Saint Jacques le Mineur, fils d'Alphée, est le premier évêque de Jérusalem et l'auteur de l'épître qui porte son nom : la tradition catholique, depuis Jérôme et Eusèbe, l'identifie au « frère du Seigneur » qui présida le concile apostolique et fut lapidé en 62 sur ordre du grand prêtre Anan[1][2]. Personnage discret des Évangiles, où il n'est que nommé dans les listes des Douze, il devient après la Résurrection l'une des « colonnes » de l'Église, citée par Paul avant Pierre lui-même[3].
Sa mort est l'une des mieux attestées du christianisme primitif : l'historien juif Flavius Josèphe la raconte dans ses Antiquités, et le chroniqueur chrétien Hégésippe en donne le récit détaillé, précipité du pinacle du Temple puis achevé d'un coup de bâton de foulon[4][5]. Son épître, première des lettres dites catholiques, a fixé pour toujours la doctrine de la foi qui agit par les œuvres[6].
Cet article le présente comme personnage de la Bible reçue par l'Église : son identité dans le Nouveau Testament, son gouvernement de l'Église de Jérusalem, son martyre garanti par les témoins anciens, la place et le plan de son épître, sa théologie, son usage dans la liturgie, puis, en fin de parcours, les objections courantes et le débat avec l'exégèse moderne. Son homonyme, décapité en 44, est traité dans Saint Jacques le Majeur : on ne le redouble pas ici, on y renvoie.
La place de Jacques dans le Nouveau Testament
Le fils d'Alphée, toujours nommé, jamais raconté
Les quatre catalogues des Douze nomment un « Jacques, fils d'Alphée », et aucun récit évangélique ne lui donne la parole[7]. Matthieu, Marc et Luc le placent à la tête du troisième groupe de quatre, juste après les deux paires de frères les plus connus[8]. Après la Résurrection, il figure encore parmi les Onze réunis au Cénacle avant la Pentecôte[9]. C'est tout : pendant la vie terrestre de Jésus, les traditions évangéliques n'ont conservé aucun récit ni sur lui ni sur son homonyme fils de Zébédée, comme le relève Benoît XVI[10].
Ce silence même est un indice : Jacques n'appartient pas au cercle des trois témoins privilégiés (Pierre, Jacques le Majeur, Jean), et pourtant c'est lui que l'Église de Jérusalem choisira pour la gouverner. Son autorité ne vient ni du prestige ni de l'ancienneté dans l'intimité du Maître, mais de ce que le Ressuscité lui est apparu en personne[11] et de la sainteté de vie que tous, juifs et chrétiens, lui reconnaissaient[12].
Le Petit, le Mineur : que veut dire le surnom ?
Au pied de la croix, Marc nomme « Marie, mère de Jacques le Petit et de Joset »[13]. Le grec dit ho mikros, « le petit » : petitesse de taille ou cadet par l'âge, le surnom sert d'abord à le distinguer de l'autre Jacques, fils de Zébédée, dit « le Majeur »[14]. La Vulgate latine rend mikros par minor, d'où le français « le Mineur » : il ne faut y entendre ni infériorité de dignité ni second rang apostolique, mais la simple marque d'une distinction entre homonymes, comme « l'aîné » et « le jeune » dans une même famille[15].
Matthieu, décrivant la même scène, parle de « Marie, mère de Jacques et de Joseph »[16], et Jean nomme au pied de la croix « Marie, femme de Clopas », aux côtés de la Mère de Jésus[17]. La lecture catholique traditionnelle rapproche ces trois mentions : la mère du Petit serait Marie de Clopas, et Alphée, père de l'apôtre, ne ferait qu'un avec Clopas, selon l'usage sémitique des deux noms pour un même homme, comparable à Simon-Pierre ou Saül-Paul[18].
Le frère du Seigneur : une seule personne
Le point décisif tient en un verset de Paul : montant à Jérusalem trois ans après sa conversion, vers 37, il déclare n'avoir vu « aucun autre des apôtres, sinon Jacques, le frère du Seigneur »[19]. Pour la grande majorité des interprètes catholiques, ce mot tranche : le « frère du Seigneur » est apôtre, il fait partie des Douze, et le seul Jacques des listes qui puisse convenir est le fils d'Alphée[20]. L'objection tirée de la lettre aux Galates, selon laquelle « apôtres » désignerait ici un cercle plus large que les Douze, a été réfutée par l'exégèse catholique dès 1909[21].
Benoît XVI, avec l'honnêteté du magistère, signale que « parmi les chercheurs, la question de l'identification de ces deux personnages portant le même nom, Jacques fils d'Alphée et Jacques frère du Seigneur, est débattue »[22]. Mais la tradition reçue, de Jérôme à la Catholic Encyclopedia, tient l'identification pour de loin la plus probable : un seul et même homme serait donc désigné de trois manières, fils d'Alphée dans les listes, le Petit au Calvaire, le frère du Seigneur et le Juste dans l'Église de Jérusalem[23][24].
Le mot « frère » s'entend ici à la manière sémitique, qui nomme frères les proches parents : Jacques était « probablement parent de Jésus », originaire comme lui de Nazareth[25]. Cette lecture éclaire sans l'entamer la virginité perpétuelle de Marie, traitée dans La Vierge Marie dans le Nouveau Testament : les « frères » nommés en Marc 6, 3 sont les fils de l'autre Marie, non ceux de la Mère du Seigneur[26].
