Saint Léon le Grand (vers 390-400 – 461)

Saint Léon le Grand (vers 390-400 – 461) : le pasteur toscan devenu pape, prédicateur de génie et Docteur de l'Église, qui enseigna au chrétien sa dignité et fixa la foi au Christ vrai Dieu et vrai homme. Mort le 10 novembre 461, fêté le 10 novembre.

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Saint Léon le Grand (vers 390-400 – 461) est l'un des très rares hommes de l'histoire de l'Église à avoir mérité, de la mémoire chrétienne elle-même, le titre de « le Grand » — un honneur qu'il ne partage, parmi les papes, qu'avec saint Grégoire Iᵉʳ. Mais avant d'être un grand pape, Léon fut d'abord un saint : un pasteur dont la sainteté ne s'est pas jouée seulement dans les conciles et les négociations diplomatiques, mais dans la prière, la prédication patiente, l'amour des pauvres et la fidélité au Christ jusqu'au bout.

Cet article présente donc l'homme et le saint : ses origines toscanes, son âme de prédicateur, sa doctrine spirituelle — l'une des plus lumineuses de l'Antiquité chrétienne —, son courage de pasteur, sa mort, son tombeau, son culte et sa proclamation comme Docteur de l'Église en 1754. Pour le détail de son action de gouvernement — le Tome à Flavien, le concile de Chalcédoine, l'administration de l'Occident, les rencontres avec Attila et Genséric —, on renvoie à l'article frère : Pape saint Léon le Grand[1][2].

« Reconnais, ô chrétien, ta dignité ! Devenu participant de la nature divine, garde-toi de retomber par une conduite indigne dans ton ancienne bassesse. » — Saint Léon le Grand, Sermon 21 sur la Nativité, III[3]

Cette phrase, l'une des plus citées de toute la patristique latine, dit déjà l'essentiel du saint : Léon est l'homme qui a passé sa vie à rappeler aux chrétiens qui ils sont devenus par le Christ fait homme. Sa sainteté est une sainteté de pasteur-docteur, qui éclaire pour sauver.

Pourquoi appelle-t-on Léon « le Grand » ?

Deux papes seulement portent ce titre

Dans toute la liste des papes, deux seulement ont reçu de la tradition le surnom de Magnus, « le Grand » : Léon Iᵉʳ (440-461) et Grégoire Iᵉʳ (590-604)[4]. Quelques auteurs y ajoutent parfois Nicolas Iᵉʳ, mais sans que l'usage se soit imposé. Le titre n'est pas un décret : c'est un jugement de la mémoire chrétienne, qui a reconnu en Léon un homme dont l'action et la doctrine ont dépassé la mesure ordinaire d'un pontificat.

Ce qui frappe, c'est que la grandeur de Léon n'est pas d'abord celle d'un conquérant ni d'un bâtisseur d'empire — il vit au contraire l'effondrement de l'Empire romain d'Occident — mais celle d'un témoin de la vérité. Benoît XVI a résumé sa physionomie d'une formule : un pontificat « tourné vers le service de la vérité dans la charité, à travers un exercice assidu de la parole »[5].

Saint, Père et Docteur de l'Église

Léon cumule les trois grands titres que l'Église réserve à ses maîtres : il est saint (vénéré dès sa mort), Père de l'Église (auteur antique dont l'enseignement fait autorité) et Docteur de l'Église (proclamé tel par Benoît XIV en 1754)[6]. Il appartient à la grande génération des Pères latins qui suit immédiatement Ambroise, Jérôme et Augustin : il en recueille l'héritage doctrinal et le porte au sommet du Siège romain.

Le « docteur de l'Incarnation »

La tradition lui a donné un surnom qui dit son apport propre : « le docteur de l'Incarnation ». C'est lui qui a fixé, dans une langue d'une précision parfaite, la foi de l'Église au Christ vrai Dieu et vrai homme, « une seule personne en deux natures ». Cette doctrine n'est pas pour Léon une abstraction de théologien : elle est le cœur même du salut, et c'est pourquoi elle revient sans cesse dans ses sermons de Noël et de Pâques (voir plus bas).

Qui était l'homme Léon ?

Les origines toscanes

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Les renseignements sur la jeunesse de Léon sont rares. Le Liber Pontificalis le dit « de nation toscane » (natione Tuscus), fils d'un certain Quintianus[7]. La date de sa naissance n'est pas connue avec certitude : on la place entre 390 et 400. Romain de culture et de cœur, il se forme dans le clergé de la Ville à l'époque où l'Empire d'Occident, miné par les invasions, glisse vers sa ruine.

