Le baptême des nourrissons — ou pédobaptisme, du grec pais, enfant — est depuis la Réforme du XVIe siècle l'une des grandes lignes de fracture entre l'Église catholique et les communautés protestantes crédobaptistes (baptistes, évangéliques). L'objection est formulée avec une apparente clarté : nulle part dans le Nouveau Testament un nourrisson n'est baptisé explicitement ; les modèles néotestamentaires décrivent des adultes qui croient puis sont baptisés ; la pratique serait donc une dérive médiévale ou, au mieux, une invention du IIIe siècle.
Le problème de cette reconstruction est qu'elle se heurte de front à la réalité historique. Les premières sources chrétiennes qui abordent le sujet — Tertullien vers 200, Hippolyte vers 215, Origène vers 233-248 — traitent le baptême des enfants comme une pratique déjà établie et communément admise, non comme une nouveauté à promouvoir. Irénée de Lyon, vers 180, n'en donne qu'un indice débattu : il énumère les nourrissons parmi ceux qui « renaissent en Dieu », sans nommer le baptême.[1] Origène, l'un des théologiens les plus rigoureux du IIIe siècle, mentionne le baptême des nourrissons à trois reprises dans ses écrits conservés, et affirme dans son Commentaire sur l'Épître aux Romains (V, 9) que l'Église a reçu cette tradition des Apôtres eux-mêmes. Tertullien — seule voix ancienne à recommander un délai — ne conteste pas la légitimité de la pratique : il en discute l'opportunité.
L'enjeu est triple : exégétique (y a-t-il un fondement scripturaire ?), historique (la pratique remonte-t-elle aux origines de l'Église ?) et théologique (quelle vision de la grâce, du péché originel et de l'Alliance de Dieu est impliquée ?). La réponse catholique — rejointe sur le baptême des nourrissons lui-même par les Réformateurs Luther et Calvin, qui l'ont maintenu contre les anabaptistes tout en donnant à la grâce sacramentelle un fondement différent — est que le baptême des nourrissons repose sur une cohérence profonde entre l'Alliance abrahamique, la doctrine du péché originel, la nécessité universelle de la régénération baptismale et la pratique constante de l'Église depuis ses premières générations.
L'objection crédobaptiste présentée honnêtement
L'argument central : "croire, puis être baptisé"
Le crédobaptisme — doctrine baptisant uniquement les adultes ou adolescents capables de professer leur foi — s'appuie sur un fait incontestable : les baptêmes décrits dans les Actes des Apôtres suivent un schéma récurrent. Pierre annonce : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés. »[2] À l'eunuque qui demande à être baptisé, une variante textuelle portée notamment par le Codex Laudianus ajoute : « Si tu crois de tout ton cœur, c'est possible. »[3] L'ordre semble toujours le même : annonce de l'Évangile → conversion → baptême. Le baptême d'un nourrisson incapable de foi consciente paraît donc inverser le schéma voulu par le Christ lui-même.
Les textes invoqués contre le pédobaptisme
Les crédobaptistes mobilisent plusieurs textes :
| Texte | Argument soulevé |
|---|---|
| Marc 16, 16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » | La foi précède le baptême |
| Matthieu 28, 19 : « De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » | Faire des disciples précède le baptême |
| Actes 2, 41 : « Ceux qui accueillirent sa parole furent baptisés » | Compréhension requise |
| Actes 8, 12 : « Ils crurent [...] et se firent baptiser » | Foi individuelle explicite |
| Actes 18, 8 : « Crispus crut [...] et toute sa maison » | Même les membres de la maison ont cru |
Ces textes sont réels et leur force argumentative doit être reconnue. Ils décrivent le baptême dans un contexte missionnaire : des adultes qui entendent l'Évangile pour la première fois et y répondent.
L'argument historique : une pratique tardive ?
L'argument historique crédobaptiste prend une forme précise : le baptême des nourrissons n'est attesté explicitement qu'à partir de Tertullien (~200) et d'Hippolyte (~215), soit deux siècles après les Apôtres. Les textes du Ier siècle (Didachè, Ignace, Clément de Rome, Polycarpe) n'en parlent pas. La pratique serait donc une innovation de l'Église sub-apostolique, pas un héritage apostolique.
C'est précisément ce point que les sources patristiques elles-mêmes contredisent — nous y reviendrons. Mais l'argument mérite d'être pris au sérieux plutôt que balayé.
Ce que le Nouveau Testament dit du baptême et des enfants
Jean 3, 5 — la nécessité universelle de la renaissance
« Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » — Jésus à Nicodème, Évangile de Jean 3, 5[4]
Ce texte est le fondement théologique du baptême des nourrissons dans toute la tradition catholique. Sa logique est universelle : personne ne peut entrer dans le Royaume sans naître de l'eau et de l'Esprit — le grec dit ean mē tis gennēthē ex hydatos kai pneumatos, « si quelqu'un ne naît d'eau et d'Esprit », et Jésus s'adresse à Nicodème au singulier (je te le dis). Si les enfants peuvent entrer dans le Royaume — ce que Jésus affirme explicitement en Matthieu 18, 3 et 19, 14 — ils ont donc accès au baptême. Raisonner autrement créerait une contradiction interne dans l'enseignement de Jésus lui-même.
La patrologie confirme ce lien : les Pères qui commentent Jean 3, 5 — Justin Martyr, Tertullien, Cyprien, Jean Chrysostome, Augustin — l'interprètent comme une référence au sacrement baptismal.[5] Origène en tire l'argument le plus serré :
« En l'Église, le baptême est donné pour la rémission des péchés. Et selon l'usage de l'Église, le baptême est donné même aux nourrissons. S'il n'y avait rien dans les nourrissons qui requière la rémission des péchés, la grâce du baptême leur semblerait superflue. » — Origène, Homélies sur le Lévitique, VIII, 3 (vers 248)[6]
Actes 2, 38-39 — la promesse explicitement étendue aux enfants
Le jour de la Pentecôte, Pierre proclame :
« Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants (hymin estin hē epangelia kai tois teknois hymōn) et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » — Actes des Apôtres 2, 38-39 (Traduction liturgique)[7]
Le terme grec tekna (enfants, descendance) est ici significatif : en prononçant la formule « la promesse est pour vous, pour vos enfants », Pierre reprend le langage des promesses d'alliance de l'Ancien Testament — comme en Genèse 17, 7 : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance. »[8] Le rapprochement est thématique : dans les deux cas, la promesse de Dieu englobe explicitement la descendance, nourrissons inclus.
Les cinq baptêmes de maisonnées
Le Nouveau Testament mentionne cinq cas de baptêmes de « maisonnées » entières (oikos en grec). Ces cas constituent un argument cumulatif : aucun ne prouve mécaniquement la présence de nourrissons, mais leur convergence révèle une logique culturelle et ecclésiale cohérente.
| Passage | Chef de famille | Formulation |
|---|---|---|
| Actes 10, 2 ; 11, 14 (baptême en 10, 47-48) | Corneille (centurion romain) | « avec toute sa maison » (10, 2 : syn panti tō oikō autou) ; « tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (11, 14) |
| Actes 16, 15 | Lydie (marchande de pourpre) | « elle et sa maison » |
| Actes 16, 31-34 | Geôlier de Philippes | « lui et toute sa maison » (autos kai hoi autou pantes) |
| Actes 18, 8 (baptême de Crispus : 1 Co 1, 14) | Crispus (chef de synagogue) | « crut au Seigneur avec toute sa maison » (syn holō tō oikō autou) — la foi de la maison, non son baptême, est explicite |
| 1 Corinthiens 1, 16 | Stéphanas | « la maison de Stéphanas » |
Dans le monde gréco-romain du Ier siècle, le paterfamilias représentait tous les membres de son foyer : épouse, enfants en bas âge, serviteurs et leurs enfants, parfois des esclaves. Quand le chef de famille changeait d'allégeance religieuse, toute la maisonnée suivait — c'est une réalité sociologique documentée, non une inférence arbitraire.[9] Le Catéchisme de l'Église catholique note sobrement : « il est bien possible que, dès le début de la prédication apostolique, lorsque des "maisons" entières ont reçu le Baptême, on ait aussi baptisé les enfants. »[10]
L'argument de la maisonnée ne repose pas sur un cas isolé mais sur cinq cas concordants, tous dans un contexte culturel où l'oikos incluait structurellement des enfants en bas âge.
