.[28]
La première : l'Église est l'assemblée des saints, non la communion des pécheurs réconciliés. Là où le novatianisme romain, un demi-siècle plus tôt, refusait à l'Église le droit de pardonner l'idolâtrie, le donatisme africain refuse la validité des sacrements administrés par des indignes : un baptême conféré hors de l'Église des Purs n'est pas un baptême, et tout catholique qui les rejoint doit être rebaptisé.[29] S'ils s'emparent d'une basilique, ils lavent au sel le pavé foulé par un catholique, jettent l'Eucharistie, brisent ou raclent l'autel, fondent les calices.[30]
La deuxième : la sainteté du ministre conditionne la réalité du sacrement. Leurs évêques et leurs ministres, affirmaient-ils, sont sans faute — sinon leurs actes seraient invalides. C'est l'exact inverse de ce que définira l'Église : que l'effet du sacrement ne dépend pas de la dignité de celui qui le confère.[31]
La troisième : leur seule communion est l'Église universelle. Ils enseignaient que, dans tout le reste du monde, l'Église catholique avait péri pour avoir communié avec le traditor Cécilien ; leur secte seule était la vraie Église, réduite à un coin de l'Afrique.[32] On mesure le renversement : c'est la catholicité elle-même — l'universalité — qui devient le critère du vrai et du faux.
Une Église africaine déjà habituée à la raideur
Ce rigorisme ne tombait pas du ciel africain. Un siècle plus tôt, Tertullien avait déjà enseigné qu'il n'est pas permis de fuir la persécution ; le montanisme, avec lequel les novatiens de Phrygie finiront par fusionner, avait imprégné l'Afrique d'un idéal de pureté intransigeante ; et saint Cyprien lui-même, l'évêque-martyr de Carthage dont les deux partis se réclamaient, avait tenu avec une rigueur extrême sur la pénitence des lapsi — tout en maintenant que l'unité prime tout : « On ne peut avoir Dieu pour Père si l'on n'a pas l'Église pour mère. »[33] Les donatistes se voulaient les héritiers de Cyprien contre les successeurs de Cyprien : ils gardaient sa sévérité et jetaient son unité.[34]
Il y avait aussi une dimension sociale et géographique, mise en lumière par l'historien W. H. C. Frend dans The Donatist Church (Oxford, 1952) : le schisme fut surtout fort en Numidie intérieure, berbère et punisante, contre la Proconsulaire romanisée de Carthage ; les circoncellions, qui ne savaient pas le latin et ne parlaient que le punique, en sont l'illustration extrême.[35] Sans réduire la querelle à une révolte sociale — les donatistes comptaient des évêques, des lettrés, des riches —, l'historien ne peut ignorer que la carte du schisme recouvre celle d'une Afrique qui se sentait méprisée par les cités du littoral.[36]
Rome, Arles, Milan : l'Église universelle tranche
Miltiade à Rome : dix-neuf évêques contre soixante-dix (octobre 313)
Constantin, vainqueur de Maxence au pont Milvius le 28 octobre 312, se montre aussitôt chrétien dans ses actes : il écrit au proconsul Anulinus pour rendre les églises aux catholiques et exempter de charges civiles les clercs de « l'Église catholique que préside Cécilien », et il adresse à Cécilien lui-même un ordre de 3 000 folles à distribuer en Afrique, en Numidie et en Maurétanie — avec promesse de davantage si besoin.[37] Ces lettres sont conservées par Eusèbe (Histoire ecclésiastique, X, 5-7) : l'empereur sait déjà qu'il existe des « turbulents qui cherchent à corrompre l'Église », et il ordonne au proconsul et au vicaire des préfets de les réprimer — Cécilien n'aura qu'à faire appel à eux.[38]
Le parti adverse ne tarde pas : quelques jours après la publication de ces lettres, ses délégués apportent à Anulinus, avec une foule ameutée, deux liasses de pièces contre Cécilien, à transmettre à l'empereur. Saint Optat en a conservé quelques mots : Constantin est supplié d'accorder des juges venus de Gaule, où, sous le règne de son père, il n'y avait pas eu de persécution — donc pas de traditores.[39] Constantin, qui connaît trop bien la constitution de l'Église pour faire juger les primats d'Afrique par des évêques gaulois, renvoie l'affaire au pape : il ordonne à trois des principaux évêques des Gaules — Rétice d'Autun, Materne de Cologne, Marin d'Arles — de se rendre à Rome, et à Cécilien de venir avec dix évêques de ses accusateurs et dix de sa communion.[40]
Le pape saint Miltiade convoque quinze évêques italiens pour siéger avec lui. Les dix évêques donatistes sont conduits par un certain Donat, évêque de Casae Nigrae : Optat, Augustin et tous les polémistes catholiques y virent « Donat le Grand », le successeur de Majorin comme évêque schismatique de Carthage — les donatistes du temps d'Augustin s'obstinèrent à le nier, ne voulant pas admettre que leur héros eût été condamné, et les catholiques leur concédèrent en 411 l'existence d'un Donat de Casae Nigrae violemment hostile à Cécilien ; les historiens modernes suivent cette concession, tout en notant l'invraisemblance : si Majorin vivait encore, pourquoi ne fut-il pas sommé de venir à Rome ? Le plus probable est que Majorin venait de mourir et que Donat le Grand lui avait succédé juste avant le procès — ce qui explique qu'on n'entende plus jamais parler de Majorin.[41]
Les accusations anonymes et non prouvées contre Cécilien sont écartées ; les témoins venus d'Afrique reconnaissent n'avoir rien contre lui. Donat, en revanche, est convaincu par son propre aveu d'avoir rebaptisé et d'avoir imposé les mains en pénitence à des évêques — ce que le droit ecclésiastique interdit. Au troisième jour, la sentence unanime de Miltiade tombe : Cécilien est maintenu dans la communion ecclésiastique ; là où deux évêques rivaux coexistent, si des évêques donatistes rentrent dans l'Église, le plus jeune se retirera et recevra un autre siège.[42] Furieux, les donatistes opposent leurs soixante-dix évêques de Carthage aux dix-neuf de Rome et exigent un nouveau jugement. Un siècle plus tard, leurs successeurs prétendront que Miltiade était lui-même traditor — grief dont on ne trouve aucune trace à l'époque.[43]
Arles : le premier concile d'Occident (1er août 314)
Constantin s'irrite, mais il voit le parti puissant en Afrique : il convoque à Arles, pour le 1er août 314, un concile de tout l'Occident — c'est-à-dire de tous ses domaines d'alors. Miltiade est mort ; son successeur saint Sylvestre juge inconvenant de quitter Rome — exemple qu'il renouvellera pour Nicée et que ses successeurs suivront pour Sardique, Rimini et les conciles œcuméniques d'Orient. Quarante à cinquante sièges sont représentés, par leurs évêques ou des procureurs — dont Londres, York et Lincoln ; Sylvestre envoie des légats.[44] Le concile condamne les donatistes, rédige des canons et rend compte au pape dans une lettre qui subsiste : les Pères y saluent Sylvestre d'avoir bien fait de ne pas quitter le lieu « où les Apôtres siègent chaque jour pour juger » — présent, eût-il peut-être traité les hérétiques plus sévèrement.[45]
« Vous avez bien fait de ne pas quitter le lieu où les Apôtres siègent chaque jour pour juger ; présent parmi nous, vous auriez peut-être traité les hérétiques avec plus de sévérité. » — Les Pères d'Arles au pape saint Sylvestre, lettre synodale de 314[46]
Parmi les canons, deux tranchent la doctrine pour des siècles : le canon 8 condamne le rebaptême — encore pratiqué en Afrique : celui qui vient de l'hérésie à l'Église est interrogé sur le symbole, et s'il apparaît baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, on lui impose seulement les mains[47] ; le canon 13 règle le cas des traditores : ils sont exclus de la communion, mais seulement quand leur faute est prouvée par des actes publics officiels — et ceux qu'ils ont ordonnés gardent leur rang.[48] Autrement dit : la faute personnelle du ministre, même établie, n'annule pas les ordinations qu'il a conférées. Le donatisme est réfuté par avance, en droit, onze ans avant Nicée.
L'effet se fait sentir en Afrique, mais le gros du parti reste immobile : les donatistes en appellent du concile à l'empereur.
« Ô folle insolence ! Ils en appellent du ciel à la terre, de Jésus-Christ à un homme. » — Constantin, à l'annonce de l'appel des donatistes[49]
L'enquête sur Felix d'Aptonge et l'audience de Milan (315-316)
L'empereur retient les envoyés donatistes en Gaule, envisage de faire venir Cécilien, puis d'ordonner une pleine instruction en Afrique. Le cas de Felix d'Aptonge est examiné à Carthage sur son ordre, en février 315 — saint Augustin donne probablement à tort 314. Le procès-verbal, mutilé, nous est parvenu : joint par saint Optat à son dossier documentaire et constamment cité par saint Augustin, il établit que la lettre produite par les donatistes comme preuve du crime de Felix avait été interpolée par un certain Ingentius — de son propre aveu, confirmé par Alfius, le rédacteur de la lettre — et que Felix était absent d'Aptonge le jour de la perquisition.[50] L'accusation-mère du schisme s'effondre sur pièces.
Constantin convoque enfin Cécilien et ses adversaires à Rome ; Cécilien, pour une raison inconnue, ne comparaît pas. Cécilien et Donat le Grand — désormais sûrement évêque — sont appelés à Milan, où Constantin entend les deux parties avec grand soin : il déclare Cécilien innocent et excellent évêque — ainsi que le rapporte saint Augustin (Contre Cresconius, III, 71).[51] Il retient pourtant les deux hommes en Italie et envoie en Afrique deux évêques, Eunomius et Olympius, avec l'idée de mettre Donat et Cécilien de côté et de faire agréer par tous un nouvel évêque. Mais la violence des sectaires rend le plan inexécutable : à Carthage, Eunomius et Olympius déclarent que l'Église catholique est celle qui est répandue dans le monde entier et que la sentence contre les donatistes ne peut être annulée ; ils communient avec le clergé de Cécilien et rentrent en Italie.[52] Donat regagne Carthage ; Cécilien, le voyant parti, se sent libre d'en faire autant. Constantin ordonne alors de rendre aux catholiques les églises prises par les donatistes, confisque leurs autres lieux de réunion ; les convaincus — de calomnie — perdent leurs biens ; les expulsions sont exécutées par la troupe. Un vieux sermon sur la passion des « martyrs » donatistes Donatus et Advocatus décrit ces scènes, dont l'une fut un vrai massacre, avec un évêque parmi les tués — si l'on peut croire ce curieux document.[53] Les donatistes s'enorgueillirent de cette « persécution de Cécilien » soufferte par les Purs de la part de l'« Église des traditores » : le comte Léontius et le duc Ursacius en furent les objets particuliers de leur indignation.[54]
Donat le Grand et l'âge d'or du schisme
Un chef à la hauteur de sa cause
En 320 surgissent des révélations fâcheuses pour les Purs. Nundinarius, diacre de Cirta en querelle avec son évêque Silvanus — qui l'avait fait lapider, dit-il dans sa plainte aux évêques numides, assortie de menaces de tout révéler s'ils n'intervenaient pas —, porte l'affaire devant Zenophilus, consulaire de Numidie. Le procès-verbal, fragmentaire, figure dans l'appendice d'Optat sous le titre de Gesta apud Zenophilum : Nundinarius produit des lettres de Purpurius et d'autres évêques ; le procès-verbal de la perquisition de Cirta est relu ; des témoins en établissent l'exactitude, dont deux des fossoyeurs présents alors et le lecteur Victor le grammairien.[55] Il est démontré non seulement que Silvanus est un traditor, mais qu'avec Purpurius, deux prêtres et un diacre, il a volé au trésor des cuves de vinaigre entreposées dans le temple de Sérapis ; qu'il a ordonné un prêtre pour 20 folles ; et que rien de l'argent de Lucilla n'est parvenu aux pauvres auxquels il était nominalement destiné.[56] Le consulaire exile Silvanus pour vol du trésor, escroquerie et accession violente à l'épiscopat. Les donatistes préféreront dire qu'il fut banni pour avoir refusé de communier avec les « cécilianistes », et Cresconius parlera même de « persécution de Zenophilus ». Mais il aurait dû être clair pour tous que les consécrateurs de Majorin avaient traité leurs adversaires de traditores pour couvrir leurs propres forfaitures.[57]
Le parti donatiste doit son succès en grande partie à l'habileté de son chef, Donat, successeur de Majorin. Il semble avoir vraiment mérité le titre de « Grand » par son éloquence et la force de son caractère — ses écrits sont perdus. Son ascendant sur les siens était extraordinaire : saint Augustin ne cessera de dénoncer son arrogance et l'impiété d'un culte qui frisait l'adoration ; de son vivant, Donat savourait l'adulation, et après sa mort il fut compté comme martyr, avec des miracles à l'appui.[58]
En 321, Constantin relâche ses mesures de rigueur, qui n'ont pas produit la paix espérée, et prie faiblement les catholiques de supporter les donatistes avec patience. Ce n'était pas facile : à Cirta, Silvanus revenu, les schismatiques s'emparent de la basilique que l'empereur avait bâtie pour les catholiques et refusent de la rendre — Constantin ne trouve rien de mieux que d'en bâtir une autre.[59] Dans toute l'Afrique, et surtout en Numidie, ils sont nombreux. Ils enseignent que l'Église catholique a péri dans le monde entier pour avoir communié avec le traditor Cécilien ; si un catholique entre dans leurs églises, on le chasse et on lave au sel le pavé où il s'est tenu ; tout catholique qui les rejoint est rebaptisé de force ; leurs évêques et ministres, affirment-ils, sont sans faute — mais on les convainc en fait d'ivrognerie et d'autres péchés.[60] Saint Augustin rapporte, sur l'autorité du donatiste Tyconius lui-même, que les donatistes tinrent un concile de 270 évêques qui discuta soixante-quinze jours la question du rebaptême — pour décider finalement que, lorsque des traditores refuseraient d'être rebaptisés, on communierait avec eux malgré tout ; et les évêques donatistes de Maurétanie ne rebaptisèrent pas les traditores jusqu'au temps de Macaire.[61] La pureté affichée s'accommodait déjà d'exceptions.
