Noël (25 décembre)

Solennité de la Nativité du Seigneur, fête d'obligation attestée à Rome dès 336 (Chronographe de 354), célébrée par trois messes distinctes (nuit, aurore, jour) et prolongée par une octave jusqu'au 1er janvier. Institution, liturgie romaine et tradition de la crèche de Greccio (1223).

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Noël, du latin natalis (« relatif à la naissance »), est la solennité de la Nativité du Seigneur, par laquelle l'Église catholique célèbre chaque année, le 25 décembre, la naissance du Christ à Bethléem. C'est, avec Pâques, l'une des deux grandes charnières de l'année liturgique : Pâques célèbre la Résurrection qui inaugure le salut, Noël célèbre l'Incarnation qui le rend possible — Dieu se faisant homme pour habiter parmi les hommes[1]. Fête d'obligation dans toute l'Église latine[2], Noël ouvre un temps liturgique propre qui se prolonge jusqu'à la fête du Baptême du Seigneur, et dont le sommet immédiat est l'octave close le 1ᵉʳ janvier par la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu.

La date du 25 décembre n'est attestée avec certitude qu'à partir du IVᵉ siècle à Rome, avant de gagner lentement l'Orient chrétien à la fin de ce même siècle — un cheminement historique précis, que cet article retrace dans ses grandes lignes sans reprendre par le détail le débat savant sur l'origine exacte de cette date, traité pour lui-même dans l'article Pourquoi Noël est-il célébré le 25 décembre ?. L'essentiel, pour comprendre Noël comme fête du calendrier, est ailleurs : dans la richesse propre de sa liturgie — trois messes, une proclamation solennelle, une octave —, dans les récits évangéliques qui la fondent, et dans les traditions qui en sont nées, au premier rang desquelles la crèche de saint François d'Assise.

Contrairement à une idée reçue entretenue par une partie de la culture populaire, l'Église ne prétend jamais que le 25 décembre soit la date astronomiquement certaine de la naissance historique de Jésus — les Évangiles eux-mêmes ne la précisent pas[3]. Ce que Noël célèbre avec certitude, en revanche, c'est un fait : « le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous » (Jean 1, 14)[4]. La date est un cadre liturgique théologiquement signifiant, fixé par l'histoire de la prière de l'Église ; le mystère qu'elle célèbre est, lui, un dogme de foi.

Une solennité au cœur du cycle temporal

Étymologie et vocabulaire

Le mot français Noël provient de l'ancien français Noel / Naël, issu du latin populaire natalis (dies) domini : « le jour de la naissance du Seigneur »[5]. En ancien français, Noël ! fut aussi un cri de joie populaire, que l'anglais connaît sous la forme Nowell. En anglais, Christmas vient du vieil anglais Crīstesmæsse, « la messe du Christ »[6]. En latin liturgique, la fête est désignée Nativitas Domini ou In Nativitate Domini dans les livres liturgiques, titre encore utilisé aujourd'hui dans le Missel romain.

Rang liturgique : une solennité, pas une simple fête

Dans la hiérarchie des célébrations de l'Église latine (solennités, fêtes, mémoires obligatoires, mémoires facultatives), fixée par les Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), Noël occupe le rang le plus élevé : celui de solennité[7]. Ce rang n'est pas honorifique : il détermine concrètement la richesse de la liturgie (messe propre à trois formulaires, préface propre, Gloria et Credo chantés, octave) et la préséance de la fête sur tout autre événement du calendrier qui tomberait le même jour. Seules Pâques et quelques autres solennités du Seigneur (Épiphanie, Ascension, Pentecôte) partagent avec Noël ce statut de sommet de l'année liturgique. L'obligation d'assister à la messe, elle, ne découle pas de ce rang : elle vient du canon 1246 du Code de droit canonique[8].

Noël dans l'année liturgique : entre Avent et Épiphanie

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Noël ne se comprend pas isolément : il est le point d'arrivée du temps de l'Avent, ces quatre semaines d'attente qui préparent les cœurs à la venue du Sauveur, et le point de départ du temps de Noël, qui se prolonge traditionnellement jusqu'à la fête du Baptême du Seigneur. La place détaillée de Noël dans l'architecture globale de l'année liturgique — ses deux grands cycles temporal et sanctoral, sa hiérarchie des couleurs et des degrés — est développée pour elle-même dans l'article L'année liturgique ; cet article-ci se concentre sur la solennité de Noël en particulier.

À l'intérieur du temps de Noël, deux dates structurent l'ensemble : le 1ᵉʳ janvier, solennité de Sainte Marie Mère de Dieu, qui clôt l'octave de la Nativité le huitième jour, et le 6 janvier, fête de l'Épiphanie, qui célèbre la manifestation du Christ aux nations à travers l'adoration des mages — un épisode narré par saint Matthieu et qui ne sera pas développé dans le détail ici, puisqu'il fait l'objet de son propre article.

Une fête d'obligation

Le droit canonique classe Noël parmi les jours où les fidèles catholiques sont tenus d'assister à la messe. Le canon 1246 § 1 du Code de droit canonique de 1983 dispose :

« Le dimanche où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal doit être observé dans l'Église tout entière comme le principal jour de fête de précepte. Et de même doivent être observés les jours de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ, de l'Épiphanie, de l'Ascension et du très Saint Corps et Sang du Christ, [...] » — Code de droit canonique (1983), canon 1246 § 1[9]

Cette liste reprend celle du canon 1247 du Code de 1917, qui portait déjà les dix mêmes fêtes ; la grande réduction du nombre des fêtes de précepte date de saint Pie X, en 1911 (de 36 à 8 fêtes)[10]. En France, quatre fêtes restent d'obligation : Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint. Cette situation remonte à l'indult du cardinal Caprara, légat pontifical, du 9 avril 1802, qui reporta au dimanche l'Épiphanie, la Fête-Dieu et la fête des saints Pierre et Paul[11]. Noël reste ainsi, dans cette liste comme dans la liste universelle, l'une des solennités que tout catholique est tenu de célébrer par la participation à l'Eucharistie.

Les récits évangéliques de la Nativité

La liturgie de Noël n'est pas une pure construction ecclésiale : elle proclame et actualise deux récits évangéliques précis, celui de saint Luc et celui de saint Matthieu, qui se complètent sans se contredire et qui fondent, l'un et l'autre, les lectures assignées aux trois messes du jour.

