Le 24 juin, en plein début de l'été, l'Église catholique célèbre dans la joie la Nativité de saint Jean-Baptiste : la naissance du Précurseur, celui qui a préparé la route du Seigneur et l'a désigné à ses disciples comme l'Agneau de Dieu. C'est une solennité, l'un des rangs les plus élevés du calendrier : quand le 24 juin tombe un dimanche du Temps ordinaire, c'est la fête du Baptiste qui est célébrée, et non le dimanche[1].
Avec Noël (25 décembre) et la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre), c'est l'une des trois seules naissances que l'Église fête dans son calendrier : tous les autres saints sont célébrés au jour de leur mort, c'est-à-dire de leur naissance au ciel[2]. Ce privilège unique dit la place du Baptiste : il est le dernier des prophètes et le premier témoin, la charnière vivante entre l'Ancien et le Nouveau Testament[3].
Le fondement de la fête est le premier chapitre de l'Évangile selon saint Luc : l'annonce faite au prêtre Zacharie, la naissance d'un fils à Élisabeth la stérile, et le cantique du Benedictus que Zacharie chante en retrouvant la parole[4]. La date elle-même vient de l'Évangile : six mois avant Noël, parce que l'ange annonce à Marie sa maternité alors qu'Élisabeth est enceinte de six mois[5]. C'est aussi l'une des plus anciennes fêtes chrétiennes : au début du Vᵉ siècle, saint Augustin prêche déjà plusieurs sermons pour ce jour, et en 506 le concile d'Agde la compte parmi les grandes fêtes chômées[6].
Ce que rapporte l'Évangile : Luc 1, 5-80
Tout ce que la fête célèbre est raconté par saint Luc au début de son Évangile, dans un récit suivi qui va de l'annonce à Zacharie jusqu'à l'enfance de Jean au désert. L'Église le reçoit comme une histoire vraie, exactement comme elle reçoit tout le reste de l'Écriture : inspirée et sans erreur[7]. La biographie complète du Baptiste — sa prédication, le baptême de Jésus, son martyre — est racontée dans l'article Saint Jean-Baptiste : on ne retient ici que ce qui fonde la fête du 24 juin.
L'annonce à Zacharie au Temple
Au temps d'Hérode le Grand, un prêtre nommé Zacharie, du groupe d'Abia, assure son service au Temple de Jérusalem. Sa femme Élisabeth, descendante d'Aaron, est stérile, et tous deux sont avancés en âge[8]. Pendant qu'il offre l'encens, l'ange Gabriel lui apparaît et lui annonce qu'Élisabeth enfantera un fils, qu'on appellera Jean : il sera grand devant le Seigneur, rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère, et il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance du prophète Élie[9].
Zacharie doute — « à quoi reconnaîtrai-je cela ? » — et devient muet jusqu'au jour où la promesse s'accomplira[10]. Ce mutisme n'est pas une punition arbitraire : dans la lecture qu'en donne saint Augustin, le silence de Zacharie figure le silence de la prophétie avant le Christ, une parole cachée et close qui s'ouvrira à l'avènement de celui qui était annoncé[11].
La Visitation : Jean tressaille dans le sein de sa mère
Peu après l'Annonciation, Marie se rend en hâte auprès d'Élisabeth. Quand Élisabeth entend la salutation de Marie, l'enfant tressaille en elle, et Élisabeth, remplie de l'Esprit Saint, s'écrie : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni »[12]. C'est pour ce tressaillement que la tradition voit en Jean un enfant déjà sanctifié avant sa naissance : le Catéchisme rappelle que Jean est « rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère » par le Christ lui-même, à l'occasion de la visite de Marie à Élisabeth[13].
La naissance, le huitième jour : « Son nom est Jean »
Quand vient le temps d'enfanter, Élisabeth met au monde un fils, et les voisins se réjouissent avec elle de la miséricorde du Seigneur[14]. Le huitième jour, selon la Loi qui prescrit la circoncision[15], on veut appeler l'enfant Zacharie, du nom de son père. Mais Élisabeth déclare : « Non, il s'appellera Jean. » On fait signe au père, toujours muet : il demande une tablette et écrit : « Jean est son nom. » À l'instant, sa bouche s'ouvre, sa langue se délie, et il parle et bénit Dieu[16]. La crainte saisit alors tous les habitants de la montagne de Judée, et tous se demandent : « Que sera donc cet enfant ? »[17].
Le Benedictus, premier cantique de la fête
Rempli de l'Esprit Saint, Zacharie prophétise. Son cantique, le Benedictus — du premier mot latin, « Béni » — est devenu la prière du matin de toute l'Église : il est chanté chaque jour aux Laudes, et solennellement le 24 juin[18] :
« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l'avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens. »[19]
Le cantique s'achève sur l'enfant lui-même :
« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins, pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés. »[20]
« L'enfant grandissait » : les années du désert
Luc conclut d'une phrase : « L'enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il se fit connaître à Israël »[21]. C'est tout ce que l'Évangile dit des trente années qui suivent : le reste appartient à l'article Saint Jean-Baptiste. Un récit apocryphe du IIᵉ siècle, le Protévangile de Jacques, imagine Élisabeth fuyant avec l'enfant dans la montagne lors du massacre des Innocents[22] : c'est une tradition pieuse, non un témoignage historique, et l'Église ne lui accorde pas le poids de l'Évangile.
Saint Luc, l'historien du Précurseur
La fête repose sur un texte : le début de l'Évangile selon saint Luc. Qui l'a écrit, quand, et pourquoi lui faire confiance ? L'article répond d'abord avec la tradition reçue de l'Église, défendue par des témoins anciens et des arguments internes ; les objections modernes sont examinées loyalement en fin d'article.
