Six jours après la confession de Césarée de Philippe, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, les emmène à l'écart sur une haute montagne, et se montre à eux tel qu'il est : le visage brillant comme le soleil, les vêtements blancs comme la lumière[1]. Moïse et Élie s'entretiennent avec lui, puis la voix du Père retentit dans la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le »[2].
L'épisode est raconté par trois Évangiles (Matthieu, Marc, Luc) et confirmé par deux témoins directs : Pierre, qui écrit avoir entendu la voix « sur la montagne sainte »[3], et Jean, qui déclare : « nous avons vu sa gloire »[4]. Le Catéchisme y voit un avant-goût du Royaume donné aux trois apôtres avant la Passion[5].
Cet article lit les récits comme l'Église les reçoit : des témoignages enracinés dans l'histoire, portés par des auteurs connus, datés du premier siècle, médités par les Pères, chantés par la liturgie, puis scrutés par la recherche moderne, dont les hypothèses sont examinées en fin de parcours.
Le dossier en une page : trois récits et deux témoignages
Avant d'entrer dans le détail, voici comment le Nouveau Testament se répartit la matière. Trois Évangiles racontent, deux témoins confirment : Pierre dans sa lettre, Jean dans son prologue.
| Source | Forme | Ce qu'elle apporte en propre |
|---|---|---|
| Matthieu 17, 1-9 | Récit complet et liturgique | Le visage « comme le soleil », la nuée « lumineuse », la voix complète avec « en qui je trouve ma joie », les disciples face contre terre, la main de Jésus qui les relève[6][7][8] |
| Marc 9, 2-10 | Récit bref et vif | La blancheur « que personne sur terre ne peut obtenir », le titre « Rabbi » dans la bouche de Pierre, la frayeur qui lui coupe la parole, l'interrogation sur « ressusciter d'entre les morts »[9][10][11] |
| Luc 9, 28-36 | Récit priant et daté | La montée « pour prier », le visage « devenu autre » pendant la prière, le contenu de l'entretien (le départ à Jérusalem), le sommeil des témoins, le titre de « Fils choisi »[12][13][14] |
| 2 Pierre 1, 16-18 | Témoignage direct | Pierre affirme avoir été « témoin oculaire de sa grandeur » et avoir entendu lui-même la voix « sur la montagne sainte »[15][16] |
| Jean 1, 14 | Allusion du troisième témoin | Jean, présent sur la montagne, ouvre son Évangile par « nous avons vu sa gloire », comme un sceau posé sur l'épisode[17] |
Ces cinq voix ne se contredisent pas, elles se complètent : Matthieu donne le texte que la liturgie chante, Marc le saisissement, Luc la prière et le sens, Pierre le serment du témoin, Jean la méditation du même témoin devenu théologien.
La place de l'épisode dans le ministère de Jésus
La Transfiguration n'est pas un miracle isolé posé au hasard des routes de Galilée. Les trois Synoptiques la placent au même point de bascule : juste après la confession de Pierre à Césarée de Philippe et la première annonce de la Passion, juste avant la longue montée vers Jérusalem. C'est le sommet lumineux entre deux versants, la promesse montrée avant l'épreuve exigée.
Après Césarée de Philippe : la confession puis l'annonce
À Césarée de Philippe, Pierre a confessé : Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Aussitôt, pour la première fois, le Maître « commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, y souffrir, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter »[18]. Pierre refuse cette annonce, les autres ne la comprennent pas davantage[19]. C'est dans ce contexte précis, note le Catéchisme, que se situe l'épisode mystérieux de la Transfiguration : les apôtres viennent d'apprendre que le Messie souffrira, ils vont voir que le Crucifié est le Glorieux.
Six jours, environ huit jours : un même intervalle
Matthieu et Marc écrivent « six jours après », Luc « environ huit jours après avoir prononcé ces paroles »[20][21][22]. Il n'y a là aucune contradiction : Luc compte à la manière ancienne, en incluant le jour du discours et le jour de la montée, ce qui ajoute les deux extrémités à l'intervalle. Les trois récits désignent la même semaine, environ une semaine après Césarée, dans la dernière année du ministère public, avant la montée décisive vers Jérusalem[23].
