La destruction du Temple de Jérusalem en 70 est l'un des événements les plus décisifs du Ier siècle. Elle met fin au Second Temple, au culte sacrificiel quotidien et au centre liturgique visible du judaïsme biblique. Elle marque aussi une fracture historique : après 70, le judaïsme se recompose autour de la Torah, de la synagogue, de la prière et des maîtres rabbiniques, tandis que le christianisme naissant relit la catastrophe à la lumière des paroles de Jésus sur Jérusalem.
L'événement est documenté surtout par Flavius Josèphe, prêtre juif passé du camp insurgé au camp romain, témoin direct de la guerre et auteur de La Guerre des Juifs. Son récit doit être lu avec prudence, parce qu'il écrit sous la protection de l'empereur Vespasien et de sa famille, les Flaviens, et cherche parfois à décharger Titus de la responsabilité morale de l'incendie. Mais il demeure la source narrative la plus ample sur le siège, la famine, les factions internes, l'incendie du sanctuaire et la prise de la ville.[1]
Pour un lecteur catholique, 70 n'autorise jamais le mépris du peuple juif. Vatican II enseigne explicitement que les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, et déplore l'antisémitisme sous toutes ses formes.[2] L'article doit donc tenir ensemble trois niveaux : l'histoire militaire de la guerre, la portée religieuse de la fin du Temple, et l'interprétation chrétienne des paroles de Jésus, sans transformer une tragédie juive en argument de haine.
Que s'est-il passé à Jérusalem en 70 ?
La guerre commence en 66, pas en 70
La destruction du Temple n'est pas un accident isolé. Elle est l'aboutissement de la première révolte juive contre Rome, commencée en 66. Josèphe situe la crise dans une Judée travaillée par la fiscalité romaine, les provocations de gouverneurs, les tensions entre courants juifs et la montée de groupes insurgés.[3] Après des revers romains initiaux, Néron confie la répression à Vespasien, qui mène la reconquête de la Galilée à partir de 67.[4]
La guerre change d'échelle en 69. L'Empire romain traverse l'année des quatre empereurs ; Vespasien est proclamé empereur par ses troupes, puis laisse à son fils Titus le soin d'achever la campagne de Judée.[5] Jérusalem devient alors le dernier grand centre de résistance, chargé d'une valeur militaire, religieuse et symbolique immense.
Titus encercle la ville au moment de la Pâque
Josèphe rapporte que Titus arrive devant Jérusalem pendant la période de la Pâque, quand la ville est remplie de pèlerins.[6] Cette donnée explique en partie l'ampleur de la catastrophe : le siège ne frappe pas seulement une garnison, mais une ville religieuse gonflée par la fête, où les ressources alimentaires deviennent rapidement un enjeu vital.
Le siège romain combine pression militaire et asphyxie. Les légions établissent leurs camps, attaquent les remparts et finissent par construire une ligne d'encerclement. Josèphe écrit que Titus fait dresser un mur de circonvallation pour empêcher les sorties et couper les vivres.[7] Dans l'Évangile selon saint Luc, Jésus avait annoncé un tableau très proche : Jérusalem entourée par des armées, puis des ennemis établissant des retranchements contre elle.[8]
La ville est aussi déchirée de l'intérieur
Le drame de 70 n'est pas seulement Rome contre Jérusalem. Josèphe insiste sur la violence des factions internes : zélotes, groupes rivaux, chefs concurrents et luttes armées à l'intérieur même de la ville. Son récit est politiquement orienté, mais le point central est solide : la résistance juive n'est pas un bloc uniforme, et les combats internes aggravent la famine.[9]
Cette division pèse lourdement sur la mémoire chrétienne et juive de l'événement. Elle ne diminue pas la responsabilité romaine dans la prise de la ville ; elle montre que Jérusalem est prise dans une spirale où guerre impériale, radicalisation religieuse, rivalités politiques et panique collective se renforcent mutuellement.
Pourquoi le Temple était-il si central ?
