Saint Jean-Baptiste dans le Nouveau Testament

Saint Jean-Baptiste dans le Nouveau Testament : inventaire des passages, auteurs et datation traditionnels, Flavius Josèphe, prédication, baptême de Jésus, Agneau de Dieu, martyre à Machéronte, théologie du Précurseur, Pères, liturgie, objections et débat historico-critique.

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Saint Jean-Baptiste est, dans le Nouveau Testament, le Précurseur : l'enfant annoncé à Zacharie par l'ange Gabriel, la voix qui crie dans le désert, le prédicateur d'un baptême de conversion dans le Jourdain, le témoin qui désigne Jésus comme l'Agneau de Dieu, l'ami de l'Époux qui s'efface avec joie, et le martyr décapité à Machéronte sur l'ordre d'Hérode Antipas. Aucun personnage des évangiles, hormis le Christ et sa Mère, ne reçoit un tel relief : une trentaine de passages directs, répartis entre les quatre évangiles et les Actes des Apôtres, de l'enfance selon Luc au souvenir des premières communautés d'Éphèse[1].

Son dossier scripturaire est unique à un deuxième titre : il est confirmé de l'extérieur. L'historien juif Flavius Josèphe, qui n'est pas chrétien, lui consacre vers 93-94 un développement entier de ses Antiquités judaïques : un prédicateur appelé le Baptiste, un baptême lié à la vertu, une exécution ordonnée par Hérode qui redoutait son influence[2]. Pour l'historien, Jean-Baptiste compte parmi les personnages les mieux assurés de tout l'évangile.

L'article présente d'abord le Baptiste tel que l'Église reçoit l'Écriture : l'inventaire des passages, les auteurs sacrés et leur datation traditionnelle, les témoins anciens du texte, puis le parcours complet des scènes, de l'annonce à Zacharie jusqu'au souvenir des Actes, la théologie que le Nouveau Testament enseigne déjà sur le Précurseur, la réception chez les Pères et dans la liturgie, les objections courantes avec leurs réponses, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La vie du saint, sa spiritualité de l'humilité et son culte relèvent de l'article consacré à Saint Jean-Baptiste, le Précurseur ; la grande fête de sa naissance, de l'article sur la Nativité de saint Jean-Baptiste (24 juin) ; les scènes où paraît sa parente, la Vierge, du dossier sur La Vierge Marie dans le Nouveau Testament, et l'enfance vue du côté du père nourricier, du dossier sur Saint Joseph dans le Nouveau Testament.

Jean-Baptiste dans le canon : l'inventaire des passages

Un dossier plus vaste que tout autre après Jésus et sa Mère

Jean-Baptiste apparaît dans quatre des sept ensembles du Nouveau Testament : les trois évangiles synoptiques, le quatrième évangile et les Actes des Apôtres. Seules les lettres apostoliques et l'Apocalypse ne le nomment pas directement, et ce silence a une explication de genre, comme on le verra. Le tableau ci-dessous donne l'inventaire complet des passages directs, dans l'ordre du canon[3].

LivrePassageScène
MatthieuMt 3, 1-12Prédication au désert, baptême de conversion
MatthieuMt 3, 13-17Le baptême de Jésus, la voix du Père
MatthieuMt 11, 2-19La question en prison, l'éloge du Christ
MatthieuMt 14, 1-12Hérode, Hérodiade, le martyre
MatthieuMt 16, 14La foule prend Jésus pour Jean ressuscité
MatthieuMt 17, 10-13Élie déjà venu : les disciples comprennent
MatthieuMt 21, 23-32Le baptême de Jean venait-il du ciel ?
MarcMc 1, 1-8Le commencement de l'Évangile, la voix
MarcMc 1, 9-11Le baptême de Jésus, les cieux déchirés
MarcMc 2, 18Les disciples de Jean jeûnent
MarcMc 6, 14-29Le banquet d'Hérode, la tête sur un plat
MarcMc 8, 28Les uns disent Jean Baptiste, d'autres Élie
MarcMc 9, 11-13Élie est venu, on a fait de lui ce qu'on a voulu
MarcMc 11, 27-33Les grands prêtres n'osent juger le baptême de Jean
LucLc 1, 5-80Annonce à Zacharie, naissance, Benedictus
LucLc 3, 1-22L'an quinze de Tibère, prédication, baptême de Jésus
LucLc 7, 18-35La question en prison, l'éloge, les enfants sur la place
LucLc 9, 7-9Hérode perplexe : Jean, je l'ai fait décapiter
LucLc 11, 1Apprends-nous à prier, comme Jean à ses disciples
LucLc 16, 16La Loi et les Prophètes jusqu'à Jean
LucLc 20, 1-8Du ciel ou des hommes, le baptême de Jean ?
JeanJn 1, 6-8Il n'était pas la Lumière, mais le témoin
JeanJn 1, 15Celui qui vient derrière moi est passé devant moi
JeanJn 1, 19-34L'interrogatoire, l'Agneau de Dieu, la colombe
JeanJn 3, 22-30Le dernier témoignage : il faut qu'il grandisse
JeanJn 4, 1Jésus baptise plus que Jean (par ses disciples)
JeanJn 5, 33-35La lampe qui brûle et qui brille
JeanJn 10, 40-42Au-delà du Jourdain, là où Jean baptisait
ActesAc 1, 5.21-22Le baptême d'eau, le critère depuis Jean
ActesAc 10, 37La prédication après le baptême proclamé par Jean
ActesAc 13, 24-25Jean prêchant avant la venue, indigne des sandales
ActesAc 18, 25Apollos ne connaissant que le baptême de Jean
ActesAc 19, 1-7Les douze d'Éphèse rebaptisés au nom de Jésus

Deux enfances racontées, deux regards complémentaires

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Matthieu et Luc sont les seuls à raconter l'origine du Baptiste, et ils ne le font pas de la même façon : Matthieu ne dit rien de sa naissance et le fait surgir adulte au désert, vêtu de poils de chameau, tandis que Luc lui consacre tout son premier chapitre, l'annonce à Zacharie, la Visitation, la naissance et le cantique du père[4]. Loin de se contredire, les deux regards s'emboîtent : Matthieu écrit pour des judéo-chrétiens qui connaissent déjà la parenté de Jean avec Jésus et va droit à la prédication, tandis que Luc l'enquêteur remonte aux origines familiales, avec des détails sacerdotaux, la classe d'Abia, la descendance d'Aaron, qui trahissent une source proche du Temple[5].

Le silence de Paul et des lettres, et ce qu'il signifie

Paul ne nomme jamais Jean-Baptiste, et l'Apocalypse non plus. Ce silence a une explication de genre littéraire, pas une portée dogmatique : Paul écrit des lettres de circonstance aux Églises, pas des vies de Jésus, et l'Apocalypse est une prophétie du Christ vainqueur, pas un récit du ministère[6]. Quand Luc, le compagnon de Paul, raconte l'histoire des origines chrétiennes dans les Actes, Jean y figure cinq fois : critère du témoin apostolique, point de départ de la prédication, précurseur prêché par Paul lui-même à Antioche de Pisidie, et souvenir vivant des communautés d'Éphèse[7]. Le silence des lettres n'est donc pas une absence du dossier, mais la marque de sa place : Jean appartient au récit des commencements, que les lettres supposent et que les évangiles racontent.

Les auteurs et la datation reçus du dossier du Baptiste

Matthieu l'apôtre : le Baptiste sobre des commencements

La tradition la plus ancienne fait du premier évangile l'œuvre de l'apôtre Matthieu, le publicain devenu disciple, rédigée d'abord pour les judéo-chrétiens. Dès la première moitié du IIe siècle, Papias d'Hiérapolis atteste que Matthieu rédigea les paroles du Seigneur en dialecte hébreu[8], témoignage conservé par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique[9]. Clément d'Alexandrie confirme que les évangiles généalogiques, Matthieu et Luc, furent écrits les premiers[10]. Le Baptiste de Matthieu est sobre et tranchant : surgissement au désert, prédication du Royaume tout proche, baptême de Jésus en quelques versets, question en prison, martyre raconté d'un trait. L'Église reçoit ce récit comme celui d'un témoin, avant la ruine de Jérusalem, dans les années 40 à 60 selon la datation traditionnelle[11].