Hors d'Afrique, les donatistes ont un évêque dans la propriété d'un adhérent en Espagne, et dès les débuts du schisme ils se donnent un évêque pour leur petite congrégation de Rome — qui se réunit, semble-t-il, sur une colline hors de la ville, d'où leur nom de Montenses. Cette succession antipapale « avec un commencement » fut souvent raillée par les écrivains catholiques : la série compte Felix, Boniface, Encolpius, Macrobius (vers 370), Lucien, Claudien (vers 378), puis à nouveau Felix en 411.[62] Pendant ce temps, Cécilien siège au concile de Nicée en 325, et son successeur Gratus à celui de Sardique en 342 — où le conciliabule des Orientaux écrit à Donat comme au vrai évêque de Carthage ; mais les ariens n'obtiennent pas l'appui des donatistes, qui tiennent tout l'Orient pour retranché de l'Église, survivant en Afrique seule.[63]
Les circoncellions : la violence au nom des martyrs
Qui étaient les « soldats du Christ » ?
La date de la première apparition des circoncellions est incertaine, mais ils commencent probablement avant la mort de Constantin. C'étaient pour la plupart des enthousiastes rustiques, qui ne savaient pas le latin et ne parlaient que le punique — on a suggéré qu'ils pouvaient être de sang berbère. Ils rejoignirent les rangs des donatistes, qui les appelaient agonistici, « combattants », et « soldats du Christ » — mais c'étaient en fait des brigands.[64] On en rencontrait des troupes dans toute l'Afrique, sans occupation régulière, courant armés comme des fous. Ils n'usaient pas d'épées — au motif que saint Pierre avait reçu l'ordre de remettre son épée au fourreau — mais commettaient continuellement des violences à coups de bâtons, qu'ils appelaient « Israélites » : ils rouaient leurs victimes sans les tuer, et les laissaient pour mortes.[65] Au temps de saint Augustin, ils prirent épées et armes de toutes sortes ; ils couraient accompagnés de femmes non mariées, jouaient et buvaient. Leur cri de guerre était Deo laudes — là où les catholiques répondaient Deo gratias — et il n'y avait pas de brigands plus redoutables à rencontrer.[66]
Le martyre recherché comme une fête
Ils recherchaient fréquemment la mort, comptant le suicide pour martyre. Ils affectionnaient particulièrement de se jeter du haut des précipices ; plus rarement ils se jetaient à l'eau ou au feu. Même des femmes gagnaient la contagion, et celles qui avaient péché se précipitaient des falaises pour expier leur faute.[67] Parfois les circoncellions cherchaient la mort par les mains d'autrui : soit en payant des hommes pour les tuer, soit en menaçant de tuer un passant s'il refusait de les tuer, soit en provoquant par leurs violences les magistrats à les faire exécuter. Tant que le paganisme florissait encore, ils accouraient en foules immenses à tout grand sacrifice — non pour détruire les idoles, mais pour s'y faire martyriser.[68] Théodoret raconte qu'un circoncellion annonçait longtemps d'avance son intention de devenir martyr, afin d'être bien traité et nourri comme une bête d'abattoir — et il reprend l'amusante histoire racontée par saint Augustin : ces fanatiques engraissés comme des faisans qui offrent à un jeune homme une épée dégainée pour les frapper, en le menaçant de l'assassiner s'il refuse : le jeune homme feint de craindre que, après quelques morts, les autres changent d'avis et vengent leurs compagnons, et exige qu'on les lie tous ; une fois sans défense, il leur administre à chacun une rossée et poursuit son chemin.[69]
En controverse avec les catholiques, les évêques donatistes n'étaient pas fiers de ces auxiliaires : ils déclaraient que la précipitation du haut des falaises avait été interdite dans leurs conciles. Pourtant les corps de ces suicidés étaient sacrilègement honorés, et des foules célébraient leurs anniversaires ; leurs évêques ne pouvaient que se conformer — et ils étaient souvent bien contents des bras solides des circoncellions.[70] Théodoret, peu après la mort de saint Augustin, ne connaissait pas d'autres donatistes que les circoncellions : c'étaient les donatistes typiques aux yeux de tout l'extérieur de l'Afrique.[71] Ils étaient surtout dangereux pour le clergé catholique, dont ils attaquaient et pillaient les maisons : ils les battaient, les blessaient, leur mettaient de la chaux et du vinaigre sur les yeux, et les forçaient même à se faire rebaptiser.[72] Sous Axidus et Fasir, « les chefs des Saints » en Numidie, ni les biens ni les routes n'étaient sûrs : les débiteurs étaient protégés, les esclaves installés dans les carrosses de leurs maîtres, contraints de courir devant eux.[73] Les évêques donatistes finirent par inviter un général nommé Taurinus à réprimer ces extravagances : il rencontra de la résistance en un lieu nommé Octava, et les autels et tablettes qu'on y voyait encore au temps de saint Optat témoignaient de la vénération rendue aux circoncellions tués — que leurs évêques, eux, refusaient d'honorer comme martyrs.[74]
Macaire (347), puis Julien (361) : répression et revanche
« Qu'y a-t-il de commun entre l'empereur et l'Église ? »
Constantin devenu maître de l'Orient par sa victoire sur Licinius en 323, l'essor de l'arianisme l'empêcha d'envoyer, comme il l'avait espéré, des évêques orientaux en Afrique pour régler le différend. Son fils Constant brûlait du même désir de paix : en 347, il envoie en Afrique deux commissaires, Paulus et Macarius, avec de grosses sommes à distribuer. Donat y voit naturellement une tentative d'acheter ses adhérents : il reçoit les envoyés avec insolence — « Qu'est-ce que l'empereur a à voir avec l'Église ? » — et interdit aux siens d'accepter la moindre largesse de Constant.[75] En la plupart des lieux, pourtant, la mission de concorde semble reçue sans trop de défaveur. Mais à Bagaï, en Numidie, l'évêque Donat rassemble les circoncellions du voisinage, déjà excités par leurs évêques : Macarius doit demander la protection de la troupe ; les circoncellions attaquent et tuent deux ou trois soldats ; la troupe, incontrôlable, massacre une partie des donatistes.[76]
Ce malheureux incident fut dès lors constamment jeté à la face des catholiques, surnommés par dérision les macariens : les donatistes affirmaient que Donat de Bagaï avait été précipité d'un rocher et un autre évêque, Marculus, jeté dans un puits. On conserve les Actes de deux autres martyrs donatistes de 347, Maximianus et Isaac — apparemment de Carthage, attribués par Harnack à l'antipape Macrobius.[77] Après le début des violences, les envoyés ordonnèrent aux donatistes de s'unir à l'Église, de gré ou de force : beaucoup d'évêques s'enfuirent avec leurs partisans, quelques-uns rejoignirent les catholiques, les autres furent bannis. Donat le Grand mourut en exil, vers 355 ; un donatiste nommé Vitellius composa un livre pour montrer que les serviteurs de Dieu sont haïs du monde.[78] Une messe solennelle fut célébrée en chaque lieu où l'union s'accomplissait — et les donatistes de répandre le bruit qu'on allait placer des images, évidemment de l'empereur, sur l'autel pour les adorer : rien de tel ne se faisant, et les envoyés se bornant à un discours en faveur de l'unité, la réunion semble s'être effectuée avec moins de violence qu'on n'aurait pu craindre.[79] L'année suivante, Gratus, l'évêque catholique de Carthage, tient un concile où la réitération du baptême est interdite — tandis que, pour plaire aux donatistes ralliés, les traditores sont condamnés à nouveau, et qu'il est défendu d'honorer les suicidés comme martyrs.[80]
Julien rouvre les basiliques : le retour de la fureur
La paix fut heureuse pour l'Afrique, et les moyens de force par lesquels on l'obtint se justifiaient par la violence des sectaires. Mais l'avènement de Julien l'Apostat, en 361, changea la face des choses : ravi de jeter la confusion dans le christianisme, Julien autorise les évêques catholiques exilés par Constance à regagner les sièges occupés par les ariens — et les donatistes bannis par Constant regagnent de même l'Afrique, à leur propre demande, et recouvrent leurs basiliques.[81] Le décret parut si déshonorant que l'empereur Honorius le fera afficher dans toute l'Afrique en 405, pour leur honte.[82] « Votre fureur, écrit saint Optat, est revenue en Afrique au moment même où le diable était déchaîné » — car le même empereur rendait à la fois la suprématie au paganisme et l'Afrique aux donatistes.[83]
Saint Optat donne le catalogue véhément des excès commis par les donatistes à leur retour : ils envahissent les basiliques en armes, commettent tant de meurtres qu'un rapport en est adressé à l'empereur. Sur l'ordre de deux évêques, une troupe attaque la basilique de Lemellef : on arrache le toit, on lapide à coups de tuiles les diacres rangés autour de l'autel, on en tue deux.[84] En Maurétanie, des émeutes signalent le retour ; en Numidie, deux évêques profitent de la complaisance des magistrats pour jeter le trouble dans une population paisible, expulsant les fidèles, blessant les hommes, n'épargnant ni femmes ni enfants.[85] Ne reconnaissant pas la validité des sacrements administrés par des traditores, ils s'emparent des églises et jettent la sainte Eucharistie aux chiens — mais les chiens, pris de fureur, attaquent leurs propres maîtres ; une ampoule de chrême jetée par une fenêtre est retrouvée intacte sur les rochers.[86] Deux évêques se rendent coupables de viol ; l'un d'eux s'empare du vieil évêque catholique et le condamne à la pénitence publique. Tous les catholiques qu'ils peuvent forcer à se joindre à eux sont astreints à la pénitence — clercs de tout rang et même enfants, contrairement au droit de l'Église —, pour un an, un mois, parfois un jour.[87] Pour prendre possession d'une basilique, ils détruisent l'autel, l'enlèvent ou du moins en raclent la surface ; parfois ils brisent les calices et en vendent la matière ; ils lavent pavements, murs et colonnes. Non contents de recouvrer leurs églises, ils emploient des fonctionnaires païens à leur faire livrer vases sacrés, mobilier, linges d'autel et surtout les livres — comment purifièrent-ils le livre ? demande saint Optat —, laissant parfois la congrégation catholique sans aucun livre. Les cimetières sont fermés aux morts catholiques.[88]
La révolte de Firmus, chef maure qui défia le pouvoir romain jusqu'à prendre le titre d'empereur (366-372), fut sans nul doute soutenue par beaucoup de donatistes.[89] Les lois impériales contre eux sont renforcées par Valentinien en 373, puis par Gratien, qui écrit en 377 au vicaire des préfets Flavian — lui-même donatiste — d'ordonner que toutes les basiliques des schismatiques soient remises aux catholiques — y compris, montre saint Augustin, celles que les donatistes avaient eux-mêmes bâties.[90] Le même empereur somme Claudien, l'évêque donatiste de Rome, de regagner l'Afrique ; sur son refus, un concile romain le fait chasser à cent milles de la ville.[91] Il est probable que l'évêque catholique de Carthage, Genethlius, fit appliquer ces lois avec douceur en Afrique.[92]
Saint Optat de Milève : la première réfutation catholique
Six livres contre Parménien, puis un septième
Le champion catholique s'appelle saint Optat, évêque de Milève — vénéré par saint Augustin, puis par saint Fulgence. Il publie son grand ouvrage, le De schismate Donatistarum, en réponse à celui de l'évêque donatiste de Carthage, Parménien — successeur de Donat —, sous Valentinien et Valens, entre 364 et 375 selon saint Jérôme ; Optat lui-même nous dit qu'il écrit après la mort de Julien (363) et plus de soixante ans après le commencement du schisme — il compte depuis la persécution de 303.[93] La forme que nous possédons est une seconde édition, mise à jour par l'auteur après l'avènement du pape Sirice (décembre 384), avec un septième livre ajouté aux six premiers.[94]