L'apparition du Ressuscité et les années silencieuses
« Ensuite il est apparu à Jacques »
Paul transmet la plus ancienne confession de la Résurrection : « il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois [puis] à Jacques, puis à tous les apôtres »[27]. Cette apparition personnelle à Jacques, distincte de celles faites à Pierre et aux Douze, n'est racontée par aucun évangile canonique, mais l'Évangile selon les Hébreux, souvent utilisé par Origène et traduit par Jérôme, en gardait le souvenir : Jacques avait juré de ne plus manger depuis la coupe bue avec le Seigneur jusqu'à ce qu'il le voie ressuscité, et le Ressuscité lui apporta lui-même du pain en disant : « Mon frère, mange ton pain, car le Fils de l'homme est ressuscité d'entre ceux qui dorment »[28].
Quelle que soit la valeur exacte de ce récit apocryphe, il témoigne de l'ancienneté de la conviction : Jacques comptait parmi les témoins directs du Ressuscité, au même titre que Céphas[29]. C'est ce titre, joint à sa parenté et à sa sainteté, qui explique son ascension rapide dans l'Église de Jérusalem.
« Annoncez-le à Jacques »
En 44, Pierre s'évade de la prison d'Hérode Agrippa et, avant de quitter Jérusalem, donne cette consigne : « Annoncez-le à Jacques et aux frères »[30]. Jacques tient donc déjà, quatorze ans après la Pentecôte, une prééminence marquée dans l'Église mère : c'est à lui que Pierre fait porter la nouvelle, comme à celui qui garde la maison[31]. L'historien Eusèbe, citant Clément d'Alexandrie, rapporte que Pierre, Jacques et Jean, après l'Ascension, ne se disputèrent pas l'honneur du premier rang mais choisirent Jacques le Juste comme évêque de Jérusalem[32].
Lors de la visite de Paul vers 37, Jacques est déjà aux côtés de Pierre pour accueillir le converti[33]. Vingt ans plus tard, Paul le nommera avant Céphas et Jean parmi les « colonnes » qui lui donnèrent, ainsi qu'à Barnabé, la main d'association pour l'évangélisation des païens[34]. Benoît XVI souligne ce détail : Paul « le nomme même avant Simon-Pierre, le qualifiant comme lui de colonne de cette Église »[35].
Jacques le Juste, premier évêque de Jérusalem
Le concile apostolique : la sentence de Jacques
Vers 49-50, le différend d'Antioche sur la circoncision des païens convertis provoque la réunion de Jérusalem, premier concile de l'histoire de l'Église[36]. Pierre parle le premier et tranche sur le fond : Dieu « n'a fait aucune distinction entre nous et eux » et tous seront sauvés « par la grâce du Seigneur Jésus »[37]. Puis Jacques prend la parole en dernier, et c'est sa sentence qui fixe le décret[38].
Sa proposition est un compromis d'une sagesse politique et spirituelle remarquable : ne pas imposer aux païens tout le fardeau de la Loi de Moïse, mais leur demander seulement de s'abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de l'impudicité[39]. Le décret, expédié à Antioche au nom des « apôtres et des anciens », reprend cette sentence à la lettre et y ajoute la formule solennelle : « L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d'autres obligations que celles-ci, qui s'imposent »[40]. Benoît XVI y voit l'acte fondateur d'une Église à la fois enracinée et universelle : Jacques contribua « à intégrer la dimension juive originelle du christianisme avec l'exigence de ne pas imposer aux païens convertis l'obligation de se soumettre à toutes les règles de la loi de Moïse »[41].
« Lors du Concile apostolique qui y fut célébré après la mort de Jacques le Majeur, il affirma avec les autres que les païens pouvaient être accueillis au sein de l'Église sans devoir d'abord se soumettre à la circoncision. »
- Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006, Jacques le Mineur[42]
La dernière rencontre avec Paul
Vers 58, au retour de son troisième voyage missionnaire, Paul monte à Jérusalem et se rend « chez Jacques, où tous les anciens se réunirent »[43]. La scène dit tout du gouvernement de Jacques : c'est chez lui que l'Église de Jérusalem reçoit l'Apôtre des nations, et c'est lui qui, avec les anciens, conseille à Paul de prendre part aux cérémonies d'un vœu de nazir pour démentir le bruit selon lequel il mépriserait la Loi[44]. Paul accepte le conseil : l'unité de l'Église passe avant la susceptibilité des partis[45].
L'incident d'Antioche, quelques années plus tôt, avait montré l'envers de cette autorité : des hommes venus « d'auprès de Jacques » avaient entraîné Pierre lui-même à se dérober aux repas avec les païens, et Paul avait résisté à Pierre « en face »[46]. La Catholic Encyclopedia note avec soin que ces hommes se réclamaient du nom de Jacques sans en avoir reçu aucun ordre de ce genre : l'évêque de Jérusalem n'avait jamais commandé de durcir le concordat qu'il avait lui-même proposé[47]. Loin d'opposer Jacques à Paul, l'épisode montre un homme dont le nom seul faisait autorité, jusque dans les abus qu'on en faisait.
