Pape saint Zosime (417-418)

Pape de 417 à 418, saint Zosime gouverne au coeur de la crise pélagienne, publie la Tractoria contre Pelage et Célestius, et révèle les tensions entre Rome, Arles et l'Afrique conciliaire.

Ignispedia

Pape saint Zosime (Zosimus) gouverne l'Église de Rome du 18 mars 417 au 26 décembre 418. Le Saint-Siège le présente comme le 41e pape de l'Église catholique, d'origine grecque (le Liber Pontificalis le dit Grec, fils d'Abramius ; l'année de sa naissance est inconnue), successeur de saint Innocent I et prédécesseur de saint Boniface I.[2]

Son pontificat dure moins de deux ans, mais il se trouve au point le plus nerveux de la crise pélagienne. Innocent I avait confirmé les évêques africains contre Pelage et Célestius ; Zosime reçoit ensuite à Rome les explications habiles de Célestius, puis de Pelage, hésite, reprend le dossier avec les Africains, et finit par publier la Tractoria, lettre circulaire qui condamne le pélagianisme et exige l'adhésion des évêques.[3][4]

Zosime est donc un pape qu'il faut lire sans simplification. Sa mémoire n'est pas celle d'un pontificat lisse : il a pu juger trop vite certaines apparences de repentir ; il a aussi su corriger la trajectoire, maintenir l'autorité doctrinale romaine et entrer dans un dialogue rude avec l'épiscopat africain. Sa vie rappelle que l'assistance de Dieu à l'Église ne supprime pas les lenteurs humaines ; elle conduit l'Église, à travers conciles, lettres et corrections, jusqu'à la confession juste de la foi.

« Rien de ce qui doit être longuement traité ne doit être laissé à la témérité ; ce qui doit être discuté au jugement suprême ne doit pas être fixé sans grande délibération. » — Zosime, lettre Quamvis Patrum traditio, 21 mars 418 (traduction rédactionnelle du latin)[5]

Pourquoi Zosime compte-t-il ?

Le pape du moment critique contre Pelage

Le pélagianisme ne se présente pas comme une négation frontale du christianisme. Il parle de liberté, de responsabilité, d'effort moral, de commandements possibles. Le danger est plus profond : si l'homme peut, par ses seules forces, accomplir le bien salutaire, alors la grâce du Christ devient une aide extérieure, non la guérison intérieure de la liberté blessée.[6][7]

Zosime hérite de ce dossier immédiatement après la mort d'Innocent I. Célestius arrive à Rome, affirme accepter la doctrine exposée par Innocent, refuse pourtant de condamner nettement les propositions qui avaient motivé sa condamnation à Carthage. Pelage envoie à son tour une confession de foi soigneusement formulée et un traité sur le libre arbitre.[8]

Le pape est d'abord favorablement impressionné. Il pense que les adversaires africains ont peut-être jugé trop vite. L'épisode est important pour l'histoire de la papauté : Zosime ne définit pas une hérésie comme orthodoxe ; il juge provisoirement des personnes et des formules ambiguës. Quand les Africains répondent, il reprend l'examen.

Un pontificat qui révèle la force des conciles africains

La crise montre la densité de l'Église d'Afrique au début du Ve siècle. Autour d'Aurelius de Carthage, d'Alypius de Tagaste, de Possidius de Calama et de saint Augustin, les évêques africains ne traitent pas la question comme une susceptibilité locale. Ils savent que le baptême des enfants, le péché originel et la grâce du Christ sont engagés.[9]

Le concile de Carthage du 1er mai 418, réuni avec environ deux cents évêques — 214 selon Wace (d'autres listes donnent 224), « about two hundred » selon Warfield — et huit à neuf canons contre le pélagianisme, confirme la doctrine du péché originel et de la nécessité de la grâce.[10][11] Après cette réponse africaine et l'intervention de l'empereur Honorius contre les pélagiens, Zosime reconnaît clairement le caractère hérétique du dossier et publie la Tractoria.[12]

« L'occupant du Siège apostolique, au bon moment, maintint avec toute autorité le dogme traditionnel de l'Église et protégea la vérité de l'Église contre l'erreur. » — Johann Peter Kirsch, synthèse sur Zosime dans la Catholic Encyclopedia (traduction rédactionnelle de l'anglais)[13]

Un pape utile pour comprendre la vraie primauté romaine

Zosime écrit parfois dans un langage très fort sur le Siège apostolique. Dans Quamvis Patrum traditio, il rappelle l'autorité de Pierre, le soin de toutes les Églises et la solidité de l'Église romaine.[14]

Mais la même lettre montre aussi une primauté exercée dans la communication, non dans l'arbitraire solitaire. Zosime insiste : il n'a pas voulu agir sans porter les faits à la connaissance des Africains et sans traiter la question avec eux. La primauté romaine apparaît donc comme jugement, recours et communion ; elle n'abolit pas l'examen conciliaire, elle l'intègre.