L'auteur selon la tradition : Luc, médecin et compagnon de Paul
Dès le IIᵉ siècle, l'Église attribue le troisième évangile et les Actes des Apôtres à Luc, le médecin d'Antioche, compagnon de saint Paul[23]. Les indices internes convergent : l'auteur accompagne Paul dans ses voyages — les fameux passages en « nous » des Actes —, Paul lui-même salue « Luc, le médecin bien-aimé » dans ses lettres[24], et le vocabulaire médical qui parsème l'œuvre cadre avec cette profession.
Les témoins anciens sont nets et précoces :
| Témoin | Date approximative | Ce qu'il atteste |
|---|---|---|
| Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 1, 1 | vers 180 | Luc, compagnon de Paul, a consigné par écrit l'Évangile prêché par l'Apôtre |
| Le Fragment de Muratori | fin du IIᵉ siècle | Le troisième évangile est celui de Luc le médecin, compagnon de Paul, qui a enquêté et écrit en son nom |
| La réception liturgique | dès le IIᵉ siècle | Le texte est lu publiquement dans les assemblées, à égalité avec les autres évangiles |
Une datation haute, défendable
La tradition place la rédaction de l'œuvre de Luc avant la fin des années 60, et l'argument principal est interne au texte lui-même : les Actes des Apôtres s'achèvent sur Paul assigné à résidence à Rome, « proclamant le Royaume de Dieu avec pleine assurance »[27]. Ni le martyre de Paul (vers 64-67), ni la chute de Jérusalem (70) n'y sont mentionnés : pour un historien qui vient de raconter Étienne, Jacques et tant de persécutions, ce silence ne s'explique guère s'il écrivait après ces événements[28]. L'évangile, qui précède les Actes et s'adresse au même Théophile[29], appartient donc aux années 60, à une génération des témoins directs.
Le prologue à Théophile : une enquête, pas une légende
Luc ouvre son œuvre comme un historien antique : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, […] j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile »[30]. Il revendique une enquête auprès de « ceux qui furent dès le début témoins oculaires » — et pour les chapitres de l'enfance, la source toute désignée est la Vierge Marie elle-même, que Luc est seul à faire parler si longuement. C'est cette enquête qui donne à la fête son assise : le 24 juin ne célèbre pas un mythe édifiant, mais une naissance rapportée par un témoin du premier siècle.
Pourquoi le 24 juin ? Le comput des six mois
Six mois avant Noël
La date ne doit rien au hasard ni aux saisons : elle se calcule à partir de l'Évangile. Quand l'ange annonce à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur, il lui apprend qu'Élisabeth, sa parente, « en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait la femme stérile »[31]. L'Église fêtant l'Annonciation le 25 mars et la naissance du Christ le 25 décembre, la naissance du Précurseur, conçu six mois plus tôt, tombe six mois avant Noël : le 24 juin[32]. Le calcul est ancien et limpide : Marie reste auprès d'Élisabeth environ trois mois[33], puis Élisabeth enfante à son terme.
Le 24 plutôt que le 25 : le comput romain
Pourquoi le 24 et non le 25 ? Parce que les Romains comptaient les jours à rebours depuis les calendes du mois suivant, en comptant les deux bornes : le 25 décembre est le huitième jour avant les calendes de janvier, et le 24 juin est symétriquement le huitième jour avant les calendes de juillet[34]. Noël et la Saint-Jean sont ainsi construites en miroir, à six mois d'intervalle, selon la même antique manière de compter.
Le solstice et la parole du Précurseur
Reste un fait qui frappe : le 24 juin touche au solstice d'été — après lui, les jours diminuent — tandis que le 25 décembre touche au solstice d'hiver — après lui, les jours grandissent. L'Église y lit depuis toujours le signe de la parole du Baptiste : « Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue »[35]. La liturgie elle-même porte cette méditation : l'hymne de l'Office du 24 juin chante le Précurseur en disant : « Ta lumière décroît, une autre se révèle ; c'est Dieu qui monte et devance tes pas : dans l'aurore du Christ, la joie parfaite ! »[36].
Il faut tenir l'ordre des causes : ce n'est pas le solstice qui a fixé la fête — la date vient du calcul évangélique —, c'est la fête qui éclaire le solstice. L'objection d'une origine païenne récupérée tombe d'elle-même : la Saint-Jean ne copie aucune fête du soleil, elle déduit une date de l'Écriture, et c'est ensuite que les chrétiens y reconnaissent le symbole de Celui qui diminue devant le Christ qui grandit.
Une fête aussi ancienne que l'Église en paix
Saint Augustin prêche déjà la Saint-Jean
Au début du Vᵉ siècle, la fête est si bien établie qu'Augustin d'Hippone lui consacre une série de sept sermons (les Sermons 287 à 293), prêchés pour le 24 juin[37]. Le dernier de la série, le Sermon 293, est lu encore aujourd'hui à l'Office des lectures de la solennité : Augustin y explique pourquoi l'Église fête une naissance, elle qui d'ordinaire fête les saints au jour de leur mort[38].
« L'Église considère la naissance de Jean comme particulièrement sacrée : on ne trouve aucun des saints qui nous ont précédés dont nous célébrions solennellement la naissance. Nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ. »[39]
Et il donne la clé théologique de toute la fête :
« Jean apparaît donc comme une frontière placée entre les deux Testaments, l'ancien et le nouveau. Parce qu'il représente l'antiquité, il naît de deux vieillards ; parce qu'il représente la nouveauté, il se révèle prophète dans les entrailles de sa mère. »[40]
Agde (506) : une des grandes fêtes chômées
Un siècle plus tard, le concile d'Agde (506) compte la Nativité de Jean-Baptiste parmi les principales fêtes de la région : jour chômé, au même rang que les plus grandes fêtes[41]. À cette hauteur du VIᵉ siècle, la Saint-Jean est donc déjà une fête de premier rang, dotée d'une vigile propre : rien d'une création tardive.
