Les apparitions du Ressuscité

Les apparitions du Ressuscité dans la Bible : Marie Madeleine, Céphas, Emmaüs, Thomas, le lac de Tibériade, cinq cents frères, Jacques et Paul, ce que disent les textes et pourquoi leurs témoins tiennent.

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Les apparitions du Ressuscité sont les rencontres par lesquelles Jésus, au matin de Pâques et pendant quarante jours, s'est montré vivant à ses disciples après sa mort et sa mise au tombeau. Elles forment le cœur vérifiable de l'annonce pascale : avant tout développement, la foi de l'Église tient en une liste de noms, de lieux et de jours. Le Christ est mort, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, il est apparu.

Ces rencontres ne sont ni des visions intérieures racontées après coup, ni une rumeur qui grandit avec le temps. Les textes les plus anciens les présentent comme des faits publics dans leur ordre : une femme nommée, un apôtre nommé, un groupe compté, un persécuteur retourné. Un lecteur pressé peut retenir ceci : le tombeau vide ouvre le dossier, les apparitions le remplissent de témoins, et l'Église naît de ces témoins.

Cet article présente les apparitions comme Écriture Sainte reçue par l'Église : leur place dans le canon, les auteurs et les datations traditionnels des récits, le plus ancien résumé transmis par saint Paul, chaque rencontre dans son ordre, la chronologie et la géographie des quarante jours, la théologie du corps glorieux, la mémoire liturgique de Pâques, puis, en fin de parcours, les objections et le débat historico-critique avec ses limites. Pour la mort qui précède, voir La crucifixion de Jésus ; pour la sépulture et le tombeau, La mise au tombeau de Jésus ; pour le séjour chez les morts, La descente aux enfers ; pour le quarantième jour, L'Ascension de Jésus fait l'objet de son article propre et n'est ici que le terme du parcours.

Les apparitions dans le canon des Écritures

Le plus ancien résumé : la liste reçue par Paul

Le texte le plus ancien qui nomme les apparitions n'est pas un Évangile : c'est une formule que saint Paul transmet aux Corinthiens vers le milieu des années 50, une vingtaine d'années après les faits, en précisant qu'il l'a lui-même reçue[1]. La formule est brève, rythmée, faite pour être apprise et redite : mort, sépulture, résurrection, apparitions. Elle ne raconte pas encore les scènes ; elle donne déjà la liste des témoins, dans un ordre qui commande tout le dossier.

« Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; il est apparu à Céphas, puis aux Douze. »

Première lettre aux Corinthiens, 15, 3-5[2]

Paul prolonge aussitôt la liste au delà du cercle des Douze : plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart vivent encore au moment où il écrit, puis Jacques, puis tous les apôtres, puis lui-même en dernier[3]. Ce détail compte : un auteur qui invente une légende ne désigne pas des centaines de témoins encore vivants, que ses lecteurs peuvent aller interroger. La formule reçue suppose une communauté qui connaît les noms et peut les vérifier.

Le vocabulaire de Paul est technique : transmettre et recevoir désignent, dans le judaïsme de son temps comme dans son propre usage, la remise fidèle d'un enseignement venu d'avant soi[4]. La liste de 1 Corinthiens 15 n'est donc pas la création littéraire de Paul vers 55 : elle remonte, par son aveu même, à ce qu'il a reçu, donc aux toutes premières années de l'Église de Jérusalem, auprès de Céphas et de Jacques qu'il dit avoir visités peu après sa conversion[5].

Quatre récits, un même matin et quarante jours

Les quatre Évangiles déploient ce que la formule de Paul résume. Le tableau ci-dessous donne les passages qui structurent le dossier : il se lit comme une carte, avant le récit suivi.

PassageCe que le récit apporte de propre sur les apparitions
Mt 28Les femmes au tombeau, la rencontre sur le chemin, le rendez-vous en Galilée, la mission universelle
Mc 16, 9-20Marie Madeleine d'abord, les deux disciples en chemin, les Onze à table, l'envoi et l'Ascension résumée
Lc 24Emmaüs, l'apparition au milieu des disciples, le corps touchable, le repas, l'ouverture des Écritures
Jn 20-21Marie Madeleine au jardin, le soir portes closes, Thomas huit jours après, le lac de Tibériade et Pierre
Ac 1, 3Le cadre des quarante jours, les preuves nombreuses, le Royaume annoncé avant l'Ascension
1 Co 15, 3-8La liste la plus ancienne : Céphas, les Douze, cinq cents frères, Jacques, tous les apôtres, Paul

Aucun récit ne suffit seul : Matthieu donne la Galilée et la mission, Marc la succession rapide des témoins, Luc la pédagogie d'Emmaüs et la preuve du corps, Jean les rencontres personnelles et la restauration de Pierre. Reçus ensemble, comme l'Église les lit depuis toujours, ils décrivent un même événement sous quatre lumières qui se recoupent sans se copier, avec les divergences de détail propres à des témoignages distincts et l'accord constant sur le noyau : le Crucifié est vivant, il se montre, il envoie.

Les auteurs reçus et les témoins anciens

L'Église reçoit ces récits comme l'œuvre des évangélistes que la tradition nomme depuis les origines : Matthieu l'apôtre, Marc l'interprète de Pierre, Luc le compagnon de Paul, Jean le disciple bien-aimé. Le témoin le plus ancien de l'ensemble est saint Irénée, disciple de Polycarpe, qui avait connu Jean : vers 180, il énumère les quatre Évangiles et leurs auteurs[6].

« Jean, le disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile, lors de son séjour à Éphèse, en Asie. »

Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[7]

Les relais anciens se succèdent sans rupture : Papias, cité par Eusèbe, rapporte que Marc écrivit exactement, mais sans ordre, ce qu'il tenait de la prédication de Pierre, et que Matthieu recueillit les paroles du Seigneur en langue hébraïque[8] ; le fragment de Muratori, vers la fin du IIe siècle, compte Luc comme troisième Évangile et Jean comme quatrième[9]. Le concile de Trente a fixé le canon en recevant ces livres en entier avec toutes leurs parties[10].

La datation traditionnelle reste défendable sans acrobatie : Matthieu dans les années 40 à 60, Marc à Rome dans les années 60, Luc vers 60 à 63, Jean à Éphèse dans les années 90 à 100. Le papyrus P52, fragment de Jean copié vers 125, et le papyrus P75, qui joint Luc et Jean au début du IIIe siècle, montrent les textes déjà diffusés loin de leur lieu d'origine une génération après leur rédaction[11]. La Commission Biblique Pontificale a confirmé le 29 mai 1907 qu'il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur du quatrième évangile, récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur[12]. Vatican II tient la même ligne pour les quatre récits[13].

« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel. »

Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 19[14]

La finale de Marc, reçue dans le canon

Une honnêteté s'impose ici, et l'article la place dès le canon plutôt que de la découvrir en objection : les douze derniers versets de Marc, qui résument les apparitions à Marie Madeleine, aux deux disciples et aux Onze, manquent dans deux grands codex du IVe siècle et quelques témoins anciens s'arrêtent à la fuite des femmes devant le tombeau vide[15]. Le fait est réel, il est connu depuis l'Antiquité, et ni Eusèbe ni Jérôme ne l'ont caché[16].

Il ne renverse pourtant pas la réception de l'Église, pour trois raisons datées. D'abord, saint Irénée, vers 180, donc bien avant les codex en question, cite déjà la finale longue comme parole de Marc, y compris l'Ascension qu'elle résume[17]. Ensuite, la finale circule largement dans la tradition manuscrite et liturgique ancienne, et l'Église latine la lit pour la fête de l'Ascension[18]. Enfin, le concile de Trente a reçu l'Évangile de Marc en entier avec toutes ses parties, dans la forme que la Vulgate transmet et que l'usage de l'Église a consacrée[19]. La question textuelle porte sur l'histoire de la copie ; la réception canonique, elle, est tranchée, et le contenu de la finale ne fait d'ailleurs que résumer ce que Luc et Jean racontent au long. Le débat savant trouvera sa place en fin d'article ; il ne peut pas servir de cadre neutre pour ouvrir le dossier.

