Sainte Marie-Madeleine, la Magdaléenne de Galilée, est la première personne à qui le Christ ressuscité se montre : au matin de Pâques, seule devant le tombeau vide, elle entend son nom, reconnaît son Maître et reçoit l'ordre de porter la nouvelle aux apôtres[1]. C'est pour cette mission que la tradition l'appelle l'apôtre des apôtres, titre que saint Thomas d'Aquin emploie littéralement et que le décret romain de 2016 reprend à son compte[2][3].
Délivrée de sept démons, disciple qui suit Jésus sur les routes de Galilée et le sert de ses biens, restée au pied de la croix quand les disciples fuient, présente à la mise au tombeau : tout le Nouveau Testament la montre là où les autres manquent[4]. Le pape François a élevé sa mémoire du 22 juillet au rang de fête en 2016, l'égalant aux fêtes des apôtres[5].
Cet article la présente comme personnage de l'Écriture reçue par l'Église : chaque passage qui la nomme, les Évangiles qui la racontent avec l'attribution et la datation que la tradition leur reconnaît, les témoins anciens qui les garantissent, la grande question de son identité, la théologie de sa mission, l'usage que la liturgie fait de sa figure, puis, en fin de parcours, les apocryphes gnostiques et les objections de l'exégèse moderne avec leurs limites. Ce que la Tradition ajoute après le Nouveau Testament (Éphèse, la Provence) est résumé en une section courte.
La place de Marie-Madeleine dans le Nouveau Testament
Douze mentions dans les quatre Évangiles
Le Nouveau Testament nomme Marie-Madeleine douze fois, et aucun autre Évangile ne l'ignore : Matthieu, Marc, Luc et Jean la citent tous[6]. Le tableau suivant rassemble tous les passages : c'est toute la matière scripturaire sur elle, et elle dessine trois moments, la délivrance et le service en Galilée, la fidélité au pied de la croix, et la primauté au matin de Pâques.
| Corpus | Passage | Ce que Marie-Madeleine y fait |
|---|---|---|
| Lc 8, 1-3 | Sur les routes de Galilée | Suit Jésus avec les Douze et les saintes femmes, le sert de ses biens, après la sortie des sept démons |
| Mc 15, 40 | Au pied de la croix | Regarde de loin avec Marie mère de Jacques et Salomé |
| Mt 27, 55-56 | Au pied de la croix | Parmi les femmes venues de Galilée qui servaient Jésus |
| Jn 19, 25 | Au pied de la croix | Debout près de la croix avec la Mère de Jésus et Marie de Cléophas |
| Mc 15, 47 | À la mise au tombeau | Regarde où l'on dépose le corps, avec Marie mère de Joset |
| Mt 27, 61 | Devant le sépulcre | Assise en face du tombeau avec l'autre Marie |
| Lc 23, 55 - 24, 10 | Au tombeau vide | Parmi les femmes qui trouvent la pierre roulée et annoncent tout aux Onze |
| Mt 28, 1-10 | Au tombeau vide | Avec l'autre Marie : voit l'ange, rencontre Jésus, se prosterne, reçoit l'envoi vers les frères |
| Mc 16, 1-9 | Au tombeau vide | Achète les aromates, trouve le tombeau ouvert, voit Jésus ressuscité la première |
| Jn 20, 1-18 | Au tombeau vide | Court prévenir Pierre et Jean, reste à pleurer, voit deux anges, reconnaît Jésus qui l'appelle par son nom, l'annonce aux disciples |
Deux remarques s'imposent. D'abord, Madeleine ne manque aucun des trois rendez-vous décisifs : la croix, le tombeau, la Résurrection. Ensuite, c'est Jean qui lui donne sa plus grande scène : tout le récit du matin de Pâques au chapitre 20 repose sur elle, et sans le quatrième Évangile on ignorerait le dialogue du jardinier, le nom prononcé et l'envoi. Toute la figure scripturaire de Madeleine tient donc, comme celle d'André, à la confiance accordée au témoignage johannique.
Marie dite la Magdaléenne : que veut dire le surnom
L'Évangile ne lui donne ni père ni mari ni enfant : il la désigne par son lieu, Magdala, ville de pêcheurs sur la rive ouest du lac de Tibériade[7]. Le nom sémitique Migdal signifie la tour, et la ville vivait de la pêche et de la salaison du poisson. Les fouilles de l'Autorité israélienne des antiquités y ont mis au jour en 2009 une synagogue du temps du Second Temple, avec la fameuse pierre de Magdala sculptée d'une ménorah, la plus ancienne représentation de ce type trouvée dans une synagogue, puis en 2021 une seconde synagogue de la même époque : Magdala était une bourgade juive vivante et pieuse au temps de Jésus[8][9].
La Catholic Encyclopedia signale une autre explication possible, tirée du Talmud, qui rapproche Magdalena d'une expression désignant une femme aux cheveux bouclés, glosée comme une adultère[10]. Mais l'Évangile ne dit rien de tel : il présente simplement une Galiléenne délivrée, devenue disciple, qui a des biens et s'en sert pour le Royaume.