"Laissez les petits enfants venir à moi" (Matthieu 19, 13-15)
« On lui amena alors des petits enfants pour qu'il leur impose les mains et prie pour eux ; mais les disciples les repoussaient. Jésus dit : Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas (mē kōlyete) de venir à moi, car le Royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent. » — Matthieu 19, 13-15 (cf. Marc 10, 13-16 ; Luc 18, 15-17)[11]
Deux éléments retiennent l'attention des exégètes catholiques et réformés. D'abord, le grec brephos utilisé en Luc 18, 15 désigne spécifiquement les nourrissons (enfants en bas âge portés dans les bras) — un terme plus précis que paidia (jeunes enfants en général) utilisé en Matthieu et Marc. Ensuite, le verbe kōlyein (empêcher, interdire) est le même qu'en Actes 8, 36 où l'eunuque demande : « Qu'est-ce qui empêcherait (ti kōlyei) que je sois baptisé ? »[12] Ce rapprochement verbal, relevé par l'exégèse moderne : si Jésus lui-même dit de ne pas empêcher les nourrissons de venir à lui, et si ce même verbe est associé au baptême, la conjonction est théologiquement significative.
Calvin en tire l'argument : si le Royaume des cieux appartient aux petits enfants, pourquoi leur refuser le signe qui leur en ouvre en quelque sorte la porte dans l'Église — et comment chasser ceux que le Christ appelle à lui ?[13]
L'Alliance de Dieu : de la circoncision au baptême
La logique de l'Alliance abrahamique (Genèse 17)
La clé du débat sur le pédobaptisme est souvent moins biblique que théologique : la nature de l'Alliance de Dieu avec son peuple, et la manière dont elle s'étend aux enfants.
En Genèse 17, Dieu conclut son Alliance avec Abraham en des termes explicitement multigénérationnels :
« J'établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance, de génération en génération ; ce sera une alliance éternelle ; ainsi je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi. » — Genèse 17, 7 (Traduction liturgique)[14]
Le signe de cette alliance — la circoncision — est imposé aux nourrissons mâles le huitième jour, avant toute conscience religieuse possible, avant toute profession de foi. Dieu lui-même institue ce précédent : le signe de l'alliance précède la foi personnelle, il est donné sur la base de l'appartenance familiale à une communauté d'alliance.
Calvin en tire la conclusion logique : l'alliance conclue avec Abraham vaut pour les chrétiens d'aujourd'hui ni plus ni moins que pour le peuple juif d'autrefois — elle est la même en réalité et en substance — et le signe de l'alliance ne saurait donc être refusé aux enfants des chrétiens.[15]
Colossiens 2, 11-12 — la circoncision du Christ
« En lui, vous avez reçu une circoncision qui n'est pas celle que pratiquent les hommes, mais celle qui réalise l'entier dépouillement de votre corps de chair ; telle est la circoncision qui vient du Christ. Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l'a ressuscité d'entre les morts. » — Colossiens 2, 11-12 (Traduction liturgique)[16]
Paul établit ici une correspondance explicite entre la circoncision et le baptême. Les deux sont des signes d'alliance opérant une réalité spirituelle — incorporation à l'alliance de Dieu — qui dépasse la simple déclaration extérieure. Ni la circoncision ni le baptême ne requièrent la compréhension consciente du bénéficiaire : tous deux sont des actes divins signifiés et scellés dans le corps du croyant ou de l'enfant du croyant.
La Nouvelle Alliance est-elle plus restrictive que l'Ancienne ?
L'objection baptiste soutient que la Nouvelle Alliance est qualitativement différente de l'Ancienne : elle serait fondée sur une connaissance personnelle de Dieu (Jérémie 31, 31-34 : « ils me connaîtront tous ») et ne pourrait donc être héréditaire. Mais cette lecture confond deux choses : la promesse de la Nouvelle Alliance — la connaissance parfaite de Dieu, qui ne s'accomplira pleinement qu'à la fin des temps — et les conditions d'entrée dans l'Église d'aujourd'hui, qui chemine encore vers cet accomplissement. Le Nouveau Testament enseigne clairement que même sous la Nouvelle Alliance, la foi demeure une réalité qui grandit peu à peu, non un état adulte acquis d'un coup. Si la Nouvelle Alliance exigeait une connaissance personnelle adulte de Dieu comme condition préalable au signe, elle priverait les enfants d'une grâce que l'Ancienne Alliance leur accordait — ce qui serait paradoxal pour une alliance présentée comme plus généreuse et plus universelle.
Le péché originel et l'urgence de la régénération baptismale
Romains 5, 12-19 — l'universalité de la blessure adamique
« Comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue à tous les hommes, parce que tous ont péché... » — Romains 5, 12[17]
La doctrine du péché originel est le fondement théologique du baptême des nourrissons dans la tradition catholique. Les nourrissons n'ont commis aucun péché personnel ; ils ne sont donc pas coupables comme des adultes qui choisissent délibérément le mal. Mais ils naissent dans une humanité blessée, privée de la sainteté originelle conférée à Adam — une réalité que Paul appelle la « condamnation venue de la faute d'un seul » (Rm 5, 18). Augustin utilisera précisément ce fait contre Pélage, en partant du baptême pour remonter au péché originel : puisque l'Église baptise les nourrissons pour la rémission des péchés, c'est qu'il y a en eux un péché à remettre — non un péché qu'ils auraient commis eux-mêmes, mais celui qu'ils ont hérité d'Adam. C'est ce raisonnement que les évêques africains réunis à Carthage (418) consacreront en anathème conciliaire.
La grâce prévenante et la liberté divine de Dieu
La logique profonde du pédobaptisme repose sur ce que la théologie catholique appelle la grâce prévenante : Dieu agit en premier, avant tout mérite ou toute décision humaine. Le salut n'est pas une récompense accordée à la foi ; la foi elle-même est un don de Dieu qui précède toute œuvre humaine. Dans cette perspective, il serait contradictoire d'exiger que l'enfant produise d'abord la foi pour recevoir ensuite la grâce — comme si la grâce était la récompense d'un effort de l'enfant impossible à fournir.
Le Catéchisme de l'Église catholique résume ce point de façon décisive :
« La pure gratuité de la grâce du salut est particulièrement manifeste dans le Baptême des enfants. L'Église et les parents priveraient dès lors l'enfant de la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu s'ils ne lui conféraient le Baptême peu après la naissance. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1250[18]
Saint Augustin tire de ce primat de la grâce son fameux raisonnement contre les pélagiens : si l'enfant ne pouvait pas recevoir la grâce avant la foi adulte, l'amour de Dieu serait subordonné à un mérite humain. Or l'Évangile inverse l'ordre : c'est la grâce qui rend possible la foi, non l'inverse.
« Le nourrisson, bien qu'il n'ait pas encore la foi qui suppose le consentement volontaire de celui qui croit, devient cependant croyant par le sacrement de cette foi. Car de même qu'on répond qu'il croit, de même est-il appelé croyant — non parce qu'il adhère à la vérité par un acte de son propre jugement, mais parce qu'il reçoit le sacrement de cette vérité. » — Saint Augustin, Lettre 98, § 9-10 (à l'évêque Boniface, vers 408)[19]
L'image de la greffe : la grâce avant la compréhension
Une image souvent employée — à titre d'illustration, non comme preuve d'Écriture — décrit le baptême comme une greffe réalisée sur le jeune arbre avant qu'il puisse choisir : la vie divine est introduite par un acte de Dieu, et l'enfant aura toute sa vie pour la faire croître. L'image s'inspire de saint Paul, qui compare l'entrée des païens dans le peuple de Dieu à un olivier sauvage greffé sur le tronc d'Israël (Rm 11, 17-24) : Paul y parle de l'entrée des nations dans l'Alliance, non du baptême des enfants. La vie n'attend pas la compréhension de celui qui la reçoit pour être réelle ; il en va de même de la naissance biologique, qui précède toute conscience de soi sans que personne ne la juge pour autant invalide. Refuser le baptême à l'enfant au nom d'une compréhension qu'il ne peut pas encore avoir reviendrait, sur le plan spirituel, à refuser l'allaitement à un nourrisson au prétexte qu'il n'a pas demandé à naître.
Les Pères de l'Église : une pratique attestée dès les IIe-IIIe siècles
Le dossier patristique est l'argument historique décisif. Si le baptême des nourrissons avait été une innovation du IIIe siècle, des voix se seraient élevées pour le signaler comme tel — c'est précisément ce que Tertullien fait dans le De oratione (15-16) pour des usages qu'il critique réellement, comme l'affectation de prier le manteau ôté ou l'habitude de s'asseoir sitôt la prière achevée. Au lieu de cela, la chaîne de témoignages depuis ~180 jusqu'au Ve siècle s'accorde sur la légitimité de la pratique — avec deux nuances à signaler honnêtement : Tertullien recommande de différer le baptême des petits enfants, et Grégoire de Nazianze conseille d'attendre en général l'âge d'environ trois ans hors danger de mort — et plusieurs textes affirment positivement sa provenance apostolique.
