Anabaptisme radical

De Zurich (1525) à Münster (1534-1535) : le baptême refusé aux enfants, l'Église séparée de l'État, une théocratie polygame écrasée, et le jugement de l'Église catholique, de Spire au concile de Trente.

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En 1534, une ville d'Allemagne du Nord-Ouest tombe aux mains d'hommes qui rebaptisent les adultes, abolissent la propriété privée, imposent la polygamie et couronnent un tailleur de vingt-cinq ans « roi de la Nouvelle Jérusalem » : Münster, en Westphalie, devient pour seize mois la capitale d'un royaume censé précéder le retour du Christ[1]. Le siège, la famine, puis la reprise de la ville dans la nuit du 24 au 25 juin 1535 et l'exposition des chefs dans des cages de fer au clocher de Saint-Lambert scellent l'épisode le plus spectaculaire — et le plus sanglant — de la Réforme dite « radicale »[2].

Mais l'anabaptisme ne se réduit pas à Münster. Dix ans plus tôt, le 21 janvier 1525, dans une maison de Zollikon près de Zurich, d'anciens disciples d'Ulrich Zwingli se baptisent entre adultes au nom de leur foi personnelle : c'est l'acte de naissance d'un mouvement qui refuse le baptême des enfants, veut une Église de convertis séparée de l'État, rejette le serment et le glaive, et essaime de la Suisse à la Moravie puis aux Pays-Bas[3]. La Confession de Schleitheim, adoptée le 24 février 1527, en donne la première charte en sept articles[4].

L'Église catholique a jugé l'erreur sans ambiguïté : le rebaptême est frappé par le mandat de la diète de Spire (1529), appliqué par catholiques, luthériens et zwingliens, puis par le concile de Trente, dont la VIIe session (3 mars 1547) frappe d'anathème quiconque nie la validité du baptême des petits enfants[5]. Cet article raconte cette histoire et ce jugement ; la voie pacifique qui en est sortie, le mennonitisme, appartient à l'article voisin Menno Simons (1496-1561).

D'où vient le mot « anabaptiste » ?

Rebaptisants — un nom donné par les adversaires

Le mot vient du grec ana, « de nouveau », et baptizein, « baptiser » : les « rebaptisants »[6]. Ce sont les adversaires qui l'ont imposé, et les intéressés l'ont presque toujours refusé : à leurs yeux, le débat ne portait pas sur la répétition d'un baptême, mais sur la validité du premier — un enfant aspergé sans foi personnelle n'ayant, selon eux, jamais été baptisé[7]. Eux-mêmes se disaient « Frères », « enfants de Dieu », « témoins », ou simplement « l'Église ».

L'usage historique réserve pourtant ce nom aux groupes qui, au XVIe siècle, nièrent la validité du baptême des enfants et firent du baptême des croyants le signe d'entrée dans la communauté[8]. Le qualifier de « radical » ne vise donc pas d'abord la violence — beaucoup d'anabaptistes furent des pacifiques traqués — mais la racine (radix) : là où Luther et Calvin gardaient le baptême des nourrissons, l'alliance du trône et de l'autel et l'Église territoriale, les anabaptistes voulaient tout reprendre à la racine, l'Écriture seule et l'Église des seuls convertis[9].

La « Réforme radicale » des historiens

Depuis le livre de George H. Williams, The Radical Reformation (1962), les historiens regroupent sous le nom de « Réforme radicale » les courants que ni Rome, ni Wittenberg, ni Zurich, ni Genève n'ont reconnus : anabaptistes, spiritualistes, rationalistes évangéliques[10]. L'expression a le mérite de rappeler que ces mouvements ne sont pas un simple appendice de Luther : ils naissent de la même invocation de l'Écriture seule, poussée jusqu'à rompre avec les Églises territoriales et avec le baptême des enfants[11].

Mais elle a un revers : mettre sur le même plan les Frères suisses pacifiques, les visionnaires de Zwickau et les polygames de Münster écrase des différences décisives[12]. Cet article distingue donc trois familles et une dérive, sans jamais perdre de vue ce qui les unit aux yeux du jugement catholique : le refus du baptême des petits enfants et d'une Église qui les porte dès la naissance[13].

Trois familles, une même rupture

FamilleFoyer et annéesFiguresDestin
Les Frères suissesZurich et Suisse orientale, dès 1525Conrad Grebel, Félix Manz, Georges Blaurock, Michel SattlerCharte de Schleitheim (1527), répression zurichoise, dispersion vers le Sud
Les anabaptistes du SudAllemagne du Sud, Tyrol, Moravie, 1525-1535Balthasar Hubmaier, Hans Denck, Hans Hut, Jakob HutterCommunautés de Nikolsburg puis de Moravie, bûchers de Vienne (1528) et d'Innsbruck (1536)
Les melchiorites du NordStrasbourg, Pays-Bas, Westphalie, 1530-1535Melchior Hoffman, Jean Matthijs, Jean de LeydeAttente apocalyptique, prise de Münster, écrasement (1535-1536)
La postérité pacifiquePays-Bas puis diaspora, après 1536Menno Simons, Thierry PhilipsMennonites, huttérites, amish : le refus du glaive devient non-violence durable
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Ce tableau appelle deux précisions. D'abord, les prophètes de Zwickau (1521), souvent présentés comme les pères du mouvement, ne pratiquaient pas le rebaptême : ils en sont les précurseurs agités, non les fondateurs[14]. Ensuite, Thomas Müntzer, le prédicateur de la guerre des Paysans, rejeta le baptême des enfants en théorie mais le garda en pratique : c'est un faux frère, pas un anabaptiste[15].

Zwickau et la guerre des Paysans : les faux départs

Les « prophètes » qui ne rebaptisaient pas

En 1521, trois hommes de Zwickau, en Saxe — le tisserand Nicolas Storch (mort en 1525), Thomas Müntzer, ancien partisan de Luther (vers 1490-1525), et leurs compagnons — portent à Wittenberg l'attaque contre le baptême des enfants, l'égalité absolue de tous les hommes et la communauté des biens[16]. Luther, sorti de la Wartbourg, les fait chasser de la ville à force de prédication ; Storch parcourt ensuite l'Allemagne et la Thuringe, où il compte parmi les instigateurs de la guerre des Paysans (1524-1525)[17].