Délivrée des sept démons, disciple qui suit et qui sert
Luc 8, 1-3 : les femmes du ministère galiléen
La première apparition de Madeleine ouvre le chapitre 8 de saint Luc. Jésus traverse villes et villages avec les Douze, et des femmes marchent avec eux, guéries d'esprits mauvais et de maladies : parmi elles, au premier rang, Marie dite Madeleine[11].
« Ainsi que des femmes guéries de maladies et d'esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres qui les servaient de leurs biens. »
- Évangile selon saint Luc 8, 2-3[12]
Trois détails comptent. D'abord, Madeleine est citée la première de toutes les femmes, signe de sa place éminente dans le groupe. Ensuite, elle a des biens : elle n'est pas une mendiante recueillie, mais une femme de quelque condition qui finance la mission. Enfin, elle suit : le verbe est le même que pour les disciples. L'Évangile montre ainsi, dès la Galilée, une femme disciple à part entière, avant même la croix et le tombeau.
Les sept démons : ce que le texte dit et ne dit pas
Luc et Marc disent exactement ceci : sept démons étaient sortis d'elle[13][14]. Le texte ne dit ni quel mal la possédait, ni quel péché elle avait commis, ni qu'elle fût prostituée. Dans la Bible, le chiffre sept marque une totalité : une possession complète, donc une délivrance complète. Tout le reste, le passé de péché, la prostitution, l'adultère, vient de la tradition latine postérieure, non du verset lui-même. Un lecteur honnête doit tenir les deux bouts : le verset atteste une grande misère guérie, il ne raconte aucune biographie scandaleuse.
Une précision de critique textuelle, à connaître sans s'en troubler : le verset de Marc sur les sept démons (Mc 16, 9) appartient à la finale longue de Marc (16, 9-20), absente des deux plus anciens manuscrits grecs conservés. Mais cette finale est reçue dans le canon depuis toujours, proclamée dans la liturgie et confirmée par le concile de Trente avec tous les livres reçus : le catholique la lit comme Écriture, et Luc 8, 2, lui, ne fait l'objet d'aucune contestation manuscrite[15].
Au pied de la croix et devant le tombeau
Restée quand les disciples fuient
Au soir du Vendredi saint, les hommes ont fui : seul Jean reste parmi les apôtres. Les femmes, elles, sont là, et Madeleine est nommée dans les quatre récits de la Passion[16]. Le tableau suivant compare les quatre listes : on y voit que chaque évangéliste la place au premier rang du groupe fidèle.
| Évangéliste | Passage | La place de Madeleine |
|---|---|---|
| Matthieu | 27, 55-56 | Parmi les femmes venues de Galilée, nommée la première |
| Marc | 15, 40 | Regarde de loin, nommée la première des trois |
| Luc | 23, 49 | Les femmes venues avec lui depuis la Galilée regardent à distance |
| Jean | 19, 25 | Debout près de la croix, nommée après la Mère de Jésus |
Saint Jean-Paul II tire la leçon de ce contraste entre la fuite des hommes et la fidélité des femmes :
« Parmi les Apôtres, seul Jean est resté fidèle. Par contre les femmes sont nombreuses. [...] On voit qu'au cours de cette épreuve de la foi et de la fidélité, qui fut la plus dure, les femmes se montrèrent plus fortes que les Apôtres. »
- Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Mulieris Dignitatem, n° 13, 15 août 1988[17]
La mise au tombeau : dernière au Calvaire, première au sépulcre
Madeleine voit déposer le corps (Mc 15, 47), reste assise en face du tombeau (Mt 27, 61), note l'endroit exact pour revenir après le sabbat (Lc 23, 55-56). Elle est la dernière au Calvaire le vendredi soir et la première au sépulcre le dimanche matin : cette continuité fait d'elle le témoin qui relie la mort et la Résurrection, celle qui peut garantir que le tombeau trouvé vide est bien celui où l'on avait déposé le Seigneur.
Première témoin de la Résurrection : l'apôtre des apôtres
Le matin de Pâques selon saint Jean
Le chapitre 20 de saint Jean est la plus belle page sur Madeleine, et l'une des plus belles de tout l'Évangile. Venue de grand matin alors qu'il fait encore sombre, elle trouve la pierre enlevée, court prévenir Pierre et Jean, revient seule, pleure, se penche, voit deux anges, puis un homme qu'elle prend pour le jardinier[18].
« Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as déposé, et moi, j'irai le prendre. Jésus lui dit : Marie. S'étant retournée, elle lui dit en hébreu : Rabbouni, ce qui veut dire : Maître. »
- Évangile selon saint Jean 20, 15-16[19]
Un seul mot suffit : son nom. Toute la reconnaissance pascale tient dans cette voix qui l'appelle comme personne ne l'appelle. Puis vient la parole mystérieuse, Ne me retiens pas, et l'envoi : va trouver mes frères. Madeleine obéit aussitôt :
« Marie-Madeleine vint annoncer aux disciples : J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit. »
- Évangile selon saint Jean 20, 18[20]
Matthieu confirme la scène avec l'autre Marie : elles se prosternent et embrassent ses pieds (Mt 28, 9). Marc résume : il se manifesta d'abord à Marie-Madeleine (Mc 16, 9). Luc nomme Madeleine en tête des femmes qui racontent tout aux Onze, même si ceux-ci prennent leurs propos pour du radotage (Lc 24, 10-11).