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeétat actuel41e pape, origine grecque, dates officielles 18.III.417 - 26.XII.418Repère officiel très bref
Liber PontificalisVIe siècleOrigine grecque, père Abramius, durée, décrets liturgiques, sépulture près de saint LaurentNotice tardive, certaines durées sont fautives
Lettres de Zosime417-418Dossier Célestius/Pelage, Arles, Afrique, appels, disciplineCorpus conservé par collections ultérieures
Concile de Carthage 4181er mai 418Huit à neuf canons anti-pélagiens (DS 222-230) ; environ deux cents évêques — 214, d'autres listes 224, selon WaceTexte conciliaire transmis dans collections canoniques ; le chiffre de 217 appartient à la collection de 419
Concile de Carthage 419mai 419Suite de l'affaire Apiarius, discussion des canons de Nicée/SardiqueAprès la mort de Zosime, mais éclaire ses décisions
Augustin418-420Réception de la Tractoria, défense contre Julien d'ÉclaneSource doctrinale majeure, polémique anti-pélagienne
Catholic Encyclopedia / Kirsch1912Synthèse critique du pontificatSource secondaire ancienne, utile comme index

Le dossier de Zosime est moins biographique que canonique et doctrinal. On ne connaît presque rien de sa vie avant l'élection. En revanche, son bref pontificat laisse un faisceau précis : lettres, conflits de juridiction, réception africaine, condamnation pélagienne, sépulture romaine.

La chronologie officielle

La fiche du Saint-Siège donne le 18 mars 417 comme début du pontificat et le 26 décembre 418 comme fin.[15] La Catholic Encyclopedia note que Zosime est consacré évêque de Rome le 18 mars 417, après la mort d'Innocent le 12 mars.[16]

Le Liber Pontificalis le dit Grec, fils d'Abramius — natione Grecus, ex patre Abramio — avec sedit ann. I m. III d. XI, soit un an, trois mois et onze jours — durée elle aussi erronée au regard de la chronologie officielle, car du 18 mars 417 au 26 décembre 418 il s'écoule un an, neuf mois et huit jours.[17] Une partie de la tradition manuscrite donne une durée aberrante d'environ sept ans, neuf mois et vingt-quatre jours, incompatible avec un pontificat de dix-huit mois : les éditions (Duchesne, Loomis) la signalent comme variante fautive.

La notice romaine ancienne

Le Liber Pontificalis attribue à Zosime plusieurs décisions disciplinaires : le port d'un linge de laine et de lin par les diacres sur l'épaule gauche, la bénédiction de la cire ou du cierge dans les paroisses, et l'interdiction faite au clerc de boire publiquement, sauf dans une maison de fidèles, surtout de clercs.[18]

Ces détails semblent modestes, mais ils donnent une image concrète de Rome au Ve siècle. La papauté n'est pas seulement une autorité doctrinale ; elle règle aussi les signes liturgiques, la tenue des ministres, la dignité du clergé et la manière dont les usages urbains ou suburbains deviennent discipline commune.

L'élection et le premier dossier : Arles

Patrocle d'Arles à Rome

Le jour de la consécration de Zosime, Patrocle d'Arles est présent à Rome. Il vient d'être placé sur le siège d'Arles à la place de l'évêque Hero, déposé injustement et violemment dans les troubles politiques liés au général Constance — Flavius Constantius, maître de la milice d'Honorius et futur Constance III.[19][20]

Très vite, Patrocle gagne la confiance du nouveau pape. Dès le 22 mars 417, quatre jours après le début du pontificat, Zosime lui confère des droits métropolitains sur les évêques de plusieurs provinces gauloises, notamment Viennoise et Narbonnaises, et en fait une sorte de vicaire papal pour la Gaule.[21]

Pourquoi Arles devient stratégique

Arles n'est pas une ville quelconque. Depuis environ l'an 400, elle remplace Trèves comme résidence du préfet du prétoire des Gaules, c'est-à-dire un centre administratif majeur de l'Occident romain.[22] Le raisonnement de Patrocle est clair : si Arles est capitale administrative des Gaules, son siège ecclésiastique peut prétendre à une primauté régionale renforcée.