Le matin de Pâques : les femmes, Marie Madeleine, Pierre

Le tombeau vide, seuil des apparitions

Les apparitions commencent par une absence constatée. Au premier jour de la semaine, de grand matin, Marie Madeleine et les femmes qui avaient regardé la mise au tombeau reviennent avec les aromates préparés avant le repos du sabbat, et trouvent la pierre roulée et le tombeau vide[20]. Le tombeau vide n'est pas encore une apparition : il ne dit pas où est Jésus, il dit seulement qu'il n'est plus là où Joseph l'avait déposé. C'est précisément pour cela qu'il compte : il donne aux rencontres qui suivent un lieu vérifiable, un corps absent à expliquer, et des témoins nommés qui arrivent avant tout récit officiel.

L'annonce angélique, dans les quatre traditions, renvoie les femmes vers les disciples et vers la Galilée, avec un mot qui traverse tout le dossier : il vous précède[21]. Pierre, averti, court au tombeau avec l'autre disciple : il voit les linges, le suaire roulé à part, et le texte note sobrement que le disciple bien-aimé vit et crut, avant même toute rencontre[22]. La foi pascale naît ainsi par degrés datés : un tombeau vide, une parole, une course, puis seulement les apparitions. Un récit inventé d'un bloc aurait fait apparaître le Ressuscité à tous au même instant ; les Évangiles gardent l'ordre fatigant des démarches humaines.

Marie Madeleine, première envoyée

La première apparition racontée au long est accordée à Marie Madeleine, restée seule près du tombeau après le départ de Pierre et de Jean. Jean la montre pleurant, se penchant vers le tombeau, puis se retournant vers celui qu'elle prend pour le jardinier, jusqu'au moment où son nom la retourne tout entière[23].

« Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna et lui dit en hébreu : Rabbouni !, ce qui veut dire : Maître. »

Évangile selon saint Jean, 20, 16[24]

Le Ressuscité l'arrête sur un geste et l'envoie sur une mission : ne me retiens pas, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père[25]. Marie Madeleine court alors annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur et ce qu'il lui a dit[26]. Marc résume la même priorité : ressuscité le matin du premier jour, Jésus apparut d'abord à Marie Madeleine, dont il avait expulsé sept démons, et c'est elle qui alla l'annoncer à ceux qui avaient été avec lui, dans le deuil et les larmes[27]. Matthieu joint à la scène les autres femmes, saisies ensemble sur le chemin du retour, Jésus venant à leur rencontre et les chargeant d'avertir ses frères de se rendre en Galilée[28].

Le Catéchisme souligne la place exacte de ces femmes : venues achever l'onction du corps enseveli à la hâte, elles sont les premières à rencontrer le Ressuscité, et les femmes deviennent ainsi les premières messagères de la Résurrection pour les apôtres eux-mêmes[29]. Dans une culture où le témoignage d'une femme ne fondait pas une cause publique, aucun inventeur soucieux de convaincre n'aurait confié la première annonce à Marie Madeleine, ancienne possédée, pleurant seule dans un jardin. Ce trait embarrassant, conservé par les quatre traditions, est l'un des indices les plus fermes que les récits transmettent un souvenir plutôt qu'ils ne fabriquent une preuve.

Céphas : l'apparition que Paul met en tête

Paul ne nomme pas Marie Madeleine ; il ouvre sa liste par Céphas, c'est à dire Pierre[30]. Luc conserve la trace vivante de cette priorité apostolique : au retour d'Emmaüs, les deux disciples trouvent les Onze assemblés qui leur disent que le Seigneur est ressuscité et qu'il est apparu à Simon[31].

« C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon-Pierre. »

Évangile selon saint Luc, 24, 34[32]

Aucun Évangile ne raconte la scène elle-même. Ce silence est remarquable : le chef des apôtres, qui vient de renier trois fois pendant la nuit du procès, reçoit une rencontre que la pudeur des textes laisse dans l'ombre, connue seulement par l'annonce qu'elle a eu lieu. Paul, qui a visité Céphas à Jérusalem peu après sa propre conversion et est resté quinze jours auprès de lui[33], tenait ce fait d'un témoin direct. La restauration de Pierre ne sera racontée au long qu'au bord du lac de Tibériade ; mais dès le matin de Pâques, la liste la plus ancienne met le renégat pardonné en tête des apparitions aux apôtres. L'Église n'a pas gommé la chute pour embellir le témoin : elle a gardé la chute, le pardon et la charge, dans cet ordre.

Le jour même : Emmaüs et le soir au Cénacle

Sur la route d'Emmaüs, le cœur brûlant

Le même jour, deux disciples quittent Jérusalem pour Emmaüs, à environ onze kilomètres, en discutant de tout ce qui s'est passé : le prophète puissant, la condamnation, la crucifixion, le tombeau vide rapporté par les femmes, et leur espérance déçue[34]. Un voyageur les rejoint, qu'ils ne reconnaissent pas, et qui leur reproche leur lenteur à croire avant de leur ouvrir les Écritures, depuis Moïse et les prophètes, dans tout ce qui le concernait[35].

« Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

Évangile selon saint Luc, 24, 32[36]

Ils le retiennent à l'entrée du village, et c'est à table, quand il prend le pain, le bénit, le rompt et le leur donne, que leurs yeux s'ouvrent et qu'ils le reconnaissent, au moment même où il disparaît à leur regard[37]. Ils se lèvent à l'heure même, reviennent de nuit à Jérusalem et racontent ce qui s'est passé sur la route et comment ils l'ont reconnu à la fraction du pain[38]. Marc résume la même apparition sous une forme brève : Jésus se manifesta sous un autre aspect à deux d'entre eux en chemin vers la campagne, et les Onze ne les crurent pas davantage[39].

Emmaüs donne au dossier pascal sa pédagogie complète : une espérance brisée, une Écriture relue, un cœur qui brûle avant de comprendre, un pain rompu qui fait reconnaître, et une course de nuit qui transforme deux fuyards en témoins. Luc, qui ouvrira les Actes par quarante jours d'enseignement sur le Royaume, place dès le premier jour cette leçon : le Ressuscité se laisse reconnaître dans l'Écriture expliquée et dans le geste du repas, non dans une curiosité satisfaite. C'est aussi la seule apparition où les témoins le méconnaissent longuement avant de le connaître, ce qui rend le récit inutilisable comme simple hallucination d'attente : ils attendaient un libérateur d'Israël, ils rencontrent un inconnu qui doit d'abord refaire leur lecture de la Bible.

Le soir, portes closes : touchez, regardez, mangez

Le soir de ce même jour, les disciples sont rassemblés à Jérusalem, les portes verrouillées par crainte, quand Jésus vient au milieu d'eux et leur dit : la paix soit avec vous[40]. Luc raconte la même venue avec un réalisme qui va jusqu'à l'inconfort : saisis de frayeur, ils croient voir un esprit, et le Ressuscité doit dissiper leur trouble par ses mains, ses pieds et un morceau de poisson grillé mangé devant eux[41].

« Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os comme vous constatez que j'en ai. »

Évangile selon saint Luc, 24, 39[42]

Il leur montre ses mains et ses pieds, puis, comme ils n'arrivent pas encore à croire sous l'effet de la joie, il demande à manger et prend le poisson devant eux[43]. Jean ajoute le don qui fait de cette soirée la naissance de l'Église confessante : il souffle sur eux, donne l'Esprit Saint et confie le pouvoir de remettre les péchés[44]. Luc ajoute l'autre moitié du don : il ouvre leur intelligence aux Écritures et les constitue témoins de la mort, de la résurrection et de la conversion proclamée à toutes les nations, en commençant par Jérusalem[45].

