Les fins dernières

Les fins dernières désignent, dans la doctrine catholique, la destinée de chaque personne après la mort — jugement, purgatoire, enfer ou paradis — ainsi que l'avenir de toute l'humanité : retour du Christ, résurrection des corps et jugement dernier.

Ignispedia

Les fins dernières désignent, dans le vocabulaire catholique, l'ensemble des réalités qui achèvent la destinée de l'homme : la mort, le jugement, puis l'enfer ou le paradis — le purgatoire venant, pour un grand nombre d'âmes, purifier ce qui doit encore l'être avant l'entrée dans la gloire. À cette destinée strictement personnelle s'ajoute une destinée universelle, encore à venir : le retour glorieux du Christ, la résurrection de la chair, le jugement dernier et l'avènement d'un monde nouveau. Le Credo confesse les deux ensemble en une seule phrase : le Christ « reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts » et « je crois à la résurrection de la chair, et à la vie éternelle ».

Cet article est un article-portail : il donne l'architecture d'ensemble, fondée sur l'Écriture, les définitions conciliaires et le Catéchisme, puis renvoie vers les dossiers spécialisés d'Ignispedia pour l'enfer, le purgatoire et les expériences de mort imminente, dont les développements et les objections détaillées ne sont pas répétés ici. Il traite les fins dernières classiques — la destinée personnelle de chacun (mort, jugement, Ciel, enfer, purgatoire) et la consommation finale du monde (retour du Christ, résurrection, jugement dernier, monde nouveau). La question distincte d'une possible ère de paix intra-historique — la fin d'un âge avant la fin du monde — relève d'un dossier à part et n'est pas traitée ici.

Une seule vie terrestre, une destinée qui se scelle

Une page de texte de l'Ars moriendi (« L'art de bien mourir »), traité anonyme dont la version longue date d'environ 1415 — ici le folio 179 de l'édition allemande (Kunst des Sterbens) imprimée par Johann Bämler, Augsbourg, 1476 (GW 11406). Domaine public, Wikimedia Commons.

La doctrine catholique s'ouvre sur une affirmation qui commande tout le reste : la vie terrestre de chaque homme est unique et non répétée. Le concile Vatican II le rappelle dans la constitution dogmatique Lumen Gentium :

« Ignorants du jour et de l'heure, il nous faut, suivant l'avertissement du Seigneur, veiller constamment, afin que, notre unique vie terrestre achevée [expleto unico terrestris nostrae vitae cursu], nous méritions d'entrer avec lui aux noces et d'être mis au rang des bénis, et non, comme les serviteurs mauvais et paresseux, d'être commandés de nous retirer dans le feu éternel. »[1]

Ce « cours unique de notre vie terrestre » exclut doctrinalement toute réincarnation ou tout second passage sur terre : ce que l'homme scelle librement dans cette vie détermine sa destinée éternelle. Le Catéchisme le formule sobrement : « La mort met fin à la vie de l'homme comme temps ouvert à l'accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ. »[2] Une doctrine voisine — pourquoi l'Église catholique tient la réincarnation pour une croyance étrangère à la Révélation — fait l'objet d'un article dédié : pourquoi-la-reincarnation-est-une-fausse-croyance.

La mort : séparation de l'âme et du corps

Philosophiquement, la mort se définit avec précision : c'est la séparation de l'âme et du corps[3]. L'homme n'est ni une âme prisonnière d'un corps ni un corps animé accidentellement : il est une unité substantielle d'âme et de corps, si bien que leur séparation constitue une véritable rupture, non un simple changement d'état. Le Catéchisme le confirme : « Dans la mort, qui est séparation de l'âme et du corps, le corps de l'homme tombe dans la corruption, tandis que son âme va à la rencontre de Dieu, bien qu'elle demeure dans l'attente d'être réunie à son corps glorifié. »[4]

Cette survie de l'âme après la mort n'est pas une simple option théologique : c'est une vérité de foi, solennellement définie par le Ve concile du Latran en 1513, dans la bulle Apostolici regiminis, contre certains courants aristotéliciens de la Renaissance qui enseignaient la mortalité de l'intelligence humaine :

« Nous condamnons et réprouvons tous ceux qui affirment que l'âme intellective est mortelle […], puisque l'âme n'est pas seulement vraiment, par elle-même et essentiellement, la forme du corps humain […], mais elle est aussi immortelle. »[5]

Saint Thomas d'Aquin, dont la théologie irrigue toute la tradition post-conciliaire sur ce point, explique pourquoi l'âme séparée n'est pas anéantie : les facultés spirituelles de l'intelligence et de la volonté, dont l'acte n'est pas essentiellement lié à un organe corporel, subsistent après la mort ; seules les facultés sensibles et végétatives, liées à un organe, cessent de s'exercer en acte, tout en demeurant « radicalement » dans l'âme, « à la manière dont les effets sont contenus dans leurs causes »[6]. C'est pourquoi l'Église parle, à la mort, d'un « moi » humain qui subsiste, et non d'une extinction : « L'Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d'un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le “moi” humain subsiste, bien que privé pour un temps du complément qu'est son corps ; pour désigner cet élément, l'Église emploie le mot “âme”, consacré par l'usage de l'Écriture et de la Tradition. »[7]

Pourquoi meurt-on ? Le péché et la victoire du Christ sur la mort

La mort n'appartient pas au plan originel de Dieu pour l'homme : « Dieu n'a pas fait la mort et il ne se réjouit pas de la destruction des vivants » (Sg 1, 13). Le Catéchisme enseigne, avec l'Écriture, que « la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l'homme » (cf. Rm 5, 12)[8]. Mais le Christ, en mourant et en ressuscitant, a retourné le sens même de la mort : accueillie dans la foi et unie à sa Pâque, elle devient un passage vers le Père plutôt qu'une pure destruction. Saint Paul l'exprime en une formule dense : « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14, 8).

Cette attitude — vigilance, confiance, absence de fixation morbide — est précisément celle que recommande la tradition spirituelle de l'ars moriendi (« l'art de bien mourir »), un genre littéraire né au XVᵉ siècle dans le contexte des grandes épidémies de peste, qui connut une immense diffusion avec l'apparition de l'imprimerie[9]. Le manuel type oppose au chevet du mourant cinq tentations — contre la foi, par le désespoir, par l'impatience de la souffrance, par la vaine gloire spirituelle et par l'attachement aux biens — et cinq inspirations célestes qui y répondent, jusqu'à la « bonne mort »[10]. L'article Ignispedia sur la-fin-de-vie développe la manière chrétienne d'accompagner un mourant aujourd'hui.

Le jugement particulier : la rencontre immédiate avec le Christ

Immédiatement après la mort, chaque âme comparaît devant le Christ dans ce que la théologie appelle le jugement particulier, distinct du jugement dernier (ou général) qui n'aura lieu qu'à la fin de l'histoire. Le Catéchisme le définit ainsi :

« Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort, dans un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours. »[11]

Le Catéchisme conclut ce paragraphe par une formule de saint Jean de la Croix qui résume tout l'enjeu moral du jugement : « Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l'amour. »[12]

Benedictus Deus (1336) : une définition qui a mis fin à une controverse

  1. 1331-1334
    Sermons du pape Jean XXII
    Opinion privée, non magistérielle

    Entre novembre 1331 et mars 1332, le pape Jean XXII prononce quatre sermons dans lesquels, comme théologien privé et non comme docteur de la foi, il avance que la vision de Dieu par les justes serait différée jusqu'à la résurrection générale. La thèse suscite une vive controverse dans toute l'Europe théologique, jusqu'à une consultation des théologiens de Paris en décembre 1333. Au consistoire du 3 janvier 1334, Jean XXII déclare n'avoir jamais voulu rien enseigner de contraire à l'Écriture ni trancher la question ; malade, il se rétracte publiquement avant sa mort, le 4 décembre 1334[13].

