Étienne, premier martyr (mort vers 35)

Étienne, premier martyr de l'Église : diacre helléniste de Jérusalem, son procès et son grand discours dans les Actes des Apôtres, sa vision du Fils de l'homme debout, sa lapidation sous les yeux de Saul, et pourquoi le récit de Luc tient face à l'exégèse moderne.

Ignispedia

Étienne est le premier chrétien mort pour le Christ : la tradition lui donne le titre grec de protomartyr, celui qui a témoigné le premier par son sang. Tout ce que l'on sait de lui tient en deux chapitres des Actes des Apôtres (Ac 6 et 7) : diacre helléniste de la communauté de Jérusalem, prédicateur que nul ne peut réfuter, accusé devant le Sanhédrin, auteur du plus long discours du livre, lapidé hors la ville vers 34-36 en pardonnant à ses bourreaux, sous les yeux d'un jeune homme nommé Saul[1].

Son nom veut dire la couronne : en grec Stephanos, que la tradition rapproche de l'araméen Kelil, couronne lui aussi[2]. La couronne promise aux fidèles dans les épîtres, couronne de vie, couronne de gloire, couronne de justice[3], il la reçoit le premier, et sa mort fixe pour toujours le visage du martyre chrétien : la vision du Ciel ouvert, la remise de l'esprit, le pardon des meurtriers.

Cet article le présente comme personnage de la Bible reçue par l'Église : la place des Actes dans le canon, l'auteur et la datation traditionnels du livre qui le raconte, la Jérusalem des Hellénistes et l'institution des Sept, le récit verset par verset, la théologie de son grand discours, son accomplissement dans la Passion du Christ et la conversion de Paul, sa mémoire dans la liturgie, puis, en fin de parcours, le débat avec l'exégèse moderne. Le dossier hagiographique complet, découverte des reliques en 415, voyage jusqu'à Rome, miracles racontés par saint Augustin, patronages et iconographie, se lit dans Saint Étienne (1-36) : on ne le redouble pas ici, on y renvoie.

Étienne dans le canon des Écritures

Deux chapitres pour un seul homme

Aucun autre disciple, hors les Douze et Paul, ne reçoit un tel honneur : deux chapitres entiers pour raconter quelques jours d'un homme, son élection, ses miracles, son procès, son discours, sa vision et sa mort[4]. Dans l'économie des Actes, qui courent de la Pentecôte à la captivité romaine de Paul en vingt-huit chapitres, cette insistance est un signal : Luc s'arrête sur Étienne parce que quelque chose de décisif s'y joue, la première confrontation frontale entre l'Évangile et le judaïsme officiel, et la première mort qui en résulte.

Le discours du chapitre 7, cinquante-trois versets d'Abraham au Temple, est le plus long discours de tout le livre, plus long que ceux de Pierre à la Pentecôte et de Paul à Antioche de Pisidie ou devant l'Aréopage[5]. Un auteur qui résume tout le reste et qui déplie celui-là dit sa hiérarchie : ce discours est la première théologie de l'Église persécutée, et le procès d'Étienne le patron de tous les procès chrétiens à venir.

La place des Actes dans le Nouveau Testament

Le livre qui porte Étienne est le deuxième tome de l'œuvre de Luc : le troisième évangile racontait ce que Jésus a fait et enseigné, les Actes racontent ce que l'Esprit fait par les Apôtres, de Jérusalem jusqu'à Rome[6]. Les deux prologues se répondent, adressés au même Théophile, et l'Église les a reçus ensemble dès l'origine : le fragment de Muratori, vers 170-200, attribue le troisième évangile à Luc, médecin et compagnon de Paul, et range les Actes parmi les écrits apostoliques lus dans l'assemblée[7].

Le concile de Trente, en 1546, a confirmé ce que la pratique n'avait jamais interrompu : les Actes figurent au canon avec les quatre évangiles, et Dei Verbum rappelle en 1965 que les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut[8]. Le dossier détaillé du livre se lit dans l'article consacré à l'évangéliste ; ici, c'est le témoin qui nous occupe, non le cadre.

L'auteur reçu des Actes : saint Luc, compagnon de Paul

Le médecin d'Antioche devenu historien

La tradition est unanime et précoce : l'auteur du troisième évangile et des Actes est Luc, l'Antiochien, médecin de profession, compagnon des voyages de Paul[9]. Saint Irénée, vers 180, l'écrit noir sur blanc : Luc, disciple et compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile prêché par celui-ci[10].

« Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile prêché par celui-ci. »

Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[11]

Tertullien défend le même évangile contre Marcion, qui voulait l'annexer en le coupant de ses racines : œuvre du disciple de Paul, enracinée dans la prédication apostolique, non traité d'une secte[12]. Eusèbe de Césarée, au IVe siècle, résume la notice reçue : Antiochien de naissance, médecin, compagnon de Paul jusqu'à son martyre[13]. Quatre témoins, trois siècles, deux langues, aucune voix ancienne n'attribue ces livres à un autre : l'unanimité patristique sur Luc n'a d'équivalent que pour un petit nombre de livres du Nouveau Testament.

La datation traditionnelle : vers 62-63

Les Actes s'achèvent sur une phrase suspendue : Paul demeure deux années entières dans le logement qu'il a loué à Rome, où il annonce le Royaume sans empêchement[14]. Or l'auteur raconte ensuite plus rien : ni la libération ou la mort de Paul (vers 67), ni la persécution de Néron (64), ni la chute de Jérusalem (70). Pour la lecture traditionnelle, l'explication est simple : Luc écrit au moment où son récit s'arrête, vers 62-63, quand l'issue du procès romain est encore inconnue[15].

Le prologue du troisième évangile confirme la méthode : Luc déclare avoir tout repris depuis les origines, avec exactitude, après s'être informé auprès des témoins oculaires[16]. Et le récit lui-même trahit le compagnon : à partir de Troas, le « ils » devient « nous », l'auteur embarque dans le voyage et ne le cache pas[17]. Un faussaire tardif n'aurait ni daté par son silence ni signé par ses pronoms : ces marques sont celles d'un contemporain qui écrit dans la génération des faits.

Copié tôt, commenté comme histoire

Le papyrus Bodmer XIV-XV, copié vers 175-225, contient déjà les évangiles de Luc et de Jean : un siècle après les faits, le texte circule en recueil coûteux, traité en Écriture[18]. Les Pères qui suivent, Clément, Tertullien, Origène, ne lisent jamais les Actes comme une édification pieuse : ils y citent des faits, des dates, des noms, des procédures. Personne, dans l'Église ancienne, ne traite Étienne en symbole : tous commentent un homme, un procès, une mort.

Jérusalem vers 34-36 : Hellénistes, Hébreux et les Sept

La querelle des veuves et l'institution des Sept

La communauté grandit vite, et la croissance révèle une faille concrète : dans la distribution quotidienne de nourriture, les veuves des Hellénistes sont négligées au profit de celles des Hébreux[19]. Les deux mots désignent deux moitiés du même peuple : les Hébreux, Juifs de langue araméenne enracinés au pays, et les Hellénistes, Juifs de langue et de culture grecques, venus de la diaspora ou marqués par elle. La première Église porte déjà la tension des deux mondes qu'elle devra unir.

La réponse des Douze fonde un ministère : que l'assemblée choisisse sept hommes de bonne réputation, remplis d'Esprit et de sagesse, à qui confier le service des tables, pendant que les Apôtres resteront voués à la prière et au service de la Parole[20]. Puis la prière et l'imposition des mains scellent l'envoi : le geste par lequel l'Église, aujourd'hui encore, transmet l'ordre et la mission[21].

« L'on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti originaire d'Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. »

Actes des Apôtres, 6, 5-6[22]

Étienne est nommé en tête de la liste, et ce rang n'est pas décoratif : c'est lui que le récit suivra, quand Philippe, le second, partira évangéliser la Samarie et baptiser l'eunuque éthiopien. Tous portent des noms grecs, signe qu'ils sont choisis parmi les Hellénistes lésés, pour servir les leurs. Et puisque seul Nicolas est désigné comme prosélyte, c'est-à-dire païen converti au judaïsme, les six autres, Étienne compris, sont presque certainement Juifs de naissance, non des recrues venues du paganisme[23].

Les SeptCe que les Actes en disentSuite connue
ÉtienneNommé premier, plein de foi et d'EspritDiscours et martyre, Ac 6-7
PhilippeSecond de la listeÉvangélise la Samarie, baptise l'eunuque, Ac 8
ProchoreNommé seulementLa tradition en fait l'évêque de Nicomédie
NicanorNommé seulementHonoré par les Églises d'Orient avec les Sept
TimonNommé seulementLa tradition en fait l'évêque de Bostra
ParménasNommé seulementHonoré par les Églises d'Orient avec les Sept
NicolasProsélyte d'Antioche, le seul non Juif de naissanceCité par Irénée à propos des Nicolaïtes

Étienne l'helléniste : ce que l'on sait, ce que l'on ignore

Son nom grec indique un Juif de la diaspora hellénophone, et son terrain le confirme : c'est dans les synagogues des Juifs grecs qu'il prêche, et ce sont elles qui se soulèveront contre lui[24]. Une tradition du Ve siècle ajoute que Stephanos n'était que l'équivalent grec de son nom araméen, Kelil, qui veut dire lui aussi la couronne[25]. L'hypothèse est fragile, une inscription funéraire alléguée, mais elle dit au moins combien les chrétiens anciens tenaient à la couronne du protomartyr jusque dans son état civil.