Vigile, jeûne et octave
Comme les plus grandes fêtes, la Saint-Jean a longtemps comporté une vigile jeûnée le 23 juin, puis une octave qui prolongeait la célébration pendant huit jours[42]. Ces usages disent l'importance que le Moyen Âge accordait au Précurseur : on veillait, on jeûnait, on allumait des feux — et les mystères joués pour la fête attiraient les foules.
C'est Pie XII qui, par le décret Cum nostra hac aetate du 23 mars 1955, simplifie les octaves : seules sont conservées celles de Noël, de Pâques et de la Pentecôte[43]. L'octave de la Saint-Jean disparaît alors, mais la messe de la vigile demeure : le 24 juin reste l'une des rares fêtes de saints à garder deux messes propres, celle du 23 au soir et celle du jour[44].
Le rang aujourd'hui : une solennité
Le calendrier romain de 1969 maintient la Nativité de saint Jean-Baptiste au 24 juin avec le rang de solennité[45]. Concrètement : couleur blanche, Gloire à Dieu et Credo à la messe[46], et préséance sur le dimanche du Temps ordinaire quand le 24 juin tombe un dimanche — le dimanche ne cède sa célébration qu'aux solennités et aux fêtes du Seigneur[47]. Les saints Pierre et Paul, fêtés le 29 juin[48], sont l'autre grande solennité de l'été ; mais le Baptiste est le seul saint, avec la Vierge Marie, dont l'Église fête la naissance.
- Début du Vᵉ siècleSaint Augustin prêche sept sermons pour la fêteSermons 287 à 293
La fête est déjà établie à Hippone : la prédication d'Augustin en est le plus ancien témoignage conservé.
- 506Le concile d'Agde la compte parmi les grandes fêtesJour chômé, au rang des plus grandes fêtes
La Nativité de Jean-Baptiste figure parmi les principales fêtes chômées de la Gaule méridionale.
- Moyen ÂgeVigile jeûnée, octave, feux et mystèresUne des fêtes les plus populaires de l'année
La Saint-Jean devient une fête de tout le peuple chrétien, veillée et célébrée pendant huit jours.
- 23 mars 1955Pie XII supprime l'octaveDécret Cum nostra hac aetate
Seules les octaves de Noël, de Pâques et de la Pentecôte sont conservées ; la messe de la vigile demeure.
- 1969Le nouveau calendrier confirme la solennité24 juin, couleur blanche, préséance sur le dimanche
La Nativité du Précurseur garde le rang le plus élevé des fêtes de saints.
Comment l'Église célèbre-t-elle le 24 juin ?
La messe de la vigile, le 23 au soir
La célébration s'ouvre la veille au soir, comme pour Noël ou Pâques : la messe de la vigile médite la vocation du prophète, de Jérémie à Jean. Ses lectures propres sont[49] :
| Moment | Texte |
|---|---|
| Première lecture | Jérémie 1, 4-10 : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais » |
| Psaume | Psaume 70 : « Toi, mon espérance, Seigneur, depuis ma jeunesse » |
| Deuxième lecture | 1 Pierre 1, 8-12 : les prophètes ont cherché le salut annoncé |
| Évangile | Luc 1, 5-17 : l'annonce à Zacharie |
La messe du jour
Le 24 juin, la messe déploie le mystère du Serviteur et du Précurseur[50] :
| Moment | Texte |
|---|---|
| Première lecture | Isaïe 49, 1-6 : « Je fais de toi la lumière des nations » |
| Psaume | Psaume 138 : « Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis » |
| Deuxième lecture | Actes 13, 22-26 : « Jean le Baptiste a préparé l'avènement de Jésus » |
| Évangile | Luc 1, 57-66.80 : « Son nom est Jean » |
On remarque le choix : aucun de ces textes ne parle du baptême ni du martyre — tout est ordonné à la naissance et à la vocation. La fête ne résume pas la vie du Baptiste, elle en célèbre la source.
Le Benedictus, cantique de chaque matin
Le cantique de Zacharie n'est pas réservé au 24 juin : il est le cantique évangélique des Laudes, chanté par l'Église entière chaque matin de l'année[51]. Le jour de la Saint-Jean, il est encadré par une antienne propre : « Zacharie, rempli de l'Esprit Saint, prophétisa en bénissant le Dieu d'Israël »[52]. Ainsi, chaque Laudes de l'année fait mémoire de la naissance fêtée le 24 juin : la fête irrigue la prière quotidienne.
L'oraison de la fête
La prière qui ouvre et conclut la messe du 24 juin — la collecte — résume toute la théologie de la solennité :
« Tu as voulu, Seigneur, que saint Jean Baptiste prépare ton peuple à la venue du Messie ; accorde à ton Église le don de la joie spirituelle, et guide l'esprit de tous les croyants dans la voie du salut et de la paix. »[53]
L'hymne des Vêpres : la naissance des notes de musique
Les Vêpres du 24 juin chantent une hymne latine célèbre, l'Ut queant laxis, composée au VIIIᵉ siècle et attribuée traditionnellement à Paul Diacre, moine bénédictin et historien des Lombards[54]. Le Bréviaire romain la répartit sur tout l'office de la fête : la première partie aux Vêpres, la deuxième (Antra deserti) aux Matines, la troisième (O nimis felix) aux Laudes[55]. Sa première strophe s'adresse au Baptiste lui-même :
« Ut queant laxis resonare fibris, Mira gestorum famuli tuorum, Solve polluti labii reatum, Sancte Ioannes. »[56]
Ce qui veut dire : pour que tes serviteurs chantent d'une voix libérée les merveilles de ton histoire, enlève le péché de leurs lèvres souillées, saint Jean. Selon une tradition rapportée par Guillaume Durand, Paul Diacre, enroué un Samedi saint où il devait chanter l'Exsultet, aurait imploré le même secours que Zacharie recouvrant la parole : d'où cette hymne au fils de Zacharie[57].