Cette apparition du soir tranche la question que tout le dossier devra tenir : le Ressuscité n'est ni un fantôme, ni un cadavre ranimé qui reprendrait simplement son ancienne vie, ni une idée qui console. C'est le même Jésus, reconnaissable à ses plaies, capable de manger, et en même temps libre à l'égard des portes closes et des distances. Les disciples passent en une soirée de la peur à la joie, mais le texte prend soin de noter leur trouble initial et leur lenteur : les premiers témoins ne sont pas des enthousiastes qui attendaient un prodige, ce sont des vaincus qu'il faut convaincre.

Saint Ignace d'Antioche, une génération après les apôtres, transmet déjà cette insistance sur le corps tangible du Ressuscité contre ceux qui le réduisaient à une apparence : après sa résurrection, Jésus mangea et but avec les siens comme un être de chair, bien qu'il fût spirituellement uni au Père[46]. La polémique est ancienne parce que la tentation est ancienne : dès le Ier siècle, il était plus facile d'admettre un Christ esprit qu'un Christ ressuscité dans sa chair. Les Évangiles répondent par avance avec un poisson grillé.

Huit jours après, au bord du lac, en Galilée

Thomas : le doute nommé, touché et guéri

Thomas, l'un des Douze, n'était pas là le soir de Pâques. À l'annonce des autres, il pose une condition qu'aucun faussaire n'inventerait pour son héros collectif : si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, non, je ne croirai pas[47]. Huit jours plus tard, les disciples sont de nouveau rassemblés, Thomas avec eux, les portes fermées, et Jésus vient au milieu d'eux avec la même parole de paix[48].

« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant. »

Évangile selon saint Jean, 20, 27[49]

Le texte ne dit pas que Thomas a touché. Il dit sa réponse, qui est la confession la plus haute du quatrième évangile : mon Seigneur et mon Dieu[50]. Jésus la reçoit et retourne aussitôt la scène vers les lecteurs futurs : parce que tu m'as vu, tu crois ; heureux ceux qui croient sans avoir vu[51]. Saint Grégoire le Grand, commentant cette page pour la prédication pascale, en tire la loi de tout le dossier : le doute de Thomas, en palpant les cicatrices, guérit en nous les blessures de l'incrédulité, et son toucher tardif sert davantage la foi des absents que la foi prompte des présents[52].

L'épisode est lu chaque année au deuxième dimanche de Pâques, devenu dimanche de la Divine Miséricorde : l'Église y reconnaît son propre portrait. Elle croit sans avoir vu, sur la parole de témoins qui ont vu, touché et d'abord douté. Thomas n'est pas l'incroyant puni ; il est le témoin exigeant dont la condition, prise au sérieux par le Ressuscité lui-même, ferme la bouche à l'objection d'une foi crédule qui aurait cru sans preuves.

Au lac de Tibériade : le travail, le repas et Pierre restauré

Jean raconte ensuite une manifestation au bord de la mer de Tibériade, la troisième aux disciples réunis selon son propre compte[53]. Simon-Pierre retourne pêcher, six autres le suivent, la nuit ne prend rien ; au matin, Jésus se tient sur le rivage sans être reconnu, fait jeter le filet à droite, et la pêche devient surabondante : cent cinquante-trois gros poissons, sans que le filet se déchire[54]. Le disciple bien-aimé reconnaît le premier : c'est le Seigneur, et Pierre se jette à l'eau[55]. Sur la rive, un feu de braise est déjà prêt, avec du poisson et du pain ; Jésus les invite à manger, prend le pain et le leur donne[56].

Après le repas vient la restauration solennelle de Pierre, en trois demandes qui répondent à ses trois reniements au feu de la cour du grand prêtre[57]. Le Ressuscité ne lui demande ni excuses ni explications sur la nuit du procès ; il lui demande son amour, et à chaque réponse il lui confie le troupeau : pais mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis, pais mes brebis[58].

« Simon, fils de Jean, m'aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t'aime. Jésus lui dit : Sois le berger de mes agneaux. »

Évangile selon saint Jean, 21, 15[59]

La scène achève ce que l'apparition privée à Céphas avait commencé dans le secret : le premier témoin de la liste de Paul devient publiquement le berger, non parce qu'il n'a pas failli, mais parce que le Ressuscité l'a relevé. Un récit de propagande aurait effacé le reniement ou inventé une excuse ; Jean conserve les deux feux, celui du reniement et celui du pardon, et laisse le lecteur faire le rapprochement.

La montagne de Galilée : tous, quelques doutes, l'envoi

Matthieu ferme son évangile là où l'ange et Jésus avaient donné rendez-vous dès le matin de Pâques : en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée[60]. Les Onze s'y rendent, le voient, se prosternent, et l'évangéliste note sans fard que quelques-uns eurent des doutes, dans la même phrase que l'adoration[61]. C'est de cette montagne, et non d'une chambre fermée, que part l'ordre qui fonde l'Église universelle[62].

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »

Évangile selon saint Matthieu, 28, 19-20[63]

Le contraste est mesuré : le même livre qui avait ouvert la vie publique par le Sermon sur une montagne de Galilée la referme par l'envoi depuis une montagne de Galilée, avec la formule trinitaire du baptême et la promesse d'une présence de tous les jours. Les apparitions ne sont donc pas un épilogue consolateur après l'échec de la Croix ; elles sont le point de départ d'une mission dont les témoins oculaires sont les garants. Celui qui dit « je suis avec vous » est celui qu'ils ont vu vivant après l'avoir vu mort.

Celles que seul Paul nomme : cinq cents frères, Jacques, Paul

Plus de cinq cents frères à la fois

Entre les Douze et Jacques, Paul insère une apparition qu'aucun Évangile ne raconte : Jésus apparut à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart vivent encore, quoique quelques-uns soient morts[64]. Le silence des Évangiles sur cette scène immense et son absence de tout détail pittoresque sont eux-mêmes instructifs : la liste de Paul n'est pas un résumé des Évangiles, c'est une tradition indépendante, plus ancienne qu'eux dans sa formulation, qui conserve un fait que les récits détaillés n'ont pas retenu.

Le nombre fait difficulté pour toutes les hypothèses fragiles. Une hallucination est un événement privé ; une vision subjective se raconte à la première personne ; une légende grandit avec le temps. Paul, vers 55, désigne au contraire un groupe compté, réuni à la fois, et encore majoritairement vivant et donc interrogeable au moment où il écrit. Il ne donne ni le lieu ni le jour, ce qui interdit d'en faire un récit ; mais il donne le fait et les témoins, ce qui est exactement la forme d'un argument public. Le lecteur de Corinthe qui doutait pouvait écrire, voyager, demander : les cinq cents n'étaient pas une image, c'étaient des adresses.

Jacques, le frère du Seigneur

Paul nomme ensuite Jacques, avant de passer à tous les apôtres[65]. Il s'agit de Jacques, frère du Seigneur, qui deviendra le chef de l'Église de Jérusalem, celui que Paul visite avec Céphas et qu'il appelle une colonne de l'Église[66]. Or les Évangiles montrent les frères de Jésus, pendant sa vie publique, dans l'incompréhension et à distance de sa mission[67]. L'homme qui ne suivait pas son frère de son vivant préside, quelques années plus tard, l'Église mère au prix de sa vie, et la tradition ancienne garde de lui le portrait d'un juste respecté jusqu'à Jérusalem[68].

Entre l'incrédulité familiale et la primauté de Jacques, les textes placent une apparition que Paul seul énumère. Aucune explication de convenance ne rend compte du retournement : on ne devient pas le chef d'une communauté persécutée pour un frère crucifié dont on se tenait loin, parce que d'autres auraient eu des visions. Jacques a vu, et sa vie entière, jusqu'à sa mort violente à Jérusalem, est la signature de ce qu'il a vu[69]. L'article sur sa personne relèvera ailleurs ; ici, son nom dans la liste de Paul suffit : c'est un témoin arraché au camp des indifférents.