Le récit de saint Luc : le recensement et la crèche

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C'est l'évangile de Luc qui donne le récit le plus circonstancié de la nuit de Bethléem : à l'occasion d'un édit de recensement de César Auguste, Joseph monte de Nazareth à Bethléem avec Marie, son épouse, qui est enceinte ; le jour de l'enfantement arrive pendant qu'ils sont là, et Marie « l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle » (Luc 2, 7)[12].

Le récit se poursuit avec l'annonce faite aux bergers par un ange, puis par la multitude de l'armée céleste chantant « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime » (Luc 2, 14)[13] — verset qui deviendra le Gloria de la messe romaine. Luc mentionne explicitement le recensement ordonné sous le gouvernement de Quirinius en Syrie (Luc 2, 2), détail chronologique qui a suscité, depuis le XIXᵉ siècle, une objection critique répétée : les données connues sur le gouvernorat de Quirinius (légat de Syrie autour de 6-7 après J.-C.) semblent difficiles à concilier avec la naissance de Jésus sous le règne d'Hérode le Grand, mort en 4 avant notre ère.

Plusieurs solutions harmonisantes sérieuses ont été proposées et méritent d'être prises au sérieux plutôt que rejetées d'emblée comme un artifice apologétique. L'archéologue William M. Ramsay a mis en avant une inscription latine fragmentaire, le Lapis Tiburtinus, qui pourrait attester un premier commandement de Quirinius en Syrie antérieur à celui de 6 après J.-C., ce qui rendrait le texte de Luc exact tel quel[14]. D'autres exégètes ont proposé de traduire le grec de Luc 2, 2 (hautē apographē prōtē egeneto hēgemoneuontos tēs Syrias Kyrēniou) non par « Ce recensement fut le premier, [...] pendant que Quirinius était gouverneur », mais par « Ce recensement eut lieu avant que Quirinius ne soit gouverneur », lecture grammaticalement défendable du comparatif prōtē[15]. Enfin, Tertullien, écrivant vers 207-208, atteste indépendamment un recensement de la Judée sous Sentius Saturninus, gouverneur de Syrie de 9 à 6 avant J.-C. — soit sous le règne effectif d'Hérode —, ce qui confirme au minimum l'existence de recensements romains réguliers dans la région à l'époque supposée de la naissance du Christ[16]. Aucune de ces solutions n'emporte une preuve archéologique définitive, mais leur convergence suffit à montrer que l'objection n'est pas le point final du débat qu'une partie de la vulgarisation sceptique en fait trop vite.

Le récit de saint Matthieu : les mages et l'étoile

L'évangile de Matthieu complète le récit lucanien par un second tableau : Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, des mages venus d'Orient arrivent à Jérusalem et demandent où est le roi des Juifs qui vient de naître : « Nous avons vu, en effet, son astre à son lever » (Matthieu 2, 2)[17].

L'arrivée des mages guidés par une étoile pour adorer l'enfant et lui offrir l'or, l'encens et la myrrhe (Matthieu 2, 1-12), puis la fuite en Égypte devant la persécution d'Hérode (Matthieu 2, 13-15), complètent le tableau lucanien. Cet épisode, riche en questions historiques (identité des mages, nature de l'étoile, chronologie du massacre des Innocents), est développé pour lui-même dans l'article consacré à l'Épiphanie, fête liturgique distincte qui commémore spécifiquement la manifestation du Christ aux nations à travers l'adoration des mages ; il n'est mentionné ici que dans la mesure où il fait, comme le récit de Luc, partie du fondement scripturaire du mystère de Noël.

Historicité des récits de l'enfance face à la critique moderne

Nativité, icône russe anonyme du XVe siècle, galerie Tretiakov. Reproduction Michel Bakni, Wikimedia Commons, domaine public.

Une partie de l'exégèse contemporaine, à la suite de Rudolf Bultmann, a proposé de lire les récits de l'enfance de Luc et Matthieu comme des compositions théologiques tardives, largement légendaires, construites après coup pour illustrer des thèmes bibliques (nouvel Exode, nouveau Moïse, accomplissement des prophéties) plutôt que comme des relations d'événements réels[18]. Cette lecture mérite d'être prise au sérieux dans ses arguments, mais elle ne saurait avoir le dernier mot. Elle repose largement sur un présupposé méthodologique — l'improbabilité a priori du miraculeux et du providentiel — plus que sur une preuve positive d'invention littéraire ; elle sous-estime aussi la cohérence des deux récits, indépendants l'un de l'autre dans leur rédaction, sur les points essentiels (naissance à Bethléem, sous Hérode, de Marie vierge, à Nazareth ensuite) ; et elle a tendance à traiter tout détail circonstancié (le recensement, le gouverneur, la mangeoire) comme suspect par principe, alors même que ce luxe de détails vérifiables est précisément ce qui caractérise un récit ancré dans une mémoire historique plutôt qu'une pure fable édifiante. L'Église catholique, sans exiger de croire que chaque détail narratif soit rapporté avec une précision de procès-verbal moderne, tient fermement la réalité historique de la naissance virginale de Jésus à Bethléem de Judée, sous le règne d'Hérode : Le Credo confesse la naissance virginale (« né de la Vierge Marie ») et ancre la vie du Christ dans une histoire datée (« sous Ponce Pilate ») ; la naissance à Bethléem, rapportée par Matthieu et Luc, est reprise par les Pères dès le IIᵉ siècle (Justin)[19][20].

Pourquoi le 25 décembre ? Un repère historique essentiel

La date du 25 décembre n'est fixée avec certitude qu'à partir du IVᵉ siècle. Le document le plus ancien qui l'atteste comme fête liturgique est le Chronographe de 354, almanach romain richement enluminé, dont la section Depositio Martyrum — liste des anniversaires liturgiques de l'Église de Rome — porte, à sa toute première ligne :

« VIII des calendes de janvier : naissance du Christ à Bethléem de Judée. » — Chronographe de 354, Depositio Martyrum[21]

Décembre dans le Chronographe de 354, copie du XVIIe siècle (Barb. lat. 2154). Cette illustration ne reproduit pas la Depositio Martyrum. Wikimedia Commons, domaine public.

« VIII des calendes de janvier » correspond, dans le comput romain, au 25 décembre. Les historiens s'accordent à faire remonter cet usage romain à l'année 336, à laquelle la liste de base du document renvoie[22]. Plus tôt encore, au début du IIIᵉ siècle, le Commentaire sur Daniel attribué à Hippolyte de Rome (vers 204) contient, selon certains manuscrits, une mention qui situe elle aussi la naissance du Christ au 25 décembre — passage dont l'authenticité et la datation restent activement discutées par la critique textuelle contemporaine[23].