- Vers 30L'appel parmi les Douze
Jacques, fils d'Alphée, est appelé par Jésus et nommé dans les quatre listes des apôtres, à la tête du troisième groupe[48].
- 33L'apparition du Ressuscité
Le Christ ressuscité apparaît personnellement à Jacques, entre l'apparition aux cinq cents frères et celle à tous les apôtres[49].
- Vers 37La visite de Paul
Trois ans après sa conversion, Paul monte à Jérusalem et ne voit d'apôtres que Pierre et « Jacques, le frère du Seigneur »[50].
- 44La prééminence à Jérusalem
Pierre, évadé de prison, fait porter la nouvelle « à Jacques et aux frères » : Jacques garde déjà l'Église mère[51].
- 49-50Le concile apostolique
Jacques prononce la sentence qui fixe le décret sur l'accueil des païens sans la circoncision[52].
- 58La dernière rencontre avec Paul
Paul se rend chez Jacques, entouré des anciens, et accepte son conseil du vœu de nazir[53].
- 62Le martyre
Lapidé à Jérusalem sur l'ordre du grand prêtre Anan, pendant la vacance du pouvoir romain[54].
Le martyre de l'an 62
Le récit de Josèphe : une exécution illégale
L'information la plus ancienne sur la mort de Jacques vient d'un historien juif non chrétien, Flavius Josèphe, dans le livre XX de ses Antiquités juives, rédigées à Rome vers la fin du Ier siècle[55]. Le procurateur Festus vient de mourir et son successeur Albinus est encore en route : le grand prêtre Anan le Jeune, « d'un caractère extrêmement audacieux », profite de cet intervalle sans gouverneur pour réunir le sanhédrin, y traduire « Jacques, frère de Jésus appelé Christ, avec quelques autres », les accuser de violation de la Loi et les faire condamner à la lapidation[56].
L'illégalité de la manœuvre éclate aussitôt : les Juifs les plus modérés et les plus versés dans la Loi s'en indignent, préviennent le roi Agrippa II et vont au-devant d'Albinus pour lui rappeler qu'Anan ne pouvait réunir le sanhédrin sans son autorisation ; Albinus menace Anan par lettre, et Agrippa le dépose d'une grande prêtrise qu'il n'aura gardée que trois mois[57]. Eusèbe cite ce passage en entier et y voit la preuve que même les adversaires du christianisme tenaient Jacques pour « un homme très juste »[58].
Le récit d'Hégésippe : le Juste du pinacle
Le chrétien d'origine juive Hégésippe, qui vivait dans la génération suivant les apôtres, donne dans le cinquième livre de ses Mémoires le récit le plus circonstancié, conservé par Eusèbe[59]. Jacques, surnommé le Juste et Rempart du peuple, ne buvait ni vin ni boisson forte, ne mangeait pas de chair, ne se rasait pas, ne s'oignait pas d'huile et ne prenait pas de bain ; seul il pouvait entrer dans le sanctuaire, vêtu de lin, et l'on disait que ses genoux avaient durci comme ceux d'un chameau à force de prier pour le pardon du peuple[60].
À la fête de la Pâque, scribes et pharisiens, inquiets de voir « beaucoup, même parmi les chefs », croire en Jésus à cause de lui, le hissent sur le pinacle du Temple pour qu'il détourne la foule du Christ devant tout le peuple rassemblé[61]. Sommée de dire « quelle est la porte de Jésus », la sentinelle du peuple répond d'une voix forte :
« Pourquoi m'interrogez-vous au sujet de Jésus, le Fils de l'homme ? Lui-même siège dans le ciel à la droite de la grande Puissance, et il viendra sur les nuées du ciel. »
- Hégésippe, Mémoires, livre V, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 13[62]
Précipité aussitôt, lapidé sans mourir de sa chute, Jacques se met à genoux et prie pour ses bourreaux : « Je vous en supplie, Seigneur Dieu notre Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font »[63]. Un foulon l'achève alors d'un coup de bâton sur la tête, de ce bâton qui sert à battre les étoffes[64]. On l'enterra sur place, près du Temple, et sa stèle y demeura connue jusqu'au siège de Titus, rapporte Jérôme, qui fixe son épiscopat à trente ans, jusqu'à la septième année de Néron[65].
Pourquoi cette mort compte pour l'histoire
Eusèbe note que les Juifs les plus sensés attribuèrent le siège de Jérusalem à l'audace commise contre Jacques, et que Josèphe lui-même « n'a pas hésité à en témoigner par écrit » : ces malheurs arrivèrent aux Juifs « pour venger Jacques le Juste, frère de Jésus appelé Christ », mis à mort bien qu'homme très juste[66]. Le rapprochement avec la Passion est voulu par les sources elles-mêmes : la prière pour les bourreaux reprend celle du Christ en croix, et le cri du prêtre récabite « Arrêtez ! Que faites-vous ? Le juste prie pour vous » fait écho au centurion du Calvaire[67].
La convergence des deux récits fait la force du dossier : un historien juif au service de Rome et un chrétien judéo-palestinien, indépendants l'un de l'autre, s'accordent sur l'essentiel, l'année 62, l'initiative du grand prêtre pendant la vacance romaine, la lapidation[68]. Aucun autre apôtre, pas même Pierre ni Paul, ne bénéficie d'un témoignage non chrétien aussi précoce sur sa mort.