Mais la gloire de l'Ut queant laxis est musicale. Au XIᵉ siècle, le moine bénédictin Guy d'Arezzo s'en sert pour apprendre à ses élèves à chanter juste : les six hémistiches de la première strophe commencent chacun sur une note plus haute de la gamme, et leurs syllabes initiales donnent les noms des six notes, ut, ré, mi, fa, sol, la[58]. Le si viendra des initiales de « Sancte Ioannes », le dernier vers, et l'ut deviendra plus tard le do, plus facile à chanter[59]. Ainsi, chaque enfant qui solfie ut, ré, mi chante sans le savoir l'hymne des Vêpres de la Saint-Jean.
Théologie : pourquoi fêter une naissance ?
La charnière des deux Testaments
« La Loi et les Prophètes vont jusqu'à Jean » : c'est le Seigneur lui-même qui fait du Baptiste une frontière, et Augustin ne fait que déplier cette parole[60]. L'ange l'avait annoncé à Zacharie : l'enfant marchera devant le Seigneur « avec l'esprit et la puissance du prophète Élie »[61], accomplissant la toute dernière parole des prophètes : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable »[62]. Parce qu'il naît de deux vieillards, il appartient à l'antiquité ; parce qu'il tressaille dans le sein de sa mère à l'approche du Christ, il appartient déjà à la nouveauté. Fêter sa naissance, c'est fêter le moment où l'attente d'Israël bascule dans l'accomplissement.
Sanctifié dès le sein maternel
L'Église voit dans le tressaillement de la Visitation une sanctification anticipée : Jean est purifié du péché originel avant même de naître, par la présence du Christ dans le sein de Marie[63]. C'est la justification profonde de la fête : on ne peut célébrer une naissance que si cette naissance est déjà sainte. Pour tous les autres saints, la sainteté est datée de leur mort — de leur entrée dans la gloire — ; pour Jean, elle est datée de sa venue au monde.
« Le plus grand des enfants des femmes »
« Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont nés d'une femme, personne ne s'est levé de plus grand que Jean le Baptiste »[64]. Cet éloge, prononcé par le Christ lui-même, fonde le culte du Précurseur : prophète du Très-Haut, dernier des prophètes, il inaugure l'Évangile en désignant l'Agneau de Dieu[65]. Sa mission s'achève dans le martyre — décapité pour avoir défendu la vérité du mariage face à Hérode —, que l'Église fête le 29 août et que raconte l'article Saint Jean-Baptiste.
Trois nativités, et pas une de plus
Noël, le 8 septembre, le 24 juin : le Christ, sa Mère, son Précurseur. Augustin le disait déjà de son temps — « nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ », la Nativité de Marie ne s'ajoutant que plus tard[66]. La règle vaut toujours : l'Église ne fête la naissance selon la chair que de ceux dont la naissance est elle-même un mystère du salut[67].
Les traditions de la Saint-Jean
Les feux de la Saint-Jean
Le soir du 23 juin, sur les collines et les parvis, on allume des feux de joie : c'est la coutume la plus célèbre de la fête, attestée depuis le Moyen Âge dans toute l'Europe[68]. Le sens chrétien est lumineux : Jean est « la lampe qui brûle et qui luit »[69], celui qui précède le jour et porte l'espérance, comme le chante l'hymne de l'Office[70]. On bénissait les feux, on y brûlait les herbes fanées, on en rapportait les tisons pour protéger les maisons : une piété du feu qui n'adore pas le soleil mais qui annonce le Christ, lumière du monde.
Faut-il y voir une fête païenne christianisée ? La réponse tient en un mot : la date vient du calcul évangélique, pas du solstice — et les feux eux-mêmes sont le langage universel de la joie des hommes, que l'Église a baptisé en lui donnant son sens. Christianiser une saison n'est pas emprunter une religion.
Le Québec : une fête nationale née d'une fête de saint
C'est au Canada français que la Saint-Jean a pris sa plus grande dimension civile. Le 24 juin 1834, le patriote Ludger Duvernay organise à Montréal un banquet qui fait du Baptiste le symbole des Canadiens français[71]. En 1908, saint Pie X proclame saint Jean-Baptiste patron des Canadiens français[72] ; en 1925, le 24 juin devient jour férié au Québec, puis Fête nationale en 1977[73]. Chaque année, défilés, feux et chansons rappellent qu'un peuple s'est reconnu dans le Précurseur : celui qui prépare les voies et dit la vérité aux puissants.
Patronages : Florence, Malte, le Latran
Le Baptiste est l'un des saints les plus populaires de la chrétienté, et ses patronages sont immenses. Florence l'a pris pour patron : le baptistère Saint-Jean, revêtu de marbres blancs et verts, est le cœur religieux de la cité, face à la cathédrale. Chaque 24 juin, la ville s'arrête pour la Festa di San Giovanni : cortège historique jusqu'au baptistère, finale du calcio historique en costumes sur la place Sainte-Croix, puis les fochi di San Giovanni, le grand feu d'artifice tiré le soir au-dessus de l'Arno[74]. L'ordre de Malte, né comme ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, garde le 24 juin pour fête patronale, célébrée par ses membres dans le monde entier[75]. Et d'innombrables baptistères portent son nom, dont celui du Latran, la cathédrale du pape[76]. L'article Saint Jean-Baptiste détaille ces dédicaces : on s'y reportera pour ne pas redoubler.
Les herbes de la Saint-Jean
Dans les campagnes, on cueillait le 24 juin les herbes de la Saint-Jean — le millepertuis, appelé « herbe de la Saint-Jean », la sauge, l'armoise — pour en faire des bouquets protecteurs[77]. Coutume simple et sans superstition obligatoire : cueillir au plus long des jours les plantes médicinales de l'été, en remerciant Dieu qui les a créées.