Marc l'interprète de Pierre : le récit le plus nerveux

Marc ouvre son évangile par Jean, et c'est la même tradition qui l'explique : Marc est l'interprète de Pierre à Rome, qui met par écrit la prédication de l'Apôtre après son départ, c'est-à-dire après son martyre sous Néron[12]. Or la prédication de Pierre, telle que les Actes la résument, part exactement du baptême de Jean : Marc commence donc où commence le kérygme[13]. Son récit du martyre est le plus détaillé des quatre, avec le banquet, la danse, le serment et le plat, comme un souvenir rapporté de près. L'Église date cet évangile des années 60, avant 67, du vivant de la mémoire romaine de Pierre[14].

Luc l'enquêteur : l'enfance et la chronologie impériale

Luc ouvre son évangile par une dédicace d'historien : il a tout recherché avec soin depuis les origines auprès de ceux qui furent dès le début témoins oculaires pour en écrire un récit ordonné à Théophile[15]. La tradition unanime, d'Irénée de Lyon au canon de Muratori, voit en lui le médecin d'Antioche, compagnon de Paul, qui consigne l'Évangile prêché par l'Apôtre[16][17]. C'est lui qui donne au dossier du Baptiste ses deux pièces les plus datées : l'enfance sacerdotale du premier chapitre, avec ses précisions de classes, de parentés et de cantiques, et la synchronisation impériale du troisième, l'an quinze de Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Anne et Caïphe, sept noms propres vérifiables qui ancrent la prédication de Jean dans l'histoire datée[18]. Les Actes s'achevant sur la captivité romaine de Paul, vers 62-63, sans mentionner sa mort ni la ruine de Jérusalem, l'Église date l'évangile de Luc des années 60 à 63, et les Actes de 62-63[19].

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après avoir tout recherché avec soin depuis les origines, de t'en écrire un récit ordonné, excellent Théophile. » — Saint Luc, Lc 1, 1-3[20]

Jean le témoin : le Jourdain vu par le disciple

Le quatrième évangile ne raconte ni l'enfance ni le martyre de Jean, mais il donne au Baptiste les paroles les plus théologiques de tout le dossier : l'Agneau de Dieu, la colombe, l'ami de l'Époux, la lampe. La tradition, portée par Irénée qui se réclame de Polycarpe, disciple de Jean lui-même, attribue cet évangile à l'apôtre Jean, fils de Zébédée, à Éphèse, à la fin du Ier siècle[21]. Le détail du témoignage trahit un témoin du Jourdain : l'heure précise, la dixième heure, où deux disciples quittent le Baptiste pour suivre Jésus, et le lendemain noté deux fois, comme les marques d'un souvenir personnel[22]. L'Église reçoit donc les paroles du Précurseur comme le témoignage de celui qui les entendit sur la rive, avant de devenir lui-même disciple du Christ.

Les Actes : la mémoire apostolique du Baptiste

Les Actes, du même Luc, montrent que le Baptiste n'est pas seulement un personnage du passé : il est le point de départ officiel de la mémoire apostolique. Le remplaçant de Judas doit avoir suivi Jésus à partir du baptême de Jean[23]. Pierre résume la prédication en partant du baptême proclamé par Jean[24]. Paul, prêchant à Antioche de Pisidie, présente Jean prêchant avant la venue du Christ un baptême de conversion à tout le peuple d'Israël[25]. Et vingt-cinq ans après la croix, des disciples rencontrés à Éphèse ne connaissent encore que le baptême de Jean, avant d'être baptisés au nom du Seigneur Jésus[26]. Le dossier du Baptiste déborde donc des évangiles : il structure la prédication de l'Église naissante.

Flavius Josèphe : le témoin juif de 93-94

C'est le joyau externe du dossier. Flavius Josèphe, prêtre juif devenu historien à Rome, consacre à Jean-Baptiste un développement entier du livre XVIII de ses Antiquités judaïques, rédigées vers 93-94 ap. J.-C., soit à une génération des événements[27] :

« Hérode l'avait fait mettre à mort, bien qu'il fût un homme de bien, qui exhortait les Juifs à pratiquer la vertu, la justice les uns envers les autres et la piété envers Dieu, et à venir ainsi au baptême. » — Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 117[28]

Josèphe confirme indépendamment les points clés des évangiles : un prédicateur surnommé le Baptiste, un baptême lié à la conversion morale, une foule immense qui s'attache à lui, et une exécution ordonnée par Hérode Antipas, qui redoutait son influence et le fit enchaîner à Machéronte[29]. À la différence du célèbre passage sur Jésus, dont l'authenticité est débattue, ce texte sur Jean fait consensus chez les historiens : il est cité dès Origène, vers 248, et aucun indice sérieux n'en conteste l'origine joséphienne[30]. Un historien non chrétien, écrivant pour Rome avec les archives du temps, atteste donc le Baptiste comme un fait.

Les témoins anciens du texte du Baptiste

TémoinDate reçueCe qu'il atteste
Papias d'HiérapolisPremière moitié du IIe siècleMatthieu en dialecte hébreu, Marc interprète de Pierre
Flavius JosèpheVers 93-94Jean le Baptiste, son baptême, sa mort par Hérode
Saint Justin, ApologiesVers 155-160Les mémoires des apôtres lus chaque dimanche avec les prophètes
Canon de MuratoriVers 170-200, RomeLuc compagnon de Paul, Jean le quatrième évangile
Tatien, DiatessaronVers 170Harmonie des quatre évangiles, dossier du Baptiste inclus
Saint Irénée, Contre les hérésiesVers 180Les quatre évangiles, ni plus ni moins, et leurs auteurs
Papyrus P52Vers 125Fragment de Jean circulant déjà en Égypte

Dès le milieu du IIe siècle, Justin atteste que les communautés lisent chaque dimanche les mémoires composés par les apôtres ou par ceux qui les ont suivis, au même rang que les prophètes[31]. Vers 170, Tatien fond les quatre évangiles en une seule trame continue, preuve qu'ils circulent ensemble et complets, Baptiste compris[32]. Irénée, qui a connu Polycarpe, disciple de Jean, fixe la doctrine des quatre : ni plus, ni moins[33]. Et le papyrus P52, un fragment de l'évangile de Jean copié en Égypte vers 125, prouve matériellement la diffusion précoce du quatrième évangile, celui qui porte le plus haut témoignage du Précurseur[34]. Ajouter à cette chaîne le témoin juif de 93-94, et le dossier du Baptiste apparaît comme l'un des mieux attestés de tout le Nouveau Testament.

L'enfant de la promesse : l'annonce à Zacharie et la naissance

Gabriel au Temple et le mutisme de Zacharie

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L'évangile de Luc ouvre tout son récit par les parents de Jean. Zacharie est un prêtre de la classe d'Abia, l'une des vingt-quatre classes sacerdotales qui servaient à tour de rôle au Temple, et sa femme Élisabeth est une descendante d'Aaron[35]. Luc les décrit comme justes devant Dieu, mais sans enfant, car Élisabeth était stérile et tous deux étaient avancés en âge[36]. Cette stérilité place Jean dans la lignée des naissances miraculeuses de l'Ancien Testament, Isaac, Samson, Samuel, qui annoncent toujours une mission exceptionnelle. Tandis que Zacharie offre l'encens dans le sanctuaire, l'ange Gabriel lui apparaît et lui annonce un fils dont il décrit déjà la mission :

« Ton épouse Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans la joie et l'allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère, et il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie. » — Évangile selon saint Luc 1, 13-17[37]

Trois traits décisifs sont déjà posés : Jean sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein maternel, il ramènera Israël vers Dieu, et il marchera devant le Seigneur avec l'esprit d'Élie. Parce qu'il doute de cette promesse, Zacharie est frappé de mutisme jusqu'à l'accomplissement de la parole, signe à la fois de châtiment et de garantie[38].

La Visitation : le tressaillement du Précurseur

Six mois plus tard, la Vierge Marie, qui vient de concevoir le Christ, se rend en hâte chez Élisabeth. À sa salutation, l'enfant tressaille dans le sein de sa mère, et Élisabeth, remplie d'Esprit Saint, s'écrie : Tu es bénie entre toutes les femmes[39]. La tradition catholique a vu dans ce tressaillement la sanctification de Jean dans le sein de sa mère : au contact du Christ encore caché, l'enfant est purifié du péché originel avant même de naître. C'est pourquoi l'Église célèbre sa naissance comme celle d'un être déjà saint, privilège qu'il ne partage qu'avec la Vierge[40][41]. La scène, première rencontre encore intra-utérine du Précurseur et de son Seigneur, est racontée du côté de Marie dans le dossier sur La Vierge Marie dans le Nouveau Testament.