L'épisode compte pour notre sujet à un double titre. Il montre d'abord que l'invocation de l'Écriture seule par chaque individu, jointe à l'inspiration privée, conduit logiquement aux thèses extrêmes : c'est le diagnostic que la Catholic Encyclopedia porte sur la filiation entre le principe luthérien et la surenchère anabaptiste[18]. Il montre ensuite que le premier sang versé l'est entre protestants : la révolte paysanne, écrasée notamment à Frankenhausen en 1525, disperse du même coup les premiers réseaux radicaux de Saxe et de Thuringe[19].

Thomas Müntzer : le faux frère

Müntzer mérite un paragraphe à part, parce qu'on le range trop vite parmi les anabaptistes. Prédicateur à Allstedt puis maître absolu de Mühlhausen avec l'apostat Henri Pfeifer, il fait du culte en allemand, attaque Luther et l'ordre établi, et entraîne foules de paysans et de bourgeois au pillage[20]. Battu à Frankenhausen par les troupes du prince-électeur de Saxe, du landgrave de Hesse et du duc de Brunswick, découvert caché dans un lit, il est livré au bourreau — non sans avoir reçu auparavant les sacrements de l'Église catholique, tandis que Pfeifer meurt impénitent[21].

Or Müntzer, qui rejetait le baptême des enfants en théorie, le maintenait en pratique : il n'a jamais rebaptisé personne[22]. Le tenir pour le père de l'anabaptisme, c'est confondre la révolution sociale millénariste et le rebaptême proprement dit. La distinction importe, parce que l'Église ne condamne pas les deux au même titre : la révolte armée relève du glaive temporel, le rebaptême relève de l'hérésie sacramentelle jugée à Trente[23].

Zurich 1525 : la rupture avec Zwingli

Des disciples devenus adversaires

Comme Luther à Wittenberg, Zwingli voit ses meilleurs disciples le déborder par la gauche. Conrad Grebel, Félix Manz et Georges Blaurock, jeunes humanistes zurichois parmi ses plus fervents partisans, tirent du principe de l'Écriture seule une conclusion qu'il refuse : le Nouveau Testament ne montrant que des adultes croyants recevoir le baptême, le baptême des enfants serait sans fondement, et la vraie Église devrait être une Église de purs, séparée de l'État, composée de croyants rebaptisés[24]. Le détail du face-à-face zurichois — les 67 Articles, la Prophezei, la théocratie du Conseil — appartient à l'article voisin Zwinglianisme ; ici, seule la rupture nous occupe.

Zwingli, dont toute la Réforme reposait sur l'alliance avec le magistrat et sur une Église coextensive à la cité, vit dans cette exigence un danger mortel pour l'ordre social autant que doctrinal[25]. Le Conseil de Zurich tranche en sa faveur : mandat de janvier 1525 imposant le baptême des nouveau-nés et l'expulsion des rebaptiseurs, dispute de novembre 1525 perdue d'avance par les dissidents, puis, en 1526, les peines les plus sévères contre leurs adhérents[26].

Le 21 janvier 1525 : les premiers baptêmes d'adultes

Le 21 janvier 1525, Grebel baptise Blaurock sur confession de foi, dans une maison de Zollikon : c'est l'acte de naissance de l'anabaptisme suisse[27]. Grebel disparaît dès 1526[28] ; Manz, arrêté, est noyé dans la Limmat le 5 janvier 1527, supplice choisi par dérision comme une parodie du baptême par immersion qu'il défendait — le premier martyr anabaptiste, et l'un des premiers protestants mis à mort par d'autres protestants[29].

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Zwingli répond par le traité Von der Taufe (mai 1525) : le baptême y devient un simple signe d'engagement et d'alliance (Pflichtzeichen), pendant de la circoncision — sans effet gracieux propre[30]. C'est peu dire que la réponse catholique ne s'en contente pas : pour l'Église, le baptême n'est ni le signe vide des zwingliens, ni le sceau réservé aux adultes des anabaptistes, mais la régénération réelle, offerte aussi aux petits enfants (Jn 3, 5)[31].

Schleitheim 1527 : la charte des Frères suisses

Sept articles pour une Église séparée

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Le 24 février 1527, jour de la Saint-Matthias, des représentants des Frères suisses réunis à Schleitheim (canton de Schaffhouse) adoptent la première confession de foi anabaptiste, l'Union fraternelle de quelques enfants de Dieu touchant sept articles — très probablement rédigée par Michel Sattler, ancien prieur devenu anabaptiste[32]. Le premier article donne le ton, et mérite d'être lu dans le texte :

« Le baptême sera donné à tous ceux qui ont appris la repentance et l'amendement de leur vie, qui croient vraiment que leurs péchés sont ôtés par le Christ […] Cela exclut tout baptême des enfants, la plus haute et principale abomination du pape. » — Confession de Schleitheim, article I, 24 février 1527 (traduction Ignispedia)[33]

Les sept articles tiennent en un programme : baptême des seuls croyants, excommunication (la « coulpe »), Cène en mémoire du corps rompu réservée aux baptisés, séparation d'avec le monde et ses œuvres — cultes catholique et protestant, tavernes, affaires civiques, serments —, pasteurs irréprochables, refus du glaive et refus du serment[34]. C'est à la fois une ecclésiologie et un code de sécession : sortir de Babylone et de l'Égypte terrestre pour n'être plus « participants des peines que le Seigneur fera venir sur elles »[35].

ArticleTitreContenu
ILe baptêmeRéservé à qui a appris repentance et foi ; le baptême des enfants est « la plus haute abomination du pape »
IILa coulpeExcommunication après deux avertissements secrets puis un blâme public (Mt 18)
IIILa fraction du painCène en mémoire, réservée à ceux qu'un même baptême a unis en un seul corps
IVLa séparationSortir de tout ce qui n'est pas uni à Dieu : cultes, tavernes, affaires civiques, serments
VLes pasteursUn pasteur au témoignage irréprochable, chargé de lire, avertir, enseigner, discipliner
VILe glaiveArmes du monde à abandonner : « ne pas résister au mal »
VIILe sermentAucun serment, en vertu de la Parole du Christ

Michel Sattler : de Stauffen à Rottenburg

L'auteur présumé de la charte n'en profite pas longtemps. Arrêté à Horb avec d'autres Frères avant le 18 mars 1527, Sattler est jugé à Rottenburg : la langue tranchée, tenaillé au fer rouge, il est brûlé le 20 mai 1527 en priant pour ses persécuteurs ; sa femme Margaretha, ancienne béguine, est noyée dans le Neckar quelques jours après lui[36]. Le supplice, d'une cruauté calculée, dit l'effroi des autorités devant une secte qui refusait à la fois le baptême reçu et le serment prêté — les deux liens par lesquels la cité tenait ses membres[37].