Ce transfert d'influence provoque aussitôt la résistance des évêques de Vienne, Narbonne et Marseille, qui y voient une atteinte à leurs droits. Le dossier ne sera vraiment stabilisé que plus tard, sous Léon le Grand.[23]

Une leçon sur les vicariats pontificaux

Zosime agit ici dans la ligne d'Innocent I et de Sirice : Rome organise des relais régionaux. Le principe est intelligible ; l'application est délicate. Confier trop vite une large autorité à un évêque local ambitieux peut créer une crise durable.

La sainteté d'un pape ne signifie pas que chaque décision de gouvernement soit optimale. L'histoire de Zosime est précieuse précisément parce qu'elle oblige à distinguer l'assistance doctrinale de l'Église et la prudence variable des décisions administratives.

Célestius et Pelage devant Rome

La comparution de Célestius à Saint-Clément

À l'été 417, Célestius comparaît devant une assemblée du clergé romain dans la basilique Saint-Clément. Les propositions préparées par le diacre Paulin de Milan, qui avaient conduit à sa condamnation à Carthage en 411, sont lues devant lui.[24]

Célestius refuse de condamner explicitement ces propositions, mais affirme accepter la doctrine exposée par Innocent I. Cette réponse peut sembler satisfaisante si l'on ne regarde que les mots généraux ; elle devient insuffisante dès qu'on exige la condamnation précise des thèses litigieuses.

Point discutéFormulation pélagienne dangereuseRéponse catholique
Péché originelAdam n'aurait nui qu'à lui-mêmeLe péché atteint réellement sa descendance
Baptême des enfantsLes enfants n'auraient rien à laver du péché d'AdamLe baptême est donné pour la rémission des péchés
GrâceLa loi, l'exemple et la nature suffiraient pratiquementLa grâce intérieure du Christ guérit et soutient la liberté
Libre arbitreLa volonté peut accomplir le salut par ses forcesLa liberté existe, mais blessée et dépendante de Dieu

Les formulations habiles de Pelage

Peu après, Zosime reçoit une confession de foi de Pelage et un traité sur le libre arbitre. Les textes sont lus devant un nouveau synode du clergé romain. Kirsch note que les expressions de Pelage sont choisies de manière si habile qu'elles cachent le contenu hérétique ; l'assemblée les juge orthodoxes.[25]

Zosime écrit alors aux évêques africains pour défendre Pelage et reprocher à ses accusateurs, notamment Hero et Lazare, une sévérité excessive. Le dossier est tendu : l'Afrique connaît les thèses réelles de Pelage et de Célestius ; Rome reçoit des professions de foi qui paraissent catholiques.

La réponse africaine

Aurelius de Carthage convoque rapidement un synode. Les évêques africains répondent à Zosime et montrent que le pape a été trompé par les hérétiques.[26] La réponse de Zosime du 21 mars 418 est capitale : il affirme qu'il n'a rien changé à l'état antérieur du dossier, c'est-à-dire à la situation issue d'Innocent, et qu'il ne veut pas décider sans délibération sérieuse.[27]

« Que votre fraternité sache donc que nous n'avons rien changé après ces lettres que nous avons reçues de vous, mais que nous avons tout laissé dans l'état où cela se trouvait auparavant. » — Zosime, Quamvis Patrum traditio (traduction rédactionnelle du latin)[28]

Cette phrase est essentielle pour éviter une lecture caricaturale. Zosime a été favorablement impressionné par les personnes et les textes ; il ne prétend pas renverser définitivement le jugement doctrinal d'Innocent. Quand le dossier est clarifié, il revient à la condamnation.

La Tractoria et la condamnation du pélagianisme

Carthage 418

Le concile de Carthage du 1er mai 418 (environ deux cents évêques, huit à neuf canons : voir plus haut[29][30]) réaffirme la doctrine catholique sur le péché originel, le baptême des enfants et la grâce. Les canons africains entreront dans la mémoire doctrinale de l'Église ; ils sont cités dans les dossiers ultérieurs contre le semi-pélagianisme et dans le développement occidental de la doctrine de la grâce.[31]

Ce concile ne travaille pas contre Rome. Il travaille avec Rome, mais avec une fermeté qui oblige Rome à ne pas se laisser prendre aux formulations équivoques de Pelage.

L'intervention d'Honorius

Le contexte politique accélère aussi les choses. Le 30 avril 418, l'empereur Honorius prend des mesures contre Pelage, Célestius et leurs doctrines ; le lendemain, le synode africain confirme la condamnation doctrinale.[32] L'autorité impériale ne crée pas la vérité de foi, mais elle modifie le rapport de forces public.