Le centre du culte sacrificiel d'Israël
Le Temple n'est pas, pour le judaïsme du Second Temple, un simple monument national. Il est le lieu du culte sacrificiel prescrit par la Torah, le centre des pèlerinages, le signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Depuis Hérode le Grand, l'esplanade du Temple avait été agrandie et magnifiée, au point de devenir l'un des plus grands complexes sacrés du monde méditerranéen.[10] En septembre 2026, l'Université hébraïque de Jérusalem a annoncé la mise au jour sur l'Ophel, au pied du mont du Temple près de la Triple Porte, d'un vaste complexe de purification contemporain de ce Temple : trois grands bains rituels, un grand bassin enduit, une place pavée et un réseau hydraulique, sur environ 280 m². Selon les chercheurs qui l'annoncent, les pèlerins s'y purifiaient avant de monter au Temple.[11]
En octobre 2026, l'Autorité israélienne des antiquités a annoncé la mise au jour, au sud du kibboutz Ramat Rachel, d'un tronçon d'environ 300 mètres de l'aqueduc inférieur de Jérusalem, dégagé lors d'une fouille préventive avant la construction d'un nouveau quartier. Selon l'équipe qui l'annonce, la construction de l'ouvrage est attribuée à l'époque hasmonéenne et il amenait l'eau des piscines de Salomon jusqu'au mont du Temple.[12]
L'inscription du soreg, le muret bas qui séparait le parvis ouvert à tous des cours réservées, illustre la structuration sacrée du Temple. Une plaque de pierre portant un avertissement en grec fut découverte en 1871 par l'archéologue Charles Clermont-Ganneau près du mont du Temple ; elle est conservée aux musées archéologiques d'Istanbul. Un second exemplaire, fragmentaire, mis au jour près de la porte des Lions en décembre 1935 et publié par J. H. Iliffe en 1936, est conservé au Musée d'Israël, à Jérusalem.[13] Le texte est sans détour : « Qu'aucun étranger n'entre à l'intérieur de la balustrade qui entoure le sanctuaire et son enceinte. Celui qui sera pris sera lui-même responsable de la mort qui s'ensuivra. »[14] Ce type de trace archéologique donne un poids concret aux débats du Nouveau Testament sur le Temple, les nations et la séparation rituelle.[15]
Un lieu déjà chargé de tensions au temps de Jésus
Les Évangiles montrent Jésus montant au Temple, y enseignant et y posant des gestes prophétiques. Dans Luc 19, il pleure sur Jérusalem et annonce que ses ennemis l'encercleront, l'écraseront et ne laisseront pas pierre sur pierre, parce qu'elle n'a pas reconnu le moment où Dieu la visitait.[16] Dans Luc 21, il annonce que Jérusalem sera encerclée par des armées et que la ville sera foulée par les nations.[17]
Ces paroles ne sont pas des slogans antijuifs. Jésus parle en prophète d'Israël, comme Jérémie avant la chute du premier Temple. Sa lamentation sur Jérusalem est une douleur, non une jubilation. Le christianisme doit donc lire 70 comme un accomplissement grave, jamais comme une permission de mépriser Israël.
Comment le Temple a-t-il été détruit ?
L'incendie selon Josèphe
Josèphe situe l'incendie du Temple au 10 du mois de Lous, c'est-à-dire du mois d'été appelé Ab (ou Av) dans le calendrier juif, et note la coïncidence avec la destruction du premier Temple par les Babyloniens.[18] Son récit affirme que Titus aurait voulu conserver le sanctuaire, mais qu'un soldat romain lança un brandon dans une ouverture pendant la confusion du combat.[19]
Cette présentation est discutée. Josèphe écrit sous la protection des Flaviens et peut chercher à présenter Titus comme un vainqueur modéré débordé par la fureur de ses hommes. De son côté, Sulpice Sévère, chroniqueur chrétien du début du Ve siècle, rapporte que Titus, après avoir réuni son conseil, délibéra de détruire le Temple et s'y résolut pour abattre un foyer religieux et politique de résistance.[20] Les historiens voient souvent dans ce passage l'écho d'un livre perdu de Tacite, mais le Tacite conservé (Histoires, livre V) ne raconte pas cette délibération : il décrit le siège, les factions et des prodiges.[21] Les deux récits ne se recouvrent donc pas parfaitement : Josèphe donne la scène la plus détaillée ; Sulpice Sévère rappelle que le récit flavien n'est pas neutre.