Trois témoins choisis : Pierre, Jacques et Jean
Jésus ne prend ni la foule, ni même les Douze : trois apôtres seulement, Pierre, Jacques et Jean[24]. Ce sont les mêmes trois qu'il appellera près de lui à Gethsémani, et les mêmes qui ont vu la résurrection de la fille de Jaïre. Le rapprochement est voulu : les trois qui verront de plus près l'agonie sont ceux qui ont vu de plus près la gloire, afin que le souvenir du Thabor soutienne, à l'heure des ténèbres, les témoins de l'angoisse[25]. Voir L'agonie de Jésus à Gethsémani pour ce second épisode du même trio.
Les auteurs des récits et leur datation traditionnelle
L'Église reçoit les trois récits de leurs auteurs apostoliques ou apostoliques proches, écrits au premier siècle, avant ou autour de la ruine de Jérusalem. Voici la position traditionnelle, portée par les témoins anciens.
| Évangile | Auteur reçu | Datation traditionnelle | Témoins anciens |
|---|---|---|---|
| Matthieu | L'apôtre Matthieu, en milieu judéo-chrétien | Années 50-60, le premier écrit | Papias (rédaction hébraïque), Irénée (pendant que Pierre et Paul sont à Rome)[26][27] |
| Marc | Marc, interprète de Pierre, à Rome | Années 60, avant le martyre de Pierre | Papias (souvenirs de Pierre notés exactement), Clément (demande des auditeurs romains), Irénée[28][29] |
| Luc | Luc, compagnon de Paul | Début des années 60 | Les Actes s'arrêtent à la captivité de Paul sans dire sa mort, ce qui place l'Évangile qui les précède au début de la décennie ; liste de Muratori (Luc nommé troisième)[30] |
| 2 Pierre | L'apôtre Pierre, à Rome | Années 60, peu avant son martyre | Lettre utilisée dès l'antiquité comme Écriture profitable, reçue dans le canon à Hippone (393) et Carthage (397)[31][32] |
Aucune voix ancienne, même hérétique, n'attribue ces textes à d'autres auteurs ni ne conteste que la Transfiguration appartienne au ministère public. La chaîne des témoins (Papias au premier tiers du deuxième siècle, Justin au milieu, Irénée vers 180, Clément à la fin du siècle, la liste romaine de Muratori, puis les conciles) dit unanimement l'ancienneté et l'origine apostolique[33][34][35][36][37].
Lecture suivie des trois récits
La montée sur la haute montagne
Jésus « les emmène à l'écart, sur une haute montagne »[38]. Marc précise « eux seuls », Luc ajoute le motif : « il gravit la montagne pour prier »[39][40]. Dans l'Écriture, la montagne est le lieu de la rencontre : Sinaï pour Moïse, Horeb pour Élie, et Jésus lui-même y monte pour choisir les Douze, pour prier seul, pour prononcer les Béatitudes. Voir Le Sermon sur la montagne et Les Béatitudes. L'identité exacte du sommet n'est pas donnée par les Évangiles : la tradition y reconnaît le Thabor (voir la section sur la montagne), ce qui n'enlève rien au récit, qui tient sans elle.
Le visage comme le soleil, les vêtements comme la lumière
« Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière »[41]. Marc, qui aime le concret, ajoute que cette blancheur est telle « que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille »[42]. Luc note que la métamorphose advient « pendant qu'il priait » et que « l'aspect de son visage devint autre »[43].
Le mot grec est metemorphothe, « il fut transformé », rendu par la Vulgate en transfiguratus est. L'éclat ne vient pas d'un projecteur extérieur : il irradie de l'intérieur, la divinité transparaissant un instant à travers l'humanité. L'Encyclopédie catholique formule ainsi : cette splendeur émanant de tout son corps était produite par un rayonnement intérieur de sa divinité[44]. Jésus ne devient pas autre qu'il n'est, il laisse voir ce qu'il est.
Moïse et Élie : la Loi et les Prophètes auprès du Christ
« Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui »[45]. Marc inverse l'ordre (Élie puis Moïse), Luc précise qu'ils sont « apparus dans la gloire »[46][47]. Pourquoi ces deux-là, et non Abraham, David ou Isaïe ? Quatre raisons convergent.
D'abord, Moïse et Élie sont la Loi et les Prophètes en personne : tout l'Ancien Testament, représenté par ses deux sommets, vient reconnaître celui qu'il annonçait. Ensuite, tous deux ont vu la gloire de Dieu sur la montagne (Sinaï pour l'un, Horeb pour l'autre) sans la montrer au peuple : ils contemplent maintenant en Jésus ce qu'ils avaient désiré. Puis, ni l'un ni l'autre n'a connu une mort tout à fait ordinaire (Élie enlevé au ciel, Moïse enseveli par Dieu lui-même), ce qui en fait des vivants de l'au-delà, aptes à paraître « dans la gloire ». Enfin, la tradition juive attendait le retour d'Élie avant le grand jour, et la Loi de Moïse reste la référence : leur présence dit que l'attente est comblée.