La frise condense la séquence documentaire : Irénée donne le vocabulaire de la renaissance, Tertullien atteste la discussion africaine sans contester le principe, la Tradition apostolique (texte attribué à Hippolyte, attribution discutée par l'érudition récente) fixe une rubrique liturgique du début du IIIe siècle, Origène mentionne la pratique à trois reprises et en affirme la provenance apostolique dans son Commentaire sur les Romains, Cyprien et son concile africain règlent la question du délai, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome attestent la pratique grecque, et Augustin avec Carthage en fait un argument dogmatique contre Pélage. Aucun des Pères ne présente jamais la pratique comme une nouveauté à introduire ni comme une innovation à corriger : tous parlent d'une coutume reçue.
- vers 180-189Irénée de Lyon — les nourrissons 'renati in Deum'
Dans son traité Contre les Hérésies, Irénée développe sa théologie de la récapitulation : le Christ est venu sanctifier chaque âge de la vie humaine. Il énumère les nourrissons parmi ceux qui renaissent en Dieu (renati in Deum) — sans nommer le baptême : indice débattu, défendu par la lecture catholique et contesté par les auteurs crédobaptistes (voir ci-dessous).
- vers 200-206Tertullien — premier témoin de la discussion
Tertullien discute dans De Baptismo XVIII de l'opportunité de baptiser les enfants. Il recommande d'attendre, mais ne conteste pas la légitimité de la pratique. Sa formulation suppose que le baptême des enfants est déjà une coutume établie.
- vers 215La Tradition apostolique — rubrique liturgique explicite
Le texte dit Tradition apostolique (attribué à Hippolyte de Rome, attribution discutée) est la première rubrique liturgique décrivant le baptême des enfants comme première étape de la cérémonie baptismale.
- vers 233-248Origène — 'tradition reçue des Apôtres' (trois témoignages)
Origène mentionne à trois reprises le baptême des enfants et le qualifie, dans son Commentaire sur les Romains, de tradition apostolique reçue par l'Église. Son argumentation théologique lie explicitement cette pratique à la doctrine du péché originel.
- 253Cyprien et le concile africain — 66 évêques unanimes
En réponse à une question sur le délai du baptême, 66 évêques réunis autour de Cyprien de Carthage affirment unanimement qu'il faut baptiser les enfants dès les premiers jours de vie, sans délai.
- 381-390Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome
Deux grandes voix grecques du IVe siècle, toutes deux orientales — Grégoire à Constantinople (381), Chrysostome prêtre à Antioche (vers 390) — attestent la pratique dans leurs écrits catéchétiques et liturgiques.
- 400-418Augustin, les Pélagiens et le concile de Carthage
Augustin s'appuie sur le baptême des nourrissons comme sur une donnée ecclésiale universelle dans son débat contre Pélage. Le concile de Carthage de 418 condamne ceux qui nient la nécessité du baptême pour les enfants.
Irénée de Lyon (vers 180-189)
Irénée de Lyon, disciple de Polycarpe de Smyrne lui-même disciple de l'apôtre Jean, est le premier témoin invoqué dans le dossier du baptême des nourrissons. Dans son traité Contre les Hérésies (vers 180-189), développant sa théologie de la récapitulation — l'idée que le Christ reprend et sanctifie chaque étape de la vie humaine — il écrit :
« Il est venu sauver tous ceux qui renaissent en Dieu par lui : les nourrissons, les enfants, les adolescents, les jeunes gens et les vieillards. » — Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, II, 22, 4 (vers 180-189)[20]
Le texte ne nomme pas le baptême : sa valeur probante dépend de l'identification de renasci in Deum avec le baptême. Cette identification est défendue par Wall, par les éditeurs des Ante-Nicene Fathers et par Neander — pour qui le terme de régénération, appliqué à cet âge, ne peut guère désigner que le baptême — et elle est contestée par les auteurs crédobaptistes. Elle est étayée, sans être rendue explicite ici, par le fait qu'Irénée identifie par ailleurs la charge apostolique de baptiser à un « pouvoir de régénération en Dieu » (Contre les Hérésies, III, 17, 1). Son appartenance directe à la chaîne apostolique (Jean → Polycarpe → Irénée) donne à cet indice un poids réel, sans en faire une attestation explicite.[21]
Tertullien (vers 200) — le premier témoin de la discussion
Tertullien de Carthage (~155-220) est le seul Père des IIe-IIIe siècles à recommander de différer le baptême des enfants. Son texte mérite d'être lu soigneusement, dans l'ordre et sans en masquer les coupes :
« Ainsi donc, selon la condition, la disposition et même l'âge de chacun, il est plus utile de différer le baptême — surtout pour les tout petits (parvulos). […] Le Seigneur dit bien : "Ne les empêchez pas de venir à moi." Qu'ils viennent donc pendant qu'ils grandissent, pendant qu'ils apprennent, pendant qu'on leur enseigne où ils viennent : qu'ils deviennent chrétiens quand ils pourront connaître le Christ. Pourquoi l'âge de l'innocence se hâterait-il vers la rémission des péchés ? […] » — Tertullien, De Baptismo, XVIII (vers 198-206)[22]
Deux phrases coupées ci-dessus méritent l'attention. D'abord, Tertullien s'inquiète des parrains : « À quoi bon exposer aussi les parrains au danger ? Car eux aussi peuvent manquer à leurs promesses en mourant, ou se tromper sur les mauvaises dispositions qui se développeront » (quid enim necesse [...] sponsores etiam periculo ingeri). Cette phrase prouve justement que la pratique existait : on ne s'inquiète pas des parrains d'enfants qu'on ne baptise pas. Ensuite, Tertullien cite lui-même la parole du Seigneur : « Ne les empêchez pas de venir à moi » (Nolite illos prohibere ad me venire).
Ce que l'opposition de Tertullien prouve
L'argument de Tertullien est fondamental pour l'apologétique en faveur du pédobaptisme. Sa logique est celle d'un conseiller qui dit « attendons », non d'un théologien qui dit « c'est illégitime ». Plusieurs points sont décisifs :
Premier point : Tertullien ne prétend jamais que le baptême des enfants est invalide ou contraire à l'Écriture. Il argumente sur l'opportunité (il vaut mieux attendre que les enfants puissent comprendre), non sur la légitimité de principe.
Deuxième point : La forme même de son argumentation suppose que la pratique est déjà répandue et communément admise. On ne cherche pas à dissuader une pratique inexistante ou marginale. Si le baptême des enfants avait été une innovation récente, Tertullien l'aurait dit — c'est précisément ce qu'il fait pour d'autres pratiques qu'il juge non apostoliques.
Troisième point : Tertullien est resté isolé. Aucun autre Père de l'Église des IIe-IIIe siècles ne l'a suivi sur ce point. Cyprien de Carthage, dans la même Église d'Afrique du Nord un demi-siècle plus tard, contredisait radicalement sa prudence, avec 66 évêques africains à ses côtés.
La Tradition apostolique (vers 215)
La Tradition apostolique — texte attribué à Hippolyte de Rome (vers 215), attribution que l'érudition récente discute (voir notamment P. Bradshaw, M. Johnson et L. Phillips, 2002) — contient la description liturgique la plus ancienne et la plus explicite du baptême des enfants. Ce texte n'est pas une réflexion théologique abstraite mais une rubrique liturgique — c'est-à-dire une instruction pratique pour la célébration du sacrement dans une Église du début du IIIe siècle, traditionnellement identifiée à Rome :
« On baptisera en premier les petits enfants. Tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront. Quant à ceux qui ne peuvent pas parler, leurs parents parleront pour eux, ou quelqu'un de leur famille. » — Tradition apostolique, 21, 4 (vers 215, trad. fr. d'après Dom Bernard Botte)[23]
Le détail procédural sur les parents qui « parlent pour » les enfants incapables de répondre montre que la pratique est non seulement établie mais organisée rituellement — avec des rôles définis pour les cas où le baptisé ne peut pas s'exprimer. Ce passage (21, 4) n'est pas conservé dans le texte latin du palimpseste de Vérone, lacunaire à cet endroit : il nous est parvenu par les versions orientales (notamment éthiopienne), et tout « texte latin » qu'on en donne est une rétroversion moderne à manier comme telle.[24]
Origène d'Alexandrie (vers 233-248) — "tradition reçue des Apôtres"
Origène (~185-254) est le théologien le plus important de son époque. Il mentionne le baptême des nourrissons à trois reprises dans les écrits qui nous sont parvenus. Seul le deuxième passage parle explicitement de tradition apostolique ; les deux autres invoquent l'usage de l'Église et l'universalité du péché.