La naissance et le Benedictus, charte du Précurseur

À la naissance de l'enfant, les voisins veulent le nommer Zacharie, du nom de son père. Élisabeth s'y oppose : il s'appellera Jean. On interroge alors le père muet, qui écrit sur une tablette : Jean est son nom[42]. À l'instant, sa bouche s'ouvre et il prophétise le grand cantique que l'Église chante chaque matin aux Laudes, le Benedictus :

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés. » — Cantique de Zacharie, Évangile selon saint Luc 1, 76-77[43]

Le Benedictus condense toute la vocation de Jean : prophète du Très-Haut, héraut du salut par la rémission des péchés, aurore qui précède le Soleil levant. Luc conclut sobrement : l'enfant grandissait et son esprit se fortifiait, et il demeura dans les déserts jusqu'au jour de sa manifestation à Israël[44].

La voix dans le désert : prédication et baptême de conversion

L'an quinze de Tibère : une prédication datée

Luc date précisément le début de la mission publique de Jean : l'an quinze du règne de l'empereur Tibère, soit vers 28-29 ap. J.-C., sous Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Anne et Caïphe[45]. La parole de Dieu lui est alors adressée au désert, et il parcourt toute la région du Jourdain. Les quatre évangiles voient dans cette prédication l'accomplissement d'une prophétie d'Isaïe :

« Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies, et tout homme verra le salut de Dieu. » — Isaïe 40, 3-5, cité en Luc 3, 4-6[46]

Interrogé sur son identité par les prêtres et les lévites, Jean refuse tous les titres : il n'est pas le Christ, ni Élie en personne, ni le Prophète. Il se définit uniquement comme cette voix : Moi, je suis la voix de celui qui crie dans le désert[47]. Son habit même prêche : vêtu de poils de chameau, avec une ceinture de cuir, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, il reprend volontairement l'habit du prophète Élie[48][49].

Un baptême de conversion, pas encore le sacrement

Le geste central de Jean est un baptême : il plonge dans le Jourdain ceux qui confessent leurs péchés, en vue de la conversion, pour le pardon des péchés[50]. Mais ce baptême reste préparatoire : il ne donne pas encore la grâce du sacrement, il y dispose. Jean lui-même marque clairement la différence :

« Moi, je vous baptise dans l'eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. » — Évangile selon saint Matthieu 3, 11[51]

L'Église a toujours soigneusement distingué ces deux baptêmes, à partir des Actes des Apôtres et du Catéchisme[52] :

AspectBaptême de JeanBaptême chrétien
NatureRite de pénitence préparatoireSacrement institué par le Christ
EffetDispose à la conversionRemet le péché et donne la grâce
Don de l'EspritNon, baptême dans l'eauOui, dans l'Esprit Saint et le feu
PortéeTourné vers le Messie à venirIncorpore au Christ mort et ressuscité

C'est pourquoi, selon les Actes, les disciples qui n'avaient reçu que le baptême de Jean furent ensuite baptisés au nom du Seigneur Jésus[53]. Le baptême de Jean est l'aube, le baptême du Christ est le plein jour. Pour le sacrement lui-même, voir l'article sur Le baptême.

Aux foules, aux publicains, aux soldats : une morale concrète

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La prédication de Jean n'est pas une exhortation vague : à chaque catégorie de ses auditeurs, il donne une consigne précise. Aux foules : celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas. Aux publicains : n'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. Aux soldats : ne faites violence à personne, n'accusez pas à tort, et contentez-vous de votre solde[54]. Cette justice concrète rejoint exactement ce que Josèphe retenait de lui : un maître qui prêchait la vertu, la justice les uns envers les autres et la piété envers Dieu[55].

Engeance de vipères : la cognée à la racine

Jean ne flatte personne. Aux pharisiens et aux sadducéens qui viennent à lui, il lance un avertissement brûlant qui annonce déjà le jugement :

« Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » — Évangile selon saint Matthieu 3, 7-10[56]

Cette liberté de parole, qui ne recule devant aucune autorité religieuse ou politique, est la marque du prophète. Appliquée au roi lui-même, elle le conduira jusqu'au martyre.

Du ciel ou des hommes : l'autorité du baptême de Jean

Lors de sa dernière montée à Jérusalem, Jésus est sommé par les grands prêtres et les anciens de dire par quelle autorité il agit. Il accepte de répondre à une condition : qu'on lui dise d'abord d'où venait le baptême de Jean[57] :

« Le baptême de Jean, d'où venait-il ? du ciel ou des hommes ? » Évangile selon saint Matthieu 21, 25[58]

Le piège se referme sur ceux qui l'avaient tendu. S'ils répondent du ciel, Jésus leur demandera pourquoi ils n'ont pas cru à sa parole. S'ils répondent des hommes, ils redoutent la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète[59]. Ils se dérobent donc par un « nous ne savons pas », et Jésus refuse à son tour de dire par quelle autorité il agit. La manoeuvre révèle deux choses : l'autorité de Jean est si bien établie, jusque chez ses adversaires, qu'elle sert d'étalon public, et le sort fait au Baptiste annonce celui du Christ. Ceux qui ont rejeté la voix rejetteront le Verbe. Marc et Luc rapportent la même joute, dans le Temple, pendant la Semaine sainte[60].

Le baptême de Jésus : le sommet du témoignage

Voici l'Agneau de Dieu

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Le sommet de la mission de Jean est le moment où le Messie qu'il annonçait se présente à lui. Jésus vient de Galilée au Jourdain pour être baptisé. Jean, qui se sait infiniment inférieur, refuse d'abord : c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi[61]. Jésus l'apaise : il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean prononce la parole qui résume toute l'Écriture :

« Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. C'est de lui que j'ai dit : L'homme qui vient derrière moi est passé devant moi car, avant moi, il était. » — Évangile selon saint Jean 1, 29-30[62]

Cette désignation, l'Agneau de Dieu, relie d'un mot l'agneau pascal de l'Exode, le serviteur souffrant d'Isaïe 53 et le sacrifice de la Croix. C'est la formule que le prêtre redit à chaque messe avant la communion. Jean est ainsi le premier de toute l'histoire à montrer le Christ comme victime du salut. Le lendemain encore, redisant voici l'Agneau de Dieu devant deux de ses disciples, il les voit quitter sa suite pour suivre Jésus : son premier fruit apostolique[63].

La théophanie du Jourdain : l'Esprit et la voix du Père

Au moment du baptême se produit la première manifestation de la Trinité dans l'évangile. Jean en est le témoin oculaire :

« J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. Oui, j'ai vu et j'atteste que c'est lui, le Fils de Dieu. » — Évangile selon saint Jean 1, 32-34[64]

Le Fils est dans l'eau, l'Esprit descend en forme de colombe, et la voix du Père retentit : celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie[65]. Jean avait reçu pour mission précise de reconnaître ce signe. Toute sa vocation aboutit à cet instant : il a vu, et il a témoigné. Le Catéchisme voit dans le baptême de Jésus l'acceptation par le Christ de sa mission de Serviteur souffrant, lui le sans-péché qui se laisse compter parmi les pécheurs pour accomplir toute justice[66].

Le témoin qui diminue

Il faut qu'il grandisse et que moi, je diminue

Une fois le Messie désigné, la mission de Jean est en un sens accomplie, et il le sait. Quand ses propres disciples s'inquiètent de voir les foules quitter Jean pour suivre Jésus, le Précurseur répond par la parole la plus haute de toute la spiritualité de l'effacement :

« Celui qui a l'épouse, c'est l'époux ; mais l'ami de l'époux qui se tient là et qui l'entend, est tout joyeux à la voix de l'époux. Telle est ma joie : elle est complète. Il faut qu'il grandisse et que moi, je diminue. » — Évangile selon saint Jean 3, 29-30[67]

Jean se présente comme l'ami de l'Époux : le rôle, dans les noces juives, de celui qui prépare et conduit l'épouse, puis s'efface joyeusement quand l'époux paraît. Sa joie n'est pas diminuée par son effacement : elle en est comblée. C'est le cœur de la sainteté du Baptiste, et le modèle de tout disciple : ne pas se montrer soi-même, mais montrer le Christ.