Les prédicateurs itinérants : Hubmaier, Denck, Hut, Hoffman

Balthasar Hubmaier, le théologien

Le plus savant des chefs anabaptistes est un docteur : Balthasar Hubmaier, curé de Waldshut, qui reçoit à Pâques 1525 le baptême des croyants et rebaptise une partie de sa paroisse[38]. Emprisonné puis relâché à Zurich après rétractation, il fonde en 1526 l'importante communauté de Nikolsburg, en Moravie, et écrit l'essentiel de la première théologie du baptême des adultes — tout en plaidant, seul parmi ses pairs, pour un gouvernement chrétien tolérant et un usage mesuré du glaive, que les autres chefs rejettent[39].

Arrêté en juillet 1527 sur ordre du roi Ferdinand, jugé à Vienne, il est brûlé le 10 mars 1528 ; sa femme est noyée dans le Danube trois jours plus tard[40]. Dès 1526, dans sa Courte Apologie (Short Apology, Op. 13), il avait laissé une parole qui le peint tout entier :

« Je puis me tromper — je suis un homme — mais hérétique, je ne puis l'être, car je demande sans cesse à être instruit par la Parole de Dieu. » — Balthasar Hubmaier, Courte Apologie (Short Apology), 1526, Op. 13 (traduction Ignispedia)[41]

Le mot est beau, et il appelle la réponse catholique : demander à être instruit, c'est précisément reconnaître un juge au-dessus de son propre jugement — et ce juge, pour l'Église, n'est pas l'inspiration privée, mais la foi transmise, dont le baptême des petits enfants fait partie dès les origines[42].

Hans Denck, Hans Hut : l'aile visionnaire

À côté du théologien, l'aile visionnaire. Jean Denck, humaniste de Nuremberg devenu l'un des chefs suisses avec Hubmaier, porte le courant spiritualiste qui fait de l'Écriture une lettre morte sans l'illumination intérieure[43]. Hans Hut, prédicateur apocalyptique du Sud, gagne à sa cause les mécontents que la modération de Hubmaier déçoit et répand l'attente d'un jugement imminent[44]. Avec eux, l'anabaptisme du Sud bascule du baptême des croyants vers le millénarisme armé : c'est le terreau où lèvera Münster[45].

Melchior Hoffman : l'attente de Strasbourg

Le passage du Sud au Nord s'appelle Melchior Hoffman, pelletier devenu prophète itinérant : c'est à son activité que la diffusion anabaptiste en Basse-Allemagne et aux Pays-Bas doit l'essentiel[46]. Il annonce le retour du Christ pour Pâques 1533 et fait de Strasbourg la ville d'attente ; la date passe, le magistrat strasbourgeois, lassé, le jette en prison, où il finit ses jours[47]. Mais ses disciples, les melchiorites, ont déjà pris la route de Münster — où l'apocalypse manquée de Strasbourg va devenir une révolution réussie, pour seize mois[48].

Plaque à la Schipfe, près du lieu où Félix Manz fut noyé. Photo Roland zh, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
  1. Été 1526
    Mort de Conrad Grebel
    le premier chef disparaît

    Le baptiseur de Zollikon meurt quelques mois après l'acte fondateur ; Manz et Blaurock portent seuls le mouvement suisse[49].

  2. 5 janvier 1527
    Félix Manz noyé dans la Limmat
    premier supplicié de Zurich

    En application du mandat contre les rebaptiseurs : la « troisième immersion », par dérision du baptême défendu[50].

  3. 24 février 1527
    Confession de Schleitheim
    la charte en sept articles

    Sattler et les Frères suisses fixent le baptême des croyants, la séparation, le refus du glaive et du serment[51].

  4. 20 mai 1527
    Michel Sattler brûlé à Rottenburg
    la langue tranchée, les chairs tenaillées

    Sa femme Margaretha est noyée dans le Neckar quelques jours après lui[52].

  5. 10 mars 1528
    Balthasar Hubmaier brûlé à Vienne
    sa femme noyée trois jours plus tard

    Le théologien du baptême des adultes meurt sur ordre du roi Ferdinand ; Nikolsburg survit sans lui[53].

  6. 1529
    Georges Blaurock sur le bûcher
    la fin des fondateurs suisses

    Capturé au Tyrol, le premier rebaptisé de Zollikon meurt brûlé : aucun des trois baptiseurs du 21 janvier 1525 ne voit 1530[54].

  7. 25 février 1536
    Jakob Hutter brûlé à Innsbruck
    les huttérites lui survivent

    Le rassembleur des communautés de Moravie meurt sur le bûcher ; une plaque au Toit d'or d'Innsbruck marque le lieu[55].

Münster 1534-1535 : la Nouvelle Jérusalem

La prise de la ville

À Münster, en Westphalie, le terrain est préparé : le chapelain Bernard Rothmann et le marchand drapier Knipperdolling y ont déjà diffusé les idées luthériennes avant de rejoindre le mouvement anabaptiste[56]. Au début de janvier 1534, des disciples de Hoffman entrent dans la ville et y introduisent le baptême des adultes ; Rothmann accepte le « rebaptême » et plus d'un millier d'adultes sont bientôt baptisés[57]. En février 1534, Knipperdolling est élu bourgmestre : la ville passe sous le contrôle complet et sans partage des partisans du rebaptême[58].

Ce qui devait être Strasbourg devient Münster : la cité est proclamée « Nouvelle Jérusalem », point de départ de la conquête du monde, et le signal est donné par un règne de terreur — trésors de littérature et d'art détruits, biens mis en commun, non-anabaptistes expulsés[59]. Deux Hollandais prennent la tête : Jean Matthijs, ancien boulanger, et Jean Bockelson, tailleur de Leyde passé à l'histoire comme Jean de Leyde[60].

