Benoît XIV (Benedictus XIV), né Prospero Lorenzo Lambertini à Bologne le 31 mars 1675 et mort à Rome le 3 mai 1758, fut pape pendant près de dix-huit ans, du 17 août 1740 à sa mort.[1][2][3] Avocat, canoniste et homme de cabinet d'une érudition immense, il passe pour « le plus savant des papes » de l'âge moderne et pour l'un des pontifes les plus universellement estimés — y compris hors de l'Église, jusque dans l'Europe protestante et chez les philosophes des Lumières.[4]
Son pontificat, qui suit le très long conclave de 1740, est d'abord celui d'un législateur de l'Église. Promoteur de la foi sous quatre papes — le célèbre « avocat du diable » chargé de contester les causes de béatification —, Lambertini avait écrit avant son élection le traité De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, qui demeure le fondement de la procédure des saints.[5][6] Devenu pape, il réorganise la curie, réforme la censure des livres par la constitution Sollicita ac provida (1753), réduit le nombre des fêtes chômées (jours de fête religieuse où l'on s'abstient de travailler, comme le dimanche) et donne au gouvernement de l'Église une série d'actes doctrinaux qui font date.[7][8]
Parmi ces actes traités ici du point de vue du gouvernement pontifical : Ubi primum (1740), souvent tenue pour la première encyclique au sens moderne ; Vix pervenit (1745) sur l'usure ; Annus qui (1749) sur la musique sacrée ; la clôture des longues querelles des rites chinois et malabars (1742-1744) ; Immensa Pastorum (1741) contre l'asservissement des Indiens ; Providas Romanorum (1751) contre la franc-maçonnerie ; et l'apaisement de la querelle de la bulle Unigenitus (constitution de Clément XI de 1713 condamnant le jansénisme) en France (1756).[9][10][11][12][13][14][15] Prince temporel d'États pontificaux ravagés par la guerre de Succession d'Autriche, diplomate prudent qui signe des concordats avec la Savoie, Naples, le Portugal et l'Espagne, il fut aussi un mécène des sciences et des arts — protecteur de Laura Bassi et de Maria Gaetana Agnesi, fondateur d'académies romaines, correspondant de Voltaire.[16][17][18][19] Mort le 3 mai 1758, à la veille de la crise qui devait emporter la Compagnie de Jésus, il laisse l'image d'un pape savant, modéré et spirituel, comblé d'éloges même par ses adversaires.
Pourquoi le pape Benoît XIV compte-t-il ?
Le plus savant des papes
Le premier intérêt de Benoît XIV est intellectuel. Aucun pape de l'époque moderne n'a réuni à ce degré l'érudition du juriste, de l'historien et du théologien : reçu docteur en théologie et en l'un et l'autre droit à dix-neuf ans, lecteur de Thomas d'Aquin comme de Dante et de l'Arioste, il fut salué de son vivant comme un prodige de science.[20] Le bénédictin Bernard de Montfaucon disait de lui :
« Tout jeune qu'il est, il a deux âmes : l'une pour la science, l'autre pour la société. » — Bernard de Montfaucon, propos rapporté par la Catholic Encyclopedia[21]
Étudier son règne, c'est voir un savant gouverner l'Église universelle sans rien perdre de sa rigueur de cabinet : ses œuvres canoniques font encore autorité, et jusque parmi ses contemporains protestants — tel le mémorialiste anglais Horace Walpole — on le tint pour un honnête homme.[22]
Le pape qui a fixé les règles des canonisations
Le deuxième intérêt est canonique et spirituel. Comme promoteur de la foi, Lambertini avait passé des années à éprouver les causes des saints — à exiger des preuves, à débusquer la crédulité, à distinguer le miracle attesté de la pieuse légende.[23][24] De cette expérience naquit le traité De servorum Dei beatificatione, qui codifie la procédure rigoureuse par laquelle l'Église reconnaît la sainteté et les miracles. Loin d'opposer la science à la foi, ce travail met la science au service du discernement surnaturel : c'est l'instrument grâce auquel l'Église peut affirmer, avec une prudence éprouvée, que tel serviteur de Dieu est au Ciel et que tel miracle est authentique.[25]
Le pape du dialogue avec son siècle
Le troisième intérêt est historique. Benoît XIV règne en plein siècle des Lumières, au moment où l'Europe catholique subit la double pression des monarchies absolutistes et de la philosophie anticléricale.[26] Sans rien céder sur le dogme — il condamne la franc-maçonnerie, maintient l'Index, clôt les querelles missionnaires —, il choisit partout où il le peut la voie de la conciliation savante : concordats négociés, correspondance courtoise avec les princes et les lettrés, mécénat des académies. Cette manière d'affronter la modernité, ferme sur la foi et ouverte sur la culture, fait de lui une figure de référence pour comprendre comment l'Église traverse les Lumières.[27]
Les sources principales
La documentation sur Benoît XIV est abondante et de premier ordre, parce qu'il fut lui-même un immense écrivain ecclésiastique : ses œuvres complètes ont été éditées à Rome dès 1747-1751 en douze volumes in-folio, puis dans la meilleure édition de Prato (1844, dix-sept volumes).[28] On y lit son traité sur les canonisations, celui sur les synodes diocésains, ses Institutiones ecclesiasticae et ses centaines de lettres.