Dans l'Antiquité tardive, hérésie, discipline ecclésiale et paix civile ne sont jamais complètement séparées. Une doctrine qui divise l'Église peut devenir aussi un problème d'ordre public.

La lettre circulaire de Zosime

À l'été 418, Zosime publie la Tractoria. Le texte original ne nous est pas conservé intégralement comme une encyclique moderne, mais son existence et sa portée sont attestées par Augustin et par la controverse avec Julien d'Éclane. Elle condamne Pelage, Célestius et le pélagianisme, et demande aux évêques de souscrire.[33][34]

Augustin écrira peu après contre les deux lettres des pélagiens adressées à Boniface. Le contexte est clair : Julien d'Éclane et d'autres évêques italiens refusent de signer la Tractoria et accusent les catholiques de détruire le libre arbitre, le mariage, les saints, la loi et le baptême.[35]

« Sans moi vous ne pouvez rien faire » — le concile fait sienne la parole du Christ (Jn 15, 5) contre l'idée qu'on pourrait accomplir les commandements sans la grâce, même difficilement (canon 113 du Code africain ; traduction rédactionnelle)[36]

La Tractoria situe donc Zosime du côté de la confession catholique. Elle n'efface pas les hésitations initiales ; elle en donne l'issue correcte.

L'affaire Apiarius et les appels à Rome

Un prêtre africain excommunié

À peine le dossier pélagien stabilisé, Zosime entre dans une nouvelle tension avec l'Afrique. Apiarius, prêtre de Sicca Veneria, est excommunié par son évêque Urbanus pour des fautes graves. Au lieu de suivre la procédure africaine ordinaire, il fait appel directement à Rome.[37]

Zosime accepte l'appel et envoie des légats en Afrique. Le problème n'est pas seulement le cas personnel d'Apiarius ; il touche à la question plus large des appels de clercs et d'évêques à l'évêque de Rome.

Nicée ou Sardique ?

Zosime fonde son action sur des canons qu'il croit être ceux de Nicée. Les Africains ne les trouvent pas dans leurs exemplaires du concile de Nicée. La raison historique est connue : dans certains manuscrits latins, les canons de Sardique suivaient immédiatement ceux de Nicée, sans titre indépendant clair ; les Africains, eux, n'avaient que les canons authentiques de Nicée.[38][39]

Le concile africain de 419 lira le commonitorium envoyé par Zosime à ses légats. Il contient notamment une formule de présence représentée : les légats doivent agir comme si le pape lui-même était présent avec eux.[40]

« Accomplissez toutes choses comme si nous y étions nous-même ; car, en vérité, notre présence est avec vous. » — Zosime, commonitorium aux légats d'Afrique, lu à Carthage en 419 (traduction rédactionnelle)[41]

Ce que la dispute révèle

La dispute n'est pas un simple embarras pour Rome. Elle révèle un moment réel de maturation canonique. Rome possède une tradition de recours ; l'Afrique possède une tradition synodale très organisée ; les collections canoniques ne sont pas encore stabilisées dans tout l'Occident.

Les Africains promettent d'observer provisoirement les dispositions citées, sans préjudice, jusqu'à l'arrivée de copies sûres de Nicée depuis Constantinople, Alexandrie et Antioche.[42] Après la mort de Zosime, la question continuera sous Boniface I.

ÉlémentPosition romaineRéponse africaineRésultat
Appel d'ApiariusRome accepte l'appelL'Afrique juge la procédure anormaleEnquête et compromis provisoire
Canons citésPrésentés comme nicéensIntrouvables dans les copies africaines de NicéeRecherche de copies orientales
Fond canoniqueEn réalité SardiqueDistinction progressivement clarifiéeDossier poursuivi sous Boniface
Enjeu ecclésialRecours au Siège romainAutonomie synodale africaineTension sans rupture de communion

La discipline du clergé et les signes liturgiques

Le maniple des diacres

Le Liber Pontificalis attribue à Zosime une extension aux diacres des paroisses du droit de porter un linge de laine et de lin sur l'épaule gauche — de palleis linostimis.[43] La traduction anglaise (Loomis) y voit un signe liturgique lié au maniple. Ces décrets ne sont connus que par cette notice, absents des autres dossiers conservés de Zosime : la prudence s'impose donc, sans rejeter le témoignage.[44]

La prudence est donc nécessaire : il ne faut pas construire toute une théologie du maniple sur cette notice. Mais elle témoigne d'une mémoire romaine qui associe Zosime à l'organisation des signes diaconaux.