Le diacre que toute l'Église écoute

Avant même de devenir pape, Léon est un archidiacre romain dont la réputation a franchi les Alpes. Saint Cyrille d'Alexandrie lui écrit ; l'évêque Augustin et son disciple Prosper d'Aquitaine le connaissent ; on lui confie même, en 440, une mission diplomatique en Gaule pour réconcilier le général Aetius et le préfet Albinus. C'est pendant cette mission qu'il apprend son élection au Siège de Pierre[8][9].

Un pasteur malgré lui, fidèle jusqu'au bout

Élu pendant sa mission en Gaule, Léon est consacré évêque de Rome le 29 septembre 440 et gouvernera l'Église pendant vingt et un ans, l'un des plus longs pontificats de l'Antiquité. Sa sainteté ne se mesure pas à la durée mais à la constance : à travers les hérésies, les invasions, les famines et la peur, il n'a jamais cessé de prêcher, d'écrire, de juger et de consoler. Le détail de ce gouvernement appartient à l'article Pape saint Léon le Grand ; ce qui nous occupe ici, c'est l'âme de cet homme telle qu'elle transparaît dans ses sermons.

Le saint au travail : un pasteur qui prêche

Près de cent sermons dans un latin limpide

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De Léon, il nous reste un trésor exceptionnel : environ quatre-vingt-seize sermons authentiques et cent quarante-trois lettres[10]. Benoît XVI souligne la qualité de cette prose : « nous en conservons près de cent dans un latin splendide et clair »[11]. Ce sont, pour la plupart, des homélies brèves prononcées aux grandes fêtes de l'année liturgique — Noël, Épiphanie, Carême, Passion, Pâques, Ascension, Pentecôte, fête de saint Pierre — devant le peuple de Rome rassemblé.

Cette masse de sermons est une rareté pour l'époque : très peu de Pères latins nous ont laissé un corpus homilétique aussi cohérent, directement issu de la chaire d'un évêque. C'est dans ces textes, plus que dans les actes officiels, que se laisse saisir la sainteté concrète de Léon : un homme qui prend la parole non pour briller, mais pour faire entrer ses fidèles dans le mystère.

Le prédicateur des grandes fêtes

Léon est avant tout le prédicateur de l'année liturgique. Pour lui, chaque fête n'est pas le souvenir d'un événement passé mais sa réactualisation : le mystère célébré agit ici et maintenant sur l'âme du croyant. C'est l'une de ses intuitions les plus profondes, qu'il exprime dans une formule devenue classique sur le mystère pascal :

« Ce qui était visible en notre Rédempteur est passé dans les sacrements. » — Saint Léon le Grand, Sermon 74 sur l'Ascension, II[12]

Sermones, Florence, Antonio Miscomini, 1485. Numérisation BEIC, Wikimedia Commons, domaine public.

Autrement dit : ce que les Apôtres ont vu de leurs yeux dans le Christ — sa chair, ses gestes, sa Passion — continue d'agir, invisible mais réel, dans les sacrements de l'Église. La liturgie n'est pas un théâtre du souvenir ; elle est le lieu où le salut se communique encore.

Le maître de l'aumône et du jeûne

Le pasteur Léon ne sépare jamais la doctrine de la charité concrète. Ses sermons sur le jeûne — notamment ceux des « quatre-temps » et du Carême — lient inséparablement la pénitence et l'aumône : jeûner sans donner aux pauvres serait, pour Léon, une dévotion vide.

Léon y rappelle au peuple chrétien que son élection — « race élue, sacerdoce royal, nation sainte » (1 P 2, 9) — n'est pas un titre d'orgueil mais un appel au service : la grandeur reçue au baptême doit se traduire en miséricorde concrète[13].

Cette insistance sur la miséricorde envers les pauvres comme fruit nécessaire du jeûne est l'un des traits les plus constants de sa spiritualité pastorale.

La doctrine spirituelle de saint Léon

C'est ici que le saint se révèle le plus : non dans la polémique, mais dans la manière dont il enseigne à l'âme chrétienne qui elle est et ce qu'elle doit vivre.