Premier témoignage — Homélies sur le Lévitique, VIII, 3 (vers 248) :
« Dans l'Église, le baptême est donné pour la rémission des péchés. Et selon l'usage de l'Église (secundum Ecclesiae observantiam), le baptême est donné même aux nourrissons. S'il n'y avait rien dans les nourrissons qui requière la rémission des péchés, la grâce du baptême leur semblerait superflue. » — Origène, Homélies sur le Lévitique, VIII, 3[25]
Deuxième témoignage — Commentaire sur l'Épître aux Romains, V, 9 (vers 243-246) :
« L'Église a reçu des Apôtres la tradition de donner le baptême même aux nourrissons. Les Apôtres, à qui avaient été confiés les secrets des mystères divins, savaient qu'il y a en chacun des souillures innées du péché, qui doivent être lavées par l'eau et l'Esprit. » — Origène, Commentaire sur l'Épître aux Romains, V, 9[26]
Troisième témoignage — Homélies sur Luc, XIV, 5 : Origène y parle du baptême des petits enfants, en demandant quelle autre raison il y aurait de les baptiser, sinon que nul n'est pur de toute souillure, même s'il n'a vécu qu'un seul jour sur la terre.[27]
Cyprien de Carthage et le concile africain (253)
En 253, un évêque africain nommé Fidus consulta Cyprien de Carthage sur la question suivante : doit-on attendre le huitième jour après la naissance pour baptiser un enfant, par analogie avec la circoncision juive (Lv 12, 3) ? Cyprien réunit 66 évêques en concile et répondit par sa célèbre Lettre LXIV (Epistula ad Fidum).
Ce texte est apologétiquement capital pour deux raisons. Premièrement, la question posée n'est pas « peut-on baptiser les enfants ? » mais « quand faut-il les baptiser ? » — preuve que la légitimité du principe était universellement admise dans toute l'Afrique du Nord chrétienne de 253. Deuxièmement, la réponse unanime de 66 évêques représente une attestation géographiquement considérable de la pratique.
« En ce qui concerne les nourrissons : il n'est pas dans notre pouvoir d'empêcher un seul être né d'homme de recevoir la miséricorde et la grâce de Dieu. [...] Si même aux plus grands pécheurs, lorsqu'ils croient par la suite, est accordée la rémission des péchés, et si personne n'est empêché d'accéder au baptême et à la grâce, à combien plus forte raison ne faut-il pas empêcher le nourrisson qui, nouvellement né, n'a commis aucun péché par lui-même, sinon que, né de la chair selon Adam, il a contracté la contagion de l'ancienne mort par sa première naissance même. » — Saint Cyprien de Carthage, Lettre LXIV à Fidus, § 2-5 (253 ap. J.-C.)[28]
Le concile décide à l'unanimité de ne pas attendre le huitième jour mais de baptiser « dès le deuxième ou troisième jour » après la naissance. La miséricorde divine ne saurait être refusée à quiconque naît d'un être humain.
Les grandes voix du IVe-Ve siècle
Grégoire de Nazianze (381)
Grégoire de Nazianze, l'un des trois grands Cappadociens, aborde la question dans son discours Sur le saint baptême (Oraison 40), prêché à Constantinople le 6 janvier 381, avec nuance : il presse les mères de faire baptiser leurs enfants dès que possible (§ 17), tout en conseillant en général d'attendre qu'ils aient environ trois ans pour qu'ils commencent à retenir quelque chose — sauf si leur vie est en danger, auquel cas il faut les baptiser sans attendre (§ 28).
« Que le nourrisson soit sanctifié dès l'enfance ; dès la tendre enfance, consacrons-le à l'Esprit. » — Grégoire de Nazianze, Oraison 40, 17 (381)[29]
Jean Chrysostome (vers 390)
Jean Chrysostome, alors prêtre à Antioche (il ne deviendra patriarche de Constantinople qu'en 398), témoigne dans ses Catéchèses baptismales, prêchées à Antioche vers 390, de la pratique antiochienne de la fin du IVe siècle :
« Nous baptisons également les nourrissons, bien qu'ils ne soient pas tachés de péchés personnels, afin qu'ils reçoivent sainteté, justice, adoption filiale, héritage, fraternité avec le Christ et qu'ils deviennent membres de son Corps. » — Jean Chrysostome, Catéchèses baptismales, III, 6 (Antioche, vers 390)[30]
Augustin d'Hippone et le débat pélagien (400-418)
Augustin d'Hippone (354-430) donne au pédobaptisme sa formulation théologique la plus approfondie dans le contexte du débat pélagien. Pélage niait tout péché hérité d'Adam : selon lui, les enfants naissaient sans péché, et le baptême leur donnait l'entrée dans le Royaume des cieux — non la rémission d'un péché originel. Quant aux enfants morts sans baptême, les pélagiens leur promettaient la vie éternelle, mais hors du Royaume. Augustin retourne l'argument : si l'Église baptise les nourrissons pour la rémission des péchés, c'est précisément parce que le péché originel est une réalité transmise.
« Ce que tient l'Église universelle, qui n'a pas été institué par des conciles mais a toujours été maintenu, est cru à très juste titre comme transmis uniquement par l'autorité apostolique. » — Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas, IV, 24, 31 — appliqué au baptême des enfants au paragraphe suivant (IV, 24, 32)[31]
Et dans le De peccatorum meritis et remissione, il développe l'argument : baptiser les nourrissons pour la rémission des péchés alors qu'ils n'ont commis aucune faute personnelle n'aurait aucun sens s'ils n'avaient hérité d'Adam aucun péché à expier ; c'est donc bien un péché originel transmis que le baptême lave en eux.[32]
Les preuves archéologiques des catacombes
Le dossier patristique est corroboré par les preuves archéologiques des catacombes romaines et africaines. Plusieurs épitaphes paléochrétiennes (IIe-IIIe siècles) attestent le baptême de très jeunes enfants :
L'épitaphe d'Apronianus (catacombe de Priscilla, Rome, vers IIe-IIIe siècle) : un enfant décédé à 1 an, 9 mois et 5 jours, dont la grand-mère demanda à l'Église qu'il quitte ce monde en croyant (fidelis). Le baptême n'est pas nommé explicitement, mais il est impliqué : c'est lui qui fait le croyant.[33]
L'inscription de Zosimus (ancien Musée du Latran — collections transférées aux Musées du Vatican, rouvertes en 1970) : enfant mort à 2 ans, 1 mois et 25 jours, désigné par la formule grecque pistos ek pistōn, « croyant né de croyants » — titre qui suppose qu'il a été baptisé.[34]
L'épitaphe d'Hadrumetum (Afrique du Nord, vers 260) : un enfant décédé 9 heures après sa naissance, dont l'inscription connue (ILCV II 4429A) ne porte que la mention in pace et l'âge — le baptême est une déduction des éditeurs, non une mention explicite.[35]
Ces inscriptions funéraires confirment que le baptême des tout-petits — y compris en situation d'urgence, quand la mort approchait (ce qu'on appelle le baptême des mourants, baptismus clinicorum) — était une réalité pratique de l'Église des IIe-IIIe siècles, non une construction théologique abstraite.
Reste l'objection la plus sérieuse, formulée notamment par E. Ferguson à partir de ces mêmes inscriptions (Journal of Theological Studies 30, 1979) : tous les cas datés placeraient le baptême près de la mort, ce qui suggérerait que le baptême des enfants serait né au IIIe siècle comme baptême d'urgence, avant de devenir la règle. Deux réponses. D'abord, l'instruction romaine Pastoralis actio (20 octobre 1980) rappelle que des inscriptions dès le IIe siècle donnent à de petits enfants le titre d'« enfants de Dieu », titre réservé aux baptisés, ou mentionnent explicitement leur baptême (n. 4, note 3). Ensuite, plusieurs de ces enfants vécurent des mois ou des années après leur baptême supposé — mal baptiserait-on un enfant de deux ans « en urgence » ? L'explication la plus simple reste que l'Église baptisait les petits enfants, et que la mort venait parfois les prendre peu après.
La Réforme maintient le baptême des nourrissons
Luther contre les Anabaptistes (1529)
La Réforme protestante du XVIe siècle aurait pu rompre avec le pédobaptisme — elle ne l'a pas fait. Luther, Zwingli, Calvin, Bucer, Melanchthon : tous les grands Réformateurs ont maintenu le baptême des nourrissons contre les Anabaptistes qui le contestaient depuis 1525. Seuls ces derniers ont rompu avec la pratique commune de tous les chrétiens.