Le Précurseur dans l'art
L'iconographie du Baptiste est immense — l'Agneau qu'il désigne, le roseau et la bannière Ecce Agnus Dei, le baptême du Christ au Jourdain — mais elle appartient à la vie du saint, traitée dans l'article Saint Jean-Baptiste. Retenons pour la fête ce qui la représente : les Nativités du Baptiste, comme celle de Domenico Ghirlandaio à Florence, où Élisabeth alitée reçoit les voisines tandis que l'enfant est présenté[78] ; et les églises de la Nativité, à commencer par celle d'Ein Karem, le village de la « montagne de Judée » où la tradition fixe la Visitation et la naissance, gardée par les franciscains[79].
Le récit de Luc face à l'exégèse moderne : débat et limites
Cette dernière partie expose loyalement ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine sur Luc 1, puis les réponses, puis les limites de la méthode. Elle vient en fin d'article : elle n'est ni le cadre ni le verdict, mais une objection traitée.
Ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine
Depuis le XXᵉ siècle, une partie des exégètes propose de lire les récits de l'enfance (Matthieu 1-2, Luc 1-2) comme des compositions tardives, rédigées après 70 voire après 80, à partir de traditions orales et de modèles vétérotestamentaires : l'annonce à Zacharie serait calquée sur celles d'Isaac, de Samson ou de Samuel, fils de femmes stériles ; le cantique de Zacharie serait une pièce liturgique judéo-chrétienne insérée après coup[80]. Dans cette lecture, l'historicité du détail — le groupe d'Abia, le sort au Temple, la parenté de Marie et d'Élisabeth — resterait indécidable. Certains rapprochent en outre le jeune Jean du désert avec les esséniens de Qumrân, dont les manuscrits, découverts à partir de 1947, décrivent une communauté baptiste retirée au désert de Judée[81].
Les réponses : témoins, cohérence, corroboration
Première réponse : les témoins anciens. Le texte est attribué à Luc dès la fin du IIᵉ siècle par des Églises dispersées qui n'ont pu se concerter pour inventer un auteur ; le prologue revendique une enquête auprès des témoins oculaires. Une composition légendaire tardive, montée de toutes pièces deux générations après les faits, n'aurait ni cette précocité ni cette unanimité d'attribution.
Deuxième réponse : la cohérence interne. Le récit fourmille de notations sacerdotales exactes — le groupe d'Abia, le tirage au sort pour l'encens, la circoncision au huitième jour — qui supposent une connaissance précise du Temple avant sa destruction en 70[82]. Un rédacteur tardif, écrivant après la ruine, aurait difficilement conservé cette justesse de détail sans intention apologétique visible.
Troisième réponse : la corroboration extérieure. L'existence même de Jean-Baptiste ne dépend pas du seul Luc : l'historien juif Flavius Josèphe, dans ses Antiquités juives, parle du Baptiste comme d'un homme de bien qui baptisait les Juifs et fut exécuté par Hérode Antipas à Machéronte[83]. Le personnage central du récit de Luc 1 est donc une figure historique attestée hors de l'Église.
Les limites de la méthode
La lecture sceptique repose sur des procédés fragiles qu'il faut nommer. D'abord le parallèle érigé en source : parce que l'annonce à Zacharie ressemble à celles de l'Ancien Testament, on conclut qu'elle en est copiée — comme si Dieu ne pouvait pas agir deux fois de la même manière, et comme si un auteur inspiré ne pouvait pas raconter un fait réel avec les mots de l'Écriture qu'il accomplit. Ensuite l'argument du silence : parce que Marc et Jean ne racontent pas la naissance du Baptiste, on doute de Luc — alors que chaque évangéliste a son propos propre, et que le silence d'un témoin ne réfute pas l'autre. Ensuite la datation circulaire : on date Luc après 70 parce qu'on présuppose qu'une prophétie précise du siège de Jérusalem ne peut être qu'écrite après coup, puis on utilise cette date pour discréditer son témoignage — le présupposé anti-prophétique produit la conclusion qu'il prétend démontrer. Enfin l'extrapolation qumrânienne : aucun manuscrit de la mer Morte ne nomme Jean, et Luc dit seulement qu'il « alla vivre au désert » — passer d'une proximité géographique à une filiation essénienne, c'est bâtir sur du sable.
L'Église, elle, tient avec le concile Vatican II que les livres de l'Écriture « enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut »[84]. La datation haute et l'attribution à Luc restent donc non seulement permises, mais solidement défendables : témoins anciens, enquête revendiquée, détails exacts, corroboration extérieure.
Pour aller plus loin
- Saint Jean-Baptiste — la vie complète du Précurseur : prédication, baptême de Jésus, « l'Agneau de Dieu », la prison et le martyre.
- Annonciation du Seigneur (25 mars) — l'annonce à Marie au sixième mois d'Élisabeth, le point de départ du comput du 24 juin.
- Noël (25 décembre) — la Nativité du Christ, six mois après celle du Baptiste, et l'historicité des récits de l'enfance.
- Sainte Marie Mère de Dieu (1er janvier) — la maternité divine de celle dont la visite sanctifia Jean.
- Présentation du Seigneur (2 février) — l'autre grande fête de l'enfance du Christ, avec sa méthode : récit, origines, objections, liturgie.
- Baptême du Seigneur — la manifestation du Christ baptisé par Jean au Jourdain.
- Épiphanie (6 janvier) — l'autre fête de la manifestation, et les origines orientales du 6 janvier.
- Pâques — la fête des fêtes, dont la vigile est le modèle de celle du 24 juin.
- Pentecôte — la troisième octave conservée en 1955 avec Noël et Pâques.
- La Fête-Dieu (Corpus Christi) — une autre fête du calendrier née de sa propre histoire.
- Toussaint (1er novembre) — la fête de tous les saints, célébrés au jour de leur naissance au ciel.