Es-tu celui qui doit venir : la question depuis la prison

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L'évangile ne cache pas l'épreuve de Jean. Emprisonné par Hérode, dans la nuit du cachot, il envoie ses disciples poser à Jésus une question bouleversante :

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » — Évangile selon saint Matthieu 11, 3[68]

Loin d'être un scandale, cette question dit la vérité humaine du saint : même le plus grand des prophètes traverse la nuit de la foi. Jésus ne répond pas par un titre, mais par les signes messianiques d'Isaïe : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle[69]. Puis, devant les foules, il fait de Jean l'éloge que voici. La nuit du Précurseur prépare ainsi sa plus grande gloire : être loué par le Christ lui-même.

La lampe qui brûle et qui brille

Ailleurs, Jésus compare Jean à une lampe :

« Jean était la lampe qui brûle et qui brille, et vous avez voulu, pour un moment, vous réjouir à sa lumière. » — Évangile selon saint Jean 5, 35[70]

La lampe n'est pas la lumière du jour : elle brille dans la nuit et s'éteint quand vient le soleil. Telle est exactement la fonction du Précurseur dans l'économie du salut : éclairer l'attente, puis s'effacer devant le Jour. Ceux qui s'étaient réjouis un moment à sa lumière auraient dû suivre son doigt jusqu'au Christ.

L'école de Jean : disciples, jeûne et prière

Jean ne prêche pas seul : il forme des disciples qui jeûnent, qui prient selon une règle reçue de lui, et qui lui resteront attachés après sa mort. On vient demander à Jésus pourquoi ses propres disciples ne jeûnent pas alors que ceux de Jean et ceux des pharisiens jeûnent[71]. Jésus répond par l'image des noces : tant que l'Époux est là, les invités ne jeûnent pas, mais des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront[72]. Plus tard, c'est en voyant Jésus prier qu'un disciple lui demande : Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples[73]. Le Baptiste a donc laissé une école de prière assez reconnue pour servir de modèle aux Douze eux-mêmes.

Cette école survit à son maître. Jean baptise encore à Aïnone, près de Salim, où l'eau est abondante, pendant que Jésus baptise lui aussi en Judée, et ses disciples s'en émeuvent : Rabbi, celui qui était avec toi de l'autre côté du Jourdain, le voilà qui baptise, et tous vont à lui[74]. C'est à cette plainte que répond le dernier grand témoignage : il faut qu'il grandisse. L'évangéliste précise d'ailleurs que ce n'était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples[75]. Et vingt ans après la croix, Apollos prêche à Éphèse avec ferveur sans connaître que le baptême de Jean, avant qu'Aquila et Priscille ne lui exposent plus exactement la Voie[76]. Jusqu'au bout du dossier, jusque dans les Actes, l'empreinte de l'école demeure : au-delà du Jourdain, là où Jean baptisait au début, beaucoup vinrent à Jésus en déclarant que tout ce que Jean avait dit de lui était vrai, et là, beaucoup crurent en lui[77].

Le plus grand des enfants des femmes

L'éloge du Christ, sans équivalent dans l'évangile

Aussitôt les disciples de Jean repartis, Jésus se tourne vers la foule et prononce sur le Précurseur un panégyrique sans équivalent dans tout l'évangile :

« Qu'êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète. Amen, je vous le dis : parmi les enfants des femmes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » — Évangile selon saint Matthieu 11, 7-11[78]

La dernière phrase contient toute la théologie du seuil : Jean est le plus grand de l'Ancien monde, mais le plus humble baptisé du Royaume reçoit une grâce nouvelle que Jean, mort avant la Pâque, n'a pas connue sur terre. Il est plus qu'un prophète, car il ne se contente pas d'annoncer de loin : il montre du doigt, il baptise, il touche de ses mains le Messie.

Le nouvel Élie

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Jésus identifie enfin explicitement Jean au prophète Élie que Malachie annonçait avant le Jour du Seigneur : c'est lui l'Élie qui doit venir[79]. Et après la Transfiguration : Élie est déjà venu, et au lieu de le reconnaître, ils ont fait de lui tout ce qu'ils ont voulu, ce que les disciples comprirent de Jean-Baptiste[80]. Non que Jean soit Élie réincarné, il l'a lui-même nié devant les prêtres[81]. Mais il vient avec l'esprit et la puissance d'Élie[82], accomplissant la figure du prophète qui prépare la venue de Dieu : même désert, même habit de poil, même courage devant les rois, même enlèvement vers Dieu, par le martyre plutôt que par le char de feu.

Les violents, les publicains, les prostituées : le Royaume disputé

Dans le même discours où il loue Jean, Jésus décrit ce qui se joue depuis le Baptiste : depuis les jours de Jean, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s'en emparer[83]. Luc resserre la même borne : la Loi et les Prophètes vont jusqu'à Jean, et depuis lors le royaume de Dieu est annoncé, chacun y mettant toute sa force[84]. Jean est la charnière : avec lui s'achève le temps de l'attente, et commence le temps où il faut entrer, de toutes ses forces, c'est-à-dire par une conversion qui ne cède rien.

Et voici le renversement que Jésus constate : tout le peuple qui a écouté Jean, y compris les publicains, en recevant son baptême, a reconnu que Dieu était juste, tandis que les pharisiens et les docteurs de la Loi, en refusant son baptême, ont rejeté le dessein de Dieu sur eux[85]. Aux grands prêtres qui contestent son autorité, Jésus applique la leçon sans détour :

« Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole. » Évangile selon saint Matthieu 21, 31-32[86]

La phrase ne canonise ni l'impôt ni la débauche : elle constate que les pécheurs publics, en croyant Jean, sont entrés par la porte que les notables religieux ont refusée. Le Baptiste est ainsi la pierre de touche du Royaume : chacun s'y révèle selon l'accueil ou le refus qu'il lui a fait.

Le martyre : Hérode, Hérodiade et Machéronte

Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère

Le courage prophétique de Jean le perd. Il a publiquement reproché au tétrarque Hérode Antipas d'avoir épousé Hérodiade, la femme de son demi-frère Hérode, fils d'Hérode le Grand, union que la Loi mosaïque interdisait[87] :

« Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère. » — Évangile selon saint Marc 6, 18[88]

Hérodiade, blessée, en voulait à Jean et cherchait à le faire mourir. Mais Hérode, ambigu, le craignait : il savait que c'était un homme juste et saint, et quand il l'avait entendu, il était très embarrassé, cependant il l'écoutait avec plaisir[89]. Jean est donc emprisonné, mais d'abord protégé par la fascination trouble du roi.

Machéronte : Josèphe complète les évangiles

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C'est l'historien Flavius Josèphe qui nous donne le lieu et le mobile politique de l'exécution, que les évangiles ne précisent pas. Hérode redoutait l'influence de Jean sur les foules :

« Comme beaucoup de gens accouraient autour de lui, car ils étaient transportés au plus haut point en l'écoutant, Hérode prit peur : une telle force de persuasion pouvait pousser à quelque révolte. Il fut donc, par soupçon d'Hérode, envoyé enchaîné à Machéronte, la forteresse dont nous avons parlé, et là mis à mort. » — Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 118-119[90]

Évangiles et Josèphe se complètent sans se contredire : le mobile religieux, le reproche du mariage, et le mobile politique, la peur d'un soulèvement, cohabitent dans un même tyran. La forteresse de Machéronte, dressée au-dessus de la mer Morte en Pérée, a été identifiée par l'archéologie, et l'on y montre encore les vestiges de la citadelle hérodienne[91].

La danse de Salomé et le serment d'Hérode

L'occasion du meurtre est un banquet d'anniversaire. La fille d'Hérodiade, que Josèphe nomme Salomé[92], danse devant Hérode et ses convives. Charmé, le roi jure de lui accorder tout ce qu'elle demandera, jusqu'à la moitié de son royaume. Poussée par sa mère, la jeune fille réclame :

« Je veux que, tout de suite, tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. » — Évangile selon saint Marc 6, 25[93]

Le roi fut vivement contrarié, note Marc, mais à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas lui refuser[94]. Un garde décapite Jean dans la prison, la tête est apportée sur un plat et remise à la jeune fille, qui la donne à sa mère. Les disciples de Jean vinrent prendre son corps et le déposèrent dans un tombeau[95]. Ainsi meurt, victime de la vanité et du respect humain d'un roi lâche, le plus grand des prophètes.