Le règne de Jean de Leyde

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Le dimanche de Pâques 1534, Matthijs, qui a prophétisé pour ce jour le jugement de Dieu sur les impies, sort de la ville avec douze compagnons en nouveau Gédéon : il est taillé en pièces avec toute sa troupe[61]. Jean de Leyde lui succède et fait du pouvoir une théocratie carnavalesque : en juillet 1534 il introduit la polygamie, puis en septembre il se fait proclamer roi de la « Nouvelle Sion », tandis que le prince-évêque François de Waldeck, seigneur temporel de la ville, a déjà commencé le siège[62].

Les chiffres que les sources contemporaines catholiques rapportent donnent la mesure de l'orgie : Rothmann prend quatre femmes, Jean de Leyde seize — dont Divara, la veuve de Matthijs, faite reine[63]. L'hiver 1534-1535 apporte la famine dans la ville assiégée ; le roi, qui parade en costumes somptueux et promet de mener les siens à la victoire par miracle, fait décapiter le 12 juin 1535 l'une de ses femmes, Élisabeth Wandscherer, qui s'était rebellée contre son autorité — un geste que certaines relations postérieures disent faussement attribué au roi, tant la légende noire a vite recouvert les faits[64].

La chute

En juin 1535, la défense devient sans espoir : Jean prépare l'incendie de la ville comme dernière issue, mais les assiégeants s'en emparent par surprise dans la nuit du 24 au 25 juin[65]. Le « roi », son lieutenant Knipperdolling et son chancelier Krechting sont pris — Jean découvert caché dans une cave — et, après six mois de prison et de tortures, exécutés le 22 janvier 1536 d'une mort cruelle, tenaillés au fer rouge ; leurs corps, enfermés dans des cages de fer, sont suspendus à la tour de l'église Saint-Lambert en avertissement terrible[66]. Rothmann, lui, périt probablement lors de l'assaut final[67].

Les cages de Saint-Lambert, encore visibles à Münster. Photo Dietmar Rabich (2022), Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
  1. Début janvier 1534
    Les melchiorites entrent à Münster
    le baptême des adultes introduit

    Disciples de Hoffman accueillis par Rothmann et Knipperdolling ; plus d'un millier d'adultes rebaptisés[68].

  2. Février 1534
    Knipperdolling bourgmestre
    la ville aux rebaptiseurs

    Münster passe sous contrôle complet du parti ; biens mis en commun, trésors d'art détruits, dissidents expulsés[69].

  3. Pâques 1534
    Mort de Jean Matthijs
    le Gédéon manqué

    Sorti avec douze compagnons au jour qu'il avait fixé pour le jugement, il est massacré ; Jean de Leyde lui succède[70].

  4. Juillet 1534
    La polygamie imposée
    seize femmes pour le roi

    Jean prend seize femmes, Rothmann quatre ; la « communauté des femmes » achève le scandale de la Nouvelle Sion[71].

  5. Septembre 1534
    Jean couronné roi
    la Nouvelle Sion a son David

    Proclamé roi, il parade en costumes royaux pendant que François de Waldeck resserre le siège[72].

  6. Hiver 1534-1535
    La famine
    le siège étrangle la ville

    Des milliers de Hollandais ont d'abord afflué vers la Jérusalem promise ; ils y trouvent la faim et un roi de fer[73].

  7. 24-25 juin 1535
    La chute de Münster
    seize mois de règne effacés en une nuit

    Les assiégeants prennent la ville par surprise ; habitants massacrés, chefs capturés — aucune apocalypse en vue[74].

  8. 22 janvier 1536
    L'exécution des chefs
    les cages de Saint-Lambert

    Après six mois de tortures, Jean, Knipperdolling et Krechting sont exécutés ; leurs corps en cage restent l'avertissement[75].

La répression : quand les trois confessions frappent ensemble

Spire 1529 : le mandat impérial

L'écrasement de Münster ne doit pas faire oublier que la répression avait commencé dix ans plus tôt — et qu'elle unit pour une fois catholiques, luthériens et zwingliens. La diète de Spire, en avril 1529, adopte le mandat contre les anabaptistes : tout rebaptisé, homme ou femme, d'âge de raison, doit être mis à mort par le feu, le glaive ou autre supplice, selon les personnes, sans inquisition préalable des juges ecclésiastiques[76]. Le texte allemand, conservé par l'historien protestant Philip Schaff, mérite d'être lu :

« Que tous et chacun des rebaptiseurs et rebaptisés, hommes et femmes d'âge de raison, soient mis à mort […] sans inquisition préalable des juges ecclésiastiques. » — Recès de la diète de Spire, avril 1529 (traduction Ignispedia)[77]

Luther, qui avait approuvé en 1527-1528 la répression civile tout en écrivant contre la doctrine, laisse échapper le remords dans son livre Contre les rebaptiseurs (1528) :

« Il n'est pas juste — et je regrette profondément que de si misérables gens soient si misérablement assassinés. […] Pourquoi les tourmenterait-on aussi en cette vie ? » — Martin Luther, Von der Wiedertaufe (1528), trad. Ignispedia[78]

La phrase honore l'homme sans absoudre le système : le mandat de Spire reste la charte commune de la persécution, signée par des mains protestantes comme catholiques[79].

Le prix du sang

La répression frappe partout : Zurich noie, Berne bannit, les princes luthériens expulsent, et les terres héréditaires de Ferdinand d'Autriche — Tyrol, Moravie — fournissent les bûchers les plus fournis[80]. La Chronique huttérite compte 2 169 suppliciés sous les règnes de Charles Quint et de Ferdinand, un chiffre que les historiens recoupent avec les archives locales sans pouvoir le clore définitivement[81].

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Deux remarques catholiques s'imposent ici, par honnêteté. La première : l'Église ne canonise pas des rebelles qui voulaient détruire l'Église, mais elle ne bénit pas pour autant chaque bûcher — le jugement qu'elle porte à Trente est doctrinal, et il ne transforme pas rétroactivement toute sentence temporelle en acte de justice[82]. La seconde : les suppliciés, dans l'erreur, sont restés des hommes d'une sincérité souvent héroïque — Hubmaier priant sur le bûcher, Sattler priant pour ses bourreaux — et le catholique les regarde comme des âmes à plaindre et à confier à la miséricorde, non comme des trophées[83].

