Les évangiles synoptiques

Matthieu, Marc et Luc racontent la vie de Jésus d'un même regard : voici ce que sont les évangiles synoptiques, le fameux problème synoptique et ce que l'Église dit de leur origine.

Ignispedia

On appelle évangiles synoptiques les trois premiers évangiles du Nouveau Testament — Matthieu, Marc et Luc — parce qu'on peut les disposer en colonnes parallèles et les embrasser d'un même regard, tant ils racontent la vie de Jésus selon un plan, un vocabulaire et un ordre largement communs. Le mot vient du grec synopsis, « vue d'ensemble ». Le quatrième évangile, celui de saint Jean, suit une trame, une chronologie et une théologie si différentes qu'on le met à part : la tradition l'appelle « l'évangile spirituel ».

Cette parenté étroite pose une question célèbre, le problème synoptique : comment expliquer que trois textes coïncident parfois mot pour mot sur des centaines de versets, tout en divergeant ailleurs ? Depuis le XVIIIᵉ siècle, l'exégèse a multiplié les hypothèses — priorité de Matthieu, priorité de Marc, existence d'une source perdue dite « Q ». Aucune ne fait l'unanimité : même l'hypothèse des deux sources, aujourd'hui majoritaire, reste contestée par des hypothèses concurrentes toujours défendues (voir le § hypothèses). L'Église laisse les chercheurs libres d'en débattre — liberté qui porte sur les dépendances littéraires (emprunts, « Q »), non sur l'historicité des évangiles, affirmée par Dei Verbum 19.

Pour la foi catholique, l'essentiel n'est pas là. Les quatre évangiles sont d'origine apostolique et transmettent fidèlement « ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel »[2]. Les synoptiques ne sont pas trois reportages concurrents, mais trois portraits complémentaires du même Visage, peints pour des communautés différentes par des auteurs guidés par l'Esprit Saint.

Cet article présente ce que sont les synoptiques, comment ils se distinguent, ce que dit la tradition de l'Église sur leurs auteurs et leur date, ce que valent les manuscrits qui nous les ont transmis, et comment un catholique peut tenir ensemble rigueur historique et confiance dans l'Écriture, sans tomber ni dans le scepticisme moderniste ni dans le fondamentalisme naïf.

Que signifie « synoptique » ?

L'étymologie : voir d'un même regard

Le terme « synoptique » est forgé sur le grec synopsis (σύνοψις), composé de syn (σύν, « avec, ensemble ») et de opsis (ὄψις, « vue, regard »). Une synopse, c'est littéralement ce qui peut être vu d'un seul coup d'œil. Appliqué aux évangiles, l'adjectif désigne les trois récits que l'on peut placer côte à côte, en trois colonnes, pour comparer, petit passage par petit passage — ce que les exégètes appellent une « péricope » —, leur contenu, leur ordre et leurs formulations.

Cette disposition n'est pas une coquetterie d'érudit : elle saute aux yeux dès qu'on l'essaie. Là où Jean suit Jésus à Jérusalem pour plusieurs Pâques et fait de longs discours sur le pain de vie ou le bon Pasteur, les synoptiques organisent presque tout autour d'un ministère galiléen suivi d'une unique montée à Jérusalem qui s'achève par la Passion. Le même squelette se retrouve d'un évangile à l'autre : baptême, tentations, guérisons et exorcismes, paraboles du Royaume, confession de Pierre, Transfiguration, entrée à Jérusalem, dernier repas, croix et tombeau vide.

Griesbach et la naissance des synopses (1776)

L'instrument qui a donné son nom à la catégorie est une invention de la fin du XVIIIᵉ siècle. En 1776, l'exégète allemand Johann Jakob Griesbach publie à Halle une Synopsis Evangeliorum Matthaei, Marci et Lucae : il imprime les trois textes en colonnes parallèles pour en faciliter la comparaison systématique[3]. C'est de cet ouvrage que vient l'usage de parler d'« évangiles synoptiques ».

En somme, là où Jean plane, les trois autres marchent côte à côte sur le même chemin.

Griesbach n'a pas seulement fabriqué un outil : en rangeant les colonnes, il a rendu visible l'énigme. Une fois les textes alignés, les accords et les désaccords deviennent mesurables — et le « problème synoptique » devient, pour deux siècles, l'un des grands chantiers de l'exégèse.

Pourquoi Jean n'est pas un évangile synoptique

Mettre Jean à part n'est pas le déprécier : c'est reconnaître sa singularité. Quatre différences majeures l'éloignent du trio synoptique.

D'abord la chronologie : Jean mentionne au moins trois Pâques, ce qui suggère un ministère public de deux à trois ans, tandis que les synoptiques pourraient se lire sur une seule année liturgique. Ensuite la géographie : Jean fait des allers-retours répétés vers Jérusalem et la Judée, alors que les synoptiques concentrent l'action en Galilée. Puis le style de l'enseignement : Jean rapporte de longs discours méditatifs et des « Je suis » solennels (le pain, la lumière, la vigne), là où les synoptiques privilégient les paraboles brèves et les sentences. Enfin le choix des épisodes : Jean ignore l'institution de l'Eucharistie à la Cène mais raconte le lavement des pieds ; il omet les exorcismes mais place sept « signes » spectaculaires comme les noces de Cana ou la résurrection de Lazare.