L'honnêteté commande de dire le reste : on ne sait ni quand ni comment Étienne devint chrétien. Qu'il ait été l'élève de Gamaliel, le grand rabbin, se déduit parfois de son habileté scripturaire devant le Sanhédrin, mais rien ne le prouve. Qu'il figure parmi les soixante-douze disciples, comme l'affirme Épiphane, reste douteux[26]. L'Église n'a jamais comblé ces blancs par des légendes : elle garde un homme dont la vie antérieure est obscure et dont la fin est éclatante, et cette sobriété même est une marque d'histoire, non de fable.

Le diaconat naissant

Les Sept ne s'appellent pas encore diacres dans le texte, mais le service qu'ils reçoivent, la diakonia des tables, donnera son nom au premier degré du ministère ordonné[27]. Étienne est donc, avec ses compagnons, le premier des diacres, et c'est à ce titre que les diacres de tous les siècles l'honoreront comme patron. Mais Luc montre aussitôt que le service des tables n'enferme pas : Étienne, chargé des veuves, accomplit des prodiges et dispute dans les synagogues. Le ministère ordonné est un, Parole et charité ensemble, et le protomartyr en est la première démonstration.

Le récit verset par verset : Actes 6, 8 à 7, 60

Rempli de grâce et de puissance : les signes et la dispute

À peine institué, Étienne déborde de sa charge : rempli de grâce et de puissance, il accomplit des prodiges et des signes parmi le peuple[28]. Son terrain est celui des siens, les synagogues des Juifs hellénistes : celle des Affranchis, descendants probables des Juifs emmenés captifs à Rome par Pompée en 63 avant Jésus-Christ puis libérés, d'où leur nom latin de Libertini, et celles des Cyrénéens, des Alexandrins, des gens de Cilicie et d'Asie[29]. C'est donc le judaïsme grec de la diaspora qui affronte son propre fils, et Saul de Tarse, Juif de Cilicie, vient précisément de ce monde-là.

Or la dispute tourne mal pour les accusateurs : ils ne peuvent résister à la sagesse et à l'Esprit qui le font parler. Alors ils achètent des faux témoins et traînent Étienne devant le Sanhédrin, avec une accusation en deux volets : il ne cesserait de parler contre le Lieu saint et contre la Loi, annonçant que Jésus le Nazaréen détruira le Temple et changera les coutumes transmises par Moïse[30]. Et c'est là que Luc glisse un détail qui n'appartient qu'à lui : pendant que tout le Sanhédrin le fixe, son visage paraît comme le visage d'un ange[31].

« Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Étienne, et ils virent que son visage était comme celui d'un ange. »

Actes des Apôtres, 6, 15[32]

Le rapprochement est voulu : le visage de Moïse rayonnait en descendant du Sinaï, celui d'Étienne rayonne en comparaissant devant ceux qui se réclament de Moïse. Le procès qui s'ouvre est déjà perdu pour les juges, car l'accusé porte sur sa face la gloire qu'ils prétendent défendre.

Le grand discours : quatre temps d'une relecture

Interrogé par le grand prêtre, « en est-il ainsi », Étienne répond par une fresque qui va d'Abraham au Temple, et cette longueur est une démonstration : il connaît l'Écriture mieux que ses juges, et c'est de l'intérieur qu'il va les convaincre d'infidélité[33].

Premier temps, Abraham : Dieu de gloire apparaît au patriarche en Mésopotamie, avant toute terre et tout Temple, et lui promet une descendance quand il n'a pas encore d'enfant. La foi précède les lieux, et l'élection précède la Loi[34]. Deuxième temps, Joseph et Moïse : le libérateur est toujours d'abord rejeté par les siens. Joseph vendu par ses frères devient leur sauveur en Égypte ; Moïse, repoussé le jour où il voulait défendre les Hébreux, avec ce mot terrible, « qui t'a établi chef et juge », est renvoyé quarante ans plus tard comme chef et libérateur, avec l'ange du buisson[35]. Le schéma est martelé : Dieu envoie, les pères rejettent, Dieu confirme.

Troisième temps, le Temple lui-même, relativisé par l'Écriture : David veut une demeure au Dieu de Jacob, Salomon la construit, mais le Très-Haut n'habite pas ce qui est fait de main d'homme. Et c'est Isaïe qui le dit, cité mot pour mot : le ciel est mon trône, la terre l'escabeau de mes pieds, quelle maison me bâtirez-vous[36]. Étienne n'invente aucune critique du Temple : il récite les prophètes aux gardiens du Temple.

