Pape saint Anastase I (399-401)

Saint Anastase I gouverne Rome de 399 à 401. Son bref pontificat reste surtout lié à la condamnation des erreurs origénistes et à la vigilance doctrinale du Siège apostolique.

Ignispedia

Pape saint Anastase I est l'évêque de Rome qui gouverne l'Église du 27 novembre 399 au 19 décembre 401. Le Saint-Siège le présente comme le 39e pape de l'Église catholique, né à Rome, successeur de saint Sirice et prédécesseur de saint Innocent I.[1]

Son pontificat est bref, mais il se trouve au carrefour d'un dossier doctrinal décisif : la première controverse origéniste. À la fin du IVe siècle, les admirateurs et les adversaires d'Origène se disputent sur des thèses graves : préexistence des âmes, restauration finale de tous les êtres, interprétations spéculatives de la résurrection. Anastase intervient à Rome en refusant de laisser circuler ces erreurs sous couvert d'érudition biblique.[2][3]

Anastase n'est pas un pape de grande législation comme Sirice, ni un pape monumental comme Damase. Il est plutôt le pape d'une vigilance doctrinale courte et nette : il reçoit des dossiers, lit les traductions latines suspectes, condamne les erreurs, et meurt assez tôt : Jérôme dit seulement qu'« il ne convenait pas que la tête du monde fût tranchée » sous un si grand évêque — y voir une protection providentielle contre le sac de Rome de 410 est notre lecture, que rejoint la note de l'édition Schaff.[4]

« Peu après, l'illustre Anastase succéda au pontificat ; mais il fut bientôt enlevé, car il ne convenait pas que la tête du monde fût tranchée sous l'épiscopat d'un si grand homme. » — Saint Jérôme, lettre 127 à Principia, §10[5]

Pourquoi Anastase I compte-t-il ?

Un pontificat bref, mais placé au bon endroit

Anastase gouverne moins de vingt-six mois. Cette brièveté explique qu'il soit moins connu que Damase, Sirice, Innocent I ou Léon le Grand. Pourtant, son pontificat occupe une place charnière : il arrive après la papauté disciplinaire de Sirice et juste avant Innocent I, qui donnera à la correspondance romaine une ampleur doctrinale et canonique plus visible.[6]

Le IVe siècle vient de s'achever — cadre historique général : Théodose est mort en 395 ; l'Empire est désormais divisé entre Orient et Occident ; Alaric et les Goths menacent l'Italie[7] ; les controverses doctrinales ne disparaissent pas avec la victoire nicéenne. L'Église doit maintenant apprendre à discerner des erreurs plus subtiles que l'arianisme brutal.

Le pape qui ferme la porte aux spéculations origénistes

Le nom d'Anastase est surtout attaché à Origène. Origène d'Alexandrie (vers 185-253) fut un immense exégète, mais plusieurs thèses transmises sous son nom ou développées par ses disciples seront jugées incompatibles avec la foi catholique : âmes préexistantes, résurrection trop spiritualisée, possible restauration finale des démons, subordination problématique du Fils.[8]

Anastase ne condamne pas l'intelligence théologique. Il refuse qu'une admiration savante pour un auteur ancien serve à introduire dans l'Église des doctrines qui blessent la création, le jugement, la résurrection et la liberté humaine. Sa sévérité protège donc la foi des simples autant que la rigueur des théologiens.

Un témoin dans la chaîne de la succession romaine

Saint Augustin mentionne Anastase dans une liste de succession des évêques de Rome envoyée à Generosus contre les donatistes. Pour Augustin, la continuité romaine de Pierre à Anastase manifeste une Église visible, reçue, reconnaissable, non une communion inventée par un groupe séparé.[9]

« [...] et Sirice, dont le successeur est l'actuel évêque Anastase. » — Saint Augustin, lettre 53 à Generosus, §2[10]

La phrase est courte, mais son usage est fort. Anastase compte parce qu'il est un maillon vivant de l'argument catholique : la foi ne flotte pas dans des communautés concurrentes ; elle passe par une succession apostolique visible.