  2. 29 janvier 1336
    Constitution Benedictus Deus
    Benoît XII

    Après enquête théologique, le successeur de Jean XXII, Benoît XII, tranche solennellement la controverse : les âmes des justes déjà purifiées voient Dieu face à face immédiatement après la mort, sans attendre la résurrection ni le jugement général ; les âmes mortes en état de péché mortel descendent, elles aussi immédiatement, en enfer[14].

  3. 6 juillet 1439
    Concile de Florence, décret Laetentur Caeli
    Union avec les Grecs

    Le concile confirme la doctrine de la purification après la mort pour les âmes qui en ont besoin et de la descente immédiate en enfer pour les âmes mortes en péché mortel actuel, « bien que les peines soient inégales »[15].

  4. 1563
    Concile de Trente, session XXV
    Confirmation du purgatoire

    Trente enseigne qu'il existe un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues peuvent être secourues par les suffrages des fidèles, spécialement le sacrifice de l'autel[16].

  5. 1964-1965
    Vatican II
    Lumen Gentium 48-51 · Gaudium et Spes 39

    Le concile réaffirme cette même architecture dans un langage renouvelé : unicité de la vie terrestre[17], union de l'Église pérégrinante et de l'Église céleste[18], transformation finale de l'univers avec la résurrection des corps[19].

  6. 17 mai 1979
    Lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi
    Sur certains problèmes actuels concernant l'eschatologie

    Rome rappelle, contre certaines relectures modernes qui diluaient l'état intermédiaire de l'âme, que le « moi » humain subsiste après la mort et que l'Église attend la résurrection de l'homme tout entier, non une simple continuation spirituelle[20].

  7. 30 novembre 2007
    Encyclique Spe Salvi, § 47
    Benoît XVI

    Le jugement est présenté comme une rencontre personnelle avec le Christ, à la fois vérité qui dévoile et amour qui purifie : « Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. »[21]

La constitution Benedictus Deus demeure, sept siècles après sa promulgation, le texte de référence de toute l'architecture eschatologique catholique. Benoît XII y définit d'abord le sort des justes :

« [Les âmes des saints] […] aussitôt après leur mort et la purification dont nous avons parlé pour celles qui en auraient besoin, avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, ont été, sont et seront au Ciel, au Royaume des cieux et au paradis céleste avec le Christ, admises dans la société des saints anges. Depuis la Passion et la mort du Seigneur Jésus-Christ, ces âmes ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive, et même face à face, sans la médiation d'aucune créature faisant office d'objet de vision ; l'essence divine se manifeste à elles immédiatement, à nu, clairement et à découvert, et par cette vision elles jouissent de cette même essence divine. »[22]

Puis il définit, dans la même constitution, le sort de ceux qui meurent dans l'impénitence :

« En outre, nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel actuel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées de peines infernales. »[23]

Ce texte a une portée considérable : il fixe la doctrine sur trois points à la fois. Premièrement, le jugement de l'âme suit immédiatement la mort — il n'y a pas d'attente, de sommeil de l'âme ni d'état intermédiaire indéfini avant que la destinée personnelle ne soit fixée. Deuxièmement, cette destinée immédiate — Ciel après purification éventuelle, ou enfer — est distincte de la résurrection des corps et du jugement général, qui restent des événements futurs de la fin de l'histoire. Troisièmement, la vision de Dieu accordée aux élus est une vision intuitive et immédiate de l'essence divine elle-même, non une image, une représentation ou une créature interposée — ce qui interdit de réduire le Ciel à une simple survie heureuse ou à un paysage symbolique.

Le concile de Florence, en 1439, confirme cette même immédiateté pour les damnés, en ajoutant une précision importante sur la proportionnalité de la peine : « Pour les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel actuel, elles descendent immédiatement en enfer où elles reçoivent des peines inégales. »[24] L'enfer n'est donc pas, dans la doctrine catholique, un lieu de souffrance uniforme et indifférenciée : la justice divine y proportionne la peine à la gravité réelle des actes et des refus.

Le jugement comme rencontre, non comme verdict froid

La théologie contemporaine a insisté sur une dimension que la seule idée de « tribunal » risque d'occulter : le jugement particulier n'est pas la lecture d'un dossier par un juge extérieur, mais une rencontre personnelle avec le Christ, dont la vérité elle-même purifie. Benoît XVI l'exprime avec force dans Spe Salvi :

« La rencontre avec Lui est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. […] Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. »[25]

Cette intuition n'est pas propre à Benoît XVI : elle prolonge une longue tradition qui refuse d'opposer justice et miséricorde dans le jugement de Dieu. Elle éclaire aussi pourquoi la théologie catholique peut parler d'un jugement qui, pour les âmes destinées au Ciel mais encore imparfaitement purifiées, se prolonge en une purification — le purgatoire — plutôt qu'en une condamnation : la rencontre de vérité avec le Christ « brûle » ce qui doit l'être sans détruire la personne elle-même.

Trois issues, une même immédiateté

Le jugement particulier ouvre sur trois destinées possibles, jamais quatre : le Ciel immédiat, une purification avant le Ciel, ou l'enfer[26]. Ces trois issues font chacune l'objet d'un enseignement propre, développé dans les sections suivantes et, pour l'enfer et le purgatoire, dans des articles Ignispedia dédiés qui traitent en détail les objections philosophiques et pastorales que soulève chacune de ces doctrines.

L'enfer : la liberté qui se referme sur elle-même

La prédication traditionnelle sur l'enfer insiste sur ce point : ce n'est ni Dieu — qui veut réellement sauver le pécheur —, ni le démon, ni les penchants qui jettent en enfer ; le damné s'est perdu par sa propre volonté[27].

Le Catéchisme définit l'enfer comme un état, non un lieu géographique : « Mourir en état de péché mortel sans s'être repenti et sans accueillir l'amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c'est cet état d'auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux que l'on désigne par le mot “enfer”. »[28] L'enseignement de l'Église, réaffirmé par le Catéchisme, en affirme la réalité et l'éternité, tout en excluant absolument toute prédestination divine à la damnation : « Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; pour cela, il faut un éloignement volontaire de Dieu (péché mortel) et y persévérer jusqu'à la fin. »[29]

Une distinction théologique classique répond à une objection fréquente — « personne ne peut choisir la souffrance pour elle-même ». Nul, en effet, ne veut le mal en tant que mal, puisque la volonté ne se porte que vers ce qui a raison de bien ; mais on peut vouloir un certain mal à cause d'un bien auquel on tient encore davantage. Appliquée au refus définitif de Dieu, cette distinction éclaire ce qui se joue dans l'endurcissement : l'âme ne veut pas l'enfer en tant que souffrance, elle veut, par orgueil, la séparation d'avec Dieu qu'implique son refus — et cette séparation, choisie, entraîne la souffrance comme sa conséquence, non comme son objet[30]. La peine essentielle de l'enfer demeure la séparation d'avec Dieu lui-même[31], les images bibliques du feu, des ténèbres et des pleurs en exprimant la réalité douloureuse sans que l'Église n'ait jamais tranché dogmatiquement sur leur nature exacte — question sur laquelle les théologiens se sont partagés depuis les Pères[32].