« Reconnais, ô chrétien, ta dignité »

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Le sommet de la spiritualité léonienne tient en une phrase, prononcée dans son premier sermon de Noël :

« Reconnais, ô chrétien, ta dignité ! Devenu participant de la nature divine, garde-toi de retomber par une conduite indigne dans ton ancienne bassesse. Souviens-toi de quelle Tête et de quel Corps tu es membre. Rappelle-toi qu'arraché à la puissance des ténèbres, tu as été transféré dans la lumière et le Royaume de Dieu. » — Saint Léon le Grand, Sermon 21 sur la Nativité du Seigneur, III[14]

Tout Léon est là. La morale chrétienne n'est pas d'abord une liste d'interdits : elle découle d'une dignité reçue. Parce que le Fils de Dieu s'est fait homme, l'homme baptisé est devenu « participant de la nature divine » (2 P 1, 4) ; le péché n'est donc pas seulement une faute, c'est une trahison de soi-même, un retour à une bassesse dont le Christ nous avait arrachés. Cette formule, « Agnosce, o Christiane, dignitatem tuam », a nourri quinze siècles de spiritualité et figure encore aujourd'hui dans le Catéchisme de l'Église catholique[15].

Noël : Dieu se fait homme pour relever l'homme

Pour Léon, le mystère de Noël est le centre de tout. Si Dieu s'est fait homme, c'est « pour restituer à l'homme la dignité perdue »[16]. L'Incarnation n'est pas un épisode : c'est l'échange admirable (admirabile commercium) par lequel Dieu prend ce qui est nôtre pour nous donner ce qui est sien.

« Notre Sauveur, bien-aimés, est né aujourd'hui : réjouissons-nous ! Car il n'y a point de place pour la tristesse là où naît la Vie. » — Saint Léon le Grand, Sermon 21 sur la Nativité, I[17]

C'est aussi à Noël que Léon expose, en quelques lignes d'une densité parfaite, la foi qui sera celle de Chalcédoine : le Christ est « vrai Dieu et vrai homme », deux natures unies sans confusion en une seule personne. Sa joie de Noël et sa rigueur dogmatique ne font qu'un : il chante l'Incarnation parce qu'elle sauve.

Le mystère passé dans les sacrements

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On l'a vu, Léon enseigne que le Christ glorifié continue d'agir dans les rites de l'Église. Cette intuition fait de lui l'un des grands docteurs de la vie sacramentelle et liturgique. Le chrétien qui participe à la liturgie n'assiste pas à une commémoration : il est rendu contemporain du mystère du salut. C'est pourquoi Léon insiste tant sur la dignité avec laquelle il faut célébrer et recevoir les sacrements, et sur la nécessité d'unir le culte extérieur à la conversion du cœur.

La Croix et la Passion

Les sermons de Léon sur la Passion comptent parmi les plus beaux de l'Antiquité. Il y contemple la Croix non comme une défaite mais comme le trône d'où le Christ règne et attire tout à lui :

Pour Léon, la Croix du Christ est la source de toutes les bénédictions et la cause de toutes les grâces : par elle, la faiblesse des croyants se change en force, l'opprobre en gloire, la mort en vie[18].

Là encore, la doctrine des deux natures sert la spiritualité : c'est parce que celui qui souffre est vrai homme qu'il peut mourir, et parce qu'il est vrai Dieu que sa mort sauve le monde.

Pierre et Paul, racines romaines

Léon a une vénération particulière pour les apôtres Pierre et Paul, fondateurs de l'Église de Rome. Son Sermon 82, prononcé pour leur fête, est un chef-d'œuvre : il y voit en eux les nouveaux fondateurs qui ont fait de Rome, jadis maîtresse des nations par les armes, la maîtresse du monde par la foi.

« Ces hommes, ô Rome, t'ont élevée à une gloire telle que, devenue nation sainte, peuple élu, cité sacerdotale et royale, tu présides au monde plus largement par la religion divine que par la domination terrestre. » — Saint Léon le Grand, Sermon 82 sur la fête des apôtres Pierre et Paul, I[19]

Pour Léon, sa propre autorité de pape n'est rien d'autre que celle de Pierre vivant en son successeur : « à un seul apôtre est confié ce qui est communiqué à tous les apôtres »[20]. Cette conscience n'est pas orgueil personnel — Léon se sait « indigne héritier » de Pierre — mais service de l'unité de toute l'Église.