Saint Augustin, qui commente longuement cette scène dans son cent vingt et unième traité sur saint Jean, admire que Madeleine reste quand les hommes repartent : Pierre et Jean retournent chez eux, elle demeure à pleurer devant le sépulcre, retenue là par un amour plus fort que la peur[21]. C'est à cette fidélité qui ne calcule pas que le Ressuscité confie sa première apparition.
Va trouver mes frères : l'envoi qui fait l'apôtre
Apôtre veut dire envoyé. Or Madeleine est envoyée par le Ressuscité lui-même vers les apôtres eux-mêmes : elle annonce aux envoyés celui qui les envoie. C'est le fondement exact de son titre. Saint Jean-Paul II souligne ce rôle sans équivalent :
« L'Évangile de Jean met en relief le rôle particulier de Marie de Magdala. Elle est la première à rencontrer le Christ ressuscité. [...] Jésus lui dit : Ne me retiens pas [...]. Va trouver mes frères. »
- Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Mulieris Dignitatem, n° 16, 15 août 1988[22]
Pourquoi l'apôtre des apôtres n'est pas un slogan
Le titre latin apostolorum apostola n'est pas une invention récente pour les affiches du 8 mars. Il est littéralement employé par saint Thomas d'Aquin dans son commentaire de l'Évangile selon saint Jean, au chapitre 20 : Madeleine y reçoit l'office d'apôtre dans la mesure où elle annonce aux apôtres la Résurrection qu'ils annonceront au monde[23]. Thomas écrit, en latin :
« Tertio officium apostolicum, immo facta est apostolorum apostola, per hoc quod ei committitur ut resurrectionem Dominicam discipulis annuntiet: ut sicut mulier viro primo nuntiavit verba mortis, ita et mulier primo nuntiaret verba vitae. »
- Saint Thomas d'Aquin, commentaire de l'Évangile selon saint Jean, ch. 20, lect. 3, n. 2519[24]
En clair : elle est devenue apôtre des apôtres parce qu'il lui est confié d'annoncer aux disciples la résurrection du Seigneur, afin que, de même qu'une femme avait la première annoncé à l'homme des paroles de mort, de même une femme annonce la première des paroles de vie. Avant lui, Raban Maur l'avait déjà saluée de ce nom au neuvième siècle, dans sa Vie de la bienheureuse Marie-Madeleine[25]. Et le décret romain de 2016 reprend le titre à son compte en célébrant en Madeleine une évangélisatrice véritable et authentique[26].
Le Catéchisme de l'Église catholique donne à cette primauté toute sa portée doctrinale : ce sont les femmes, et Madeleine à leur tête, que Dieu choisit comme premières messagères de la Résurrection, avant Pierre et avant les Onze[27]. La foi pascale de l'Église repose ainsi, dès son premier matin, sur le témoignage d'une femme pardonnée.
La grande question : une seule Marie ou trois figures
Ce que les textes disent exactement
Le Nouveau Testament parle de trois femmes que la tradition a rapprochées, sans jamais dire explicitement qu'elles sont la même personne :
| Figure | Passages | Ce que le texte en dit |
|---|---|---|
| La pécheresse anonyme | Lc 7, 36-50 | Une femme de la ville, dite pécheresse, pleure sur les pieds de Jésus chez Simon le pharisien, les essuie de ses cheveux, les oint de parfum |
| Marie de Béthanie | Lc 10, 38-42 ; Jn 11-12 | La sœur de Marthe et de Lazare, assise aux pieds du Seigneur, qui oint ses pieds de nard six jours avant la Pâque |
| Marie-Madeleine | Lc 8, 2 ; Mc 15-16 ; Mt 27-28 ; Jn 19-20 | La Galiléenne aux sept démons, disciple, fidèle à la croix, première témoin de la Résurrection |
Luc, pris seul, ne donne aucun indice d'identification entre les trois[28]. C'est Jean qui crée le pont : dès le chapitre 11, il présente Marie de Béthanie comme celle qui oignit de parfum le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux, renvoyant au geste de la pécheresse de Luc 7, puis il raconte au chapitre 12 une onction par Marie, six jours avant la Pâque, avec le même parfum et les mêmes cheveux[29][30]. Et quand ce même Jean appelle simplement Marie la Magdaléenne au tombeau (Jn 20, 11.16), après l'avoir nommée Marie-Madeleine (Jn 19, 25 ; 20, 1.18), le lecteur ancien y a vu une seule et même femme suivie d'un bout à l'autre du récit[31].
Les Grecs distinguent, les Latins unissent
Dès l'Antiquité, les deux moitiés de l'Église lisent différemment. Les Pères grecs, dans l'ensemble, distinguent les trois personnes : la pécheresse, la sœur de Marthe, et la Magdaléenne[32]. La plupart des Latins, au contraire, tiennent que les trois ne font qu'une : une grande pécheresse pardonnée, devenue la contemplative de Béthanie, devenue le témoin de Pâques. La Catholic Encyclopedia juge impossible de démontrer l'identité des trois par l'Écriture seule, mais estime que les critiques vont trop loin quand ils traitent cette identification de pure conjecture sans aucun appui[33].