Quatre différences majeures séparent les synoptiques de l'évangile de Jean. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La tradition a très tôt perçu cette complémentarité. Selon Clément d'Alexandrie, rapporté par Eusèbe, Jean aurait écrit en dernier, « voyant que les faits extérieurs avaient été mis en lumière dans l'Évangile », pour composer « un évangile spirituel »[4]. Loin de s'opposer, les quatre se complètent : trois regards convergents sur l'humanité du Sauveur, et un regard contemplatif sur sa divinité.

Trois évangiles, trois portraits du Christ

Les synoptiques ne sont pas interchangeables. Chacun a un auteur traditionnel, un public, une couleur théologique et une manière propre de présenter Jésus. Les lire comme un seul bloc reviendrait à effacer ce que l'Esprit a voulu donner par quatre plumes.

L'Évangile selon saint Matthieu

La tradition unanime de l'Église attribue ce premier évangile à saint Matthieu, le publicain devenu apôtre — avec les témoignages de Papias et de saint Irénée pour garants (voir le § tradition) — et il est tourné vers un public judéo-chrétien. Tout y montre que Jésus accomplit les Écritures d'Israël : la généalogie remonte à Abraham, les citations de l'Ancien Testament scandent le récit (« afin que s'accomplît ce qu'avait dit le prophète »), et Jésus apparaît comme le nouveau Moïse qui gravit la montagne pour donner la Loi nouvelle. Matthieu organise l'enseignement en cinq grands discours, dont le Sermon sur la montagne et ses Béatitudes.

C'est le plus « ecclésial » des évangiles : seul Matthieu emploie le mot Église (ekklèsia) et rapporte la promesse faite à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Il s'ouvre sur l'Emmanuel, « Dieu avec nous », et se referme sur l'envoi en mission et la promesse : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).

L'Évangile selon saint Marc

Le plus court et probablement le plus ancien selon l'exégèse contemporaine, l'évangile de Marc est aussi le plus vif. Le récit court, ponctué par l'adverbe « aussitôt », qui revient des dizaines de fois. Pas de récit d'enfance : Marc commence par le baptême et lance immédiatement Jésus dans l'action, multipliant guérisons et exorcismes.

Sa théologie est centrée sur la croix et sur ce que les exégètes appellent le « secret messianique » : Jésus impose souvent le silence sur sa véritable identité, qui n'éclate pleinement qu'au pied de la croix, dans la bouche d'un centurion païen : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39). La tradition fait de Marc l'interprète de Pierre à Rome, écrivant pour des chrétiens venus du paganisme, à qui il explique les coutumes juives.

L'Évangile selon saint Luc

Médecin et compagnon de saint Paul, Luc écrit le plus long des évangiles et le seul à recevoir une suite, les Actes des Apôtres. Il s'adresse à un public de culture grecque, soigne son style, et ouvre son œuvre par un prologue d'historien :

« Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous… C'est pourquoi j'ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s'est passé depuis le début, d'écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. » — Évangile selon saint Luc 1, 1-4[5]

Saint Luc évangéliste, accompagné du taureau, son symbole. Image patrimoniale — Wikimedia Commons.

Luc est l'évangile de la miséricorde et des pauvres : à lui seul on doit les paraboles du fils prodigue, du bon Samaritain et de la brebis perdue, ainsi qu'une attention particulière aux femmes, aux malades et aux exclus. C'est aussi l'évangile de la prière et de la joie, et celui qui nous a transmis le récit de la Nativité, le Magnificat de Marie et les cantiques de Zacharie et de Syméon.

Les quatre vivants : homme, lion, taureau, aigle

Très tôt, la tradition chrétienne a associé chaque évangéliste à l'une des quatre créatures vivantes que voient le prophète Ézéchiel (Ez 1, 10) et l'auteur de l'Apocalypse (Ap 4, 7) : un visage d'homme, un lion, un taureau et un aigle. Saint Irénée de Lyon, dès la fin du IIᵉ siècle, propose une première répartition[6]. Mais c'est l'attribution de saint Jérôme qui s'est imposée dans l'art chrétien d'Occident[7].

ÉvangélisteSymbolePourquoi ce symbole
MatthieuL'homme (ange)Son évangile commence par la généalogie humaine de Jésus
MarcLe lionIl s'ouvre sur « la voix qui crie dans le désert », là où rugit le lion
LucLe taureauIl commence au Temple, par le sacrifice du prêtre Zacharie
JeanL'aigleIl s'élève d'emblée vers le Verbe divin, « au commencement »

Cette symbolique, gravée sur les tympans des cathédrales et peinte dans les évangéliaires, n'est pas une fantaisie décorative : elle dit que les quatre récits, divers par leur point de départ, convergent vers le seul Christ, « roi, prêtre, homme et Dieu ».

Le problème synoptique : qu'est-ce que c'est ?