« Pourtant, le Très-Haut n'habite pas dans ce qui est fait de main d'homme, comme le dit le prophète : Le ciel est mon trône, et la terre, l'escabeau de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, quel sera le lieu de mon repos ? N'est-ce pas ma main qui a fait tout cela ? »

Actes des Apôtres, 7, 48-50[37]

Quatrième temps, l'accusation retournée : la nuque raide, le cœur et les oreilles fermés à l'Alliance, la résistance permanente à l'Esprit Saint. Y a-t-il un prophète que les pères n'aient pas persécuté. Ils ont tué ceux qui annonçaient la venue du Juste, et ce Juste, les juges viennent de le livrer et de l'assassiner[38]. Le procès bascule : l'accusé devient procureur, et la Loi reçue sur ordre des anges, non observée, témoigne contre ceux qui s'en réclament.

La vision et la lapidation

La réponse est physique : le cœur exaspéré, les dents qui grincent. Mais Étienne, rempli d'Esprit Saint, fixe le ciel et voit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu[39]. Le détail compte : partout ailleurs le Christ siège à la droite, ici il est debout. La tradition y lit le témoin qui se lève pour accueillir son martyr, l'avocat qui se porte au secours de l'accusé que les hommes condamnent.

« Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. »

Actes des Apôtres, 7, 56[40]

C'est la seule occurrence de l'expression « Fils de l'homme » hors des évangiles dans tout le Nouveau Testament : sur les lèvres d'Étienne, le titre que Jésus se donnait à lui-même devient la confession publique de sa gloire. Pour le Sanhédrin, c'est le blasphème de trop : cris, oreilles bouchées, ruée commune, expulsion hors la ville, lapidation[41].

La mort est racontée en trois gestes : les témoins, selon la Loi qui leur commande de jeter les premières pierres, déposent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul ; Étienne prie, « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » ; puis, à genoux et d'une voix forte, « Seigneur, ne leur compte pas ce péché », et il s'endort[42]. Le verbe final n'est pas mourir, c'est s'endormir : la mort chrétienne vient de recevoir son nom.

La théologie du discours d'Étienne

Le Dieu qui marche avec son peuple

La thèse du discours tient en une image : Dieu n'a jamais été prisonnier d'un lieu. Il apparaît à Abraham en Mésopotamie, il parle à Moïse dans le buisson du désert, il accompagne la tente du Témoignage fabriquée sur modèle céleste et portée de campement en campement[43]. Chaque étape de l'histoire sainte est une visite de Dieu hors les murs, et le Temple de pierre n'en est qu'une demeure tardive, voulue par David, bâtie par Salomon, mais jamais nécessaire à Celui dont la main a tout fait[44].

Saint Jean Chrysostome consacre à ce passage les homélies XV à XVIII de son commentaire des Actes : le prédicateur y suit le texte pas à pas, sans jamais traiter Étienne en figure de rhétorique, et ses auditeurs de Constantinople entendent un homme réel, un procès réel, une mort réelle[45]. C'est toute la théologie de l'histoire selon Luc : le salut avance, les institutions le retiennent, Dieu passe outre.

Le Juste livré comme les prophètes

Le sommet du discours n'est pas la critique du Temple, c'est le verset 52 : les pères ont persécuté tous les prophètes, tué ceux qui annonçaient le Juste, et les fils viennent de livrer et d'assassiner ce Juste lui-même[46]. Le mot Juste, avec sa majuscule, désigne Jésus dans la bouche de Pierre à la Pentecôte comme dans celle d'Étienne : le procès du Sanhédrin rejoint celui du prétoire, et Jérusalem répète en petit ce qu'elle a fait en grand.

« Y a-t-il un prophète que vos pères n'aient pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui annonçaient d'avance la venue du Juste, celui-là que maintenant vous venez de livrer et d'assassiner. »

Actes des Apôtres, 7, 52[47]

Cette lecture typologique, Joseph vendu puis sauveur, Moïse rejeté puis libérateur, prophètes tués puis justifiés, Jésus livré puis glorifié, devient la grammaire de toute l'apologétique chrétienne : le rejet est le sceau de l'envoi. Paul la reprendra devant Agrippa, les apologistes devant les empereurs, et chaque génération persécutée y reconnaîtra son propre procès.

Le Fils de l'homme debout

Reste le mystère de la vision : pourquoi debout. Les Pères y ont vu le Christ qui se lève de son trône comme on se lève pour accueillir un ami, le juge céleste qui casse le verdict terrestre, le grand prêtre qui reçoit l'offrande du premier sang versé pour lui[48]. L'expression « Fils de l'homme », que Jésus réservait à sa propre bouche dans les évangiles, sort pour la première et dernière fois d'une bouche d'homme, et c'est pour désigner le Crucifié dans la gloire : la christologie la plus haute du Nouveau Testament naît sur les lèvres d'un mourant.

