Pourquoi Noël est-il célébré le 25 décembre ?

Noël n'est pas une simple fête païenne « volée » au culte du Soleil. Entre la thèse de l'emprunt au Sol Invictus et celle du calcul à partir du 25 mars, enquête sur les vraies raisons du 25 décembre.

Ignispedia

Chaque mois de décembre, la même objection revient : « Noël n'est qu'une fête païenne déguisée. Les chrétiens ont volé le 25 décembre au culte du Soleil. » L'affirmation est si répandue qu'elle passe pour une évidence historique. Elle ne l'est pas. La question de savoir pourquoi l'Église latine fête la naissance du Christ le 25 décembre a une histoire précise, des sources datables, et deux explications savantes qui se disputent encore — dont aucune ne se réduit au cliché du « plagiat païen ».

La date du 25 décembre n'est pas révélée par l'Évangile : ni saint Luc ni saint Matthieu ne donnent le jour de la Nativité[1]. Elle résulte d'un raisonnement théologique et d'une pratique liturgique qui se mettent en place entre le IIIᵉ et le IVᵉ siècle. Comprendre comment ce jour a été choisi, c'est découvrir que les premiers chrétiens n'ont pas cherché à copier le paganisme, mais à proclamer que le vrai Soleil — le Christ — venait éclairer le monde au cœur de la nuit la plus longue de l'année.

Ce que disent réellement les sources les plus anciennes

Avant d'évaluer les théories, il faut regarder les documents. La date de Noël n'apparaît pas d'un coup : elle se laisse suivre, source après source, des premières spéculations chronologiques du IIIᵉ siècle jusqu'à la première fête liturgique attestée au IVᵉ.

Le Chronographe de 354 : la plus ancienne attestation liturgique

Le document décisif est le Chronographe de 354, aussi appelé Calendrier de Filocalus, un almanach romain richement enluminé compilé pour un aristocrate chrétien[2]. Dans sa section Depositio Martyrum — la liste des anniversaires liturgiques de l'Église de Rome — on lit, à la première ligne :

« VIII des calendes de janvier : naissance du Christ à Bethléem de Judée. » — Chronographe de 354, Depositio Martyrum[3]

Le mois de décembre dans le Chronographe de 354, almanach romain tardo-antique dont la Depositio Martyrum donne la plus ancienne attestation liturgique de Noël au 25 décembre. Reproduction Wikimedia Commons (domaine public).

« VIII des calendes de janvier » désigne, dans le comput romain, le 25 décembre. C'est la première mention explicite et datable d'une fête chrétienne de la Nativité au 25 décembre. Une partie des historiens fait remonter la liste de base à l'usage romain de 336 — la liste épiscopale jointe (Depositio episcoporum) semblant dater originellement de cette année —, ce qui fournirait un terminus ad quem pour la fête à Rome ; mais cette antédatation reste discutée et ne fait pas l'unanimité[4]. Seule l'attestation du codex de 354, elle, est incontestée. Détail significatif : dans la Depositio Martyrum, c'est la Nativité du Christ qui figure en tête de liste[5].

Hippolyte et les premières mentions du IIIᵉ siècle

Plus tôt, au début du IIIᵉ siècle, le Commentaire sur Daniel attribué à Hippolyte de Rome (vers 204) contient un passage où certains manuscrits situent la naissance du Christ « huit jours avant les calendes de janvier », soit le 25 décembre[6]. La critique textuelle reste prudente : ce passage est peut-être une interpolation tardive, et son texte est discuté. Il montre néanmoins que la réflexion sur la date de la Nativité était déjà engagée bien avant le IVᵉ siècle, et qu'elle ne dépendait pas d'une fête impériale du Soleil.

Saint Jean Chrysostome : une fête « toute neuve » en Orient (386)

Trois jalons documentaires avant le cliché du « Noël païen » : Jules l'Africain, la liste romaine attribuée à 336 et le Chronographe de 354. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
Les deux grandes explications savantes de la date du 25 décembre, mises face à face. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En Orient, la Nativité se confondait longtemps avec l'Épiphanie du 6 janvier. C'est seulement vers la fin du IVᵉ siècle que le 25 décembre y est introduit. Le témoignage le plus net vient de saint Jean Chrysostome, prêchant à Antioche le 25 décembre 386[7]. Il explique à ses fidèles que cette fête, « connue depuis longtemps chez les habitants de l'Occident », vient d'arriver chez eux depuis moins de dix ans, et que l'Église romaine la tenait pour la date authentique de la naissance du Seigneur[8]. Le sens de la marche est donc clair : le 25 décembre part de Rome et de l'Occident, puis gagne l'Orient — l'inverse exact de ce qu'exigerait une simple importation d'un culte solaire oriental.