La sainteté de Léon : le courage et la charité

Le pasteur qui se tient devant le loup

Raphaël, La Rencontre de Léon le Grand et Attila, 1514, Vatican. Représentation de la Renaissance. Wikimedia Commons, domaine public.

La sainteté de Léon s'est aussi manifestée dans un courage resté légendaire. En 452, alors qu'Attila et ses Huns menacent Rome, c'est l'évêque, et non l'empereur, qui sort à sa rencontre pour le détourner de la ville ; en 455, face au Vandale Genséric, Léon obtient au moins que Rome livrée au pillage soit épargnée du massacre et de l'incendie[21]. Ces épisodes — détaillés dans l'article Pape saint Léon le Grand — disent quelque chose du saint : un pasteur qui ne fuit pas devant le danger, mais se tient entre le troupeau et la mort.

Le serviteur de la vérité dans la charité

Toute la vie de Léon réalise la devise que Benoît XVI lui applique : le service de la vérité dans la charité[22]. Vérité, car il n'a jamais cédé un pouce sur la foi au Christ vrai Dieu et vrai homme, contre le nestorianisme qui divise le Christ et le monophysisme qui le confond. Charité, car cette fermeté doctrinale était au service du salut des âmes et de la paix de l'Église, jamais de sa propre gloire. C'est cette unité de la vérité et de l'amour qui fait de lui un saint, et non simplement un homme d'État habile.

Mort, tombeau et culte

La mort du 10 novembre 461

L’Algarde, Rencontre de Léon et Attila, 1646–1653, Saint-Pierre. Reproduction Web Gallery of Art via Wikimedia Commons, domaine public.

Après vingt et un ans de pontificat, Léon meurt à Rome le 10 novembre 461[23][24]. Il laisse une Église romaine raffermie dans sa foi et dans la conscience de sa mission au milieu d'un monde qui s'écroule. Sa mort est aussitôt entourée d'une vénération de saint.

Le tombeau à Saint-Pierre et les reliques

Léon est d'abord enterré dans le portique (vestibule) de la basilique Saint-Pierre, au Vatican[25]. En 688, le pape Serge Iᵉʳ fait transférer ses restes à l'intérieur même de la basilique et élève un autel au-dessus de son tombeau[26] : c'est la consécration de son culte. Léon repose ainsi auprès de l'apôtre Pierre dont il s'était toujours voulu le serviteur ; ses reliques sont aujourd'hui vénérées dans la basilique vaticane.

La fête liturgique

Le culte de saint Léon est ancien et universel, mais sa date a varié :

Tradition / calendrierDate de la fêteRemarque
Église latine (ancien calendrier)11 avrilDate traditionnelle en Occident jusqu'en 1969[27]
Calendrier romain général (depuis 1969)10 novembreRamenée au jour anniversaire de sa mort[28]
Églises d'Orient18 févrierVénéré comme « Léon de Rome », défenseur de Chalcédoine[29]

Le déplacement de la fête au 10 novembre, après la réforme liturgique de 1969, a rapproché la mémoire de Léon de son dies natalis — le jour de sa naissance au Ciel.

  1. vers 390-400
    Naissance en Toscane
    Fils de Quintianus

    Léon naît en Toscane selon le Liber Pontificalis ; il se forme dans le clergé de Rome.[30]

  2. avant 440
    Archidiacre de Rome
    Un diacre déjà célèbre

    Conseiller écouté, en relation avec Cyrille d'Alexandrie, Augustin et Prosper ; mission en Gaule.[31]

  3. 29 septembre 440
    Consacré pape
    Successeur de Pierre

    Élu pendant sa mission en Gaule, il est consacré le 29 septembre 440 et commence un pontificat de vingt et un ans.[32]

  4. 449
    Le Tome à Flavien
    Le docteur de l'Incarnation

    Sa lettre dogmatique fixe la foi au Christ vrai Dieu et vrai homme ; voir l'article pape.[33]

  5. 451
    Chalcédoine : « Pierre a parlé par Léon »
    La foi reçue par le concile

    Le concile acclame son Tome comme règle de foi contre le monophysisme.[34]

  6. 452 et 455
    Attila puis Genséric
    Le pasteur devant le loup

    Il détourne Attila de Rome, puis limite le pillage vandale de Genséric.[35]

  7. 10 novembre 461
    Mort à Rome
    Enterré auprès de saint Pierre

    Léon meurt après vingt et un ans ; il est inhumé au Vatican, près de Pierre.[36]