Mourir pour la vérité du mariage

Le martyre de Jean a une portée doctrinale précise que la tradition n'a cessé de souligner : il meurt pour la vérité du mariage. En refusant de cautionner l'union adultère d'Hérode, il témoigne que la loi morale vaut même pour les rois, et que le prophète doit la dire jusqu'au sang. Précurseur dans la naissance, précurseur dans la prédication, Jean l'est aussi dans la mort, devançant le Sauveur jusque dans le martyre[96]. C'est ce que célèbre la fête de la Passion de saint Jean-Baptiste, le 29 août.

La chronologie du Précurseur : de Tibère au billot

  1. Vers 7-5 av. J.-C.
    L'annonce et la naissance

    Gabriel parle à Zacharie au Temple, la Visitation, la naissance six mois avant Jésus selon la tradition, et le Benedictus (Lc 1).

  2. Vers 28-29 ap. J.-C.
    La prédication au Jourdain

    L'an quinze de Tibère, Jean proclame le baptême de conversion dans la région du Jourdain et la foule afflue (Lc 3, 1-14).

  3. Vers 29-30 ap. J.-C.
    Le baptême de Jésus

    Jésus vient de Galilée, Jean le désigne comme l'Agneau de Dieu, la colombe descend et la voix du Père retentit (Mt 3 ; Jn 1).

  4. Vers 30 ap. J.-C.
    L'emprisonnement

    Jean reproche à Hérode Antipas son mariage avec Hérodiade et se retrouve enchaîné, d'abord écouté, puis oublié (Mc 6, 17-20).

  5. Vers 30-32 ap. J.-C.
    Le martyre à Machéronte

    Le banquet, la danse, le serment, le plat : Jean est décapité et ses disciples l'ensevelissent (Mc 6, 21-29 ; Josèphe, XVIII, 118-119).

  6. Vers 33-58 ap. J.-C.
    La mémoire apostolique

    Le critère depuis Jean pour le témoin, la prédication de Pierre et de Paul, les disciples d'Éphèse rebaptisés (Ac 1 ; 10 ; 13 ; 19).

Ces dates suivent la chronologie traditionnelle : naissance de Jean peu avant celle de Jésus, sous Hérode le Grand, prédication à cheval sur les années 28-29, martyre avant la Passion du Christ, puisque les Actes parlent déjà du Baptiste au passé. Les incertitudes portent sur des mois, jamais sur la trame : un ministère bref, intense, scellé par le sang avant la croix.

Ce que le Nouveau Testament enseigne déjà sur Jean

Plus qu'un prophète : la charnière des deux Testaments

Le Catéchisme résume la position de seuil du Baptiste : en Jean le Précurseur, l'Esprit Saint achève de préparer au Seigneur un peuple bien disposé, et en lui s'achève le cycle des prophètes inauguré par Élie[97][98] :

« Jean est plus qu'un prophète. En lui l'Esprit Saint accomplit de parler par les prophètes. Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Élie. Il annonce l'imminence de la Consolation d'Israël, il est la voix du consolateur qui vient. Comme le fera l'Esprit de Vérité, il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 719[99]

Jean appartient encore au monde des prophètes qui attendaient le Messie, mais il a le privilège de le montrer du doigt. Il est le dernier des prophètes de l'Ancienne Alliance et, en même temps, le premier témoin de la Nouvelle : la charnière vivante entre les deux Testaments.

L'ami de l'Époux : la joie de diminuer

Le quatrième évangile donne au Baptiste son titre le plus intime : l'ami de l'Époux, celui qui conduit l'épouse au Christ et se réjouit de sa voix[100]. Saint Augustin a magnifiquement formulé le rapport de Jean au Christ : Jean est la voix, mais le Seigneur, au commencement, était le Verbe. Jean, voix pour un temps ; le Christ, Verbe au commencement, éternel[101] :

« Que Jean diminue, que le Christ grandisse : voilà ce que dit la voix elle-même. La voix qui a rempli son office passe ; mais la Parole qu'elle a fait entendre demeure pour toujours. » — d'après saint Augustin, Sermon 293[102]

Le baptême préparatoire et la nouvelle naissance

Enfin, avec Jean le Baptiste, l'Esprit Saint inaugure en le préfigurant ce qu'il réalisera avec et dans le Christ : redonner à l'homme la ressemblance divine. Le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l'eau et dans l'Esprit sera une nouvelle naissance[103]. Tout le dossier du Baptiste tend ainsi vers la Pentecôte : la voix prépare, l'eau dispose, et l'Esprit accomplit.

La réception dans l'Église : Pères, fêtes et liturgie

Les Pères : la voix et le Verbe

Dès le IIe siècle, les Pères citent le Baptiste comme preuve et comme modèle. Justin y voit l'accomplissement d'Isaïe et de Malachie face à Tryphon[104]. Irénée fait de Jean le sceau des prophètes, celui en qui l'Esprit achève de parler[105]. Origène, le premier, oppose aux païens le témoignage de Josèphe sur Jean comme confirmation externe de l'évangile[106]. Mais c'est Augustin, prêchant chaque 24 juin à Hippone, qui donne au Précurseur sa théologie définitive : la voix qui passe, le Verbe qui demeure, et l'Église qui célèbre la naissance de Jean comme une chose sacrée, ce qu'elle ne fait pour aucun autre saint que la Vierge[107].

Les deux fêtes et le Benedictus des Laudes

Le culte de Jean-Baptiste est l'un des plus anciens de l'Église, et l'un des plus singuliers : pour trois êtres seulement, l'Église fête la naissance terrestre, le Christ à Noël, la Vierge le 8 septembre, et Jean le 24 juin[108].

FêteDateObjetAncienneté
Nativité24 juinSa naissance, six mois avant NoëlSolennité attestée dès le IVe siècle
Passion29 aoûtSon martyre par décapitationMémoire attestée dès le IVe siècle
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La date du 24 juin combine l'indication de l'évangile, Élisabeth au sixième mois quand Gabriel parle à Marie, et la date traditionnelle de Noël : la naissance de Jean est placée six mois avant celle du Christ[109][110]. Les Pères y ont vu un signe : à la naissance de Jean les jours décroissent, à la naissance du Christ ils croissent, car il faut qu'il grandisse et que Jean diminue[111]. Chaque matin, aux Laudes, l'Église chante le Benedictus de Zacharie, et chaque jour elle relit le Baptiste dans l'attente du Seigneur. Pour le détail de la grande fête d'été, voir l'article dédié à la Nativité de saint Jean-Baptiste (24 juin), et pour la vie du saint lui-même, l'article sur Saint Jean-Baptiste, le Précurseur.

Objections courantes et réponses

Si Jésus est sans péché, pourquoi se fait-il baptiser d'un baptême de conversion ?

C'est l'objection que Jean lui-même formula le premier : c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi[112]. La réponse tient dans la parole du Christ : il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. Jésus ne se fait pas baptiser pour ses péchés, qu'il n'a pas, mais pour prendre sur lui le péché du monde en Serviteur souffrant, pour sanctifier les eaux du futur sacrement, et pour donner au Baptiste son dernier office : montrer l'Agneau[113]. Loin d'abaisser le Christ, la scène le révèle : c'est au sortir de l'eau que le ciel s'ouvre et que le Père parle.

Jean doute en prison : est-ce le comportement d'un vrai prophète ?

Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre : la question du cachot semble contredire le témoignage du Jourdain[114]. Mais l'évangile ne canonise pas l'impassibilité, il raconte la foi dans la nuit : Élie lui-même demanda la mort sous le genêt, et le Christ connut l'agonie. Surtout, la réponse de Jésus n'est pas un reproche mais une démonstration, les signes d'Isaïe, suivie du plus grand éloge jamais prononcé sur un homme[115]. La tradition y voit une question posée pour ses disciples plus que pour lui-même : Jean envoie les siens voir les signes, afin qu'ils quittent sa suite pour suivre le Christ.

Josèphe ne contredit-il pas les évangiles sur la mort de Jean ?

On oppose parfois le mobile politique de Josèphe, la peur d'une révolte, au mobile religieux des évangiles, le reproche du mariage[116]. Mais les deux mobiles cohabitent dans un même tyran : Hérode pouvait à la fois craindre l'influence du prophète et vouloir venger son honneur conjugal, et Marc lui-même montre un roi qui protège Jean par crainte avant de le livrer par vanité[117]. Quant à la date, Josèphe évoque la mort de Jean à propos de la défaite d'Hérode face à Arétas en 36, dans un retour en arrière thématique, pas dans une chronique suivie : son récit n'impose aucune date tardive et reste compatible avec une exécution vers 30-32, avant la Passion[118].