La thèse populaire : Noël aurait remplacé le « Soleil invaincu »

La théorie la plus connue est dite « de l'histoire des religions ». Formulée à la fin du XIXᵉ siècle par l'érudit allemand Hermann Usener[9], et relayée dans le monde anglophone par l'anthropologue écossais James George Frazer dans Le Rameau d'or[10], elle soutient que l'Église aurait fixé Noël au 25 décembre pour supplanter une fête païenne du Soleil et faciliter la conversion des païens.

Aurélien et le Dies Natalis Solis Invicti : 274 pour le temple, 354 pour la fête

Le point d'appui est l'empereur Aurélien, qui fonde en 274 un culte d'État du Sol Invictus, le « Soleil invaincu », et lui dédie un temple à Rome[11]. Mais — et la distinction est décisive — aucune source antique n'atteste qu'Aurélien ait fixé une fête de Sol au 25 décembre : un Dies Natalis Solis Invicti à cette date n'est connu que par le Chronographe de 354 lui-même, soit la même année que la première attestation de Noël — et rien ne prouve qu'il lui soit antérieur[12]. Comme le 25 décembre correspond, dans le calendrier julien, au solstice d'hiver — le moment où, après la nuit la plus longue, les jours recommencent à croître —, la symbolique du Soleil renaissant était toute trouvée. De fait, le Chronographe de 354, dans sa partie civile, note pour le 25 décembre un « Natalis Invicti » accompagné de jeux du cirque[13] : c'est la seule attestation antique d'un natalis de l'Invaincu à cette date, et elle est contemporaine de la fête chrétienne, non antérieure.

Saturnales et solstice d'hiver

On invoque aussi les Saturnales, fêtes de Saturne célébrées du 17 au 23 décembre, marquées par des banquets, des cadeaux et un renversement joyeux de l'ordre social[14]. La proximité du calendrier a nourri l'idée d'un Noël chrétien bâti sur un substrat festif romain.

Pourquoi cette thèse est aujourd'hui fragilisée

Séduisante, la théorie de l'emprunt se heurte pourtant à de sérieuses objections que les historiens récents ne cessent de souligner.

D'abord, aucun auteur chrétien ancien expliquant le choix du 25 décembre ne mentionne ni les Saturnales, ni une volonté de récupérer une fête du Soleil[15]. Quand ils justifient la date, les Pères parlent de comput, de conception, de Passion, d'équinoxe et de solstice — jamais d'un calcul d'opportunité missionnaire.

Ensuite, l'historien Steven Hijmans a montré qu'il n'existe aucune preuve solide d'une grande fête de Sol fixée au 25 décembre avant le christianisme : le seul texte qui qualifie ce jour de « natalis Invicti » est précisément le Chronographe de 354, déjà chrétien, et rien ne prouve que cette mention soit antérieure ou plus importante que la fête de la Nativité[16]. La date du solstice était d'ailleurs flottante dans l'Antiquité (on la plaçait parfois au 25 décembre, parfois ailleurs).

Enfin, la chronologie de la théorie est paradoxale : elle suppose que les Romains auraient d'abord créé un culte solaire en 274, puis l'auraient abandonné aux chrétiens cinquante ans plus tard, tout en continuant à le défendre contre eux — une incohérence relevée par Hijmans[17]. La thèse de l'emprunt, longtemps présentée comme un fait acquis, est donc devenue une hypothèse minoritaire et contestée dans la recherche actuelle.

La thèse du calcul : du 25 mars au 25 décembre

L'explication concurrente, dite « du calcul » ou « computation », a été proposée dès 1889 par l'historien catholique Louis Duchesne[18], puis solidement réhabilitée par le liturgiste Thomas Talley en 1986[19]. Elle ne part pas du paganisme, mais d'une conviction proprement chrétienne sur la cohérence du temps du salut.