Le récit d'une catastrophe totale
Josèphe décrit la prise du sanctuaire comme une scène de feu, de sang, de panique et de pillage. Même en tenant compte de son style dramatique, le noyau historique est clair : le Temple est incendié, les objets précieux sont saisis, les défenseurs sont écrasés, et la ville haute tombe peu après.[22]
Le chiffre le plus célèbre de Josèphe est aussi le plus problématique : au livre VI, ch. 9, §3, il parle de 1 100 000 morts pendant le siège et de 97 000 prisonniers.[23] Ces nombres sont aujourd'hui jugés très exagérés : l'historien Seth Schwartz fait remarquer que la Palestine romaine entière comptait alors environ un million d'habitants, dont la moitié de Juifs ; Guy Rogers situe le bilan à quelques dizaines de milliers de morts, de l'ordre de 20 000 à 30 000 ; et Tacite lui-même ne comptait que 600 000 assiégés.[24] Josèphe grossit donc le bilan, mais son exagération même indique comment l'événement fut perçu : non comme une défaite ordinaire, mais comme une catastrophe démographique, liturgique et nationale.
Le triomphe romain transforme le Temple en trophée
Après la guerre, Rome met en scène sa victoire. L'arc de Titus, encore visible à Rome, représente les dépouilles du Temple portées en procession, notamment la menorah, le grand chandelier à sept branches du Temple. Cette image est capitale : le mobilier sacré de Jérusalem devient un trophée impérial, sculpté au cœur de la capitale romaine.[25]
Le relief n'est pas seulement une illustration. Il est une source matérielle majeure : il confirme la mémoire romaine du pillage du Temple et montre comment les Flaviens ont inscrit leur légitimité politique dans la victoire sur Jérusalem.
Que devient le judaïsme après 70 ?
La fin du sacrifice quotidien
La conséquence religieuse immédiate est immense : sans Temple, le culte sacrificiel quotidien ne peut plus se poursuivre. Le sacerdoce du Temple perd son centre, les pèlerinages changent de sens, et la vie juive doit se réorganiser autour d'autres pôles de fidélité.
Cette transformation ne signifie pas la fin du judaïsme. Elle signifie la fin d'un régime cultuel. La prière, la Torah, la synagogue, la mémoire de l'Alliance et l'étude deviennent les lieux principaux de continuité. Le judaïsme rabbinique, qui se développe après 70, n'est pas un simple résidu ; il est une recomposition religieuse profonde après la perte du sanctuaire.[26]
Yavné et la recomposition rabbinique
La tradition rabbinique accorde un rôle important à Yavné et à la figure de Yohanan ben Zakkaï dans la réorganisation de la vie juive après la chute. Les détails historiques sont débattus, mais l'orientation générale est claire : l'autorité religieuse se déplace du Temple détruit vers l'étude, l'interprétation de la Loi et les académies de sages.[27]
Cette recomposition explique pourquoi 70 est un seuil historique. Le judaïsme du temps de Jésus, centré sur le Temple, les sacrifices, les prêtres et les pèlerinages, n'est plus organisé de la même manière que le judaïsme rabbinique postérieur. Cette différence est essentielle pour lire correctement le Nouveau Testament : Jésus, Paul, Jacques et les premiers disciples vivent dans le monde du Second Temple, pas dans un judaïsme déjà rabbinique au sens médiéval ou moderne.
Comment les premiers chrétiens ont-ils relu 70 ?
Les paroles de Jésus sur Jérusalem
Les évangiles synoptiques rapportent des paroles de Jésus annonçant la ruine de Jérusalem et du Temple. Luc 21 est particulièrement précis dans sa forme : lorsque Jérusalem sera encerclée par des armées, alors sa dévastation sera proche.[28] Marc 13 et Matthieu 24 placent aussi la destruction du Temple dans un long enseignement sur la fin de Jérusalem et la fin des temps, ce que les théologiens appellent le discours eschatologique, où se mêlent l'histoire proche, le jugement et l'attente finale.[29]
Pour les chrétiens, 70 confirme que Jésus n'est pas seulement un maître moral. Il parle avec l'autorité d'un prophète qui voit le destin religieux de Jérusalem. Mais cette lecture doit rester biblique : dans l'Écriture, le jugement de Dieu sur une ville sainte est toujours une tragédie qui appelle conversion, non une occasion de supériorité.