Jean est-il Élie réincarné ?

Jésus dit : c'est lui l'Élie qui doit venir, et Jean dit : je ne suis pas Élie[119][120]. La contradiction n'est qu'apparente : Jean vient avec l'esprit et la puissance d'Élie, il en accomplit la figure et la fonction, sans être la même personne revenue[121]. L'Église confesse la création de chaque âme et la résurrection des corps, pas la transmigration : la réponse catholique est la typologie, pas la réincarnation. Élie au char de feu, Jean au billot : même mission, même courage, deux destins qui se répondent.

Le baptême reçu de Jean ne fait-il pas de Jésus son inférieur ?

Dans l'Antiquité, on pouvait penser que le baptisé se range sous l'autorité du baptiseur, et certains milieux johannites ont entretenu cette lecture. Les évangiles la réfutent d'avance par la bouche de Jean lui-même : celui qui vient derrière moi est passé devant moi, je ne suis pas digne de dénouer ses sandales, il faut qu'il grandisse[122][123]. Les Actes confirment la hiérarchie : le baptême de Jean doit être complété par le baptême au nom de Jésus, jamais l'inverse[124]. Le supérieur s'abaisse un moment sous la main de l'inférieur, comme il lavera les pieds de ses disciples : c'est l'abaissement volontaire, pas la subordination.

Jésus baptisait-il lui-même, oui ou non ?

Le quatrième évangile semble se contredire à quelques versets d'intervalle : Jésus, dit-il d'abord, se faisait plus de disciples que Jean et en baptisait davantage, puis il précise aussitôt que ce n'était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples[125]. La contradiction n'est qu'apparente : l'évangéliste attribue d'abord l'oeuvre au maître, selon l'usage qui impute au chef ce que font ses envoyés, puis il lève toute ambiguïté pour qu'on ne fasse pas de Jésus un second Baptiste concurrent du premier. La précision protège exactement la hiérarchie que Jean lui-même avait proclamée : le Christ baptise dans l'Esprit Saint, ses serviteurs plongent dans l'eau, et Jean reste le seul Précurseur du seuil.

Le débat historico-critique et ses limites

Ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine

Depuis le XIXe siècle, une partie de l'exégèse propose de dater les évangiles plus tard que la tradition : Marc vers 65-70, Matthieu et Luc vers 80-90 à partir de Marc et d'une source de paroles dite Q, jamais retrouvée, Jean vers 90-100 ou au-delà[126]. Dans ce cadre, les paroles du Baptiste seraient des compositions des communautés : l'Agneau de Dieu refléterait la théologie pascale plutôt que la prédication du Jourdain, et l'enfance de Luc un midrash bâti sur les naissances merveilleuses de l'Ancien Testament, des théologoumènes vrais par leur sens, sans portée historique directe[127]. Josèphe servirait alors de seul point fixe : tout le reste serait foi racontée.

Les fragilités de la reconstruction

Cette reconstruction cumule les fragilités classiques de la science du passé. Le document Q n'a jamais été retrouvé : c'est une hypothèse pour expliquer des ressemblances, promue au rang de source perdue, puis utilisée comme preuve de la datation tardive, en cercle[128]. Le présupposé anti-miraculeux commande le résultat : quand toute annonce précise est classée d'office parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits[129]. L'argument du silence vaut peu : Paul écrit des lettres de circonstance qui supposent le récit des commencements sans le raconter, tout en transmettant par Luc, son compagnon, le dossier le plus fourni sur Jean. Et surtout, le critère de l'embarras parle ici en faveur de l'historicité : le baptême de Jésus par Jean gênait visiblement l'Église primitive, puisqu'elle dut l'expliquer dès Matthieu par le refus du Baptiste, et aucun inventeur de légende n'aurait soumis son Seigneur au rite d'un inférieur[130]. C'est pourquoi même des historiens critiques admettent le baptême de Jésus par Jean parmi les faits les mieux assurés de sa vie[^meier}.

Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable

Contre les datations tardives, les faits matériels parlent tôt : le papyrus P52 fait circuler Jean en Égypte vers 125, Justin lit les mémoires apostoliques chaque dimanche vers 155, Tatien les fond en une trame vers 170, Irénée en fixe les quatre auteurs vers 180[131]. Contre l'idée d'une invention communautaire, la chaîne des témoins est courte : Irénée a connu Polycarpe qui avait connu Jean, le disciple sorti de l'école du Baptiste[132]. Et contre la séparation de l'histoire et de la foi, l'Église a tranché par magistère : les évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné, déclare Vatican II[133], après que la Commission biblique pontificale eut fixé en 1964 les trois étapes honnêtes du travail, la vie de Jésus, la prédication des apôtres, la rédaction des évangélistes, sans dissoudre la première dans les deux autres[134]. Ajouter le témoin juif de 93-94, dont même les critiques reconnaissent l'authenticité, et le dossier du Baptiste apparaît pour ce qu'il est : l'un des mieux fondés de tout le Nouveau Testament[135].

Pour aller plus loin

Jean-Baptiste se lit d'abord dans le Nouveau Testament lui-même : Lc 1 et 3, Mt 3 et 11, Mc 1 et 6, Jn 1 et 3, Ac 1, 13 et 19, dans la TOB ou la Bible de Jérusalem, avant de prolonger par Saint Jean-Baptiste, le Précurseur, la Nativité de saint Jean-Baptiste (24 juin), Le baptême, La Vierge Marie dans le Nouveau Testament, Saint Joseph dans le Nouveau Testament et l'Annonciation du Seigneur (25 mars). On consultera ensuite le Catéchisme, 523, 535 et 717 à 720, la constitution Dei Verbum, 19, et l'instruction Sancta Mater Ecclesia de 1964. Pour l'enracinement patristique : Justin contre Tryphon, Irénée contre les hérésies, Origène contre Celse, Augustin sermons 287 et 293. Pour le témoin externe : Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 116-119.

Notes et références

  1. Inventaire des passages directs où Jean-Baptiste apparaît ou est nommé : Mt 3, 1-17 ; 11, 2-19 ; 14, 1-12 ; 16, 14 ; 17, 10-13 ; 21, 23-32 ; Mc 1, 1-11 ; 2, 18 ; 6, 14-29 ; 8, 28 ; 9, 11-13 ; 11, 27-33 ; Lc 1, 5-80 ; 3, 1-22 ; 7, 18-35 ; 9, 7-9 ; 11, 1 ; 16, 16 ; 20, 1-8 ; Jn 1, 6-8.15.19-34 ; 3, 22-30 ; 4, 1 ; 5, 33-35 ; 10, 40-42 ; Ac 1, 5.21-22 ; 10, 37 ; 13, 24-25 ; 18, 25 ; 19, 1-7. Traduction liturgique de l'AELF.

    1 3
  2. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques (Ιουδαϊκὴ ἀρχαιολογία), livre XVIII, ch. 5, § 2 (§ 116-119), vers 93-94 ap. J.-C. : Jean surnommé le Baptiste, homme de bien prêchant la vertu, la justice et la piété et un baptême ; Hérode Antipas, craignant son influence sur les foules, le fait enchaîner et mettre à mort à la forteresse de Machéronte. Passage dont l'authenticité fait consensus chez les historiens (cité dès Origène, Contre Celse I, 47, vers 248). Texte de référence : éd. Loeb (L. H. Feldman) ; traduction française : Josèphe, Antiquités juives, t. III.

    2 27 28 29 55 90 116 135
  3. Évangile selon saint Luc 1, 80 (AELF) : l'enfant grandissait et son esprit se fortifiait, dans les déserts jusqu'au jour de sa manifestation à Israël.

    4 44
  4. Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah, 1977 : Matthieu et Luc, indépendants sur l'enfance, s'accordent sur l'essentiel, indice d'une tradition antérieure aux deux récits.

    5
  5. Paul écrit des lettres de circonstance aux Églises, pas des récits de la vie de Jésus : son silence sur Jean relève du genre, comme celui de l'Apocalypse, prophétie du Christ vainqueur.

    6
  6. Ac 1, 21-22 : le remplaçant de Judas doit avoir suivi Jésus à partir du baptême de Jean ; cf. Ac 10, 36-37, la prédication de Pierre part du baptême.

    7 13 23
  7. Papias d'Hiérapolis, Explications des paroles du Seigneur, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : Matthieu rédigea les logia en dialecte hébreu ; Marc, interprète de Pierre, écrivit avec exactitude ce qu'il retenait de sa prédication.