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeétat actuel39e pape, origine romaine, dates officielles du pontificatRepère officiel très bref
Saint Jérôme, lettres400-412Éloge d'Anastase, dossier Rufin/Origène, réception ascétique et romaineJérôme est témoin proche, mais polémiste très engagé
Saint Augustin, lettre 53A.D. 400 (datation de l'édition Schaff)Succession romaine jusqu'à Anastase dans l'argument anti-donatisteTémoignage doctrinal, non biographie
Paulin de Nole, correspondancevers 400Compté par la notice de 1907 parmi les amis d'Anastase, avec Augustin et Jérôme[11]Dossier dispersé, utile surtout pour le climat ecclésial
Liber PontificalisVIe siècleOrigine, durée, décrets, sépulture (aucune liste d'ordinations conservée)Notice tardive et très brève, à ne pas surévaluer
Catholic Encyclopedia1907-1913Synthèse critique : dates, Origène, Rufin, Jérôme, mémoire liturgiqueSource secondaire ancienne, à utiliser comme index
Dossiers sur l'origénismeAntiquité tardive et synthèses modernesContexte doctrinal de la controverseDistinguer Origène lui-même et l'origénisme postérieur

Les sources imposent une méthode sobre. Anastase n'a pas laissé un grand corpus pontifical comparable à Léon le Grand. L'article doit donc éviter deux excès : gonfler artificiellement un pontificat court, ou le réduire à une ligne de chronologie. Le vrai sujet est sa fonction de discernement dans une crise doctrinale précise.

Les dates du pontificat

La fiche officielle du Saint-Siège donne un pontificat du 27 novembre 399 au 19 décembre 401.[12] La Catholic Encyclopedia (1907) ne donne que l'année 399, sans quantièmes, et parle d'une mort « dans un peu moins de quatre ans » : les quantièmes précis reposent donc sur la fiche du Saint-Siège, non sur la notice de 1907.[13] Cette chronologie place Anastase immédiatement après Sirice, mort le 26 novembre 399[14], et avant Innocent I, élu dans la continuité d'une Rome de plus en plus sollicitée par l'Occident.

Le Liber Pontificalis, dans la traduction Loomis (1916), lui attribue « 3 ans et 10 jours » de siège : durée approximative qui ne recoupe exactement ni les quantièmes du Saint-Siège ni un comput moderne, et qui illustre les limites d'une notice tardive (VIe siècle).[15]

Une mémoire ancienne très condensée

La notice du Liber Pontificalis est maigre : Anastase est romain, fils de Maximus ; aucune liste d'ordinations n'est conservée (blanc marqué d'astérisques dans le texte) ; il est dit enterré « dans son propre cimetière près de l'Ursus Pileatus » — l'Ursus Pileatus (« l'ours au bonnet ») est un quartier romain ainsi nommé, selon Gregorovius, d'une image d'ours coiffé d'un bonnet qui s'y dressait, et l'Itinéraire de Salzbourg situe d'ailleurs le tombeau sur la voie Portuensis — et non sur la voie Salaria, qui est la sépulture de son prédécesseur Sirice (cimetière de Priscilla).[16] Rien de spectaculaire. Mais cette sécheresse est en elle-même instructive : sa mémoire officielle n'est pas celle d'un bâtisseur ou d'un martyr, mais d'un pape dont l'importance se trouve surtout dans les lettres de ses contemporains.

Le contexte : la première controverse origéniste

Origène, génie chrétien et dossier dangereux

Origène est l'un des plus grands lecteurs chrétiens de l'Écriture. Il compose l'Hexaple, commente presque toute la Bible, défend le christianisme contre Celse et donne à l'exégèse chrétienne une ampleur intellectuelle immense.[17]

Mais son héritage est complexe. Certaines de ses hypothèses, parfois formulées avec prudence, parfois durcies par des disciples, touchent des points centraux de la foi. L'Église admirera longtemps son travail biblique tout en rejetant des thèses origénistes. C'est précisément cette distinction qui rend le dossier difficile : un auteur peut être génial sans être normatif en tout.

Les thèses qui inquiètent l'Église

Les controverses autour d'Origène portent surtout sur quatre points.