La bénédiction de la cire

La même notice parle de la bénédiction de la cire ou du cierge dans les paroisses — per parrocia concessa licentia cereum benedici. Les notes de la traduction anglaise (Loomis) rapportent la distinction de Duchesne entre deux pistes : la cire utilisée pour de petites formes de l'Agneau de Dieu distribuées à Pâques, ou le cierge pascal dont les formules de bénédiction apparaissent clairement au début du VIe siècle.[45]

Même si l'attribution exacte reste fragile, le détail est précieux pour la spiritualité liturgique. Dans la Rome antique tardive, la lumière pascale, la cire bénite et les signes matériels de la Résurrection entrent progressivement dans un langage commun.

L'interdiction des tavernes

Enfin, le Liber Pontificalis attribue à Zosime l'ordre qu'aucun clerc ne boive publiquement, sauf dans une chambre appartenant aux fidèles, surtout aux clercs.[46] La Catholic Encyclopedia résume cette mesure comme une interdiction faite aux clercs de fréquenter les tavernes.[47]

La règle correspond à une intuition pastorale simple : le ministre de l'autel ne peut pas vivre comme un homme sans charge. Sa conduite publique enseigne autant que ses paroles.

Mort, sépulture et succession

La mort du 26 décembre 418

Le Saint-Siège donne le 26 décembre 418 comme fin du pontificat.[48] Le Liber Pontificalis le dit enterré sur la voie Tiburtine, près du corps de saint Laurent martyr, VII kal. ianuar., soit le 26 décembre ; Kirsch donne pour sa part le 27 décembre comme jour de la mort ; le Martyrologium Romanum (2004) inscrit sa depositio au 26 décembre.[49][50]

La Catholic Encyclopedia précise qu'il fut enseveli dans l'église sépulcrale de Saint-Laurent in Agro Verano, futur ensemble de San Lorenzo fuori le Mura.[51]

La crise Boniface-Eulalius

Sa mort ouvre immédiatement une crise romaine. Selon le récit du Liber Pontificalis, au retour des funérailles de Zosime, les diacres conduits par l'archidiacre Eulalius s'emparent de la basilique du Latran et élisent Eulalius, tandis que les prêtres élisent Boniface le lendemain.[52]

Cette crise ne relève plus directement du pontificat de Zosime, mais elle montre que l'Église romaine du début du Ve siècle est traversée par de vraies tensions internes : clergé presbytéral, diacres, basiliques, intervention impériale, prestige du Latran. La papauté est sainte par sa charge ; elle n'est pas sociologiquement désincarnée.

Une sainteté dans un gouvernement difficile

Zosime n'est pas un pape facile à présenter. Il a pris des décisions contestables, particulièrement dans le dossier de Patrocle d'Arles et dans la première réception de Célestius. Mais il n'est pas non plus le contre-exemple que certains polémistes voudraient y voir.

Sa sainteté se lit dans une histoire plus humble : il reçoit un dossier piégé, écoute, se trompe partiellement sur les intentions, reprend l'examen, confirme la vérité et laisse à l'Église une condamnation qui servira la doctrine de la grâce.

Questions et objections

Zosime a-t-il approuvé le pélagianisme ?

Non. Il a d'abord été impressionné par les professions de foi de Célestius et de Pelage, et il a reproché aux Africains une sévérité qu'il jugeait excessive. Mais il affirme ensuite n'avoir rien changé à l'état antérieur du dossier, puis publie la Tractoria condamnant Pelage, Célestius et le pélagianisme.[53][54]

La distinction est capitale : être trompé par des formulations ambiguës n'est pas définir une hérésie comme foi catholique.

La crise de Zosime contredit-elle l'infaillibilité pontificale ?

Non. L'infaillibilité pontificale, telle que définie par Vatican I, concerne un acte solennel où le pape définit une doctrine de foi ou de morale à tenir par toute l'Église. Les hésitations de Zosime portent sur l'évaluation de personnes, de documents ambigus et de procédures ; elles ne constituent pas une définition ex cathedra.[55]

Le cas montre plutôt pourquoi l'Église distingue soigneusement les actes du magistère, les jugements disciplinaires, les lettres de procédure et les décisions administratives.

Les Africains se sont-ils opposés à Rome ?

Ils ont résisté, argumenté et corrigé, mais ils ne se sont pas séparés de Rome. Dans le dossier pélagien, ils demandent la confirmation romaine et obtiennent finalement la condamnation. Dans l'affaire Apiarius, ils discutent l'usage de canons attribués à Nicée et demandent des copies authentiques.[56]

Il s'agit d'une tension intra-catholique, non d'un schisme.