Les trois tentes : la parole de Pierre
Devant la scène, Pierre prend la parole : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie »[48]. Marc excuse sa maladresse : « Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande » ; Luc renchérit : « Il ne savait pas ce qu'il disait »[49][50].
Saint Augustin lit dans ce désir la méprise d'un cœur généreux : Pierre veut demeurer sur la montagne quand il faut descendre peiner, servir, être méprisé, jusqu'à la croix.
« Cela Pierre ne l'avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne. Il t'a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant il dit lui-même : Descends pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre. » (Saint Augustin, Sermon 78, 6, cité par le Catéchisme)[51]
La nuée et la voix : écoutez-le
« Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »[52]. Luc donne la variante « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi : écoutez-le ! »[53]. Les disciples « tombèrent face contre terre et furent saisis d'une grande crainte », puis Jésus s'approcha, les toucha : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »[54][55].
Chaque mot de la voix porte une prophétie. « Mon Fils » reprend le Psaume 2 (« Tu es mon fils »), psaume d'intronisation du roi messie. « Bien-aimé, en qui je trouve ma joie » reprend le premier chant du Serviteur d'Isaïe. « Écoutez-le » reprend la promesse du Deutéronome : « le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l'écouterez »[56]. En une phrase, le Père désigne Jésus comme Roi, Serviteur et Prophète : toute l'attente d'Israël se resserre sur lui. Voir le tableau de la section sur l'accomplissement.
La descente : silence et Élie déjà venu
« En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts »[57]. Marc note qu'ils « restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : ressusciter d'entre les morts »[58]. La gloire ne sera compréhensible qu'après Pâques : racontée avant, elle aurait fait un Messie de triomphe sans la Croix.
Suit l'échange sur Élie : les scribes annoncent qu'Élie doit venir d'abord. Jésus répond qu'Élie est déjà venu, « et ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu », et « les disciples comprirent qu'il leur parlait de Jean le Baptiste »[59][60]. Le Précurseur décapité annonce le Messie crucifié : même destin, même logique. Voir Le baptême de Jésus pour le Jourdain où tout avait commencé.
Quelle montagne ? Le Thabor face à l'hypothèse de l'Hermon
Les Évangiles disent « une haute montagne » sans la nommer. Faut-il y voir une lacune du récit, ou les premiers chrétiens savaient-ils de quel sommet il s'agissait ? La réponse de la tradition est remarquablement ferme : dès le troisième siècle, le Thabor est nommé, et aucun lieu concurrent n'est proposé avant l'époque moderne.
Une tradition ancienne et unanime
Le Thabor est une montagne isolée de Galilée, de moins de 600 mètres, qui domine la plaine d'Esdrelon et se voit de loin : les anciens, qui jugeaient la hauteur à l'aspect, la tenaient pour une « haute montagne ». Voici les témoins qui la désignent, siècle par siècle, sans une seule voix discordante.
| Siècle | Témoin | Ce qu'il dit |
|---|---|---|
| IIIe | Origène | « Le Thabor est la montagne de Galilée sur laquelle le Christ fut transfiguré » (Commentaire sur le Psaume 87, 13)[61] |
| IVe | Cyrille de Jérusalem | Il nomme le Thabor dans ses Catéchèses (II, 16)[62] |
| IVe | Jérôme | Il l'affirme dans ses lettres (46, 53, 108)[63] |
| Ve | Procule de Constantinople | Même identification dans son discours sur la Transfiguration[64] |
| VIe | Notices ecclésiastiques | Un siège épiscopal est érigé au Thabor vers 553[65] |
| Dès le Ve | Pèlerins et sanctuaires | Des églises s'élèvent au sommet, visitées par les pèlerins jusqu'à aujourd'hui[66] |
Déjà aux temps apostoliques, note l'Encyclopédie catholique, la montagne de l'épisode était devenue la « montagne sainte » de la deuxième épître de Pierre, connue des fidèles du pays, et la tradition l'identifia au Thabor[67].