L'« âge intégral » : conçu et mort le même jour

Le raisonnement du calcul, du 25 mars (conception) au 25 décembre (naissance), avec le parallèle oriental du 6 avril au 6 janvier. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Dans le judaïsme ancien et chez plusieurs Pères, une idée circulait : les grands justes mourraient le jour anniversaire de leur conception ou de leur naissance, leur vie formant un cycle parfait[20]. Appliquée au Christ, cette intuition de l'« âge intégral » relie sa mort et sa conception à une même date. Tout dépend alors de la date attribuée à la Passion.

Tertullien et Jules l'Africain : la date du 25 mars

Or, en Occident, la Passion était fixée au 25 mars. Tertullien, vers 198-203, écrit que le Christ a souffert « le huitième jour avant les calendes d'avril » — soit le 25 mars — sous le consulat des deux Gemini[21]. De son côté, Sextus Julius Africanus, dans sa Chronographie composée vers 221, place la conception du Christ au 25 mars, qu'il identifie aussi au jour de la création du monde et de l'équinoxe de printemps[22]. Le raisonnement devient limpide : si le Christ a été conçu le 25 mars, sa naissance tombe neuf mois plus tard, le 25 décembre. C'est très exactement l'écart liturgique conservé aujourd'hui entre la fête de l'Annonciation (25 mars) et Noël (25 décembre)[23].

En Orient, le même calcul opérait à partir d'une date de Passion légèrement différente — le 6 avril —, ce qui conduisait au 6 janvier, jour où l'Épiphanie a longtemps englobé la Nativité[24]. Les deux traditions appliquent donc la même logique à partir de comptes pascals distincts.

TraditionDate de la Passion / conception+ 9 moisFête de la Nativité
Occident (Rome)25 mars25 décembreNoël, 25 décembre
Orient (Asie, Égypte)6 avril6 janvierÉpiphanie, 6 janvier

Saint Augustin : conception, Passion et naissance

Le témoin le plus explicite de cette logique est saint Augustin. Au début du Vᵉ siècle, dans son traité De la Trinité, il écrit :

« On croit qu'il fut conçu le 25 mars, jour où il souffrit aussi : ainsi le sein de la Vierge, où il fut conçu et où nul mortel ne fut engendré, répond au tombeau neuf où il fut enseveli et où nul ne fut jamais déposé, ni avant lui ni après. Mais il naquit, selon la tradition, le 25 décembre. » — Saint Augustin, De la Trinité, IV, 5[25]

Augustin lie ici les trois moments — conception, mort, naissance — dans une seule architecture théologique : la virginité du sein de Marie répond à la nouveauté du tombeau, et le 25 mars commande le 25 décembre. Rien, dans son explication, ne renvoie à une fête solaire à christianiser.

Le traité De solstitiis : équinoxes et solstices

Un traité anonyme nord-africain de la seconde moitié du IVᵉ siècle, le De solstitiis et aequinoctiis, systématise encore l'intuition[26]. À partir de l'Écriture, il soutient que Jean-Baptiste fut conçu à l'équinoxe d'automne et naquit au solstice d'été (24 juin), tandis que le Christ fut conçu à l'équinoxe de printemps (25 mars) et naquit au solstice d'hiver (25 décembre). Les quatre charnières du soleil — deux équinoxes, deux solstices — encadrent ainsi le mystère du Précurseur et celui du Sauveur. La symbolique solaire est bien présente, mais elle est lue à l'intérieur de l'Écriture, pas empruntée à un culte étranger.

Le sens spirituel : le Christ, vrai « Soleil de justice »

Que la date vienne d'un calcul ou qu'elle ait aussi répondu au solstice, l'essentiel pour la foi n'est pas l'origine matérielle du chiffre, mais son sens. Les Pères ont vu dans le 25 décembre une convenance admirable : au plus profond de l'hiver, quand la nuit est la plus longue et que la lumière semble vaincue, naît Celui qui est la vraie Lumière du monde.