Ressemblances frappantes, différences réelles

Le « problème synoptique » est la question des relations littéraires entre Matthieu, Marc et Luc. Il naît d'un double constat. D'un côté, les ressemblances sont si fortes qu'on ne peut les expliquer par le seul hasard de témoins indépendants : ordre des épisodes identique sur de longues séquences, mêmes mots, mêmes incises, parfois jusqu'à des parenthèses rédactionnelles communes. De l'autre, les différences sont réelles : épisodes propres à un seul évangile, variations dans les paroles de Jésus, divergences d'ordre ou de détail.

Les chiffres, prudemment maniés, donnent une idée de l'enchevêtrement. L'évangile de Marc compte environ 661 versets. La très grande majorité de son contenu — de l'ordre de 90 % — se retrouve chez Matthieu, et plus de la moitié chez Luc[8]. À l'inverse, environ 230 versets sont communs à Matthieu et à Luc sans figurer chez Marc : ce sont surtout des paroles de Jésus (Béatitudes, Notre Père, tentations au désert), que les exégètes regroupent sous le sigle « Q ».

Type de matérielDescriptionVolume approximatif
Triple traditionMatériel commun aux trois : le cœur de Marc repris par Matthieu et Luc~330-350 versets
Double tradition (« Q »)Commun à Matthieu et Luc, absent de Marc~230 versets, surtout des paroles
Propre à Matthieu (« M »)Épisodes et paraboles uniques~300 versets
Propre à Luc (« L »)Épisodes et paraboles uniques~550 versets

Comprendre l'enjeu par une image simple

Pour saisir le problème sans jargon, imaginons trois amis qui racontent par écrit le même voyage vécu ensemble. S'ils emploient spontanément les mêmes mots rares, citent les mêmes phrases dans le même ordre et reproduisent jusqu'aux mêmes apartés, on devine qu'ils ne se sont pas contentés de se souvenir chacun de son côté : l'un a probablement lu le texte de l'autre, ou tous ont puisé à des notes communes. C'est exactement ce que l'on observe entre les synoptiques.

Le problème synoptique en un schéma : triple tradition, double tradition (« Q ») et matériaux propres. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'image a ses limites : il ne s'agit pas de copie servile, mais d'une transmission vivante où chaque évangéliste retravaille, abrège, déplace et éclaire selon son public. Le problème synoptique consiste précisément à reconstituer ce réseau de dépendances — qui a écrit le premier, qui a utilisé qui, et faut-il supposer une ou plusieurs sources aujourd'hui perdues.

Les grandes hypothèses de solution

Aucune solution n'est imposée par l'Église, et aucune ne s'est définitivement imposée chez les savants. Quatre grandes familles d'hypothèses se disputent le terrain.

L'hypothèse augustinienne : la priorité de Matthieu

La plus ancienne est celle de saint Augustin. Dans son traité De consensu evangelistarum (L'accord des évangélistes), il tient l'ordre traditionnel — Matthieu, Marc, Luc, Jean — pour l'ordre de composition, et décrit Marc comme un abréviateur de Matthieu :

« Marc le suit de près et apparaît comme son serviteur et son abréviateur. » — Saint Augustin, L'accord des évangélistes, livre I[9]

Cette hypothèse a pour elle la tradition la plus ancienne, qui place toujours Matthieu en tête, et le poids du témoignage patristique. Elle a longtemps prévalu et garde des défenseurs.

L'hypothèse de Griesbach : les deux évangiles

Au XVIIIᵉ siècle, Griesbach propose une variante : Matthieu d'abord, puis Luc qui l'utilise, enfin Marc qui résume et combine les deux. Reprise et défendue au XXᵉ siècle par l'Américain William R. Farmer[10], cette hypothèse dite « des deux évangiles » conserve la priorité de Matthieu et se passe de toute source perdue : pas besoin de « Q », puisque tout le matériel commun s'explique par dépendance directe entre les trois textes connus.

L'hypothèse des deux sources : Marc et « Q »

C'est aujourd'hui la solution majoritaire dans l'exégèse universitaire. Elle repose sur deux piliers : la priorité de Marc (Marc, le plus court, aurait été écrit en premier et utilisé par les deux autres) et l'existence d'une source de paroles « Q » (de l'allemand Quelle, « source ») pour expliquer les 230 versets communs à Matthieu et Luc mais absents de Marc.

Esquissée par Christian Hermann Weisse en 1838, systématisée par Heinrich Julius Holtzmann en 1863, elle reçoit sa forme classique avec Burnett Hillman Streeter en 1924, dans The Four Gospels: A Study of Origins[11]. Ses arguments sont sérieux : la brièveté de Marc, son grec moins soigné que celui de Matthieu et Luc (qu'on imagine mal « dégradant » un texte plus poli), et le fait que Matthieu et Luc ne s'accordent presque jamais contre Marc dans l'ordre des épisodes.

L'hypothèse Farrer : Marc sans « Q »

Une quatrième voie, plus récente, accepte la priorité de Marc mais supprime « Q ». Formulée par l'Anglais Austin Farrer dans un essai de 1955 au titre programmatique, On Dispensing with Q (« Se passer de Q »), elle est défendue aujourd'hui par Michael Goulder et Mark Goodacre[12]. L'idée : Matthieu a utilisé Marc, puis Luc a utilisé à la fois Marc et Matthieu. Plus besoin de postuler un document disparu dont aucun manuscrit n'a jamais été retrouvé.