Le premier décalque de la Passion

Sept traits communs entre Jésus et Étienne

Luc construit le parallélisme avec soin : faux témoins achetés, accusation touchant le Temple, silence puis parole décisive, condamnation pour blasphème, prière pour les bourreaux, remise de l'esprit. Le tableau ci-dessous aligne les traits que le texte donne lui-même, sans forcer :

TraitLa Passion de JésusLa mort d'Étienne
Faux témoinsSuscités contre Jésus devant CaïpheSuscités dans les synagogues, Ac 6, 11-13
AccusationMenace contre le TempleMêmes mots repris, Ac 6, 13-14
Le visageFlagellé et voiléLumineux comme celui d'un ange, Ac 6, 15
La confession« Fils de Dieu » devant le Sanhédrin« Fils de l'homme » devant le Sanhédrin, Ac 7, 56
Le lieuHors la ville, au GolgothaEntraîné hors la ville, Ac 7, 58
La remise« Père, entre tes mains je remets mon esprit »« Seigneur Jésus, reçois mon esprit », Ac 7, 59
Le pardon« Père, pardonne-leur »« Ne leur compte pas ce péché », Ac 7, 60

Le message est limpide : le disciple reproduit le Maître jusque dans la mort, et la sainteté chrétienne n'est rien d'autre que cette conformité. Le martyre, dira le Catéchisme, est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi, jusqu'à la mort[49].

« Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu'à la mort. Il rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. »

Catéchisme de l'Église catholique, 2473[50]

La semence : Saul devient Paul

Au pied du tas de pierres commence l'autre histoire : Saul approuvait ce meurtre, garde les vêtements, entre dans la persécution, ravage l'Église maison par maison[51]. Puis Damas, la lumière, la voix, et le même Paul rappellera lui-même, tremblant devant le Seigneur : quand on versait le sang d'Étienne, ton témoin, il était là, d'accord avec les meurtriers[52].

La tradition catholique, que l'article Saint Étienne (1-36) documente à partir des sermons de saint Augustin, voit dans la prière d'Étienne pour ses meurtriers la semence cachée de cette conversion : si Étienne n'avait pas prié, l'Église n'aurait pas eu Paul. Tertullien, un siècle et demi après les faits, en donne la loi générale : le sang des chrétiens est une semence[53].

« Semen est sanguis christianorum : le sang des chrétiens est une semence. »

Tertullien, Apologétique, 50[54]

Étienne est donc le premier anneau d'une chaîne sans fin : son pardon obtient Saul, Saul devient Paul, Paul fonde les Églises, les Églises donnent leurs martyrs, et chaque martyr sème à son tour. La persécution qui voulait éteindre l'Église l'a propagée, dès le premier jour, dès la première pierre.

La mémoire de l'Église ancienne

Les Pères lisent un homme, non un symbole

D'Irénée à Augustin, les Pères citent Étienne comme on cite un fait, jamais comme on allégorise un mythe. Irénée, qui combat les gnostiques, s'appuie sur les Actes comme sur une histoire : le même livre qui raconte Étienne raconte Paul, et l'on ne peut garder l'apôtre en jetant le diacre[55]. Chrysostome prêche quatre homélies sur le passage, Augustin consacre à la fête du protomartyr une série de sermons et rapporte, dans la Cité de Dieu, les miracles obtenus par ses reliques en Afrique avec une précision de pasteur qui compte : près de soixante-dix publiés à Hippone en moins de deux ans[56]. Des lecteurs qui maniaient l'allégorie mieux que personne ont lu un homme, commenté un procès, prêché un pardon.

La liturgie du lendemain de Noël

L'Église a placé la fête d'Étienne au 26 décembre, au lendemain immédiat de Noël en Occident, au 27 en Orient[57]. La pédagogie est saisissante : à peine le Verbe né dans la chair, voici le premier qui meurt pour lui, comme si la crèche appelait le martyre et que la joie de Bethléem ne tenait pas sans le sang de Jérusalem. À la messe du jour, on proclame le récit des Actes, les signes, la sagesse irrésistible, la vision et la lapidation[58]. L'Office des lectures fait entendre le sermon de saint Fulgence de Ruspe : hier la naissance temporelle du Roi éternel, aujourd'hui la passion triomphante du soldat[59]. Le dossier liturgique et sanctoral complet se trouve dans l'article jumeau : on s'y reportera pour les dates d'Orient, la translation des reliques et l'iconographie.