Grégoire le Grand et l'homélie 33 de 591
Le pape saint Grégoire le Grand scelle la lecture latine en 591 par sa trente-troisième homélie sur les Évangiles, prêchée au peuple romain. Il y déclare reconnaître en Marie-Madeleine à la fois la pécheresse de Luc et la Marie que Jean nomme, celle dont Marc atteste que sept démons furent chassés[34].
« Cette femme que Luc appelle la pécheresse, que Jean nomme Marie, nous croyons que c'est cette Marie de qui Marc atteste que sept démons furent chassés. »
- Saint Grégoire le Grand, homélie 33 sur les Évangiles, 591[35]
Grégoire ajoute que les sept démons désignent tous les vices, et que les cheveux essuyant les pieds montrent une pénitente qui offre à Dieu, pour sa miséricorde, tout ce qu'elle avait d'attraits. Cette lecture a nourri quinze siècles de prédication, d'art et de liturgie en Occident : la Madeleine pénitente aux cheveux longs et au vase de parfum vient de là.
Où en est l'Église aujourd'hui
Sans trancher par un dogme une question que l'Écriture laisse ouverte, l'Église a posé des gestes clairs. Le calendrier romain de 1969 garde au 22 juillet la seule mémoire de sainte Marie-Madeleine. Le décret du 3 juin 2016 l'élève au rang de fête. Et le 2 février 2021, la Congrégation pour le culte divin annonce que la mémoire du 29 juillet, jusque-là dédiée à Marthe seule, devient celle des saints Marthe, Marie et Lazare : Marie de Béthanie reçoit ainsi sa propre célébration liturgique, distincte du 22 juillet[36]. La liturgie honore donc les deux figures chacune pour elle-même, et laisse l'exégèse discuter de leur identité sans diviser la prière.
Pour cet article, la règle est simple : tout ce qui est certain de Madeleine (Galilée, croix, tombeau, Pâques) lui appartient en propre ; ce qui vient de Béthanie ou de la pécheresse anonyme de Luc 7 est présenté comme lecture latine traditionnelle, avec ses sources, sans l'imposer comme un verset.
Les Évangiles qui la racontent : auteur, datation, témoins
Quatre livres reçus, quatre attributions traditionnelles
Madeleine n'existe pour nous que par les quatre Évangiles : pas de lettres de Paul sur elle, pas d'Actes, pas d'Apocalypse. La solidité de sa figure dépend donc de la solidité de ces quatre livres. L'Église les reçoit avec l'auteur et la date que la tradition leur reconnaît :
| Évangile | Auteur selon la tradition | Datation traditionnelle | Le témoin ancien qui l'atteste |
|---|---|---|---|
| Matthieu | L'apôtre Matthieu, en hébreu puis en grec | Avant 70, du vivant des témoins | Papias, relayé par Eusèbe |
| Marc | Marc, interprète de Pierre, à Rome | Avant 70, d'après la prédication de Pierre | Papias, relayé par Eusèbe |
| Luc | Luc, compagnon de Paul | Avant 70, après enquête auprès des témoins | Irénée, fragment de Muratori |
| Jean | L'apôtre Jean, à Éphèse | Fin du premier siècle | Irénée, fragment de Muratori, papyrus P52 |
Papias de Hiérapolis, vers 130, recueille ce que les anciens disent de Matthieu et de Marc, l'interprète de Pierre qui mit par écrit avec exactitude tout ce dont il se souvenait[37]. Irénée de Lyon, vers 180, disciple d'un disciple de Jean, nomme les quatre Évangiles par leurs auteurs : Matthieu chez les Hébreux pendant que Pierre et Paul prêchent à Rome, Marc après leur départ, Luc le compagnon de Paul, puis Jean à Éphèse[38]. Le fragment de Muratori, vers 170-200, décrit la composition du quatrième Évangile à la demande des condisciples de Jean[39]. Et le papyrus P52, fragment de l'Évangile selon saint Jean daté d'environ 125, interdit de repousser ce livre au milieu du deuxième siècle[40].
La chronologie suivante résume la chaîne des témoins : c'est elle qui garantit que les récits sur Madeleine ne sont pas des légendes tardives.
- Vers 130Papias recueille les anciensMatthieu et Marc expliqués
Papias de Hiérapolis note ce que les anciens disent de Matthieu et de Marc, l'interprète de Pierre : premier témoignage sur l'origine des Évangiles qui nomment Madeleine à la croix et au tombeau.
- Vers 170-200Muratori et Irénéeles quatre Évangiles nommés
Le fragment de Muratori décrit la composition de l'Évangile de Jean ; Irénée, disciple d'un disciple de Jean, atteste les quatre Évangiles par leurs noms d'auteurs.
- Vers 325Eusèbe historienle classement des écrits
Eusèbe de Césarée classe les écrits chrétiens : les quatre Évangiles sont reçus sans conteste, les évangiles apocryphes sont rangés parmi les livres rejetés.
- 350 à 1546Le canon confirméCyrille, Damase, Trente
Cyrille de Jérusalem, le canon romain de 382, et le concile de Trente confirment la liste des livres : les récits sur Madeleine sont Écriture Sainte.