Luther consacre plusieurs sections de son Grand Catéchisme (1529) à répondre aux Anabaptistes. Ses arguments combinent la tradition de l'Église, la théologie de la grâce et une preuve empirique :
« Si Dieu n'acceptait pas le baptême des enfants, il ne donnerait ni le Saint-Esprit ni aucun de ses dons à aucun d'eux ; bref, pendant tout ce long temps jusqu'à aujourd'hui, aucun homme sur cette terre n'aurait pu être chrétien. Or Dieu confirme le baptême par les dons de son Saint-Esprit, comme on le voit manifestement chez certains Pères — saint Bernard, Gerson, Jean Hus et d'autres — qui furent baptisés dans l'enfance. » — Martin Luther, Grand Catéchisme, Baptême, § 49-53 (1529)[36]
Luther ajoute : si Dieu rejetait le baptême des enfants depuis les origines, « alors aucun homme sur cette terre n'aurait pu être chrétien » — argument qui retourne contre les Anabaptistes leur propre prétention à restaurer l'Église primitive.
Calvin et la théologie de l'Alliance
Calvin développe dans le Livre IV des Institutes (1559) l'argument le plus systématique en faveur du pédobaptisme, centré sur la continuité des alliances. Il y consacre un chapitre entier (IV.16), avec au moins dix arguments distincts.
Son argument central repose sur Colossiens 2 et Genèse 17 : si la circoncision, analogue et pour ainsi dire préfiguration du baptême, a été accordée aux nourrissons, pourquoi le baptême serait-il refusé aux nourrissons aujourd'hui — à moins de vouloir que la condition des chrétiens soit inférieure à celle des Juifs ?[37]
Et sur Matthieu 19, 13-15 : puisque le Royaume des cieux appartient à ces enfants, il serait injuste de leur refuser le signe qui leur en ouvre l'entrée dans l'Église, et de chasser ceux que le Christ appelle à lui.[38]
Les Anabaptistes : naissance du crédobaptisme moderne
Ce point est historiquement capital et souvent ignoré dans le débat contemporain. Le crédobaptisme systématique moderne — la doctrine affirmant que le baptême ne doit être conféré qu'aux adultes ayant professé leur foi — naît en 1525 à Zurich, le 21 janvier, lorsque Conrad Grebel, Félix Manz et Georges Blaurock baptisent des adultes déjà baptisés enfants.
Précision honnête : ce n'était pas la toute première opposition dans l'histoire chrétienne. Au début du XIIe siècle, Pierre de Bruys et ses disciples pétrobrusiens rejetaient déjà le baptême des enfants — au motif que le baptême exige une foi personnelle, vaine chez le nourrisson[39] — et le concile œcuménique de Latran II (1139), au canon 23, condamna comme hérétiques ceux qui condamnent le baptême des enfants[40]. Ce précédent médiéval, lui aussi condamné par l'Église, confirme la règle : pendant plus de treize siècles — des premières attestations (vers 180) jusqu'à 1525 — l'Église chrétienne de toutes obédiences (catholique, orthodoxes, Églises orientales) a pratiqué le baptême des nourrissons sans controverse de principe durable. Les Réformateurs eux-mêmes — sauf les Anabaptistes — n'ont pas rompu avec cette tradition. Arguer que le pédobaptisme est une déviation tardive, c'est donc ignorer que sa contestation systématique n'apparaît dans l'histoire de l'Église qu'en 1525, non au IIIe siècle.
Réponses aux cinq objections crédobaptistes
Objection 1 — "Il faut d'abord croire" (Marc 16, 16)
L'objection : Marc 16, 16 dit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » L'ordre est clair : foi, puis baptême.
La réponse : Ce texte décrit le baptême des adultes convertis dans un contexte missionnaire. Marc 16, 16 dit aussi : « celui qui ne croira pas sera condamné » — non « celui qui n'aura pas cru avant son baptême ». L'ordre foi → baptême est la norme pour les adultes missionnaires, non la description exhaustive de toutes les circonstances possibles du baptême.
L'analogie avec la circoncision le montre : Genèse 17 prescrit la circoncision aux nourrissons mâles, mais l'adulte qui rejoint la communauté la reçoit aussi — ainsi l'étranger résidant en Israël qui veut célébrer la Pâque doit faire circoncire tous les hommes de sa maison (Exode 12, 48). Les deux modalités coexistaient sans contradiction. Il en va de même pour le baptême : les adultes qui se convertissent croient puis sont baptisés ; les enfants nés dans une famille chrétienne reçoivent le signe de l'alliance dès l'enfance, puis vivent et développent leur foi.
Objection 2 — "Aucune preuve explicite de nourrissons dans les maisonnées"
L'objection : Pour le geôlier de Philippes (Ac 16, 32), tous les membres de la maison ont « entendu la parole » — ce qui implique qu'ils pouvaient tous comprendre. Pour Lydie (Ac 16, 14-15), aucun mari ni enfant n'est mentionné. Les maisonnées incluaient peut-être uniquement des adultes.
La réponse : L'argument est un argument du silence — il ne prouve ni la présence ni l'absence de nourrissons. Ce qui est sûr est le contexte culturel : dans le monde méditerranéen du Ier siècle, une oikos comprenait structurellement épouse, enfants, serviteurs et leurs familles. Les cinq cas convergent vers la même logique d'Alliance : le chef de famille entraîne toute la maisonnée. La formule « lui et toute sa maison » est un écho direct du langage de l'alliance abrahamique.
De plus, l'argument du silence s'applique symétriquement : si les maisonnées n'incluaient que des adultes, il est étonnant que les textes ne le précisent pas — tout comme il est étonnant qu'aucun texte néotestamentaire ne dise jamais « baptisez seulement les adultes ».
Objection 3 — "La pratique n'est attestée qu'au IIIe siècle"
L'objection : Tertullien (~200), Hippolyte (~215) et Origène (~233-248) sont les premiers témoins explicites. Aucune source du Ier ou du IIe siècle ne mentionne le baptême des nourrissons.
La réponse (argument de Jeremias) : Cette objection confond l'absence de documentation explicite avec l'absence de pratique. On ne documente pas ce qui ne pose pas de problème. C'est précisément quand des questions se posent (Tertullien discute de l'opportunité, Fidus questionne Cyprien sur le délai) que des textes apparaissent.
L'argument décisif est rhétorique : si le baptême des nourrissons avait été une innovation du IIIe siècle, une voix quelconque l'aurait signalé comme tel. C'est exactement ce que Tertullien fait dans le De oratione (15-16) pour des usages qu'il critique réellement — l'affectation de prier le manteau ôté, ou l'habitude de s'asseoir sitôt la prière achevée. Pour le baptême des enfants, en revanche, personne dans toute la littérature chrétienne des trois premiers siècles ne dit jamais : « cette pratique n'existait pas avant telle date » ou « c'est une nouveauté. »
Jeremias conclut : « L'absence de mention dans les sources les plus anciennes est précisément ce à quoi on s'attendrait si la pratique avait existé depuis les origines. »[41]
L'objection forte : Aland et Ferguson. Cette réponse ne suffit pas face à la thèse défendue notamment par K. Aland (Die Säuglingstaufe im Neuen Testament und in der alten Kirche, 1961) et E. Ferguson : le baptême des nourrissons serait né au IIIe siècle à partir du baptême d'urgence des mourants, et la preuve en serait le baptême différé, au IVe siècle, de fils de parents chrétiens devenus de grands Pères — Grégoire de Nazianze (baptisé vers trente ans), Basile, Grégoire de Nysse, Ambroise, Jérôme, Chrysostome — ainsi que le conseil de Grégoire d'attendre en général l'âge d'environ trois ans hors danger (Oraison 40, 28).
La réponse tient en trois points. D'abord, l'instruction Pastoralis actio (20 octobre 1980) note que ces mêmes Pères, baptisés adultes à cause de cet usage de leur temps, « réagirent avec vigueur contre cette négligence » et pressèrent les adultes de ne pas différer le baptême (n. 5) — plusieurs exigèrent même expressément le baptême des nourrissons : Ambroise, Chrysostome, Jérôme, et Grégoire lui-même, qui presse les mères de baptiser dès que possible (Oraison 40, 17) tout en fixant prudemment l'âge des trois premières années (§ 28). Ensuite, le report du baptême au IVe siècle s'expliquait par la crainte des péchés post-baptismaux et de la pénitence publique d'alors — un motif disciplinaire, non un doute sur la légitimité du pédobaptisme, que personne ne contestait en principe. Enfin, cette pratique tardive du IVe siècle n'efface pas les témoignages antérieurs : Origène affirme au IIIe siècle une tradition reçue des Apôtres (Commentaire sur les Romains, V, 9), Cyprien et 66 évêques tranchent en 253 qu'il ne faut pas différer, et Tertullien lui-même suppose des parrains — donc des enfants qu'on baptise (De baptismo, XVIII).[42]
Objection 4 — "La Nouvelle Alliance requiert une foi personnelle consciente"
L'objection : Jérémie 31, 31-34 prophétise une Nouvelle Alliance où « tous me connaîtront ». La Nouvelle Alliance est fondée sur une relation personnelle avec Dieu — les enfants ne peuvent pas encore l'avoir.