Deux grandes explications savantes s'affrontent depuis plus d'un siècle pour rendre compte du choix de cette date : l'hypothèse d'un emprunt à une fête du Soleil invaincu au 25 décembre, souvent attribuée à l'empereur Aurélien (274) mais attestée seulement à partir du milieu du IVᵉ siècle (les jeux du Soleil institués par Aurélien se tenant en octobre, selon S. Hijmans), et l'hypothèse d'un calcul théologique interne au christianisme primitif, reliant la date de la Passion (fixée traditionnellement au 25 mars) à celle de la conception, puis de la naissance du Christ neuf mois plus tard. Le passage d'Hippolyte (vers 204), s'il est authentique, est en tout cas antérieur à Aurélien[24]. Ce débat, ses sources précises (Tertullien, Julius Africanus, saint Augustin, le traité De solstitiis) et l'état actuel de la recherche sont exposés en détail, avec toutes leurs nuances, dans l'article dédié Pourquoi Noël est-il célébré le 25 décembre ? : le lecteur qui souhaite approfondir cette question précise y trouvera un traitement complet. Ce qui importe pour l'histoire de la fête elle-même, retracée ci-dessous, est que le 25 décembre s'impose d'abord à Rome, avant de gagner progressivement l'ensemble de la chrétienté.

L'expansion historique de la fête dans l'Église universelle

Rome et l'Occident latin, foyer de la fixation au 25 décembre

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C'est donc à Rome, dans le courant du IVᵉ siècle, que la fête de la Nativité au 25 décembre est la mieux attestée et, très probablement, où elle est née comme fête liturgique distincte. L'Occident latin — Afrique du Nord, Gaule, Espagne — adopte rapidement cet usage romain dans le sillage de l'autorité croissante du siège apostolique sur les Églises latines.

La lente adoption en Orient : le témoignage de saint Jean Chrysostome

En Orient, la tradition la plus ancienne associait la naissance et la manifestation du Christ (Théophanie) dans une seule et même fête, célébrée le 6 janvier. La séparation entre une fête de la Nativité au 25 décembre et une fête de l'Épiphanie au 6 janvier n'y apparaît que vers la fin du IVᵉ siècle. Le témoignage le plus explicite en est une homélie de saint Jean Chrysostome, prêchée à Antioche le 25 décembre 386 :

« Il n'y a pas encore dix ans que ce jour est clairement connu parmi nous, alors qu'il est connu depuis longtemps des habitants de l'Occident. » — Saint Jean Chrysostome, In diem natalem Domini nostri Jesu Christi, Antioche, 386 (Patrologia Graeca 49, 351)[25]

Chrysostome explique à ses auditeurs que cette fête du 25 décembre, connue « depuis longtemps » en Occident, n'est clairement connue à Antioche que depuis moins de dix ans, et il en défend l'authenticité en s'appuyant sur l'autorité de l'usage romain[26]. Le sens de la diffusion est donc clairement établi : de Rome vers l'Orient, et non l'inverse. L'usage romain est attesté dès 336 et Antioche l'adopte vers 376-377, soit une quarantaine d'années plus tard ; Constantinople (Grégoire de Nazianze, 25 décembre 380) et la Cappadoce (fête attestée en 380 par Grégoire de Nysse) sont contemporaines d'Antioche. Seules l'Égypte (entre 427 et 433) et Jérusalem (plus tard encore) relèvent du Vᵉ siècle ou au-delà.

L'exception arménienne : une Théophanie restée au 6 janvier

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Une seule grande tradition chrétienne orientale n'a jamais adopté la séparation entre Nativité (25 décembre) et Épiphanie (6 janvier) : l'Église apostolique arménienne. Il faut bien dater les deux faits : la séparation s'était déjà répandue en Orient dès la fin du IVᵉ siècle, comme l'atteste l'homélie de Chrysostome à Antioche en 386 citée plus haut ; l'isolement arménien, lui, est l'affaire du Vᵉ siècle. En guerre contre les Perses sassanides — défaite d'Avarayr le 26 mai 451, sous Vardan Mamikonian —, l'Arménie ne put être représentée au concile de Chalcédoine, ouvert en octobre 451, et sa réception propre des débats christologiques du siècle la tint durablement à l'écart de l'évolution disciplinaire des autres Églises[27]. Elle continue donc de célébrer le 6 janvier une unique fête de la Théophanie, qui réunit la naissance du Christ, sa manifestation aux mages, et son baptême dans le Jourdain — trois mystères que le rite latin et les autres Églises orientales répartissent sur plusieurs jours distincts[28].

Le décalage du calendrier julien : le « Noël orthodoxe » du 7 janvier

Un second facteur, purement calendaire et non doctrinal, explique pourquoi une partie importante du monde orthodoxe fête Noël non pas le 25 décembre du calendrier grégorien, mais le 7 janvier. Certaines Églises orthodoxes — russe, serbe, géorgienne, ou encore le patriarcat de Jérusalem et l'Église copte — ont conservé pour leur calendrier liturgique le calendrier julien, resté en usage civil jusqu'à la réforme grégorienne de 1582 et encore après pour un temps dans plusieurs pays orthodoxes. Le calendrier julien accumule, par rapport au calendrier grégorien, un décalage d'environ treize jours au XXIᵉ siècle : le 25 décembre julien correspond ainsi au 7 janvier du calendrier grégorien couramment utilisé en Occident. Il ne s'agit donc pas d'une date théologiquement différente, mais du même 25 décembre, compté dans un calendrier civil différent.

Tradition liturgiqueDate de la NativitéCalendrier utiliséParticularité
Rite latin (Église catholique)25 décembreGrégorienFête distincte de l'Épiphanie (6 janvier)
Églises orthodoxes de tradition julienne (Russie, Serbie, Géorgie, Jérusalem) et Église copte25 décembre julien = 7 janvier grégorienJulien (calendrier copte propre, de même structure, pour les Coptes)Même date liturgique, calendrier civil différent
Églises orthodoxes de tradition « nouveau calendrier » (Constantinople, Grèce, Roumanie, Bulgarie...)25 décembreGrégorien (« nouveau calendrier julien »)Fête distincte de l'Épiphanie, comme en Occident
Église apostolique arménienne6 janvierGrégorien (Arménie) / julien (diaspora de Jérusalem)Théophanie unique : Nativité, Épiphanie et Baptême réunis
  1. vers 204
    Hippolyte de Rome, Commentaire sur Daniel
    témoignage débattu

    Un passage, dont l'authenticité et la datation restent discutées, situerait déjà la naissance du Christ au 25 décembre.