  8. 688
    Translation des reliques
    Le pape Serge Iᵉʳ

    Serge Iᵉʳ transfère son corps dans la basilique et lui élève un autel.[37]

  9. 1754
    Docteur de l'Église
    Le pape Benoît XIV

    Benoît XIV le proclame Docteur de l'Église — le plus ancien, par son époque, des papes Docteurs.[38]

Docteur de l'Église (1754)

La proclamation par Benoît XIV

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Pendant treize siècles, Léon fut vénéré comme saint et reconnu comme Père de l'Église, mais sans le titre formel de Docteur. C'est le pape Benoît XIV qui, en 1754, l'élève à la « dignité de Docteur de l'Église »[39][40]. Léon devient ainsi, par son époque, le plus ancien des papes reconnus Docteurs de l'Église, en raison de la profondeur et de la clarté de son enseignement sur l'Incarnation et la Rédemption.

« Léon le Grand fut, en 1754, proclamé Docteur de l'Église par Benoît XIV. » — Benoît XVI, Audience générale du 5 mars 2008[41]

Ce que l'Église reconnaît en lui

En faisant de Léon un Docteur, l'Église ne récompense pas une habileté politique : elle reconnaît solennellement une doctrine. Léon a donné à la foi chrétienne sur le Christ une expression si juste qu'elle est devenue, à Chalcédoine, la règle de l'orthodoxie pour tout l'Orient et tout l'Occident. Son enseignement sur la dignité du chrétien, sur la liturgie comme actualisation du mystère, sur l'unité de la vérité et de la charité, continue de nourrir la spiritualité de l'Église. Il prend place parmi les Docteurs de l'Église, aux côtés des grands Pères latins dont il fut l'héritier.

Pourquoi prier et lire saint Léon aujourd'hui ?

Saint Léon parle à notre temps. Il a vécu, lui aussi, dans un monde qui s'effondrait — l'Empire romain d'Occident agonisait sous ses yeux —, et il n'a pas répondu à cette angoisse par la fuite, mais par une confiance enracinée dans le Christ et par un travail patient de vérité et de charité. Il enseigne au chrétien inquiet que sa dignité ne dépend pas de la solidité des empires, mais de la grâce reçue au baptême.

Il rappelle aussi que la doctrine et la vie spirituelle ne s'opposent pas : c'est parce qu'il croyait fermement au Christ vrai Dieu et vrai homme que Léon pouvait dire à chacun « reconnais ta dignité ». Loin d'être un froid juriste du dogme, il est un pasteur qui veut faire entrer ses fidèles dans la joie de l'Incarnation. Pour cela, l'Église le vénère comme saint, Père et Docteur ; pour cela, on peut encore se mettre à son école.

Comme il le dit dans son sermon anniversaire, quoique l'Église universelle soit constituée de membres aux degrés divers, elle croît tout entière dans son chef, qui est le Christ[42].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, article « Pope St. Leo I (the Great) » (newadvent.org/cathen/09154b.htm) : Léon « a native of Tuscany » selon le Liber Pontificalis, père nommé Quintianus ; archidiacre romain, mission en Gaule en 440 ; environ « ninety-six genuine » sermons et « 143 » lettres conservés, d'une « profundity, clearness of diction, and elevated style » ; mort « 10 November, 461 » ; « buried in the vestibule of St. Peter's on the Vatican » ; en 688 « Pope Sergius had his remains transferred to the basilica itself, and a special altar erected over them » ; fête « on 11 April » en Occident et « 18 February » en Orient ; « In 1754 Benedict XIV exalted him to the dignity of Doctor of the Church ».

    1 4 8 10 24 25 26 27 29 31 33 36 37
  2. Benoît XVI, Audience générale du 5 mars 2008, vatican.va (catéchèse sur saint Léon le Grand) : pontificat « tourné vers le service de la vérité dans la charité, à travers un exercice assidu de la parole » ; « nous en conservons près de cent dans un latin splendide et clair » (sermons) ; acclamation des Pères de Chalcédoine « Pierre a parlé par la bouche de Léon » ; « à un seul apôtre est confié ce qui est communiqué à tous les apôtres » ; Dieu « a envoyé son Fils dans le monde pour restituer à l'homme la dignité perdue » ; Léon « dissuada » Attila « de poursuivre la guerre d'invasion » ; « A sa mort, le 10 novembre 461, le Pape fut enterré auprès de la tombe de saint Pierre » ; « en 1754, fut proclamé Docteur de l'Église par Benoît XIV ».