Pourquoi Zosime est-il canonisé malgré ses erreurs de gouvernement ?

Parce que la sainteté d'un pasteur n'implique pas l'absence de toute maladresse gouvernementale. À cette époque, il n'existe pas de procédure de canonisation formelle : la sainteté de Zosime est celle d'un culte ancien, attesté par son titre de « Pope St. Zosimus » chez Kirsch et par sa depositio inscrite au Martyrologium Romanum (2004) au 26 décembre, voie Tiburtine près de saint Laurent.[57][58] Le 26 décembre restant la fête de saint Étienne au calendrier général, il ne faut pas présenter la fin de son pontificat comme une mémoire liturgique propre. Sa mémoire est surtout liée à l'issue catholique du dossier pélagien et à la continuité de la succession romaine.

Ce qu'il faut retenir

Les faits les plus sûrs

PointDegré de certitudeSource principale
Zosime est le 41e pape selon le Saint-SiègeTrès sûrSaint-Siège
Son pontificat va du 18 mars 417 au 26 décembre 418Très sûrSaint-Siège, Catholic Encyclopedia
Il est d'origine grecqueTrès solideSaint-Siège, Liber Pontificalis
Il confère à Patrocle d'Arles une autorité régionale étendueTrès solideLettres résumées par Kirsch
Il reçoit Célestius puis Pelage à RomeTrès sûrCatholic Encyclopedia, dossier pélagien
Il publie la Tractoria condamnant le pélagianismeTrès sûrAugustin, Catholic Encyclopedia
Il entre en tension avec l'Afrique dans l'affaire ApiariusTrès sûrConcile de Carthage 419
Il meurt fin décembre 418 et est enterré près de saint LaurentTrès solideSaint-Siège, Liber Pontificalis, Catholic Encyclopedia

La formule de synthèse

Saint Zosime est le pape d'un pontificat bref, heurté et doctrinalement décisif. Il n'a pas la majesté de Léon le Grand, ni l'équilibre institutionnel d'Innocent I. Il montre plutôt l'Église en train de discerner sous pression : une hérésie sait parler catholique, des évêques africains veillent avec vigueur, Rome hésite puis tranche, et la grâce du Christ est confessée contre une autonomie humaine qui voudrait se sauver elle-même.

Son article doit donc éviter deux erreurs inverses : le blanchir comme si tout avait été simple, ou l'utiliser contre la papauté comme si une hésitation disciplinaire annulait la charge de Pierre. Zosime est plus intéressant que ces caricatures. Il oblige à voir comment la Providence passe par des médiations réelles : lettres, synodes, corrections, signatures, résistances et obéissance finale à la vérité.

Pour aller plus loin

  • Pape saint Innocent I (401-417) — prédécesseur immédiat de Zosime, premier confirmateur romain du dossier anti-pélagien.
  • Saint Boniface I — successeur de Zosime, élu dans la crise Boniface-Eulalius.
  • Saint Augustin — acteur décisif de la controverse pélagienne.
  • Les hérésies des premiers siècles — contexte doctrinal du pélagianisme.
  • Le baptême des bébés — enjeu doctrinal central des canons africains.
  • L'infaillibilité du pape — pour distinguer magistère définitif, discipline et décisions prudentielles.

Notes et références

  1. Martyrologium Romanum, édition 2004, au 26 décembre (après la fête de saint Étienne, n° 1) : « 4. At Rome on the Via Tiburtina, near blessed Lawrence, the deposition of Saint Zosimus, pope. » (traduction anglaise, Boston Catholic Journal). Il s'agit d'une depositio inscrite au martyrologe, non d'une fête ou mémoire au calendrier romain général.

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  2. Saint-Siège, fiche officielle « Zosimus », revérifiée le 4 octobre 2026 : « 41st Pope of the Catholic Church », début du pontificat le 18.III.417, fin le 26.XII.418, naissance en Grèce. La fiche ne mentionne aucune mémoire liturgique : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/zosimo.html.

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  3. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Zosimus », The Catholic Encyclopedia, vol. 15, New York, Robert Appleton Company, 1912 (avec Nihil Obstat du 1er octobre 1912 et Imprimatur du cardinal Farley) ; texte intégral repris sur New Advent, page relue le 4 octobre 2026 : https://www.newadvent.org/cathen/15764c.htm. Les citations françaises de l'article sont des traductions rédactionnelles ; original anglais du passage cité : « Thus, finally, the occupant of the Apostolic See at the right moment maintained with all authority the traditional dogma of the Church, and protected the truth of the Church against error. » Kirsch donne Innocent mort le 12 mars 417, la consécration de Zosime le 18 mars en présence de Patrocle, la lettre à Patrocle dès le 22 mars, Arles substituée à Trèves en 400 et le différend avec Vienne, Narbonne et Marseille apaisé seulement sous Léon I.