  2. 336
    Usage romain le plus ancien
    donnée reprise par le Chronographe de 354

    La liste de base de la Depositio Martyrum atteste l'usage romain d'une fête de la Nativité au 25 décembre.

  3. 354
    Chronographe de 354 (Calendrier de Filocalus)
    première attestation écrite conservée

    « VIII Kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae » — plus ancienne mention écrite parvenue jusqu'à nous.

  4. 386
    Homélie de saint Jean Chrysostome à Antioche
    diffusion en Orient

    Chrysostome atteste l'introduction récente (moins de dix ans) du 25 décembre à Antioche, en provenance de Rome.

  5. 451
    Avarayr et Chalcédoine
    l'isolement de l'Arménie

    Défaite d'Avarayr (26 mai 451) face aux Perses sassanides : l'Église arménienne, absente du concile de Chalcédoine, conserve l'antique Théophanie unique du 6 janvier — alors que la séparation Nativité/Épiphanie s'était répandue en Orient dès la fin du IVᵉ siècle.

  6. 642-649
    Pontificat de saint Théodore Ier
    translation de la relique de la crèche

    La relique de la mangeoire de Bethléem est transférée à Rome et déposée à Sainte-Marie-Majeure, devenue Sancta Maria ad Praesepe.

  7. 1223
    Noël de Greccio
    saint François d'Assise

    Première crèche vivante de l'histoire, dans une grotte des montagnes de Greccio (Latium).

  8. 1582
    Réforme du calendrier grégorien
    Grégoire XIII

    La réforme calendaire crée, à terme, l'écart de treize jours entre les traditions restées au calendrier julien et le monde occidental.

La liturgie romaine de Noël

Au-delà de sa date, ce qui fait la singularité de Noël dans le calendrier liturgique romain est la richesse propre de sa célébration : une fête à trois messes distinctes, une proclamation solennelle propre, et une octave pleine.

Les trois messes : nuit, aurore et jour

Dès la fin du VIᵉ siècle, l'usage romain distingue trois messes pour le jour de Noël, chacune avec ses propres textes, son évangile propre, et, à l'origine, son lieu de célébration (« station ») dans Rome[29]. La messe du jour, la plus ancienne, resta célébrée à Saint-Pierre jusque vers 1143. La messe de la nuit fut accueillie à Sainte-Marie-Majeure, à l'oratoire de la Crèche, après que le pape saint Sixte III eut fait reconstruire la basilique vers 435-440, dans l'élan marial du concile d'Éphèse (431)[30]. La messe de l'aurore, célébrée à l'aube en l'honneur de sainte Anastasie, martyre chère à la colonie byzantine de Rome, fut ajoutée en troisième au VIᵉ siècle ; elle s'intercale entre la messe de minuit et la messe du jour[31]. Les trois messes sont attestées dès la fin du VIᵉ siècle par saint Grégoire le Grand (Homélie 8 sur les évangiles : « missarum solemnia ter hodie celebraturi sumus »).

MesseAncien nomÉglise stationnale historiqueThème de l'évangile propre
De la nuit (minuit)Messe des AngesSainte-Marie-MajeureLuc 2, 1-14 : le recensement, la naissance, l'annonce aux bergers
De l'auroreMesse des BergersSainte-AnastasieLuc 2, 15-20 : la visite des bergers à la crèche
Du jourMesse du Verbe divinSaint-Pierre puis Sainte-Marie-MajeureJean 1, 1-18 : le Prologue, « le Verbe s'est fait chair »
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Ce triptyque liturgique n'est pas un doublon redondant : il fait progresser le mystère par degrés — la naissance dans la nuit du monde, sa manifestation aux premiers témoins à l'aurore, sa proclamation théologique en plein jour dans le grand Prologue johannique[32]. Un catholique n'est tenu par le précepte dominical qu'à une seule participation à la messe de Noël ; mais la tradition d'assister successivement à plusieurs de ces messes, en particulier la messe de minuit, reste une pratique de piété largement répandue.

La proclamation de la Nativité (le « Kalenda »)

La veille de Noël, ou juste avant la messe de minuit, le Martyrologe romain prévoit un texte solennel appelé traditionnellement Kalenda ou Proclamation de la Nativité, qui inscrit la naissance du Christ dans l'ensemble de l'histoire du salut, depuis la création du monde jusqu'au règne d'Auguste :

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« Des siècles sans nombre après la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre et forma l'homme à son image ; des siècles et des siècles après le déluge [...] ; le vingt-et-unième siècle depuis qu'Abraham, notre père dans la foi, quitta Our des Chaldéens ; le treizième siècle depuis la sortie d'Égypte du peuple d'Israël sous la conduite de Moïse ; environ la millième année depuis le sacre du roi David ; la soixante-cinquième semaine selon la prophétie de Daniel ; la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade ; la sept cent cinquante-deuxième année de la fondation de Rome ; la quarante-deuxième année de l'empire de César Octavien Auguste ; tout l'univers étant en paix, Jésus Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant sanctifier le monde par son miséricordieux avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis sa conception, naît à Bethléem de Judée, fait homme, de la Vierge Marie. C'est la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ selon la chair. » — Proclamation de la Nativité, Martyrologe romain[33]

Ce texte, chanté dans une tonalité particulière propre à cette seule proclamation de l'année, situe volontairement l'événement de Bethléem à l'intersection de la chronologie biblique (création, déluge, Abraham, l'Exode, David), de la chronologie profane grecque (les Olympiades) et de la chronologie romaine (fondation de Rome, règne d'Auguste) : Noël n'est pas un mythe hors du temps, mais un événement daté au croisement de plusieurs mémoires historiques, juive, grecque et romaine — lecture conforme à l'interprétation traditionnelle reçue de la chronologie biblique : tenue, tenable et défendable, elle situe la naissance du Christ au terme d'une histoire réelle dont l'Église confesse les jalons (création, déluge, Abraham, Exode, David), sans ériger chaque chiffre de ce comput solennel en définition magistérielle — voir l'article Le monde a-t-il seulement 6 000 ans ?.