Tous les apôtres, puis Paul, le dernier

La liste se referme par deux ensembles : tous les apôtres, au delà des Douze, puis Paul lui-même, en dernier, comme un avorton[70]. Paul ne se glisse pas dans la série des apparitions de Jérusalem et de Galilée ; il revendique une rencontre distincte, sur le chemin de Damas, alors qu'il persécutait l'Église, et il la raconte trois fois dans les Actes avec la même structure : une lumière, une voix, un nom, un envoi[71]. Dans sa propre défense, il pose la question qui résume son cas : ne suis-je pas apôtre, n'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur[72] ?

Le cas Paul est le pendant du cas Jacques. Jacques ne croyait pas et devient chef ; Paul combattait et devient apôtre des nations. Entre les deux, la liste de Paul aligne des témoins que tout sépare : une femme au jardin, un renégat relevé, deux disciples en fuite ramenés, un incrédule convaincu par ses conditions mêmes, cinq cents frères ensemble, un frère indifférent, un persécuteur. Une invention communautaire aurait produit des témoins homogènes et crédibles d'emblée ; la tradition a conservé des témoins embarrassants, lents, divisés, puis unanimes seulement sur un point : ils l'ont vu vivant.

Le tableau ci-dessous rassemble la liste complète, dans l'ordre où les sources la donnent, pour servir de repère à tout le dossier.

Témoin ou groupeSource principaleCe que l'apparition établit
Marie Madeleine et les femmesJn 20, 11-18 ; Mt 28, 9-10 ; Mc 16, 9La première rencontre racontée, l'annonce aux apôtres
Céphas (Pierre)1 Co 15, 5 ; Lc 24, 34Le premier témoin apostolique, le renégat relevé
Les deux disciples d'EmmaüsLc 24, 13-35 ; Mc 16, 12-13L'Écriture ouverte, la fraction du pain
Les Onze, le soir de PâquesLc 24, 36-43 ; Jn 20, 19-23Le corps touchable, le don de l'Esprit, la mission du pardon
Les Onze avec ThomasJn 20, 24-29Le doute examiné, la confession de foi
Sept disciples au lac de TibériadeJn 21, 1-23Pierre restauré et chargé du troupeau
Les Onze en GaliléeMt 28, 16-20L'envoi universel et la promesse de présence
Plus de cinq cents frères1 Co 15, 6Le groupe compté, encore vivant vers 55
Jacques, frère du Seigneur1 Co 15, 7L'indifférent devenu chef de Jérusalem
Tous les apôtres1 Co 15, 7Le collège élargi des témoins
Paul, en dernier1 Co 15, 8 ; Ac 9Le persécuteur devenu apôtre

Quarante jours : chronologie et géographie

Un cadre donné par Luc : quarante jours

Luc est le seul à donner au dossier son cadre complet. Au début des Actes, il résume l'intervalle entre la Résurrection et l'Ascension : Jésus, après sa Passion, se présenta vivant aux apôtres avec de nombreuses preuves, leur apparaissant pendant quarante jours et parlant du Royaume de Dieu[73].

« C'est à eux qu'après sa Passion il se présenta vivant, avec de nombreuses preuves, leur apparaissant pendant quarante jours et parlant du Royaume de Dieu. »

Livre des Actes des Apôtres, 1, 3[74]

Ce cadre ordonne ce que les Évangiles racontent sans le dater à chaque fois. Le premier jour concentre le tombeau vide, Marie Madeleine, Emmaüs et le soir au Cénacle. Le huitième jour donne Thomas. Entre Jérusalem et la Galilée se placent le lac de Tibériade, la montagne de l'envoi et, sans date précise, les apparitions aux cinq cents et à Jacques. Le quarantième jour conclut par l'Ascension, qui fait l'objet de L'Ascension de Jésus et n'entre ici que comme borne finale. Paul, des années plus tard, se range lui-même hors de ce cadre, en dernier, sans le confondre avec les quarante jours.

  1. Premier jour, dimanche de Pâques
    Le tombeau vide et les premières rencontres

    De grand matin, les femmes trouvent le tombeau vide ; Marie Madeleine rencontre le Ressuscité au jardin ; Céphas le voit ; le soir, les disciples d'Emmaüs le reconnaissent à la fraction du pain et les Onze le reçoivent portes closes (Jn 20 ; Lc 24).

  2. Huit jours après Pâques
    Thomas avec les Onze

    Les disciples sont de nouveau rassemblés, Thomas présent, et le Ressuscité l'invite à avancer le doigt vers ses plaies ; Thomas répond : mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20, 26-28).

  3. Pendant les quarante jours
    Galilée, lac de Tibériade et envoi

    Au bord du lac, la pêche des cent cinquante-trois poissons et la restauration de Pierre (Jn 21) ; sur la montagne de Galilée, l'envoi à toutes les nations (Mt 28, 16-20) ; les apparitions aux cinq cents frères et à Jacques, sans lieu ni jour précisés (1 Co 15, 6-7).

  4. Quarantième jour
    Le terme des apparitions de Jérusalem

    Après quarante jours d'apparitions et d'enseignement sur le Royaume, le Ressuscité est enlevé au ciel sous les yeux des apôtres : c'est l'Ascension, traitée dans son article propre (Ac 1, 3-11).

  5. Quelques années après
    Paul, le dernier témoin

    Sur le chemin de Damas, le persécuteur rencontre le Ressuscité et se range lui-même en dernier dans la liste, comme un avorton (1 Co 15, 8 ; Ac 9).

Deux pôles : Jérusalem et la Galilée

La géographie des apparitions tient en deux pôles que les récits ne confondent jamais. Jérusalem donne le tombeau, le jardin, la chambre haute, Emmaüs à onze kilomètres et le scandale récent de la Croix : c'est le lieu du danger, où les disciples se verrouillent. La Galilée donne le lac du premier appel, la montagne de l'enseignement et le rendez-vous annoncé dès le matin de Pâques : c'est le lieu de la mission retrouvée, où les pêcheurs redeviennent apôtres.

Ce double ancrage exclut le récit flottant. Les témoins ne voient pas le Ressuscité n'importe où, dans l'exaltation d'un culte nouveau ; ils le rencontrent d'abord là où il est mort et enseveli, devant le tombeau identifiable, puis là où il les avait appelés, dans le pays de leur travail ordinaire. Entre les deux, une route de onze kilomètres faite deux fois dans la même journée, de jour en fuyant et de nuit en courant. La précision des lieux, comme celle des noms, appartient à la forme même du témoignage apostolique : Pierre, dans sa prédication rapportée par Luc, résume que Dieu a ressuscité Jésus et que les apôtres, qui ont mangé et bu avec lui après sa résurrection, en sont les témoins choisis d'avance[75].

Un même corps, transfiguré : la théologie des apparitions

Le même, reconnaissable, et pourtant nouveau

Tout le dossier tient dans une tension que les récits ne relâchent jamais. D'un côté, l'identité est martelée : c'est bien moi, voyez mes mains et mes pieds, touchez et regardez, les plaies de la Croix sont la carte d'identité du Ressuscité[76]. De l'autre, la nouveauté est tout aussi constante : il entre portes closes, il disparaît au moment de la fraction du pain, il n'est pas reconnu d'abord au jardin ni sur la route ni au rivage, Marie Madeleine doit entendre son nom, les disciples d'Emmaüs doivent recevoir l'Écriture et le pain, Pierre doit entendre le filet se remplir pour comprendre.

La théologie catholique lit ces deux séries ensemble, sans en sacrifier aucune. Le corps du Ressuscité est le vrai corps né de la Vierge, crucifié et enseveli, mais passé dans la gloire : il n'est plus soumis à la mort, à la faim par nécessité, aux serrures ni aux distances, sans cesser pour autant d'être chair et os, capable de manger un poisson devant témoins[77]. Le Catéchisme le formule ainsi : la Résurrection du Christ n'a pas été un retour à la vie terrestre, comme pour les résurrections opérées avant Pâques, mais le passage d'un état à un autre, au delà du temps et de l'espace, dans un corps à la fois authentique et doté de propriétés nouvelles[78].