Ce que l'anabaptisme nie : le dossier doctrinal

Le baptême des petits enfants

Tout le reste — serment, glaive, séparation — découle d'une seule négation : l'enfant baptisé n'est pas baptisé. Le dossier catholique tient en trois liasses, Écriture, Tradition, magistère, que le tableau résume avant le détail.

L'objection anabaptisteLa réponse catholique
Le Nouveau Testament ne montre que des croyants adultes baptisésLes « maisonnées entières » baptisées avec leur chef — Lydie (Ac 16, 15), le geôlier de Philippes (Ac 16, 33), la maison de Stéphanas (1 Co 1, 16) — incluent normalement enfants et serviteurs ; et la promesse est dite « à vous et à vos enfants » (Ac 2, 38-39)[84]
Le baptême suppose la foi personnelleLa foi de l'Église supplée : comme la circoncision marquait les nouveau-nés de l'Alliance (Col 2, 11-12), le baptême régénère avant l'usage de raison — « nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit » (Jn 3, 5)[85]
C'est une invention papale tardiveLa pratique est attestée dès le IIe siècle et tenue pour apostolique bien avant toute controverse[86]
Rebaptiser les adultes, c'est obéir à l'ÉvangileC'est encourir l'anathème : Trente, VIIe session, canon 13 — les petits enfants baptisés sont comptés parmi les fidèles, les rebaptiser est condamné[87]

Côté Écriture, l'argument des maisonnées n'est pas une conjecture : quand Luc note que le geôlier « fut baptisé, lui et tous les siens », dans la nuit même, sans catéchuménat préalable, il décrit un baptême domestique où l'âge ne fait pas obstacle[88]. Côté Tradition, la chaîne est sans rupture : saint Irénée, disciple de Polycarpe lui-même disciple de Jean, écrit vers 180 que le Christ est venu sauver « tous ceux qui par lui renaissent pour Dieu : les nouveau-nés, les petits enfants, les enfants, les jeunes gens et les vieillards »[89] ; Origène affirme que l'Église tient des apôtres la tradition de baptiser même les petits enfants ; saint Cyprien, consulté sur le délai du huitième jour, répond qu'il ne faut attendre pour personne ; saint Augustin fait du baptême des nourrissons l'argument massue contre les pélagiens[90].

Le Catéchisme de l'Église catholique tranche dans le même sens, et mérite d'être cité plutôt que résumé :

« Nés avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants, eux aussi, ont besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême, afin d'être libérés du pouvoir des ténèbres. […] L'Église et les parents refuseraient donc à l'enfant la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu s'ils ne lui conféraient le baptême peu après la naissance. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 1250[91]

L'objection de Tertullien — et sa réponse

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L'objection la plus honnête que les anabaptistes puissent alléguer vient d'un Père : Tertullien, dans son traité Du baptême (chapitre 18), conseille de différer le baptême des petits enfants selon les personnes et les circonstances[92]. Faut-il en conclure que l'Église primitive hésitait ? Non, pour trois raisons : Tertullien écrit en rigoriste, à la veille de basculer dans le montanisme, et son conseil de délai relève de sa sévérité personnelle sur la pénitence post-baptismale ; personne autour de lui ne conteste la validité du baptême des nourrissons, seulement son opportunité ; et dès le siècle suivant, Origène, Cyprien et toute l'Église d'Afrique baptisent les nouveau-nés comme allant de soi[93]. Un conseil pastoral isolé ne pèse rien contre une tradition unanime — c'est exactement l'inverse de la méthode anabaptiste, qui fait d'une exception une règle.

Le serment, le glaive, la magistrature

Schleitheim refuse le serment (« ne jurez pas », Mt 5, 34), refuse le glaive (« ne résistez pas au mal ») et interdit au chrétien toute magistrature[94]. La réponse catholique distingue. Le serment prêté en vérité n'est pas interdit par le Christ, qui vise le jurement frivole : saint Paul jure (« je prends Dieu à témoin », 2 Co 1, 23) et l'épître aux Hébreux rappelle que « les hommes jurent par plus grand qu'eux » (He 6, 16)[95]. Le glaive du magistrat n'est pas le meurtre : « celui qui prend l'épée périra par l'épée » (Mt 26, 52) condamne la violence privée, tandis que l'Apôtre appelle le prince « ministre de Dieu pour le bien », qui « ne porte pas le glaive en vain » (Rm 13, 1-4), et le Christ lui-même reconnaît le pouvoir « venu d'en haut » (Jn 19, 11)[96]. Quant à l'Église, elle est « colonne et appui de la vérité » (1 Tm 3, 15), non une congrégation de purs qui excommunierait le monde : la parabole de l'ivraie (Mt 13, 24-30) interdit d'arracher avant la moisson[97].

La Cène en simple mémoire

Sur l'eucharistie, les anabaptistes tiennent la position mémoriale : un repas de souvenir entre baptisés, sans présence réelle[98]. Le dossier complet — Écriture (Jn 6, 55 ; 1 Co 11, 27-29), Pères (Ignace d'Antioche, Justin, Irénée), Trente (XIIIe session, 11 octobre 1551, canon 1 : anathème à qui nie la présence pour n'y voir qu'un signe)[99] — appartient à l'article voisin La Présence réelle eucharistique et à la réfutation du mémorialisme zwinglien ; on n'y revient pas ici, sauf pour noter que Münster communiait en mémoire pendant que Trente préparait l'anathème.

Le jugement de l'Église catholique

Quatre sessions de Trente

Comme pour le zwinglianisme, c'est le concile de Trente qui frappe, et il frappe quatre fois — dont une en plein cœur de notre sujet.