L'article Ignispedia enfer-objections-reponses traite en détail les six grandes objections opposées à cette doctrine — incompatibilité supposée avec la miséricorde divine, disproportion entre faute finie et peine infinie, annihilationnisme, apocatastase (le salut universel final), sens du « feu », prescience divine — et n'est donc pas repris ici.

Le purgatoire : la purification certaine des sauvés

Ludovico Carracci, Il Purgatorio, vers 1610, Pinacothèque vaticane. Le purgatoire n'est pas une seconde chance ni une damnation temporaire : c'est la purification certaine d'âmes déjà sauvées. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le purgatoire n'est ni une invention médiévale ni une « seconde damnation » : c'est, selon l'enseignement constant de l'Église, la purification finale de ceux qui meurent dans l'amitié de Dieu mais imparfaitement purifiés. L'article Ignispedia purgatoire développe l'ensemble du dossier scripturaire, patristique et magistériel ; on en retient ici l'articulation essentielle avec le reste des fins dernières.

Le pape Clément VI, au XIVᵉ siècle, en donne une définition classique reprise ensuite par Florence et Trente :

« Nous croyons que c'est au purgatoire que descendent les âmes de ceux qui meurent en état de grâce et qui n'ont pas encore satisfait pour leur péché par une entière pénitence. […] Nous croyons qu'elles y sont tourmentées par un feu pour un temps et que, dès leur purification, avant même le jour du jugement, elles parviennent à la véritable et éternelle béatitude, qui consiste à voir Dieu face à face et à l'aimer. »[33]

Deux traits distinguent nettement le purgatoire de l'enfer : il est temporaire, et il concerne des âmes déjà destinées au salut. Le concile Vatican II le rappelle dans Lumen Gentium : « En attendant que le Seigneur vienne dans sa majesté, accompagné de tous les anges […], les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage ; d'autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore ; d'autres enfin sont dans la gloire, contemplant, dans la pleine lumière, le Dieu un et trine tel qu'il est. »[34]

La tradition spirituelle — notamment le Traité du purgatoire de sainte Catherine de Gênes — refuse d'y voir une peine imposée du dehors et insiste sur la coexistence, dans l'âme du purgatoire, d'une souffrance réelle et d'une joie profonde : les âmes du purgatoire connaissent à la fois peine et contentement — joie dans la mesure où leur volonté est conforme à celle de Dieu, souffrance dans la mesure où subsiste en elles un reste de péché[35][36].

Cette âme est certaine de son salut[37] — et c'est l'attente elle-même, le retard de la vision de Dieu, qui devient sa souffrance principale : déjà tournée vers Dieu qu'elle aime, elle souffre du délai qui la sépare encore de sa vision. La théologie contemporaine dissipe de même l'image d'une punition arbitraire : le purgatoire est le processus intérieur et nécessaire de transformation par lequel l'homme devient capable du Christ, capable de Dieu, et par suite capable de s'unir à toute la communio sanctorum — la rencontre avec le Seigneur étant ce feu qui, en brûlant, métamorphose l'homme sans détruire la personne[38].

Cette purification n'est pas non plus un isolement : la charité qui unit les vivants et les morts fonde la pratique très ancienne de la prière pour les défunts, attestée dès l'Ancien Testament — « C'est une pensée sainte et salutaire que de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés » (2 M 12, 46) — et confirmée par toute la tradition liturgique[39]. L'homme n'est pas une monade close : relié aux autres par l'amour comme par la haine, il n'est jamais uniquement lui-même — il est lui-même dans les autres, avec les autres, par les autres[40]. L'article Ignispedia pourquoi-prier-pour-les-morts développe cette pratique et sa hiérarchie traditionnelle (Eucharistie, aumône, prière).

Le paradis : la vision de Dieu face à face

Fra Angelico, Le Jugement dernier, vers 1431, Museo Nazionale di San Marco, Florence. Le panneau des élus, à gauche, figure la ronde des bienheureux dans la lumière du Ciel. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le Catéchisme définit le Ciel comme « cette communion parfaite de vie et d'amour avec la Trinité, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux », ajoutant que le Ciel est « la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l'homme, l'état de bonheur suprême et définitif »[41]. La formule la plus dense reste toutefois celle de Benedictus Deus : les élus voient l'essence divine « d'une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d'aucune créature »[42]. C'est cette vision béatifique — et non un lieu, un paysage ou une simple survie heureuse — qui constitue l'essence du paradis chrétien.

Pourquoi voir Dieu suppose une élévation : la « lumière de gloire »

Voir Dieu par nature dépasse infiniment les capacités naturelles de toute créature. La théologie classique parle d'une « lumière de gloire », élévation surnaturelle de l'intelligence créée qui la rend capable de cette vision, sans que la créature ne devienne pour autant Dieu par confusion de nature : elle lui est unie « comme à sa forme intelligible », ce qui lui permet de connaître Dieu tel qu'il est en lui-même, non de s'y dissoudre[43]. Cette précision répond à une objection fréquente — le Ciel serait une forme de panthéisme ou d'absorption de la personne : la déification chrétienne est union et participation, jamais dissolution.

Des degrés de gloire différents, sans envie ni frustration

La tradition enseigne que tous les élus sont pleinement comblés, sans que leur degré de gloire soit identique — la mesure de la charité vécue sur terre conditionnant la capacité de chacun à recevoir cette gloire[44]. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a laissé, dans son autobiographie, une image restée célèbre pour expliquer cette absence d'envie entre les bienheureux, rapportant un souvenir d'enfance avec sa sœur Pauline :

« Une fois je m'étonnais de ce que le Bon Dieu ne donne pas une gloire égale dans le Ciel à tous les élus, et j'avais peur que tous ne soient pas heureux. Alors Pauline me dit d'aller chercher le grand verre à Papa et de le mettre à côté de mon tout petit dé, puis de les remplir d'eau ; ensuite elle me demanda lequel était le plus plein. Je lui dis qu'ils étaient aussi pleins l'un que l'autre et qu'il était impossible de mettre plus d'eau qu'ils n'en pouvaient contenir. Ma Mère chérie me fit alors comprendre qu'au Ciel le Bon Dieu donnerait à ses élus autant de gloire qu'ils en pourraient contenir, et qu'ainsi le dernier n'aurait rien à envier au premier. »[45]

Une communion, non un isolement

Dieu seul constitue la béatitude essentielle du Ciel ; mais cette vérité n'exclut pas la communion des saints, elle l'accomplit : les élus, formant une seule Église, se voient les uns les autres et se réjouissent de leur commune société[46].

Cette réalité — les saints connaissent-ils et entendent-ils les prières qui leur sont adressées ? — est développée dans l'article Ignispedia quest-ce-que-la-communion-des-saints.