HypothèseOrdre de compositionSource perdue « Q » ?Défenseurs
AugustinienneMatthieu → Marc → LucNonAugustin ; tradition
Griesbach (deux évangiles)Matthieu → Luc → MarcNonGriesbach ; Farmer
Deux sourcesMarc + Q → Matthieu, LucOuiWeisse, Holtzmann, Streeter
FarrerMarc → Matthieu → LucNonFarrer, Goulder, Goodacre

Qu'est-ce que la source « Q » — et faut-il y croire ?

Les quatre grandes hypothèses : qui a écrit le premier, et faut-il une source « Q » ? Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La source « Q » est une hypothèse de travail, non un document retrouvé. On la postule pour rendre compte des paroles communes à Matthieu et Luc. Mais il faut le redire avec netteté : aucun manuscrit de « Q » n'a jamais été découvert, aucun Père de l'Église ne la mentionne, et ses contours restent une reconstruction d'érudits. Certains chercheurs sont allés jusqu'à lui prêter des « strates » successives et une communauté qui l'aurait produite — extrapolations fragiles bâties sur un texte qui n'existe que par déduction.

Un lecteur catholique peut donc accueillir « Q » comme une commodité explicative possible, sans en faire un dogme ni un préalable. L'hypothèse Farrer prouve d'ailleurs qu'on peut expliquer les mêmes données sans « Q ». La prudence s'impose surtout quand des auteurs transforment une source hypothétique en machine à dissoudre l'historicité des évangiles : ce saut-là n'est pas de la science, c'est un présupposé.

Que dit la tradition de l'Église sur leurs auteurs ?

L'exégèse moderne discute les dépendances littéraires ; la tradition, elle, est remarquablement constante et ancienne sur l'origine apostolique des évangiles. Ces témoignages des premiers siècles ne sont pas des légendes tardives : ils remontent à des hommes qui touchaient encore la génération apostolique.

Papias : Marc interprète de Pierre, Matthieu et les logia

Le témoignage le plus ancien vient de Papias de Hiérapolis (première moitié du IIᵉ siècle), cité par l'historien Eusèbe de Césarée. Sur Marc, Papias rapporte ce qu'il tient d'un « presbytre » :

« Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, mais sans ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles et des actions du Seigneur. Car il n'avait ni entendu ni suivi le Seigneur ; mais plus tard, comme je l'ai dit, il suivit Pierre, qui donnait son enseignement selon les besoins, sans faire une composition ordonnée des paroles du Seigneur. » — Papias, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39, 15[13]

Sur Matthieu, il ajoute une phrase brève et très discutée :

« Matthieu écrivit donc en langue hébraïque les logia, et chacun les interpréta comme il en était capable. » — Papias, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, 16[14]

Le mot grec logia (« oracles », « sentences ») a nourri des débats sans fin : désigne-t-il un recueil de paroles, une première version araméenne de Matthieu, ou l'évangile entier ? Mais le cœur du témoignage est clair : un lien direct entre Marc et Pierre, et une origine matthéenne en milieu sémitique.

Irénée de Lyon : les quatre évangiles apostoliques

Saint Irénée de Lyon (IIᵉ siècle), témoin majeur de l'origine apostolique des quatre évangiles. Image patrimoniale — Wikimedia Commons.

Vers 180, saint Irénée de Lyon, disciple de Polycarpe lui-même disciple de Jean, livre le tableau classique des quatre origines :

« Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, un évangile écrit, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après leur départ, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que Pierre avait prêché. Luc, le compagnon de Paul, consigna dans un livre l'évangile que celui-ci annonçait. Plus tard, Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia à son tour l'évangile durant son séjour à Éphèse. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1[15]

Ce texte est capital : il atteste, moins d'un siècle après les apôtres, une mémoire ferme reliant chaque évangile à une figure apostolique — Matthieu, Pierre (par Marc), Paul (par Luc), Jean.

Clément d'Alexandrie et Origène

Au tournant du IIIᵉ siècle, Clément d'Alexandrie transmet une tradition selon laquelle « les évangiles contenant les généalogies » — Matthieu et Luc — auraient été écrits les premiers[16]. Origène, peu après, fixe l'ordre canonique des quatre et confirme les attributions reçues[17]. La diversité de ces traditions sur l'ordre exact montre une chose : l'Église primitive n'a jamais prétendu trancher la question des dépendances littéraires — mais elle a toujours tenu, sans hésitation, l'origine apostolique des quatre.

Saint Augustin et l'accord des évangélistes

Au tournant du Vᵉ siècle, saint Augustin consacre tout un traité, De consensu evangelistarum, à montrer que les évangiles ne se contredisent pas mais se complètent. Il y affronte de front les difficultés — divergences d'ordre, variantes dans les paroles — et pose un principe d'interprétation durable : les évangélistes rapportent fidèlement la vérité de ce qui a été dit et fait, sans être tenus à une exactitude de procès-verbal sur l'ordre ou les mots exacts. C'est déjà, en germe, ce que rappellera Dei Verbum 11 : l'Écriture enseigne « fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut » — ce « pour notre salut » disant pourquoi Dieu nous parle dans l'Écriture, non sur quoi porterait son inerrance[18].