L'épître de Jacques : la première des lettres catholiques
Place dans le canon et témoins anciens
Dans le canon du Nouveau Testament, la lettre qui porte le nom de Jacques occupe la première place parmi les « lettres catholiques », celles qui ne sont adressées à aucune Église particulière comme Rome ou Éphèse, mais à de nombreuses Églises : « aux douze tribus dispersées »[69]. Jérôme, dès la fin du IVe siècle, affirme qu'après la Passion, Jacques, ordonné aussitôt évêque de Jérusalem par les apôtres, « écrivit une seule épître, comptée parmi les sept catholiques »[70].
La réception de l'épître suit le chemin ordinaire des écrits apostoliques : Eusèbe, au début du IVe siècle, note qu'elle est « disputée », que peu d'anciens l'ont mentionnée, mais qu'elle est lue publiquement « dans un très grand nombre d'Églises »[71]. Athanase la range parmi les vingt-sept livres dans sa lettre festale de 367, les conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) la confirment dans la liste reçue, et le concile de Trente la scelle définitivement dans le canon catholique[72].
| Étape | Date | Témoignage |
|---|---|---|
| Rédaction traditionnelle | Vers 45-50 | Indices internes : absence du décret du concile, Église encore en forme synagogale |
| Lecture publique | IIe-IIIe siècles | Lue « dans un très grand nombre d'Églises » malgré les doutes de quelques-uns |
| Jérôme | Vers 392-393 | De viris illustribus, 2 : une seule épître, parmi les sept catholiques |
| Athanase | 367 | Trente-neuvième lettre festale : liste des vingt-sept livres |
| Hippone et Carthage | 393 et 397 | Listes conciliaires reçues en Occident |
| Trente | 8 avril 1546 | Décret Sacrosancta : canon définitif, sept lettres catholiques |
Auteur et datation traditionnels
L'auteur se présente lui-même avec une sobriété qui exclut l'imposture : non comme « frère du Seigneur », titre qu'un faussaire n'aurait pas manqué d'exploiter, mais comme « serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus Christ »[73]. Benoît XVI relève ce détail comme une marque d'authenticité spirituelle : l'homme qui pouvait se prévaloir de sa parenté choisit le nom de serviteur[74].
La lecture traditionnelle date la lettre des années 45-50, ce qui en ferait l'un des tout premiers écrits du Nouveau Testament, antérieur au concile de Jérusalem[75]. Les arguments internes convergent : l'épître ignore le décret sur les païens, impensable après 50 si elle était tardive ; elle s'adresse à des chrétiens d'origine juive « dispersées », encore proches de la synagogue, qu'elle nomme d'ailleurs synagogè[76] ; l'organisation de l'Église y est simple, des « anciens » qui prient sur les malades, sans évêques ni diacres au sens institutionnel postérieur[77].
Le plan de la lettre : cinq mouvements de sagesse
Bref, dense, sans plan apparent au premier regard, l'écrit suit en réalité la logique des livres sapientiaux : une sagesse pratique, faite de sentences et d'exhortations, qui va de l'épreuve à la prière[78]. Le tableau suivant en donne la charpente reçue par la lecture catholique.
| Mouvement | Passage | Thème |
|---|---|---|
| L'épreuve et la sagesse | 1, 1-18 | Joie dans les tentations, demande de la sagesse, les riches et les pauvres |
| Écouter et pratiquer | 1, 19-27 | La Parole comme miroir, la religion pure : orphelins, veuves, pureté du monde |
| La foi et les œuvres | 2, 1-26 | Pas de favoritisme, Abraham et Rahab, la foi sans les œuvres est morte |
| La langue et la sagesse | 3, 1-18 | Dompter la langue, la sagesse d'en haut contre la sagesse terrestre |
| Les derniers avertissements | 4, 1 - 5, 20 | L'amitié du monde, les riches oppresseurs, Job, l'onction des malades, ramener les égarés |
La théologie de Jacques : une foi qui agit
La foi et les œuvres : le cœur de la lettre
Le chapitre 2 porte la phrase la plus célèbre et la plus disputée de tout le Nouveau Testament après les paroles de l'institution : « Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi, c'est par mes œuvres que je te montrerai la foi »[79]. L'argument est concret : à quoi sert de dire à un frère sans vêtement ni nourriture « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous », sans lui donner le nécessaire ? Abraham offrant Isaac et Rahab accueillant les espions prouvent que « la foi agissait avec ses œuvres » et que l'homme est justifié « par les œuvres et non par la foi seule »[80].
« Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. »
- Épître de saint Jacques, 2, 26, trad. AELF[81]
Cette déclaration a parfois été opposée à Paul, selon qui l'homme est justifié « par la foi, indépendamment des œuvres de la Loi »[82]. Benoît XVI tranche le débat en montrant que les deux perspectives se complètent : Paul s'oppose à l'orgueil de l'autojustification sans la grâce, Jacques parle des œuvres « comme du fruit normal de la foi », selon la parole du Seigneur sur l'arbre bon qui donne de beaux fruits[83].