La vigile et l'octave de Noël

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Le 24 décembre, jour de la vigile de Noël, possède sa propre messe et son propre formulaire, distinct des trois messes du 25. La solennité elle-même s'accompagne d'une octave : les huit jours qui s'ouvrent le 25 décembre sont célébrés comme un prolongement de la même fête, avec une place particulière pour la fête de la Sainte Famille (dimanche dans l'octave) et, le 1ᵉʳ janvier, pour la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu, qui clôt l'octave sur l'affirmation de la maternité divine de Marie — dogme défini au concile d'Éphèse en 431[34]. L'ensemble du temps de Noël, entamé le 25 décembre, se prolonge ensuite jusqu'à la fête du Baptême du Seigneur.

Les grandes homélies patristiques de Noël

La liturgie romaine des matines de Noël conserve, dans l'ancien bréviaire, des extraits d'homélies patristiques prononcées pour cette fête, qui témoignent de l'ancienneté et de la profondeur de la réflexion théologique sur l'Incarnation. Saint Léon le Grand, pape de 440 à 461, conclut ainsi l'un de ses sermons pour la Nativité par une exhortation restée célèbre :

« Reconnais, ô chrétien, ta dignité ; et, devenu participant de la nature divine, ne va pas retourner, par une conduite dégénérée, à ta bassesse d'autrefois. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es le membre. » — Saint Léon le Grand, Sermon 21, In Nativitate Domini I[35]

Ce texte, encore lu aujourd'hui à l'office des lectures du jour de Noël dans la Liturgie des Heures, résume l'enjeu spirituel de la fête : l'Incarnation du Fils de Dieu n'est pas un simple événement du passé à commémorer, mais un mystère qui élève la nature humaine elle-même, en la rendant, par grâce, participante de la nature divine.

Signification théologique : le mystère de l'Incarnation

La théologie de Noël se résume dans le Catéchisme de l'Église catholique par la mise en lumière du paradoxe de l'humilité divine :

« Jésus est né dans l'humilité d'une étable, dans une famille pauvre ; de simples bergers sont les premiers témoins de l'événement. C'est dans cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 525[36]

« Le mystère de Noël s'accomplit en nous lorsque le Christ « prend forme » en nous (Ga 4, 19). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 526[37]

Le développement doctrinal complet du mystère de l'Incarnation — pourquoi Dieu s'est fait homme, en quoi consiste précisément l'union des deux natures dans la personne du Verbe, comment ce dogme a été défini et défendu face aux hérésies christologiques anciennes — est traité pour lui-même dans l'article Comment expliquer l'Incarnation simplement ? ; Noël en est la célébration liturgique annuelle, non le lieu de son exposé théologique complet.

La crèche, mémoire vivante et populaire de Noël

Si la liturgie propre de Noël reste, pour l'essentiel, l'affaire du clergé et des livres liturgiques, une tradition dévotionnelle est venue, dès le XIIIᵉ siècle, donner à la fête un visage populaire durable : la crèche.

Saint François d'Assise à Greccio (1223)

À Noël 1223, saint François d'Assise organise, dans une grotte des montagnes de Greccio, dans le Latium, ce qui est considéré comme la première crèche vivante de l'histoire chrétienne. Son biographe le plus ancien, le frère Thomas de Celano, rapporte que François voulait :

« Je voudrais représenter l'Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s'est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu'il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l'âne. » — Thomas de Celano, Vita Prima Sancti Francisci (1228-1229), récit de la Noël de Greccio (Vita prima 84)[38]

La crèche de Greccio, fresque attribuée à Giotto, basilique supérieure d’Assise. Wikimedia Commons, domaine public.

À la différence des crèches ultérieures, celle de Greccio ne comportait ni statue de l'Enfant Jésus, ni figures de Marie et de Joseph : seuls une mangeoire garnie de paille, un bœuf et un âne bien réels composaient la scène, autour d'un autel portatif où fut célébrée la messe de minuit. Thomas de Celano rapporte que François, diacre, y chanta l'évangile et prêcha avec une émotion telle que l'un des assistants, un homme vertueux, vit dans la mangeoire un petit enfant comme sans vie, que le saint réveilla[39]. Selon saint Bonaventure, François avait sollicité et obtenu du Souverain Pontife (Honorius III) la permission d'organiser la célébration[40]. En 2023, à l'occasion du huit centième anniversaire de cet événement, le pape François lui a consacré l'intégralité de sa catéchèse du mercredi du 20 décembre, y voyant une « école de sobriété et de joie »[41].

La relique de la mangeoire à Sainte-Marie-Majeure

Rome conserve, indépendamment de la crèche de Greccio, une tradition plus ancienne : celle d'une relique matérielle de la mangeoire de Bethléem. Sous le pontificat de saint Théodore Ier (642-649), alors que l'avancée des conquêtes arabo-musulmanes menaçait la Terre Sainte, des fragments de bois — traditionnellement identifiés comme des planches de la mangeoire de Bethléem — auraient été transférés à Rome et déposés dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, qui reçut dès lors le vocable de Sancta Maria ad Praesepe (« Sainte Marie à la Crèche »)[42]. Cette relique, conservée dans la confession de la basilique sous l'autel papal, se présente aujourd'hui sous la forme de fragments de bois attribués par la tradition au berceau du Christ[43]. La présence de cette relique confirma Sainte-Marie-Majeure comme lieu de la messe de la nuit de Noël, célébrée à l'oratoire de la Crèche ; la messe du jour resta à Saint-Pierre jusque vers 1143, avant d'être elle aussi transférée à Sainte-Marie-Majeure au XIIᵉ siècle.

De Greccio aux crèches familiales

Infographie originale Ignispedia créée par IA

L'usage de Greccio se diffuse d'abord dans les milieux franciscains, avant de se répandre dans toute l'Europe catholique à partir du XVᵉ-XVIᵉ siècle, sous des formes progressivement enrichies : figurines sculptées à Naples (le presepe napoletano, foisonnant de personnages du quotidien napolitain autour de la scène biblique), santons d'argile en Provence à partir de la Révolution française — quand les églises fermées poussèrent les fidèles à installer la crèche au foyer —, ou crèches monumentales dans les grandes basiliques romaines à Noël[44]. Cette diversité de formes témoigne d'une même intuition : rendre visible et proche, dans la maison ou sur la place publique, ce que la liturgie proclame dans le sanctuaire.