L'objection de la ville fortifiée et sa réponse
Des auteurs modernes objectent que le Thabor, selon Flavius Josèphe, portait alors une place fortifiée : comment y trouver un lieu « à l'écart » ? La réponse tient en deux points. D'abord, Josèphe ne parle ni d'une ville ni d'un village : il dit avoir fortifié « le mont appelé Itabyrion », comme une position militaire parmi d'autres, et la bourgade du même nom se trouvait au pied de la montagne, non au sommet[68]. Ensuite, une hauteur boisée reste assez vaste pour qu'on s'y mette à l'écart : la présence de quelques maisons ou d'un poste ne rend pas impossible un lieu retiré.
L'hypothèse de l'Hermon et ses limites
À l'époque moderne, certains ont proposé le mont Hermon, au nord, près de Césarée de Philippe où Jésus se trouvait auparavant : la proximité géographique semblerait naturelle. L'hypothèse se heurte à trois difficultés.
Premièrement, les Synoptiques insistent tous sur le délai : six jours, ou environ huit jours en comptant les extrémités, entre le discours de Césarée et la montée. Un intervalle qui suggère un déplacement réel, compatible avec la route vers la Galilée, et non une ascension immédiate du massif voisin. Deuxièmement, les sommets de l'Hermon portent la neige jusqu'en juin, et même ses pointes secondaires sont enneigées en février et mars, saison où se situe l'épisode : une montée nocturne ou matinale avec trois témoins y devient peu vraisemblable[69]. Troisièmement, et c'est le point décisif, aucune tradition ancienne ne nomme l'Hermon : contre une tradition unanime de quinze siècles, une conjecture géographique récente, sans témoin ni relique ni pèlerinage, reste une possibilité, jamais une preuve.
La théologie de la Transfiguration
Montrer la gloire avant d'exiger la Croix
Pourquoi cette splendeur, et pourquoi maintenant ? Saint Thomas d'Aquin répond par une comparaison d'une justesse lumineuse : après avoir annoncé sa Passion et invité ses disciples à le suivre sur le chemin des souffrances, le Seigneur devait leur faire connaître le terme, car personne ne marche droit sans voir le but.
« Pour aller droit son chemin, il faut en connaître le terme : l'archer ne tire droit que s'il voit d'abord le but. » (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, question 45, article 1, traduction Ignispedia)[70]
Saint Jean Chrysostome dit de même : le Seigneur, qui a longuement parlé de dangers, de mort et de sa propre passion, veut affermir jusqu'aux yeux des apôtres et leur montrer, autant qu'ils pouvaient l'apprendre, quelle est la gloire dans laquelle il doit venir.
« Voulant affermir leurs yeux mêmes et leur montrer quelle est la gloire dans laquelle il doit venir, autant qu'il leur était possible de l'apprendre, c'est dès cette vie qu'il la leur montre et la leur révèle, afin qu'ils ne s'affligent plus, ni de leur propre mort, ni de celle de leur Seigneur. » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 56 sur saint Matthieu, traduction Ignispedia)[71]
La Transfiguration est donc un acte de pédagogie divine : goûter par avance la joie éternelle pour supporter bravement la persécution, comme le dira saint Léon le Grand dans le sermon que le bréviaire fait lire pour cette fête[72].
Toute la Trinité sur la montagne
Le Catéchisme relève que la nuée indique la présence de l'Esprit Saint, et cite la formule de saint Thomas : « Toute la Trinité apparut : le Père dans la voix, le Fils dans l'homme, l'Esprit dans la nuée lumineuse »[73]. Comme au Jourdain, où l'Esprit descendait en colombe pendant que le Père parlait, la montagne est une seconde théophanie trinitaire, plus intime : non plus devant la foule des pénitents, mais devant trois amis choisis. Voir Le baptême de Jésus pour la première théophanie.
Le Sinaï dépassé : le visage de Moïse et le visage du Christ
Moïse lui-même avait rayonné : en descendant du Sinaï avec les tables, « il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu'il avait parlé avec le Seigneur », au point de devoir mettre un voile[74]. Le tableau suivant mesure le dépassement.
| Moïse au Sinaï | Jésus au Thabor |
|---|---|
| Son visage rayonne d'une lumière reçue, par reflet de l'entretien avec Dieu[75] | Son visage brille comme le soleil, d'une lumière qui vient de lui[76] |
| Il doit mettre un voile pour ne pas effrayer le peuple | Aucun voile : les trois témoins voient directement, puis sont relevés par sa main[77] |
| Il monte seul, le peuple reste au pied dans la crainte | Il prend trois témoins avec lui sur la montagne |
| Il reçoit la Loi sur des tables de pierre | Il est lui-même la Parole que le Père ordonne d'écouter[78] |
Celui qui n'était que le reflet annonce celui qui est la source : Moïse présent sur la montagne le reconnaît, et s'entretient avec lui de son « départ », c'est-à-dire de sa Pâque à Jérusalem[79].