« Saint Paul s'oppose à l'orgueil de l'homme qui pense ne pas avoir besoin de l'amour de Dieu qui nous précède. Saint Jacques parle en revanche des œuvres comme du fruit normal de la foi. »
- Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006[84]
Les riches, les pauvres et la religion pure
Nourri des Écritures de l'Ancien Testament, Jacques dénonce avec la véhémence des prophètes le favoritisme envers les riches dans l'assemblée : faire entrer l'homme à l'anneau d'or au premier rang et reléguer le pauvre au marchepied, c'est « faire des distinctions » et devenir « juges aux pensées mauvaises »[85]. Dieu a choisi « ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi »[86], et les richesses amassées « pleurent » contre les riches qui ont frustré le salaire des moissonneurs[87].
La religion pure tient en deux gestes inséparables, résume le premier chapitre : « visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et se garder sans tache au milieu du monde »[88]. Charité et pureté, miséricorde et séparation du monde : tout le programme de la lettre est là, et Benoît XVI y voit une invitation toujours actuelle à « partager ses propres biens avec les pauvres et les indigents »[89].
La sagesse, la langue et l'abandon à Dieu
« Si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, lui qui donne à tous sans réserve »[90] : la prière confiante ouvre la lettre et la referme. Entre les deux, Jacques livre l'une des pages les plus citées de toute la Bible sur la langue, « petit membre » qui « se vante de grandes choses », feu capable d'embraser une forêt, que « personne ne peut dompter » sans la sagesse d'en haut, « pure, pacifique, conciliante »[91].
Deux passages structurent encore la vie chrétienne quotidienne. D'abord l'abandon : « Si le Seigneur le veut bien », si le Seigneur le veut, doit dire celui qui projette voyages et commerces, au lieu de présumer planifier sa vie de manière autonome[92]. Ensuite la prière pour les malades : « L'un de vous est-il malade ? Qu'il appelle les anciens de l'Église : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d'huile au nom du Seigneur », et « la prière faite avec foi sauvera le malade »[93]. L'Église y reconnaît le fondement scripturaire du sacrement de l'onction des malades, rappelé par le concile de Trente[94].
Usage liturgique et postérité
La fête du 3 mai avec Philippe
Jacques le Mineur est fêté le 3 mai, avec l'apôtre Philippe, dans le calendrier romain général[95]. Cette fête commune vient de Rome : depuis le VIe siècle, les reliques des deux apôtres, transférées respectivement de Jérusalem et d'Hiérapolis, reposent ensemble dans la basilique des Saints-Apôtres, et leur culte conjoint fut fixé avec la réforme du calendrier de 1969[96]. Avant cette date, la fête se célébrait le 1er mai, anniversaire présumé de la translation des reliques, encore observé dans le calendrier de 1962[97].
Les lectures propres de la messe du 3 mai disent l'essentiel : la première lecture proclame l'apparition du Ressuscité « à Jacques, puis à tous les apôtres »[98], et l'évangile donne la parole à l'autre titulaire du jour, Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père »[99]. L'oraison rassemble les deux apôtres dans une même demande : que le peuple de Dieu partage « la joie de la résurrection » à laquelle ils ont cru[100].
Reliques, patronages et liturgie
Outre Rome, la tradition conserve des parcelles de reliques de Jacques en plusieurs lieux d'Orient et d'Occident, signe de l'universalité de son culte dès l'Antiquité[101]. Il est invoqué comme patron des pharmaciens et des mourants, mémoire de celui qui soignait les âmes par la prière et accompagna les siens jusqu'au martyre[102].
Une antique anaphore porte son nom : la liturgie de saint Jacques, célébrée dans les Églises de tradition syriaque et byzantine au jour de sa mémoire, témoigne que l'évêque de Jérusalem resta pour l'Orient chrétien le type même du pontife apostolique[103]. Sans trancher l'authenticité de chaque formule, l'existence même de cette attribution, jointe au Protévangile de Jacques apocryphe qui exalte la sainteté de Marie, montre la place unique tenue par son nom dans la mémoire des premiers siècles[104].
Objections courantes
Objection 1 : « Les frères de Jésus contredisent la virginité de Marie »
L'objection s'appuie sur les passages où Jacques, Joset, Jude et Simon sont dits « frères » de Jésus[105]. La réponse catholique tient en trois points : le sémitique nomme frères les proches parents, comme Benoît XVI le rappelle à propos de Jacques, « appelé frère à la manière sémite »[106] ; les « frères » sont identifiés comme les fils de l'autre Marie, Marie de Clopas, présente au Calvaire, et non de la Mère du Seigneur[107] ; enfin la foi de l'Église en la virginité perpétuelle, définie au Latran en 649, exclut que Marie ait eu d'autres enfants[108]. Le dossier complet se lit dans La Vierge Marie dans le Nouveau Testament : on n'y revient pas ici.
Objection 2 : « Luther appelait l'épître une épître de paille »
Dans sa préface au Nouveau Testament de 1522, Luther qualifia l'épître de Jacques d'« épître de paille » (eine recht stroherne Epistel), au regard des lettres de Paul et des évangiles, parce qu'elle ne prêcherait pas assez explicitement le Christ[109]. L'objection confond hiérarchie des écrits et canonicité : Luther lui-même maintint l'épître dans sa Bible, tout en la jugeant inférieure[110]. La réponse catholique, scellée à Trente, est double : l'épître est Écriture inspirée au même titre que les autres livres, et sa doctrine de la justification par la foi qui œuvre ne contredit pas Paul mais le complète, comme l'a montré Benoît XVI[111]. Le dossier protestant complet se traite dans les articles sur la justification : on y renvoie sans le redoubler.