Réception canonique : pourquoi ces quatre livres-là
Cyrille de Jérusalem, vers 350, ordonne de recevoir les quatre Évangiles et de ne rien lire des apocryphes[41]. Le canon romain dit de Damase, en 382, liste les quatre Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean[42]. Le concile de Trente, le 8 avril 1546, déclare Dieu auteur unique des deux Testaments et frappe d'anathème qui ne reçoit pas tous les livres avec toutes leurs parties[43]. Le Catéchisme résume : l'Église reçoit 46 livres de l'Ancien Testament et 27 du Nouveau, dont les quatre Évangiles qui portent le témoignage sur Madeleine[44].
Théologie : ce que sa figure révèle
Le pardon qui aime beaucoup
Si l'on suit la lecture latine, Madeleine est celle à qui s'applique la parole du Seigneur chez Simon : ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé (Lc 7, 47). Même sans trancher l'identité, la leçon demeure : Dieu confie le plus grand message, la Résurrection, à une femme qui avait eu le plus grand besoin de miséricorde. La plus pardonnée devient la première envoyée. C'est toute la logique de l'amour miséricordieux, chère à Thérèse de Lisieux et à la Mère même du Seigneur, que l'Église contemple à côté de Madeleine au pied de la croix.
La femme forte de la Passion
Jean-Paul II fait de Madeleine et des saintes femmes la preuve que la fidélité ne se mesure pas aux titres : au pied de la croix, quand le collège apostolique se disperse, ce sont des femmes sans mandat officiel qui tiennent la garde du corps et du tombeau. L'Église y lit la dignité de la femme dans l'ordre de la sainteté et du témoignage, antérieure à toute fonction : Madeleine précède les apôtres au tombeau comme Marie précède Pierre dans la sainteté[45].
La miséricorde et la nouvelle évangélisation
En élevant Madeleine au rang de fête, Rome donne trois motifs : réfléchir plus profondément à la dignité de la femme, à la nouvelle évangélisation et à la grandeur du mystère de la miséricorde divine[46]. La pécheresse pardonnée devenue évangélisatrice des apôtres est l'icône exacte de la nouvelle évangélisation : non pas des parfaits qui enseignent, mais des pardonnés qui annoncent. Comme le résume la présentation officielle du décret, elle est une évangélisatrice véritable et authentique[47].
« Le pape François a élevé la mémoire de sainte Marie-Madeleine à une fête, reconnaissant son rôle de première à témoigner de la résurrection du Christ et de véritable et authentique évangélisatrice. »
- Catholic News Service, compte rendu de l'annonce vaticane, 23 juin 2016[48]
Usage liturgique : le 22 juillet
De la mémoire à la fête
Pendant des siècles, le 22 juillet célébrait Madeleine au rang de mémoire, simple ou obligatoire selon les calendriers. Le 3 juin 2016, solennité du Sacré-Cœur, la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements publie, sur le désir exprès du pape François, le décret qui élève la célébration au rang de fête dans le calendrier général[49]. L'annonce vaticane suit le 10 juin. Une fête, dans le calendrier romain, est le rang des apôtres et des évangélistes : Madeleine entre liturgiquement dans leur collège, sans recevoir pour autant le titre d'apôtre au sens des Douze.
Le décret est accompagné d'une préface propre pour la messe du jour, qui chante en Madeleine l'amour versé en larmes, la recherche du tombeau et la joie de l'annonce pascale.
Les lectures du jour : le Cantique et le jardin
Le lectionnaire romain donne à la fête ses textes, vérifiables chaque année sur le site de l'Association épiscopale liturgique[50] :
| Lecture | Texte | Pourquoi ce choix |
|---|---|---|
| Première lecture | Ct 3, 1-4 : J'ai trouvé celui que mon âme désire | La recherche nocturne de la bien-aimée, image de Madeleine cherchant au tombeau |
| Ou bien | 2 Co 5, 14-17 : l'amour du Christ nous saisit | La créature nouvelle, en écho à la délivrance des démons |
| Psaume | Ps 62 : mon âme a soif de toi, Seigneur mon Dieu | La soif de Dieu, des larmes au matin de Pâques |
| Évangile | Jn 20, 1.11-18 : Femme, pourquoi pleures-tu | La rencontre du jardinier et l'envoi vers les frères |
Le Cantique des cantiques pour une pénitente : ce choix dit tout de la lecture de l'Église. L'amour qui cherchait la nuit et qui trouve au matin, c'est Madeleine, et c'est toute âme qui revient à Dieu.
Après le Nouveau Testament : Éphèse et la Provence, en bref
Le Nouveau Testament se tait sur Madeleine après Pâques. Deux traditions anciennes se partagent la suite, et l'Église ne tranche pas entre elles : cette section les résume sans les gonfler.
La tradition orientale la fait partir pour Éphèse avec la Vierge Marie, où elle serait morte. Grégoire de Tours appuie ce récit, et ses reliques auraient été transférées à Constantinople en 886[51].
La tradition provençale raconte que Madeleine, Lazare et leurs compagnons abordèrent à Marseille et convertirent la Provence. Madeleine se serait retirée trente ans dans la pénitence sur le massif de la Sainte-Baume, avant d'être portée par les anges à Aix dans l'oratoire de saint Maximin, où elle reçut le viatique ; son corps fut déposé à Villa Lata, devenue Saint-Maximin[52]. L'histoire se tait sur ces reliques jusqu'en 745, où le chroniqueur Sigebert rapporte leur transfert à Vézelay par crainte des Sarrasins. En 1279, quand Charles II, roi de Naples, fonde pour les Dominicains le couvent de la Sainte-Baume, la chasse est retrouvée intacte avec son inscription ; en 1600, Clément VIII envoie le sarcophage où les reliques sont placées ; l'église, ravagée à la Révolution, est restaurée en 1814 et la grotte consacrée à nouveau en 1822[53].