La Transfiguration dans la prière de l'Église
L'Église ne contemple pas le Thabor comme un tableau ancien, elle y retourne chaque année. La fête du 6 août en fait mémoire avec ses lectures propres (Daniel, Pierre, Matthieu ou Marc ou Luc selon les années), et le deuxième dimanche de Carême replace le même Évangile au cœur du chemin vers Pâques : avant de monter à Jérusalem avec le Christ, les fidèles revoient la gloire qui les attend. Tout le dossier liturgique (date, rang, histoire, lectures, sens) est traité dans La Transfiguration du Seigneur (6 août).
La liturgie byzantine chante le sens de l'épisode dans le kontakion de la fête :
« Tu t'es transfiguré sur la montagne, et, autant qu'ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu, afin que lorsqu'ils te verraient crucifié, ils comprennent que ta Passion était volontaire, et qu'ils annoncent au monde que tu es vraiment le rayonnement du Père. » (Liturgie byzantine, kontakion de la fête, cité par le Catéchisme)[80]
Au quatorzième siècle, saint Grégoire Palamas méditera la lumière du Thabor comme la lumière incréée de la divinité, manifestée sans consumer l'humanité qu'elle traverse (Homélies sur la Transfiguration ; Triades)[81]. Loin d'être un ornement du récit, la lumière est le sujet : Dieu se laisse voir, autant que des yeux mortels peuvent le porter.
Le témoignage de Pierre : la montagne sainte
Des trois témoins, un seul a laissé un récit écrit de ce qu'il a vu : Pierre lui-même, dans sa deuxième lettre. Ce témoignage vaut d'autant plus qu'il se présente explicitement comme une réponse aux sceptiques qui traitaient l'Évangile de mythe.
Des témoins oculaires, pas des mythes
« Ce n'est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c'est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l'honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j'ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l'avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte »[82][83].
« Ce n'est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c'est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. » (Saint Pierre, Deuxième épître, 1, 16)[84]
Le « nous » inclut Jacques et Jean, encore vivants ou récemment morts quand la lettre circule : Pierre en appelle à des témoins que ses lecteurs connaissent. Et Jean, le troisième homme de la montagne, ouvre son Évangile par le même sceau : « le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire »[85]. Deux des trois témoins confirment par écrit, le troisième (Jacques, martyrisé tôt) par son silence même : l'Église primitive n'a jamais connu d'autre version.
Une lettre discutée puis reçue
L'honnêteté commande de dire que la deuxième épître de Pierre a été discutée dans l'antiquité. Eusèbe de Césarée, au quatrième siècle, écrit qu'une seule épître de Pierre « est reconnue comme authentique », tandis que la seconde « n'appartient pas au canon ; pourtant, comme elle est apparue profitable à beaucoup, elle a été utilisée avec les autres Écritures »[86]. Le débat portait sur la canonicité formelle, non sur le contenu : personne ne traitait la lettre de faux pernicieux, et les fidèles la lisaient comme Écriture utile.
La suite a tranché en faveur de la réception : les conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) inscrivent les deux épîtres de Pierre au canon, confirmé ensuite par le concile de Trente qui reçoit les Livres saints « en entier avec toutes leurs parties »[87]. La datation traditionnelle (Rome, années 60, peu avant le martyre de Pierre) rend compte du testament pressé qui ouvre la lettre : Pierre sait « que bientôt il partira », comme le Seigneur le lui a fait savoir[88]. L'hypothèse d'une pseudépigraphie tardive est examinée dans la section sur l'exégèse moderne.
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'honnêteté commande d'exposer les hypothèses les plus répandues aujourd'hui sur la Transfiguration et la datation des Évangiles, puis de dire pourquoi la position traditionnelle reste défendable. C'est l'ordre : la Tradition d'abord comme cadre, les hypothèses ensuite comme objet d'examen.