Objection 3 : « Paul et Jacques se contredisent sur la justification »
Paul écrit que l'homme est justifié par la foi indépendamment des œuvres de la Loi[112], Jacques qu'il est justifié par les œuvres et non par la foi seule[113]. La contradiction n'est qu'apparente : Paul vise les œuvres de la Loi mosaïque revendiquées comme titres devant Dieu, Jacques vise les œuvres de la charité qui prouvent la foi vivante[114]. Les deux apôtres condamnent d'ailleurs la même foi morte : Paul fustige celui qui « a la foi » sans la charité comme « un airain qui résonne »[115], Jacques comme un corps sans souffle[116]. L'opposition fabriquée entre les deux apôtres ignore surtout qu'ils se sont donné la main d'association et que Jacques accueillit Paul chez lui jusqu'au bout[117].
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
Les hypothèses courantes
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater l'épître après 70, voire au début du IIe siècle, et d'y voir un écrit pseudépigraphe : un disciple helléniste aurait placé son traité de morale sous le patronage du Juste pour lui donner autorité[118]. Trois arguments reviennent : le grec de la lettre, trop élégant pour un Galiléen ; sa théologie, qui semblerait répondre à une déformation du paulinisme déjà installée ; son silence sur la circoncision et la Loi, jugé postérieur au concile[119].
Fragilités et présupposés
Ces hypothèses reposent sur des reconstructions fragiles. D'abord, la Galilée du Ier siècle baignait dans la langue et la culture grecques, et les apôtres lisaient et parlaient le grec dès l'enfance aux côtés de l'araméen, comme le rappelle la Catholic Encyclopedia[120]. Ensuite, rien n'interdit qu'un apôtre ait recouru à un secrétaire de langue grecque, pratique attestée pour Pierre lui-même[121]. Enfin, le silence sur le concile prouve l'inverse de ce qu'on lui fait dire : après 50, un faussaire écrivant aux judéo-chrétiens n'aurait pu ignorer le décret qui réglait précisément leur rapport aux païens[122].
Surtout, la méthode pèche par circularité : on date la lettre tard parce qu'on la juge hellénistique, puis on la juge hellénistique parce qu'on l'a datée tard[123]. Et l'argument du silence, l'absence de mention chez quelques Pères anciens, vaut ce que valent tous les arguments du silence face au mot d'Eusèbe : l'épître était lue publiquement « dans un très grand nombre d'Églises » dès le IIIe siècle[124]. La datation et l'attribution traditionnelles, défendues par Jérôme, Clément, Hégésippe et la réception canonique unanime depuis le IVe siècle, restent donc pleinement défendables : elles s'appuient sur des témoins, là où l'hypothèse tardive s'appuie sur des vraisemblances[125].
Pour aller plus loin
- Saint Jacques le Majeur : l'autre Jacques, fils de Zébédée, premier apôtre martyr à la Pâque 44.
- Saint Pierre apôtre : la colonne avec qui Jacques gouverna l'Église de Jérusalem.
- Saint Paul apôtre : la main d'association, l'incident d'Antioche, la justification par la foi.
- La Vierge Marie dans le Nouveau Testament : les « frères de Jésus » et la virginité perpétuelle.
- Saint Jean l'Évangéliste : le troisième pilier nommé avec Jacques et Pierre.
- Saint Joseph dans le Nouveau Testament : l'époux de Marie et la parenté de Nazareth.
- Saint Jean-Baptiste dans le Nouveau Testament : le précurseur, autre Juste mis à mort par le pouvoir.
Notes et références
Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006, Jacques le Mineur, texte intégral sur vatican.va : le fils d'Alphée toujours ainsi désigné ; identification fréquente avec le Petit, fils de Marie de Clopas.
1Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910 (newadvent.org/cathen/08280a.htm) : les cinq Jacques du Nouveau Testament ; le fils d'Alphée en tête du troisième groupe des listes.
2 8 14Ga 2, 9, trad. AELF.
3 34 117Flavius Josèphe, Antiquités juives, XX, 9, 1 (XX, 200-203) : Anan réunit le sanhédrin pendant l'interrègne Festus-Albinus et fait lapider « Jacques, frère de Jésus appelé Christ » ; cf. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 21-24, qui cite le passage (texte anglais sur newadvent.org/fathers/250102.htm ; trad. fr. de l'auteur).
4 54 56Hégésippe, Mémoires, livre V, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 3-18 (texte anglais sur newadvent.org/fathers/250102.htm ; trad. fr. de l'auteur) : précipité du pinacle, lapidé, achevé du bâton d'un foulon.
5Jc 2, 26, trad. AELF : « Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. »
6 81 116Mt 10, 3 ; Mc 3, 18 ; Lc 6, 15 ; Ac 1, 13, trad. AELF.
7 48Ac 1, 13, trad. AELF.
9Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « Les traditions évangéliques n'ont conservé aucun récit, ni sur l'un ni sur l'autre, se référant à la période de la vie terrestre de Jésus. »
101 Co 15, 5-7, trad. AELF.
11 27 29 49 98Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 4-7, citant Hégésippe : appelé le Juste par tous depuis le temps du Sauveur ; surnommé Oblias, rempart du peuple.