Saint Thomas d'Aquin consacre à ce point une question entière de la Somme : après la résurrection du Christ, il examine la qualité de son corps ressuscité, puis la manière dont cette résurrection s'est manifestée aux disciples[79]. Il en dégage les propriétés que la tradition scolaire rangera sous les quatre dons du corps glorieux, promis à tous les ressuscités dont le Christ est le premier : l'impassibilité, qui ne peut plus souffrir ni mourir ; la clarté, qui rayonne de la gloire de l'âme ; l'agilité, libre à l'égard des distances ; la subtilité, libre à l'égard des obstacles, comme l'entrée portes closes[80]. Les apparitions en fournissent les illustrations une à une : les plaies gardées sans douleur, la reconnaissance voilée puis lumineuse, Emmaüs et Jérusalem dans la même soirée, la chambre verrouillée traversée sans être forcée.

Pourquoi pas une manifestation à tous

Une objection revient depuis l'Antiquité : si Jésus est ressuscité, pourquoi ne s'est-il pas montré à Pilate, au sanhédrin, à tout Jérusalem ? Thomas pose la question dès le premier article de sa question sur la manifestation : la résurrection du Christ devait-elle être manifestée à tous[81] ? Sa réponse suit l'ordre même des récits : la résurrection, qui appartient déjà à la vie glorieuse et non plus à l'ordre commun de ce monde, ne devait pas être prouvée par une exhibition publique permanente, mais manifestée à des témoins choisis, dont le témoignage fonderait la foi de tous les autres[82].

Saint Augustin avait déjà rangé la matière dans son harmonie des évangélistes, en comparant les notices des quatre Évangiles avec Paul et les Actes pour établir l'ordre des manifestations, des premières aux dernières[83]. Le choix des témoins n'est pas un défaut du dossier, c'est sa forme juridique : Dieu, qui avait choisi des témoins pour l'Incarnation cachée de Bethléem, choisit des témoins pour la Résurrection, et les envoie. La foi de l'Église entière repose ainsi, de manière assumée et vérifiable dans les textes, sur une chaîne courte : des hommes et des femmes nommés ont vu, puis ont dit, puis sont morts en le disant.

Cause de notre résurrection, prémices de ceux qui dorment

Paul ne sépare jamais les apparitions de leur fruit. Le même chapitre qui aligne les témoins enchaîne : le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis, et comme tous meurent en Adam, tous recevront la vie dans le Christ[84]. Sans résurrection, ajoute-t-il avec une franchise qui ruine les lectures symboliques, la prédication est vide, la foi est vaine, les apôtres sont de faux témoins et les morts en Christ sont perdus[85].

« Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. »

Première lettre aux Corinthiens, 15, 14[86]

Le Catéchisme reprend cette architecture : événement historique attesté par le tombeau vide et les rencontres, la Résurrection est en même temps, au cœur du mystère de la foi, une transcendance qui dépasse l'histoire sans cesser de s'y inscrire par des témoins[87]. Elle est enfin l'œuvre commune de la Trinité et la promesse de la nôtre : le baptisé, enseveli avec le Christ par le baptême, est appelé à marcher en vie nouvelle dès ici-bas, en attendant de ressusciter avec lui[88]. Les apparitions ne sont donc pas seulement des preuves alignées pour convaincre un sceptique ; elles sont la première forme de la vie du monde à venir, montrée quarante jours à ceux qui devront l'annoncer.

Ce que l'Église célèbre : les apparitions dans la liturgie

L'octave et les dimanches du temps pascal

L'Église ne range pas ces récits dans un chapitre d'histoire ancienne : elle les relit chaque année, dans l'ordre même des rencontres. Pendant l'octave de Pâques, la liturgie latine fait entendre successivement les femmes au tombeau, Marie Madeleine au jardin, les disciples d'Emmaüs, l'apparition au milieu des disciples, le lac de Tibériade et le résumé de Marc : la semaine qui suit Pâques refait, jour après jour, le chemin des premiers témoins[89]. Le deuxième dimanche de Pâques donne Thomas et la béatitude de ceux qui croient sans avoir vu, et l'Église y célèbre la Divine Miséricorde, le Ressuscité aux plaies ouvertes se tenant au milieu des siens[90].

Le temps pascal prolonge cette lecture pendant cinquante jours, jusqu'à la Pentecôte : les Actes des Apôtres y tiennent la première lecture, comme le récit continu de ce que les témoins ont fait de ce qu'ils avaient vu, et les évangiles des dimanches reviennent aux apparitions, au Bon Pasteur et aux adieux du Cénacle[91]. La structure est une catéchèse : avant de raconter l'Église, la liturgie refait entendre, chaque printemps, les quarante jours qui l'ont fondée.

Regina Caeli et Via Lucis : prier avec les témoins

Deux formes de prière populaire portent la mémoire des apparitions. Pendant tout le temps pascal, l'antienne Regina Caeli remplace l'Angélus : l'Église s'y adresse à la Reine du ciel en la félicitant de la Résurrection de son Fils, et la tradition la chante depuis le cœur du Moyen Âge dans la prière du soir des communautés religieuses avant sa diffusion universelle[92]. Le cri en est simple : celui que tu as mérité de porter est ressuscité comme il l'avait dit.

Plus récente, la Via Lucis, ou chemin de lumière, transpose au temps pascal la forme du chemin de croix : quatorze stations méditent les apparitions du Ressuscité, du tombeau vide à la Pentecôte, en suivant les récits des Évangiles et des Actes[93]. Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie, publié par la Congrégation pour le culte divin en décembre 2001, la recommande explicitement : en méditant les apparitions du Christ ressuscité, les fidèles sont conduits à témoigner à leur tour de la résurrection[94]. La dévotion dit exactement la doctrine de cet article : les apparitions ne se contemplent pas comme un album fermé, elles envoient ceux qui les méditent.

Objections, débat historico-critique et limites

Objection première : le corps volé

L'objection la plus ancienne est déjà dans l'Évangile. Matthieu rapporte que les gardes, venus annoncer le tombeau vide aux grands prêtres, reçoivent de l'argent pour dire que les disciples sont venus de nuit voler le corps pendant leur sommeil, et il note que ce récit s'est répandu jusqu'à ce jour[95]. La polémique est donc contemporaine des faits revendiqués : dès le Ier siècle, le tombeau vide est un fait disputé, non une invention tardive que personne n'aurait contestée.

La réponse tient aux témoins eux-mêmes. Des voleurs de corps ne meurent pas pour un mensonge qu'ils ont fabriqué ; un Pierre qui vient de renier par peur ne devient pas, en quelques semaines, le prédicateur public de Jérusalem, au lieu même du tombeau gardé, sans qu'on lui oppose le corps. Surtout, le vol explique au mieux un tombeau vide ; il n'explique ni les rencontres répétées, ni Jacques, ni Paul, ni la transformation durable d'un groupe dispersé en témoins organisés autour d'une liste de noms que Paul peut encore citer vingt ans après.

Objection deuxième : une mort apparente

La théorie d'un Jésus seulement évanoui, ranimé par la fraîcheur du tombeau, a circulé sous des formes savantes ou romanesques. Elle se heurte à la chaîne entière des gestes racontés : flagellation, crucifixion constatée, coup de lance chez Jean, vérification par le centurion chez Marc, corps lié de linges et chargé d'aromates, pierre roulée[96]. Un survivant défiguré, rampant hors d'un tombeau gardé, aurait inspiré la pitié et le soin, non l'annonce d'un Seigneur glorieux entrant portes closes et mangeant par condescendance. Les apparitions décrivent un vivant transfiguré, pas un rescapé convalescent ; il faudrait donc ajouter au réveil improbable une métamorphose de la perception de tous les témoins, ce qui déplace l'hypothèse sans la rendre plus simple.