Thèse contestéeProblème doctrinalEnjeu catholique
Préexistence des âmesL'âme serait tombée dans un corps après une faute antérieureLa création immédiate de l'âme et l'unité corps-âme
Résurrection spiritualiséeLe corps ressuscité risquerait d'être vidé de sa réalitéLa résurrection de la chair confessée dans le Credo
Apocatastase universelleMême les démons pourraient finalement être restaurésRéalité du jugement et possibilité de la damnation
Subordination du FilsLangage parfois insuffisant sur l'égalité du VerbeFoi trinitaire nicéenne

Il faut être juste : toutes ces thèses ne se trouvent pas toujours chez Origène sous la forme caricaturale que des adversaires dénonceront plus tard. Mais au temps d'Anastase, la question n'est plus seulement historique. Des milieux monastiques et savants s'affrontent réellement sur des doctrines qui troublent les fidèles.

De Jérusalem à Rome : Rufin, Jérôme et Théophile

La controverse éclate avec force en Orient autour d'Épiphane de Salamine, de Jean de Jérusalem, de Théophile d'Alexandrie, des moines de Palestine et d'Égypte, puis gagne l'Occident par les traductions latines de Rufin d'Aquilée.[18]

Rufin traduit notamment le De principiis d'Origène en latin. Jérôme l'accuse d'adoucir ou de couvrir les passages dangereux, et de répandre des erreurs sous une forme plus acceptable pour les lecteurs latins. Anastase reçoit alors un dossier qui n'est pas seulement littéraire : des livres circulent, des lecteurs sont troublés, et Rome doit juger.

Anastase et Rufin d'Aquilée

Le problème d'une traduction qui rassure trop

Rufin n'est pas un ennemi déclaré de l'Église. Ancien ami de Jérôme, moine lettré, traducteur utile, il affirme souvent vouloir défendre Origène contre des interpolations hérétiques. Le problème est que sa traduction latine peut donner l'impression que les difficultés sont secondaires ou corrigées d'avance.[19]

Anastase agit donc en pasteur. Il ne mène pas une querelle personnelle avec Rufin ; il veut empêcher que le prestige d'un traducteur et le nom d'Origène fassent passer dans l'Occident latin des doctrines que l'Église ne peut recevoir.

La condamnation romaine

La Catholic Encyclopedia résume l'acte principal : Anastase condamne les écrits d'Origène et, par extension, les erreurs propagées autour de lui ; Rufin se défend en envoyant une apologie à Rome.[20][21]

La portée exacte de cette condamnation doit être formulée avec précision. Il ne s'agit pas d'une définition dogmatique universelle semblable aux grands conciles. Il s'agit d'un jugement romain, dans une controverse déterminée, qui refuse l'importation latine d'un origénisme doctrinalement dangereux.

Jérôme salue la décision

Jérôme, retiré à Bethléem, voit en Anastase un allié de la foi. Dans sa lettre 127 à Principia, écrite après le sac de Rome, il oppose la mort d'Anastase aux malheurs qui suivront. Son éloge est bref, mais très significatif : Anastase est, pour lui, un pontife saint, vigilant, retiré du monde avant la catastrophe — le trait de la « pauvreté », lui, ne vient pas de cette lettre, mais du résumé de Campbell (« riche dans sa pauvreté »).[22][23]

La Catholic Encyclopedia résume ainsi l'éloge de Jérôme : Anastase y apparaît comme un homme d'une grande sainteté, « riche dans sa pauvreté » — formule du résumé anglais de Campbell, non une phrase de Jérôme lui-même.[24]

Le portrait est spirituellement important. Jérôme n'admire pas seulement la décision anti-origéniste ; il présente un pape sans grande pompe, mais fidèle dans l'essentiel.

Les acteurs autour du pape

Saint Jérôme : témoin brûlant, mais non neutre

Jérôme est indispensable pour comprendre Anastase, mais il faut le lire avec discernement. Il connaît les dossiers, maîtrise les textes, vit la crise de près ; il est aussi un polémiste redoutable, capable de jugements durs et de formules blessantes. Quand il célèbre Anastase, il faut retenir la proximité du témoin sans oublier son parti pris anti-rufinien.

Cette prudence ne diminue pas l'importance de son témoignage. Elle l'encadre. Un article catholique n'a pas besoin de transformer Jérôme en journaliste neutre pour reconnaître qu'il fut l'un des meilleurs connaisseurs bibliques de son temps.