SessionDateCe qu'elle condamneVisée anabaptiste
Ve17 juin 1546Le péché originel nié ou réduit à une inclination sans coulpe transmiseLe baptême inutile aux enfants, puisqu'ils naîtraient innocents[100]
VIIe3 mars 1547Le rebaptême : les petits enfants baptisés sont comptés parmi les fidèles (canon 13)Directe : l'acte même de rebaptiser, anathème[101]
XIIIe11 octobre 1551La Cène réduite à un signe sans présence réelle (canon 1)La fraction du pain mémoriale de Schleitheim[102]
XXIIe17 septembre 1562La messe réduite à un repas sans sacrificeLe culte dépouillé des communautés séparées

Le canon 13 de la VIIe session vise nommément la thèse : nier que les petits enfants, une fois baptisés, doivent être comptés parmi les fidèles, et prétendre qu'il faut les rebaptiser à l'âge de raison, c'est encourir l'anathème[103]. Il n'y a pas de lecture bienveillante possible : entre Schleitheim, article I, et Trente, canon 13, la contradiction est frontale, et l'Église a choisi — infailliblement, en concile œcuménique — son camp.

Même les réformateurs réfutent

Fait remarquable, et à charge : les réformateurs magistraux, qui avaient tout intérêt à ménager des alliés contre Rome, ont unanimement condamné le rebaptême. Luther écrit dès fin 1527 De la rebaptisation, à deux pasteurs (WA 26), préface en 1530 le livre de Justus Menius contre les rebaptiseurs et revient à la charge en 1532 contre les « prédicateurs clandestins »[104]. Zwingli fait du baptême un signe, mais garde le baptême des enfants contre ses anciens disciples[105]. Calvin publie à Genève, en 1544, sa Brève instruction pour armer tous bons fidèles contre les erreurs de la secte commune des anabaptistes, qui réfute article par article — à commencer par le baptême des enfants, en quinze pages tirées de l'Institution — la charte de Schleitheim[106]. Quand Rome, Wittenberg, Zurich et Genève s'accordent à condamner, il ne reste au rebaptême que Münster pour absolution — et Münster a brûlé.

Le dossier des objections protestantes dans son ensemble — Écriture, Pères, sacrements — est traité dans l'article voisin Réponses au protestantisme ; le présent article n'en retient que la conclusion qui intéresse notre sujet : sur le baptême des enfants, la Réforme magistrale est restée catholique sans le savoir.

Ni haine, ni légende noire

Condamner l'erreur n'est pas haïr les errants, et cet article ne le fait pas. Les anabaptistes suppliciés n'étaient ni des monstres ni des saints : des chrétiens égarés par une lecture littérale et solitaire de l'Écriture, souvent courageux jusqu'à la mort, parfois criminels jusqu'à l'orgie[107]. L'Église, qui les a frappés d'anathème en concile, ne demande à personne de se réjouir des bûchers — et le catholique d'aujourd'hui, lisant les 2 169 noms de la Chronique huttérite comme les cages vides de Saint-Lambert, confie les uns et les autres à la miséricorde de Dieu, fermeté sur le vrai, charité pour les personnes[108].

Postérité : des mennonites aux baptistes

Menno Simons et la voie pacifique

Infographie originale Ignispedia créée par IA

L'effet de la chute de Münster, joint à la répression déterminée des catholiques, des luthériens et des zwingliens, fut l'élimination prononcée puis complète des traits violents du mouvement[109]. L'homme de ce tournant est un prêtre catholique frison qui rejoint le parti en 1536 : Menno Simons, dont l'influence bienfaisante refonde les restes dispersés en communautés pacifiques, séparées mais non violentes[110]. Sa biographie, sa rupture et sa doctrine appartiennent à son article ; retenons seulement ici que le mennonitisme, qui existe encore aujourd'hui principalement en Hollande, en Allemagne et aux États-Unis, est l'héritier assagi — et désarmé — de l'anabaptisme[111].

Huttérites, amish, baptistes

Les communautés de Moravie, rassemblées par Jakob Hutter avant son bûcher de 1536, deviennent les frères huttérites, qui pratiquent encore la communauté des biens sans la polygamie ni le glaive[112]. Les amish naissent d'une scission de 1693 autour de Jakob Ammann, au nom d'une discipline plus stricte[113]. Quant aux baptistes anglais puis américains, ils adoptent la doctrine anabaptiste sur le baptême des enfants sans descendre historiquement de Münster : une filiation d'idée, non une filiation simple — les baptistes se rattachent aux séparatistes anglais exilés en Hollande, au contact des mennonites[114]. La dérive antitrinitaire de certaines franges tardives, elle, appartient à un autre dossier : Socinianisme.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. N. Weber, art. cit. — Hoffman pelletier et melchiorites à Münster (1533-1534), Rothmann chapelain, Knipperdolling marchand drapier, Matthijs boulanger, Bockelson tailleur dit Jean de Leyde, bourgmestre février 1534, « Nouvelle Jérusalem », terreur, destructions, communisme, polygamie et communauté des femmes (Rothmann quatre femmes, Jean seize), siège par François de Waldeck, juin 1535, projet d'incendie, prise le 24 juin 1535, six mois de prison et tortures, exécution, cages de fer à Saint-Lambert.

    1 12 45 46 48 56 58 59 60 62 63 65 69 71 74
  2. GAMEO, article « Beukelszoon, Jan (ca. 1509-1536) » — défense jusqu'au 25 juin 1535, arrestation dans une cave, exécution cruelle le 22 janvier 1536, portraits d'Aldegrever et de tom Ring ; polygamie introduite en juillet 1534 : Encyclopedia.com, art. « John of Leiden » ; couronne de septembre 1534 : biographie courante.

    2 66 72 75
  3. P. Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, chap. sur les anabaptistes zurichois, New York, 1892 — Grebel, Manz, Blaurock, baptêmes du 21 janvier 1525, mandat zurichois de janvier 1525, dispute de novembre 1525, noyade de Manz le 5 janvier 1527. Texte : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8

    3 24 25 27
  4. GAMEO, article « Schleitheim Confession » — première confession suisse, Brüderlich Vereinigung etzlicher Kinder Gottes sieben Artikel betreffend, rédigée à Schleitheim (canton de Schaffhouse) le 24 février 1527 (Saint-Matthias), auteur presque certainement Michel Sattler.

    4 32 51
  5. Concile de Trente, VIIe session (3 mars 1547), Canons sur le baptême, canon 13 — Denzinger-Hünermann, n° 1626 : anathème contre qui nie que les petits enfants baptisés soient comptés parmi les fidèles et prétend les rebaptiser à l'âge de raison. Texte : Canons and Decrees of the Council of Trent.