Pour la synthèse savante, la notice de référence est l'ample article « Benedetto XIV » de l'Enciclopedia dei Papi (Treccani), dû à Mario Rosa, qui reconstitue la carrière et le règne à partir des archives romaines et de la correspondance.[29] L'exposé le plus complet en langue moderne reste l'œuvre de Ludwig von Pastor, dont l'Histoire des papes fait de Benoît XIV la matière de son tome XXXV (1740-1758) et d'une partie de son tome XXXVI (1740-1769, avec Clément XIII).[30] En anglais, la biographie de Renée Haynes, Philosopher King: The Humanist Pope Benedict XIV (1970), a renouvelé l'image du pape lettré.[31] L'article de la Catholic Encyclopedia (1913), précis et fiable, sert de base à la plupart des notices, et les textes pontificaux eux-mêmes — encycliques et constitutions — sont aujourd'hui accessibles intégralement.[32][33][34]
Prospero Lambertini, l'avocat de Bologne devenu cardinal
Une jeunesse bolonaise et une double formation
Prospero Lorenzo Lambertini naît à Bologne le 31 mars 1675, dans une famille de la noblesse de robe.[35][36] Formé d'abord par des précepteurs, il entre à Rome au Collegium Clementinum, où il étudie la rhétorique, la philosophie et la théologie ; il préfère saint Thomas d'Aquin, mais excelle surtout dans les études historiques et juridiques.[37] En 1694, à dix-neuf ans, il est reçu docteur en théologie et docteur en l'un et l'autre droit (droit canonique et droit civil) — une double compétence qui décidera de toute sa carrière.[38]
Le promoteur de la foi et l'« avocat du diable »
Lambertini gravit alors les degrés de l'administration ecclésiastique romaine : avocat consistorial (juriste admis à plaider devant le Consistoire, l'assemblée des cardinaux présidée par le pape), promoteur de la foi en 1708, chanoine théologal de Saint-Pierre en 1712, secrétaire de la Congrégation du Concile (le dicastère romain chargé de faire appliquer les décrets du concile de Trente) en 1718.[39][40] La charge de promoteur de la foi — que la culture populaire appellera l'« avocat du diable » (advocatus diaboli) — consiste à contester systématiquement, devant la Congrégation des Rites, les vertus et les miracles allégués dans une cause de béatification.[41][42] Pendant des années, Lambertini est donc l'homme qui doute par office, qui exige les preuves, qui démonte les arguments fragiles. C'est à ce poste qu'il acquiert sa connaissance inégalée des procès de canonisation — et qu'il prépare la canonisation de saint Pie V.[43]
De servorum Dei beatificatione : le code des saints
De cette expérience sort son chef-d'œuvre canonique, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione (Sur la béatification des serviteurs de Dieu et la canonisation des bienheureux), rédigé en quatre livres entre 1734 et 1738.[44] L'ouvrage fixe avec une minutie restée célèbre la procédure des causes : enquête sur les vertus héroïques, examen critique des écrits, vérification médicale et théologique des miracles, rôle du promoteur de la foi.[45][46] Le canoniste Johann Friedrich von Schulte tenait son autre grand traité, De synodo dioecesana, pour « l'une des œuvres les plus importantes, sinon la plus importante, du droit canonique moderne ».[47] Aujourd'hui encore, malgré les réformes de la procédure, De servorum Dei beatificatione reste le socle doctrinal de la manière dont l'Église discerne la sainteté et les miracles — preuve que la rigueur de l'enquête ne s'oppose pas à la confiance dans le surnaturel, mais la garantit.