Rufin : traducteur suspect, non simple caricature

Rufin mérite aussi d'être traité honnêtement. Il n'est pas seulement "le méchant" du dossier. Il a transmis en latin des textes grecs précieux, défendu l'ascèse monastique, et rendu accessibles des auteurs que l'Occident ne lisait pas. Mais sur Origène, sa méthode devient risquée : corriger, lisser ou expliquer un auteur peut finir par neutraliser l'alerte doctrinale.

Le geste d'Anastase vise donc moins la personne de Rufin que l'effet ecclésial de ses traductions.

Théophile d'Alexandrie et la dimension orientale

Le patriarche Théophile d'Alexandrie, d'abord favorable à certains milieux origénistes, se retourne fortement contre eux et mène une campagne sévère en Égypte.[25] Anastase reçoit donc un dossier déjà travaillé par l'Orient. Rome ne fabrique pas la crise ; elle intervient dans une controverse qui traverse Alexandrie, Jérusalem, Bethléem et les milieux monastiques.

Cette dimension est importante pour comprendre la papauté antique. Rome n'est pas isolée. Elle répond, reçoit, confirme, clarifie. Le jugement romain s'inscrit dans une communion d'Églises qui communiquent par lettres, traductions, ambassades et controverses.

Anastase dans l'argument catholique de saint Augustin

La lettre à Generosus

Dans sa lettre 53, cosignée avec Fortunatus et Alypius, Augustin répond à Generosus, qui lui avait transmis la lettre d'un prêtre donatiste. Son argument est simple : l'Église catholique n'est pas une faction récente ; elle est reliée à la succession visible des évêques, notamment de Rome, depuis Pierre jusqu'au pape vivant de son temps.[26]

La liste se termine alors par Anastase. Ce détail date le texte et donne au pape une présence particulière : il n'est pas seulement un nom dans les catalogues postérieurs, il est le contemporain d'Augustin, l'évêque romain actuellement assis sur la chaire qui sert d'argument contre le schisme.

Pourquoi la succession compte

La succession apostolique n'est pas une généalogie décorative. Elle répond à une question concrète : où est l'Église fondée par les apôtres ? Les donatistes prétendent incarner la pureté ; Augustin répond par la catholicité, la communion, la succession, la diffusion universelle.

Anastase est donc un témoin passif mais réel de la visibilité catholique. Sa personne compte moins ici que son siège : il reçoit une charge qui le dépasse.

Une leçon pour les crises de l'Église

Le parallèle avec la controverse origéniste est éclairant. Face aux donatistes, Augustin défend la communion visible ; face aux origénistes, Anastase défend la vérité doctrinale. Les deux combats se complètent. Une Église visible sans doctrine devient une institution vide ; une doctrine sans communion visible devient une idée disponible pour chaque groupe.

Rome entre Sirice et Innocent I

Hériter de Sirice

Sirice avait donné à la papauté latine une forme disciplinaire forte : décrétales, synodes, questions de baptême, pénitence, continence cléricale, Jovinien.[27] Anastase reçoit cet héritage, mais ne le développe pas dans le même registre. Son pontificat ne laisse pas un dossier canonique comparable.

Le passage de Sirice à Anastase montre pourtant une continuité : Rome répond aux crises. Hier, Himère de Tarragone et Jovinien ; aujourd'hui, Rufin et Origène. La forme change, la responsabilité demeure.

Préparer Innocent I

Après Anastase vient Innocent I, pape de 401 à 417. Son pontificat verra le sac de Rome, les appels de Jean Chrysostome, les débats pélagiens, les relations avec Augustin et les conciles africains. Innocent donnera à la papauté une voix plus abondante et plus connue.[28]

Anastase est donc un seuil. Il ne porte pas encore les grands dossiers d'Innocent, mais il transmet une Rome attentive à la foi, déjà sollicitée par l'Orient et l'Occident, et capable de trancher quand des livres troublent les fidèles.

La menace gothique en arrière-plan

Avec le recul du sac de Rome de 410, on peut relire la mort d'Anastase comme une Providence qui épargne à un tel pontife la ruine de la ville : c'est notre glose — Jérôme dit seulement qu'il ne convenait pas que « la tête du monde fût tranchée » sous un si grand évêque —, que rejoint la note de l'édition Schaff.[29] Cette lecture est spirituelle, non une chronologie politique. Elle montre comment les chrétiens d'après 410 relisent les années 399-401 comme la dernière respiration avant l'effondrement symbolique de la vieille Rome.