Le sapin de Noël, une tradition distincte

Il convient de ne pas confondre la crèche, tradition catholique d'origine franciscaine directement liée à la liturgie et à l'Écriture, avec l'arbre de Noël, dont l'histoire est différente. La première trace écrite souvent citée remonte aux livres de comptes de Sélestat, en Alsace, en 1521 — des arbres à l'occasion de Noël, sans description d'ornement[45] ; la première description conservée d'un arbre décoré date de 1605, à Strasbourg, et l'interprétation de ces jalons reste discutée entre historiens. L'usage s'est développé dans une région devenue un foyer de la Réforme protestante ; on y a vu, à titre d'hypothèse, l'effet d'une réticence des milieux réformés envers la représentation figurée de la Nativité, qui aurait favorisé un symbole non figuratif de la fête[46]. L'arbre de Noël n'est donc pas, à l'origine, une tradition liturgique catholique au même titre que la crèche : sa diffusion universelle, y compris dans les foyers catholiques, est un phénomène plus tardif et largement culturel, qui coexiste aujourd'hui avec la crèche sans se substituer à sa signification théologique propre.

Noël aujourd'hui dans la vie de l'Église

La messe de minuit et les grandes célébrations romaines

Crèche de la basilique Saint-Pierre, 26 janvier 2015. Dguendel, Wikimedia Commons, CC BY 3.0, photographie non modifiée.

La messe de minuit demeure, dans la piété catholique contemporaine, le moment le plus fréquenté de l'année liturgique après les grandes fêtes pascales : dans de nombreux diocèses, des fidèles qui ne pratiquent pas régulièrement tout au long de l'année s'y rendent spécifiquement, signe de la place symbolique unique que garde Noël jusque dans une société largement sécularisée. À Rome, la messe de la nuit de Noël présidée par le pape à la basilique Saint-Pierre demeure l'une des célébrations les plus suivies de l'année liturgique universelle, retransmise dans le monde entier.

Sécularisation et redécouverte spirituelle

Noël est, dans le monde contemporain, la fête chrétienne la plus universellement reconnue socialement — et, paradoxalement, l'une de celles dont le contenu proprement religieux est le plus exposé à la dilution commerciale et culturelle. Cette tension n'est pas nouvelle : elle existait déjà, sous d'autres formes, dans l'Antiquité tardive, lorsque saint Léon le Grand devait reprendre des fidèles romains qui, avant d'entrer à Saint-Pierre, se retournaient par habitude pour saluer le soleil levant[47]. La réponse de l'Église, alors comme aujourd'hui, n'a jamais été de renoncer à la date ni à la fête, mais de rappeler sans cesse, par la liturgie elle-même — les trois messes, la proclamation solennelle, les grandes lectures patristiques —, que ce qui est célébré n'est pas le retour de la lumière naturelle, mais la venue, dans la chair, de Celui par qui « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » (Jean 1, 3)[48].

Pour aller plus loin

Sources principales

  • Bible de Jérusalem, Évangiles selon saint Luc, saint Matthieu et saint Jean (les récits de Luc 2 et Matthieu 2 sont paraphrasés, les extraits cités suivent cette traduction).
  • Chronographe de 354 (Calendrier de Filocalus), éd. Theodor Mommsen, Chronica Minora saec. IV. V. VI. VII., vol. I, MGH Auctores Antiquissimi IX, Berlin, 1892, p. 71-72.
  • Saint Jean Chrysostome, In diem natalem Domini nostri Jesu Christi (homélie du 25 décembre 386), Patrologia Graeca 49, col. 351-362.
  • Code de droit canonique (1983), canon 1246 ; Code de droit canonique (1917), canon 1247.
  • Thomas de Celano, Vita Prima Sancti Francisci (1228-1229), trad. franç. in Saint François d'Assise, Écrits, Vies, Témoignages, dir. J. Dalarun, Éditions franciscaines / Cerf, 2010.
  • Saint Léon le Grand, Sermones, éd. R. Dolle, Sources chrétiennes 22, 49, 74, 200, Cerf, 1947-1973.
  • Catéchisme de l'Église catholique, §§ 522-526, 1171.
  • Martyrologe romain, Proclamation de la Nativité (« Kalenda »).
  • Vatican.va, catéchèse du pape François, audience générale du 20 décembre 2023.

Notes et références

  1. Évangile selon saint Jean 1, 14, Bible de Jérusalem : « Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »

    1 4
  2. Code de droit canonique (1983), canon 1246 § 1 : « Le dimanche où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal doit être observé dans l'Église tout entière comme le principal jour de fête de précepte. Et de même doivent être observés les jours de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ, de l'Épiphanie, de l'Ascension et du très Saint Corps et Sang du Christ, [...] » (texte officiel). L'obligation d'assister à la messe vient de ce canon, non du rang liturgique de la fête : des solennités comme l'Annonciation, la Nativité de saint Jean-Baptiste ou le Sacré-Cœur restent sans précepte.

    2 8 9
  3. Ni saint Luc (2, 1-20) ni saint Matthieu (2, 1-12) ne précisent le jour du calendrier auquel a eu lieu la naissance de Jésus ; seule l'année approximative peut être déduite indirectement du contexte (règne d'Hérode le Grand, mort vers 4 avant l'ère chrétienne actuelle).

    3
  4. Le français Noël dérive de l'ancien français Naël / Noel, lui-même issu du latin populaire natalis (dies), « jour de naissance », employé dès l'Antiquité tardive pour désigner l'anniversaire d'un saint ou d'un événement liturgique. Voir A. Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, article « Noël ».

    5
  5. L'anglais Christmas provient du vieil anglais Crīstesmæsse, « la messe du Christ », attesté dès le XIᵉ siècle dans les textes anglo-saxons.

    6
  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 1171 : l'année liturgique déploie l'unique mystère pascal, notamment dans le cycle de l'Incarnation. La hiérarchie des degrés de célébration (solennités, fêtes, mémoires) est fixée par les Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), nn. 10-14, et le Tableau des jours liturgiques, n. 59 : Noël (Nativité) y figure au rang 2 avec l'Épiphanie, l'Ascension et la Pentecôte, la Sainte Trinité relevant du rang 3.

    7
  7. Code de droit canonique (1917), canon 1247 : il portait déjà les dix mêmes fêtes que la liste de 1983 (la Circoncision du 1er janvier étant devenue Sainte Marie Mère de Dieu). La grande réduction du nombre des fêtes de précepte date de saint Pie X, en 1911 (de 36 à 8 fêtes).

    10
  8. Indult du cardinal Caprara, légat pontifical, du 9 avril 1802 : en France, l'Épiphanie, la Fête-Dieu et la fête des saints Pierre et Paul sont reportées au dimanche, laissant quatre fêtes d'obligation (Noël, Ascension, Assomption, Toussaint). Le chômage civil relève de la loi de l'État, non des évêques.

    11
  9. Évangile selon saint Luc 2, 1-7. Le récit est paraphrasé ; le passage cité (v. 7) suit la Bible de Jérusalem : « l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle ».