Archevêque d'Ancône puis de Bologne
La carrière de Lambertini bascule du cabinet au gouvernement pastoral. Nommé archevêque titulaire de Théodosie le 12 juin 1724 — sacré le 16 juillet 1724 par Benoît XIII —, il devient archevêque d'Ancône en 1727, est créé cardinal in pectore le 9 décembre 1726 — publiquement le 30 avril 1728, avec le titre de Sainte-Croix-de-Jérusalem —, puis archevêque de Bologne en 1731.[48][49][50] À Bologne, sa ville natale, il se révèle un pasteur actif : il prêche, tient des synodes, soutient l'Institut des Sciences et l'Académie Clémentine de peinture, et observe de près le foisonnement intellectuel de la plus vieille université d'Europe.[51] Ces neuf années d'épiscopat dans une grande ville savante préparent directement le pape lettré qu'il deviendra.
Le conclave de 1740, le plus long des temps modernes
Six mois de blocage
Après la mort de Clément XII, le 6 février 1740, le conclave s'ouvre le 18 février 1740 — la Catholic Encyclopedia donne pour sa part le 17 février — : le plus long de l'époque moderne, il durera six mois.[52][53] Les cardinaux, divisés entre les couronnes (France, Espagne, Empire) et les partis romains, ne parviennent pas à dégager une majorité. La mort, le 29 février 1740, du favori Pietro Ottoboni désorganise encore les calculs ; les candidatures de Neri Corsini, d'Annibale Albani, de Pompeo Aldrovandi ou de Giacomo Lanfredini échouent tour à tour.[54][55] Pendant ces mois d'été romain, plusieurs cardinaux tombent malades ; l'opinion s'impatiente.
« Si vous voulez un saint... » : l'élection du candidat de compromis
C'est dans ce blocage que la figure du cardinal Lambertini s'impose comme candidat de compromis, acceptable par tous les partis. La tradition lui prête une saillie restée célèbre, adressée au Sacré Collège épuisé :
« Si vous voulez un saint, prenez Gotti ; un homme d'État, élisez Aldrovandi ; un honnête homme, élisez-moi. » — Cardinal Lambertini, propos rapporté au conclave de 1740[56]
L'élection a lieu le 17 août 1740, au 255ᵉ scrutin, vers neuf heures du soir.[57][58] Le trait d'esprit, qu'il soit historique ou enjolivé, dit bien la manière du nouveau pape : la simplicité, l'humour et le refus de se prendre pour ce qu'il n'était pas.
Le choix du nom de Benoît XIV
Le nouvel élu prend le nom de Benoît XIV, en hommage à son protecteur Benoît XIII (1724-1730), le pape dominicain qui l'avait créé cardinal (in pectore le 9 décembre 1726, publié le 30 avril 1728) et nommé archevêque d'Ancône — son transfert à l'archevêché de Bologne, le 30 avril 1731, étant l'œuvre de Clément XII.[59][60] Il est couronné le 21 août 1740 par le cardinal protodiacre.[61] Le choix du nom souligne une continuité : Lambertini se veut l'héritier d'un pape pasteur et réformateur, mais il y ajoute la dimension du savant que son prédécesseur n'avait pas.