    2 5 9 11 16 20 21 22 23 32 34 35 40 41
  3. Léon le Grand, Sermon 21 (« In Nativitate Domini I », premier sermon sur la Nativité du Seigneur), § I et III. Trad. d'après NPNF2-12 (newadvent.org/fathers/360321.htm ; ccel.org) et éd. Sources chrétiennes n° 22. § III : « Christian, acknowledge your dignity, and becoming a partner in the Divine nature, refuse to return to the old baseness by degenerate conduct » (« Reconnais, ô chrétien, ta dignité ! Devenu participant de la nature divine… ») ; § I : « Our Saviour, dearly-beloved, was born today: let us be glad. For there is no proper place for sadness, when we keep the birthday of the Life. »

    3 14 17
  4. Proclamation comme Docteur de l'Église : le pape Benoît XIV proclame saint Léon le Grand Docteur de l'Église en 1754. Léon est ainsi, par son époque, le plus ancien des papes reconnus Docteurs de l'Église. Cf. Catholic Encyclopedia, « Pope St. Leo I » (« In 1754 Benedict XIV exalted him to the dignity of Doctor of the Church ») ; Benoît XVI, Audience générale du 5 mars 2008.

    6 38 39
  5. Liber Pontificalis, notice de Léon Iᵉʳ : « Leo, natione Tuscus, ex patre Quintiano » — Léon, de nation toscane, fils de Quintianus. Source pour l'origine toscane et le nom du père ; les dates précises de naissance restent incertaines (estimation vers 390-400). Cf. Catholic Encyclopedia, « Pope St. Leo I ».

    7 30
  6. Léon le Grand, Sermon 74 (« De Ascensione Domini II », deuxième sermon sur l'Ascension), § II : « Quod […] Redemptoris nostri conspicuum fuit, in sacramenta transivit » — « Ce qui était visible en notre Rédempteur est passé dans les sacrements (mystères) ». Trad. d'après NPNF2-12 ; éd. Sources chrétiennes n° 74. Formule classique sur l'actualisation liturgique du mystère du salut.

    12
  7. Léon le Grand, Sermons sur le jeûne — notamment ceux des quatre-temps et du Carême (NPNF2-12) : le jeûne chrétien y est constamment lié à l'aumône et à la miséricorde envers les pauvres ; jeûner sans donner serait une dévotion vide.

    13
  8. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1691, cite saint Léon le Grand, Sermon 21, 3 : « Chrétien, reconnais ta dignité… » en tête de la troisième partie sur la vie dans le Christ — preuve de la postérité doctrinale durable de cette formule.

    15
  9. Léon le Grand, Sermons sur la Passion du Seigneur (« De Passione Domini », NPNF2-12) : la Croix y est contemplée comme le lieu où le Christ règne et sauve — celui qui souffre étant vrai homme, il peut mourir ; étant vrai Dieu, sa mort sauve le monde.

    18
  10. Léon le Grand, Sermon 82 (« In natali apostolorum Petri et Pauli », sur la fête des apôtres Pierre et Paul), § I : Pierre et Paul ont élevé Rome à devenir « gens sancta, populus electus, civitas sacerdotalis et regia », qui préside au monde « par la religion divine » plus que par « la domination terrestre ». Trad. d'après NPNF2-12 (newadvent.org/fathers/360382.htm) ; éd. Sources chrétiennes n° 200.

    19
  11. Fête liturgique : dans le Calendrier romain général réformé en 1969, la mémoire de saint Léon le Grand est fixée au 10 novembre, jour anniversaire de sa mort. Auparavant, l'Occident la célébrait le 11 avril ; les Églises d'Orient le fêtent le 18 février (« saint Léon, pape de Rome »). Cf. Calendarium Romanum (1969) ; Catholic Encyclopedia, « Pope St. Leo I ».

    28
  12. Léon le Grand, Sermon 4 (« In die assumptionis suae », sermon anniversaire de son élévation au Siège romain), § I : l'Église universelle, constituée de membres aux degrés divers, croît tout entière dans son chef qui est le Christ ; Léon y développe la doctrine de Pierre vivant en son successeur. NPNF2-12 (newadvent.org/fathers/360304.htm).

    42