Objection troisième : visions, hallucinations et attente déçue

L'explication par la vision subjective a une longue histoire : les disciples, bouleversés, auraient projeté leur espérance ou leur culpabilité en apparitions, puis la communauté aurait transformé ces expériences intérieures en récits de rencontres. David Friedrich Strauss, au XIXe siècle, a donné à cette lecture sa forme mythique classique, et une partie de l'exégèse moderne l'a reprise sous des vocabulaires psychologiques ou sociologiques variés[97].

Elle achoppe sur la diversité même des témoins alignés par les sources. Une hallucination est individuelle et contagieuse seulement dans des conditions étroites ; elle ne se produit pas à la fois chez une femme seule au jardin, deux marcheurs déçus qui ne reconnaissent pas leur compagnon, onze hommes verrouillés qui croient voir un esprit, un absent qui pose ses conditions, cinq cents frères réunis, un frère indifférent et un persécuteur en mission. Elle n'explique ni le tombeau vide, que les adversaires eux-mêmes discutent dès Matthieu, ni pourquoi des Juifs du Ier siècle auraient inventé une résurrection individuelle avant la fin des temps, catégorie que leur cadre religieux ne prévoyait pas ainsi. Elle suppose enfin que le deuil produit naturellement la foi en un corps glorieux touchable et mangeant, alors que les récits montrent partout le mouvement inverse : l'incrédulité d'abord, la reconnaissance ensuite, et souvent contre l'attente des témoins.

Objection quatrième : des récits contradictoires, donc légendaires

Les divergences entre les quatre récits sont réelles : le nombre et les noms des femmes varient, les allées et venues au tombeau ne se superposent pas au pas près, l'ordre des apparitions entre Jérusalem et la Galilée demande un travail d'harmonisation que saint Augustin déjà entreprenait avec soin[98]. Une lecture pressée en conclut que des témoins qui divergent sur les circonstances ne peuvent pas s'accorder sur le fait.

La conclusion dépasse sa prémisse. Des récits indépendants qui raconteraient une invention concertée convergeraient sur les détails contrôlables ; des témoignages distincts convergent sur le noyau et divergent sur l'ordre, les messagers et les itinéraires, comme le font les dépositions d'un même événement vues de places différentes. Augustin ne cache pas ces écarts : il les compare notice par notice, y compris avec Paul et les Actes, et maintient l'harmonie sur la succession des manifestations principales[99]. La critique honnête peut discuter telle harmonisation particulière ; elle ne peut pas transformer la présence de variantes, qui est la condition ordinaire du témoignage ancien, en preuve d'absence d'événement.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire les apparitions comme la mise en récit, une génération après les faits, d'expériences visionnaires des premiers disciples, dans des Évangiles rédigés tardivement par des communautés anonymes plutôt que par les témoins nommés par la tradition. Rudolf Bultmann a donné à ce programme sa forme la plus influente au XXe siècle : le kérygme pascal compterait comme parole de foi, tandis que les récits d'apparitions relèveraient d'une objectivation secondaire à démythologiser[100]. Présentée loyalement, cette lecture a le mérite de prendre au sérieux la forme littéraire des récits et la distance entre l'événement et sa rédaction finale.

Ses limites doivent être dites avec la même loyauté. Elle repose souvent sur des reconstructions hypothétiques de traditions orales que personne n'a conservées, sur des datations circulaires où l'on date les textes par la théologie qu'on leur prête puis l'on prouve cette théologie par ces dates, et sur un présupposé qui écarte d'avance la prophétie précise et le miracle comme possibilités historiques[101]. Elle fait un usage massif de l'argument du silence : Marc s'arrêterait au tombeau vide, donc les apparitions seraient un ajout ; Paul ignorerait le tombeau vide, donc il l'ignorerait vraiment. Elle extrapole à partir d'indices incomplets, la finale de Marc ou une variante de femmes, jusqu'à reconstruire une histoire complète des origines chrétiennes. Elle traite enfin la Tradition qui nomme Matthieu, Marc, Luc et Jean comme suspecte par principe, tout en accordant un crédit considérable à des communautés anonymes dont elle ne peut citer ni le lieu ni le chef.

Benoît XVI a mis en garde, dans son exhortation sur la Parole de Dieu, contre une exégèse qui dissoudrait le texte en strates savantes sans jamais rencontrer les personnes ni l'événement qu'elles attestent[102]. La position traditionnelle reste défendable aujourd'hui pour des raisons positives, et non par refus de la critique : une formule reçue et datée des premières années nomme déjà les témoins ; des récits indépendants convergent sur le noyau en divergeant sur les détails ; les témoins sont embarrassants, lents et transformés contre leur attente ; deux des plus grands, Jacques et Paul, viennent de l'indifférence et de la persécution ; et l'Église qui naît de ces rencontres les relit chaque année, dans l'ordre, sans jamais avoir eu besoin de cacher les doutes de Thomas ni les reniements de Pierre. C'est ce faisceau, et non un récit isolé, que le lecteur est invité à peser.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Première lettre aux Corinthiens, 15, 3-5, traduction AELF : Paul transmet ce qu'il a reçu, le Christ mort pour nos péchés, enseveli, ressuscité le troisième jour, apparu à Céphas puis aux Douze. Formule reçue des premiers témoins, citée vers le milieu des années 50.

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  2. Première lettre aux Corinthiens, 15, 6-8, traduction AELF : plus de cinq cents frères à la fois, la plupart encore vivants, puis Jacques, puis tous les apôtres, puis Paul en dernier.

    3
  3. Première lettre aux Corinthiens, 11, 23 et 15, 3 : les verbes transmettre et recevoir désignent chez Paul la remise fidèle d'un enseignement reçu, selon l'usage juif de la tradition.

    4
  4. Lettre aux Galates, 1, 18-19, traduction AELF : trois ans après sa conversion, Paul monte à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas et reste quinze jours auprès de lui ; il ne voit aucun autre apôtre, sinon Jacques, le frère du Seigneur.

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  5. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publia chez les Hébreux, Marc transmit après le départ de Pierre et Paul, Luc compagnon de Paul consigna l'Évangile prêché, Jean publia le sien à Éphèse. Témoin direct de Polycarpe, lui-même disciple de Jean.

    6 7
  6. Papias, rapporté par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : Marc, interprète de Pierre, écrivit exactement sans ordre ce qu'il retenait de la prédication ; Matthieu recueillit les paroles du Seigneur en langue hébraïque.

    8
  7. Fragment de Muratori, fin du IIe siècle, canon romain : Luc comme troisième Évangile, Jean comme quatrième, composé à la demande de ses condisciples et évêques.

    9
  8. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : le canon reçoit les livres saints en entier avec toutes leurs parties.

    10 19
  9. Papyrus P52, fragment de Jn 18 copié vers 125, conservé à Manchester ; papyrus P75, codex Bodmer du début du IIIe siècle contenant Luc et Jean : la diffusion loin du lieu d'origine suppose l'ancienneté de la rédaction.

    11
  10. Commission Biblique Pontificale, décret du 29 mai 1907 sur le quatrième évangile : il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur d'un récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur.

    12
  11. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 19, 18 novembre 1965 : l'Église affirme sans hésiter l'historicité des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné.

    13 14
  12. Finale longue de Marc (Mc 16, 9-20) absente des codex Sinaïticus et Vaticanus (IVe siècle) et de quelques témoins anciens qui s'arrêtent à Mc 16, 8 ; question textuelle connue et discutée depuis l'Antiquité.

    15
  13. Eusèbe de Césarée, Questions à Marin ; saint Jérôme, lettres sur le texte de Marc : les anciens connaissent la diversité des exemplaires au sujet de la finale de Marc et la discutent ouvertement.