« Il faut qu'il croisse, et que je diminue »

La tradition relie cette symbolique à une parole de saint Jean-Baptiste sur le Christ :

« Il faut qu'il croisse, et que moi, je diminue. » — Évangile selon saint Jean, 3, 30[27]

La symbolique du solstice : Jean-Baptiste diminue, le Christ croît, et le Soleil de justice naît quand la lumière revient. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les Pères y ont lu une convenance cosmique : Jean, né au solstice d'été, paraît au moment où les jours commencent à décroître ; le Christ, né au solstice d'hiver, paraît quand la lumière recommence à grandir[28]. Le précurseur diminue, le Sauveur croît — jusque dans le rythme du soleil.

Le Soleil de justice

Cette lecture s'enracine dans une prophétie de l'Ancien Testament que la liturgie applique au Messie :

« Pour vous qui craignez mon nom, se lèvera le Soleil de justice, portant la guérison dans ses rayons. » — Malachie, 3, 20 (4, 2 dans la Vulgate et les Bibles anglaises)[29]

Le Christ est le véritable « Soleil de justice » (Sol iustitiae dans la Vulgate), titre repris dès le IIIᵉ siècle par Hippolyte, Clément d'Alexandrie et Origène[30]. La liturgie de l'Avent le chante encore dans la grande antienne « O Oriens » du 21 décembre, qui invoque le Christ comme « Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice »[31]. Loin d'avoir emprunté le soleil au paganisme, l'Église a proclamé que tout astre n'était qu'une figure du seul vrai Soleil : le Verbe fait chair.

Saint Léon le Grand : adorer le Créateur, non la créature

Les Pères eux-mêmes étaient parfaitement conscients du risque de confusion. Au Vᵉ siècle, saint Léon le Grand doit reprendre des fidèles romains qui, avant d'entrer dans la basilique Saint-Pierre, se retournaient pour saluer le soleil levant :

« Quand ils ont gravi les degrés qui montent à l'esplanade surélevée, ils se retournent et s'inclinent vers le soleil levant. » — Saint Léon le Grand, Sermon 27, 4[32]

Dans un autre sermon de Noël, il fustige ceux pour qui « cette solennité tirerait son honneur, non pas tant de la naissance du Christ que, selon eux, du lever du soleil nouveau »[33]. Le pape ne récupère donc pas un culte solaire : il combat la tentation de confondre le Créateur et la créature, et rappelle que la fête honore le Christ, non l'astre. C'est l'exact contraire d'un syncrétisme assumé.

Que faut-il en penser aujourd'hui ?

Les deux thèses, départagées par les sources

L'état actuel de la recherche penche nettement, sans unanimité absolue, en faveur de la thèse du calcul ou d'une combinaison des deux logiques. Les arguments se laissent résumer ainsi :

CritèreThèse de l'emprunt (Sol Invictus)Thèse du calcul (25 mars)
Auteur de la thèseUsener (1889), Frazer (1890)Duchesne (1889), Talley (1986)
Sources chrétiennes anciennes invoquant le motifAucuneTertullien, Africain, Augustin, De solstitiis
Preuve d'une fête solaire au 25 décembre avant le christianismeTrès fragile (Hijmans)Sans objet
Cohérence avec le 25 mars / AnnonciationAucuneParfaite (écart de 9 mois)
Statut actuel dans la rechercheMinoritaire, contestéeLargement privilégiée
Ce que l'on peut dire sans forcer les sources : Évangiles sans date, usage romain attesté, calcul du 25 mars probable, plagiat païen non prouvé. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Il reste honnête de reconnaître que le débat n'est pas tranché à 100 % : certains historiens pensent que les deux facteurs ont pu jouer ensemble, le calcul fournissant la date et la symbolique solaire en renforçant l'opportunité[34]. Mais en aucun cas les données ne permettent d'affirmer que « Noël n'est qu'une fête païenne ».