Sources principales
- Bible, traduction officielle liturgique AELF : Luc 1 ; Isaïe 49, 1-6 ; Jérémie 1, 4-10 ; 1 Pierre 1, 8-12 ; Actes 13, 22-26 ; Malachie 3, 23-24 ; Jean 3, 30 ; Jean 5, 35 ; Matthieu 11, 11.
- Liturgie des Heures, Office des lectures, Laudes et Vêpres du 24 juin (AELF) : homélie de saint Augustin, hymnes, antiennes, Benedictus, oraison.
- Saint Augustin, Sermons 287-293 pour la Nativité de Jean-Baptiste (Patrologie latine 38).
- Concile d'Agde (506) ; Pie XII, décret Cum nostra hac aetate (23 mars 1955) ; Calendarium Romanum (1969) et Normes universelles de l'année liturgique, n° 5.
- Catéchisme de l'Église catholique, § 523 et 717 ; concile Vatican II, constitution Dei Verbum, n° 11.
- Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 1, 1 ; Fragment de Muratori ; Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII, 5, 2.
- Frederick Holweck, art. « St. John the Baptist », Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910.
- Catholic Encyclopedia, art. « Ut Queant Laxis Resonare Fibris », vol. 15, 1912 (hymne des Vêpres du 24 juin, Paul Diacre, Guy d'Arezzo et les notes de musique).
- Ordre souverain de Malte, fête patronale du 24 juin célébrée dans le monde entier (orderofmalta.org.uk).
- Alban Butler, Vies des saints, au 24 juin.
- Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah, 1977 (position critique discutée en fin d'article).
Notes et références
Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), n° 5 : le dimanche ne cède sa célébration qu'aux solennités et aux fêtes du Seigneur ; les dimanches de l'Avent, du Carême et du Temps pascal ont préséance sur toutes les fêtes du Seigneur et toutes les solennités.
1 47Alban Butler, Vies des saints, au 24 juin (éd. traduite, nombreuses rééditions) : l'Église ne célèbre la naissance selon la chair que pour le Christ, la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste ; tous les autres saints sont fêtés au jour de leur mort, leur naissance au ciel.
2 67Saint Augustin, Sermon 293 pour la Nativité de Jean-Baptiste, 1-3, Patrologie latine 38, col. 1327-1328, dans la traduction de la Liturgie des Heures, Office des lectures du 24 juin (AELF) : « Jean apparaît donc comme une frontière placée entre les deux testaments, l'ancien et le nouveau. »
3 40 60Bible, traduction officielle liturgique de l'Association épiscopale liturgique pour les pays francophones (AELF), textes intégraux vérifiés le 4 octobre 2026 via l'API officielle (api.aelf.org, messe et offices du 24 juin). Toutes les citations bibliques de cet article suivent cette traduction.
4Luc 1, 26.36 (AELF) : « Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu… » ; « Voici qu'Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait la femme stérile. »
5 31Concile d'Agde (506), canon des fêtes : la Nativité de saint Jean-Baptiste y figure parmi les principales fêtes chômées de la province. Pour le concile lui-même (Agde, Languedoc, présidé par saint Césaire d'Arles) : Catholic Encyclopedia, art. « Council of Agde ».
6 41Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la révélation divine, 18 novembre 1965, n° 11 : les livres de l'Écriture, écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, « enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut » (vatican.va).
7 84Luc 1, 5-7 (AELF) : « Il y avait, au temps d'Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre du groupe d'Abia, nommé Zacharie. Sa femme aussi était descendante d'Aaron ; elle s'appelait Élisabeth. […] Ils n'avaient pas d'enfant, car Élisabeth était stérile et, de plus, ils étaient l'un et l'autre avancés en âge. » Le groupe d'Abia est la huitième classe sacerdotale (1 Chroniques 24, 10).
8Luc 1, 13-17 (AELF) : Gabriel annonce « un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. […] Il sera grand devant le Seigneur […] il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère ; il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie ».
9 61Luc 1, 18-20 (AELF) : « À quoi reconnaîtrai-je cela ? […] Je suis Gabriel, je me tiens en présence de Dieu […] Et voici que tu seras réduit au silence : tu ne pourras plus parler jusqu'au jour où cela se réalisera. »
10Saint Augustin, Sermon 293, dans la traduction de la Liturgie des Heures (Office des lectures du 24 juin) : « Que signifie le silence de Zacharie sinon que la prophétie a disparu, et qu'avant l'annonce du Christ, elle est comme cachée et close ? Elle s'ouvre à son avènement. »
11Luc 1, 41-42 (AELF) : « Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. »
12Catéchisme de l'Église catholique, § 717 : Jean est rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère, par le Christ lui-même, à l'occasion de la visite de Marie à Élisabeth (vatican.va).
13 63Luc 1, 57-58 (AELF) : « Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. »
14Genèse 17, 12 et Lévitique 12, 3 : la circoncision de l'enfant mâle le huitième jour.
15Luc 1, 59-64 (AELF) : « Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient l'appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : Non, il s'appellera Jean. […] Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : Jean est son nom. […] À l'instant même, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. »
16Luc 1, 65-66 (AELF) : « La crainte saisit alors tous les gens du voisinage […] Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : Que sera donc cet enfant ? En effet, la main du Seigneur était avec lui. »
17AELF, Liturgie des Heures, Laudes du 24 juin (textes vérifiés le 4 octobre 2026 via api.aelf.org) : cantique de Zacharie (Lc 1, 68-79) chaque matin, antienne propre, péricope Malachie 3, 23-24, intercession et oraison.
18 51Luc 1, 68-70, cantique de Zacharie (Benedictus), traduction liturgique AELF vérifiée via l'office des Laudes du 24 juin.