    8 12
  8. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 (Papias) et VI, 14 (Clément d'Alexandrie sur l'ordre des évangiles), rédigée vers 324.

    9
  9. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : les évangiles contenant les généalogies (Matthieu, Luc) furent écrits les premiers.

    10
  10. Datation traditionnelle de Matthieu : le premier évangile, en hébreu puis en grec, destiné aux judéo-chrétiens, avant la ruine de Jérusalem (70), placé dans les années 40 à 60.

    11
  11. Datation traditionnelle de Marc : à Rome d'après la prédication de Pierre, dans les années 60, avant le martyre de Pierre sous Néron (64-67).

    14
  12. Lc 1, 1-4 : prologue de l'enquête ordonnée, dédiée à Théophile, à partir des témoins oculaires.

    15 20
  13. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publia son évangile parmi les Hébreux pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome ; après leur départ, Marc transmit la prédication de Pierre, Luc consigna celle de Paul, et Jean publia la sienne à Éphèse.

    16 21 132
  14. Canon de Muratori, Rome, vers 170-200 : Luc, compagnon de Paul sans avoir vu le Seigneur, troisième évangile ; Jean, quatrième, à la demande de ses condisciples.

    17
  15. Lc 3, 1-2 : l'an quinze de Tibère (vers 28-29), Ponce Pilate, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe, Lysanias, Anne et Caïphe.

    18 45
  16. Datation traditionnelle de Luc et des Actes : Luc vers 60-63, les Actes vers 62-63, le récit s'achevant sur la captivité romaine de Paul sans mentionner sa mort (vers 67) ni la ruine de Jérusalem (70).

    19
  17. Jn 1, 35-42 : deux disciples quittent Jean pour suivre Jésus, dont André ; la dixième heure notée comme un souvenir personnel.

    22
  18. Ac 10, 36-37 : Pierre devant Corneille, la prédication après le baptême proclamé par Jean, en commençant par la Galilée.

    24
  19. Ac 13, 24-25 : Paul à Antioche de Pisidie, Jean prêchant avant la venue du Christ un baptême de conversion à tout le peuple d'Israël, indigne de dénouer les sandales.

    25
  20. Ac 19, 1-7 : les douze disciples d'Éphèse qui ne connaissaient que le baptême de Jean, baptisés ensuite au nom du Seigneur Jésus, avec le don de l'Esprit.

    26 124
  21. Origène, Contre Celse, I, 47, vers 248 : cite le témoignage de Josèphe sur Jean-Baptiste et note que Josèphe n'a pas reconnu Jésus comme Christ. Plus ancienne attestation externe du passage joséphien sur Jean.

    30 106
  22. Saint Justin, Première Apologie, 66-67, vers 155 : le dimanche, on lit les mémoires composés par les apôtres, ou par ceux qui les ont suivis, avec les écrits des prophètes.

    31
  23. Tatien le Syrien, Diatessaron, vers 170 : harmonie des quatre évangiles en une trame continue, dossier du Baptiste inclus.

    32
  24. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 11, 8 : il ne peut y avoir ni plus ni moins de quatre évangiles, comme les quatre zones du monde et les quatre faces des chérubins.

    33
  25. Papyrus P52 (Rylands Gr. P. 457), fragment de Jn 18 copié en Égypte et daté vers 125, plus ancien témoin matériel du Nouveau Testament.

    34 131
  26. Évangile selon saint Luc 1, 5 (AELF) : Zacharie, prêtre du groupe d'Abia, et son épouse Élisabeth, descendante d'Aaron.

    35
  27. Évangile selon saint Luc 1, 6-7 (AELF) : Zacharie et Élisabeth justes devant Dieu, sans enfant car Élisabeth était stérile et tous deux avancés en âge.

    36
  28. Évangile selon saint Luc 1, 13-17 (AELF) : annonce de l'ange Gabriel à Zacharie ; Jean grand devant le Seigneur, rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère, marchant avec l'esprit et la puissance du prophète Élie.

    37
  29. Évangile selon saint Luc 1, 20 (AELF) : Zacharie frappé de mutisme jusqu'au jour de l'accomplissement, pour n'avoir pas cru à la parole.

    38
  30. Évangile selon saint Luc 1, 41-44 (AELF) : à la salutation de Marie, l'enfant tressaille en Élisabeth, remplie d'Esprit Saint.

    39
  31. Catholic Encyclopedia (1913), article Saint Jean-Baptiste, sur newadvent.org : naissance, sanctification dès le sein maternel, ministère, martyre, culte et reliques.

    40 110
  32. Catéchisme de l'Église catholique, n° 717 : Jean fut rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère (Lc 1, 15.41) par le Christ lui-même que la Vierge Marie vient de concevoir du Saint-Esprit ; la Visitation devenue visite de Dieu à son peuple.

    41
  33. Évangile selon saint Luc 1, 63 (AELF) : Zacharie écrit sur une tablette, Jean est son nom, et sa bouche s'ouvre.

    42
  34. Évangile selon saint Luc 1, 76-77 (AELF) : le Benedictus, toi petit enfant prophète du Très-Haut, marchant devant pour préparer les chemins du salut par la rémission des péchés.

    43
  35. Lc 3, 4-6 (AELF) : la voix dans le désert d'après Isaïe 40, 3-5, tout ravin comblé, toute montagne abaissée, et tout homme verra le salut de Dieu.

    46
  36. Jn 1, 23 (AELF) : moi, je suis la voix de celui qui crie dans le désert, comme a dit le prophète Isaïe.

    47
  37. Évangile selon saint Marc 1, 6 (AELF) : Jean vêtu de poils de chameau, ceinture de cuir, sauterelles et miel sauvage.

    48
  38. 2 R 1, 8 : Élie décrit comme un homme velu portant un pagne de peau, habit repris par Jean en signe de succession prophétique.

    49
  39. Évangile selon saint Marc 1, 4 (AELF) : Jean proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés.

    50
  40. Évangile selon saint Matthieu 3, 11 (AELF) : moi je vous baptise dans l'eau, celui qui vient vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu.

    51
  41. Catéchisme de l'Église catholique, n° 720 : avec Jean, l'Esprit inaugure en le préfigurant ce qu'il réalisera avec et dans le Christ ; le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l'eau et dans l'Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).

    52 53 103
  42. Évangile selon saint Luc 3, 10-14 (AELF) : les consignes aux foules, aux publicains et aux soldats, partager, ne pas exiger plus, ne pas faire violence.

    54
  43. Évangile selon saint Matthieu 3, 7-10 (AELF) : engeance de vipères, la cognée à la racine, tout arbre sans bons fruits coupé et jeté au feu.

    56
  44. Évangile selon saint Matthieu 21, 25-26 (AELF) : le baptême de Jean, du ciel ou des hommes, et la crainte de la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète.

    57 58
  45. Évangile selon saint Matthieu 21, 26 (AELF) : répondre des hommes exposerait à la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète.

    59
  46. Évangile selon saint Marc 11, 30 (AELF), repris en Lc 20, 4 : la même question sur le baptême de Jean, posée dans le Temple pendant la Semaine sainte.

    60
  47. Évangile selon saint Matthieu 3, 14 (AELF) : c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, dit Jean à Jésus.

    61 112
  48. Jn 1, 29-30 (AELF) : voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, celui qui vient derrière moi est passé devant moi.

    62
  49. Jn 1, 35-37 (AELF) : le lendemain, redisant voici l'Agneau de Dieu, Jean voit deux disciples suivre Jésus.

    63
  50. Jn 1, 32-34 (AELF) : j'ai vu l'Esprit descendre comme une colombe et demeurer, celui-ci est le Fils de Dieu.

    64
  51. Évangile selon saint Matthieu 3, 17 (AELF) : la voix du Père, celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie.

    65
  52. Catéchisme de l'Église catholique, 535 : le baptême de Jésus, acceptation et inauguration de sa mission de Serviteur souffrant ; Jésus, sans péché, se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12) pour accomplir toute justice.

    66 113
  53. Jn 3, 29-30 (AELF) : l'ami de l'Époux tout joyeux à la voix de l'époux, il faut qu'il grandisse et que moi, je diminue.

    67 123
  54. Évangile selon saint Matthieu 11, 2-3 (AELF) : Jean en prison envoie ses disciples demander, es-tu celui qui doit venir.