Le plan est une machine de guerre : au livre I, l'origine et la croissance du schisme ; au livre II, les notes de la vraie Église ; au livre III, la défense des catholiques contre l'accusation de persécuter — avec le dossier Macaire ; au livre IV, la réfutation des preuves scripturaires par lesquelles Parménien prétend que le sacrifice du pécheur est souillé ; au livre V, la validité du baptême même conféré par des pécheurs — car il est conféré par le Christ, le ministre n'étant que l'instrument : c'est le premier grand exposé de la doctrine selon laquelle la grâce des sacrements découle de l'œuvre du Christ indépendamment de la dignité du ministre[95] ; au livre VI, les violences des donatistes et leurs sacrilèges contre les autels catholiques ; au livre VII, l'unité, la réunion — et un retour sur Macaire.[96]
À son ouvrage, Optat joint un dossier documentaire contenant les preuves de l'histoire qu'il raconte : formé bien avant la paix de 347 — le document le plus récent est daté de février 330, les autres ne dépassent pas 321 —, il ne nous est parvenu que dans un unique manuscrit mutilé, dont l'archétype était déjà incomplet. Mais ce dossier fut librement utilisé à la conférence de 411 et saint Augustin le cite longuement, préservant bien des pièces qui sans lui nous seraient inconnues.[97]
« Tu ne peux nier que la chaire épiscopale fut confiée d'abord à Pierre, dans la ville de Rome »
Contre des schismatiques qui se croyaient toute l'Église, Optat brandit la catholicité — l'universalité — et la succession romaine. Le passage le plus célèbre du livre II somme Parménien de regarder la chaire de Pierre :
« Tu ne peux nier savoir que la chaire épiscopale fut confiée d'abord à Pierre, dans la ville de Rome, où siégea Pierre, le chef de tous les apôtres — d'où il fut aussi appelé Céphas. » — Saint Optat de Milève, Contre les donatistes, II, 2[98]
La raison, reprise de saint Cyprien, suit aussitôt : c'est en cette chaire unique que l'unité doit être gardée par tous, de peur que les autres apôtres ne défendent chacun la sienne — et que soit schismatique et pécheur quiconque dresserait une seconde chaire contre la chaire unique.[99]
Détail qui surprend : Optat appelle Parménien « frère » et veut traiter les donatistes en frères, car ce ne sont pas des hérétiques — à ses yeux, seuls païens et hérétiques vont en enfer ; schismatiques et catholiques seront tous sauvés, après un purgatoire nécessaire. D'autant plus curieux que, avant lui comme après lui en Afrique, Cyprien et Augustin enseignent que le schisme vaut l'hérésie, sinon pis.[100] Optat écrit avec véhémence, parfois avec violence malgré ses protestations d'amitié, emporté par l'indignation ; mais son style est fort, efficace, souvent concis et épigrammatique — et saint Augustin allait s'en nourrir pendant vingt ans.[101]
Le schisme se déchire lui-même : les maximianistes
Primianus contre Maximien : le miroir tendu aux Purs
Avant qu'Augustin ne reprenne le flambeau d'Optat avec une double portion de son esprit, les catholiques reçoivent des renforts inespérés des divisions des donatistes entre eux — car ce schisme, comme tant d'autres, engendra des schismes en son sein. En Maurétanie et en Numidie, ces sectes séparées sont si nombreuses que les donatistes eux-mêmes ne peuvent toutes les nommer : urbanistes, claudienistes — réconciliés au gros du parti par Primianus de Carthage —, rogatistes, secte maurétanienne au caractère doux parce qu'aucun circoncellion n'en était.[102] Les rogatistes sont sévèrement punis chaque fois que les donatistes peuvent y décider les magistrats, et persécutés par Optat de Thamugadi. Mais les plus fameux sont les maximianistes : l'histoire de leur séparation reproduit avec une exactitude étrange celle du retrait des donatistes eux-mêmes de la communion de l'Église — et la conduite des donatistes envers eux, si contraire à leurs principes affichés, deviendra entre les mains expertes d'Augustin la plus efficace de ses armes.[103]
Primianus, l'évêque donatiste de Carthage, excommunie le diacre Maximien — soutenu, comme Majorin en son temps, par une dame. Maximien réunit un concile de quarante-trois évêques qui somment Primianus de comparaître ; le primat refuse, insulte leurs envoyés, tente de les empêcher de célébrer les saints mystères, fait jeter des pierres contre eux dans la rue.[104] Le concile le cite devant un concile plus grand : cent évêques réunis à Cabarsussi en juin 393 déposent Primianus ; tous les clercs doivent quitter sa communion sous huit jours — passé Noël, ils ne seront plus admis au retour dans l'Église même après pénitence ; aux laïcs, jusqu'à la Pâque suivante, sous la même peine. Un nouvel évêque de Carthage est désigné en la personne de Maximien lui-même, consacré par douze évêques ; les partisans de Primianus sont rebaptisés, s'ils l'avaient été après le délai permis.[105]
Primianus tient bon et demande à être jugé par un concile numide : trois cent dix évêques se réunissent à Bagaï en avril 394 ; le primat n'y prend pas la place d'un accusé, mais préside lui-même. Acquitté bien sûr, il fait condamner les maximianistes sans les entendre : tous, sauf les douze consécrateurs et leurs fauteurs du clergé carthaginois, ont jusqu'à Noël pour rentrer — passé ce terme, pénitence obligatoire. Ce décret, rédigé dans un style éloquent par Émeritus de Césarée et adopté par acclamation, rend désormais les donatistes ridicules : ils ont réadmis des schismatiques sans pénitence.[106] L'église de Maximien est rasée, et le délai de grâce écoulé, les donatistes persécutent les malheureux maximianistes — se présentant comme catholiques et demandant aux magistrats d'appliquer à la secte nouvelle les lois mêmes que les empereurs catholiques avaient portées contre le donatisme. Leur influence le leur permet, car ils sont encore bien plus nombreux que les catholiques, et les magistrats sont souvent des leurs.[107]
L'aveu par les actes : des schismatiques réadmis sans rebaptême
Dans la réception de ceux qui reviennent du parti de Maximien, les donatistes sont plus fatalement inconséquents encore. La règle est théoriquement maintenue — tous ceux baptisés dans le schisme doivent être rebaptisés —, mais si un évêque revient, lui et tout son troupeau sont admis sans rebaptême. On l'accorde même à deux des consécrateurs de Maximien, Prétextat d'Assura et Félixianus de Musti, après que le proconsul a vainement tenté de les expulser de leurs sièges — alors même qu'un évêque donatiste, Rogatus, a déjà été nommé à Assura.[108] Dans un autre cas, le parti de Primianus se montre plus conséquent : Salvius, l'évêque maximianiste de Membresa, un autre consécrateur, est deux fois sommé par le proconsul de se retirer au profit du primianiste Restitutus ; très respecté du peuple de Membresa, il faut amener une foule de la ville voisine d'Abitène pour l'expulser — le vieil évêque est battu et contraint de danser avec des chiens morts autour du cou. Mais les siens lui bâtissent une nouvelle église, et trois évêques coexistent dans cette petite ville : un maximianiste, un primianiste et un catholique.[109]
Le chef des donatistes d'alors est Optat, évêque de Thamugadi (Timgad), surnommé Gildonianus pour son amitié avec Gildon, comte d'Afrique (386-397). Pendant dix ans, soutenu par Gildon, Optat est le tyran de l'Afrique : il persécute rogatistes et maximianistes, et emploie la troupe contre les catholiques. Saint Augustin dit ses vices et ses cruautés indescriptibles — avec au moins cet effet de déshonorer la cause donatiste : car bien qu'il fût haï dans toute l'Afrique pour sa scélératesse, la faction des Purs demeura toujours en pleine communion avec cet évêque voleur, ravisseur, oppresseur, traître et monstre de cruauté.[110] À la chute de Gildon en 397, Optat est jeté dans une prison où il meurt. La démonstration est faite sans qu'Augustin ait eu à forcer le trait : l'Église des Purs communiait avec un bandit — que valait donc sa prétendue pureté ?[111]
Saint Augustin contre le donatisme (391-411) : vingt ans de controverse
L'abécédaire, puis les grands traités
Saint Augustin commence sa campagne victorieuse aussitôt après son ordination sacerdotale, en 391. Son psaume populaire contre les donatistes — l'« Abécédaire », dont chaque strophe suit l'ordre alphabétique — est destiné à faire connaître au peuple les arguments d'Optat, dans le même esprit de conciliation : la secte fut fondée par des traditores, condamnée par le pape et le concile, séparée du monde entier, cause de division, de violence et d'effusion de sang ; la vraie Église est l'unique Vigne dont les rameaux couvrent toute la terre.[112] Devenu évêque en 395, il obtient des conférences avec quelques chefs donatistes — mais pas avec son rival d'Hippone. En 400, il écrit trois livres contre la lettre de Parménien, réfutant ses calomnies et ses arguments scripturaires ; plus importants encore, ses sept livres sur le baptême, où, après avoir développé le principe posé par Optat — l'effet du sacrement est indépendant de la sainteté du ministre —, il montre en grand détail que l'autorité de saint Cyprien est plus embarrassante qu'utile aux donatistes : Cyprien exigeait le rebaptême des hérétiques, Rome ne l'a jamais accepté, et Arles a tranché.[113]
Le grand polémiste donatiste du moment est Pétilien, évêque de Constantine — la Cirta d'autrefois — et successeur du traditor Silvanus sur ce siège. Augustin écrit deux livres en réponse à sa lettre contre l'Église, puis un troisième contre une seconde lettre où Pétilien l'attaque personnellement ; entre les deux, vers 403, il publie son De l'unité de l'Église. S'y ajoutent sermons et lettres qui sont de vrais traités — dont la lettre 93 à Vincentius (408), où il justifie le recours au bras séculier par la parole du Maître : compelle intrare, « force-les à entrer » (Luc 14, 23).[114] Mais la contrainte augustinienne n'est pas la mise à mort : quand le prêtre donatiste Crispinus fait molester Possidius, le biographe d'Augustin, et que son évêque homonyme est condamné à dix livres d'or d'amende comme hérétique — le premier cas connu où un donatiste reçoit ce titre, désormais courant —, c'est Possidius lui-même qui fait remettre l'amende ; et Augustin intercède auprès du commissaire Marcellinus pour que les coupables soient corrigés et non exécutés (lettres 133-134).[115]
Les trois familles d'arguments
Les arguments d'Augustin se rangent sous trois chefs. D'abord les preuves historiques : la régularité de la consécration de Cécilien, l'innocence de Felix d'Aptonge, la culpabilité des fondateurs de l'Église des Purs, les jugements du pape, du concile et de l'empereur, la vraie histoire de Macaire, la barbarie des donatistes sous Julien, les violences des circoncellions — tout le dossier documentaire d'Optat, vérifié pièce par pièce.[116] Ensuite les arguments doctrinaux : les preuves tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament que l'Église est catholique — répandue dans le monde entier —, nécessairement une et unie ; l'appel au Siège de Rome, où la succession des évêques est ininterrompue depuis saint Pierre lui-même — Augustin emprunte sa liste des papes à Optat —, cristallisé dans le psaume par la formule fameuse : c'est le rocher contre lequel les portes superbes de l'enfer ne prévalent pas ; l'appel à l'Église d'Orient, et surtout aux Églises apostoliques auxquelles Pierre, Paul et Jean adressèrent des épîtres — elles n'étaient pas en communion avec les donatistes ; la validité du baptême conféré par les hérétiques, l'impiété du rebaptême.[117] Tout cela se trouvait déjà chez Optat. Mais Augustin doit en outre défendre saint Cyprien, et la troisième famille est toute de lui.