Une objection doit ici être traitée loyalement : une partie de l'exégèse contemporaine date les évangiles de Marc, Matthieu et Luc des années qui suivent 70, et n'y voit qu'une prophétie écrite après les faits. Jésus n'aurait rien annoncé ; les évangélistes auraient mis dans sa bouche la description du siège. Cette lecture repose sur un présupposé : qu'une prophétie précise est impossible, et donc que tout texte précis est tardif. Le raisonnement est circulaire : on date le texte après 70 parce qu'il décrit 70, puis on conclut de cette date qu'il ne peut pas être une prophétie. Il ne prouve rien par lui-même. Et il se heurte à la mémoire des premières Églises : la tradition ancienne de la fuite des chrétiens à Pella, conservée par Eusèbe, suppose au contraire que ces paroles circulaient et étaient prises au sérieux avant même la guerre.[30]
« Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, alors sachez que sa dévastation approche. » — Luc 21,20[31]
La tradition de la fuite à Pella
Eusèbe de Césarée rapporte que les membres de l'Église de Jérusalem auraient reçu un oracle les avertissant de quitter la ville avant la guerre et de se réfugier à Pella, une ville située de l'autre côté du Jourdain, dans la région appelée alors la Pérée.[32] Cette tradition est importante, mais elle doit être formulée avec précision : Eusèbe écrit au IVe siècle, bien après les événements. Il conserve une mémoire chrétienne ancienne, non un rapport administratif contemporain.
Le point théologique demeure fort : l'Église de Jérusalem ne se comprend pas comme triomphante sur la ruine de son peuple. Elle est elle-même déracinée. La première Église judéo-chrétienne perd son centre historique, voit son monde s'effondrer et entre plus profondément dans une mission qui dépasse Jérusalem.
Une séparation progressive, pas un remplacement grossier
Après 70, judaïsme rabbinique et christianisme se développent selon des trajectoires de plus en plus distinctes. Mais il serait faux d'imaginer une coupure instantanée. Les premiers chrétiens continuent de lire les Écritures d'Israël ; les judéo-chrétiens demeurent longtemps un phénomène réel ; la séparation se construit par étapes, selon les régions et les conflits.
L'Église catholique ne peut donc pas parler de 70 comme d'un remplacement simpliste d'Israël par l'Église. Elle confesse que le Christ accomplit les promesses, mais elle garde la mémoire du peuple juif comme racine sainte de sa propre foi.[33]
Que prouvent les sources historiques ?
Josèphe : témoin indispensable et témoin intéressé
Josèphe est indispensable parce qu'il connaît la Judée, les institutions juives et la guerre de l'intérieur. Il a combattu en Galilée avant de se rendre aux Romains, puis accompagne le camp flavien. Son récit est donc à la fois proche des faits et politiquement délicat.[34]
| Source | Ce qu'elle apporte | Limite de lecture |
|---|---|---|
| Josèphe, Guerre des Juifs V-VI | Récit détaillé du siège, factions, famine, incendie, captifs | Écrit sous protection flavienne ; tendance à défendre Titus |
| Tacite, Histoires V | Récit romain du siège et des factions ; compte 600 000 assiégés | Témoin non neutre, hostile au judaïsme ; ne raconte pas la délibération sur le Temple |
| Sulpice Sévère, Histoire sacrée II,30 | Seul récit d'une délibération de Titus sur le sort du Temple | Chroniqueur chrétien (vers 400) ; écho supposé d'un Tacite perdu, sans certitude |
| Eusèbe, Histoire ecclésiastique III,5 | Mémoire chrétienne de la fuite à Pella | Source tardive, à utiliser comme tradition ecclésiale |
| Archéologie et Arc de Titus | Confirmation matérielle du triomphe et des dépouilles du Temple | Ne raconte pas le déroulement militaire |
Tacite et Sulpice Sévère : le regard romain et sa limite
Tacite donne un point de vue romain important : son livre V conservé décrit le siège, les factions juives et des prodiges, et compte 600 000 assiégés.[35] Mais son texte est chargé de préjugés romains contre les Juifs, et il s'interrompt avant la prise du Temple. Il faut donc le lire comme un témoin de la perception romaine, non comme un arbitre neutre. Quant à la délibération de Titus sur le sort du sanctuaire, elle ne vient pas du Tacite conservé : c'est Sulpice Sévère qui la rapporte, au début du Ve siècle.[36]
L'archéologie : pierres, reliefs et inscriptions
L'archéologie ne remplace pas les textes, mais elle les stabilise. Les pierres de l'esplanade, les traces de destruction, l'inscription du soreg et l'Arc de Titus donnent une matérialité aux récits. Elles empêchent de réduire 70 à un symbole abstrait : le Temple était un lieu réel, les objets sacrés furent réellement emportés, et Rome a réellement célébré cette victoire comme un acte fondateur de la dynastie flavienne.