    12
  10. Évangile selon saint Luc 2, 14 : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. » — texte repris dans le Gloria de la messe romaine.

    13
  11. William M. Ramsay, Was Christ Born at Bethlehem? A Study on the Credibility of St. Luke, Hodder & Stoughton, Londres, 1898, sur l'inscription connue sous le nom de Lapis Tiburtinus (CIL XIV 3613) et l'hypothèse d'un premier gouvernorat de Quirinius en Syrie antérieur à 6 après J.-C.

    14
  12. Sur la traduction alternative de Luc 2, 2 (« ce recensement eut lieu avant que Quirinius fût gouverneur de Syrie », lecture du comparatif prōtē), voir la discussion synthétisée notamment chez Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke I-IX, Anchor Bible 28, Doubleday, New York, 1981, p. 399-405, qui expose l'argument sans trancher définitivement le débat philologique.

    15
  13. Tertullien, Adversus Marcionem, IV, 19, où il mentionne un recensement de la Judée effectué sous le gouvernorat de Sentius Saturninus, légat de Syrie de 9 à 6 avant J.-C. — témoignage indépendant de Luc, situant un recensement romain dans la région à une date compatible avec le règne d'Hérode le Grand.

    16
  14. Évangile selon saint Matthieu 2, 1-12. Le récit est paraphrasé ; le passage cité (v. 2) suit la Bible de Jérusalem : « Nous avons vu, en effet, son astre à son lever ».

    17
  15. Voir la synthèse de la lecture bultmannienne des récits de l'enfance dans Rudolf Bultmann, Die Geschichte der synoptischen Tradition, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1921 (trad. franç. Histoire de la tradition synoptique, Seuil, 1973), qui classe les récits de l'enfance parmi les élaborations théologiques tardives de la tradition évangélique.

    18
  16. Saint Ignace d'Antioche (mort vers 107-110), Lettre aux Éphésiens, 18-19 : le texte atteste, à une date très haute, la virginité de Marie et son enfantement — comptés, avec la mort du Seigneur, parmi les mystères restés cachés au prince de ce monde —, sans nommer le lieu de la naissance. Le toponyme de Bethléem relève d'un autre témoignage (voir la note suivante).

    19
  17. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 78 (vers 155-160) : ne trouvant aucun logement au village, Joseph s'installe avec Marie dans une grotte voisine de Bethléem, où Marie met au monde le Christ et le couche dans une mangeoire — plus ancien témoignage patristique conservé situant explicitement la naissance à Bethléem.

    20
  18. Chronographe de 354 (Calendrier de Filocalus), Depositio Martyrum, texte latin : « VIII Kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae. » Édition : Theodor Mommsen, Chronica Minora saec. IV. V. VI. VII., vol. I, MGH Auctores Antiquissimi IX, Berlin, 1892, p. 71-72.

    21
  19. Les historiens du calendrier (notamment Louis Duchesne, Origines du culte chrétien, Thorin, Paris, 1889) datent de l'année 336 l'usage romain reflété par la liste de base du Chronographe de 354, antérieure de dix-huit ans à la compilation finale du document.

    22
  20. Hippolyte de Rome (attrib.), Commentaire sur Daniel, IV, 23 (vers 204). Le passage situant la Nativité au 25 décembre pose un problème de critique textuelle sérieux : les manuscrits les plus anciens présentent des variantes contradictoires, et certains chercheurs y voient une interpolation postérieure. Voir la discussion technique récente chez T. C. Schmidt, Calculating December 25 as the Birth of Jesus in Hippolytus' Canon and Chronicon, dans Vigiliae Christianae 69, 2015. Aucune fête du Soleil au 25 décembre n'est attestée avant le milieu du IVᵉ siècle (Chronographe de 354).

    23 24
  21. Saint Jean Chrysostome, In diem natalem Domini nostri Jesu Christi, homélie prêchée à Antioche le 25 décembre 386. Texte grec : Patrologia Graeca 49, col. 351-362 ; la citation suit PG 49, 351. Sur la chronologie de la diffusion (Antioche vers 376-377, Constantinople et la Cappadoce en 380, l'Égypte entre 427 et 433), voir Catholic Encyclopedia, « Christmas ».

    25
  22. Ibid. : Chrysostome invoque l'ancienneté de l'usage romain, où la fête est pratiquée « depuis longtemps », pour authentifier la date aux yeux des Antiochiens ; il y joint une seconde démonstration tirée du recensement de Luc 2 et des registres conservés à Rome.

    26
  23. Bataille d'Avarayr (plaine d'Avarayr, Vaspurakan), le 26 mai 451, entre l'armée arménienne chrétienne conduite par Vardan Mamikonian et l'Empire sassanide ; concile de Chalcédoine, ouvert le 8 octobre 451, sans délégation arménienne, l'Arménie étant alors en guerre. La séparation entre Nativité et Épiphanie, attestée en Orient dès 386 (homélie de Chrysostome à Antioche, citée plus haut), est antérieure de plus de soixante ans : les événements de 451 expliquent l'isolement arménien, non la naissance de la séparation.

    27
  24. L'Église apostolique arménienne célèbre le 6 janvier l'unique fête de la Théophanie, qui réunit la naissance du Christ, sa manifestation aux mages et son baptême dans le Jourdain — maintien de l'usage ancien de l'Église indivise, antérieur à la répartition romaine entre le 25 décembre, le 6 janvier et la fête du Baptême du Seigneur.

    28
  25. Sur l'histoire des trois messes de Noël et des stations romaines associées, voir Louis Duchesne, Origines du culte chrétien, Thorin, Paris, 1889, chapitre sur le sanctoral romain ancien, et la synthèse liturgique publiée par le service de pastorale liturgique du diocèse de Quimper et Léon sur le Martyrologe de Noël. Les trois messes sont attestées dès la fin du VIᵉ siècle : saint Grégoire le Grand, Homélie 8 sur les évangiles (« missarum solemnia ter hodie celebraturi sumus ») ; voir aussi Catholic Encyclopedia, « Christmas ».

    29
  26. Le pape saint Sixte III (432-440) fait reconstruire la basilique Sainte-Marie-Majeure après le concile d'Éphèse (431), qui définit la maternité divine de Marie (Theotokos) ; la basilique accueille la messe de la nuit, à l'oratoire de la Crèche. La messe du jour, la plus ancienne, reste à Saint-Pierre jusque vers 1143.