C'est l'argument ad hominem tiré de l'inconséquence des donatistes eux-mêmes : Secundus avait pardonné aux traditores de Cirta ; on accordait pleine communion à des scélérats comme Optat le Gildonien et aux circoncellions ; Tyconius s'était retourné contre son propre parti ; Maximien s'était séparé de Primianus comme Majorin de Cécilien ; et les maximianistes avaient été réadmis sans rebaptême.[118] Ce dernier moyen se révéla d'une grande valeur pratique, et les conversions se multiplièrent — largement à cause de la fausse position où les donatistes s'étaient mis. Le concile catholique de Carthage de septembre 401 avait souligné le point en ordonnant de recueillir auprès des magistrats des informations sur le traitement des maximianistes ; le même synode rétablit la vieille règle, abolie depuis longtemps, que les évêques et clercs donatistes garderaient leur rang en rentrant dans l'Église — et le pape Anastase I écrivit au concile pour souligner l'importance de la question donatiste.[119] Un autre concile, en 403, organise des disputes publiques avec les donatistes. Cette action énergique déchaîne de nouvelles violences : la vie d'Augustin est menacée, et le traitement cruel du catholique Maximianus, évêque de Bagaï, est raconté par lui en détail.[120]
L'empereur Honorius, sollicité par les catholiques, renouvelle au début de 405 les vieilles lois contre les donatistes — l'édit d'union : quelques bons effets, mais les circoncellions d'Hippone s'excitent à de nouvelles violences. La lettre de Pétilien est défendue par un grammairien nommé Cresconius, contre qui Augustin publie une réplique en quatre livres — dont les troisième et quatrième sont les plus importants : il y argumente du traitement des maximianistes par les donatistes, cite les Actes du concile de Cirta tenu par Secundus et d'autres documents majeurs.[121] Le saint répond aussi à un opuscule de Pétilien, le De unico baptismate.
Parmi les donatistes eux-mêmes, un homme fait exception et mérite mieux que l'oubli : Tyconius, exégète de génie, auteur du Livre des sept règles pour l'intelligence de l'Écriture — le premier manuel latin d'herméneutique biblique, que saint Augustin admirera et utilisera dans le De doctrina christiana. Tyconius soutenait que l'Église est un corps bipartite (corpus bipertitum) — mêlant bons et méchants jusqu'à la fin —, ce qui ruinait la thèse donatiste de l'Église des Purs : son propre parti l'excommunia vers 380, tout en gardant ses livres.[122] L'Église catholique, elle, garda l'exégète et rejeta le schisme.
« Le monde entier juge en sécurité »
Reste la formule qui résume tout le débat, et que Newman méditera quinze siècles plus tard sur son chemin vers l'Église catholique. Contre des adversaires qui se prétendaient seuls fidèles dans un monde apostat, Augustin retourne le critère : ce n'est pas la petite troupe qui juge le monde, c'est le monde uni qui juge la petite troupe.
« C'est pourquoi le monde entier juge en sécurité que ne sont pas bons ceux qui se séparent du monde entier, en quelque partie du monde que ce soit. » — Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien, III[123]
La formule — securus judicat orbis terrarum, « le monde entier juge en sécurité » — est devenue l'un des principes les plus cités de l'ecclésiologie catholique. Non pas que la majorité fasse le droit par son nombre, mais que l'universalité est une note de la vraie Église : une secte retranchée dans un coin de l'Afrique ne peut prétendre être à elle seule l'héritière des Apôtres contre la communion du monde entier.[124]
Ce que l'Église a défini grâce au donatisme
Autrement dit : qui baptise vraiment, quand un prêtre baptise ?
Avant d'entrer dans la doctrine, une image simple. Quand un facteur vous remet une lettre recommandée, la lettre vaut par son expéditeur et son contenu — non par la vertu privée du facteur, qu'il soit exemplaire ou indigne, pourvu qu'il soit réellement facteur et qu'il remette réellement la lettre. De même, dit l'Église : c'est le Christ qui baptise, le prêtre n'est que l'instrument — pourvu qu'il accomplisse le rite institué avec l'intention de faire ce que fait l'Église. Le donatisme prétendait le contraire : qu'un ministre souillé ne transmet que sa souillure. Toute la réponse catholique tient dans le renversement : le sacrement vient d'en haut, non d'en bas.[125]
Le Catéchisme de l'Église catholique formule la définition dogmatique, héritée de Trente (DS 1608) et préparée par Optat puis Augustin :
« Les sacrements agissent ex opere operato (littéralement : “par le fait même que l'action est accomplie”), c'est-à-dire en vertu de l'œuvre salvifique du Christ, accomplie une fois pour toutes. Il s'en suit que “le sacrement n'est pas réalisé par la justice de l'homme qui le donne ou le reçoit, mais par la puissance de Dieu”. Dès lors qu'un sacrement est célébré conformément à l'intention de l'Église, la puissance du Christ et de son Esprit agit en lui et par lui, indépendamment de la sainteté personnelle du ministre. Cependant, les fruits des sacrements dépendent aussi des dispositions de celui qui les reçoit. » — Catéchisme de l'Église catholique, 1128[126]
Le tableau fixe les distinctions que le donatisme avait brouillées — et que tout catholique doit garder nettes, car la tentation puritaine revient à chaque siècle sous des habits neufs :
| Question disputée | Position donatiste | Réponse catholique |
|---|---|---|
| Un ministre indigne invalide-t-il le sacrement ? | Oui : seuls les Purs transmettent la grâce | Non : c'est le Christ qui agit, le ministre n'est que l'instrument (CEC 1128) |
| Faut-il rebaptiser les convertis ? | Oui, toujours : le premier baptême est nul | Non : le baptême trinitaire valide n'est jamais réitéré (Arles, canon 8) |
| L'ordination par un traditor vaut-elle ? | Non : il ne peut plus agir en évêque | Oui : ceux qu'il a ordonnés gardent leur rang (Arles, canon 13) |
| Qu'est-ce que la vraie Église ? | L'assemblée des saints, retranchée du monde apostat | L'Église catholique, répandue dans le monde entier, mêlant bons et méchants jusqu'au tri final |
| D'où vient la sainteté de l'Église ? | De l'impeccabilité de ses membres | De son Époux, le Christ, et de ses sacrements — non de ses serviteurs |
Ce tableau se lit ainsi : chaque ligne oppose une exigence de pureté visible à une confiance en l'œuvre invisible du Christ. L'Église ne nie pas que le ministre indigne pèche — Judas lui-même avait reçu et exercé le ministère —, elle nie qu'il puisse confisquer la grâce : Dieu ne se laisse pas prendre en otage par ses serviteurs.[127] Pour l'exposé doctrinal complet, voir la validité des sacrements.
Le filet, l'aire et l'ivraie : l'Église mêlée jusqu'à la fin
À l'Église des Purs, l'Écriture oppose l'Église mêlée. Le Seigneur l'avait annoncée en trois paraboles que les Pères ne cessèrent de citer contre les donatistes : le filet qui ramène bons et mauvais poissons jusqu'au tri sur le rivage (Matthieu 13, 47-50), l'aire où le grain et la paille attendent le van du jugement, et surtout le froment et l'ivraie qui doivent croître ensemble jusqu'à la moisson, de peur qu'en arrachant l'ivraie on ne déracine le blé (Matthieu 13, 24-30).[128] Vouloir une Église visiblement pure avant la fin, c'est vouloir faire le tri des anges avant l'heure — et arracher le blé avec l'ivraie. La sainteté de l'Église, définie au concile comme l'une de ses notes avec l'unité, la catholicité et l'apostolicité, ne vient pas de l'impeccabilité de ses membres, mais de son Époux : l'Église est sainte sans être composée que de saints.[129]
Reste la question que tout lecteur se pose : l'Église a-t-elle eu raison de faire appel à l'empereur ? Augustin l'a cru — compelle intrare —, et l'histoire lui donne des circonstances atténuantes massives : les circoncellions tuaient, les basiliques brûlaient, les clercs étaient aveuglés à la chaux. Mais l'Église n'a jamais fait de la contrainte un moyen ordinaire de conversion : les lois d'Honorius protégeaient d'abord la vie, les biens, la liberté et la sécurité des catholiques — ce n'était pas nécessairement une persécution pour opinions religieuses. Les excès — et il y en eut, de Macaire aux soldats incontrôlables — demeurent des fautes d'hommes, non la doctrine de l'Église.[130] Le lecteur qui voudrait juger vite se souviendra que les donatistes eux-mêmes, persécuteurs des maximianistes, demandaient aux magistrats d'appliquer contre leurs dissidents les lois impériales portées contre eux : les Purs aussi savaient manier le bras séculier, quand il servait leur pureté.[131]
Carthage, juin 411 : la conférence qui vide le schisme
286 contre 279, sous l'arbitrage de Marcellinus
Augustin avait jadis espéré concilier les donatistes par la seule raison. Mais les violences des circoncellions, les cruautés d'Optat de Thamugadi, les récentes attaques contre les évêques catholiques avaient prouvé que la répression par le bras séculier était absolument inévitable — non comme persécution d'opinions, mais comme protection des vies et des biens. Les lois d'Honorius sont promulguées à nouveau en 408 et 410.[132] En 411, la méthode de la dispute est organisée en grand, sur l'ordre de l'empereur lui-même, à la demande des évêques catholiques : leur dossier est désormais complet et sans réplique — mais il faut le porter à la connaissance du peuple d'Afrique, et forcer l'opinion à reconnaître les faits par une exposition publique de la faiblesse de la position séparatiste.[133]
L'empereur envoie pour présider comme cognitor un haut fonctionnaire nommé Marcellinus, excellent chrétien, qui proclame qu'il exercera une impartialité absolue dans la conduite des débats comme dans le jugement final. Les évêques donatistes qui viendront à la conférence recouvreront provisoirement les basiliques qui leur ont été prises. Le nombre de ceux qui arrivent à Carthage est très grand — un peu moins que les 279 dont les signatures figurent au bas d'une lettre au président ; les évêques catholiques sont 286.[134] Marcellinus décide que chaque parti élira sept disputants, seuls autorisés à parler, sept conseillers et quatre secrétaires pour tenir les actes : trente-six évêques en tout. Les donatistes prétendent que c'est un artifice pour cacher leur grand nombre — mais les catholiques ne s'opposent pas à ce que tous assistent, pourvu qu'il n'y ait pas de trouble.[135]
Le premier orateur catholique, outre l'aimable et vénérable évêque de Carthage Aurélius, est bien sûr Augustin, dont la renommée s'est déjà répandue dans toute l'Église ; son ami Alypius de Thagaste et son disciple et biographe Possidius sont aussi parmi les sept. Les principaux orateurs donatistes sont Émeritus de Césarée de Maurétanie (Cherchel) et Pétilien de Constantine — qui parle ou interrompt quelque cent cinquante fois, jusqu'à s'enrouer le troisième jour au point de devoir cesser.[136] Les catholiques font une proposition généreuse : tout évêque donatiste qui rejoindra l'Église présidera alternativement avec l'évêque catholique sur la chaire épiscopale — sauf objection du peuple, auquel cas les deux démissionneront et une nouvelle élection aura lieu.[137]