Une béatitude déjà réelle, mais une personne pas encore accomplie

Avant même la résurrection des corps, l'âme séparée peut donc déjà jouir pleinement de la vision de Dieu — le jugement particulier n'attend pas la fin du monde pour produire son plein effet sur les élus. Mais cette béatitude de l'âme n'épuise pas encore l'accomplissement de la personne humaine tout entière, qui est union d'âme et de corps : « La foi catholique affirme qu'il demeure dans l'âme séparée un désir naturel qui appelle le retour du corps. Chez les élus, ce désir n'est pas source de souffrance, car la béatitude essentielle les comble totalement. »[47] C'est cette tension féconde — béatitude réelle mais attente encore ouverte — qui explique pourquoi la doctrine catholique tient ensemble le jugement particulier immédiat et la nécessité de la résurrection finale, développée plus bas.

Enfin, la foi et l'espérance, une fois la vision de Dieu obtenue, cèdent la place à leur accomplissement, tandis que la charité seule demeure et se déploie sans limite — configuration que saint Paul avait déjà anticipée : « Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande d'entre elles, c'est la charité » (1 Co 13, 13)[48].

Une hypothèse théologique contemporaine, à ne pas confondre avec le dogme

Une partie de la théologie catholique récente s'est interrogée sur le salut de ceux qui meurent sans avoir explicitement connu l'Évangile — question à laquelle Vatican II a répondu positivement, en principe, dans Gaudium et Spes : « Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal. »[49] Certains théologiens contemporains — dont Arnaud Dumouch, théologien laïc, auteur d'un vaste traité des fins dernières auquel plusieurs citations magistérielles et patristiques de cet article doivent d'avoir été retrouvées[50] — ont proposé, pour expliquer concrètement cette « façon que Dieu connaît », l'hypothèse d'une ultime manifestation intérieure du Christ à l'heure de la mort, offrant à chacun une dernière possibilité de conversion.

Il est décisif de mesurer exactement la portée de cette hypothèse : elle n'est ni une définition du Magistère ni le contenu d'un dogme. Elle reste une proposition théologique, discutable et discutée, qui s'appuie par extrapolation sur des textes magistériels (comme Spe Salvi 47) sans que ceux-ci ne l'affirment eux-mêmes explicitement. Un théologien défendant cette thèse le reconnaît d'ailleurs lui-même sans ambiguïté à propos du texte de Benoît XVI : « Ce n'est pas ce texte, mais [cette] thèse [qui] étend cette rencontre à tous les hommes sans exception […]. Le pape ne va pas jusque-là. […] Le ton du pape indique qu'il s'agit pour lui d'une hypothèse. Il n'y a rien de dogmatique. »[51] Ignispedia rapporte cette hypothèse pour sa valeur pastorale et sa cohérence avec la miséricorde divine, non comme un enseignement à croire.

Sainte Faustine Kowalska a, quant à elle, laissé un témoignage bien reçu par l'Église sur la miséricorde divine qui atteint l'âme jusqu'au dernier instant : en substance, la miséricorde divine toucherait plus d'une fois le pécheur au dernier moment, d'une manière étrange et mystérieuse — alors qu'à l'extérieur tout paraît fini, Dieu donnerait à l'âme, dans son for intérieur, un moment de clarté lui laissant la possibilité de revenir à lui si elle le veut ; mais certaines âmes, par endurcissement, choisiraient consciemment l'enfer, faisant échouer jusqu'aux prières offertes pour elles[52].

Les expériences de mort imminente : des indices, jamais une preuve

Certains rapprochent cette hypothèse des expériences de mort imminente (EMI), largement étudiées depuis les travaux de Raymond Moody dans les années 1970. L'article Ignispedia les-experiences-de-mort-imminente traite ce dossier de façon détaillée — études médicales, cas documentés, dimension transculturelle, objections naturalistes, limites théologiques — et n'est pas repris ici. On retient seulement le garde-fou méthodologique que pose la théologie catholique elle-même sur ce type de témoignage : « Ceux-ci ne constituent pas une preuve, et c'est tant mieux : la foi a à y gagner. »[53] Un indice de crédibilité n'est pas un contenu de la foi ; la doctrine des fins dernières repose sur l'Écriture et le Magistère, non sur des témoignages d'expérience, aussi frappants soient-ils.

Le retour du Christ dans la gloire

Le Credo confesse, comme article de foi à part entière, que le Christ « reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Ce retour — la Parousie — appartient au cœur de la foi confessée dimanche après dimanche, et non à une spéculation périphérique : « Le retour du Christ dans la gloire à la fin du monde est contenu dans la foi catholique comme un élément essentiel. »[54]

Avant cet avènement, le Catéchisme enseigne que l'Église doit traverser une épreuve finale :

« Avant l'avènement du Christ, l'Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. […] L'imposture religieuse suprême est celle de l'Antéchrist, c'est-à-dire d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair. […] L'Église n'entrera dans la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection. »[55]

Ni la date ni l'heure de cet événement ne peuvent être calculées à partir des signes qui l'annoncent, aussi impressionnants soient-ils :

« Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Ac 1, 7)[56]. « Quant à ce jour et à cette heure, nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul » (Mt 24, 36).

L'attitude évangélique face à ces signes n'est donc pas le calcul ni la panique, mais la vigilance — attitude qui, on l'a vu plus haut, vaut aussi bien pour la mort de chaque personne que pour la fin de l'histoire[57].

La résurrection de la chair

Matthias Grünewald, La Résurrection, retable d'Issenheim, 1512-1516, musée Unterlinden, Colmar. La résurrection du Christ est, selon saint Paul, la cause et le modèle de la résurrection promise à tout homme (Rm 8, 11). Domaine public, Wikimedia Commons.

Le Credo ne s'arrête pas au sort immédiat de l'âme : il confesse « la résurrection de la chair ». C'est là un point sur lequel la foi chrétienne s'est toujours démarquée, dès les premiers siècles, à la fois du matérialisme antique qui niait toute survie et du spiritualisme qui réduisait le salut à l'immortalité désincarnée de l'âme. La Congrégation pour la doctrine de la foi l'a rappelé sans ambiguïté en 1979 :

« L'Église entend cette résurrection de l'homme tout entier ; celle-ci n'est, pour les élus, rien d'autre que l'extension aux hommes de la résurrection même du Christ. »[58]

Pourquoi la résurrection est nécessaire

L'âme séparée du corps, aussi bienheureuse soit-elle déjà, demeure dans un état d'incomplétude naturelle : elle n'est pas toute la personne humaine, mais une partie de celle-ci, en attente de son complément. Saint Thomas en tire une conclusion philosophique précise : « L'âme, privée de son corps charnel, est en état d'imperfection naturelle. […] Puisque l'homme ne peut trouver le bonheur parfait de sa nature entière tant qu'il lui manque son corps, il est nécessaire d'affirmer la résurrection de sa chair. »[59] Aucune âme, y compris celle des élus, ne demeurera donc éternellement séparée de son corps : « Il est nécessaire que tous les hommes ressuscitent, aussi bien les injustes que les justes. »[60] Cette universalité — Jean 5, 28-29 l'annonce sans ambiguïté : « Tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et en sortiront : ceux qui ont fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui ont fait le mal, pour une résurrection de jugement » — signifie que la résurrection n'est pas réservée aux sauvés : elle concerne tous les hommes, mais tous ne reçoivent pas pour autant la gloire des élus.