Les hypothèses courantes sur la montagne
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, et Jean vers 90-100[89]. Dans ce schéma, le récit de la Transfiguration serait une composition théologique postérieure à la ruine de Jérusalem : la lumière et la nuée appartiendraient au langage des visions apocalyptiques, Moïse et Élie seraient des figures symboliques convoquées pour dire que Jésus accomplit l'Écriture, et la voix céleste trahirait une christologie primitive où Jésus est proclamé Fils au cours de son ministère, avant que les récits de l'enfance ne fassent remonter sa filiation à la conception. Certains ajoutent que l'épisode serait à l'origine un récit d'apparition pascale (Jésus glorifié après Pâques) replacé artificiellement avant la Passion, ou une expérience visionnaire subjective des trois disciples, non un événement vu et entendu. Le silence de Jean sur la scène est parfois invoqué comme le signe que les premières générations ne connaissaient pas cet épisode.
Quatre limites de méthode
Ces hypothèses, exposées loyalement, appellent quatre réponses.
Première limite : le présupposé anti-surnaturel. Si un visage ne peut pas rayonner de la gloire de Dieu par principe, alors tout récit de théophanie est légendaire par principe, et la date qu'on lui assigne ne prouve rien sur les faits. Ce n'est pas une conclusion de la recherche, c'en est le point de départ. Qu'on admette que Dieu puisse se manifester, et les récits redeviennent des témoignages à peser au lieu des mythes à dater.
Deuxième limite : les datations circulaires. On date souvent Marc vers 70 parce qu'il faudrait du temps pour que la légende du Thabor se forme, puis on prouve que le Thabor est légendaire parce que Marc écrit vers 70, loin des faits. La boucle se referme sans point d'appui extérieur, alors que les témoins extérieurs (Papias, Justin, Irénée, Clément, Muratori) disent unanimement l'ancienneté et l'origine apostolique[90][91].
Troisième limite : l'argument du silence. Que Jean ne raconte pas la scène ne prouve pas qu'il l'ignore : tout son prologue affirme que « nous avons vu sa gloire », et l'ancienne tradition voyait dans ce verset l'allusion du troisième témoin à la montagne[92]. Un silence orienté par le propos (méditer le sens plutôt que répéter le récit que trois Évangiles donnent déjà) n'est pas une ignorance. Au reste, si les premières communautés avaient ignoré tout épisode historique, on comprendrait mal que trois Évangiles sur quatre le racontent au même point de bascule du ministère.
Quatrième limite : la gloire prêtée au symbole. La lumière du Thabor ne dit pas que Jésus devient glorieux, elle révèle qu'il l'est : « son visage devint brillant comme le soleil »[93]. Matthieu, qui rapporte cette gloire, est le même qui a raconté la conception virginale seize chapitres plus tôt ; Luc, qui parle du départ à Jérusalem, est le même qui a raconté l'Annonciation ; Jean, dont le prologue dit le Verbe Dieu dès le commencement, est le même dont l'Apocalypse montrera le Christ au visage « comme le soleil quand il brille dans son éclat ». Aucun des auteurs ne sépare la gloire manifestée de la gloire possédée : l'objection lit un verset contre le livre qui le porte.
Pourquoi la position traditionnelle reste défendable
Face à ces fragilités, la chaîne traditionnelle tient par sa continuité : Origène au troisième siècle pour le lieu, Papias au premier tiers du deuxième pour les auteurs, Justin au milieu, Irénée vers 180, Clément à la fin du siècle, la liste romaine de Muratori, les conciles, puis quinze siècles de liturgie, de pèlerinage et d'iconographie sans une voix discordante sur le Thabor[94][95][96]. Et l'argument décisif reste le témoignage revendiqué : une légende inventée par les disciples aurait fait briller son héros devant les foules, jamais fait taire trois témoins nommés jusqu'après la résurrection, avec un ordre de silence qui embarrasse toute lecture triomphaliste[97]. Le catholique reste donc parfaitement libre de tenir la lecture traditionnelle, qui rend compte de tous les indices sans amputer les textes.
Pour aller plus loin
- La Transfiguration du Seigneur (6 août) : la fête, son histoire depuis l'Orient jusqu'à Calixte III, ses lectures, sa liturgie, son sens pour aujourd'hui.
- La Transfiguration de Raphaël : le dernier tableau du maître (1518-1520), double scène du Thabor et de l'enfant possédé.
- Le baptême de Jésus : la première théophanie au Jourdain, la colombe, la même voix du Père.
- Les tentations de Jésus au désert : les quarante jours qui suivent le Jourdain, avant la Galilée.
- La vie cachée de Jésus : Nazareth, les trente ans de silence avant le ministère public.
- La Nativité de Jésus : Bethléem, l'enfance du Fils bien-aimé.
- Jésus retrouvé au Temple : à douze ans, l'unique parole de l'enfance sur le Père.