    16
  14. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 10, 5, vers 180 : citation de Mc 16, 19, le Seigneur Jésus enlevé au ciel et assis à la droite de Dieu, attribuée expressément à Marc, avant les grands codex qui omettent la finale.

    17
  15. Lectionnaire latin : la finale de Marc (Mc 16, 15-20) est l'évangile traditionnel de la fête de l'Ascension, et son résumé pascal est lu le samedi de l'octave de Pâques.

    18
  16. Évangile selon saint Marc, 16, 1-6 ; Évangile selon saint Luc, 24, 1-10 ; Évangile selon saint Jean, 20, 1, traduction AELF : le premier jour de la semaine, de grand matin, les femmes viennent au tombeau avec les aromates et le trouvent vide.

    20
  17. Évangile selon saint Matthieu, 28, 5-7 ; Évangile selon saint Marc, 16, 6-7, traduction AELF : il est ressuscité, il vous précède en Galilée, dites à ses disciples et à Pierre qu'il les y attend.

    21
  18. Évangile selon saint Jean, 20, 3-8, traduction AELF : Pierre et l'autre disciple courent au tombeau, voient les linges et le suaire roulé à part ; le disciple bien-aimé vit et crut.

    22
  19. Évangile selon saint Jean, 20, 11-16, traduction AELF : Marie Madeleine pleure près du tombeau, se retourne, prend le Ressuscité pour le jardinier, puis le reconnaît à son nom, Marie, et répond Rabbouni.

    23 24
  20. Évangile selon saint Jean, 20, 17, traduction AELF : ne me retiens pas, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.

    25
  21. Évangile selon saint Jean, 20, 18, traduction AELF : Marie Madeleine vient annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur et ce qu'il lui a dit.

    26
  22. Évangile selon saint Marc, 16, 9-11, traduction AELF : ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus apparut d'abord à Marie Madeleine, dont il avait expulsé sept démons ; elle alla l'annoncer à ceux qui étaient dans le deuil et les larmes.

    27
  23. Évangile selon saint Matthieu, 28, 8-10, traduction AELF : les femmes quittent le tombeau, Jésus vient à leur rencontre, elles saisissent ses pieds et se prosternent ; il les charge d'avertir ses frères de se rendre en Galilée.

    28
  24. Catéchisme de l'Église catholique, 641 : Marie Madeleine et les saintes femmes, venues achever l'onction du corps de Jésus, sont les premières à rencontrer le Ressuscité ; les femmes sont les premières messagères de la Résurrection pour les apôtres eux-mêmes.

    29
  25. Évangile selon saint Luc, 24, 33-34, traduction AELF : au retour d'Emmaüs, les deux disciples trouvent les Onze assemblés qui déclarent que le Seigneur est ressuscité et qu'il est apparu à Simon.

    31 32
  26. Évangile selon saint Luc, 24, 13-24, traduction AELF : deux disciples vers Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem, racontent au voyageur inconnu le prophète puissant, la condamnation, la crucifixion et le tombeau vide rapporté par les femmes.

    34
  27. Évangile selon saint Luc, 24, 25-27, traduction AELF : esprits sans intelligence, lents à croire ; il fallait que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ; depuis Moïse et les prophètes, il leur interpréta ce qui le concernait dans toute l'Écriture.

    35
  28. Évangile selon saint Luc, 24, 32, traduction AELF : notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures.

    36
  29. Évangile selon saint Luc, 24, 30-31, traduction AELF : à table, il prend le pain, dit la bénédiction, le rompt et le leur donne ; alors leurs yeux s'ouvrent et ils le reconnaissent, mais il disparaît à leurs regards.

    37
  30. Évangile selon saint Luc, 24, 33-35, traduction AELF : à l'instant même, ils se lèvent et retournent à Jérusalem ; ils racontent ce qui s'est passé sur la route et comment ils l'ont reconnu à la fraction du pain.

    38
  31. Évangile selon saint Marc, 16, 12-13, traduction AELF : Jésus se manifesta sous un autre aspect à deux d'entre eux en chemin vers la campagne ; ils revinrent l'annoncer, et on ne les crut pas davantage.

    39
  32. Évangile selon saint Jean, 20, 19-20, traduction AELF : le soir du premier jour, les portes verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vient au milieu des disciples : la paix soit avec vous ; il leur montre ses mains et son côté.

    40
  33. Évangile selon saint Luc, 24, 36-40, traduction AELF : saisis de frayeur, ils croient voir un esprit ; voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi, touchez-moi, un esprit n'a pas de chair ni d'os.

    41 42 76
  34. Évangile selon saint Luc, 24, 41-43, traduction AELF : dans leur joie, ils n'arrivent pas encore à croire ; il demande à manger et prend devant eux un morceau de poisson grillé.

    43
  35. Évangile selon saint Jean, 20, 21-23, traduction AELF : comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie ; il souffle sur eux : recevez l'Esprit Saint ; à qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis.

    44
  36. Évangile selon saint Luc, 24, 44-48, traduction AELF : il ouvre leur intelligence aux Écritures ; la conversion sera proclamée en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem ; vous en êtes les témoins.

    45
  37. Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Smyrniotes, 3, 1-3, vers 110 : après sa résurrection, le Christ mangea et but avec les siens comme un être de chair, bien qu'il fût spirituellement uni au Père ; polémique ancienne contre la réduction du Ressuscité à une apparence.

    46
  38. Évangile selon saint Jean, 20, 24-25, traduction AELF : Thomas, absent le soir de Pâques, exige de voir la marque des clous et de mettre la main dans le côté du Ressuscité pour croire.

    47
  39. Évangile selon saint Jean, 20, 26, traduction AELF : huit jours plus tard, les disciples sont de nouveau dans la maison, Thomas avec eux, les portes fermées, et Jésus vient au milieu d'eux.

    48
  40. Évangile selon saint Jean, 20, 27, traduction AELF : avance ton doigt ici, vois mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté, cesse d'être incrédule, sois croyant.

    49
  41. Évangile selon saint Jean, 20, 28, traduction AELF : Thomas répond, mon Seigneur et mon Dieu.

    50
  42. Évangile selon saint Jean, 20, 29, traduction AELF : parce que tu m'as vu, tu crois ; heureux ceux qui croient sans avoir vu.

    51
  43. Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, homélie 26, sur Jn 20 : l'incrédulité de Thomas, en palpant les cicatrices du Ressuscité, guérit les blessures de notre incrédulité ; son doute sert la foi des absents.

    52
  44. Évangile selon saint Jean, 21, 14, traduction AELF : c'est la troisième fois que Jésus ressuscité d'entre les morts se manifesta à ses disciples, au bord de la mer de Tibériade.

    53
  45. Évangile selon saint Jean, 21, 4-11, traduction AELF : la nuit sans prise, le filet jeté à droite, cent cinquante-trois gros poissons, et le filet ne se déchire pas.

    54
  46. Évangile selon saint Jean, 21, 7, traduction AELF : le disciple bien-aimé dit à Pierre, c'est le Seigneur ; Simon-Pierre se jette à l'eau.

    55
  47. Évangile selon saint Jean, 21, 9-13, traduction AELF : sur la rive, un feu de braise avec du poisson et du pain ; Jésus prend le pain et le leur donne, de même que le poisson.

    56
  48. Évangile selon saint Jean, 18, 17-27 et 21, 15-17 : trois reniements près du feu dans la cour du grand prêtre, trois demandes d'amour près du feu de braise du rivage.

    57
  49. Évangile selon saint Jean, 21, 15-17, traduction AELF : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ; sois le berger de mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis, sois le berger de mes brebis.

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  50. Évangile selon saint Matthieu, 28, 16, traduction AELF : les onze disciples se rendent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.

    60
  51. Évangile selon saint Matthieu, 28, 17, traduction AELF : quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.

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  52. Évangile selon saint Matthieu, 28, 18-20, traduction AELF : tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre ; allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde.