Un corps véritable, ni fantôme ni « corps subtil »

La résurrection du Christ lui-même fournit le modèle et la garantie de la résurrection promise à tout homme : « Le Christ est le premier ressuscité, et sa résurrection est cause de la nôtre. […] Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels » (Rm 8, 11)[61]. Or l'Évangile insiste précisément sur le caractère charnel et palpable du corps du Ressuscité, contre toute lecture qui réduirait la résurrection à une apparition spirituelle :

« Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi. Touchez-moi et voyez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai » (Lc 24, 39).

Cette insistance biblique répond directement, dès le Nouveau Testament, à toute tentation de réduire le corps ressuscité à un simple fantôme ou à un « corps subtil » de type ésotérique : « Ce qui ressuscite, ce n'est pas une partie du corps, mais le corps humain tout entier, avec sa chair et ses os. »[62] Saint Paul précise cependant, dans le même mouvement, que ce corps « spirituel » n'est en rien une simple réanimation biologique soumise aux conditions présentes de la vie corruptible :

« On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel. […] Je l'affirme, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité » (1 Co 15, 44.50)[63] — ce qui exclut toute idée naturaliste et physiciste de la résurrection.

L'identité corporelle ne dépend pas des mêmes atomes

Une objection matérialiste classique demande comment Dieu pourrait « recomposer » un corps dont les atomes ont été dispersés, incinérés, ou intégrés à d'autres organismes vivants. La théologie classique y répond par une distinction précise entre identité de la forme et identité numérique de la matière :

« À la résurrection, Dieu utilisera indifféremment telle ou telle matière pour rendre à l'homme son vrai corps, car ce qui fait que tel corps est le sien, ce n'est pas l'identité des atomes, mais leur organisation vitale par l'âme. »[64]

L'expérience quotidienne fournit d'ailleurs, par analogie, une illustration accessible de ce principe : « Tout au long de la vie terrestre, la matière qui compose le corps de l'homme ne cesse de changer, remplacée sans cesse par une autre matière assimilée par la nutrition. Or c'est le même homme qui vit lorsqu'il a cinq ans ou lorsqu'il en a trente. »[65] L'identité du corps se prend de la forme organisatrice — l'âme — bien plus que de la permanence matérielle de chaque particule.

Miraculeuse dans sa cause, naturelle dans son terme

Aucune puissance biologique ne peut rendre la vie à un mort : l'acte de la résurrection appartient à Dieu seul, et en ce sens elle est proprement miraculeuse ; mais son terme — un homme vivant, dans l'intégrité de sa nature — est parfaitement naturel. Cette distinction évite deux erreurs symétriques : faire de la résurrection un simple processus biologique, ou en faire un événement tellement extraordinaire qu'il en deviendrait incompréhensible : « Quoique le terme de la résurrection soit naturel, il est impossible que son principe le soit. […] Absolument parlant, la résurrection est un miracle ; on ne peut l'appeler naturelle que relativement à son terme. »[66] Elle sera, au surplus, instantanée et universelle, sans délai biologique concevable : « Nous ressusciterons tous, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. Car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés » (1 Co 15, 52)[67]. Les vivants de la génération présente au retour du Christ ne connaîtront d'ailleurs pas la mort avant d'être eux-mêmes transformés : « Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous transformés » (1 Co 15, 51)[68].

Les qualités du corps glorieux

La tradition théologique, prolongeant 1 Corinthiens 15, attribue au corps des élus ressuscités quatre qualités classiques, sobrement résumées dans le tableau suivant :

QualitéSignificationFondement
ImpassibilitéLe corps ne peut plus souffrir, vieillir ni mourir : la mort est définitivement vaincue1 Co 15, 53-54[69]
SubtilitéLe corps est totalement soumis à l'âme, sans plus jamais lui résister1 Co 15, 44
AgilitéLe corps obéit sans effort ni contrainte physique aux mouvements de l'espritTradition thomiste
ClartéLe corps rayonne extérieurement la gloire intérieure de l'âme« La clarté du corps manifestera la gloire de l'âme, comme un vase de cristal reflète la couleur de l'objet qu'il renferme. »[70]

Ces qualités concernent la glorification, réservée aux élus, et non la simple résurrection, universelle : « Le corps des damnés, comme celui des élus, sera doté d'une incorruptibilité parfaite, puisque leur vie ne s'arrêtera jamais. »[71] Résurrection universelle ne signifie donc pas glorification universelle — distinction essentielle pour ne pas confondre l'immortalité désormais commune à tous les ressuscités avec la béatitude, réservée aux seuls élus.

Enfin, la résurrection restaure la personne entière, dans son intégrité et — contre toute lecture qui ferait du Ciel un lieu où les distinctions humaines s'effaceraient — dans son identité sexuée, constitutive de la personne et non accident provisoire lié à la corruptibilité présente[72] : « C'est donc l'homme tout entier qui ressuscite, tel qu'il est dans sa nature spirituelle, psychique et corporelle. »[73]

Le jugement dernier : la manifestation publique de la justice de Dieu

Après le retour du Christ et la résurrection universelle vient le jugement général, ou jugement dernier — événement que le Credo confesse en même temps que la Parousie, mais dont la fonction est radicalement distincte de celle du jugement particulier déjà décrit plus haut. Le tableau suivant résume cette distinction, constante dans la tradition théologique et reprise notamment par saint Thomas :

Jugement particulierJugement dernier
QuandImmédiatement à la mort de chaque personneÀ la fin de l'histoire, après la résurrection universelle
QuiChaque individu, séparémentL'humanité entière, réunie
ObjetFixe la destinée éternelle personnelleManifeste publiquement une destinée déjà fixée
FonctionAttribution de la récompense ou du châtiment[74]Manifestation universelle de la justice de Dieu dans l'histoire entière[75]
Rapport à la résurrectionPrécède la résurrection du corpsSuit immédiatement la résurrection du corps

Saint Thomas exprime nettement cette complémentarité : « Le premier [jugement] concerne d'abord les individus, le second l'univers dans son ensemble. Le jugement particulier correspond au gouvernement des individus : chacun y reçoit, en conséquence de ses actes, la sentence de son destin éternel. Le jugement général concerne la relation du salut ou de la damnation de chacun avec l'univers dans son ensemble. »[76] Il précise ailleurs : « Ce deuxième jugement n'aboutit pas à un nouveau choix — le premier y a déjà abouti, lui-même sanctionné par une sentence — il est une simple mise en lumière de ce choix et de cette sentence, universellement, devant tous. Afin que toute justice soit manifestée, il est donc nécessaire qu'il y ait ce deuxième jugement. »[77]

Un dévoilement des consciences, non un procès oral interminable

Comment concevoir un jugement portant sur des milliards de vies humaines sans une durée matériellement impossible ? Une opinion théologique classique — opinion de théologien, non enseignement de l'Église — l'explique ainsi : ce jugement ne serait pas un récit narré successivement, mais une connaissance intuitive et instantanée offerte à tous en même temps, par laquelle chacun retrouverait en sa mémoire toutes ses œuvres, bonnes et mauvaises, et les verrait d'une intuition rapide de l'esprit, de sorte que cette connaissance, révélée à tous, accuserait ou excuserait la conscience de chacun[78]. Cette manifestation universelle ne ranime pas non plus les péchés déjà pardonnés comme une humiliation éternelle : elle manifeste au contraire la miséricorde reçue et la conversion opérée dans une vie[79]. Le Catéchisme résume l'enjeu de cette révélation : « Face au Christ, qui est la Vérité, sera pleinement mise à nu la vérité de la relation de chaque homme avec Dieu. »[80]

C'est le Christ lui-même, dans son humanité rédemptrice, qui préside ce jugement — non une puissance anonyme et abstraite : « Puisque le jugement final a pour but d'admettre certains hommes dans le royaume, tandis que d'autres en sont exclus, il convient que ce soit le Christ lui-même, en sa nature humaine par laquelle l'homme est admis dans le royaume, qui préside ce jugement. »[81] Cette conviction s'enracine directement dans l'Écriture : « Le Père ne juge personne, mais il a remis tout jugement au Fils » (Jn 5, 22) ; « Il nous a ordonné de prêcher au peuple et d'attester que c'est lui que Dieu a établi juge des vivants et des morts » (Ac 10, 42).