L'inventio de 415, en deux lignes

Quatre siècles après la lapidation, nul ne savait plus où reposait le corps : en 415, un prêtre nommé Lucien déclare avoir reçu en songe la révélation du lieu, à Caphargamala, et l'on y retrouve, dit-on, avec Étienne, les restes de Gamaliel et de Nicodème[60]. L'événement fit un bruit immense dans toute la chrétienté et lança le culte des reliques du protomartyr jusqu'à Rome. Le récit détaillé, ses témoins, ses miracles et le voyage vers San Lorenzo appartiennent au dossier hagiographique : Saint Étienne (1-36) le raconte, on ne le répète pas ici.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

La datation haute des Actes

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater Luc-Actes des années 80 à 90, soit une génération après les faits, et d'y voir l'œuvre d'un chrétien de la deuxième génération, non du compagnon de Paul[61]. L'argument maître est la prophétie de la ruine de Jérusalem, jugée trop précise pour précéder l'an 70 : on date le texte après l'événement, puis on recule tout l'édifice, Actes compris.

L'exposé est loyal sur la méthode littéraire, Luc ordonne et rédige, son prologue le dit lui-même, mais ordonner n'est pas inventer, et la datation haute repose moins sur des preuves que sur un présupposé : qu'une prophétie détaillée ne peut précéder l'événement. C'est le raisonnement circulaire classique : on date le texte par la théorie, puis on prouve la théorie par la date. Or les Actes s'arrêtent avant la mort de Paul, avant Néron, avant 70 : un auteur écrivant en 85 aurait toutes les raisons de raconter la mort de son héros et la chute du Temple, et il ne dit ni l'une ni l'autre. La datation basse, vers 62-63, explique le texte sans supposer l'impossible de la prophétie, et elle a pour elle l'unanimité des témoins anciens[62].

Le discours : mis par Luc dans la bouche d'Étienne ?

L'objection la plus sérieuse touche le discours lui-même : cinquante-trois versets si bien composés, si lucaniens de style, un Helléniste les a-t-il vraiment prononcés devant le Sanhédrin, et Luc, absent de la scène, les a-t-il entendus. Certains y voient une composition de l'évangéliste résumant sa théologie du Temple[63].

Trois résistances répondent. D'abord le prologue : Luc revendique l'enquête auprès des témoins oculaires, et Paul, présent à la scène, a vécu des années avec Luc ; la chaîne de transmission tient en deux maillons, Étienne à Saul, Saul à Luc[64]. Ensuite la matière : le discours fourmille de détails sémitiques, Amos et Moloch, la tente de Réphane, la Loi reçue sur ordre des anges, qui sentent la synagogue helléniste bien plus que le cabinet d'un rédacteur grec[65]. Enfin les témoins : aucun Père, même ceux qui distinguaient les paraboles des récits, n'a lu ce discours en fiction. Composer un résumé fidèle, comme tout historien ancien qui ordonne sans trahir, n'est pas forger un discours : la forme peut être de Luc, le fond reste d'Étienne.

Le Sanhédrin pouvait-il lapider ?

Dernière objection, juridique : les Juifs déclarent eux-mêmes à Pilate qu'il ne leur est pas permis de mettre à mort, alors comment le Sanhédrin exécute-t-il Étienne en plein jour[66]. La réponse tient dans le texte : rien ici ne ressemble à une exécution légale. Pas de sentence formulée, pas de remise au Romain, mais des cris, des oreilles bouchées, une ruée, une expulsion hors la ville : c'est un lynchage, non une procédure. Que Saul, jeune pharisien zélé, y assiste en approuvant, que la garnison romaine, soucieuse d'ordre plus que de droit, laisse faire une émeute religieuse vite expédiée, tout cela est vraisemblable dans la Jérusalem des procurateurs. L'irrégularité apparente confirme le récit au lieu de le ruiner : une fiction édifiante aurait inventé un procès en règle, non cette explosion que Luc rapporte sans l'excuser.

Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable

Reste le bilan : un livre attribué unanimement à Luc par les témoins des IIe et IIIe siècles, copié dès le siècle suivant, interrompu à la date exacte où la tradition place sa rédaction ; un récit dont les attaches, noms des Sept, synagogues nommées, procédure décrite, vocabulaire du Temple, se laissent vérifier ; un discours dont personne dans l'Antiquité n'a douté ; une mort dont l'irrégularité même sonne vrai. Face à cela, l'hypothèse tardive offre une reconstruction : possible en principe, comme toute hypothèse, mais sans témoin ancien, sans manuscrit, sans trace. Entre une Église qui reçoit et une théorie qui suppose, la raison n'ordonne pas de choisir la seconde. Étienne, diacre helléniste lapidé vers 35 pour avoir confessé le Fils de l'homme, appartient à l'histoire reçue : le nier comme homme, c'est amputer les Actes ; le garder comme témoin, c'est garder les Actes entiers.

Pour aller plus loin

Étienne enseigne aux disputés la douceur, aux accusés le courage, et à tous que le Ciel s'ouvre à qui confesse : on peut comparaître enchaîné, voir ce que les juges ne voient pas, pardonner ce que les bourreaux ne comprennent pas, et s'endormir dans la mort comme on s'endort dans la paix. Le premier des diacres est devenu le patron discret de tous les témoins : mourir pardonnant, c'est déjà ressembler.