Quand les évangiles ont-ils été écrits ?

Les arguments pour une datation haute

Datations comparées des évangiles : hypothèse haute (avant 70) et modèle courant (65-100). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La tradition la plus ancienne situe la composition des synoptiques avant la destruction du Temple de Jérusalem en 70, du vivant même de témoins directs du ministère de Jésus. Plusieurs indices plaident pour cette rédaction précoce. Le plus frappant est le silence des Actes des Apôtres. Cette suite de l'évangile de Luc s'achève brusquement sur Paul prisonnier à Rome, vivant, vers l'an 62 (Ac 28, 30-31). Or les Actes ne disent rien de trois événements majeurs survenus peu après : le martyre de Paul (vers 64-67), la persécution de Néron (64) et la destruction du Temple (70).

Autrement dit, le silence des Actes sur la mort de Paul et la chute du Temple s'explique le plus simplement si Luc écrit avant que ces événements ne surviennent.

L'explication la plus économique est que Luc écrit son second livre avant ces drames. Or si les Actes datent du début des années 60, l'évangile de Luc, qui les précède, est plus ancien encore — et Marc, que la théorie majoritaire suppose antérieur à Luc, recule d'autant. C'est ce type de raisonnement qui conduit l'anglican John A. T. Robinson à proposer, dans Redating the New Testament (1976), de dater tout le Nouveau Testament avant 70[19]. Sa thèse reste minoritaire dans l'université contemporaine, mais elle vient d'un savant sérieux et rappelle que le « consensus » tardif est moins solide qu'on ne le présente.

Le consensus académique et ses présupposés

Une partie de l'exégèse contemporaine propose plutôt un faisceau de dates plus tardives : Marc vers 65-70, Matthieu et Luc vers 80-90, Jean vers 90-100. Le principal argument pour situer Marc autour de 70 est sa connaissance apparente des malheurs de Jérusalem ; pour Matthieu et Luc, leur usage supposé de Marc impose une date postérieure.

Il faut savoir que cet argument repose sur un présupposé contestable, non sur un fait matériel nouveau : on date souvent les évangiles après 70 précisément parce qu'ils contiennent l'annonce de la ruine du Temple (Mc 13 ; Lc 21), en supposant d'emblée que Jésus n'a pas pu réellement prophétiser l'événement. Ce raisonnement n'est pas neutre : il décide par avance qu'une vraie prophétie est impossible, puis se sert de cette décision pour dater le texte — un argument circulaire qui présuppose sa propre conclusion. Pour qui reconnaît en Jésus le Fils de Dieu, l'annonce de la destruction de Jérusalem n'oblige nullement à dater le texte après coup, et le silence des Actes examiné plus haut reste l'indice le plus économique.

Ce que disait la Commission biblique (1911-1912)

Au début du XXᵉ siècle, face à une critique radicale qui démantelait l'authenticité des évangiles, la Commission biblique pontificale publia des décrets défendant l'origine apostolique de Matthieu — Quaestiones de evangelio secundum Matthaeum (19 juin 1911) —, puis, le 26 juin 1912, deux actes distincts : Quaestiones de evangeliis secundum Marcum et secundum Lucam, sur l'origine et la datation de Marc et de Luc, et De quaestione synoptica, qui récuse l'adoption sans fondement traditionnel ni historique de l'hypothèse des deux sources tout en laissant aux exégètes, sous conditions, la liberté de discuter des dépendances littéraires[20]. Dès le 29 mai 1907, elle avait de même affirmé que l'apôtre Jean — et nul autre — doit être reconnu comme l'auteur du quatrième évangile[21]. Ces décisions, marquées par leur contexte de lutte contre le modernisme, ne sont pas des définitions infaillibles : le magistère ultérieur, avec Divino afflante Spiritu (1943) puis Dei Verbum (1965), a reconnu aux exégètes une réelle liberté de recherche sur les sources et les dépendances. Dès 1955, le secrétaire et le secrétaire adjoint de la Commission avaient eux-mêmes précisé le régime de ces décrets, y compris celui de 1907 sur Jean : là où ils proposent des vues sans lien, ni médiat ni immédiat, avec les vérités de la foi et des mœurs, l'exégète poursuit librement ses recherches, sous l'autorité du magistère[22]. Mais elles disent une constante : l'Église refuse qu'on dissolve l'historicité des évangiles au nom d'une méthode.

Peut-on se fier au texte que nous lisons ?

Les plus anciens manuscrits

Une objection fréquente prétend que les évangiles auraient été altérés au fil des copies. Les faits matériels disent le contraire. Le Nouveau Testament est, de très loin, le texte antique le mieux attesté : des milliers de manuscrits grecs, et des fragments d'une grande ancienneté.

Le papyrus P52 (vers 125), plus ancien fragment connu du Nouveau Testament, portant des versets de Jean 18. Photo — Wikimedia Commons.