Mort, sépulture et culte

Le 19 décembre 401

Anastase meurt le 19 décembre 401.[30] Sa mémoire liturgique est célébrée le même jour.[31] Pour le lieu de la sépulture, deux toponymes anciens nous sont parvenus : le Liber Pontificalis, notice tardive du VIe siècle, le dit enterré « dans son propre cimetière près de l'Ursus Pileatus », tandis que le Martyrologe romain (édition typique 2004), qui fait autorité aujourd'hui, situe sa déposition « au cimetière de Pontien sur la voie Portuense ».[32][33] L'Itinéraire de Salzbourg, ancien guide de pèlerins, mentionne lui aussi le tombeau sur la voie Portuense, non loin de la porte de la ville : c'est donc la localisation du Martyrologe sur la Portuensis qui est retenue ici, la formule du Liber étant citée comme variante ancienne — ni l'une ni l'autre n'est la voie Salaria, qui est la sépulture de Sirice.[34]

Son pontificat est donc l'un de ces ministères courts qui n'ont pas le temps de produire une oeuvre abondante, mais qui restent dans l'histoire par un discernement juste au bon moment.

Une sainteté de vigilance

La sainteté d'Anastase n'est pas celle d'un martyr sanglant ni d'un grand docteur. C'est une sainteté de vigilance : reconnaître une erreur savante, ne pas se laisser intimider par la réputation d'un auteur ancien, protéger la foi des fidèles.

Cette sainteté est actuelle. L'Église rencontre toujours des doctrines séduisantes parce qu'elles sont portées par des intelligences brillantes, des livres impressionnants ou des réseaux cultivés. Anastase rappelle qu'un pasteur doit aimer l'intelligence sans lui sacrifier la foi.

Ce qu'il faut retenir

PointDegré de certitudeSource principale
Anastase I est le 39e pape selon le Saint-SiègeTrès sûrSaint-Siège
Son pontificat va du 27 novembre 399 au 19 décembre 401Très sûrSaint-Siège (la notice de 1907 ne donne que l'année 399)
Il succède à Sirice et précède Innocent ITrès sûrListes pontificales
Il intervient dans la controverse origénisteTrès solideJérôme, Catholic Encyclopedia
Il condamne les erreurs liées à OrigèneTrès solide, portée exacte à formuler sobrementCatholic Encyclopedia, dossier origéniste
Rufin d'Aquilée est au coeur de la réception latine du dossierTrès solideDossier Rufin/Jérôme
Augustin le cite dans la succession romaine contre les donatistesTrès sûrAugustin, lettre 53
Sa mémoire liturgique est le 19 décembreTrès sûrMartyrologe romain (éd. 2004, au 19 décembre)

Questions et objections

Anastase a-t-il condamné Origène lui-même ou seulement l'origénisme ?

Les sources anciennes parlent souvent de condamnation d'Origène, mais l'historien doit distinguer l'auteur, son oeuvre immense, les textes transmis sous son nom, et les thèses développées par ses disciples. Anastase vise surtout les erreurs origénistes qui circulent à son époque dans l'Occident latin.[35][36]

La distinction est importante : l'Église peut rejeter des erreurs graves sans nier qu'un auteur ait rendu de grands services à l'exégèse chrétienne.

Pourquoi un pape si bref mérite-t-il un article ?

Parce que l'histoire de l'Église ne se comprend pas seulement par les longs pontificats. Anastase est un point de jonction : il relie Sirice à Innocent I, Jérôme à Rome, l'Orient origéniste à l'Occident latin, et la succession romaine à l'argument anti-donatiste d'Augustin.

Un pontificat court peut être décisif s'il tranche une question au moment où elle devient dangereuse.

Jérôme est-il trop partial pour être utilisé ?