    5 13 23 82 87 101 103
  6. N. Weber, « Anabaptists », Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907 — étymologie (ana, « de nouveau »), nom refusé par les intéressés, usage historique réservé aux nieurs du baptême des enfants au XVIe siècle. Texte : https://www.newadvent.org/cathen/01445b.htm

    6 7 8 107
  7. N. Weber, art. cit. — principes distinctifs (restaurer le christianisme primitif, refus des serments et de la peine capitale, abstention des magistratures, Écriture seule norme, rejet du baptême des enfants et de la justification par la foi seule, nouveau Royaume, communauté des biens) ; filiation au principe luthérien de l'interprétation privée ; traces médiévales (pétrobusiens, vaudois) sans lien historique établi.

    9 11 18
  8. G. H. Williams, The Radical Reformation, Westminster Press, Philadelphie, 1962 — concept historiographique de « Réforme radicale » pour les courants rejetés par Rome, Wittenberg, Zurich et Genève.

    10
  9. N. Weber, art. cit. — Zwickau 1521 (Storch, mort en 1525 ; Müntzer, vers 1490-1525), Wittenberg, Carlstadt, expulsion par Luther ; Storch en Thuringe et guerre des Paysans ; Müntzer rejetant le baptême des enfants en théorie mais le gardant en pratique, Allstedt, Mühlhausen avec Pfeifer, Frankenhausen (1525), sacrements reçus avant la mort, Pfeifer impénitent.

    14 15 16 17 19 20 21 22
  10. N. Weber, art. cit. — mouvement suisse 1523-1525, Denk et Hubmaier, recrutement ouvrier, Augsbourg, Nuremberg puis Strasbourg ; guerre des Paysans (1524) et dispersion ; décret de Zurich (1526) et peines sévères.

    26 43 80
  11. GAMEO (Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online), article « Grebel, Conrad (d. 1526) » — le baptiseur de Zollikon disparaît dès 1526. Texte : https://gameo.org

    28 49
  12. P. Schaff, op. cit., vol. VIII ; GAMEO, article « Manz, Felix (d. 1527) » — noyé dans la Limmat le 5 janvier 1527 en application du mandat, premier martyr anabaptiste.

    29 50
  13. U. Zwingli, Von der Taufe (mai 1525) : le baptême comme Pflichtzeichen, signe d'alliance pendant de la circoncision — exposé : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, Clarendon Press, Oxford, 1986 ; cf. Zwinglianisme.

    30 105
  14. Jn 3, 5 (« nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit »), Rm 6, 3-4 (ensevelis avec le Christ par le baptême), Col 2, 11-12 (baptême et circoncision de l'Alliance).

    31 85
  15. Confession de Schleitheim, article I (24 février 1527), trad. Ignispedia — texte anglais : « Baptism shall be given to all those who have learned repentance and amendment of life, and who believe truly that their sins are taken away by Christ […] This excludes all infant baptism, the highest and chief abomination of the Pope. » Texte intégral : https://anabaptistfaith.org/schleitheim-confession (d'après Rod and Staff Publishers, 1985).

    33
  16. Confession de Schleitheim, articles II-VII, ibid. — la coulpe (Mt 18), la fraction du pain en mémoire entre baptisés, la séparation (« we shall not have fellowship with them […] withdraw from Babylon and earthly Egypt »), les pasteurs, le glaive (« Resist not (him that is) evil »), le serment.

    34 35 94 98
  17. GAMEO, article « Sattler, Michael (d. 1527) » — arrêté à Horb avant le 18 mars 1527, brûlé à Rottenburg, sa femme Margaretha noyée le 22 mai 1527 ; récit du supplice (langue tranchée, tenailles, bûcher, prière pour les persécuteurs) : Martyrs Mirror, repris par Christian History. Texte : https://www.christianitytoday.com/history/issues/issue-5/from-martyrs-mirror.html

    36 37 52
  18. Christian History, chronologie anabaptiste — prédication gagnant les mécontents à Nikolsburg, arrestation par Ferdinand en juillet 1527, bûcher à Vienne le 10 mars 1528, femme noyée dans le Danube trois jours plus tard ; Waldshut et Nikolsburg (1526) : Baptist News et H. C. Vedder, Balthasar Hubmaier — premier théologien du baptême des adultes, seul à plaider un gouvernement chrétien tolérant. Textes : https://www.christianitytoday.com/history/issues/issue-5/anabaptists-christian-history-timeline.html

    38 39 40 53 83
  19. B. Hubmaier, Courte Apologie (A Short Apology, 1526, Op. 13), trad. Ignispedia — formule citée par H. C. Vedder, Balthasar Hübmaier, New York, G. P. Putnam's Sons, 1905, p. 209 ; texte anglais : « I may err—I am a man—but a heretic I cannot be, because I ask constantly for instruction in the word of God. » Texte : https://en.wikisource.org/wiki/Page:Balthasar_H%C3%BCbmaier.djvu/209

    41
  20. Origène, Commentaire sur les Romains V, 9 (tradition reçue des apôtres de baptiser même les petits enfants) ; saint Cyprien, lettre 64 à Fidus (contre tout délai du baptême) ; saint Augustin, traités antipélagiens — synthèse : « Baptism », Catholic Encyclopedia : https://www.newadvent.org/cathen/02258b.htm

    42 86 90 93
  21. Sur Hans Hut gagnant à Nikolsburg les disciples de Hubmaier à une attente apocalyptique : Christian History, chronologie anabaptiste, ibid.

    44
  22. N. Weber, art. cit. (Hoffman et les melchiorites) ; prédiction du retour pour Pâques 1533, attente à Strasbourg, emprisonnement par le Conseil : rapport catholique-luthérien-mennonite L-Mn (2010), d'après les actes du dialogue. Texte : https://www.prounione.it/dialogues/downloads/dia-l-mn-01-final-report-2010

    47
  23. GAMEO, article « Blaurock, Georg (d. 1529) » — le premier rebaptisé de Zollikon, capturé au Tyrol, meurt sur le bûcher en 1529.