Le plus ancien fragment connu du Nouveau Testament, le papyrus P52 (bibliothèque John Rylands de Manchester), porte quelques versets de l'évangile de Jean et est daté de la première moitié du IIᵉ siècle, vers 125[23]. Pour les synoptiques, le papyrus P45 (collection Chester Beatty, IIIᵉ siècle) contient des portions des quatre évangiles et des Actes, et le papyrus P75 transmet de larges sections de Luc et de Jean[24]. Viennent ensuite les grands codex du IVᵉ siècle, le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, qui nous livrent le Nouveau Testament presque complet[25].

Une transmission remarquablement stable

L'écart entre la composition des évangiles (Iᵉʳ siècle) et nos plus anciens témoins substantiels (IIᵉ-IVᵉ siècles) est, à l'échelle de l'Antiquité, extraordinairement court : pour comparaison, les plus anciens manuscrits de bien des auteurs classiques datent de près de mille ans après l'original. La proximité textuelle entre le P75 et le Codex Vaticanus, par exemple, montre qu'un même texte a été copié fidèlement sur plus d'un siècle. Les variantes existent, mais elles sont en immense majorité mineures (orthographe, ordre des mots) et n'affectent aucun dogme. Sur ce point, l'argument du « texte trafiqué » se heurte à la matérialité des sources.

Ce que l'Église enseigne sur la formation des évangiles

Les trois étapes : Jésus, les apôtres, les évangélistes

Pour tenir ensemble l'enracinement historique et la nature inspirée des évangiles, le magistère a précisé, à partir de l'instruction Sancta Mater Ecclesia de la Commission biblique pontificale (21 avril 1964), une distinction lumineuse en trois étapes[26] — le temps de Jésus, le temps des apôtres, le temps des évangélistes —, reprise par Dei Verbum puis par le Catéchisme. Le Catéchisme la résume ainsi :

« Dans la formation des Évangiles on peut distinguer trois étapes : 1. La vie et l'enseignement de Jésus. […] 2. La tradition orale. […] 3. Les Évangiles écrits. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 126[27]

Première étape : ce que Jésus a réellement fait et enseigné. Deuxième étape : après l'Ascension, les apôtres transmettent oralement son message « avec cette intelligence plus profonde dont ils jouissaient » à la lumière de la Résurrection et de l'Esprit. Troisième étape : les auteurs sacrés mettent par écrit, en choisissant, synthétisant et adaptant selon les besoins des Églises. Cette grille désamorce la fausse alternative entre « reportage brut » et « invention » : les évangiles sont une mémoire croyante, fidèle et théologiquement éclairée.

Historicité et inerrance : Dei Verbum

La constitution conciliaire Dei Verbum affirme sans détour l'origine apostolique et l'historicité des quatre évangiles :

« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement et, avec la plus grande constance, que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel. » — Concile Vatican II, Dei Verbum, n° 19[28]

Le même texte reconnaît immédiatement le travail rédactionnel des évangélistes, qui ont composé « choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises »[29]. Inerrance et rédaction libre ne s'opposent donc pas : Dieu a inspiré des auteurs véritables, avec leur style et leur intention, pour transmettre « fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut » (Dei Verbum 11).

Ni naïveté fondamentaliste, ni dissolution moderniste

Le catholique se tient ici sur une crête. D'un côté, le fondamentalisme qui exige de chaque verset une exactitude de chronomètre méconnaît la nature des évangiles : ce ne sont pas des procès-verbaux, mais des témoignages structurés pour la foi. De l'autre, le modernisme qui réduit les évangiles à des projections de communautés, vide les miracles de leur réalité et fait de la Résurrection une métaphore, trahit la lettre même de Dei Verbum.

Si l'on ne tient plus que les évangélistes nous transmettent réellement Jésus, et non leur propre piété créatrice, on n'a plus affaire à la foi de l'Église, mais à un Jésus reconstruit.

Le pape Benoît XVI, dans l'avant-propos de Jésus de Nazareth, a posé le principe : il fait confiance aux Évangiles et tient le Jésus qu'ils présentent pour une figure historiquement sensée et cohérente[30]. Reconnaître le travail des rédacteurs, étudier les sources, comparer les synopses — tout cela est légitime et fécond, à condition de ne jamais perdre l'essentiel : derrière les quatre portraits, il y a un visage réel, celui du Fils de Dieu fait homme.

Les synoptiques dans la vie de l'Église

Les évangiles synoptiques ne sont pas seulement un objet d'étude : ils nourrissent chaque jour la prière de l'Église. La liturgie catholique a organisé sa lecture dominicale autour d'eux selon un cycle de trois ans : l'année A est consacrée à Matthieu, l'année B à Marc, l'année C à Luc — Jean étant lu aux grands temps, notamment durant le Carême et le Temps pascal. Ainsi chaque communauté chrétienne traverse, sur trois ans, les trois regards synoptiques.