Pour prolonger : le dossier hagiographique complet, reliques, miracles et iconographie, dans Saint Étienne (1-36), le persécuteur converti par sa prière dans Saint Paul apôtre (Tarse - Rome, vers 5-67), l'apôtre qui imposa les mains aux Sept dans Saint Pierre apôtre (Bethsaïde - Rome, vers 64/67), et l'œuvre de l'évangéliste qui le raconte dans saint Luc l'Évangéliste.

Notes et références

  1. Maurice Hassett, "St. Stephen", The Catholic Encyclopedia, vol. 14, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/14286b.htm. Synthèse utilisée pour le titre de protomartyr, le sens du nom Stephanos et la tradition du Ve siècle sur l'araméen Kelil, l'origine helléniste, la synagogue des Affranchis et Pompée en 63 avant Jésus-Christ, l'hypothèse non prouvée de l'école de Gamaliel, le doute sur les soixante-douze disciples d'Épiphane, la judéité de naissance des Sept, la mort vers 34-36 et la fête du 26 décembre.

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  2. Sur la couronne comme récompense du fidèle : Jacques 1, 12 (la couronne de vie) ; 1 Pierre 5, 4 (la couronne de gloire) ; 2 Timothée 4, 8 (la couronne de justice). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org. Arrière-plan scripturaire de la lecture du nom Stephanos.

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  3. Actes des Apôtres 6, 1-7 : la querelle des veuves hellénistes, le choix des Sept, la prière et l'imposition des mains. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    4 19 20 21 22 27
  4. Actes des Apôtres 7, 1-53 : le discours d'Étienne devant le Sanhédrin, le plus long discours du livre, relecture d'Abraham au Temple. Traduction liturgique AELF.

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  5. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Luc, disciple et compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile prêché par celui-ci. Sources Chrétiennes 211.

    6 10 11 55
  6. Fragment de Muratori, vers 170-200 : le troisième évangile est de Luc, médecin et compagnon de Paul, et les Actes figurent parmi les écrits apostoliques lus dans l'assemblée.

    7
  7. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 11 : les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut. Texte officiel : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651118_dei-verbum_fr.html.

    8
  8. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 4 : Luc, Antiochien de naissance, médecin de profession, compagnon de Paul jusqu'à son martyre.

    9 13
  9. Tertullien, Contre Marcion, IV, 2, vers 207 : défense de l'évangile de Luc, œuvre du disciple de Paul, contre l'annexion marcionite.

    12
  10. Actes des Apôtres 28, 30-31 : Paul demeure deux années entières dans son logement loué de Rome et y annonce le Royaume sans empêchement. Le récit s'interrompt là, sans mention de sa mort, de Néron ni de 70. Traduction liturgique AELF.

    14
  11. Datation traditionnelle des Actes vers 62-63 : le récit s'arrête à la captivité romaine de Paul, avant sa mort vers 67, avant la persécution de Néron en 64 et avant la chute de Jérusalem en 70. Aucun témoin ancien ne propose une date plus tardive.

    15 62
  12. Évangile selon saint Luc 1, 1-4 : le prologue revendique l'enquête exacte depuis les origines auprès des témoins oculaires, adressée à Théophile. Traduction liturgique AELF.

    16 64
  13. Passages en « nous » des Actes, à partir de Troas (Ac 16, 10-17) : l'auteur embarque dans le voyage de Paul et signe ainsi sa qualité de compagnon. Traduction liturgique AELF.

    17
  14. Papyrus Bodmer XIV-XV, dit P75, copié vers 175-225, conservé à la Fondation Bodmer de Cologny : contient les évangiles de Luc et de Jean, preuve d'une circulation précoce en recueil.

    18
  15. Actes des Apôtres 6, 8-14 : Étienne rempli de grâce et de puissance, les prodiges, la dispute avec les synagogues hellénistes, les faux témoins et l'accusation sur le Lieu saint et la Loi. Traduction liturgique AELF.

    28 30
  16. Actes des Apôtres 6, 15 : devant le Sanhédrin, le visage d'Étienne paraît comme le visage d'un ange. Traduction liturgique AELF. Le rapprochement avec Moïse descendant du Sinaï appartient à la lecture traditionnelle du passage.

    31 32
  17. Actes des Apôtres 7, 2-8 : le Dieu de gloire apparaît à Abraham en Mésopotamie, avant toute terre et tout Temple. Traduction liturgique AELF.