Le jugement du cardinal Ratzinger : une date théologique, non un décalque

Le cardinal Joseph Ratzinger — futur Benoît XVI, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi — écarte, dans L'Esprit de la liturgie (2000 en allemand, 2001 en français), l'ancienne théorie de l'emprunt. Il s'agit d'un ouvrage de théologie personnelle, non d'un acte magistériel :

« On prétendait jadis que le 25 décembre s'était développé par opposition au mythe de Mithra, ou comme réponse chrétienne au culte du soleil invaincu. (...) Mais ces vieilles théories ne peuvent plus être soutenues. Le facteur décisif fut le lien entre la création et la Croix, entre la création et la conception du Christ. » — Le cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), L'Esprit de la liturgie (traduit de l'anglais ; original cité en note)[35]

L'Église ne fait pas du 25 décembre un dogme historique sur le jour exact de la naissance de Jésus. Elle y voit une date traditionnelle, théologiquement signifiante, qui ouvre le temps de la joie après l'attente de l'Avent et célèbre le mystère central de l'Incarnation (CEC §§ 522-526)[36].

Jésus est-il vraiment né un 25 décembre ?

Honnêtement : nous l'ignorons. Les Évangiles ne donnent pas la date, et l'argument souvent répété selon lequel les bergers « ne pouvaient pas garder leurs troupeaux dehors en hiver » (Lc 2, 8) ne prouve rien — les hivers de Judée sont doux et le pacage hivernal y est attesté[37]. Le 25 décembre n'est donc pas une certitude astronomique, mais ce n'est pas non plus un mensonge : c'est une date choisie pour sa vérité spirituelle, au point de rencontre du comput chrétien et de la lumière qui renaît. Comme l'écrivait Augustin, ce qui compte n'est pas l'astre, mais Celui qui l'a fait lever. Le 25 décembre dit, à sa manière, l'essentiel de Noël : « La lumière brille dans les ténèbres » (Jn 1, 5).

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Les récits de la Nativité (Évangile selon saint Luc 2, 1-20 et Matthieu 1, 18 – 2, 12) ne mentionnent ni le jour ni le mois de la naissance de Jésus. Aucun écrit du Nouveau Testament ne donne de date. Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.

    1
  2. Chronographe de 354 (ou Calendrier de Filocalus), almanach illustré compilé à Rome pour le chrétien Valentinus par le calligraphe Furius Dionysius Filocalus. Édition de référence : Theodor Mommsen, Chronica Minora saec. IV. V. VI. VII., vol. I, dans Monumenta Germaniae Historica, Auctores Antiquissimi IX, Berlin, 1892. Présentation et traduction en ligne : R. Pearse (éd.), The Chronography of 354, tertullian.org.

    2
  3. Chronographe de 354, Depositio Martyrum : « VIII Kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae ». Mommsen, MGH Chronica Minora I (1892), p. 71-72. C'est la plus ancienne attestation explicite d'une fête de la Nativité au 25 décembre.

    3 5
  4. La datation de la liste de base vers 336 repose sur la liste épiscopale jointe (Depositio episcoporum), dont la version originale semble dater de 336 avant actualisation en 354 : cette année est dès lors souvent citée comme terminus ad quem de la fête à Rome. Voir C. P. E. Nothaft, « The Origins of the Christmas Date: Some Recent Trends in Historical Research », Church History (Cambridge University Press) ; W. Simmons, Journal of the Evangelical Theological Society 58/2 (2015), p. 299-324 (l'attestation romaine de 336 y est présentée comme la première preuve non disputée de la Nativité au 25 décembre). Mais l'inférence reste débattue : Hijmans lui-même souligne qu'elle ne suffit pas à trancher l'origine de la date (voir Nothaft, art. cit.). Seule la mention explicite du codex de 354 (« VIII Kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae », Mommsen, MGH Chronica Minora I, p. 71-72) est incontestée.

    4
  5. Hippolyte de Rome, Commentaire sur Daniel, IV, 23, vers 204. Certains manuscrits y portent une mention de la naissance du Christ « huit jours avant les calendes de janvier » (25 décembre). L'authenticité de ce passage est débattue : il pourrait s'agir d'une glose ou d'une interpolation. Éd. M. Lefèvre, Sources chrétiennes 14, Cerf, Paris, 1947.

    6
  6. Saint Jean Chrysostome, Homélie sur le jour de la naissance de notre Sauveur Jésus-Christ (In diem natalem D. N. Iesu Christi, CPG 4334), prononcée à Antioche un 25 décembre, généralement datée de 386 (datation J. N. D. Kelly, suivie par T. J. Talley) — la datation précise à l'intérieur des années 386-388 restant discutée entre spécialistes. Patrologia Graeca 49, col. 351-362.