12Mc 15, 40, trad. AELF.
13Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : Jacques « dit le Mineur », toujours désigné comme « fils d'Alphée », identifié au « Petit » de Mc 15, 40.
15Mt 27, 56, trad. AELF.
16Jn 19, 25, trad. AELF.
17 107Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : identité probable d'Alphée et de Clopas, à la manière des doubles noms Simon-Pierre et Saül-Paul.
18Ga 1, 19, trad. AELF.
19 33 50Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : l'identité du fils d'Alphée avec le frère du Seigneur et évêque de Jérusalem est « de loin la plus probable » et tenue pour certaine par le plus grand nombre des interprètes catholiques, sur Ga 1, 19 ; 2, 9 ; 2, 12.
20 23Controverse Mader (Biblische Zeitschrift, 1908) contre Steinmann (Der Katholik, 1909) sur le sens d'« apôtres » en Ga 1, 19, rapportée par la Catholic Encyclopedia, art. St. James the Less.
21Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « Parmi les chercheurs, la question de l'identification de ces deux personnages portant le même nom, Jacques fils d'Alphée et Jacques frère du Seigneur, est débattue. »
22Saint Jérôme, De viris illustribus, 2 (sur Jacques) : après la Passion, aussitôt ordonné évêque de Jérusalem par les apôtres, « écrivit une seule épître, comptée parmi les sept catholiques » (texte anglais sur newadvent.org/fathers/2708.htm ; trad. fr. de l'auteur).
24 70 125Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « Il était lui aussi originaire de Nazareth et probablement parent de Jésus, dont il est appelé frère à la manière sémite. »
25 106Mc 6, 3, trad. AELF.
26 105Saint Jérôme, De viris illustribus, 2, rapportant l'Évangile selon les Hébreux : le Ressuscité apporte du pain à Jacques et lui dit « Mon frère, mange ton pain » (texte anglais sur newadvent.org/fathers/2708.htm ; trad. fr. de l'auteur).
28Ac 12, 17, trad. AELF.
30 51Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : dès 44, Jacques tient une prééminence marquée dans l'Église de Jérusalem.
31Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 1, 2-4, citant Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, VI-VII : Pierre, Jacques et Jean choisirent Jacques le Juste comme évêque de Jérusalem (texte anglais sur newadvent.org/fathers/250102.htm ; trad. fr. de l'auteur).
32Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : Paul « le nomme même avant Simon-Pierre, le qualifiant comme lui de colonne de cette Église ».
35Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : au concile de Jérusalem (51 selon l'article), Jacques prononce sa sentence après Pierre.
36Ac 15, 11, trad. AELF.
37Ac 15, 13-21, trad. AELF.
38 52Ac 15, 20, trad. AELF.
39Ac 15, 28, trad. AELF.
40Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : Jacques « contribua avec Pierre à surmonter, ou mieux, à intégrer la dimension juive originelle du christianisme » avec l'accueil des païens.
41Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006, Jacques le Mineur, texte intégral en français sur vatican.va (content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060628.html).
42Ac 21, 18, trad. AELF.
43 53Ac 21, 23-24, trad. AELF.
44Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : Jacques et les anciens conseillent à Paul les cérémonies d'un vœu de nazir pour démentir l'accusation contre la Loi.
45Ga 2, 11-12, trad. AELF.
46Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : les hommes venus d'auprès de Jacques à Antioche se réclamaient de son nom sans en avoir reçu un tel commandement.
47Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « L'information la plus ancienne sur la mort de ce Jacques nous est offerte par l'historien juif Flavius Josèphe », Antiquités juives, 20, 201 et suivantes, lapidation décrétée en 62.
55 68Flavius Josèphe, Antiquités juives, XX, 9, 1, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 22-24 : indignation des modérés, lettre d'Albinus, déposition d'Anan après trois mois de grande prêtrise.
57Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 1-2 et 19-20 : Jacques, premier évêque de Jérusalem par le choix des apôtres ; les Juifs les plus sensés virent dans le siège de Jérusalem la punition de son meurtre.
58Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 3 : Hégésippe, qui vivait dans la génération suivant les apôtres, donne le récit le plus exact dans le cinquième livre de ses Mémoires.
59Hégésippe, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 5-6 : ni vin, ni chair, ni rasoir, ni huile, ni bain ; vêtements de lin ; prière continuelle, genoux durcis comme ceux d'un chameau.
60Hégésippe, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 10-12 : placé sur le pinacle du Temple à la Pâque pour détourner le peuple de Jésus.
61Hégésippe, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 13. Texte original : « Why do you ask me concerning Jesus, the Son of Man? He himself sits in heaven at the right hand of the great Power, and is about to come upon the clouds of heaven. »
62Hégésippe, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 16 : « I entreat you, Lord God our Father, forgive them, for they know not what they do. » Cf. Lc 23, 34.
63Hégésippe, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 18 : un foulon prend le bâton qui sert à battre les étoffes et frappe le Juste à la tête.
64Saint Jérôme, De viris illustribus, 2 : Jacques gouverna l'Église de Jérusalem trente ans, jusqu'à la septième année de Néron, et fut enterré près du Temple (texte anglais sur newadvent.org/fathers/2708.htm ; trad. fr. de l'auteur).
65Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 19-20, citant Josèphe : ces malheurs arrivèrent aux Juifs « pour venger Jacques le Juste, frère de Jésus appelé Christ ». Texte original : « These things happened to the Jews to avenge James the Just, who was a brother of Jesus, that is called the Christ. »
66Hégésippe, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 17 : un prêtre des fils de Récab crie « Arrêtez ! Que faites-vous ? Le juste prie pour vous. »
67Jc 1, 1, trad. AELF.
69 73Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, 25 : l'épître « est disputée », peu d'anciens l'ont mentionnée, mais elle est lue publiquement « dans un très grand nombre d'Églises ».
71 124Athanase d'Alexandrie, 39e lettre festale (367) ; conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) ; concile de Trente, session IV, décret Sacrosancta (8 avril 1546).
72Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « Il ne s'y présente pas comme frère du Seigneur, mais comme serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus. »
74Lecture traditionnelle : rédaction vers 45-50, avant le concile de Jérusalem ; indices internes (absence du décret, destinataires judéo-chrétiens dispersés, structure ecclésiale simple).
75 122Jc 2, 2, trad. AELF : l'assemblée désignée du mot synagogè.
76Jc 5, 14-15, trad. AELF.
77 93Structure sapientiale reçue : cinq mouvements d'exhortation pratique, de l'épreuve (ch. 1) à la prière pour les malades et les égarés (ch. 5).
78Jc 2, 18, trad. AELF.
79Jc 2, 21-22, trad. AELF.
80Rm 3, 28, trad. AELF.
82 112Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « Saint Paul s'oppose à l'orgueil de l'homme qui pense ne pas avoir besoin de l'amour de Dieu qui nous précède [tandis que] saint Jacques parle des œuvres comme du fruit normal de la foi. »
83 84 111 114Jc 2, 1-4, trad. AELF.
85Jc 2, 5, trad. AELF.
86Jc 5, 1-3, trad. AELF.
87Jc 1, 27, trad. AELF.
88Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : la sagesse selon Jacques fait comprendre que les vraies valeurs « ne se trouvent pas dans les richesses passagères, mais plutôt dans le fait de savoir partager ses propres biens avec les pauvres ».
89Jc 1, 5, trad. AELF.
90Jc 3, 5-8, trad. AELF.
91Jc 4, 15, trad. AELF : « Si le Seigneur le veut bien ».
92Concile de Trente, session XIV (1551), Doctrina de sacramento extremae unctionis, ch. 1 : l'onction des malades instituée par le Christ et « insinuée » en Mc 6, 13, « promulguée » par Jacques en Jc 5, 14-15.
94Calendarium Romanum Generale : 3 mai, saints Philippe et Jacques, apôtres, fête.
95Basilique des Saints-Apôtres de Rome : reliques de Philippe et de Jacques, transférées au VIe siècle et placées ensemble ; culte conjoint fixé avec la réforme du calendrier de 1969.
96Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, au 1er mai : les corps de Philippe et de Jacques reposent dans la basilique des Saints-Apôtres de Rome, et le 1er mai passe pour l'anniversaire de leur translation.
97Jn 14, 8, trad. AELF.
99Missale Romanum, oraison de la fête des saints Philippe et Jacques (3 mai).
100Parcelles de reliques de Jacques le Mineur conservées en plusieurs sanctuaires d'Orient et d'Occident, témoignant de l'universalité de son culte dès l'Antiquité.
101Patronages traditionnellement attachés à Jacques le Mineur : pharmaciens, mourants.
102Antique anaphore dite liturgie de saint Jacques, célébrée dans les traditions syriaque et byzantine au jour de sa mémoire ; cf. Catholic Encyclopedia, art. St. James the Less, « Sources » : Liturgy of St. James.
103Benoît XVI, audience générale du 28 juin 2006 : « Outre le Protévangile de Jacques apocryphe, qui exalte la sainteté et la virginité de Marie Mère de Jésus, est particulièrement liée » à son nom la lettre qui le porte.
104Concile du Latran (649), canons sur la virginité perpétuelle de Marie avant, pendant et après l'enfantement.
108Martin Luther, préface au Nouveau Testament (1522) : l'épître de Jacques, « eine recht stroherne Epistel » (« une véritable épître de paille ») au regard des lettres de Paul et des évangiles.
109Luther maintint néanmoins l'épître de Jacques dans sa traduction de la Bible, tout en la plaçant à un rang inférieur parmi les « bons et précieux livres » du Nouveau Testament.
110Jc 2, 24, trad. AELF.
1131 Co 13, 1, trad. AELF.
115Hypothèse d'une partie de l'exégèse contemporaine : rédaction après 70, voire au début du IIe siècle, par un disciple helléniste sous le nom du Juste.
118Arguments avancés : élégance du grec, réponse supposée à un paulinisme dégradé, silence sur la circoncision et la Loi.
119Achille Camerlynck, « St. James the Less », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 : diffusion du grec en Judée et en Galilée dès le Ier siècle avant Jésus-Christ ; les apôtres lisaient et parlaient le grec comme l'araméen dès l'enfance.
1201 P 5, 12, trad. AELF : Pierre écrit « par Silvain », exemple néotestamentaire du recours à un secrétaire.
121Fragilité méthodologique : datation tardive déduite du caractère hellénistique supposé, lui-même déduit de la datation tardive ; argument du silence face à une réception publique attestée.
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