- Le Sermon sur la montagne : l'autre grande montagne de Matthieu, la charte du Royaume.
- Les Béatitudes : les humbles que la gloire du Thabor relève.
- Le Notre Père : la prière du Fils, apprise sur la montagne de Galilée.
- L'agonie de Jésus à Gethsémani : le même trio de témoins, de la gloire à l'angoisse.
Notes
Notes et références
Évangile selon saint Matthieu, 17, 2, AELF : « Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. »
1 6 41 76 93Évangile selon saint Matthieu, 17, 5, AELF : « Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
2 7 52 78Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 18, AELF : « Cette voix venant du ciel, nous l'avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. »
3 16 83Évangile selon saint Jean, 1, 14, AELF : « Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »
4 17 85 92Catéchisme de l'Église catholique, § 554 (vatican.va) : « À partir du jour où Pierre a confessé que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem (Mt 16, 21) : Pierre refuse cette annonce, les autres ne la comprennent pas davantage. C'est dans ce contexte que se situe l'épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (Mt 17, 1-8 par. ; 2 P 1, 16-18), sur une haute montagne, devant trois témoins choisis par lui : Pierre, Jacques et Jean. »
5 19Évangile selon saint Matthieu, 17, 7, AELF : « Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
8 55 77Évangile selon saint Marc, 9, 3, AELF : « Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. »
9 42Évangile selon saint Marc, 9, 5, AELF : « Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
10Évangile selon saint Marc, 9, 10, AELF : « Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : ressusciter d'entre les morts. »
11 58Évangile selon saint Luc, 9, 28, AELF : « Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. »
12 22 40Évangile selon saint Luc, 9, 31, AELF : Moïse et Élie, « apparus dans la gloire, parlaient de son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem ».
13 47 79Évangile selon saint Luc, 9, 35, AELF : « Et, de la nuée, une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi : écoutez-le ! »
14 53Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 16, AELF : « En effet, ce n'est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c'est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. »
15 82 84Évangile selon saint Matthieu, 16, 21, AELF : Jésus « commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, y souffrir, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter » (repris dans le Catéchisme § 554).
18Évangile selon saint Matthieu, 17, 1, AELF (aelf.org) : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne. »
20 24 38Évangile selon saint Marc, 9, 2, AELF : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. »
21 39Catéchisme de l'Église catholique, § 557 (vatican.va) : « Comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem (Lc 9, 51). »
23B. Meistermann, Transfiguration, dans The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York, 1912 (newadvent.org/cathen/15019a.htm) : la Transfiguration est « le point culminant de la vie publique » comme le Baptême en est le point de départ ; dossier du lieu (Thabor, Procule, siège de 553), réfutation de l'objection Josèphe et de l'hypothèse Hermon (neige, délai de six à huit jours).
25 44 64 65 66 67 69Papias d'Hiérapolis, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39, 15 : « Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit exactement, mais non dans l'ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles et des actes du Christ. » Le même Papias atteste que Matthieu a rédigé les paroles du Seigneur en langue hébraïque.
26 28 33 90 95Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1 : Matthieu publie son Évangile chez les Hébreux pendant que Pierre et Paul sont à Rome ; Marc transmet par écrit la prédication de Pierre ; Luc consigne celle de Paul ; Jean publie le sien à Éphèse (texte anglais sur newadvent.org).
27 35 91Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : les Évangiles généalogiques (Matthieu, Luc) ont été écrits les premiers ; Marc a écrit à Rome à la demande des auditeurs de Pierre.
29Fragment de Muratori, fin du IIe siècle (Rome) : plus ancienne liste latine des écrits du Nouveau Testament ; elle reçoit les quatre Évangiles (Luc nommé troisième, Jean quatrième).
30 36 96Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 3, 1-2 (newadvent.org/fathers/250103.htm) : « One epistle of Peter, that called the first, is acknowledged as genuine. But we have learned that his extant second Epistle does not belong to the canon ; yet, as it has appeared profitable to many, it has been used with the other Scriptures » (traduction Ignispedia dans le corps).
31 86Conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) : fixation du canon des Écritures pour l'Église latine, quatre Évangiles et deux épîtres de Pierre inclus ; confirmé par le concile de Trente, session IV (1546), qui reçoit les Livres saints « en entier avec toutes leurs parties ».
32 37 87Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 88 (newadvent.org/fathers/01286.htm) : témoignage du milieu du deuxième siècle sur le Jourdain et la descente de l'Esprit, dans la chaîne des témoins de l'ancienneté évangélique.