    7
  7. Dans cette homélie, Chrysostome présente la fête du 25 décembre comme connue de longue date « chez ceux qui habitent l'Occident » et introduite à Antioche depuis moins de dix ans, en raison des arguments établissant qu'il s'agit de la date réelle de la naissance du Christ. PG 49, col. 351-362.

    8
  8. Hermann Usener, Das Weihnachtsfest (La Fête de Noël), Bonn, 1889 (2ᵉ éd. 1911). Fondateur de la thèse dite « de l'histoire des religions » selon laquelle Noël se serait substitué à une fête solaire païenne.

    9
  9. James George Frazer, The Golden Bough (Le Rameau d'or), 1ʳᵉ éd., Londres, Macmillan, 1890 ; passage cité d'après l'édition abrégée (Macmillan, 1922), chap. XXXVII (« Oriental Religions in the West »), p. 359. Frazer y soutient que l'Église a fixé la Nativité au 25 décembre pour transférer sur le Christ, « Soleil de justice », la dévotion païenne au Soleil, en citant un auteur syrien selon qui les Pères déplacèrent la fête du 6 janvier au 25 décembre pour cette raison.

    10
  10. L'empereur Aurélien fonde en 274 un culte d'État du Sol et lui dédie un temple au Champ de Mars à Rome ; en revanche, aucune source antique n'atteste qu'il ait institué une fête de Sol au 25 décembre — le Natalis Invicti à cette date n'est connu que par le Chronographe de 354. Sur le culte : Histoire Auguste, Vie d'Aurélien ; Gaston H. Halsberghe, The Cult of Sol Invictus, Brill, Leyde, 1972. Sur l'absence de preuve d'une fête au 25 décembre avant 354 : S. Hijmans, « Sol Invictus, the Winter Solstice, and the Origins of Christmas », Mouseion 47/3 (2003), p. 377-398 ; T. J. Talley, The Origins of the Liturgical Year, Pueblo, New York, 1986.

    11
  11. Steven Hijmans, « Sol Invictus, the Winter Solstice, and the Origins of Christmas », Mouseion, série III, vol. 3 (n° 47/3), 2003, p. 377-398. Hijmans montre qu'il n'existe pas de preuve d'une fête de Sol établie au 25 décembre antérieure au christianisme, et que la seule attestation d'un natalis Invicti à cette date provient du Chronographe de 354 lui-même.

    12 16
  12. Dans sa partie civile (le Calendrier proprement dit, distinct de la Depositio Martyrum), le Chronographe de 354 note au 25 décembre : « N·INVICTI · CM · XXX », soit Natalis Invicti avec trente courses de chars. Mommsen, MGH Chronica Minora I (1892).

    13
  13. Les Saturnales, fêtes de Saturne célébrées à Rome du 17 au 23 décembre, comportaient banquets, échanges de cadeaux (sigillaria) et inversion temporaire des rôles sociaux. Voir Macrobe, Saturnales, I, 7-10 ; H. H. Scullard, Festivals and Ceremonies of the Roman Republic, Londres, 1981.

    14
  14. Andrew McGowan, « How December 25 Became Christmas », Bible Review, décembre 2002 (repris par Biblical Archaeology Review). McGowan souligne qu'aucun auteur chrétien ancien justifiant le 25 décembre ne mentionne les Saturnales ni un dessein de récupérer une fête solaire, contrairement à ce que suppose la thèse de l'emprunt.

    15
  15. Steven Hijmans, art. cit., Mouseion 47/3 (2003) : la thèse de l'emprunt suppose, de façon incohérente, que Rome aurait promu un nouveau culte solaire oriental dans les années 270 puis l'aurait cédé aux chrétiens une cinquantaine d'années plus tard, tout en le défendant contre eux.

    17
  16. Louis Duchesne, Origines du culte chrétien. Étude sur la liturgie latine avant Charlemagne, Paris, Thorin et fils, 1889 (rééditions augmentées jusqu'en 1925), chap. VIII. Duchesne propose le premier la thèse du calcul reliant la conception et la mort du Christ au 25 mars, d'où la naissance au 25 décembre.