La réponse : Cette interprétation confond l'accomplissement final de la Nouvelle Alliance (quand tous connaîtront Dieu parfaitement, à la fin des temps) et ses conditions d'entrée aujourd'hui. Hébreux 8 cite Jérémie 31 pour montrer que la Nouvelle Alliance est supérieure à l'Ancienne — non pour en exclure les enfants. La connaissance universelle de Dieu prophétisée en Jérémie 31 est un état final du Royaume, non une condition préalable à l'entrée dans l'Église.
De plus, 1 Corinthiens 7, 14 enseigne que les enfants d'au moins un parent chrétien « sont sanctifiés » — en grec hagia, « saints » au neutre pluriel : « Autrement, vos enfants ne seraient pas purifiés, et en fait ils sont sanctifiés. » Ce vocabulaire de la sainteté désigne l'appartenance au peuple de l'alliance. Si les enfants sont déjà saints par leur naissance dans une famille chrétienne, il serait paradoxal de leur refuser le signe qui manifeste cette appartenance.
Objection 5 — "Jésus a été baptisé adulte"
L'objection : Jésus lui-même a été baptisé adulte, par Jean, dans le Jourdain. C'est le modèle que le chrétien doit suivre.
La réponse : Le baptême de Jésus dans le Jourdain n'est pas le baptême chrétien ordinaire. Jésus n'est pas baptisé pour recevoir la rémission du péché originel — il est sans péché. Sa descente dans les eaux du Jourdain est une action inaugurale et christologique : il inaugure sa mission publique, manifeste la Trinité (voix du Père, colombe de l'Esprit), et sanctifie les eaux du baptême. Utiliser cet événement unique comme règle d'âge pour tous les baptêmes serait un contresens analogue à vouloir que tous les chrétiens jeûnent quarante jours en plein désert parce que Jésus l'a fait.
Par ailleurs, le Nouveau Testament mentionne des adultes baptisés parce que l'Église naît dans un monde non chrétien : les premiers convertis sont évidemment des adultes. Cela ne décrit pas une norme exclusive pour l'éternité, mais une réalité historique contingente.
Ce que le Magistère catholique a défini
Le concile œcuménique de Trente (1546-1547) a défini avec une autorité dogmatique solennelle la nécessité et la légitimité du baptême des nourrissons, face aux contestations protestantes — en reprenant presque mot pour mot la doctrine du concile africain de Carthage (418), concile particulier dont l'autorité est régionale mais dont Trente a fait sienne la doctrine. Entre les deux, la pratique a continué sans interruption dans l'Église universelle, latine comme grecque. Le Catéchisme de l'Église catholique promulgué par Jean-Paul II en 1992, et l'instruction Pastoralis actio de la Congrégation pour la doctrine de la foi (20 octobre 1980), synthétisent cette tradition continue.
Le Concile de Carthage (416-418)
Le concile de Milève (416) et surtout le grand concile de Carthage (418), réunissant l'épiscopat africain contre le pélagianisme, définissent pour la première fois par voie conciliaire la nécessité du baptême pour les enfants :
« Il a plu au concile que quiconque nie qu'il faut baptiser les nourrissons nouvellement sortis du sein de leur mère, ou dit qu'on les baptise bien pour la rémission des péchés, mais qu'ils ne tirent d'Adam aucun péché originel à expier par le bain de la régénération — d'où il suivrait que la formule du baptême "pour la rémission des péchés" serait en eux non vraie mais fausse — soit anathème. » — Concile de Carthage, Canon 2 (418 ap. J.-C.)[43]
Le canon anathématise quiconque nierait la nécessité du baptême pour les enfants — consacrant ainsi une doctrine déjà pratiquée universellement depuis plusieurs siècles. Sa doctrine sera reprise presque mot pour mot par le concile de Trente, session V, canon 4 (DS 1514).
Le Concile de Trente (1546-1547)
Le Concile de Trente, répondant aux débats de la Réforme, définit en deux sessions distinctes la doctrine sur le baptême des enfants :
Session V, canon 4 (1546) — sur le péché originel :
« Si quelqu'un nie que les nourrissons, nouvellement nés de leurs mères, doivent être baptisés, même s'ils sont nés de parents baptisés, ou dit qu'on les baptise pour la rémission des péchés, mais qu'ils n'ont contracté aucun péché originel d'Adam qui ait besoin d'être expié par le bain de la régénération pour obtenir la vie éternelle — d'où il suit que la formule du baptême pour la rémission des péchés serait en eux non vraie mais fausse : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, Session V, canon 4 (1546)[44]
Session VII, canon XIII (1547) — sur le sacrement du baptême :
« Si quelqu'un dit que les petits enfants, parce qu'ils n'ont pas de foi actuelle, ne doivent pas, après avoir reçu le baptême, être comptés au nombre des fidèles, et que pour cette raison ils doivent être rebaptisés quand ils ont atteint l'âge de discernement, ou qu'il vaut mieux omettre leur baptême que de les baptiser dans la seule foi de l'Église : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, Session VII, canon XIII (1547)[45]
Le Catéchisme de l'Église catholique (1992)
Le Catéchisme publié sous Jean-Paul II synthétise la doctrine traditionnelle en langage pastoral accessible :
« Naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants eux aussi ont besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême afin d'être libérés du pouvoir des ténèbres et d'être transférés dans le domaine de la liberté des enfants de Dieu, à laquelle tous les hommes sont appelés. La pure gratuité de la grâce du salut est particulièrement manifeste dans le Baptême des enfants. L'Église et les parents priveraient dès lors l'enfant de la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu s'ils ne lui conféraient le Baptême peu après la naissance. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1250 (1992)[46]
Et sur l'ancienneté de la pratique :
« La pratique de baptiser les petits enfants est une tradition immémoriale de l'Église. Elle est attestée explicitement depuis le deuxième siècle. Il est cependant bien possible que, dès le début de la prédication apostolique, lorsque des "maisons" entières ont reçu le Baptême, on ait aussi baptisé les enfants. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1252 (1992)[47]
L'instruction Pastoralis actio (20 octobre 1980)
La Congrégation pour la doctrine de la foi a consacré au baptême des enfants une instruction entière, qui reprend tout le dossier historique : pratique tenue en Orient comme en Occident pour une règle de tradition immémoriale, « tradition reçue des Apôtres » selon Origène puis Augustin, témoignage d'Irénée au IIe siècle, règle « Baptisez d'abord les petits enfants » de la Tradition apostolique au début du IIIe siècle, décision de Cyprien et de 66 évêques en 253 — et réaction « avec vigueur » des Pères du IVe siècle, eux-mêmes baptisés adultes, contre le report du baptême (nn. 4-5).[48]
Pour aller plus loin
- Réponses au protestantisme — sola scriptura, sola fide et tradition apostolique.
- L'histoire plaide en faveur du catholicisme — continuité de l'Église primitive.
- La Sainte Trinité — fondement de la formule baptismale trinitaire.
- Pourquoi l'Église parle-t-elle de péché originel — la doctrine qui explique théologiquement l'urgence du baptême des nourrissons.
- Qu'est-ce que la justification ? — grâce prévenante et sacrements.
- Le baptême — le sacrement en général.
- Le baptême est-il nécessaire au salut ? — nécessité et désir du baptême.
- Pourquoi baptiser les bébés ? — l'article pastoral complémentaire.
- Que devient un enfant mort sans baptême ? — le sort des enfants morts sans baptême.
- Menno Simons — le fondateur du mennonitisme, héritier de l'anabaptisme.
Notes et références
Irénée de Lyon, Contre les Hérésies (Adversus Haereses), II, 22, 4, éd. A. Rousseau & L. Doutreleau, Sources Chrétiennes n° 294, Cerf, Paris, 1982. Le grec de ce passage est perdu ; le texte nous est parvenu en latin : « omnes per semetipsum salvans, omnes, inquam, qui per eum renascuntur in Deum, infantes et parvulos et pueros et iuvenes et seniores » (« il est venu sauver par lui-même tous ceux qui renaissent en Dieu : les nourrissons, les petits enfants, les enfants, les jeunes gens et les vieillards »).