34Évangile selon saint Luc, 9, 29, AELF : « Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d'une blancheur éblouissante. »
43Évangile selon saint Matthieu, 17, 3, AELF : « Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui. »
45Évangile selon saint Marc, 9, 4, AELF : « Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s'entretenaient avec Jésus. »
46Évangile selon saint Matthieu, 17, 4, AELF : « Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
48Évangile selon saint Marc, 9, 6, AELF : « De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. »
49Évangile selon saint Luc, 9, 33, AELF : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Il ne savait pas ce qu'il disait. »
50Catéchisme de l'Église catholique, § 556 (vatican.va) : « Au seuil de la vie publique : le Baptême ; au seuil de la Pâque : la Transfiguration. La Transfiguration est le sacrement de la seconde régénération : notre propre résurrection (S. Thomas d'A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Elle nous rappelle aussi qu'il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu (Ac 14, 22). » Suit le passage de saint Augustin, Sermon 78, 6 (PL 38, 492-493) : « Cela Pierre ne l'avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne. »
51Évangile selon saint Matthieu, 17, 6, AELF : « Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d'une grande crainte. »
54Livre du Deutéronome, 18, 15, AELF : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l'écouterez. »
56Évangile selon saint Matthieu, 17, 9, AELF : « En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. »
57 97Évangile selon saint Matthieu, 17, 12, AELF : « Mais, je vous le déclare : Élie est déjà venu ; au lieu de le reconnaître, ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. Et de même, le Fils de l'homme va souffrir par eux. »
59Évangile selon saint Matthieu, 17, 13, AELF : « Alors les disciples comprirent qu'il leur parlait de Jean le Baptiste. »
60Origène, Commentaire sur le Psaume 87 (88), 13 : « Le Thabor est la montagne de Galilée sur laquelle le Christ fut transfiguré » (cité par l'Encyclopédie catholique, newadvent.org/cathen/15019a.htm).
61 94Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses, II, 16 : il nomme le Thabor comme lieu de la Transfiguration (cité par l'Encyclopédie catholique).
62Saint Jérôme, Lettres 46, 53 et 108 : il affirme le Thabor comme lieu de la Transfiguration (cité par l'Encyclopédie catholique).
63Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, II, xx, 6 ; IV, i, 8 ; Vie, 37 : Josèphe dit avoir fortifié « le mont appelé Itabyrion », sans parler d'une ville au sommet (relevé par l'Encyclopédie catholique).
68Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 45, a. 1 (newadvent.org) : « in order that anyone go straight along a road, he must have some knowledge of the end : thus an archer will not shoot the arrow straight unless he first see the target » (traduction Ignispedia dans le corps).
70Saint Jean Chrysostome, Homélie 56 sur saint Matthieu, sur Mt 16, 28-17, 9 (newadvent.org/fathers/200156.htm) : « He willing to assure their very sight, and to show what kind of glory that is wherewith He is to come, so far as it was possible for them to learn it ; even in their present life He shows and reveals this ; that they should not grieve any more, either over their own death, or over that of their Lord » (traduction Ignispedia dans le corps).
71Saint Léon le Grand, Sermon 51, Sur la Transfiguration, lu à l'Office des lectures pour la fête du 6 août : le Seigneur fait goûter par avance aux apôtres la contemplation de la joie éternelle pour les affermir avant sa Passion.
72Catéchisme de l'Église catholique, § 555 (vatican.va) : « Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Moïse et Élie avaient vu la gloire de Dieu sur la Montagne ; la Loi et les prophètes avaient annoncé les souffrances du Messie. La nuée indique la présence de l'Esprit Saint : Toute la Trinité apparut : le Père dans la voix, le Fils dans l'homme, l'Esprit dans la nuée lumineuse (S. Thomas d'A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). » Suit le kontakion byzantin de la fête.
73 80Livre de l'Exode, 34, 29-30, AELF : « Lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu'il avait parlé avec le Seigneur. Aaron et tous les fils d'Israël virent arriver Moïse : son visage rayonnait. »
74 75Saint Grégoire Palamas, Homélies sur la Transfiguration (PG 151) et Triades, I, 3 : la lumière du Thabor est la lumière incréée de la divinité.
81Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 14, AELF : Pierre sait « que bientôt il partira d'ici-bas, comme notre Seigneur Jésus Christ le lui a fait savoir ».
88Datations proposées par une partie de l'exégèse contemporaine : Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, Jean vers 90-100 ; les récits du ministère y sont lus comme des compositions postérieures à la ruine de Jérusalem.
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