Aujourd'hui, deux grands lieux portent sa mémoire en France : la basilique de Vézelay, dédiée à sainte Marie-Madeleine et haut lieu de pèlerinage sur le chemin de Compostelle, et la grotte de la Sainte-Baume, gardée par les Dominicains, où les pèlerins vénèrent la tête de la sainte.
Les évangiles apocryphes et les reconstructions modernes : exposé et limites
L'évangile selon Marie et l'évangile selon Philippe
Deux textes gnostiques des deuxième et troisième siècles mettent Madeleine en scène. L'évangile selon Marie ne nous est parvenu que par fragments : un codex copte du cinquième siècle acheté au Caire en 1896 et publié en 1955, plus deux fragments grecs. Il présente Marie consolant les disciples apeurés après le départ du Seigneur, puis contredite par André et Pierre, avant que Lévi ne prenne sa défense. L'évangile selon Philippe, copte, retrouvé parmi les codices de Nag Hammadi découverts en 1945 en Haute-Égypte, appelle Marie la compagne du Sauveur et affirme qu'il l'aimait plus que tous les disciples[54].
Ces textes existent, ils sont édités, et il faut les connaître. Mais ils ne sont pas des sources sur la Madeleine de l'histoire : ils sont des sources sur les groupes gnostiques qui, un siècle et demi après les faits, mirent son nom au service de leurs doctrines. La datation tardive n'est pas une supposition traditionaliste : elle vient des manuscrits eux-mêmes et de la langue de leur théologie, étrangère aux Évangiles reçus.
L'épouse supposée : ce que le texte de Philippe dit vraiment
De ces deux textes est née la thèse moderne la plus répandue : Jésus aurait eu Marie-Madeleine pour épouse, et l'Église l'aurait effacée. Elle ne repose sur aucun passage canonique : tout tient à une phrase de l'évangile selon Philippe, qui appelle Marie la compagne du Sauveur et affirme qu'il l'aimait plus que tous les disciples[55]. Or compagne traduit le copte koinonos, qui désigne une associée, une participante à la même œuvre, non une épouse : c'est le même mot qui, dans le Nouveau Testament, désigne des compagnons d'œuvre, comme les fils de Zébédée associés de Simon (Lc 5, 10). Le texte ne parle ni de mariage ni de descendance. Quant au passage qui dit que le Sauveur l'embrassait souvent, le manuscrit est troué précisément à l'endroit qui dirait où, et personne ne peut combler la lacune sans inventer[56]. On a donc, d'un côté, douze mentions canoniques concordantes, des témoins nommés et un canon fermé ; de l'autre, un mot copte surtraduit et un trou dans le parchemin. Le roman en a fait un best-seller, l'histoire n'en fait pas une preuve.
Le rejet ancien : Eusèbe et la règle des apôtres
Le tri ne date pas du Moyen Âge. Eusèbe de Césarée, vers 325, classe les écrits chrétiens en reçus, contestés et rejetés : parmi ces derniers, les évangiles forgés sous les noms des apôtres, qu'aucun auteur de la succession ecclésiastique n'a jamais cités[57]. Cyrille de Jérusalem défend aux fidèles de rien lire des apocryphes[58]. La règle est constante : un texte qui se réclame d'un apôtre sans venir de son temps ni de son Église n'entre pas dans le canon, quel que soit le prestige du nom qu'il porte en tête.
Ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine, et ses limites
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de voir en Madeleine une figure remodelée : disciple effacée par une Église patriarcale, épouse supposée dont on aurait gommé le mariage, fondatrice d'un christianisme concurrent évincé par Pierre. Ces thèses nourrissent romans et documentaires, et elles méritent mieux qu'un haussement d'épaules : une réponse précise.
Quatre fragilités les grèvent. L'argument du silence : l'absence de Madeleine chez Paul ne prouve pas son effacement, pas plus que l'absence de la plupart des Douze, que Paul ne nomme pas non plus. La datation circulaire : dater les Évangiles tard parce qu'ils seraient patriarcaux, puis prouver par cette date que leur Madeleine est une construction. Le présupposé anti-surnaturel : quand la Résurrection est tenue d'avance pour impossible, le témoignage de la première témoin devient mécaniquement suspect, et la conclusion est contenue dans le postulat. La confusion entre possibilité littéraire et preuve historique : montrer qu'un rédacteur aurait pu retoucher un portrait ne prouve pas qu'il l'a fait, face à douze mentions concordantes, quatre livres reçus, des témoins nommés et des listes canoniques qui disent le contraire. La lecture catholique s'appuie sur Papias, Irénée, Muratori, Cyrille et Trente : c'est pourquoi la Madeleine des Évangiles, première témoin de Pâques, reste la mieux fondée historiquement.