Jérôme est partial, mais il est incontournable. Il faut donc le citer comme témoin engagé, non comme arbitre neutre. Son éloge d'Anastase montre au minimum que le pape fut reçu, dans le camp anti-origéniste, comme un défenseur de la foi — portrait que la notice de 1907 résume en un homme d'une grande sainteté, « riche dans sa pauvreté ».[37]

Anastase a-t-il laissé une doctrine propre ?

Non, pas au sens d'un grand traité. Son importance est pastorale et doctrinale : il exerce l'autorité romaine pour refuser une erreur. Cela suffit à expliquer sa place dans l'histoire pontificale.

Pour aller plus loin

  • Pape saint Sirice (384-399) — prédécesseur immédiat d'Anastase, pape des premières décrétales conservées.
  • Pape saint Innocent I (401-417) — successeur d'Anastase, pape du sac de Rome, de Jean Chrysostome et des débuts de la controverse pélagienne.
  • Saint Jérôme — témoin majeur de la controverse origéniste et admirateur d'Anastase.
  • Saint Augustin — contemporain d'Anastase, qui cite sa succession dans l'argument anti-donatiste.
  • Origène et l'origénisme — pour distinguer l'oeuvre immense de l'exégète alexandrin et les erreurs doctrinales rejetées par l'Église.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle « Anastasius I » (revérifiée de visu le 4 octobre 2026) : « 39th Pope of the Catholic Church », « Beginning Pontificate 27.XI.399 », « End Pontificate 19.XII.401 », « Birth Rome » (re-fetch HTTP 200 et revérifiée de visu le 4 octobre 2026). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/anastasio-i.html

    1 12 30
  2. Thomas Campbell, « Pope St. Anastasius I », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, Robert Appleton Company, New York, 1907 (re-fetch HTTP 200 et vérifié de visu le 4 octobre 2026) : « A Roman by birth, he became pope in 399, and died within a little less than four years. Among his friends were Augustine, and Jerome, and Paulinus. Jerome speaks of him as a man of great holiness who was rich in his poverty. » — soit un Romain de naissance, devenu pape en 399, sans quantièmes jour/mois. URL : https://www.newadvent.org/cathen/01454c.htm

    2 6 11 13 20 23 24 35 37
  3. Pierre Batiffol, « Origen and Origenism », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911 : réception d'Origène, controverses monastiques, Rufin, Jérôme, Théophile d'Alexandrie et condamnations antiques. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11306b.htm

    3 18 25 36
  4. Saint Jérôme, lettre 127 à Principia, §10, 412 — mémoire de Marcella, après le sac de Rome (re-fetch HTTP 200 et vérifiée de visu le 4 octobre 2026) : texte anglais de la traduction W. H. Freemantle, Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. 6 (éd. Schaff et Wace) : « Shortly afterwards the distinguished Anastasius succeeded to the pontificate; but he was soon taken away, for it was not fitting that the head of the world should be struck off during the episcopate of one so great. » La citation française du corps de l'article est notre traduction de ce passage ; la lettre ne contient aucune phrase sur la « pauvreté » d'Anastase (ses occurrences de poverty concernent Marcella). Le lien explicite avec le sac de Rome de 410 est notre glose : Jérôme ne nomme pas 410, mais la note de l'édition Schaff sur ce passage dit « The allusion is to the capture of Rome by Alaric in 410 a.d. ». URL : https://www.ccel.org/ccel/schaff/npnf206.v.CXXVII.html

    4 5 22 29
  5. Karl Hoeber, « Flavius Honorius », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910 (re-fetch HTTP 200 et vérifiée de visu le 4 octobre 2026) : le père d'Honorius, l'empereur Théodose, partage le gouvernement de l'Empire en 395 — l'Occident à Honorius, l'Orient à son frère Arcadius ; révolte des Wisigoths ariens sous leur jeune roi Alaric et invasion de l'Empire romain d'Occident ; Honorius menacé par Alaric à Milan au début de 402. URL : https://www.newadvent.org/cathen/07460a.htm

    7
  6. Pierre Batiffol, « Origen and Origenism », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911 : éléments biographiques et doctrinaux sur Origène, Alexandrie, Césarée, exégèse et controverses. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11306b.htm