1 20Actes 2, 38, texte grec NA28. Citation selon la Traduction liturgique de la Bible, édition Desclée de Brouwer.
2Actes 8, 37 : variante textuelle portée notamment par le Codex Laudianus (E, VIe siècle) et plusieurs minuscules, ainsi que par la Vetus Latina et des manuscrits de la Vulgate ; absente du Vaticanus et du Sinaiticus. Le Codex Bezae est lacunaire d'Ac 8, 29 à 10, 14 et ne peut donc pas l'attester. Mentionnée dans l'apparat critique du Nestle-Aland 28ème édition.
3Jean 3, 5, texte grec NA28 : ean mē tis gennēthē ex hydatos kai pneumatos (« si quelqu'un ne naît d'eau et d'Esprit »). Cité d'après la Traduction liturgique de la Bible (AELF) : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »
4Justin Martyr, Première Apologie, ch. 61 (vers 155) : « Si vous ne renaissez, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » (Jn 3, 5) appliqué au bain baptismal ; Tertullien, De Baptismo, XII (« sans le baptême, nul ne peut obtenir le salut », sur la parole du Seigneur « si l'on ne naît de l'eau, on n'a pas la vie ») et XIII (« si l'homme n'a été régénéré par l'eau et l'Esprit, il n'entrera pas dans le royaume des cieux ») ; Cyprien, Lettre 72 à Jubaianus, § 22 : « il est écrit : si l'homme ne naît de l'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » ; Jean Chrysostome, Homélie sur Jean, 25, §§ 1-2 ; Augustin, Tractatus in Ioannem, XII (commentaire suivi de Jn 3, 1-6 ; trad. NPNF, 1re sér., t. 7). (Irénée, Contre les Hérésies, III, 17, 1, cite à cet endroit Mt 28, 19 et non Jn 3, 5 ; la référence à Origène, Comm. in Jo. VI, 17, non vérifiée à l'œuvre et au chapitre, est retirée.)
5Origène, Homiliae in Leviticum, VIII, 3, éd. W. A. Baehrens, Griechische christliche Schriftsteller 29 (Leipzig : Hinrichs, 1920). Trad. fr. : M. Borret, Origène : Homélies sur le Lévitique, Sources Chrétiennes n° 286-287, Cerf, Paris, 1981. Texte latin (trad. Rufin d'Aquilée) : « cum baptisma Ecclesiae pro remissione peccatorum detur, secundum Ecclesiae observantiam etiam parvulis baptismum dari : cum utique, si nihil esset in parvulis, quod ad remissionem deberet et indulgentiam pertinere, gratia baptismi superflua videretur. »
6Actes 2, 39, texte grec NA28. Sur le parallèle avec le vocabulaire d'alliance de Gn 17, 7, cf. Peter Leithart, Baptism : A Guide to Life from Death, Lexham Press, 2021, p. 56-59.
7Genèse 17, 7, Traduction liturgique de la Bible, Cerf/Desclée de Brouwer, Paris, 2013.
8Joachim Jeremias, Infant Baptism in the First Four Centuries, trad. angl. David Cairns, SCM Press, Londres, 1960. Original allemand : Die Kindertaufe in den ersten vier Jahrhunderten, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1958 (Nochmals : Die Anfänge der Kindertaufe, München, 1962, est sa réplique à K. Aland). Sur la formule de la maisonnée (oikos) : « In contemporary usage, "house" denotes a family in the widest sense, including dependents. »
9Catéchisme de l'Église catholique, § 1252, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992 (réimpr. 1999).
10Matthieu 19, 13-15 ; Marc 10, 13-16 ; Luc 18, 15-17. Sur le terme brephe (nourrissons) en Luc 18, 15 vs paidia (jeunes enfants) en Matthieu et Marc, cf. William F. Arndt & F. Wilbur Gingrich, A Greek-English Lexicon of the New Testament, 2ème éd., University of Chicago Press, 1979, s.v. brephos.
11Actes 8, 36, texte grec : ti kōlyei me baptisthēnai. La coïncidence verbale avec Mt 19, 14 (mē kōlyete) a été notée par Joachim Jeremias, Infant Baptism, op. cit., p. 71, et par Pierre-Marie Gy, La Liturgie dans l'histoire, Cerf, Paris, 1990, p. 52.
12Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, IV.16.7 : paraphrase du raisonnement de Calvin sur Mt 19, 13-15 (le Royaume des cieux appartient aux petits enfants, donc le signe qui leur en ouvre l'entrée ne doit pas leur être refusé). Édition de référence en français : trad. Jean-Daniel Benoît, Vrin, Paris, 1958-1961, 5 vol. (pagination non revérifiée ici).
13Genèse 17, 7, Traduction liturgique de la Bible, op. cit. Sur la structure d'alliance, cf. Meredith G. Kline, By Oath Consigned : A Reinterpretation of the Covenant Signs of Circumcision and Baptism, Eerdmans, Grand Rapids, 1968.
14Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, IV.16.6 : paraphrase du raisonnement de Calvin sur la continuité de l'alliance abrahamique (l'alliance vaut pour les chrétiens ni plus ni moins que pour le peuple juif). Édition de référence en français : trad. Jean-Daniel Benoît, Vrin, Paris, 1958-1961, 5 vol. (pagination non revérifiée ici).
15Colossiens 2, 11-12, Traduction liturgique de la Bible (AELF) : « En lui, vous avez reçu une circoncision qui n'est pas celle que pratiquent les hommes […] Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui. »
16Romains 5, 12, Bible de Jérusalem, 5ème éd., op. cit. Sur la transmission du péché originel, cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 402-406.
17Catéchisme de l'Église catholique, § 1250, op. cit. Texte intégral : « Naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants eux aussi ont besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême (cf. DS 1514) afin d'être libérés du pouvoir des ténèbres et d'être transférés dans le domaine de la liberté des enfants de Dieu (cf. Col 1, 12-14), à laquelle tous les hommes sont appelés. La pure gratuité de la grâce du salut est particulièrement manifeste dans le Baptême des enfants. »
18Saint Augustin, Epistola 98, § 9-10 (à l'évêque Boniface, vers 408), éd. A. Goldbacher, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum vol. 34/2, Vienne, 1898, p. 530-532. Texte latin : « Itaque parvulus, etsi nondum fides illa, quae in credentium voluntate consistit, ipsum facit fidelem, iam tamen ipsius fidei sacramentum fidelem facit. Nam sicut credere respondetur, ita etiam fidelis vocatur. » Cf. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, vol. 3, Liturgical Press, Collegeville, 1979, § 1419.
19Sur la portée débattue d'Adv. Haer. II, 22, 4 : Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. II, section sur le baptême des enfants (CCEL), citant le latin et Neander (« de cette idée […] résulta la pratique du baptême des enfants » ; chez Irénée et l'Église ancienne, baptême et régénération sont intimement liés, presque identifiés) ; note des éditeurs des Ante-Nicene Fathers (Roberts-Donaldson) ad loc. : « Renascuntur in Deum — the reference in these words is doubtless to baptism » ; Wall y voit un fait précieux pour le baptême des enfants dans l'Église primitive. En sens contraire, lecture crédobaptiste (J. Gill, Antipedobaptism ; I. Chase, Bibliotheca Sacra, nov. 1849, tous deux cités dans McClintock-Strong, Cyclopedia, s.v. « Paedobaptism ») : comprendre Irénée du baptême, c'est lui faire dire une fausseté. Sur III, 17, 1 (potestas regenerationis in Deum), cf. Schaff, ibid., n. 457.
21Tertullien, De Baptismo, XVIII, éd. R. F. Refoulé, Sources Chrétiennes n° 35, Cerf, Paris, 1952. Texte latin (ordre rétabli, coupes signalées) : « itaque pro cuiusque personae condicione ac dispositione, etiam aetate, cunctatio baptismi utilior est, praecipue tamen circa parvulos. […] quid enim necesse [est] sponsores etiam periculo ingeri […] ait quidem dominus : nolite illos prohibere ad me venire : veniant ergo, dum adolescunt, dum discunt, dum quo veniant docentur : fiant Christiani cum Christum nosse potuerint. […] quid festinat innocens aetas ad remissionem peccatorum ? […] »
22Tradition apostolique, ch. 21, 4, éd. et trad. Dom Bernard Botte, Sources Chrétiennes n° 11 bis, Cerf, Paris, 1968 (réimpr. 1984). Traduction française d'après Botte : « On baptisera en premier les petits enfants. Tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront. Pour ceux qui ne le peuvent pas, leurs parents parleront pour eux, ou quelqu'un de leur famille. »
23Dom Bernard Botte, La Tradition apostolique de saint Hippolyte, Sources Chrétiennes n° 11 bis, Cerf, Paris, 1968 (réimpr. 1984). Le passage sur le baptême des enfants (21, 4) nous est parvenu par les versions orientales (notamment éthiopienne) : le palimpseste latin de Vérone est lacunaire à cet endroit (les chapitres 9 à 20 y manquent entièrement). Tout « texte latin » de ce passage est donc une rétroversion moderne. Sur l'étendue du palimpseste de Vérone, cf. B. S. Easton, The Apostolic Tradition of Hippolytus, Cambridge University Press, 1934, introduction.