Le gouvernement de l'Église : un pape réformateur
Réformer la curie et les procédures
À peine élu, Benoît XIV met sa science canonique au service du gouvernement. Il réorganise le travail de la curie, simplifie le système des congrégations, précise par une série de constitutions le fonctionnement des tribunaux et des dicastères romains.[62] Conscient de l'état désastreux des finances pontificales — une dette montée à 56 millions d'écus et un déficit de 200 000 écus pour l'année 1743[63] —, il s'abstient pendant trois ans de créer des cardinaux (première création le 9 septembre 1743), réduit les dépenses militaires, encourage l'agriculture et le commerce, et tente d'assainir le budget des États pontificaux.[64][65] Il résumait lui-même, non sans ironie, la difficulté de gouverner Rome :
« Le pape ordonne, les cardinaux n'obéissent pas, et le peuple fait ce qui lui plaît. » — Benoît XIV, mot rapporté par ses biographes[66]
De synodo dioecesana et la réforme pastorale
Le pape canoniste ne sépare jamais l'administration de la réforme pastorale. Son traité De synodo dioecesana, publié en 1748, devient le manuel du gouvernement diocésain : il rappelle l'obligation de résidence des évêques (constitution Ad universae christianae reipublicae, 3 septembre 1746), encadre les synodes, la prédication, l'administration des sacrements.[67][68] Il réforme le Martyrologe romain (nouvelle édition en 1748) et le Cæremoniale Episcoporum (1752), tout en se montrant prudent en matière liturgique : il confie au jésuite Fabio Danzetto un projet de refonte du bréviaire, mais le juge trop radical et l'abandonne, ne retenant guère que l'attribution du titre de docteur de l'Église à saint Léon le Grand.[69]
La réduction des fêtes chômées
Mesure typique de son réalisme pastoral et social, Benoît XIV entreprend de réduire le nombre des fêtes chômées — ces jours fériés religieux, devenus si nombreux qu'ils pesaient sur les pauvres en les privant de salaire. La réforme, d'abord appliquée aux États pontificaux et à l'Italie (1742), est progressivement étendue à plusieurs pays d'Europe entre 1748 et 1754.[70][71] Le souci est à la fois spirituel — rendre aux fêtes maintenues leur dignité — et économique : ne pas accabler les travailleurs.
La réforme de l'Index : Sollicita ac provida (1753)
Le 9 juillet 1753, par la constitution Sollicita ac provida, Benoît XIV réforme la procédure de la censure des livres et de l'Index des livres interdits.[72] C'est le premier règlement officiel encadrant le travail des censeurs : il impose une procédure plus soigneuse, exige que les ouvrages soient examinés sérieusement, et accorde davantage de garanties aux auteurs mis en cause — possibilité d'être entendus, choix de censeurs compétents et impartiaux.[73] Là où l'on attendrait du pape des Lumières une simple rigueur, on trouve un juriste soucieux d'équité : la défense de la foi doit s'exercer avec méthode et justice, non par l'arbitraire.
Les grands actes doctrinaux du pontificat
Ubi primum (1740), souvent tenue pour la première encyclique moderne
Le 3 décembre 1740, quelques mois après son élection, Benoît XIV adresse aux évêques la lettre Ubi primum, sur les devoirs des évêques et le respect des normes du concile de Trente.[74][75] C'est le premier document pontifical à se désigner lui-même comme « encyclique » — d'où son statut, chez les historiens du magistère, de première encyclique au sens moderne : une lettre circulaire, doctrinale et pastorale, adressée à l'ensemble de l'épiscopat pour enseigner et gouverner.[76] Avec Benoît XIV s'installe ainsi un genre appelé à devenir, jusqu'à nos jours, l'instrument privilégié du magistère pontifical ordinaire.
Vix pervenit (1745) : l'usure
Le 1ᵉʳ novembre 1745, l'encyclique Vix pervenit réaffirme la doctrine catholique sur l'usure, au moment où l'essor du capitalisme heurtait la tradition scolastique.[77][78] Le texte distingue le prêt (mutuum) des autres contrats et énonce la définition classique :
« Le péché tient à ce que, parfois, le créancier veut plus qu'il n'a donné. Il prétend qu'un gain lui est dû au-delà de ce qu'il a prêté ; mais tout gain qui excède ce qu'il a remis est illicite et usuraire. » — Benoît XIV, encyclique Vix pervenit, 1ᵉʳ novembre 1745[79]
L'encyclique précise aussitôt que d'autres titres (le risque réel, le dommage subi, le manque à gagner) peuvent légitimement justifier un intérêt : la condamnation vise le gain réclamé par le seul fait du prêt, non toute rémunération du capital.[80] Adressée aux évêques d'Italie, Vix pervenit est un acte de gouvernement doctrinal d'une grande finesse, où le canoniste équilibre principe et application.