    8 17
  7. Saint Augustin, lettre 53 à Generosus, §2 (ch. 1), datée A.D. 400 dans l'édition Schaff (Nicene and Post-Nicene Fathers, 1re série, vol. 1, 1887 — New Advent titre la page « Letter 53 (A.D. 400) »). Lettre cosignée Fortunatus, Alypius et Augustin, en réponse à un prêtre donatiste (re-fetch HTTP 200 et vérifiée de visu le 4 octobre 2026). La lettre nommant Anastase comme « l'évêque actuel » (the present Bishop), elle date nécessairement de son pontificat (399-401), ce qui confirme la datation Schaff ; aucune référence savante identifiable ne justifie une autre date, la mention « 412 » qui circule dans certaines réutilisations apologétiques étant incompatible avec le texte même de la lettre : texte anglais de la traduction J. G. Cunningham, Nicene and Post-Nicene Fathers, 1re série, vol. 1 (éd. Schaff, 1887) : « Damasus, and Siricius, whose successor is the present Bishop Anastasius. In this order of succession no Donatist bishop is found. » La citation française du corps de l'article est notre traduction de ce passage. URL : https://www.newadvent.org/fathers/1102053.htm

    9 10 26
  8. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Siricius », The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York, 1912 (vérifié de visu le 4 octobre 2026) : « Born about 334; died 26 November, 399 » — soit mort le 26 novembre 399. URL : https://www.newadvent.org/cathen/14026a.htm

    14
  9. Liber Pontificalis, notice XLI « Anastasius I (399-401) », trad. anglaise Louise Ropes Loomis, The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 85-86 (PDF re-fetch HTTP 200 et passages vus de visu le 4 octobre 2026) : « Anastasius, by nationality a Roman, son of Maximus, occupied the see 3 years and 10 days » ; décret sur les clercs d'outre-mer avec variantes manuscrites (« that no cleric from beyond the sea | that no one from beyond the sea » ; « because at that time Manicheans were found in the city of Rome | on account of the Manicheans ») ; liste des ordinations absente (blanc marqué d'astérisques) ; « He also was buried in his own cemetery near the Ursus Pileatus, April 27. And the bishopric was empty 21 days » — le 27 avril est la date que les manuscrits du Liber attachent à cette notice de sépulture (depositio) ; ce n'est pas le jour du décès, que le Saint-Siège et le Martyrologe romain fixent au 19 décembre 401 ; l'Itinéraire de Salzbourg situe son tombeau sur la voie Portuensis (n. 2, d'après Duchesne, Lib. Pont., vol. I, p. 219, n. 5) ; le nom du quartier s'explique, selon Gregorovius (History of the City of Rome, trad. Hamilton, vol. I, liv. II, p. 256, cité par Loomis n. 3), par le récit qu'une image d'ours coiffé d'un bonnet s'y dressait autrefois. Sirice, lui, est enterré « in the cemetery of Priscilla on the Via Salaria, February 22 » (notice XL, trad. Loomis). Notice tardive (VIe siècle), à ne pas surévaluer. PDF public domain : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-_%28IA_cu31924006163897%29.pdf

    15 16 32 34
  10. F. X. Murphy, « Tyrannius Rufinus », The Catholic Encyclopedia, vol. 13, Robert Appleton Company, New York, 1912 : Rufin d'Aquilée, traduction du De principiis, conflit avec Jérôme et défense adressée à Anastase. URL : https://www.newadvent.org/cathen/13219a.htm

    19 21
  11. Ignispedia, article Pape saint Sirice (384-399) : décrétale Directa ad decessorem, synode romain de 386, discipline sacramentelle, Jovinien, Saint-Paul-hors-les-Murs.

    27
  12. Johann Peter Kirsch, « Pope Innocent I », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910 : pontificat 401-417, correspondance pontificale, Jean Chrysostome, Pélage et sac de Rome. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08011a.htm

    28
  13. Martyrologium Romanum, édition typique 2004, au 19 décembre (transcription consultée le 4 octobre 2026) : « At Rome in the cemetery of Pontian on Via Portuense, deposition of Saint Anastasius I, pope, a man full of poverty and apostolic solicitude, who firmly opposed heretical doctrines » — soit, à Rome, au cimetière de Pontien sur la voie Portuense, la déposition de saint Anastase I, pape. URL : https://gcatholic.org/saints/data/martyrology2004-12b

    31 33