    68 114
  55. Évangile selon saint Matthieu 11, 4-6 (AELF) : la réponse par les signes, aveugles, boiteux, lépreux, sourds, morts, pauvres évangélisés, d'après Is 35, 5-6 et 61, 1.

    69
  56. Jn 5, 35 (AELF) : Jean était la lampe qui brûle et qui brille, et vous avez voulu pour un moment vous réjouir à sa lumière.

    70
  57. Évangile selon saint Marc 2, 18-20 (AELF) : le jeûne des disciples de Jean, les invités de la noce avec l'Époux, et les jours où l'Époux sera enlevé.

    71 72
  58. Évangile selon saint Luc 11, 1 (AELF) : Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples.

    73
  59. Jn 3, 23-26 (AELF) : Jean baptise à Aïnone près de Salim où l'eau est abondante, puis la plainte de ses disciples, tous vont à lui.

    74
  60. Jn 4, 1-2 (AELF) : Jésus se fait plus de disciples que Jean, mais ce sont ses disciples qui baptisent, pas Jésus en personne.

    75 125
  61. Ac 18, 24-28 : Apollos d'Alexandrie, versé dans les Écritures, ne connaissant que le baptême de Jean, instruit plus exactement par Aquila et Priscille.

    76
  62. Jn 10, 40-42 (AELF) : au-delà du Jourdain où Jean baptisait au début, tout ce que Jean a dit était vrai, et beaucoup crurent en Jésus.

    77
  63. Évangile selon saint Matthieu 11, 7-11 (AELF) : l'éloge, plus qu'un prophète, parmi les enfants des femmes aucun plus grand que Jean, et le plus petit du Royaume plus grand que lui.

    78 115
  64. Évangile selon saint Matthieu 11, 14 (AELF) : c'est lui l'Élie qui doit venir, d'après Ml 3, 23-24.

    79 119
  65. Évangile selon saint Matthieu 17, 12-13 (AELF) : Élie est déjà venu et ils ont fait de lui ce qu'ils ont voulu, compris de Jean-Baptiste.

    80
  66. Jn 1, 21 (AELF) : es-tu Élie, demande-t-on à Jean, et il répond non, ni le Prophète.

    81 120
  67. Évangile selon saint Luc 1, 17 (AELF) : marcher devant avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé.

    82 121
  68. Évangile selon saint Matthieu 11, 12 (AELF) : depuis les jours de Jean, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s'en emparer.

    83
  69. Évangile selon saint Luc 16, 16 (AELF) : la Loi et les Prophètes vont jusqu'à Jean, et depuis lors le royaume de Dieu est annoncé.

    84
  70. Évangile selon saint Luc 7, 29-30 (AELF) : le peuple et les publicains reconnaissent la justice de Dieu en recevant le baptême, tandis que pharisiens et docteurs rejettent le dessein de Dieu.

    85
  71. Évangile selon saint Matthieu 21, 31-32 (AELF) : les publicains et les prostituées précèdent dans le Royaume, car Jean est venu sur le chemin de la justice et ils ont cru à sa parole.

    86
  72. Les évangiles nomment cet époux Philippe, frère d'Antipas (Mc 6, 17) ; Josèphe l'appelle Hérode, fils d'Hérode le Grand et de Mariamne II (Antiquités judaïques, XVIII, 5, 1 et 4). Un prince sans territoire, à ne pas confondre avec son demi-frère Philippe le Tétrarque (Lc 3, 1), qui épousera plus tard Salomé elle-même (Josèphe, XVIII, 5, 4).

    87
  73. Évangile selon saint Marc 6, 18 (AELF) : il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère.

    88
  74. Évangile selon saint Marc 6, 19-20 (AELF) : Hérodiade en voulait à Jean, Hérode le craignait comme un homme juste et saint et l'écoutait avec plaisir.

    89 117
  75. Forteresse hérodienne de Machéronte (Machaerus, Jordanie actuelle), en Pérée au-dessus de la mer Morte : lieu de l'exécution selon Josèphe, XVIII, 119 ; citadelle dégagée par les fouilles franciscaines du Studium Biblicum (V. Corbo, 1978-1981), puis par la mission hongroise (G. Vörös, depuis 2009), avec cour et abside du trône.

    91
  76. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 5, 4 (§ 136) : Salomé, fille d'Hérodiade et de son premier mari ; les évangiles (Mt 14, 6 ; Mc 6, 22) la désignent seulement comme la fille d'Hérodiade.

    92
  77. Évangile selon saint Marc 6, 25 (AELF) : la demande sur un plat de la tête de Jean le Baptiste.

    93
  78. Évangile selon saint Marc 6, 26 (AELF) : le roi vivement contrarié, mais lié par son serment et les convives.

    94
  79. Évangile selon saint Marc 6, 29 (AELF) : les disciples vinrent prendre le corps et le déposèrent dans un tombeau.

    95
  80. Saint Augustin et la liturgie : Jean précurseur du Christ dans la naissance, la prédication et la mort ; fête de la Passion (Décollation) le 29 août.

    96
  81. Catéchisme de l'Église catholique, n° 718 : Jean est Élie qui doit venir (Mt 17, 10-13) ; le feu de l'Esprit l'habite et le fait courir devant, en précurseur, le Seigneur qui vient ; en lui l'Esprit achève de préparer au Seigneur un peuple bien disposé (Lc 1, 17).

    97
  82. Catéchisme de l'Église catholique, n° 719 : Jean est plus qu'un prophète (Lc 7, 26) ; en lui l'Esprit accomplit de parler par les prophètes ; il achève le cycle inauguré par Élie, annonce la Consolation d'Israël, et vient comme témoin pour rendre témoignage à la Lumière (Jn 1, 7).

    98 99
  83. Jn 3, 29 (AELF) : celui qui a l'épouse, c'est l'époux, mais l'ami de l'époux se tient là et l'entend.

    100
  84. Saint Augustin, Sermon 293, § 3 (PL 38, 1328-1329), pour la Nativité de Jean-Baptiste : Jean est la voix, mais le Seigneur, au commencement, était le Verbe ; la voix passe, la Parole demeure.

    101 102
  85. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 49 et 51, vers 155-160 : Jean comme Élie précurseur annoncé par Isaïe et Malachie.

    104
  86. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 10-11 et IV : Jean le dernier des prophètes, sceau de la prophétie, en qui l'Esprit achève de parler.

    105
  87. Saint Augustin, Sermon 293, § 1 : l'Église observe la naissance de Jean comme une chose sacrée, comme elle célèbre celle du Christ, ce qu'elle ne fait pour aucun autre saint.

    107 108
  88. Solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste, 24 juin, six mois avant Noël d'après Lc 1, 26.36 ; textes liturgiques sur vatican.va.

    109
  89. Tradition patristique reprise par saint Augustin, Sermon 287 : à la naissance de Jean les jours décroissent, à la naissance du Christ ils croissent.

    111
  90. Josèphe évoque la mort de Jean à propos du désastre d'Hérode face à Arétas IV de Nabatène (36 ap. J.-C.), présenté comme punition divine : le passage est un retour en arrière thématique, pas une datation de l'exécution, et reste compatible avec un martyre vers 30-32, avant la Passion.

    118
  91. Jn 1, 30 (AELF) : celui qui vient derrière moi est passé devant moi car, avant moi, il était.

    122
  92. Hypothèse des deux sources : Marc prioritaire (65-70), Matthieu et Luc (80-90) combinant Marc et une source de paroles Q, jamais retrouvée, Jean au tournant du IIe siècle.

    126
  93. Rudolf Bultmann et la démythologisation : les récits d'origine lus comme expressions narratives de la foi pascale (théologoumènes), sans portée historique directe.

    127
  94. Morceaux découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne en cercle.

    128
  95. Quand toute annonce précise est classée d'office parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits.

    129
  96. Critère de l'embarras : le baptême de Jésus par Jean gênait l'Église primitive, qui dut l'expliquer dès Matthieu ; aucun inventeur n'aurait soumis son Seigneur au rite d'un inférieur.

    130
  97. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 19, 18 novembre 1965 : l'Église affirme sans hésiter l'historicité des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné.

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  98. Commission biblique pontificale, instruction Sancta Mater Ecclesia, 21 avril 1964 : les trois étapes, la vie de Jésus, la prédication orale des apôtres, la rédaction des évangélistes, sans dissoudre l'histoire dans la foi des communautés.

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