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  4. Saint Augustin, Contra duas epistolas Pelagianorum (Against Two Letters of the Pelagians), vers 420, dédié au pape Boniface I : Augustin répond aux accusations des évêques pélagiens qui avaient refusé de souscrire la Tractoria de Zosime. Traduction anglaise NPNF, texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/1509.htm.

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  5. Zosime, lettre Quamvis Patrum traditio aux évêques africains, 21 mars 418 (« Data XII kalend. April. », an 418), texte latin dans Patrologia Latina 20 (éd. Migne ; le repère de la col. 678 figure à hauteur du passage cité), repris sur Wikisource, page relue le 4 octobre 2026 : https://la.wikisource.org/wiki/Epistolae_et_decreta_%28Zosimus%29. Les citations françaises de l'article sont des traductions rédactionnelles ; latin : « Numquam temere quae sunt diu tractanda sinuntur ; nec sine magna deliberatione statuendum est, quod summo debet disceptari judicio. » et « Idcirco noverit vestra fraternitas, nihil nos post illas quas superius vel litteras vestras accepimus immutasse, sed in eodem cuncta reliquisse statu, in quo dudum fuerant... » La lettre à Patrocle sur Arles porte pour sa part « Data XI kalendas Apriles (Anno 417, Martii 22) », soit le 22 mars 417 (même page Wikisource).

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  6. Sur le fond doctrinal : concile de Carthage (418), canons sur le péché originel, le baptême des enfants et la nécessité de la grâce intérieure du Christ, DS 222-230 ; saint Augustin, Contra duas epistolas Pelagianorum, v. 420. Pour aller plus loin, voir l'article Ignispedia Les hérésies des premiers siècles.

    6
  7. Concile de Carthage XVI, 1er mai 418, huit à neuf canons contre le pélagianisme, traditionnellement repris dans Denzinger-Schönmetzer DS 222-230 ; édition critique : Charles Munier, Concilia Africae A. 345 - A. 525, Corpus Christianorum, Series Latina 149, Turnhout, Brepols, 1974, p. 67-78. Traduction anglaise des canons (Schaff, NPNF2-14, can. 108-116 du Code africain) sur New Advent : sur la grâce, can. 113 — « It seemed good that whosoever should say that the grace of justification was given to us only that we might be able more readily by grace to perform what we were ordered to do through our free will ; as if though grace was not given, although not easily, yet nevertheless we could even without grace fulfil the divine commandments, let him be anathema. For the Lord spoke concerning the fruits of the commandments, when he said : Without me you can do nothing, and not Without me you could do it but with difficulty. » (citation française de l'article : traduction rédactionnelle).

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  8. Effectifs du 1er mai 418 : Wace (éd.), Dictionary of Christian Biography and Literature, 1911, art. « Pelagianism and Pelagius » — « On May 1, 418, a full council of the African church, composed of 214 (others say 224) bishops, held in the basilica of Faustus at Carthage, Aurelius presiding... formulated nine canons » (https://en.wikisource.org/wiki/Page:Dictionary_of_Christian_Biography_and_Literature_(1911).djvu/842) ; Warfield, Introductory Essay on Augustin and the Pelagian Controversy (NPNF, 1re série, t. 5) — « a plenary council of about two hundred bishops met at Carthage, and in nine canons condemned all the essential features of Pelagianism » (https://ccel.org/ccel/schaff/npnf105/npnf105.v.ii.ii.html). Le chiffre de 217 n'appartient pas à ce synode : c'est celui de la collection de 419, « The Canons of the CCXVII Blessed Fathers who assembled at Carthage... A.D. 419 » (Schaff, NPNF2-14 ; https://ccel.org/ccel/schaff/npnf214.xv.iv.i.html). Voir aussi Fourth Century Christianity, « Council of Carthage (AD 418) » : https://www.fourthcentury.com/council-of-carthage-ad-418/.