Pourquoi cet événement compte-t-il encore ?
Pour comprendre Jésus et les Évangiles
Sans le Temple, une grande partie du Nouveau Testament devient moins lisible. Jésus monte à Jérusalem, annonce le jugement, purifie le Temple, parle de sacrifice, de présence de Dieu, de maison de prière et de pierre rejetée. Les Actes montrent les premiers chrétiens priant encore dans l'orbite du Temple. La Lettre aux Hébreux développe une théologie du Christ grand prêtre et du sacrifice unique qui suppose l'arrière-plan cultuel du sanctuaire.[37]
Pour comprendre le judaïsme contemporain
La destruction du Temple explique aussi pourquoi le judaïsme actuel n'est pas simplement le judaïsme biblique continué sans rupture. Il conserve la Torah et l'Alliance, mais il vit sans sacrifice au Temple. Cette donnée rend le dialogue judéo-chrétien plus sérieux : le catholicisme doit respecter le judaïsme vivant, tout en comprenant que le monde religieux de Jésus était celui du Second Temple.
Pour éviter deux erreurs opposées
La première erreur est de traiter 70 comme un simple épisode militaire sans portée religieuse. Ce serait passer à côté du fait que le Temple était le cœur cultuel d'Israël. La seconde erreur est de transformer 70 en argument brutal contre les Juifs. Ce serait trahir l'Évangile et l'enseignement de l'Église.
La lecture catholique juste est plus exigeante : elle reconnaît la dimension prophétique des paroles de Jésus, la gravité historique de la catastrophe juive, la naissance d'un judaïsme rabbinique durable, et l'interdiction absolue de toute haine antijuive. Nostra aetate donne ici le garde-fou indispensable : le peuple juif ne doit jamais être présenté comme maudit ou rejeté par Dieu.[38]
Chronologie
- 66Début de la révolte juiveJudée romaine
La révolte contre Rome éclate en Judée ; la répression est confiée à Vespasien après les premiers revers romains.[39]
- 67-68Reconquête romaine de la GaliléeVespasien
- 69Vespasien devient empereurAnnée des quatre empereurs
La guerre civile romaine porte Vespasien au pouvoir ; Titus reçoit la mission d'achever la guerre en Judée.[41]
- Printemps 70Titus encercle JérusalemPâque et siège
Jérusalem est assiégée alors que la ville est remplie de pèlerins ; la famine devient l'une des armes du siège.[42]
- Été 70Incendie du TempleSanctuaire détruit
Le Temple brûle pendant les combats ; Josèphe situe l'événement le même jour du calendrier que la destruction du premier Temple.[43]
- Septembre 70Chute de la ville hauteJérusalem prise
Les terrassements achevés le 7 du mois de Gorpieus (Éloul), les Romains prennent la ville haute ; les survivants sont tués, vendus ou emmenés captifs selon Josèphe.[44]
Pour aller plus loin
- Lire Le concile de Jérusalem : l'Église apostolique discerne l'entrée des païens avant la rupture visible de 70.
- Lire Le judaïsme : racines bibliques du christianisme, Alliance, Torah et regard catholique.
- Lire Les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament : Temple, Messie et accomplissement.
- Retenir l'essentiel : 70 est à la fois une catastrophe historique juive, un tournant religieux mondial et un événement relu par les chrétiens à la lumière des paroles de Jésus, sans jamais justifier le mépris d'Israël.
Notes et références
Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livres V-VI, trad. anglaise William Whiston, édition en ligne : récit principal du siège, de l'incendie du Temple et de la prise de Jérusalem. Source : https://penelope.uchicago.edu/josephus/war-6.html.
1Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate, 4, 28 octobre 1965 : les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits ; l'Église déplore l'antisémitisme. Source : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651028_nostra-aetate_fr.html.
2 38Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre II, ch. 14-17 : montée de la crise en Judée, gouvernement romain et déclenchement de la révolte.
3Encyclopaedia Britannica, "First Jewish Revolt" : révolte de 66-70, campagne de Vespasien et destruction de Jérusalem par Titus. Source : https://www.britannica.com/event/First-Jewish-Revolt.