    30
  27. La messe de l'aurore, ajoutée en troisième au VIᵉ siècle et associée à sainte Anastasie d'Illyrie, martyre vénérée par la colonie byzantine résidant à Rome, s'intercale entre la messe de minuit (à Sainte-Marie-Majeure) et la messe du jour (à Saint-Pierre, transférée à Sainte-Marie-Majeure au XIIᵉ siècle).

    31
  28. Le triptyque des trois messes de Noël (nuit, aurore, jour) est traditionnellement lu comme figurant une triple naissance du Christ : dans la nuit, sa naissance éternelle du Père ; à l'aurore, sa naissance spirituelle dans les cœurs ; au jour, sa naissance temporelle et corporelle à Bethléem. Lecture donnée par saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, III, q. 83, a. 2) ; l'homélie de Noël de saint Grégoire le Grand (Homélie 8) ne mentionne les trois messes que pour excuser sa brièveté.

    32
  29. Proclamation de la Nativité (« Kalenda »), Martyrologe romain, chantée ou récitée le 24 décembre avant la messe de minuit. Traduction française de l'article d'après le latin du Martyrologium Romanum ; la ligne de la soixante-cinquième semaine y est rétablie (latin : « hebdomada sexagesima quinta, iuxta Danielis prophetiam »). Version anglaise correspondante publiée par la Conférence épiscopale des États-Unis (USCCB), The Nativity of Our Lord Jesus Christ from the Roman Martyrology (« in the sixty-fifth week of the prophecy of Daniel »), rattachée à l'appendice I du Missel romain, troisième édition typique.

    33
  30. Concile d'Éphèse (431), qui définit contre Nestorius que Marie peut légitimement être appelée Theotokos (« Mère de Dieu »), puisque celui qu'elle a enfanté selon la chair est bien la personne unique du Verbe de Dieu fait homme. Ce dogme marial, célébré liturgiquement le 1ᵉʳ janvier depuis la réforme du calendrier romain de 1969, est directement lié au mystère de Noël qu'il vient éclairer.

    34
  31. Saint Léon le Grand, Sermon 21 (In Nativitate Domini I), 3 : « Agnosce, o Christiane, dignitatem tuam, et divinae consors factus naturae noli in veterem vilitatem degeneri conversatione redire. » L'exhortation se trouve au chapitre 3, le dernier, du sermon, qui commence par « Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né aujourd'hui : réjouissons-nous ». Édition critique : R. Dolle, Léon le Grand, Sermons, tome I, Sources chrétiennes 22, Cerf, Paris, 1947. Ce texte constitue la seconde lecture de l'office des lectures du jour de Noël dans la Liturgie des Heures actuelle.

    35
  32. Catéchisme de l'Église catholique, § 525.

    36
  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 526, texte contrôlé au mot près sur vatican.va (première partie, section II, chapitre II, article 3) : guillemets intérieurs autour de « prend forme » et renvoi (Ga 4, 19) conformes à l'original.

    37
  34. Thomas de Celano, Vita Prima Sancti Francisci (1228-1229), récit de la Noël de Greccio (1223), Vita prima 84. Le texte français suit la traduction officielle du même passage citée par le pape François, Admirabile signum, n. 2 (vatican.va) ; voir aussi l'édition in Saint François d'Assise, Écrits, Vies, Témoignages, dir. Jacques Dalarun, Éditions franciscaines / Cerf, Paris, 2010.

    38
  35. Ibid. : chez Thomas de Celano, un homme vertueux non nommé voit dans la mangeoire un petit enfant comme sans vie, que le saint réveille. Le chevalier Jean de Greccio et l'Enfant entre les bras de saint François appartiennent au récit de saint Bonaventure (Legenda maior, X, 7) ; aucun des deux auteurs ne parle de songe.

    39
  36. La permission pontificale, demandée et obtenue du Souverain Pontife (Honorius III), est rapportée par saint Bonaventure (Legenda maior, X, 7), et non par Thomas de Celano.

    40
  37. Pape François, catéchèse de l'audience générale du 20 décembre 2023, « La crèche de Greccio, école de sobriété et de joie », à l'occasion du huit centième anniversaire de la première crèche vivante, texte disponible sur vatican.va.

    41
  38. Le vocable Sancta Maria ad Praesepe (« Sainte Marie à la Crèche ») est le nom traditionnel de la basilique Sainte-Marie-Majeure, lié à la vénération romaine de la relique de la mangeoire ; la tradition romaine en date la translation au pontificat de Théodore Ier (642-649), à l'époque où l'avancée des conquêtes arabo-musulmanes menaçait la Terre Sainte.

    42
  39. Relique vénérée dans la confession de la basilique Sainte-Marie-Majeure, sous l'autel papal, et identifiée par la tradition au bois de la mangeoire de Bethléem ; sa composition matérielle précise (essences de bois, datation des fragments) n'est pas détaillée ici.

    43
  40. Sur les formes régionales : le presepe napoletano, foisonnant de personnages du quotidien napolitain, se développe à Naples au XVIIIᵉ siècle ; les santons d'argile provençaux sont lancés à Marseille par Jean-Louis Lagnel à partir de 1797, quand la fermeture des églises sous la Révolution pousse les fidèles à installer la crèche au foyer.

    44
  41. Jalon dit « de 1521 » : les livres de comptes de Sélestat (Alsace) mentionnent des arbres à l'occasion de Noël, sans en décrire l'ornement ; la première description conservée d'un arbre décoré est strasbourgeoise et date de 1605 (sapin installé dans un foyer, selon la relation ancienne).

    45
  42. Interprétation proposée par une partie de l'historiographie : le succès de l'arbre dans les milieux protestants d'Alsace et d'Allemagne tiendrait à une réticence envers la représentation figurée de la Nativité ; hypothèse éclairante mais non démontrée comme cause unique — donnée ici comme telle. Sa diffusion dans les foyers catholiques est un phénomène culturel plus tardif, essentiellement à partir du XIXᵉ siècle.

    46
  43. Saint Léon le Grand, Sermon 27, 4 (In Nativitate Domini VII) : le pape y reprend des fidèles romains qui, avant d'entrer dans la basilique Saint-Pierre, se retournaient par habitude pour saluer le soleil levant. Le sermon décrit une habitude générale, non un geste propre à la fête de Noël. Épisode souvent cité comme preuve que l'Église ancienne combattait, plutôt qu'elle ne l'entretenait, toute confusion entre la fête chrétienne et un culte solaire.

    47
  44. Évangile selon saint Jean 1, 3 : « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. »

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