Trois jours qui dégonflent un siècle de certitudes
La conférence se tient les 1er, 3 et 8 juin. La tactique donatiste consiste à soulever des objections de procédure, à faire traîner et à empêcher par tous moyens les disputants catholiques d'exposer leur cause. Le dossier catholique est pourtant clairement énoncé dès le premier jour, dans des lettres lues en séance — adressées par les évêques catholiques à Marcellinus et à leurs députés pour les instruire de la procédure. Ce n'est que le troisième jour, au milieu de nombreuses interruptions, qu'on parvient à une discussion des points importants : il apparaît alors que la répugnance des donatistes à une vraie discussion vient de ce qu'ils ne peuvent répondre aux arguments et documents produits par les catholiques. L'insincérité, l'inconséquence et la maladresse des sectaires leur font grand tort : les principaux points doctrinaux et les preuves historiques des catholiques sont mis en pleine lumière.[138] Le cognitor conclut en faveur des évêques catholiques : les églises provisoirement rendues aux donatistes seront remises ; leurs assemblées sont interdites sous de graves peines ; les terres de ceux qui tolèrent des circoncellions sur leurs propriétés seront confisquées.[139]
Le procès-verbal de cette grande conférence est soumis à tous les orateurs pour approbation, et le rapport de chaque intervention — souvent une seule phrase — est signé par l'orateur en garantie d'exactitude. Nous possédons ces actes en entier jusqu'au milieu du troisième jour ; pour le reste, seuls les sommaires de chaque petite intervention, composés sur l'ordre de Marcellinus pour faciliter les références.[140] Vu la lourdeur et l'étendue du rapport complet, saint Augustin en compose un résumé populaire, le Breviculus Collationis, et approfondit quelques points dans un dernier opuscule, Aux donatistes après la conférence.[141]
Après 411 : proscription, survivances, extinction
Les amendes d'Honorius et la mort de Marcellinus
Le 30 janvier 412, Honorius promulgue la loi finale contre les donatistes : renouvelant l'ancienne législation, elle ajoute une échelle d'amendes pour le clergé donatiste, les laïcs et leurs femmes — cinquante livres d'or pour les illustres, quarante pour les spectabiles, trente pour les sénateurs et sacerdotales, vingt pour les clarissimes et principales, cinq pour les décurions, négociants et plébéiens ; les circoncellions paieront dix livres d'argent ; les esclaves seront corrigés par leurs maîtres, les colons contraints par des bastonnades répétées ; tous les évêques et clercs sont exilés d'Afrique.[142] En 414, les amendes sont alourdies pour les hauts rangs — deux cents livres d'or pour un proconsul, un vicaire ou un comte, cent pour un sénateur —, et une nouvelle loi paraît en 428.[143]
Le bon Marcellinus, devenu l'ami de saint Augustin, tombe victime — croit-on — de la rancune des donatistes : il est mis à mort en 413, comme complice de la révolte d'Héraclien, comte d'Afrique, malgré les ordres de l'empereur, qui ne le croyait pas coupable. L'Église l'honore comme martyr — saint Marcellin, fêté le 6 avril avec son frère Apringius, mis à mort avec lui en septembre 413.[144] Le donatisme est désormais discrédité par la conférence et proscrit par les lois persécutrices d'Honorius. Les circoncellions font quelques derniers efforts — un prêtre est tué par eux à Hippone —, mais les décrets ne semblent pas appliqués avec rigueur, car on trouve encore du clergé donatiste en Afrique.[145] L'ingénieux Émeritus est à Césarée en 418, et au vœu du pape Zosime, saint Augustin tient avec lui une conférence — sans résultat. Mais dans l'ensemble, le donatisme est mort : avant même la conférence, les évêques catholiques d'Afrique étaient déjà considérablement plus nombreux que les donatistes, sauf en Numidie.[146]
Des Vandales aux Sarrasins : la fin d'un monde
Dès l'invasion des Vandales en 429-430, on n'entend presque plus parler d'eux — les ariens vandales persécutant d'ailleurs catholiques et donatistes sans distinction. Ils semblent avoir quelque peu revécu au temps de saint Grégoire le Grand, qui se plaint à l'empereur Maurice que les lois ne sont pas strictement appliquées.[147] Ils disparaissent définitivement avec les conquêtes arabes du VIIe siècle : l'Église d'Afrique, déjà éprouvée par l'invasion vandale, s'efface alors progressivement de l'histoire.[148] Cent ans de schisme, allumés par une élection contestée à Carthage, s'éteignent dans un monde qui n'existe plus.
Que reste-t-il ? D'abord une doctrine, fixée pour toujours : l'Église est une, sainte, catholique et apostolique — sainte par son Époux, catholique par son extension, une par sa communion, apostolique par sa succession. Ensuite une méthode : face aux puritains de tout siècle, l'Église répond par les faits — les pièces du dossier, les signatures au bas des actes — et par l'universalité : securus judicat orbis terrarum. Enfin une leçon d'histoire, chère à Frend : les schismes ne naissent jamais de la seule théologie — une élection bâclée, une dame offensée, quatre cents folles détournées, des évêques qui couvrent leurs vols en criant au traditor, tout cela pèse autant que les thèses sur le baptême.[149] Le donatisme fut une Église de Purs qui communia avec un bandit, réadmit sans baptême ceux qu'elle déclarait rebaptiser, et demanda à l'empereur des juges après avoir déclaré n'avoir rien à faire avec l'empereur : c'est par leurs actes, plus encore que par les livres d'Optat et d'Augustin, que les Purs se réfutèrent eux-mêmes.
Chronologie synthétique
- 303-305La persécution de Dioclétienédits du 24 février 303 et de 304 ; les traditores
Destruction des églises, Livres saints livrés au feu, sacrifice imposé sous peine de mort. Mensurius cache les Écritures ; Secundus répond aux agents : « Je suis chrétien et évêque, non un traditeur. »
- 305Le concile de CirtaSecundus et les évêques compromis
Quatorze évêques réunis pour remplacer l'évêque Paul : l'examen des traditores tourne à la confusion — Purpurius avoue des meurtres et menace Secundus. Silvanus est élu dans la contestation.
- 311-312Deux évêques à CarthageCécilien consacré par Felix d'Aptonge ; Majorin par 70 évêques
Mensurius meurt au retour de Rome. Cécilien, choix du peuple, est consacré par Felix d'Aptonge ; Secundus fait consacrer Majorin, financé par les 400 folles de Lucilla.
- octobre 313Rome : Miltiade tranche19 évêques ; Cécilien maintenu
Le pape Miltiade, avec quinze évêques italiens et trois Gaulois, maintient Cécilien et offre aux donatistes rentrants des sièges ailleurs. Donat est convaincu de rebaptisation.
- 1er août 314Arles : le premier concile d'Occidentcanons 8 et 13
Quarante à cinquante sièges condamnent les donatistes : non au rebaptême, et validité maintenue des ordinations conférées par un traditor. Appel des vaincus à l'empereur.
- 315-316L'enquête et l'audience impérialeFelix innocenté ; Milan
L'instruction de Carthage innocente Felix d'Aptonge — la pièce donatiste était interpolée. À Milan, Constantin déclare Cécilien innocent et excellent évêque.
- vers 313-355Donat le Grandl'âge d'or du schisme
Successeur de Majorin, Donat fait du parti la majorité de la Numidie : 270 évêques à son concile, des Montenses jusqu'à Rome, Cécilien à Nicée face à lui.
- 347La mission de MacaireBagaï ; Donat exilé
Paulus et Macarius viennent unir ; les circoncellions de Bagaï attaquent la troupe et sont massacrés. Donat meurt en exil vers 355 ; Gratus interdit le rebaptême à Carthage en 348.
- 361-362Julien rend les basiliquesle retour de la fureur
Les bannis recouvrent leurs églises et se vengent : Lemellef, Eucharistie aux chiens, autels raclés, cimetières fermés aux catholiques.
- vers 366-384Saint Optat écritsept livres Contre les donatistes
L'évêque de Milève réfute Parménien, formule le premier l'indépendance du sacrement envers le ministre et brandit la chaire de Pierre.
- 393-394Le schisme se déchireCabarsussi ; Bagaï : 310 évêques
Primianus déposé par 100 évêques à Cabarsussi, puis acquitté par 310 à Bagaï ; les maximianistes sont réadmis sans rebaptême — l'aveu qui tue la thèse des Purs.
- 391-405Augustin polémisteAbécédaire, baptême, Pétilien, édit d'union
Sept livres sur le baptême, réfutation de Pétilien et de Cresconius, conciles de 401 et 403, édit d'union d'Honorius en 405 après les violences circoncellionnes.
- 1er, 3 et 8 juin 411La conférence de Carthage286 catholiques face à 279 donatistes
Sous l'arbitrage de Marcellinus, Augustin et Émeritus débattent trois jours : le dossier catholique est sans réplique, le schisme est disqualifié.
- 412-VIIe siècleProscription puis extinctionlois d'Honorius ; Vandales ; Sarrasins
Amendes et exils en 412, Marcellinus exécuté en 413, survivances sous les Vandales et Grégoire le Grand, disparition avec l'islam.
Pour aller plus loin
Notes et références
J. Chapman, « Donatists », Catholic Encyclopedia, vol. 5, New York, Robert Appleton, 1909 — texte intégral sur newadvent.org/cathen/05121a.htm : le schisme africain naît de l'élection contestée de Cécilien et de la question de la validité des sacrements conférés par des traditores.
1J. Chapman, « Donatists » : le schisme commence en 311 et fleurit cent ans, jusqu'à la conférence de Carthage en 411, après quoi son importance décline ; 286 évêques catholiques face à 279 donatistes.
2J. Chapman, « Donatists » : concile de tout l'Occident à Arles, 1er août 314 ; Sylvestre reste à Rome et envoie des légats ; quarante à cinquante sièges représentés, dont Londres, York et Lincoln ; condamnation, canons, lettre au pape qui subsiste.
3 44J. Chapman, « Donatists », Causes du schisme : premier édit de Dioclétien contre les chrétiens (24 février 303) — destruction des églises, Livres saints livrés et brûlés ; quatrième édit en 304 — encens aux idoles sous peine de mort.
4J. Chapman, « Donatists » : le mot traditor devient le terme technique pour ceux qui livrèrent les Livres saints, puis les vases sacrés et même leurs frères.
5J. Chapman, « Donatists » : en Numidie, le gouverneur Florus est infâme par sa cruauté ; saint Optat : de tous les chrétiens du pays, les uns furent confesseurs, les autres martyrs, d'autres tombèrent, seuls les cachés échappèrent.
6J. Chapman, « Donatists » : un siècle après Tertullien — qui avait enseigné que fuir la persécution n'est pas permis —, certains se livrent volontairement au martyre, avec des motifs pas toujours au-dessus de tout soupçon.
7J. Chapman, « Donatists » : lettre de Mensurius, évêque de Carthage, à Secundus de Tigisi — interdiction d'honorer comme martyrs ceux qui se livrent d'eux-mêmes ou se vantent de posséder des Écritures : criminels et débiteurs cherchant à se débarrasser d'une vie à charge ou à profiter des douceurs de la prison.
8J. Chapman, « Donatists » : Mensurius explique avoir mis les Livres saints à l'abri dans sa maison et substitué des écrits hérétiques, saisis sans autre demande ; prévenu, le proconsul refuse de fouiller la maison de l'évêque.