    54
  24. Plaque du Toit d'or d'Innsbruck : « Jakob Huter […] died here on 25 February 1536 as a martyr of his Christian faith at the stake. »

    55
  25. Entrée des disciples de Hoffman le 5 janvier 1534 et rebaptême de plus d'un millier d'adultes, Rothmann rallié : synthèse historiographique courante, conforme à N. Weber, art. cit.

    57 68
  26. Sortie du dimanche de Pâques 1534 avec douze compagnons en nouveau Gédéon, massacre de la troupe, tête exposée : récit fondé sur H. von Kerssenbroch, témoin catholique de Münster (manuscrit vers 1540, éd. Detmer, Münster, 1899-1900).

    61 70
  27. Décapitation d'Élisabeth Wandscherer le 12 juin 1535 sur ordre de Jean : Digitaal Vrouwenlexicon van Nederland (Huygens ING) ; sur l'attribution discutée : synthèse courante (certaines relations postérieures).

    64
  28. Sur la fin probable de Rothmann lors de l'assaut final : Christian History (Rothmann probablement péri dans l'assaut, corps non identifié).

    67
  29. Afflux de milliers d'anabaptistes hollandais vers Münster avant le bouclage, puis famine de l'hiver 1534-1535 : Christian History, dossier de Münster. Texte : https://christianitytoday.com/history/issues/issue-5/from-archives-two-kingdoms.html

    73
  30. P. Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, ibid. — décret de la diète de Spire (avril 1529) : « Dass alle und jede Widertaeuffer und Widergetaufte, Mann und Weibspersonen verstaendigs Alters vom natürlichen Leben zum Tode mit Feuer, Schwert oder dergleichen nach Gelegenheit der Personen ohne vorgehende der geistlichen Richter Inquisition » ; Luther ne proteste pas. Texte : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.iv.html

    76 77 79
  31. M. Luther, Von der Wiedertaufe, an zwei Pfarrherrn (déc. 1527-janv. 1528), trad. Ignispedia — texte anglais cité par P. Schaff, vol. VII : « It is not right, and I deeply regret that such wretched people should be so miserably murdered […] Why should they be tortured in this life also? » Texte : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc7/hcc7.ii.i.xi.html

    78
  32. Christian History, chronologie anabaptiste — selon la Chronique huttérite, 2 169 suppliciés sous Charles Quint et Ferdinand ; la diète de Spire (1529) étend la persécution à l'Empire. Texte : https://www.christianitytoday.com/history/issues/issue-5/anabaptists-christian-history-timeline.html

    81 108
  33. Ac 16, 15 (Lydie et sa maison), Ac 16, 33 (le geôlier de Philippes, « lui et tous les siens »), 1 Co 1, 16 (la maison de Stéphanas), Ac 2, 38-39 (la promesse « à vous et à vos enfants »).

    84 88
  34. Saint Irénée, Contre les hérésies II, 22, 4, trad. Ignispedia (vers 180) — texte latin : « Omnes enim venit per semetipsum salvare, omnes, inquam, qui per eum renascuntur in Deum, infantes et parvulos et pueros et juvenes et seniores. » Texte : https://www.newadvent.org/fathers/

    89
  35. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1250-1252 — le baptême des petits enfants, tradition immémoriale, grâce inestimable à ne pas refuser. Texte : https://www.vatican.va/archive/FRA0013/_INDEX.HTM

    91
  36. Tertullien, De baptismo, 18 — conseil de différer le baptême selon les personnes, dans un contexte rigoriste pré-montaniste ; jamais une négation de sa validité.

    92
  37. Mt 5, 33-37 (le jurement frivole visé par le Christ) ; 2 Co 1, 23 (Paul prend Dieu à témoin) ; He 6, 16 (les hommes jurent par plus grand qu'eux).

    95
  38. Mt 26, 52 (violence privée condamnée) ; Rm 13, 1-4 (le prince ministre de Dieu) ; Jn 19, 11 (pouvoir venu d'en haut).

    96
  39. Mt 13, 24-30 (laisser croître ensemble jusqu'à la moisson) ; 1 Tm 3, 15 (l'Église, « colonne et appui de la vérité »).

    97
  40. Concile de Trente, XIIIe session (11 octobre 1551), Canons sur la très sainte Eucharistie, canon 1 — Denzinger-Hünermann, n° 1651 : « Si quis negaverit […] sed dixerit tantummodo esse in signo vel figura aut virtute, anathema sit. » Texte anglais : https://origin.ewtn.com/catholicism/library/thirteenth-session-of-the-council-of-trent-1479

    99 102
  41. Concile de Trente, Ve session (17 juin 1546), Décret sur le péché originel, canons 2-4 : transmission par propagation jusque dans les petits enfants, rémission véritable par le baptême. Texte : Canons and Decrees of the Council of Trent ; Denzinger-Hünermann.

    100
  42. GAMEO, article « Luther, Martin (1483-1546) » — quatre écrits contre les anabaptistes : Von der Wiedertaufe an zwei Pfarrherrn (1528, WA 26), préface au Wiedertäufer Lehre und Geheimnis de Menius (1530, WA 30, 2), Von den Schleichern und Winkelpredigern (1532, WA 30, 3), sermons.

    104
  43. J. Calvin, Brieve instruction pour armer tous bons fideles contre les erreurs de la secte commune des Anabaptistes, Genève, 1544 — réfutation article par article de Schleitheim, dont quinze pages sur le baptême des enfants tirées de l'Institution ; suivi en 1545 du traité contre les libertins. Présentation : Calvin Theological Journal (Calvin College). Texte : http://calvin.edu/library/database/crcpi/fulltext/ctj/120131.pdf

    106
  44. N. Weber, art. cit. — courant pacifique suisse, chute de Münster et répression par catholiques, luthériens et zwingliens, élimination des traits violents, Menno Simonis rallié en 1536 et son influence bienfaisante, nom de mennonites, Hollande, Allemagne, États-Unis.

    109 110 111 112
  45. Scission de 1693 autour de Jakob Ammann au nom d'une discipline plus stricte : GAMEO, article « Amish ».

    113
  46. N. Weber, art. cit. — apparition en Angleterre après Münster (réfugiés hollandais et allemands), peines de mort et de bannissement, doctrine du baptême des enfants reprise par les baptistes anglais et américains.

    114