19Luc 1, 76-77 (AELF, Laudes du 24 juin) : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins, pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés. »
20Luc 1, 80 (AELF) : « L'enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il se fit connaître à Israël. »
21Protévangile de Jacques, ch. 22 (apocryphe du milieu du IIᵉ siècle) : Élisabeth fuit dans la montagne avec Jean lors du massacre des Innocents. Tradition pieuse sans valeur historique, que l'Église ne reçoit pas au même degré que l'Évangile.
22La tradition unanime de l'Église (IIᵉ siècle) attribue le troisième évangile et les Actes à Luc, médecin d'Antioche, compagnon de saint Paul : voir les témoins ci-dessous.
23Colossiens 4, 14 : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue » ; 2 Timothée 4, 11 : « Luc est seul avec moi » ; Philémon 24.
24Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 (vers 180) : Luc, compagnon de Paul, a consigné par écrit l'Évangile prêché par l'Apôtre (Sources Chrétiennes 211, Cerf).
25Fragment de Muratori (fin du IIᵉ siècle, liste romaine des écrits canoniques) : le troisième évangile est celui de Luc, le médecin, compagnon de Paul, qui a enquêté et écrit en son nom propre.
26Actes 28, 30-31 (AELF) : « Paul demeura en son lieu de résidence deux années entières ; il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il proclamait le Royaume de Dieu et enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une entière assurance et sans obstacle. »
27Le récit des Actes s'interrompt sur la captivité romaine de Paul (vers 61-63) sans mentionner ni son martyre (vers 64-67) ni la chute de Jérusalem (70) : indice interne fort d'une rédaction de Luc-Actes dans les années 60, du vivant des témoins.
28Luc 1, 3 et Actes 1, 1 (AELF) : les deux livres sont dédiés au même Théophile, « excellent Théophile ».
29Luc 1, 1-4 (AELF) : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus. »
30Le calcul traditionnel : Annonciation à Marie (25 mars) au sixième mois de la grossesse d'Élisabeth, plus environ trois mois jusqu'au terme → naissance de Jean vers le 24 juin, soit six mois avant Noël (25 décembre).
32Luc 1, 56 (AELF) : « Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle. »
33Les Romains comptaient à rebours depuis les calendes du mois suivant, en comptant les deux jours extrêmes : le 25 décembre est le huitième jour avant les calendes de janvier, le 24 juin le huitième jour avant les calendes de juillet (ante diem VIII Kalendas Julias).
34Jean 3, 30 (AELF) : « Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue. » Parole du Baptiste à ses disciples.
35Liturgie des Heures, Office des lectures du 24 juin, hymne « Toi qui veilles en la nuit » (AELF) : « Ta lumière décroît, une autre se révèle ; c'est Dieu qui monte et devance tes pas : dans l'aurore du Christ, la joie parfaite ! »
36 70Saint Augustin, Sermons 287 à 293 pour la Nativité de Jean-Baptiste, Patrologie latine 38, prêchés à Hippone au début du Vᵉ siècle pour la fête du 24 juin.
37Le Sermon 293, 1-3 (PL 38, 1327-1328) est lu chaque année à l'Office des lectures de la solennité, dans la traduction de la Liturgie des Heures (AELF).
38Saint Augustin, Sermon 293, trad. Liturgie des Heures : « L'Église considère la naissance de Jean comme particulièrement sacrée : on ne trouve aucun des saints qui nous ont précédés dont nous célébrions solennellement la naissance. Nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ. » À son époque, la Nativité de Marie (8 septembre) n'est pas encore célébrée ; elle s'ajoutera plus tard pour compléter la triade.
39 66La vigile jeûnée du 23 juin et l'octave de la Saint-Jean sont attestées au Moyen Âge dans tout l'Occident, à l'égal des plus grandes fêtes ; cf. Dom Guéranger, L'Année liturgique, au 24 juin.
42Pie XII, décret Cum nostra hac aetate de la Sacrée Congrégation des Rites, 23 mars 1955 : seules les octaves de Noël, de Pâques et de la Pentecôte sont conservées ; toutes les autres, dont celle de la Saint-Jean, sont supprimées.
43AELF, Messe de la veille au soir du 24 juin (textes vérifiés le 4 octobre 2026 via api.aelf.org) : Jr 1, 4-10 (« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ») ; Ps 70 ; 1 P 1, 8-12 ; Lc 1, 5-17 (« Tu lui donneras le nom de Jean »). Couleur : blanc ; fête : Solennité.
44 49Calendarium Romanum ex decreto Sacrosancti Œcumenici Concilii Vaticani II instauratum, editio typica, 1969 : « Die 24 junii. In Nativitate sancti Joannis Baptistae. Sollemnitas. »
45Présentation générale du Missel romain, n° 53 (Gloire à Dieu aux dimanches hors Avent et Carême, aux solennités et aux fêtes) et n° 68 (Credo aux dimanches et aux solennités).
46Fête des saints Pierre et Paul (29 juin), solennité du 29 juin, l'autre grande fête de l'été : citée comme repère, jamais développée ici.
48AELF, Messe du jour du 24 juin (textes vérifiés le 4 octobre 2026 via api.aelf.org) : Is 49, 1-6 (« Je fais de toi la lumière des nations ») ; Ps 138 ; Ac 13, 22-26 (« Jean le Baptiste a préparé l'avènement de Jésus ») ; Lc 1, 57-66.80 (« Son nom est Jean »).
50Liturgie des Heures, Laudes du 24 juin, antienne du Benedictus (AELF) : « Zacharie, rempli de l'Esprit Saint, prophétisa en bénissant le Dieu d'Israël. »
52Missel romain, collecte du 24 juin, reprise à l'Office (AELF) : « Tu as voulu, Seigneur, que saint Jean Baptiste prépare ton peuple à la venue du Messie ; accorde à ton Église le don de la joie spirituelle, et guide l'esprit de tous les croyants dans la voie du salut et de la paix. »
53Catholic Encyclopedia, art. « Ut Queant Laxis Resonare Fibris », vol. 15, New York, 1912 : le Bréviaire romain répartit l'hymne entre les Vêpres, les Matines et les Laudes de la fête de la Nativité de saint Jean (24 juin) ; la paternité est attribuée à Paul Diacre, moine bénédictin et historien des Lombards (VIIIᵉ siècle).