    18
  17. Thomas J. Talley, The Origins of the Liturgical Year, Pueblo Publishing, New York, 1986 (2ᵉ éd. The Liturgical Press, Collegeville, 1991). Talley réhabilite et précise l'hypothèse du calcul à partir des computs pascals d'Occident et d'Orient.

    19
  18. Sur l'idée juive et patristique de l'« âge intégral » (les prophètes mourant le jour de leur conception ou de leur naissance), voir T. J. Talley, op. cit., p. 91-99, et A. McGowan, art. cit. Cette conviction commande le report de la date de la Passion sur celle de la conception.

    20
  19. Tertullien, Adversus Iudaeos (Contre les Juifs), 8, § 18, vers 198-203. Il fixe la Passion du Christ au mois de mars, au temps de la Pâque juive, sous le consulat des deux Gemini (an 29) : texte latin (extrait) « [...] mense Martio temporibus paschae, die octavo Kalendarum Aprilium [...] » (= le 25 mars). Éd. Corpus Christianorum, Series Latina 2 ; texte en ligne avec trad. anglaise : bkv.unifr.ch (Bibliothek der Kirchenväter) et R. Pearse, tertullian.org.

    21
  20. Sextus Julius Africanus, Chronographiae (Chronographies), vers 221, fragment conservé. Africain place la conception du Christ au 25 mars, jour qu'il identifie aussi à la création du monde et à l'équinoxe de printemps ; la naissance s'en déduit neuf mois plus tard. Fragments édités par M. Wallraff, Iulius Africanus Chronographiae, Die Griechischen Christlichen Schriftsteller N. F. 15, De Gruyter, Berlin, 2007.

    22
  21. L'écart de neuf mois est conservé dans le calendrier liturgique entre la solennité de l'Annonciation du Seigneur (25 mars) et Noël (25 décembre). Voir Catéchisme de l'Église catholique, §§ 484-486 (l'Annonciation et la conception virginale).

    23
  22. En Orient, le calcul partait d'une date de Passion fixée au 6 avril, d'où une naissance au 6 janvier (Épiphanie), fête qui a longtemps englobé la Nativité dans les Églises orientales. Voir T. J. Talley, The Origins of the Liturgical Year, 1986, p. 91-103.

    24
  23. Saint Augustin, De Trinitate (La Trinité), IV, 5, début du Vᵉ siècle. Texte latin : « Octavo enim calendas aprilis conceptus creditur, quo et passus : [...] Natus autem traditur octavo calendas januarias. » Éd. Corpus Christianorum, Series Latina 50 ; trad. française Bibliothèque augustinienne 15, Desclée de Brouwer, Paris. Texte latin en ligne : catholiclibrary.org (Augustin, De Trinitate) ; trad. anglaise : newadvent.org/fathers/130104.htm.

    25
  24. De solstitiis et aequinoctiis conceptionis et nativitatis Domini nostri Iesu Christi et Iohannis Baptistae (CPL 2277), traité anonyme nord-africain, seconde moitié du IVᵉ siècle. Il établit, à partir de l'Écriture (Luc 1 ; Exode 23, 16 ; Zacharie 8, 19), que Jean-Baptiste fut conçu et né aux charnières d'automne et d'été, et le Christ aux charnières de printemps (25 mars) et d'hiver (25 décembre). Éd. B. Botte, Les Origines de la Noël et de l'Épiphanie, Louvain, 1932, p. 93-105.

    26
  25. Évangile selon saint Jean, 3, 30. Parole de Jean-Baptiste à propos du Christ : « Illum oportet crescere, me autem minui. » Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.

    27
  26. La lecture solsticiale rapprochant Jn 3, 30 du calendrier (Jean-Baptiste né au solstice d'été le 24 juin, le Christ au solstice d'hiver le 25 décembre) est développée par le De solstitiis et aequinoctiis (IVᵉ s.) et reprise par saint Augustin dans ses sermons pour la nativité de Jean-Baptiste. Voir B. Botte, Les Origines de la Noël et de l'Épiphanie, 1932.

    28
  27. Malachie, 3, 20 (= 4, 2 dans la numérotation de la Vulgate et des bibles anglaises). Texte de la Vulgate : « orietur vobis timentibus nomen meum sol iustitiae, et sanitas in pennis eius ». La tradition chrétienne y lit une annonce du Christ, « Soleil de justice ». Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.