9J. Chapman, « Donatists » : réponse de Secundus — sans blâmer Mensurius, il loue avec insistance les martyrs de sa province, et rapporte son mot aux agents — « I am a Christian and a bishop, not a traditor » — « Je suis chrétien et évêque, non un traditor. »
10J. Chapman, « Donatists » : procès-verbal officiel de la perquisition de Cirta — le curator Munatius Felix, armoire vide, inventaire du mobilier (deux calices d'or, six d'argent, tuniques, voiles, bottes), visites des maisons des lecteurs une à une.
11J. Chapman, « Donatists » : les livres saisis sont tous des codex reliés, non des rouleaux passés de mode depuis un siècle — détail relevé par l'historien.
12J. Chapman, « Donatists » : concile de Cirta en 305 — Secundus examine Donat de Mascula, Marinus d'Aquae Tibilitanae, Donat de Calama (« j'ai livré des livres de médecine »), Victor de Rusicade (Évangiles jetés au feu sur contrainte du curator, demande de pardon) ; minutes conservées par saint Augustin.
13J. Chapman, « Donatists » : Purpurius de Limata, accusé du meurtre des deux fils de sa sœur, à Secundus : « Comment t'en es-tu tiré indemne, à moins d'avoir donné quelque chose ? [...] J'ai tué et je tue ceux qui sont contre moi. »
14J. Chapman, « Donatists » : intervention du neveu de Secundus — « ils sont capables de te chasser et de te condamner, et toi seul seras alors l'hérétique » — puis, sur l'avis des évêques sans reproche (« ils ont Dieu à qui rendre compte »), tous répondent Deo gratias.
15J. Chapman, « Donatists » : les donatistes postérieurs crient au faux, mais Optat en appelle à l'âge du parchemin, les dépositions de 320 devant Zenophilus les confirment, et Seeck comme Duchesne tiennent leur authenticité pour assurée.
16J. Chapman, « Donatists » : les évêques choisissent Silvanus — le sous-diacre de la perquisition — ; le peuple de Cirta crie au traditor et réclame Donat ; paysans et gladiateurs hissent Silvanus sur le siège, porté sur le dos d'un nommé Mutus.
17J. Chapman, « Donatists » : en 311, Maxence maître de l'Afrique ; le diacre Felix accusé d'un libelle contre le tyran ; Mensurius, qui le cachait, convoqué à Rome, acquitté, mais mort sur le chemin du retour.
18J. Chapman, « Donatists » : avant de partir, Mensurius confie l'argenterie de l'église à des anciens, avec l'inventaire remis à une vieille femme, pour le prochain évêque.
19J. Chapman, « Donatists » : Actes donatistes des quarante-neuf martyrs d'Abitène — Cécilien accusé d'avoir fait garder la prison par des hommes armés et jeté aux chiens la nourriture des confesseurs ; récit jugé exagéré jusqu'à l'incroyable par Duchesne et autres.
20J. Chapman, « Donatists » : Cécilien, choisi par tout le peuple, placé sur la chaire de Mensurius, consacré par Felix d'Aptonge assisté de quelques évêques du voisinage ; les Numides, non lointains de Carthage, s'attendaient à avoir voix à l'élection.
21J. Chapman, « Donatists » : Lucilla, riche dame, rancune contre Cécilien qui avait réprimandé son habitude de baiser l'os d'un martyr non reconnu (non vindicatus) avant de communier — probablement un martyr mort de sa propre ferveur mal réglée.
22J. Chapman, « Donatists » : concile de soixante-dix évêques — Majorin, ex-lecteur de la diaconie de Cécilien, de la maison de Lucilla ; 400 folles nominalement pour les pauvres, tout en poches des évêques, un quart saisi par Purpurius de Limata.
23J. Chapman, « Donatists » : réponse ironique de Cécilien — « qu'on me traite en diacre et qu'on m'impose à nouveau les mains » — et cri de Purpurius : « Qu'il vienne ici, et au lieu de lui imposer les mains, nous lui briserons la tête en guise de pénitence ! »
24J. Chapman, « Donatists » : le concile écrit à toute l'Afrique ; bientôt beaucoup de villes ont deux évêques, l'un avec Cécilien, l'autre avec Majorin.
25J. Chapman, « Donatists » : à Carthage on sait que Cécilien est le choix du peuple et l'on ne croit pas que Felix ait livré les Livres ; Rome et l'Italie lui ont donné leur communion.
26J. Chapman, « Donatists » : position de l'Église de Mensurius — la consécration par un traditor n'est ni invalide ni illicite s'il occupe encore légitimement son siège ; contre-position du concile de Secundus — les schismatiques s'intitulent l'Église des martyrs, tous ceux en communion avec des pécheurs publics sont excommuniés.
27Les trois thèses sont exposées systématiquement par J. Chapman, « Donatists » : Église des seuls saints, invalidité des ministères indignes, extinction de l'Église universelle hors du parti.
28J. Chapman, « Donatists » : tout catholique qui rejoint les donatistes est contraint au rebaptême ; leurs évêques et ministres s'affirment sans faute, sinon leurs actes seraient invalides.
29J. Chapman, « Donatists » : pavements lavés au sel, Eucharistie jetée, autels détruits ou raclés, calices brisés et fondus — pratiques attestées au retour de 361 et constantes du parti.
30Sur la doctrine catholique inverse, voir Catéchisme de l'Église catholique, 1128 (texte intégral sur vatican.va/archive/FRA0013/__P2Y.HTM) : le sacrement agit indépendamment de la sainteté personnelle du ministre.
31J. Chapman, « Donatists » : les donatistes enseignent que l'Église catholique a péri dans le monde entier pour avoir communié avec Cécilien ; leur secte seule est la vraie Église.
32Saint Cyprien, De l'unité de l'Église (De catholicae Ecclesiae unitate), 6 : « Habere non potest Deum patrem, qui Ecclesiam non habet matrem » — « On ne peut avoir Dieu pour Père si l'on n'a pas l'Église pour mère. »
33Sur Cyprien et les lapsi, voir l'article Saint Cyprien de Carthage ; sur le rigorisme jumeau de Rome, voir le novatianisme — le donatisme en est le miroir africain, un demi-siècle plus tard.
34W. H. C. Frend, The Donatist Church : A Movement of Protest in Roman North Africa, Oxford, Clarendon Press, 1952 : le schisme, fort surtout en Numidie intérieure, recouvre une fracture sociale et géographique autant que théologique.
35J. Chapman, « Donatists » : le parti est nombreux dans toute l'Afrique, mais surtout en Numidie ; les circoncellions, puniques et peut-être berbères, en sont l'expression extrême.
36J. Chapman, « Donatists » : après le 28 octobre 312, Constantin écrit au proconsul Anulinus (églises rendues, exemptions des clercs de « l'Église catholique que préside Cécilien ») et à Cécilien (ordre de 3 000 folles pour l'Afrique, la Numidie et la Maurétanie).
37Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, X, 5-7 : les trois lettres de Constantin (à Anulinus, à Cécilien, au pape Miltiade) — l'empereur dit avoir appris l'existence de turbulents et ordonne au proconsul et au vicaire de les réprimer.
38J. Chapman, « Donatists » : pétition conservée en partie par saint Optat — Constantin supplié d'accorder des juges venus de Gaule, où sous son père il n'y eut pas de persécution, donc pas de traditores.
39J. Chapman, « Donatists » : Constantin renvoie l'affaire au pape et ordonne à Rétice d'Autun, Materne de Cologne et Marin d'Arles de se rendre à Rome, Cécilien avec dix évêques de chaque parti (Eusèbe, X, 5).
40J. Chapman, « Donatists » : les dix évêques donatistes conduits par Donat de Casae Nigrae — tenu par Optat et Augustin pour Donat le Grand, successeur de Majorin ; concession des catholiques en 411 ; invraisemblance relevée par les modernes si Majorin vivait encore ; hypothèse la plus probable : Majorin mort, Donat successeur juste avant le procès.
41J. Chapman, « Donatists » : Miltiade et quinze évêques italiens ; accusations anonymes écartées, témoins sans rien contre Cécilien, Donat convaincu par son aveu de rebaptisation et d'imposition des mains à des évêques ; au troisième jour, sentence unanime — Cécilien maintenu, l'évêque donatiste rentrant le plus jeune recevant un autre siège.
42J. Chapman, « Donatists » : cent ans plus tard, les successeurs prétendent que Miltiade était lui-même traditor — sans aucune trace de ce grief à l'époque ; les dix-neuf évêques de Rome opposés aux soixante-dix de Carthage.
43J. Chapman, « Donatists » : les Pères saluent Sylvestre d'avoir bien fait de ne pas quitter le lieu « où les Apôtres siègent chaque jour pour juger » — présent, il eût peut-être traité les hérétiques plus sévèrement.
45Lettre synodale d'Arles au pape saint Sylvestre, 314 : « ubi Apostoli quotidie judicant » — « où les Apôtres siègent chaque jour pour juger » ; citée par J. Chapman, « Donatists ».
46J. Chapman, « Donatists » : parmi les canons, l'un interdit le rebaptême — encore pratiqué en Afrique : interrogatoire sur le symbole, et si le baptême trinitaire est avéré, simple imposition des mains (canon 8).
47J. Chapman, « Donatists » : les traditores sont exclus de la communion, mais seulement si leur faute est prouvée par actes publics officiels — et ceux qu'ils ont ordonnés gardent leur rang (canon 13).
48J. Chapman, « Donatists » : les donatistes en appellent du concile à l'empereur ; mot de Constantin — « O insolent madness ! they appeal from heaven to earth, from Jesus Christ to a man » — « Ô folle insolence ! Ils en appellent du ciel à la terre, de Jésus-Christ à un homme. »
49J. Chapman, « Donatists » : examen du cas de Felix d'Aptonge à Carthage, février 315 (Augustin donne probablement à tort 314) — lettre interpolée par Ingentius, de son aveu confirmé par Alfius le rédacteur ; Felix absent d'Aptonge le jour de la perquisition ; minutes jointes par Optat à son dossier.
50J. Chapman, « Donatists » : Cécilien défaillant à Rome sans raison connue, les deux rivaux appelés à Milan — Constantin entend les deux parties avec grand soin et déclare Cécilien innocent et excellent évêque (saint Augustin, Contre Cresconius, III, 71).
51J. Chapman, « Donatists » : Eunomius et Olympius envoyés avec l'idée d'un nouvel évêque agréé de tous — Cécilien et Donat y ayant présumément consenti ; à Carthage, ils déclarent que l'Église catholique est celle répandue dans le monde entier et que la sentence ne peut être annulée.
52J. Chapman, « Donatists » : restitution des églises aux catholiques, confiscations, perte des biens pour les convaincus, expulsions militaires ; vieux sermon sur Donatus et Advocatus — une scène en vrai massacre, avec un évêque parmi les tués, si l'on peut croire ce curieux document.
53J. Chapman, « Donatists » : fierté de la « persécution de Cécilien » ; le comte Léontius et le duc Ursacius, objets particuliers de l'indignation donatiste.
54J. Chapman, « Donatists » : en 320, plainte de Nundinarius, diacre de Cirta, devant Zenophilus, consulaire de Numidie ; Gesta apud Zenophilum fragmentaires dans l'appendice d'Optat ; lettres de Purpurius produites, procès-verbal de Cirta relu, témoins dont deux fossoyeurs et Victor le grammairien.
55J. Chapman, « Donatists » : Silvanus prouvé traditor, voleur avec Purpurius des cuves de vinaigre du temple de Sérapis, ordonnant un prêtre pour 20 folles ; rien de l'argent de Lucilla aux pauvres ; exil pour vol, escroquerie et accession violente.
56J. Chapman, « Donatists » : les donatistes diront Silvanus banni pour refus de communier avec les cécilianistes (« persécution de Zenophilus » selon Cresconius) — mais les consécrateurs de Majorin avaient traité leurs adversaires de traditores pour couvrir leurs propres forfaitures.
57J. Chapman, « Donatists » : Donat, successeur de Majorin, vraiment « Grand » par l'éloquence et le caractère — écrits perdus, ascendant extraordinaire, arrogance dénoncée par Augustin, adulation savourée, martyr après sa mort avec miracles à l'appui.