Le monde nouveau : cieux nouveaux et terre nouvelle

Tapisserie de l'Apocalypse, atelier de Nicolas Bataille pour le duc Louis Iᵉʳ d'Anjou, 1377-1382, château d'Angers. Saint Jean contemple la descente de la Jérusalem céleste (Ap 21). Domaine public, Wikimedia Commons.

La destinée finale de l'homme et celle de la création ne sont pas séparées : le salut chrétien n'est pas une évasion hors de la matière, mais l'accomplissement et la transfiguration de toute la création. Le concile Vatican II l'enseigne dans un texte de Gaudium et Spes que le Catéchisme reprend presque intégralement :

« Nous ignorons le temps de l'achèvement de la terre et de l'humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. […] Mais nous savons que Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où règnera la justice, et dont le bonheur comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent dans le cœur de l'homme. Alors, la mort vaincue, les fils de Dieu ressusciteront dans le Christ, et ce qui fut semé dans la faiblesse et la corruption revêtira l'incorruptibilité ; la charité et ses œuvres demeureront, et toute cette création que Dieu a faite pour l'homme sera délivrée de l'esclavage de la vanité. »[82]

Saint Paul, quant à lui, décrit cette attente comme un gémissement partagé par toute la création, non par le seul genre humain : « La création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. […] La création elle-même sera libérée de l'esclavage de la corruption, pour connaître la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 19.21). L'Apocalypse conclut cette attente par la vision de la cité sainte :

« Voici, je fais toutes choses nouvelles. […] Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu » (Ap 21, 4-5).

Cette transformation reste, comme le reconnaît la théologie la plus sobre, largement irreprésentable dans ses modalités concrètes : on ne peut se représenter le monde nouveau, mais il est certain que la dynamique du cosmos le conduit vers un but — une situation dans laquelle matière et esprit seront l'un et l'autre nouveaux et définitivement voués l'un à l'autre[83].

L'espérance de ce monde nouveau, loin d'affaiblir l'engagement pour la terre présente, doit au contraire le réveiller[84] : ce que les hommes bâtissent aujourd'hui de vraiment bon — dignité, fraternité, liberté — sera retrouvé plus tard, purifié de tout ce qui l'a défiguré.

Répondre aux objections courantes

« Après la mort, il n'y a rien »

Cette affirmation matérialiste contredit à la fois la définition dogmatique de la survie de l'âme par le Ve concile du Latran[85] et l'argument philosophique classique : l'acte propre de l'intelligence et de la volonté n'est pas, en lui-même, celui d'un organe corporel — contrairement à la vue ou à l'ouïe — ce qui fonde l'immatérialité, et donc l'incorruptibilité naturelle, de l'âme spirituelle. Cette doctrine ne dépend pas des expériences de mort imminente, qui restent des indices discutés et non une preuve : « Ceux-ci ne constituent pas une preuve, et c'est tant mieux : la foi a à y gagner. »[86]

« Si l'âme est déjà jugée et bienheureuse, la résurrection est inutile »

Cette objection confond deux réalités distinctes : l'accomplissement de la personne humaine entière, âme et corps unis, qui n'a lieu qu'à la résurrection, et la béatitude de l'âme, réelle mais partielle avant ce moment. La résurrection n'ajoute rien à l'intensité de la vision de Dieu, déjà pleine ; elle l'étend à toutes les dimensions de la personne — sensibilité et corps compris[87].

« Le purgatoire est une seconde chance déguisée, ou une invention punitive »

Le purgatoire ne rouvre aucun choix : il purifie des âmes déjà sauvées et destinées au Ciel[88]. Sa souffrance n'est ni arbitraire ni extérieure : elle naît de la rencontre purifiante avec le Christ lui-même[89], et coexiste avec une joie et une certitude du salut que l'enfer, par nature, ne connaît jamais[90].

« Un Dieu d'amour ne peut permettre l'enfer »

Cette objection, développée en détail dans l'article enfer-objections-reponses, se heurte à la liberté humaine elle-même : Dieu veut réellement le salut de tous[91], mais il ne contraint la liberté de personne. L'enfer n'est pas la vengeance de Dieu, mais la conséquence d'un refus libre et persistant — le damné s'est perdu par sa propre volonté[92].

Pie XII rappelait en 1949 que la prédication des fins dernières, y compris sur l'enfer, restait plus que jamais nécessaire et urgente, tout en demandant qu'elle soit faite avec dignité et sagesse, sans atténuer la substance de la vérité[93].

« Tous finiront nécessairement par être sauvés »

La volonté salvifique universelle de Dieu — « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4) — ne garantit pas mécaniquement le salut de chacun, puisqu'elle respecte la liberté : « Que certains se sauvent, c'est le don de celui qui sauve ; que certains se perdent, c'est le salaire de ceux qui se perdent. »[94] L'apocatastase — la thèse d'un salut universel final incluant les démons — n'est pas l'enseignement de l'Église catholique ; ce débat, ancien, appartient au dossier détaillé de l'article sur l'enfer.

« Ressusciter avec le même corps est absurde, puisque ses éléments ont disparu ou appartenu à d'autres corps »

L'identité corporelle repose sur l'organisation vitale de la matière par l'âme, non sur l'identité numérique de chaque particule[95] — principe déjà vérifié dans la vie présente, où la matière du corps se renouvelle sans cesse sans que l'identité personnelle en soit affectée[96].

« Corps spirituel signifie corps immatériel »

L'expression paulinienne de « corps spirituel » (1 Co 15, 44) ne désigne pas un corps immatériel, mais un corps de chair totalement soumis à l'Esprit — ni fantôme, ni simple réanimation biologique : comme le rappelle 1 Corinthiens 15, 50, « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité »[97] — ce qui exclut toute idée naturaliste et physiciste de la résurrection. Luc 24, 39, cité plus haut, exclut également toute lecture purement spiritualisante.

« Le paradis serait une éternité ennuyeuse, statique et désincarnée »

Cette représentation méconnaît à la fois la nature de la vision béatifique — une connaissance et un amour de Dieu toujours actuels, jamais lassants, puisque Dieu lui-même est la source infinie de toute nouveauté[98] —, la dimension communautaire du Ciel[99], et l'attente de la résurrection corporelle qui étend cette béatitude à toute la personne[100].