24Origène, Homiliae in Leviticum, VIII, 3, op. cit. Voir aussi Gary Wayne Barkley, Origen : Homilies on Leviticus 1-16, The Fathers of the Church vol. 83, Catholic University of America Press, Washington D.C., 1990, p. 160-161.
25Origène, Commentarium in Epistulam ad Romanos, V, 9, éd. T. Heither, Fontes Christiani vol. 2/3, Freiburg, 1993 (texte identique chez Migne, PG 14, col. 1047, et Delarue, t. IV, p. 565, cf. Schaff, History of the Christian Church, vol. II). Texte conservé uniquement dans la traduction latine de Rufin d'Aquilée (vers 406). Texte latin : « Pro hoc et Ecclesia ab apostolis traditionem suscepit, etiam parvulis baptismum dare ; sciebant enim illi quibus mysteriorum secreta commissa sunt divinorum quia essent in omnibus genuinae sordes peccati quae per aquam et spiritum ablui deberent. »
26Origène, Homiliae in Lucam, XIV, 5, éd. M. Rauer, Griechische christliche Schriftsteller 35, Berlin, 1959 (texte conservé dans la traduction latine de Jérôme). Ce passage parle du baptême des petits enfants sans invoquer de tradition apostolique.
27Saint Cyprien de Carthage, Epistula LXIV, Ad Fidum de infantibus baptizandis, § 2-5, éd. G. F. Diercks, Corpus Christianorum Series Latina vol. 3C, Turnhout : Brepols, 1996. Trad. fr. : voir L. Bayard, Saint Cyprien : Correspondance, Belles Lettres, Paris, 1925 ; ou M. Poirier, Cyprien de Carthage, Migne/Cerf, Paris, 2015. Texte latin : « De infantibus autem qui adhuc nuper nati sunt, [...] censendum est eos ad baptismum non esse differendos, quia misericordiam Dei [...] nulli omnino nato homini denegandum est. »
28Grégoire de Nazianze, Oraison XL (Sur le saint baptême), prêchée à Constantinople le 6 janvier 381, éd. C. Moreschini, Sources Chrétiennes n° 358, Cerf, Paris, 1990. La citation (« Que le nourrisson soit sanctifié dès l'enfance… ») est au § 17 ; le conseil d'attendre en général l'âge d'environ trois ans, sauf danger de mort, est au § 28.
29Jean Chrysostome, Catecheses Baptismales, III, 6, éd. A. Wenger, Sources Chrétiennes n° 50 bis, Cerf, Paris, 1970, p. 153. Cf. aussi Jurgens, Faith of the Early Fathers, vol. 2, § 1113.
30Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas, IV, 24, 31-32 (Patrologie latine, vol. 43) : la formule sur ce que « tient l'Église universelle » (quod universa tenet Ecclesia, nec conciliis institutum sed semper retentum est, non nisi auctoritate apostolica traditum rectissime creditur) est énoncée au § 31 et appliquée au baptême des enfants au § 32.
31Saint Augustin, De peccatorum meritis et remissione et de baptismo parvulorum, livre I : résumé de l'argument augustinien contre les pélagiens (le baptême des nourrissons pour la rémission des péchés suppose un péché hérité d'Adam), sans citation verbatim.
32Sur l'inscription d'Apronianus (catacombe de Priscilla) : l'enfant meurt fidelis à la demande de sa grand-mère — le baptême est impliqué, non nommé. Cf. l'instruction Pastoralis actio, n. 4, note 3, sur les inscriptions funéraires d'enfants baptisés.
33Inscription grecque d'un enfant de 2 ans, 1 mois et 25 jours, qualifié de pistos ek pistōn (« croyant né de croyants »). Anciennes collections du Latran, aujourd'hui aux Musées du Vatican (collections dites « ex Lateranense », transférées sous Jean XXIII et rouvertes au public en 1970).
34Inscription d'Hadrumetum (ILCV II 4429A) : enfant mort 9 heures après sa naissance, texte connu limité à la mention in pace et à l'âge — le baptême est une déduction. L'instruction Pastoralis actio, n. 4, note 3, range cette inscription parmi les témoignages épigraphiques du baptême des petits enfants (E. Diehl, Inscriptiones Latinae Christianae Veteres, n° 4429A).
35Martin Luther, Grand Catéchisme, IVème partie, Du saint baptême, § 49-53, in Livre de Concorde (Book of Concord), trad. angl. T. G. Tappert (texte suivi ici dans la version de F. Bente, consultable sur Project Wittenberg). Publication originale : Wittenberg, 1529. Passage clé : « Si Dieu n'acceptait pas le baptême des enfants, il ne donnerait ni le Saint-Esprit ni aucun de ses dons à aucun d'eux […] Or Dieu confirme le baptême par les dons de son Saint-Esprit, comme on le voit manifestement chez certains Pères — saint Bernard, Gerson, Jean Hus et d'autres. »
36Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, IV.16.5 : paraphrase du raisonnement de Calvin sur la circoncision des nourrissons (Gn 17) appliquée au baptême. Édition de référence en français : trad. Jean-Daniel Benoît, Vrin, Paris, 1958-1961, 5 vol. (pagination non revérifiée ici).
37Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, IV.16.7 : paraphrase du raisonnement de Calvin sur Mt 19, 13-15. Même référence d'édition que ci-dessus (pagination non revérifiée ici).
38Sur les pétrobrusiens, disciples de Pierre de Bruys (actif dans le Midi de la France au début du XIIe siècle) : Catholic Encyclopedia, s.v. « Petrobrusians » — le baptême n'y est tenu pour valable que précédé de la foi personnelle, de sorte que son administration aux nourrissons est vaine. Réfutation contemporaine : Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, Adversus Petrobrusianos (Patrologie latine, vol. 189).
39Deuxième concile du Latran (1139), canon 23 : sont chassés de l'Église et condamnés comme hérétiques ceux qui, sous couvert de religion, condamnent le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, le baptême des enfants, le sacerdoce et les mariages légitimes.
40Joachim Jeremias, Infant Baptism in the First Four Centuries, op. cit., p. 55-56. Texte original : « The silence of our sources is not surprising, since we hear of infant baptism only when it is being discussed or queried. »
41Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction sur le baptême des enfants Pastoralis actio, 20 octobre 1980, nn. 4-5 et notes 2-7 (texte : vatican.va). Le n. 5 note que Basile, Grégoire de Nysse, Ambroise, Jean Chrysostome, Jérôme et Augustin, baptisés adultes eux-mêmes, « réagirent avec vigueur contre cette négligence » du report du baptême ; plusieurs exigèrent expressément le baptême des nourrissons (Ambroise, Chrysostome, Jérôme, Grégoire de Nazianze fixant l'âge des trois premières années : Oraison 40, 17 et 28).
42 48Concile de Carthage (418), Canon 2. Texte latin : « Item placuit, ut quicumque parvulos recentes ab uteris matrum baptizandos negat, aut dicit in remissionem quidem peccatorum eos baptizari, sed nihil ex Adam trahere originalis peccati, quod regenerationis lavacro expietur, unde consequens est ut in eis forma baptismatis in remissionem peccatorum non vera sed falsa intellegatur, anathema sit. » Cf. Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 223 (le n° 222 est le canon 1).
43Concile de Trente, Session V (17 juin 1546), Decretum de peccato originali, Canon 4, in Conciliorum Oecumenicorum Decreta, éd. J. Alberigo et al., 3ème éd., Istituto per le Scienze Religiose, Bologne, 1973, p. 667. Cf. Denzinger, n° 1514.
44Concile de Trente, Session VII (3 mars 1547), Canones de baptismo, Canon XIII, in Conciliorum Oecumenicorum Decreta, op. cit., p. 686. Cf. Denzinger, n° 1626.
45Catéchisme de l'Église catholique, § 1250, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992.
46Catéchisme de l'Église catholique, § 1252, op. cit.
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