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  53. Première lettre aux Corinthiens, 15, 6, traduction AELF : ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, la plupart d'entre eux vivent encore, quelques-uns se sont endormis.

    64
  54. Première lettre aux Corinthiens, 15, 7, traduction AELF : ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

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  55. Lettre aux Galates, 1, 19 et 2, 9, traduction AELF : Jacques, le frère du Seigneur, visité par Paul avec Céphas ; Jacques, Céphas et Jean regardés comme des colonnes de l'Église.

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  56. Évangile selon saint Marc, 3, 21 et 6, 3-4 ; Évangile selon saint Jean, 7, 5, traduction AELF : pendant la vie publique, la parenté de Jésus s'étonne ou cherche à le saisir, et ses frères ne croyaient pas en lui.

    67
  57. Hégésippe, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23 : Jacques, frère du Seigneur, surnommé le Juste, chef de l'Église de Jérusalem, respecté pour sa piété par les Juifs eux-mêmes.

    68
  58. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23 ; Flavius Josèphe, Antiquités juives, XX, 200 : la mort violente de Jacques, frère de Jésus, à Jérusalem, au Ier siècle.

    69
  59. Première lettre aux Corinthiens, 15, 8-9, traduction AELF : en tout dernier lieu, il est même apparu à moi, qui suis comme un avorton, le plus petit des apôtres, indigne de ce nom pour avoir persécuté l'Église de Dieu.

    70
  60. Livre des Actes des Apôtres, 9, 3-6 ; 22, 6-10 ; 26, 13-18 : les trois récits de la rencontre de Damas, lumière, voix, nom de Jésus et envoi vers les nations.

    71
  61. Première lettre aux Corinthiens, 9, 1, traduction AELF : ne suis-je pas libre, ne suis-je pas apôtre, n'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur.

    72
  62. Livre des Actes des Apôtres, 1, 3, traduction AELF : après sa Passion, il se présenta vivant aux apôtres avec de nombreuses preuves, leur apparaissant pendant quarante jours et parlant du Royaume de Dieu.

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  63. Livre des Actes des Apôtres, 10, 39-41, traduction AELF : Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour et lui a donné de se manifester, non à tout le peuple, mais aux témoins choisis d'avance, qui ont mangé et bu avec lui après sa résurrection.

    75
  64. Catéchisme de l'Église catholique, 645-646 : le corps ressuscité du Christ est le vrai corps crucifié portant les traces de la Passion, participant à la vie divine avec les propriétés d'un corps glorieux, libre dans l'Esprit.

    77
  65. Catéchisme de l'Église catholique, 646 : la Résurrection du Christ n'a pas été un retour à la vie terrestre, comme celles de Lazare, de la fille de Jaïre et du jeune homme de Naïm, mais un passage à une vie au delà du temps et de l'espace.

    78
  66. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, questions 53 à 56 : la résurrection du Christ, la qualité de son corps ressuscité, la manifestation de sa résurrection et sa causalité à l'égard de la nôtre.

    79
  67. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplément, questions 82 à 85, tradition scolaire des quatre dons du corps glorieux : impassibilité, subtilité, agilité et clarté, dont le corps du Christ ressuscité est le modèle.

    80
  68. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, question 55, article 1 : la résurrection du Christ devait-elle être manifestée à tous ; examen des apparitions aux témoins.

    81
  69. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, question 55, articles 1 à 6 : pourquoi la manifestation se fait à des témoins choisis, sous quelles preuves, corporelles et scripturaires, le Ressuscité s'est fait reconnaître.

    82
  70. Saint Augustin, De consensu evangelistarum, livre III, chapitre 25 : comparaison des notices des quatre Évangiles, de Paul et des Actes sur les manifestations du Ressuscité, et établissement de leur ordre.

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  71. Première lettre aux Corinthiens, 15, 20-23, traduction AELF : le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis ; comme tous meurent en Adam, tous recevront la vie dans le Christ.

    84
  72. Première lettre aux Corinthiens, 15, 14-19, traduction AELF : si le Christ n'est pas ressuscité, la proclamation est sans contenu, la foi est vaine, les apôtres sont de faux témoins et ceux qui se sont endormis en Christ sont perdus.

    85 86
  73. Catéchisme de l'Église catholique, 647-648 : la Résurrection, événement historique attesté par les disciples qui ont réellement fait l'expérience du Ressuscité, est en même temps un événement transcendant qui dépasse et surpasse l'histoire.

    87
  74. Lettre aux Romains, 6, 3-4, traduction AELF : par le baptême dans la mort du Christ, nous avons été ensevelis avec lui, pour marcher en vie nouvelle comme le Christ est ressuscité des morts.

    88
  75. Lectionnaire du missel romain, octave de Pâques : lundi, les femmes au tombeau (Mt 28) ; mardi, Marie Madeleine (Jn 20) ; mercredi, Emmaüs (Lc 24) ; jeudi, l'apparition aux disciples (Lc 24) ; vendredi, le lac de Tibériade (Jn 21) ; samedi, le résumé de Marc (Mc 16).

    89
  76. Deuxième dimanche de Pâques, évangile de Thomas (Jn 20, 19-31) ; saint Jean-Paul II, dimanche de la Divine Miséricorde institué lors de la canonisation de sainte Faustine, le 30 avril 2000.

    90
  77. Normes universelles de l'année liturgique, temps pascal de cinquante jours jusqu'à la Pentecôte : lectures des Actes des Apôtres en première lecture et évangiles des apparitions et des adieux aux dimanches.

    91
  78. Antienne mariale Regina Caeli, chantée pendant tout le temps pascal à la place de l'Angélus : réjouis-toi, Reine du ciel, celui que tu as mérité de porter est ressuscité comme il l'avait dit.

    92
  79. Via Lucis, chemin de lumière en quatorze stations, du tombeau vide à la Pentecôte, méditant les apparitions du Ressuscité selon les Évangiles et les Actes, en pendant pascal du chemin de croix.

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  80. Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, décembre 2001, 153 : la Via Lucis, exercice de piété récente, médite les apparitions de Jésus de sa Résurrection à son Ascension et dispose les fidèles au témoignage.

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  81. Évangile selon saint Matthieu, 28, 11-15, traduction AELF : les gardes annoncent le tombeau vide aux grands prêtres, reçoivent de l'argent pour dire que les disciples ont volé le corps pendant leur sommeil ; récit répandu, note Matthieu, jusqu'à ce jour.

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  82. Évangile selon saint Marc, 15, 42-47 ; Évangile selon saint Jean, 19, 31-42, traduction AELF : mort constatée par le centurion et par le coup de lance, corps enveloppé de linges avec les aromates selon la coutume juive et déposé dans le tombeau neuf.

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  83. David Friedrich Strauss, La Vie de Jésus examinée de manière critique, 1835-1836 : lecture mythique des récits évangéliques, dont les apparitions relues comme visions subjectives des disciples ; forme classique de l'hypothèse visionnaire reprise ensuite sous des vocabulaires variés.

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  84. Saint Augustin, De consensu evangelistarum, livre III, chapitre 25 : les divergences d'ordre et de détail entre évangélistes sont examinées notice par notice, sans dissimuler les écarts, et l'accord est maintenu sur la succession des apparitions principales.

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  85. Rudolf Bultmann, programme de démythologisation, conférence de 1941 et travaux sur le Nouveau Testament : distinction entre le kérygme de foi et les récits d'apparitions tenus pour des objectivations secondaires ; influence majeure sur une partie de l'exégèse du XXe siècle.

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  86. Fragilités récurrentes des reconstructions critiques : hypothèses de traditions orales non conservées, datations circulaires, présupposé écartant d'avance la prophétie précise et le miracle, argument du silence, extrapolation à partir d'indices incomplets, Tradition traitée comme suspecte par principe.

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  87. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : mise en garde contre une exégèse qui réduirait le texte sacré à des strates et des reconstructions sans rencontrer l'événement ni les personnes qui l'attestent.

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