Le Catéchisme rappelle la place unique des évangiles parmi toutes les Écritures :

« Les Évangiles sont le cœur de toutes les Écritures, en tant qu'ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l'enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 125[31]

C'est pourquoi la tradition invite à lire les évangiles non comme un document du passé, mais comme une rencontre. La lectio divina, l'oraison contemplative, la méditation des mystères du Rosaire puisent presque tout leur contenu dans ces récits. Comparer les synoptiques, loin d'être un exercice froid, devient alors une école de profondeur : voir comment Matthieu, Marc et Luc éclairent chacun une facette du même Seigneur, c'est apprendre à le mieux connaître pour mieux l'aimer.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Livre de Kells, folio 27v, manuscrit enluminé irlandais vers 800, Trinity College Dublin (MS 58) : page des symboles des quatre évangélistes (homme ailé, aigle, taureau ailé, lion ailé) autour de la croix. Domaine public. Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:KellsFol027v4Evang.jpg.

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  2. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, 18 novembre 1965, n° 19. Texte français officiel sur vatican.va : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651118_dei-verbum_fr.html.

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  3. Johann Jakob Griesbach, Synopsis Evangeliorum Matthaei, Marci et Lucae, Halle, 1776 : ouvrage fondateur présentant les trois évangiles en colonnes parallèles, à l'origine de l'expression « évangiles synoptiques ».

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  4. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre VI, ch. 14, §§5-7 : les évangiles à généalogies écrits d'abord (§6 : « The Gospels containing the genealogies, he says, were written first »), Jean composant en dernier « un évangile spirituel » (§7 : « But, last of all, John, perceiving that the external facts had been made plain in the Gospel, being urged by his friends, and inspired by the Spirit, composed a spiritual Gospel »). Traductions françaises citées dans le corps de l'article : traductions propres de l'article. Texte sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.

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  5. Évangile selon saint Luc 1, 1-4, traduction liturgique AELF : prologue adressé à Théophile. Source : https://www.aelf.org/bible/Lc/1.

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  6. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus Haereses), III, 11, 8 : première répartition des quatre vivants (Ap 4, 7 ; Ez 1, 10) entre les évangélistes — répartition différente de celle, devenue classique, de saint Jérôme. Texte sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/0103311.htm.

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  7. Saint Jérôme, Prologue (Praefatio) de son Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu : Matthieu, qui commence par la généalogie humaine du Christ, reçoit l'homme ; Marc, qui s'ouvre sur la voix qui crie dans le désert, le lion ; Luc, qui commence au Temple par le sacrifice du prêtre Zacharie, le taureau ; Jean, qui s'élève d'emblée vers le Verbe divin, l'aigle (texte latin : Patrologie latine, t. 26).

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  8. Statistiques classiques du problème synoptique : sur les ~661 versets de Marc, environ 90 % sont repris par Matthieu et plus de la moitié par Luc ; ~230 versets sont communs à Matthieu et Luc sans figurer chez Marc (« double tradition » ou « Q »). Chiffres approximatifs, variables selon les méthodes de comptage. Cf. B. H. Streeter, The Four Gospels: A Study of Origins, Macmillan, Londres, 1924.

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  9. Saint Augustin, De consensu evangelistarum (L'accord des évangélistes), livre I, ch. 2, §4. Texte sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/1602102.htm. Texte original latin : « Marcus eum subsecutus tamquam pedisequus et breviator eius videtur. »

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  10. William R. Farmer, The Synoptic Problem: A Critical Analysis, Macmillan, New York, 1964 : reprise et défense au XXᵉ siècle de l'hypothèse de Griesbach (dite « des deux évangiles »), avec priorité de Matthieu et sans source « Q ».

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  11. Hypothèse des deux sources : esquissée par Christian Hermann Weisse, Die evangelische Geschichte, kritisch und philosophisch bearbeitet, Leipzig, 1838 ; systématisée par Heinrich Julius Holtzmann, Die synoptischen Evangelien, Leipzig, 1863 ; forme classique chez B. H. Streeter, The Four Gospels: A Study of Origins, Macmillan, Londres, 1924.

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  12. Austin Farrer, On Dispensing with Q, dans Studies in the Gospels: Essays in Memory of R. H. Lightfoot, dir. D. E. Nineham, Blackwell, Oxford, 1955 : argumentation pour la priorité de Marc sans source « Q », Luc utilisant Marc et Matthieu. Défendue aujourd'hui par Michael Goulder et Mark Goodacre.

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  13. Papias de Hiérapolis, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III, ch. 39, §15 : Marc interprète de Pierre. Texte sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm. Texte original (trad. anglaise) : « Mark, having become the interpreter of Peter, wrote down accurately, though not in order, whatsoever he remembered of the things said or done by Christ. » Traduction française citée dans le corps de l'article : traduction propre de l'article, d'après le texte grec d'Eusèbe (texte anglais de référence ci-dessus).

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  14. Papias de Hiérapolis, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, 16 : « So then Matthew wrote the oracles (logia) in the Hebrew language, and every one interpreted them as he was able. » Source : https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm. Traduction française citée dans le corps de l'article : traduction propre de l'article, d'après le texte grec d'Eusèbe (texte anglais de référence ci-dessus).

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  15. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 : origine apostolique des quatre évangiles. Texte sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/0103301.htm (trad. anglaise Roberts-Rambaut). Traduction française citée dans le corps de l'article : traduction propre de l'article, d'après le texte latin et grec d'Irénée (texte anglais de référence sur New Advent).