54 55Première strophe de l'hymne (texte latin) : « Ut queant laxis resonare fibris, Mira gestorum famuli tuorum, Solve polluti labii reatum, Sancte Ioannes. » La traduction française entre les deux citations est celle du présent article.
56D'après Guillaume Durand (Durandus), Rational des divins offices, cité par la Catholic Encyclopedia, art. « Ut Queant Laxis » : Paul Diacre, enroué un Samedi saint où il devait chanter l'Exsultet pour la bénédiction du cierge pascal, aurait imploré un secours semblable à celui accordé au père du Baptiste. Légende pieuse rapportée comme telle, non fait établi.
57Catholic Encyclopedia, art. « Ut Queant Laxis » : Guy d'Arezzo (Guido d'Arezzo, moine bénédictin du XIᵉ siècle) montrait à ses élèves une méthode plus facile que le monocorde en comparant une mélodie inconnue à la mélodie bien connue de l'Ut queant laxis ; les syllabes initiales des six hémistiches (UT, RE, MI, FA, SOL, LA) ont donné les noms des six premières notes ; le SI vient des initiales de « Sancte Ioannes », et l'UT a été remplacé par le DO, au son plus ouvert.
58 59Malachie 3, 23-24 (AELF) : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères. » Derniers versets du dernier livre prophétique : l'attente d'Israël s'achève sur un Élie à venir, que l'ange identifie à Jean. Ce même passage est la péricope des Laudes du 24 juin, comme signalé plus haut.
62Matthieu 11, 11 (AELF) : « Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont nés d'une femme, personne ne s'est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »
64Catéchisme de l'Église catholique, § 523 : saint Jean-Baptiste est le précurseur immédiat du Seigneur, envoyé pour lui préparer la route ; prophète du Très-Haut, il surpasse tous les prophètes dont il est le dernier, et il inaugure l'Évangile (vatican.va).
65Coutume médiévale des feux de la Saint-Jean, répandue dans toute l'Europe catholique : feux bénits allumés le soir du 23 juin, tisons rapportés dans les maisons. Le sens chrétien constant est la lumière du Précurseur qui annonce le Christ.
68Jean 5, 35 (AELF) : « Jean était la lampe qui brûle et qui luit. » Parole du Christ sur le Baptiste.
69Le 24 juin 1834, le journaliste et patriote Ludger Duvernay organise à Montréal le banquet de la Saint-Jean-Baptiste qui fait du Précurseur le symbole national des Canadiens français.
71En 1908, saint Pie X proclame saint Jean-Baptiste patron des Canadiens français.
72Le 24 juin devient jour férié au Québec en 1925, puis Fête nationale du Québec en 1977 : défilés, feux, chansons et drapeaux fleurdelisés.
73Florence, dont saint Jean-Baptiste est le patron, célèbre chaque 24 juin la Festa di San Giovanni, jour férié local : cortège historique jusqu'au baptistère, finale du calcio storico fiorentino sur la place Sainte-Croix, puis les fochi di San Giovanni, le grand feu d'artifice du soir au-dessus de l'Arno.
74L'Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte célèbre chaque 24 juin la fête de son patron, saint Jean-Baptiste : « All over the world, the Order of Malta celebrates the day of their patron saint, John the Baptist » (site officiel de l'Ordre, 24 juin 2016).
75Florence (baptistère Saint-Jean, cœur religieux de la cité), l'ordre souverain de Malte (né comme ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem), l'archibasilique du Latran (dédiée au Très-Saint-Sauveur et aux deux saints Jean) : voir l'article Saint Jean-Baptiste pour le détail des dédicaces.
76Le millepertuis, dit « herbe de la Saint-Jean », la sauge et l'armoise, cueillis traditionnellement le 24 juin pour leurs vertus médicinales, au plus long des jours.
77Domenico Ghirlandaio, Naissance de saint Jean-Baptiste (1486-1490), fresque de la chapelle Tornabuoni, Sainte-Marie-Nouvelle, Florence : Élisabeth alitée, les voisines, l'enfant présenté — le type même de la Nativité du Baptiste dans l'art.
78La tradition, remontant aux croisés, fixe la « ville de Juda » de la Visitation (Luc 1, 39) à Ein Karem, village des collines à l'ouest de Jérusalem : l'église Saint-Jean-Baptiste y marque le lieu présumé de la naissance, sous la garde des franciscains.
79Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah. A Commentary on the Infancy Narratives in the Gospels of Matthew and Luke, New York, Doubleday, 1977 (rééd. 1993) : le commentaire critique de référence, qui propose une lecture prudente — voire minimale — de l'historicité des récits de l'enfance. Position exposée puis discutée dans la dernière partie du présent article.
80Depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte (à partir de 1947), certains exégètes rapprochent Jean du désert des esséniens de Qumrân (bains rituels, vie au désert de Judée). Aucun manuscrit ne nomme Jean, et Luc 1, 80 ne dit que le désert : l'hypothèse reste une extrapolation.
81Le groupe d'Abia (1 Ch 24, 10), le tirage au sort de l'encens, la circoncision au huitième jour : autant de notations sacerdotales exactes, supposant une connaissance du Temple antérieure à sa destruction en 70.
82Flavius Josèphe, Antiquités juives, XVIII, 5, 2 (§ 116-119) : Jean, surnommé le Baptiste, homme de bien qui baptisait les Juifs, exécuté sur l'ordre d'Hérode Antipas à Machéronte. Témoignage juif non chrétien du Iᵉʳ siècle.
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