    29
  28. Le titre christologique de « Soleil de justice » (Sol iustitiae), tiré de Malachie 3, 20, est employé dès le IIIᵉ siècle par Hippolyte, Clément d'Alexandrie et Origène, puis devient classique chez les Pères latins (Ambroise, Augustin). Voir M. Wallraff, Christus verus Sol. Sonnenverehrung und Christentum in der Spätantike, Aschendorff, Münster, 2001.

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  29. Grande antienne « O » du 21 décembre, dans la liturgie de l'Avent : « O Oriens, splendor lucis aeternae et sol iustitiae : veni et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis. » (« Ô Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice : viens éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. ») Missel romain et Liturgie des Heures, temps de l'Avent.

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  30. Saint Léon le Grand, Sermon 27 (In Nativitate Domini VII), 4, vers 450. Léon reproche à des chrétiens romains de se retourner, au sommet des degrés de la basilique Saint-Pierre, pour s'incliner devant le soleil levant. Texte latin : « cum (...) gradus quibus ad suggestum areae superioris ascenditur, conscenderint, converso corpore ad nascentem se solem reflectant ». Sources chrétiennes 22 bis ; trad. newadvent.org/fathers/360327.htm.

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  31. Saint Léon le Grand, Sermon 22 (In Nativitate Domini II), 6 : il condamne ceux pour qui « cette solennité tirerait son honneur, non pas tant de la naissance du Christ que, selon eux, du lever du soleil nouveau ». Sources chrétiennes 22 bis ; trad. newadvent.org/fathers/360322.htm.

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  32. Plusieurs historiens (par exemple Susan K. Roll, Toward the Origins of Christmas, Kok Pharos, Kampen, 1995) estiment que la thèse du calcul et la symbolique solaire ont pu se conjuguer : le comput aurait fixé la date, et sa coïncidence avec le solstice en aurait renforcé la portée. L'emprunt pur et simple à une fête païenne reste néanmoins indémontré.

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  33. Joseph Ratzinger, L'Esprit de la liturgie, Genève, Ad Solem, 2001 (éd. originale allemande Der Geist der Liturgie, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 2000 ; trad. anglaise The Spirit of the Liturgy, San Francisco, Ignatius Press, 2000, p. 105-107). Ouvrage de théologie personnelle du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi — non un acte magistériel. Le passage sur Noël y écarte les « vieilles théories » de l'emprunt (mythe de Mithra, culte du Soleil invaincu) et retient comme « facteur décisif » le lien entre création, Croix et conception du Christ. Verbatim anglais (p. 107) : « The claim used to be made that December 25 developed in opposition to the Mithras myth, or as a Christian response to the cult of the unconquered sun promoted by Roman emperors in the third century in their efforts to establish a new imperial religion. ... However, these old theories can no longer be sustained. The decisive factor was the connection of creation and Cross, of creation and Christ's conception. » La citation française du corps en est la traduction ; le texte exact de la traduction Ad Solem n'ayant pu être vérifié page à page, elle est présentée comme telle.

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 522-526 (les mystères de l'enfance de Jésus, la Nativité et son sens pour la vie chrétienne) ; § 524 sur le temps de l'Avent qui prépare la célébration de Noël.

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  35. L'objection tirée de Luc 2, 8 (« des bergers qui veillaient la nuit sur leurs troupeaux ») ne permet pas à elle seule de récuser une date hivernale : le pacage de nuit en plein hiver est attesté au Champ des Bergers à Bethléem. Le bibliste Jack Finegan rapporte ainsi la lettre du 16 janvier 1967 du professeur de Nouveau Testament Harry Mulder (alors en poste à Beyrouth), présent sur place la veille de Noël : plusieurs troupeaux y paissaient, agneaux compris — d'où sa conclusion qu'une naissance de Jésus en décembre n'a rien d'impossible. Voir J. Finegan, Handbook of Biblical Chronology, 2ᵉ éd., n° 569, citant W. Hendriksen, New Testament Commentary: Matthew, Baker, Grand Rapids, 1973, t. 1, p. 182. L'argument, souvent avancé, n'a donc pas de valeur probante contre le 25 décembre.

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