Le théologien Arnaud Dumouch pousse la réponse jusqu'à l'activité humaine elle-même. Dans son Traité des fins dernières, il se demande si les hommes ressuscités exerceront des activités artistiques, et répond : « La réponse est oui, absolument. Dieu ne rend à l'homme la plénitude de ses facultés que pour qu'il les exerce. »[101] La matière des œuvres d'ici-bas sera détruite, explique-t-il, mais l'artiste survit à la mort, et avec lui, dans sa mémoire, toutes ses œuvres. L'homme ressuscité exercera même un art incomparablement plus beau qu'ici-bas : ses facultés seront « délivrées du poids de la chair dans son mode biologique », la matière transfigurée ne résistera plus à son travail, et il exprimera en pleine lumière les merveilles innombrables de Celui qu'il verra face à face[102]. C'est une opinion de théologien, non un enseignement de l'Église ; elle s'inscrit dans l'espérance plus large de Vatican II, rappelée plus haut : retrouver les fruits de notre nature et de notre travail « purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés »[103].

« Les catastrophes actuelles permettent de calculer la date de la fin du monde »

Les signes annoncés dans l'Écriture traversent toutes les époques de l'histoire chrétienne ; l'attitude évangélique qu'ils appellent n'est jamais le calcul, mais la vigilance[104].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium sur l'Église, 21 novembre 1964, n° 48. Texte officiel sur vatican.va.

    1 17
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1021. Texte officiel sur vatican.va.

    2
  3. Définition reçue de toute la tradition scolastique — la mort comme séparation de l'âme et du corps (cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 997) ; formulation reprise notamment dans Arnaud Dumouch, Le retour du Christ en gloire […] suivi du Traité des fins dernières, p. 321, utilisé ici comme index de recherche, non comme autorité.

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 997. Texte officiel sur vatican.va.

    4
  5. Ve concile du Latran, bulle Apostolici regiminis, 19 décembre 1513, sur l'immortalité de l'âme intellective, contre les thèses averroïstes enseignées à Padoue (Denzinger-Hünermann, DS 1440).

    5 85
  6. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum à la Somme théologique, question 70, article 1 (« Les puissances sensitives demeurent-elles dans l'âme séparée ? »). L'âme emporte avec elle en acte l'intelligence, tandis que les puissances sensitives et végétatives ne demeurent en elle que « radicalement, à la manière dont un effet est dans sa cause » (radically, as a result is in its principle).

    6
  7. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur certains problèmes actuels concernant l'eschatologie, 17 mai 1979, § 3. Texte officiel sur vatican.va.

    7 20
  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 1008. Texte officiel sur vatican.va.

    8
  9. Sur la genèse et la diffusion du genre littéraire de l'ars moriendi aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, voir l'article « Ars moriendi » de l'Encyclopædia Universalis et la catégorie dédiée sur Wikimedia Commons.

    9
  10. Structure classique du traité anonyme Ars moriendi (vers 1415-1450) : cinq tentations du mourant (contre la foi, par le désespoir, par l'impatience, par la vaine gloire, par l'avarice) opposées à cinq inspirations célestes.

    10
  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 1021-1022, citant saint Jean de la Croix, Paroles de lumière et d'amour, n° 57. Texte officiel sur vatican.va.

    11 12 26
  12. Sur la controverse de la vision béatifique : entre novembre 1331 et mars 1332, le pape Jean XXII prononça quatre sermons soutenant, comme opinion personnelle de théologien, que les justes ne verraient Dieu qu'après la résurrection générale ; après une vive controverse (consultation des théologiens de Paris, décembre 1333), il déclara au consistoire du 3 janvier 1334 n'avoir jamais voulu rien enseigner de contraire à l'Écriture ni trancher la question, puis se rétracta peu avant sa mort (4 décembre 1334). Son successeur Benoît XII trancha par la constitution Benedictus Deus (29 janvier 1336), après les travaux d'une commission de théologiens. Voir la Catholic Encyclopedia, art. « Pope John XXII » et « Pope Benedict XII », sur newadvent.org.

    13
  13. Benoît XII, constitution Benedictus Deus, 29 janvier 1336 (Denzinger-Hünermann, DS 1000-1002). Texte français sur La Porte Latine.

    14 22 23 42
  14. Concile de Florence, décret Laetentur Caeli pour les Grecs, 6 juillet 1439 (Denzinger-Hünermann, DS 1306).

    15 24
  15. Concile de Trente, session XXV, Decretum de purgatorio, 4 décembre 1563 (Denzinger-Hünermann, DS 1820).

    16
  16. Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 49. Texte officiel sur vatican.va.

    18 34
  17. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 39. Texte officiel sur vatican.va ; repris presque intégralement au Catéchisme de l'Église catholique, § 1048-1049.

    19 82 83 103
  18. Benoît XVI, encyclique Spe Salvi, 30 novembre 2007, § 47. Texte officiel sur vatican.va.

    21 25 36 38 89
  19. Catéchisme de l'Église catholique, § 1037. Texte officiel sur vatican.va.

    27 29 92
  20. Catéchisme de l'Église catholique, § 1033. Texte officiel sur vatican.va.

    28
  21. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 78, sur la nature de l'acte volontaire portant sur un mal « à cause d'un bien attaché » ; distinction reprise et appliquée à l'endurcissement final dans Arnaud Dumouch, op. cit., p. 410 (cité comme index ; l'autorité est saint Thomas).

    30
  22. Catéchisme de l'Église catholique, § 1035 ; voir aussi Arnaud Dumouch, op. cit., p. 394 (cité comme index).

    31
  23. Sur la pluralité des opinions patristiques et scolastiques concernant la nature — spirituelle ou corporelle — du feu de l'enfer, voir le dossier détaillé de l'article Ignispedia enfer-objections-reponses.

    32
  24. Pape Clément VI, lettre Super quibusdam, 29 septembre 1351, à Mekhitar, catholicos arménien (Denzinger-Hünermann, DS 1067).

    33 37 88 90
  25. La doctrine du Traité du purgatoire de sainte Catherine de Gênes (rédigé d'après ses paroles par son confesseur, publié à Gênes en 1551) est résumée d'après Benoît XVI, audience générale du 12 janvier 2011 consacrée à sainte Catherine de Gênes : le purgatoire comme feu intérieur, l'amour même qui purifie l'âme du reste du péché. Texte sur vatican.va.

    35
  26. 2 Maccabées 12, 46 ; voir aussi saint Augustin, Confessions, livre IX, sur la prière pour sa mère sainte Monique, et saint Jean Damascène sur la mémoire liturgique des défunts dans l'anaphore eucharistique.

    39
  27. Sur la communion des bienheureux au Ciel : Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1023-1024 (le Ciel comme communion parfaite).

    40 46 99
  28. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1023-1024. Texte officiel sur vatican.va.

    41
  29. Doctrine de la « lumière de gloire » (lumen gloriae), déjà évoquée au concile de Vienne (1312) et développée par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 12, a. 5.

    43
  30. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 93, sur l'inégalité des degrés de gloire selon la mesure de la charité.

    44
  31. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Histoire d'une âme, Manuscrit A, chapitre II, anecdote d'enfance avec sa sœur Pauline (Mère Agnès de Jésus). Édition de référence : Œuvres complètes, Cerf / Desclée de Brouwer (pagination non revérifiée sur l'exemplaire papier) ; contenu concordant avec la trad. angl. T. Taylor, Story of a Soul, ch. II (Project Gutenberg).

    45
  32. Formulation proche de la théologie thomiste classique sur le désir naturel du corps chez l'âme séparée ; voir saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 75.