58J. Chapman, « Donatists » : en 321, Constantin relâche ses mesures et prie les catholiques de patience ; à Cirta, les schismatiques saisissent la basilique impériale et refusent de la rendre — l'empereur en bâtit une autre.
59J. Chapman, « Donatists » : Église catholique péri dans le monde entier selon eux, catholiques chassés et pavé lavé au sel, rebaptême forcé, ministres affirmés sans faute mais convaincus d'ivrognerie et d'autres péchés.
60J. Chapman, « Donatists » : saint Augustin, sur l'autorité de Tyconius — concile donatiste de 270 évêques, soixante-quinze jours sur le rebaptême, décision de communier malgré tout avec les traditores récalcitrants ; en Maurétanie, pas de rebaptême des traditores jusqu'à Macarius.
61J. Chapman, « Donatists » : un évêque donatiste en Espagne, une congrégation à Rome sur une colline hors la ville — les Montenses ; succession antipapale « avec un commencement » raillée par les catholiques : Felix, Boniface, Encolpius, Macrobius (v. 370), Lucien, Claudien (v. 378), Felix en 411.
62J. Chapman, « Donatists » : Cécilien présent à Nicée en 325, Gratus son successeur à Sardique en 342 — où les Orientaux écrivent à Donat comme au vrai évêque de Carthage ; les ariens n'obtiennent pas l'appui donatiste, tout l'Orient tenu pour retranché.
63J. Chapman, « Donatists », Les circoncellions : date incertaine, probablement avant la mort de Constantin ; enthousiastes rustiques sans latin, punique seul — peut-être sang berbère ; agonistici, « soldats du Christ », en fait des brigands, dans toute l'Afrique, sans occupation, courant armés comme des fous.
64J. Chapman, « Donatists » : pas d'épées — saint Pierre ayant reçu l'ordre de remettre son épée au fourreau — mais violences continues à coups de bâtons appelés « Israélites » ; victimes rouées et laissées pour mortes ; au temps d'Augustin, épées et armes, femmes non mariées, jeux et boisson.
65J. Chapman, « Donatists » : cri de guerre Deo laudes — là où les catholiques répondaient Deo gratias — et pas de brigands plus redoutables ; relevé avec ironie par saint Augustin.
66J. Chapman, « Donatists » : morts fréquemment recherchées, le suicide compté pour martyre — précipices surtout, eau ou feu plus rarement ; contagion gagnant même des femmes, précipitées des falaises en expiation.
67J. Chapman, « Donatists » : morts cherchées par mains d'autrui — hommes payés, passant menacé de mort s'il refuse, magistrats provoqués ; tant que le paganisme fleurit, foules immenses aux grands sacrifices pour s'y faire martyriser, non pour détruire les idoles.
68Saint Augustin, le premier à rapporter l'anecdote — le circoncellion annonçant son martyre pour être nourri comme une bête d'abattoir, et les fanatiques engraissés offrant l'épée au jeune homme, qui les fait lier, les rosse et poursuit son chemin ; reprise par Théodoret de Cyr, Histoires des hérésies (Haereticarum fabularum compendium), IV, 6 ; citée par J. Chapman, « Donatists ».
69J. Chapman, « Donatists » : les évêques donatistes déclarent la précipitation interdite dans leurs conciles — mais corps des suicidés sacrilègement honorés, anniversaires célébrés en foules, évêques contraints de se conformer, contents des bras solides.
70J. Chapman, « Donatists » : Théodoret, peu après la mort d'Augustin, ne connaît pas d'autres donatistes que les circoncellions — les donatistes typiques aux yeux de tout l'extérieur de l'Afrique.
71J. Chapman, « Donatists » : danger surtout pour le clergé catholique — maisons attaquées et pillées, coups, blessures, chaux et vinaigre sur les yeux, rebaptême forcé.
72J. Chapman, « Donatists » : sous Axidus et Fasir, « les chefs des Saints » en Numidie — biens et routes sans sûreté, débiteurs protégés, esclaves dans les carrosses des maîtres contraints de courir devant eux.
73J. Chapman, « Donatists » : les évêques donatistes invitent le général Taurinus à réprimer les extravagances — résistance à Octava, autels et tablettes encore visibles au temps d'Optat pour les circoncellions tués, que leurs évêques refusent d'honorer comme martyrs.
74J. Chapman, « Donatists » : en 347, Constant envoie Paulus et Macarius avec de grosses sommes ; Donat y voit une corruption et les reçoit avec insolence — « Qu'est-ce que l'empereur a à voir avec l'Église ? » — interdisant toute largesse ; accueil pourtant pas défavorable en la plupart des lieux.
75J. Chapman, « Donatists » : à Bagaï, l'évêque Donat rassemble les circoncellions excités ; Macarius demande la troupe ; les circoncellions tuent deux ou trois soldats ; la troupe incontrôlable massacre une partie des donatistes.
76J. Chapman, « Donatists » : surnom de « macariens » jeté aux catholiques ; Donat de Bagaï dit précipité d'un rocher, Marculus jeté dans un puits ; Actes conservés de Maximianus et Isaac, martyrs de 347, apparemment de Carthage, attribués par Harnack à l'antipape Macrobius.
77J. Chapman, « Donatists » : après les violences, ordre d'union de gré ou de force — fuites, quelques ralliements, bannissements ; Donat le Grand mort en exil ; livre de Vitellius sur la haine du monde envers les serviteurs de Dieu.
78J. Chapman, « Donatists » : messe solennelle en chaque lieu d'union ; bruit donatiste d'images impériales à adorer sur l'autel — rien de tel, simple discours pour l'unité ; réunion avec moins de violence qu'attendu.
79J. Chapman, « Donatists » : l'année suivante, concile de Gratus à Carthage — réitération du baptême interdite, traditores condamnés à nouveau pour plaire aux ralliés, défense d'honorer les suicidés comme martyrs.
80J. Chapman, « Donatists » : en 361, Julien, ravi de confondre le christianisme, autorise comme les catholiques exilés les donatistes bannis à regagner l'Afrique, à leur demande, et à recouvrer leurs basiliques — violences en Orient comme en Occident.
81J. Chapman, « Donatists » : décret de Julien jugé si déshonorant que l'empereur Honorius le fera afficher dans toute l'Afrique en 405, pour leur honte.
82Saint Optat de Milève, Contre les donatistes, cité par J. Chapman, « Donatists » : « Votre fureur est revenue en Afrique au moment même où le diable était déchaîné » — le même empereur rendant la suprématie au paganisme et l'Afrique aux donatistes.
83J. Chapman, « Donatists » : basiliques envahies en armes, meurtres rapportés à l'empereur ; à Lemellef, sur ordre de deux évêques, toit arraché, diacres lapidés à coups de tuiles autour de l'autel, deux tués.
84J. Chapman, « Donatists » : émeutes en Maurétanie ; en Numidie, deux évêques profitant de magistrats complaisants — fidèles expulsés, hommes blessés, femmes et enfants non épargnés.
85J. Chapman, « Donatists » : sainte Eucharistie jetée aux chiens — qui, pris de fureur, attaquent leurs maîtres ; ampoule de chrême jetée par une fenêtre retrouvée intacte sur les rochers.
86J. Chapman, « Donatists » : deux évêques coupables de viol, dont l'un condamne le vieil évêque catholique à la pénitence publique ; catholiques forcés astreints à la pénitence — clercs de tout rang et enfants mêmes, contre le droit — pour un an, un mois, parfois un jour.
87J. Chapman, « Donatists » : autels détruits, enlevés ou raclés, calices brisés et fondus, pavements, murs et colonnes lavés ; fonctionnaires païens employés à livrer vases, mobilier, linges et surtout les livres — « comment purifièrent-ils le livre ? » — congrégations laissées sans livres ; cimetières fermés aux morts catholiques.
88J. Chapman, « Donatists » : la révolte de Firmus, chef maure défiant Rome jusqu'au titre d'empereur (366-372), sans nul doute soutenue par beaucoup de donatistes.
89J. Chapman, « Donatists » : lois renforcées par Valentinien en 373, puis Gratien écrivant en 377 au vicaire Flavian — lui-même donatiste — de remettre toutes les basiliques aux catholiques, y compris, montre Augustin, celles bâties par les donatistes.
90J. Chapman, « Donatists » : Claudien, l'évêque donatiste de Rome, sommé de regagner l'Afrique ; sur son refus, un concile romain le fait chasser à cent milles de la ville.
91J. Chapman, « Donatists » : il est probable que Genethlius, l'évêque catholique de Carthage, fit appliquer les lois avec douceur en Afrique.
92J. Chapman, « Donatists » : saint Optat, évêque de Milève, publie son De schismate Donatistarum contre Parménien sous Valentinien et Valens, 364-375 selon saint Jérôme ; Optat écrit après la mort de Julien (363) et plus de soixante ans après le schisme — en comptant depuis 303.
93J. Chapman, « Donatists » : la forme conservée est une seconde édition, mise à jour après l'avènement de Sirice (décembre 384), avec un septième livre ajouté aux six premiers.
94J. Chapman, « Donatists » : au livre V, validité du baptême même conféré par des pécheurs — conféré par le Christ, le ministre n'étant que l'instrument : premier exposé important de la doctrine de la grâce sacramentelle indépendante de la dignité du ministre.
95J. Chapman, « Donatists » : livre I, origine et croissance ; livre II, notes de la vraie Église ; livre III, défense contre l'accusation de persécuter (dossier Macarius) ; livre IV, réfutation des preuves scripturaires de Parménien sur le sacrifice du pécheur ; livre VI, violences et sacrilèges ; livre VII, unité, réunion, retour sur Macarius.
96J. Chapman, « Donatists » : dossier documentaire joint à l'ouvrage — formé bien avant 347, document le plus récent de février 330, autres pas postérieurs à 321 ; unique manuscrit mutilé ; librement utilisé en 411, longuement cité par Augustin qui préserve des pièces autrement inconnues.
97Saint Optat de Milève, Contre les donatistes (De schismate Donatistarum), II, 2 : « Tu ne peux nier savoir que la chaire épiscopale fut confiée d'abord à Pierre, dans la ville de Rome, où siégea Pierre, le chef de tous les apôtres — d'où il fut aussi appelé Céphas » — cité par J. Chapman, « Donatists ».
98Saint Optat de Milève, De schismate Donatistarum, II, 2 : « Negare non potes scire te in urbe Roma Petro primo cathedram episcopalem esse collatam, in qua sederit omnium apostolorum caput Petrus, unde et Cephas est appellatus » — avec la raison cyprianique de la chaire unique (cf. saint Cyprien, De l'unité, 4) ; cité par J. Chapman, « Donatists ».
99J. Chapman, « Donatists » : Optat appelle Parménien « frère » et veut traiter les donatistes en frères, car non hérétiques — seuls païens et hérétiques en enfer selon lui, schismatiques et catholiques sauvés après un purgatoire nécessaire ; d'autant plus curieux que Cyprien avant lui et Augustin après tiennent le schisme pour égal ou pire que l'hérésie.
100J. Chapman, « Donatists » : Optat très vénéré d'Augustin puis de Fulgence ; véhémence et parfois violence malgré les protestations d'amitié, emporté par l'indignation ; style fort, efficace, souvent concis et épigrammatique.
101J. Chapman, « Donatists » : en Maurétanie et Numidie, sectes séparées innombrables — urbanistes, claudienistes réconciliés par Primianus, rogatistes au caractère doux car sans circoncellions, sévèrement punis par les magistrats à l'instigation donatiste et persécutés par Optat de Thamugadi.
102J. Chapman, « Donatists » : les maximianistes, les plus fameux — leur séparation reproduisant celle des donatistes eux-mêmes, et la conduite donatiste envers eux devenant l'arme la plus efficace d'Augustin.
103J. Chapman, « Donatists » : Primianus excommunie le diacre Maximien — soutenu comme Majorin par une dame ; concile de quarante-trois évêques sommant Primianus, qui refuse, insulte les envoyés, empêche les mystères, fait jeter des pierres dans la rue.