Annus qui (1749) : la musique sacrée
Le 19 février 1749, en préparation du Jubilé, l'encyclique Annus qui devient le premier document pontifical entièrement consacré à la musique sacrée.[81] Benoît XIV y dénonce l'envahissement du profane dans les églises — théâtralité, instruments mondains, irrévérence —, demande la dignité du chant liturgique et rappelle l'entretien et la propreté des lieux saints.[82][83] Loin d'interdire la musique, le pape veut qu'elle serve la prière au lieu de la distraire : c'est le même souci d'ordre et de mesure qui anime tout son pontificat.
La fin de la querelle des rites chinois et malabars
Benoît XIV clôt, par deux constitutions sévères, la longue querelle des rites qui déchirait les missions d'Asie depuis plus d'un siècle. Ex quo singulari (11 juillet 1742) interdit définitivement aux missionnaires de Chine de tolérer les rites confucéens et le culte des ancêtres ; Omnium sollicitudinum (12 septembre 1744) fait de même pour les rites malabars de l'Inde.[84][85] Du point de vue du gouvernement de l'Église, ces actes mettent un terme à une controverse missionnaire et disciplinaire qui ne pouvait demeurer ouverte : l'Église y exerce son autorité doctrinale en jugeant que l'annonce de l'Évangile ne peut accueillir des rites exprimant un culte incompatible avec la foi au Christ. L'examen détaillé du fond — l'adaptation de l'Évangile aux cultures, les arguments des jésuites et de leurs adversaires — relève des articles dédiés.[86]
📖 Voir l'article détaillé : La controverse des rites chinois et Les missions jésuites en Chine
Immensa Pastorum (1741) : contre l'asservissement des Indiens
Le 20 décembre 1741, la constitution Immensa Pastorum Principis condamne, sous peine d'excommunication, l'asservissement des populations indigènes d'Amérique, en particulier au Brésil et au Paraguay, et la traite de ces hommes réduits en esclavage.[87][88] L'acte prolonge une tradition pontificale ancienne de défense des Indiens et soutient l'œuvre des réductions jésuites du Paraguay alors menacées. On notera honnêtement que le texte vise les Amérindiens et ne traite pas de l'esclavage des Africains, distinct, qui appellera d'autres condamnations.[89]
📖 Voir l'article détaillé : L'évangelisation des Indiens et L'esclavage des Noirs et l'Église
Providas Romanorum (1751) : la condamnation de la franc-maçonnerie
Le 18 mars 1751, par la constitution Providas Romanorum, Benoît XIV renouvelle et renforce la condamnation de la franc-maçonnerie portée par Clément XII dans In eminenti (1738).[90] Le pape reproche aux loges leur naturalisme, leurs serments secrets, leur indifférentisme religieux et le danger qu'elles font courir à l'Église comme à l'État ; il interdit aux catholiques d'y adhérer sous peine d'excommunication réservée.[91][92] L'acte montre que la modération du pape lettré ne se confond jamais avec la complaisance doctrinale.
Le règlement de la querelle de l'Unigenitus (1756)
Vieux contentieux français, la querelle de la bulle Unigenitus (1713, contre le jansénisme) empoisonnait encore l'Église de France, où l'on refusait les sacrements aux opposants de la bulle.[93][94] Par l'encyclique Ex omnibus christiani orbis (16 octobre 1756), Benoît XIV cherche l'apaisement : il maintient l'autorité de la bulle, mais demande qu'on ne refuse pas publiquement les sacrements pour ce seul motif, sauf cas de résistance notoire et obstinée.[95] Là encore, l'angle est celui du gouvernement : ramener la paix sans céder sur la doctrine.