4 39Encyclopaedia Britannica, "Titus" : Titus achève le siège de Jérusalem après l'accession de Vespasien à l'Empire. Source : https://www.britannica.com/biography/Titus-Roman-emperor.
5 41Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre V, ch. 3 : arrivée de Titus devant Jérusalem et contexte pascal du siège.
6 42Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre V, ch. 12 : construction du mur d'encerclement autour de Jérusalem pour couper les sorties et les vivres.
7Luc 19,41-44 et Luc 21,20-24, traduction liturgique AELF : Jésus annonce Jérusalem entourée d'armées, les retranchements ennemis et la dévastation. Sources : https://www.aelf.org/bible/Lc/19 et https://www.aelf.org/bible/Lc/21.
8Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre V, ch. 1 et ch. 6 : divisions internes et factions armées dans Jérusalem pendant le siège.
9Encyclopaedia Britannica, "Second Temple" : reconstruction postexilique, agrandissement hérodien et destruction par les Romains en 70. Source : https://www.britannica.com/topic/Second-Temple.
10Université hébraïque de Jérusalem, annonce du 25 septembre 2026 relayée par les Amis britanniques de l'Université hébraïque (BFHU) : complexe monumental de purification de l'époque du Second Temple mis au jour sur l'Ophel, près de la Triple Porte, sous la direction d'Uzi Leibner et d'Orit Peleg-Barkat (Institut d'archéologie, avec l'Armstrong Institute), après cinq campagnes de fouilles. Source : https://www.bfhu.org/2026/09/25/monumental-second-temple-period-purification-complex-uncovered-at-the-foot-of-the-temple-mount-in-the-old-city-of-jerusalem/.
11Autorité israélienne des antiquités, annonce d'octobre 2026 : tronçon d'environ 300 mètres de l'aqueduc inférieur de Jérusalem mis au jour au sud du kibboutz Ramat Rachel lors d'une fouille préventive avant la construction d'un nouveau quartier ; ouvrage attribué à l'époque hasmonéenne, amenant l'eau des piscines de Salomon jusqu'au mont du Temple ; découverte présentée au 19e colloque Nouveautés archéologiques de Jérusalem et ses environs. Sources : https://thejewishedition.com/news/israel/2026/10/11/2000-year-old-aqueduct-that-supplied-jerusalems-temple-mount-uncovered-near-ramat-rachel/ ; https://hayadan.com/lower-aqueduct-jerusalem-ramat-rachel-2026.
12Plaque complète découverte en 1871 par Charles Clermont-Ganneau (école ad-Dawadariya, près de la porte al-Atim du mont du Temple), emportée par les autorités ottomanes, aujourd'hui aux musées archéologiques d'Istanbul ; second exemplaire fragmentaire découvert en décembre 1935 près de la porte des Lions et publié par J. H. Iliffe en 1936 (Quarterly of the Department of Antiquities in Palestine, vol. 6, p. 1-3), conservé au Musée d'Israël à Jérusalem. Synthèse : https://en.wikipedia.org/wiki/Temple_Warning_inscription ; notice du fichier : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Soreg_inscription.jpg.
13Texte grec de la plaque (koinè, tel que gravé, en capitales) : « ΜΗΘΕΝΑ ΑΛΛΟΓΕΝΗ ΕΙΣΠΟΡΕΥΕΣΘΑΙ ΕΝΤΟΣ ΤΟΥ ΠΕΡΙ ΤΟ ΙΕΡΟΝ ΤΡΥΦΑΚΤΟΥ ΚΑΙ ΠΕΡΙΒΟΛΟΥ. ΟΣ Δ᾽ ΑΝ ΛΗΦΘΗ ΕΑΥΤΩΙ ΑΙΤΙΟΣ ΕΣΤΑΙ ΔΙΑ ΤΟ ΕΞΑΚΟΛΟΥΘΕΙΝ ΘΑΝΑΤΟΝ. » Traduction : « Qu'aucun étranger n'entre à l'intérieur de la balustrade qui entoure le sanctuaire et son enceinte. Celui qui sera pris sera lui-même responsable de la mort qui s'ensuivra. » Source du texte et de la traduction : https://en.wikipedia.org/wiki/Temple_Warning_inscription.
14Actes des Apôtres 21,27-29, AELF : accusation contre Paul d'avoir introduit des Grecs dans le Temple, contexte éclairé par les limites sacrées du sanctuaire. Source : https://www.aelf.org/bible/Ac/21.