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  9. Liber Pontificalis, notice XLIII, Zosimus (417-418), éd. Duchesne, t. I, p. 225 (référence donnée par Kirsch dans sa bibliographie). Texte latin : « ZOSIMUS, natione Grecus, ex patre Abramio, sedit ann. I m. III d. XI... fecit constitutum ut diacones leva tecta haberent de palleis linostimis ; et per parrocia concessa licentia cereum benedici. Et praecepit ut nullus clericus in poculum publicum propinaretur, nisi tantum cellae fidelium, maxime clericorum... Qui etiam sepultus est via Tiburtina, iuxta corpus beati Laurenti martyris, VII kal. ianuar. » (https://fontistoriche.org/papa-zosimo/). Une partie de la tradition manuscrite donne une durée aberrante d'environ sept ans (double leçon reproduite dans l'édition Loomis, d'après Duchesne). Traduction anglaise Louise Ropes Loomis, The Book of Popes, New York, Columbia University Press, 1916, p. 88-90 (notice Zosime et notes ; numérisation du même exemplaire Cornell vérifiée au texte le 4 octobre 2026 : https://archive.org/details/cu31924006163897).

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  10. Kirsch écrit mot à mot que Hero fut « forcibly and unjustly removed by the imperial general Constantine » et que Patrocle « enjoyed the support of the commander Constantine » (Kirsch, Catholic Encyclopedia, vol. 15, 1912, art. « Pope St. Zosimus », page New Advent citée en [^cathen-zosimus]) : confusion entre le général et l'usurpateur Constantin III, éliminé en 411. Sur le général : Flavius Constantius, général d'Honorius, maître de la milice en 411, tombeur de l'usurpateur Constantin III à Arles la même année, époux de Galla Placidia en 417 puis empereur en 421 (mort le 2 septembre 421) : fiche Constantius III sur museum-digital (https://global.museum-digital.org/people/65768, page relue le 4 octobre 2026) et recoupement encyclopédique du même jour pour le mariage de 417. Sur la succession d'Arles (Hero déposé, Patrocle installé) : Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. I, Paris, 1891, p. 93 sqq. (référence donnée par Kirsch lui-même). Réserve explicite : l'identification du général au futur Constance III est celle des secondaires consultés ; le PLRE n'ayant pas été collationné à l'édition, elle est maintenue sous cette réserve.

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  11. Séquence décret du 30 avril – synode du 1er mai attestée par les sources lues : Warfield, Introductory Essay on Augustin and the Pelagian Controversy (NPNF, 1re série, t. 5, page relue le 4 octobre 2026 : https://ccel.org/ccel/schaff/npnf105/npnf105.v.ii.ii.html) — lettre de Zosime du 21 mars 418 reçue en Afrique le 29 avril, décret impérial de Ravenne le lendemain ordonnant le bannissement de Pelage et Célestius, concile plénier d'environ deux cents évêques à Carthage le 1er mai en neuf canons. The Oxford Handbook of the Pelagian Controversy, éd. A. Dupont, G. Malavasi et B. Matz, Oxford, 2025, chap. 5 (W. Löhr, « The First Phase of the Controversy: From the Outbreak up to Zosimus' Epistula tractoria », Oxford Academic, DOI 10.1093/oxfordhb/9780192855398.013.0005) : existence du volume et du chapitre vérifiée le 4 octobre 2026, contenu non consulté (accès réservé) et non utilisé pour établir la séquence.

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  12. Catholic Culture, « Against Two Letters of the Pelagians », notice introductive : l'ouvrage répond à Julien d'Éclane et aux évêques qui refusèrent la Tractoria de Zosime condamnant le pélagianisme. https://www.catholicculture.org/culture/library/fathers/view.cfm?recnum=3312.

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  13. Concile de Carthage, 419, dossier Apiarius et commonitorium de Zosime lu par les légats romains ; discussion des canons attribués à Nicée mais correspondant à Sardique. Texte anglais NPNF (Schaff, NPNF2-14) sur New Advent, page relue le 4 octobre 2026 : https://www.newadvent.org/fathers/3816.htm. Le commonitorium, lu par le notaire Daniel : « To our brother Faustinus and to our sons, the presbyters Philip and Asellus, Zosimus, the bishop. You well remember that we committed to you certain businesses, and now [we bid you] carry out all things as if we ourselves were there (for), indeed, our presence is there with you... » (citation française de l'article : traduction rédactionnelle). Suit le canon V de Sardique, pris à tort pour un canon de Nicée.

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  14. Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, ch. 4 (18 juillet 1870 ; DS 3074) : l'infaillibilité vise le pontife parlant ex cathedra, non les jugements sur des personnes, les lettres de procédure ou les décisions administratives (texte sur vatican.va). Pour aller plus loin, voir l'article Ignispedia L'infaillibilité du pape.

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