104J. Chapman, « Donatists » : cent évêques à Cabarsussi (Cebarsussum) en juin 393 — Primianus déposé, huit jours aux clercs puis exclusion même après pénitence passé Noël, Pâque suivante aux laïcs ; Maximien évêque, consacré par douze ; partisans de Primianus rebaptisés s'ils l'avaient été après le délai.
105J. Chapman, « Donatists » : trois cent dix évêques à Bagaï en avril 394 — Primianus présidant au lieu d'être jugé, acquitté, maximianistes condamnés sans être entendus ; sauf douze consécrateurs et fauteurs, délai jusqu'à Noël puis pénitence ; décret d'Émeritus de Césarée adopté par acclamation — donatistes rendus ridicules d'avoir réadmis des schismatiques sans pénitence.
106J. Chapman, « Donatists » : église de Maximien rasée ; passé le délai, persécution des maximianistes — les donatistes se présentant comme catholiques et demandant aux magistrats les lois portées contre le donatisme ; influence d'un parti encore plus nombreux, magistrats souvent des leurs.
107J. Chapman, « Donatists » : règle théorique du rebaptême maintenue, mais évêque revenant admis avec tout son troupeau sans rebaptême — jusqu'à deux consécrateurs de Maximien, Prétextat d'Assura et Félixianus de Musti, après vaine expulsion proconsulaire, et malgré Rogatus déjà nommé à Assura.
108J. Chapman, « Donatists » : Salvius de Membresa, autre consécrateur, deux fois sommé par le proconsul au profit de Restitutus ; foule d'Abitène pour expulser le vieillard respecté — battu, contraint de danser avec des chiens morts au cou ; nouvelle église bâtie par les siens ; trois évêques dans la petite ville : maximianiste, primianiste, catholique.
109J. Chapman, « Donatists » : Optat de Thamugadi, dit Gildonianus pour son amitié avec Gildon comte d'Afrique (386-397) — dix ans tyran de l'Afrique, persécutant rogatistes, maximianistes et catholiques par la troupe ; vices et cruautés indescriptibles selon Augustin ; la faction des Purs toujours en pleine communion avec ce voleur, ravisseur, oppresseur, traître et monstre de cruauté.
110J. Chapman, « Donatists » : à la chute de Gildon en 397, Optat jeté en prison où il meurt — déshonneur de la cause des Purs par leurs propres actes.
111J. Chapman, « Donatists » : Augustin commence sa campagne aussitôt prêtre en 391 — psaume populaire ou « Abécédaire » faisant connaître au peuple les arguments d'Optat en esprit de conciliation : secte fondée par des traditores, condamnée par pape et concile, séparée du monde, cause de division et de sang ; la vraie Église, l'unique Vigne aux rameaux sur toute la terre.
112J. Chapman, « Donatists » : évêque en 395, conférences sauf avec son rival d'Hippone ; en 400, trois livres contre la lettre de Parménien ; plus importants, sept livres sur le baptême — principe d'Optat développé, autorité de Cyprien plus embarrassante qu'utile aux donatistes.
113Saint Augustin, Lettre 93 à Vincentius, 408 : justification du recours au bras séculier par « compelle intrare » — « force-les à entrer » (Évangile selon saint Luc, 14, 23) ; cité par J. Chapman, « Donatists ».
114J. Chapman, « Donatists » : Crispinus prêtre faisant molester Possidius, son évêque homonyme condamné à dix livres d'or comme hérétique — premier cas connu de ce titre, désormais courant — amende remise par Possidius ; Augustin intercédant auprès de Marcellinus pour correction sans exécution (lettres 133-134).
115J. Chapman, « Donatists » : premier chef augustinien — preuves historiques : régularité de Cécilien, innocence de Felix, culpabilité des fondateurs, jugements du pape, du concile et de l'empereur, vraie histoire de Macarius, barbarie sous Julien, violences circoncellionnes.
116J. Chapman, « Donatists » : deuxième chef — preuves scripturaires de l'Église catholique répandue et une ; Siège de Rome à succession ininterrompue depuis Pierre (liste empruntée à Optat), formule du psaume sur le rocher contre les portes de l'enfer ; Églises apostoliques de Pierre, Paul et Jean non en communion donatiste ; validité du baptême des hérétiques, impiété du rebaptême.
117J. Chapman, « Donatists » : troisième chef, propre à Augustin — argument ad hominem : Secundus pardonnant aux traditores, pleine communion aux scélérats comme Optat le Gildonien et aux circoncellions, Tyconius contre son parti, Maximien contre Primianus comme Majorin contre Cécilien, maximianistes réadmis sans rebaptême.
118J. Chapman, « Donatists » : concile de Carthage de septembre 401 — informations sur les maximianistes recueillies auprès des magistrats ; vieille règle rétablie : évêques et clercs donatistes rentrants gardant leur rang ; lettre d'Anastase I sur l'importance de la question.
119J. Chapman, « Donatists » : concile de 403 organisant des disputes publiques ; nouvelles violences circoncellionnes, vie d'Augustin menacée, cruel traitement de Maximianus de Bagaï raconté en détail par Augustin.
120J. Chapman, « Donatists » : Cresconius le grammairien défendant Pétilien — réplique d'Augustin en quatre livres, les troisième et quatrième les plus importants : traitement des maximianistes, Actes de Cirta, autres documents majeurs ; réponse aussi au De unico baptismate de Pétilien.
121Sur Tyconius, Livre des sept règles — premier manuel latin d'herméneutique biblique, admiré et utilisé par Augustin (De doctrina christiana) — et doctrine du corpus bipertitum ruinant la thèse des Purs : excommunié par son parti vers 380, livres conservés ; voir J. Chapman, « Donatists ».
122Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien (Contra epistulam Parmeniani), III : « C'est pourquoi le monde entier juge en sécurité que ne sont pas bons ceux qui se séparent du monde entier, en quelque partie du monde que ce soit. »
123Saint Augustin, Contra epistulam Parmeniani, III : « Quapropter securus judicat orbis terrarum bonos non esse, qui se dividunt ab orbe terrarum, in quacumque parte orbis terrarum » — securus judicat orbis terrarum, médité par Newman sur son chemin vers l'Église catholique.
124L'analogie du facteur illustre Catéchisme de l'Église catholique, 1128 : le ministre, instrument du Christ, ne conditionne pas l'effet du sacrement par sa sainteté personnelle — pourvu du rite institué et de l'intention de faire ce que fait l'Église.
125Catéchisme de l'Église catholique, 1128 — texte intégral sur vatican.va/archive/FRA0013/__P2Y.HTM : les sacrements agissent ex opere operato, en vertu de l'œuvre du Christ, « le sacrement n'est pas réalisé par la justice de l'homme qui le donne ou le reçoit, mais par la puissance de Dieu » (saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, 68, 8) ; cf. concile de Trente (DS 1608).
126Judas lui-même reçut et exerça le ministère apostolique (Évangile selon saint Matthieu, 10, 4) sans que les sacrements de l'Église naissante en soient invalidés — l'indignité du ministre n'emprisonne pas la grâce.
127Évangile selon saint Matthieu, 13, 24-30 (froment et ivraie) et 13, 47-50 (filet) : paraboles constamment citées par les Pères — Optat puis Augustin — contre l'Église des Purs.
128L'Église « une, sainte, catholique et apostolique » — Symbole de Nicée-Constantinople ; sa sainteté venant de son Époux et de ses sacrements, non de l'impeccabilité de ses membres.
129J. Chapman, « Donatists » : Augustin espéra d'abord la seule raison ; violences et cruautés prouvant la répression inévitable — non persécution d'opinions, mais protection des vies, des biens, de la liberté et de la sécurité ; les lois allant pourtant bien au-delà.
130J. Chapman, « Donatists » : les donatistes, persécuteurs des maximianistes, se présentaient comme catholiques et demandaient aux magistrats les lois portées contre le donatisme — les Purs maniant le bras séculier quand il servait leur pureté.
131J. Chapman, « Donatists » : lois d'Honorius promulguées à nouveau en 408 et 410.
132J. Chapman, « Donatists » : en 411, dispute organisée en grand sur ordre de l'empereur à la demande des catholiques — dossier complet et sans réplique à porter au peuple d'Afrique, opinion forcée de reconnaître les faits par exposition publique de la faiblesse séparatiste.
133J. Chapman, « Donatists » : Marcellinus, excellent chrétien, cognitor proclamant son impartialité absolue ; basiliques provisoirement rendues ; affluence un peu moindre que les 279 signatures de la lettre au président ; catholiques 286.
134J. Chapman, « Donatists » : sept disputants seuls orateurs par parti, sept conseillers, quatre secrétaires — trente-six évêques en tout ; prétendu artifice donatiste, catholiques n'excluant personne pourvu qu'il n'y ait pas de trouble.
135J. Chapman, « Donatists » : côté catholique, Aurélius de Carthage, Augustin déjà renommé, Alypius de Thagaste et Possidius parmi les sept ; côté donatiste, Émeritus de Césarée de Maurétanie et Pétilien de Constantine — cent cinquante interventions jusqu'à l'enrouement du troisième jour.
136J. Chapman, « Donatists » : proposition généreuse des catholiques — tout évêque donatiste rallié présidant alternativement avec le catholique, sauf objection du peuple, auquel cas double démission et nouvelle élection.
137J. Chapman, « Donatists » : 1er, 3 et 8 juin — tactique donatiste de procédure et de retard ; dossier catholique énoncé dès le premier jour en lettres lues ; vraie discussion le troisième jour seulement, au milieu des interruptions ; impossibilité donatiste de répondre, insincérité et maladresse nuisibles, points catholiques en pleine lumière.
138J. Chapman, « Donatists » : sentence du cognitor pour les catholiques — églises rendues, assemblées interdites sous graves peines, terres des receleurs de circoncellions confisquées.
139J. Chapman, « Donatists » : procès-verbal soumis aux orateurs, chaque intervention — souvent une phrase — signée par son auteur ; actes complets jusqu'au milieu du troisième jour, puis seuls les sommaires composés sur ordre de Marcellinus.
140Saint Augustin, Breviculus Collationis — résumé populaire de la conférence — et Ad Donatistas post Collationem approfondissant quelques points ; cités par J. Chapman, « Donatists ».
141J. Chapman, « Donatists » : loi finale d'Honorius, 30 janvier 412 — échelle d'amendes (illustres 50, spectabiles 40, sénateurs et sacerdotales 30, clarissimes et principales 20, décurions, négociants et plébéiens 5 livres d'or ; circoncellions 10 d'argent ; esclaves corrigés, colons battus) ; évêques et clercs exilés d'Afrique.
142J. Chapman, « Donatists » : en 414, amendes alourdies pour les hauts rangs — proconsul, vicaire ou comte 200 livres d'or, sénateur 100 ; nouvelle loi en 428.
143J. Chapman, « Donatists » : Marcellinus, ami d'Augustin, mis à mort en 413 comme complice de la révolte d'Héraclien comte d'Afrique — malgré l'empereur, qui ne le croyait pas coupable ; rancune donatiste présumée ; honoré comme saint Marcellin.
144J. Chapman, « Donatists » : donatisme discrédité et proscrit ; derniers efforts circoncellions — un prêtre tué à Hippone ; décrets sans rigueur, clergé donatiste encore trouvé en Afrique.
145J. Chapman, « Donatists » : Émeritus à Césarée en 418 ; au vœu de Zosime, conférence d'Augustin avec lui, sans résultat ; dans l'ensemble, le donatisme mort — catholiques déjà bien plus nombreux avant la conférence, sauf en Numidie.
146J. Chapman, « Donatists » : peu de nouvelles dès l'invasion vandale de 430 jusqu'à saint Grégoire le Grand, se plaignant à Maurice de la molle application des lois — signe d'un regain.
147J. Chapman, « Donatists » : disparition définitive avec les irruptions des Sarrasins, qui emportent l'Afrique chrétienne.
148Sur la lecture sociale du schisme, voir W. H. C. Frend, The Donatist Church, Oxford, 1952 : la carte du schisme recouvre fractures sociales et géographiques autant que thèses baptismales.
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