    34
  18. Actes des Apôtres 7, 9-43 : Joseph vendu puis sauveur, Moïse rejeté puis renvoyé comme chef et libérateur, le veau d'or, Moloch et Réphane, la tente du Témoignage portée au désert. Traduction liturgique AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    35 43 65
  19. Actes des Apôtres 7, 44-50 : la tente entrée avec Josué, David puis Salomon bâtisseur, et la citation d'Isaïe 66, 1-2, le Très-Haut n'habite pas ce qui est fait de main d'homme. Traduction liturgique AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    36 37 44
  20. Actes des Apôtres 7, 51-53 : la nuque raide, la résistance à l'Esprit Saint, les prophètes persécutés, le Juste livré et assassiné, la Loi reçue sur ordre des anges et non observée. Traduction liturgique AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    38 46 47
  21. Actes des Apôtres 7, 54-56 : Étienne rempli d'Esprit Saint voit la gloire de Dieu et Jésus debout à sa droite, et confesse le Fils de l'homme, seule occurrence de l'expression hors des évangiles. Traduction liturgique AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    39 40
  22. Actes des Apôtres 7, 57-60 : cris, oreilles bouchées, expulsion hors la ville, lapidation, vêtements aux pieds de Saul, double prière et sommeil final. Traduction liturgique AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    41 42
  23. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes des Apôtres, homélies XV à XVIII : commentaire suivi d'Ac 6, 8 à 7, 60, la XV ouvrant sur « Étienne, plein de foi et de puissance », la XVIII sur le verset 54. Édition NPNF, 1re série, vol. 11, sur ccel.org. Première mention de ces homélies par Cassiodore, qui les fit traduire en latin vers 514.

    45
  24. Lecture patristique du Christ debout : le témoin qui se lève pour accueillir son martyr et le juge céleste qui casse le verdict terrestre. Lecture constante des commentateurs anciens du passage, relayée par les homéliaires.

    48
  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 2473, Libreria Editrice Vaticana, 1992 : le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi, jusqu'à la mort. Texte officiel : https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P8R.HTM.

    49 50
  26. Actes des Apôtres 7, 58 ; 8, 1-3 : Saul approuvait le meurtre, gardait les vêtements, puis ravageait l'Église maison par maison. Traduction liturgique AELF.

    51
  27. Actes des Apôtres 22, 3 et 22, 20 : Paul élevé à Jérusalem aux pieds de Gamaliel, et son rappel du sang d'Étienne versé sous ses yeux. Traduction liturgique AELF.

    52
  28. Tertullien, Apologétique, ch. 50 : Semen est sanguis christianorum, le sang des chrétiens est une semence. Texte établi et traduit par Jean-Pierre Waltzing, Les Belles Lettres, Paris, 1929.

    53 54
  29. Saint Augustin, Sermons 314 à 324 pour la fête de saint Étienne, Patrologia Latina 38 ; et La Cité de Dieu, livre XXII, chapitre 8 : près de soixante-dix miracles publiés à Hippone en moins de deux ans. Le dossier complet est traité dans l'article Saint Étienne (1-36), on ne le redouble pas ici.

    56
  30. Fête au 26 décembre en Occident, au 27 décembre en Orient : voir Maurice Hassett, "St. Stephen", Catholic Encyclopedia, sur New Advent. Le dossier liturgique complet appartient à l'article Saint Étienne (1-36).

    57
  31. Messe du 26 décembre, fête de saint Étienne : la première lecture proclame le récit des Actes, les signes, la sagesse irrésistible et la lapidation (Ac 6, 8-10 ; 7, 54-59 selon le lectionnaire romain).

    58
  32. Saint Fulgence de Ruspe (467-533), sermon pour la fête de saint Étienne, repris par l'Office des lectures du 26 décembre : hier la naissance temporelle du Roi éternel, aujourd'hui la passion triomphante du soldat. Patrologia Latina 65.

    59
  33. Inventio de 415 : le prêtre Lucien déclare retrouver le corps à Caphargamala, avec Gamaliel et Nicodème selon la révélation. Voir Maurice Hassett, "St. Stephen", Catholic Encyclopedia, sur New Advent. Récit complet dans l'article Saint Étienne (1-36).

    60
  34. Datation haute de Luc-Actes vers 80-90 : hypothèse très répandue dans l'exégèse contemporaine, appuyée sur la précision supposée postérieure de la prophétie de la ruine de Jérusalem. Présentée ici comme proposition interprétative, non comme résultat démontré.

    61
  35. Objection sur l'authenticité du discours d'Étienne : composition lucanienne résumant la théologie de l'évangéliste. Exposée loyalement, puis discutée : chaîne de transmission par Paul, matière sémitique, unanimité des témoins anciens.

    63
  36. Objection juridique : les Juifs déclarent à Pilate qu'il ne leur est pas permis de mettre à mort. Réponse par le texte : cris, ruée, absence de sentence, expulsion hors la ville, soit un lynchage, non une exécution légale.

    66