15Luc 19,41-44, AELF : lamentation de Jésus sur Jérusalem et annonce de la ruine. Source : https://www.aelf.org/bible/Lc/19.
16Luc 21,20-24, AELF : Jérusalem encerclée par des armées et foulée par les nations. Source : https://www.aelf.org/bible/Lc/21.
17 28 31Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre VI, ch. 4, §§5-8 : incendie du Temple et rapprochement avec la destruction babylonienne du premier Temple.
18 43Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre VI, ch. 4, §5 : récit du soldat romain lançant le feu dans le Temple malgré les ordres attribués à Titus.
19Sulpice Sévère, Histoire sacrée (Chroniques), livre II, ch. 30, traduction anglaise Alexander Roberts (Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. XI) : Titus, après avoir réuni son conseil, délibère de détruire le Temple, édifice extraordinaire, et s'y résout. Passage souvent rapproché d'un livre perdu de Tacite, sans certitude. Source : https://en.wikisource.org/wiki/Nicene_and_Post-Nicene_Fathers:_Series_II/Volume_XI/Sulpitius_Severus/Sacred_History/Book_II/Chapter_30.
20 36Tacite, Histoires, livre V, traduction anglaise Alfred John Church et William Jackson Brodribb, MIT Classics : récit romain du siège de Jérusalem, des factions et des prodiges ; compte 600 000 assiégés. Le livre V conservé s'interrompt avant la prise du Temple et ne raconte aucune délibération de Titus sur son sort. Source : https://classics.mit.edu/Tacitus/histories.5.v.html.
21 35Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre VI, ch. 5 : pillage, incendie et prise des espaces du Temple.
22Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre VI, ch. 9, §3 : chiffres de 1 100 000 morts et 97 000 captifs, à lire comme chiffres antiques très amplifiés. Source : https://penelope.uchicago.edu/josephus/war-6.html.
23Seth Schwartz fait remarquer que la Palestine romaine entière comptait alors environ un million d'habitants, dont la moitié de Juifs (Imperialism and Jewish Society) ; Guy Rogers situe le bilan à quelques dizaines de milliers de morts, de l'ordre de 20 000 à 30 000 (For the Freedom of Zion, 2021) ; Tacite, Histoires V, ne comptait que 600 000 assiégés. Synthèse et références : https://en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Jerusalem_(70_CE).
24Wikimedia Commons, "Arch of Titus Menorah.png" et notice de l'Arc de Titus : relief représentant les dépouilles du Temple, notamment la menorah, portées dans le triomphe flavien. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Arch_of_Titus_Menorah.png.
25Jewish Encyclopedia, "Temple of Herod" (le Temple agrandi par Hérode, c'est-à-dire le Second Temple) : destruction par le feu en 70 pendant le siège de Jérusalem par Titus. Source : https://jewishencyclopedia.com/articles/14304-temple-the-second.
26Jewish Encyclopedia, "Johanan b. Zakkai", notice sur Yavné/Jamnia et la recomposition rabbinique après 70. Source : https://jewishencyclopedia.com/articles/8724-johanan-b-zakkai.
27Marc 13,1-2 et Matthieu 24,1-2, AELF : annonce qu'il ne restera pas pierre sur pierre du Temple. Sources : https://www.aelf.org/bible/Mc/13 et https://www.aelf.org/bible/Mt/24.
29Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III, ch. 5, New Advent : tradition selon laquelle les chrétiens de Jérusalem quittèrent la ville pour Pella avant la guerre. Source : https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm.
30 32Romains 11,17-29, AELF : image de la racine sainte, des branches greffées et des dons de Dieu sans repentance. Source : https://www.aelf.org/bible/Rm/11.
33Flavius Josèphe, Autobiographie / Life, §§65-75, et Guerre des Juifs, livre III : rôle de Josèphe en Galilée, capture à Jotapata et passage au camp romain.
34 40Hébreux 9,11-14, AELF : le Christ grand prêtre et l'accomplissement du sanctuaire et du sacrifice. Source : https://www.aelf.org/bible/He/9.
37Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre VI, ch. 8, §4 : terrassements achevés le 7 du mois de Gorpieus (Éloul) en 70, puis prise de la ville haute ; ch. 9 pour le sort des survivants. Source : https://penelope.uchicago.edu/josephus/war-6.html.
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