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  16. Origène, Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu, livre I, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre VI, ch. 25, §§3-6 : des quatre évangiles, « seuls indiscutables dans l'Église de Dieu », le premier est celui de Matthieu, le deuxième de Marc, le troisième de Luc, le dernier de Jean. Texte sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm (traduction française : traduction propre de l'article).

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  17. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, 18 novembre 1965, n° 11 : les livres de l'Écriture « enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut ». Texte français officiel sur vatican.va : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651118_dei-verbum_fr.html.

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  18. John A. T. Robinson, Redating the New Testament, SCM Press / Westminster Press, 1976 : l'évêque anglican propose de dater l'ensemble du Nouveau Testament avant 70, notamment à partir du silence des Actes sur la chute du Temple et la mort de Paul. Thèse minoritaire mais argumentée par un savant reconnu.

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  19. Commission biblique pontificale : Quaestiones de evangelio secundum Matthaeum, 19 juin 1911 (AAS 3, 1911, pp. 294-296) ; Quaestiones de evangeliis secundum Marcum et secundum Lucam, 26 juin 1912 (AAS 4, 1912, pp. 463-465) ; De quaestione synoptica, 26 juin 1912 (AAS 4, 1912, p. 465 : au dubium I — libre discussion des ressemblances et dissemblances, y compris par l'hypothèse d'une dépendance littéraire, dans le respect des points fixés — réponse Affirmative ; au dubium II — adoption, sans aucun appui de la tradition ni argument historique, de l'hypothèse dite des deux sources — réponse Negative ad utramque partem ; latin collationné sur vatican.va). Intitulés et cotes AAS vérifiés sur la liste officielle des documents de la Commission (Dicastère pour la Doctrine de la Foi, doctrinafidei.va). Ces décisions, liées au contexte de la crise moderniste, ne sont pas des définitions infaillibles et ont été nuancées par Divino afflante Spiritu (1943) et Dei Verbum (1965).

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  20. Commission biblique pontificale, décret sur le quatrième évangile (De quarto Evangelio), 29 mai 1907 : l'apôtre Jean, et nul autre, doit être reconnu comme l'auteur du quatrième évangile (liste officielle des documents de la Commission, Dicastère pour la Doctrine de la Foi, doctrinafidei.va).

    21
  21. Mise au point publiée en 1955 par le secrétaire (A. Miller, en latin) et le secrétaire adjoint (A. Kleinhans, en allemand) de la Commission biblique pontificale, « De nova Enchiridii Biblici editione », Antonianum 30 (1955), pp. 53-65 (repris dans Catholic Biblical Quarterly 18, 1956, pp. 24-25) : « Quatenus vero in iis proponuntur sententiae, quae neque mediate neque immediate cum veritatibus fidei et morum cohaerent, interpres S. Scripturae plena libertate suas investigationes scientificas prosequi earumque fructum percipere potest, salva semper auctoritate magisterii Ecclesiae » — dans la mesure où ces décrets proposent des vues sans lien, ni médiat ni immédiat, avec les vérités de la foi et des mœurs, l'interprète de l'Écriture poursuit librement ses recherches (traduction propre de l'article).

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  22. Papyrus P52 (Rylands Library Papyrus 457), bibliothèque John Rylands, Manchester : plus ancien fragment connu du Nouveau Testament, portant des versets de Jean 18, daté de la première moitié du IIᵉ siècle (env. 125), datation discutée (125-175).

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  23. Papyrus P45 (Chester Beatty, IIIᵉ siècle), contenant des portions des quatre évangiles et des Actes ; Papyrus P75 (Bodmer, fin IIᵉ-début IIIᵉ siècle), transmettant de larges sections de Luc et de Jean, textuellement très proche du Codex Vaticanus.

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  24. Codex Vaticanus (B, IVᵉ siècle, Bibliothèque apostolique vaticane) et Codex Sinaiticus (ℵ, IVᵉ siècle, découvert au monastère Sainte-Catherine du Sinaï) : deux des plus anciens manuscrits grecs complets du Nouveau Testament.

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  25. Commission biblique pontificale, instruction Sancta Mater Ecclesia sur la vérité historique des Évangiles, 21 avril 1964 : distinction des trois étapes de la tradition évangélique — le temps de Jésus, le temps des apôtres, le temps des évangélistes —, reprise par Dei Verbum 19 et par le Catéchisme.

    26
  26. Catéchisme de l'Église catholique, n° 126 : les trois étapes de la formation des Évangiles (vie et enseignement de Jésus ; tradition orale ; Évangiles écrits). Texte officiel sur vatican.va.

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  27. Joseph Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 1, Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, 2007, Avant-propos (paraphrase — page exacte non collationnée, varie selon l'édition) : l'auteur y déclare faire confiance aux Évangiles et se donne pour programme de présenter le Jésus des Évangiles comme le Jésus réel, le « Jésus historique » au sens propre et véritable. Édition française : Paris, Flammarion, 2007.

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  28. Catéchisme de l'Église catholique, n° 125 : les Évangiles, « cœur de toutes les Écritures » et témoignage par excellence sur la vie et l'enseignement du Verbe incarné. Cf. aussi Dei Verbum 18.

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