    47
  33. 1 Corinthiens 13, 8-13, sur la cessation de la foi et de l'espérance dans la vision, et la permanence de la seule charité.

    48
  34. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 22 § 5. Texte officiel sur vatican.va.

    49
  35. Arnaud Dumouch, Le retour du Christ en gloire, un événement vécu à l'heure de la mort comme à la fin du monde, suivi du Traité des fins dernières, thèse théologique privée assortie d'un traité scolastique du même auteur, 946 p.

    50
  36. Arnaud Dumouch, op. cit., à propos de Spe Salvi 47, précisant explicitement le statut d'hypothèse, non de dogme, de sa propre extension du texte pontifical.

    51
  37. Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), Petit Journal — La miséricorde divine dans mon âme, § 1698 (et non 1697). Paraphrase doctrinale : le texte polonais original (Dzienniczek) et l'édition anglaise de référence (Diary: Divine Mercy in My Soul, Marian Press, Stockbridge) portent bien à ce numéro le passage sur la miséricorde qui touche le pécheur au dernier moment. Sainte Faustine canonisée le 30 avril 2000 par saint Jean-Paul II.

    52
  38. Voir le dossier complet dans l'article Ignispedia les-experiences-de-mort-imminente, notamment la section sur les limites méthodologiques des études de Raymond Moody et Kenneth Ring.

    53 86
  39. Symbole de Nicée-Constantinople (381) : « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n'aura pas de fin. »

    54
  40. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 675-677. Texte officiel sur vatican.va.

    55
  41. Actes des Apôtres 1, 7 ; voir aussi Marc 13, 32 et 1 Thessaloniciens 5, 2 sur l'impossibilité de calculer la date de la Parousie.

    56 57 104
  42. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur certains problèmes actuels concernant l'eschatologie, 17 mai 1979, § 2. Texte officiel sur vatican.va.

    58
  43. Saint Thomas d'Aquin, Somme contre les Gentils, livre IV, chapitre 79, sur la nécessité philosophique de la résurrection.

    59
  44. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 75, article 2 (« la résurrection sera-t-elle pour tous sans exception ? ») ; voir aussi Daniel 12, 2 et Actes 24, 15.

    60
  45. Romains 8, 11 ; voir aussi 1 Corinthiens 15, 20-23 et Philippiens 3, 20-21 sur la résurrection du Christ comme cause et modèle.

    61
  46. Doctrine de foi fondée directement sur Luc 24, 39-43, contre toute lecture qui réduirait le Ressuscité à un fantôme ou à un « corps subtil » ; sur cette application apologétique, voir aussi Arnaud Dumouch, op. cit. — opinion de théologien, non enseignement de l'Église.

    62
  47. 1 Corinthiens 15, 44 et 50.

    63 97
  48. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 79, article 2, sur l'identité matérielle du corps ressuscité.

    64 95
  49. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, questions 79-80, sur l'identité et l'intégrité du corps ressuscité (l'argument du renouvellement continu de la matière par la nutrition y fonde que l'identité du corps se prend de la forme, non de chaque particule).

    65 96
  50. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplementum, question 75, article 3, réponse aux objections, sur le caractère miraculeux de la cause de la résurrection et naturel de son terme.

    66
  51. 1 Corinthiens 15, 52.

    67
  52. 1 Corinthiens 15, 51, dans la variante textuelle reçue par la Vulgate et la tradition liturgique latine (« omnes quidem resurgemus, sed non omnes immutabimur » / « nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés » selon d'autres témoins manuscrits ; le sens doctrinal retenu ici — la transformation universelle des vivants comme des morts — est constant dans la tradition).

    68
  53. 1 Corinthiens 15, 53-54 : « Il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. »

    69
  54. Analogie attribuée à saint Grégoire le Grand par la tradition scolastique, reprise notamment dans les commentaires thomistes sur les qualités du corps glorieux ; fondement scripturaire en 1 Corinthiens 15, 42-44 et Matthieu 13, 43.

    70
  55. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 86, article 2 (« les corps des damnés seront-ils corruptibles ? »), sur l'incorruptibilité commune à tous les ressuscités, distincte de la gloire propre aux seuls élus ; voir aussi Jean 5, 28-29.

    71
  56. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 81 ; voir Matthieu 22, 30 et Luc 20, 34-36 sur l'absence de génération dans l'état de résurrection, qui n'implique pas l'abolition de la différence sexuée.

    72
  57. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 80, sur l'intégrité du corps ressuscité (tous les membres, y compris cheveux et humeurs, en tant qu'ils appartiennent à la vérité de la nature humaine).

    73
  58. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 88, article 1.

    74 76
  59. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 88, article 2.

    75 77
  60. Présentation classique du mode de la manifestation universelle, proche de saint Augustin, De Civitate Dei, livre XX, ch. 14, sur la connaissance mutuelle des consciences ; reprise notamment par Arnaud Dumouch, op. cit. — opinion de théologien, non enseignement de l'Église.

    78
  61. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 89, sur qui sera jugé au jugement dernier (les bons comme les méchants) ; les péchés déjà pardonnés n'y sont pas ravivés comme une humiliation, mais manifestés comme pardonnés.

    79
  62. Catéchisme de l'Église catholique, § 1039. Texte officiel sur vatican.va.

    80
  63. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 90, article 1 ; voir Jean 5, 22.27 et Actes 10, 42 ; 17, 31.

    81
  64. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 39 : « L'attente d'une terre nouvelle ne doit pas affaiblir, mais plutôt stimuler le souci de cultiver cette terre. »

    84
  65. Saint Thomas d'Aquin, Supplementum, question 93, article 1, sur l'augmentation « en extension » et non « en intensité » de la béatitude après la résurrection.

    87 100
  66. Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 16, et Gaudium et Spes, n° 22 § 5, sur la volonté salvifique universelle de Dieu.

    91
  67. Pie XII, allocution aux curés et prédicateurs de carême de Rome, 23 mars 1949, AAS 41 (1949), p. 185 : « La prédication des fins dernières [...] est même devenue plus que jamais nécessaire et urgente. Même la prédication sur l'enfer », à traiter « avec dignité et avec sagesse », « sans aucune atténuation » ; relayé par Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer, p. 67, citant Pie XII, allocution aux curés et prédicateurs de carême de Rome, 23 mars 1949, AAS 41 (1949), p. 185.

    93
  68. Concile de Quierzy, 853, canon 3, sur la volonté salvifique universelle de Dieu et la responsabilité personnelle de la perte (Denzinger-Hünermann, DS 623).

    94
  69. Catéchisme de l'Église catholique, § 1029. Texte officiel sur vatican.va.

    98
  70. Arnaud Dumouch, Le retour du Christ en gloire, un événement vécu à l'heure de la mort comme à la fin du monde, suivi du Traité des fins dernières : Traité des fins dernières, question 47, « Le monde nouveau », article 7, « Les œuvres artistiques précédemment détruites reparaîtront-elles dans le monde nouveau ? », conclusion et solution 1 (p. 801 du fichier PDF consulté). Le nihil obstat et l'imprimatur de l'archevêché de Paris portés en page de titre datent de 1992 et ne couvrent que le texte d'origine : la version citée ici leur est postérieure, puisqu'elle cite l'encyclique Spe Salvi (2007), et ses ajouts post-1992 ne sont pas couverts par cet imprimatur.

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Les fins dernières · Mort, jugement, enfer, purgatoire