Pour aller plus loin
- La Vierge Marie dans le Nouveau Testament : debout avec Madeleine au pied de la croix
- Saint Jean l'Évangéliste : l'apôtre qui court avec Pierre au tombeau sur la parole de Madeleine
- Saint Pierre apôtre : le premier des apôtres à qui elle porte l'annonce pascale
- Saint Jean-Baptiste dans le Nouveau Testament : le précurseur dont la fête voisine annonce l'appel à la pénitence
- Saint Paul apôtre : les femmes du ministère galiléen et la résurrection prêchée aux nations
- Saint Joseph dans le Nouveau Testament : le silence et la garde, pendant masculin de la fidélité de Madeleine
- Saint André apôtre : le premier appelé qui amène Pierre, comme Madeleine amène l'annonce
- Saint Jacques le Majeur : du premier groupe des appelés au témoignage du matin de Pâques
- Saint Jacques le Mineur : Marie mère de Jacques au pied de la croix, à côté de Madeleine
Notes et références
Jn 20, 1-18, trad. liturgique : Madeleine au tombeau de grand matin, la course de Pierre et de Jean, les deux anges, la rencontre du jardinier, le nom prononcé, l'envoi vers les frères, l'annonce aux disciples.
1 18 19 20Mgr Arthur Roche, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, présentation du décret, juin 2016 : Madeleine évangélisatrice véritable et authentique, titre d'apôtre des apôtres déjà employé par Raban Maur et saint Thomas d'Aquin. Compte rendu Catholic News Service, 23 juin 2016 : le pape reconnaît en elle la première à témoigner de la résurrection et une véritable et authentique évangélisatrice. Original anglais : a true and authentic evangelizer.
2 47 48Université catholique portugaise, notice de la publication Apostola apostolorum : Marie-Madeleine selon saint Thomas d'Aquin : la désignation d'apôtre des apôtres se trouve littéralement chez saint Thomas, étudiée dans son commentaire de l'Évangile selon saint Jean au chapitre 20, où Madeleine reçoit l'office d'apôtre en annonçant aux apôtres la Résurrection. Référence : https://ciencia.ucp.pt/en/publications/apostola-apostolorum-mary-magdalene-according-to-st-thomas-aquina.
3Hugh Pope, article St. Mary Magdalen, The Catholic Encyclopedia, vol. IX, Robert Appleton Company, New York, 1910 : Magdala près de Tibériade, les douze mentions dans les quatre Évangiles, les Grecs qui distinguent les trois figures et les Latins qui les unissent, les deux onctions d'une même femme, les traditions d'Éphèse et de Provence avec leurs dates. Texte intégral : https://www.newadvent.org/cathen/09761a.htm.
4 6 7 10 16 28 31 32 33 51 52 53Salle de presse du Saint-Siège, bulletin N. 160610c, 10 juin 2016, Mary Magdalene, apostle of the apostles : sur le désir exprès du Saint-Père, la Congrégation pour le culte divin publie le décret du 3 juin 2016, solennité du Sacré-Cœur, qui élève la mémoire obligatoire de sainte Marie-Madeleine au rang de fête, pour réfléchir plus profondément à la dignité de la femme, à la nouvelle évangélisation et à la grandeur du mystère de la miséricorde. Texte : https://www.vatican.va/content/salastampa/en/bollettino/pubblico/2016/06/10/160610c.pdf.
5 26 46 49Fouilles de l'Autorité israélienne des antiquités à Migdal, 2009 : synagogue du Second Temple avec la pierre de Magdala sculptée d'une ménorah, la plus ancienne représentation de ce type trouvée dans une synagogue ; rue, marché et bains rituels de la bourgade juive du premier siècle.
8Seconde synagogue du Second Temple mise au jour à Migdal en 2021 : la bourgade natale supposée de Madeleine comptait au moins deux lieux de prière juifs au temps de Jésus.
9Lc 8, 1-3, trad. liturgique : Jésus traverse villes et villages avec les Douze et des femmes guéries, dont Marie appelée Madeleine de laquelle étaient sortis sept démons, qui les servaient de leurs biens.
11 12 13Mc 16, 1-9, trad. liturgique : les femmes au tombeau, la pierre roulée, le jeune homme en blanc, et l'apparition de Jésus d'abord à Marie-Madeleine de laquelle il avait chassé sept démons.
14Concile de Trente, session IV, décret De libris sacris, 8 avril 1546 : Dieu auteur unique des deux Testaments ; liste des livres dont les quatre Évangiles ; anathème contre qui ne les reçoit pas. Denzinger, éd. fr., n° 1501-1504.
15 43Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Mulieris Dignitatem, n° 13, 15 août 1988 : seul Jean reste fidèle parmi les apôtres, les femmes sont nombreuses au pied de la croix et se montrent plus fortes que les apôtres dans l'épreuve. Texte français officiel : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/1988/documents/hf_jp-ii_apl_19880815_mulieris-dignitatem.html.
17 45Saint Augustin, Traités sur l'Évangile de saint Jean, traité 121 (Jn 20, 10-29) : Pierre et Jean retournent chez eux, Marie demeure à pleurer devant le sépulcre, retenue là par un amour plus fort. Texte angl. : https://www.newadvent.org/fathers/1701121.htm.
21Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Mulieris Dignitatem, n° 16, 15 août 1988 : le rôle particulier de Marie de Magdala, première à rencontrer le Christ ressuscité, qui la croit d'abord le gardien du jardin puis la reconnaît quand il l'appelle par son nom, et qu'il envoie vers ses frères. Même texte officiel que ci-dessus.
22Saint Thomas d'Aquin, commentaire de l'Évangile selon saint Jean, ch. 20, lect. 3, n. 2519 (éd. Cai) : Tertio officium apostolicum, immo facta est apostolorum apostola, per hoc quod ei committitur ut resurrectionem Dominicam discipulis annuntiet. Texte latin et trad. angl. : https://aquinas.cc/la/en/~Ioan.C20.L3.n2517.2.
23 24Raban Maur, De vita beatae Mariae Magdalenae, ch. XXVII, neuvième siècle : Madeleine y est dite apostolorum apostola, car elle annonce aux apôtres ce qu'ils annonceront au monde entier. Référence reprise par le commentaire officiel du décret de 2016 : https://liturgyoffice.org/Calendar/Sanctoral/July/Jul22-CDW-Commentary-English.pdf.
25Catéchisme de l'Église catholique, n° 641-644 : les femmes et Marie-Madeleine à leur tête, premières messagères de la Résurrection, dont le témoignage fonde la foi pascale avant celui de Pierre et des Onze. Éd. Mame/Plon, Paris, 1992.
27Jn 11, 1-2, trad. liturgique : Marie de Béthanie présentée comme celle qui oignit de parfum le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux, avant même le récit de l'onction du chapitre 12.
29Jn 12, 1-8, trad. liturgique : à Béthanie, six jours avant la Pâque, Marie oint les pieds de Jésus d'une livre de nard pur et les essuie de ses cheveux.
30Saint Grégoire le Grand, homélie 33 sur les Évangiles, 591 : la pécheresse de Luc, la Marie de Jean et la Madeleine de Marc reconnues pour une seule et même femme. Original latin : Hanc vero quam Lucas peccatricem mulierem, Joannes Mariam nominat, illam esse Mariam credimus de qua Marcus septem daemonia ejecta fuisse testatur.
34 35Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, décret annoncé le 2 février 2021 : la mémoire du 29 juillet, jusque-là dédiée à Marthe seule, devient celle des saints Marthe, Marie et Lazare, honorant Marie de Béthanie à sa propre date, distincte du 22 juillet.
36Papias de Hiérapolis, Exégèse des paroles du Seigneur, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique III, 39, 15 : Marc, devenu l'interprète de Pierre, a mis par écrit avec exactitude, mais sans ordre, tout ce dont il se souvenait. Texte angl. NPNF Series II, vol. I : https://ccel.org/ccel/schaff/npnf201/npnf201.iii.viii.xxxix.html.
37Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publie son Évangile chez les Hébreux pendant que Pierre et Paul prêchent à Rome ; après leur départ, Marc, disciple et interprète de Pierre, transmet par écrit ce que Pierre avait prêché ; Luc, compagnon de Paul, puis Jean, le disciple du Seigneur, à Éphèse. Trad. Roberts-Donaldson : https://www.earlychristianwritings.com/text/irenaeus-book3.html.
38Fragment de Muratori, vers 170-200 : le quatrième Évangile, celui de Jean, écrit à la demande de ses condisciples et des évêques, qui jeûnèrent et prièrent avec lui avant la rédaction. Texte : https://www.earlychristianwritings.com/text/muratorian.html.
39Papyrus Rylands P52 (Gregory-Aland P52), vers 125 : fragment grec de l'Évangile selon saint Jean (chapitre 18), plus ancien manuscrit conservé du quatrième Évangile, qui interdit une composition au milieu du deuxième siècle. Conservé à la John Rylands Library, Manchester.
40Cyrille de Jérusalem, Catéchèses, IV, 33-36, vers 350 : recevoir les quatre Évangiles, les Actes et les épîtres catholiques ; ne rien lire des apocryphes. Texte : https://www.newadvent.org/fathers/310104.htm.
41 58Canon romain dit de Damase, Rome, 382 : les quatre Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean dans la liste des livres reçus. Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, éd. fr., n° 179.
42Catéchisme de l'Église catholique, n° 120 : l'Église reçoit comme sacrés et canoniques 46 livres de l'Ancien Testament et 27 du Nouveau, dont les quatre Évangiles. Éd. Mame/Plon, Paris, 1992.
44Lectionnaire romain, fête de sainte Marie-Madeleine, 22 juillet : première lecture Ct 3, 1-4 (ou 2 Co 5, 14-17), psaume 62, Évangile Jn 20, 1.11-18. Vérifié sur https://www.aelf.org/2026-07-22/romain/messe.
50Codices coptes de Nag Hammadi, découverts en 1945 en Haute-Égypte : l'évangile selon Philippe (codex II) appelle Marie la compagne du Sauveur ; l'évangile selon Marie ne subsiste que par le codex copte de Berlin acheté au Caire en 1896 et publié en 1955, avec deux fragments grecs. Textes du deuxième ou troisième siècle, d'origine gnostique, jamais reçus dans le canon.
54 55 56Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique III, 25, vers 325 : les évangiles forgés sous des noms d'apôtres sont rangés parmi les livres rejetés, que nul auteur de la succession ecclésiastique n'a jamais cités. Texte : https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm.
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