Le pasteur de la chrétienté : canonisations et Jubilé de 1750
Les saints de 1746
Le pape qui avait écrit le code des canonisations ne pouvait que soigner les causes des saints. Le 29 juin 1746, Benoît XIV canonise solennellement cinq bienheureux : Camille de Lellis, fondateur des Camilliens et patron des infirmiers ; Catherine de Ricci, dominicaine mystique de Prato ; Fidèle de Sigmaringen, capucin martyr ; Joseph de Léonesse, capucin prédicateur ; et Pierre Regalado, franciscain réformateur.[96] Ces canonisations, conduites selon ses propres règles, illustrent la confiance de l'Église dans le surnaturel éprouvé : des vies héroïques et des miracles vérifiés, non de pieuses légendes.
Le Jubilé de 1750 et le chemin de croix du Colisée
Par la bulle Peregrinantes (1749), Benoît XIV convoque l'Année sainte de 1750.[97] Il appelle à Rome le grand prédicateur franciscain saint Léonard de Port-Maurice, qui remplit la ville de prédications et de chemins de croix.[98] C'est à cette occasion que Léonard installe, au cœur des ruines du Colisée, un chemin de croix de quatorze stations et plante une grande croix en son centre — consacrant l'amphithéâtre au souvenir de la Passion et des martyrs. Le Jubilé de 1750 reste l'un des moments les plus populaires et spirituels du pontificat.
Le prince temporel et la diplomatie des concordats
Les États pontificaux dans la guerre de Succession d'Autriche
Le règne de Benoît XIV coïncide avec la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), qui ravage l'Italie. Les armées espagnoles, napolitaines et autrichiennes traversent et occupent tour à tour des portions des États pontificaux, que le pape, neutre et désarmé, ne peut protéger.[99][100] Le traité d'Aix-la-Chapelle (1748) ignore largement les protestations pontificales et attribue les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla à un Bourbon. Benoît XIV en tire la leçon de sa faiblesse temporelle : son autorité est désormais d'abord spirituelle.
Les concordats avec les monarchies catholiques
Face à des monarchies de plus en plus jalouses de leur souveraineté, Benoît XIV pratique une diplomatie de la concession mesurée. Il signe une série de concordats : avec la Savoie (5 janvier 1741), le royaume de Naples (2 juin 1741) et surtout l'Espagne (11 janvier 1753), tandis qu'au Portugal il accordait dès 1740 le droit de patronage sur les sièges et abbayes du royaume.[101][102] Ces accords reconnaissent aux souverains de larges droits de présentation aux bénéfices en échange du maintien de l'autorité spirituelle et juridictionnelle du Saint-Siège. Critiqué par certains pour avoir trop concédé, le pape y voyait le moyen réaliste d'éviter les ruptures et de préserver l'essentiel à une époque de regalisme triomphant.[103]
Un pape estimé des cours protestantes
Fait remarquable, Benoît XIV est estimé au-delà du monde catholique. Il reconnut le titre de roi de Prusse à Frédéric II malgré la vive opposition de nombreux membres de la Curie[104] ; selon les notices, il permit à Marie-Thérèse d'Autriche de tolérer les protestants dans ses États, tout en lui recommandant d'en rechercher la conversion avec une douceur chrétienne[105]. Marie-Thérèse elle-même le tenait pour « le sage par excellence »[106]. Cette estime universelle, rare pour un pape, tient à sa modération et à sa science reconnues de tous.
Le pape des savants et des artistes
Les académies romaines et les musées
Le mécénat de Benoît XIV est à la mesure de son érudition. Il fonde à Rome quatre académies consacrées aux antiquités romaines, aux antiquités chrétiennes, à l'histoire de l'Église et des conciles, et au droit canonique et à la liturgie.[107][108] Il crée les musées Sacré et Profane du Vatican — noyau des futurs musées du Vatican —, fait cataloguer les manuscrits de la Bibliothèque vaticane par Joseph Assemani, établit des chaires de chimie et de mathématiques à la Sapience, et restaure églises et monuments.[109][110] Il offrit aussi à l'Institut des Sciences de Bologne sa bibliothèque personnelle de plusieurs milliers de volumes.[111]
Laura Bassi, Maria Gaetana Agnesi : le mécénat scientifique
Le soutien de Benoît XIV aux femmes savantes de son temps est un trait notable. À Bologne, il favorise la carrière de Laura Bassi, l'une des premières femmes au monde à enseigner la physique à l'université, et appuie la mathématicienne milanaise Maria Gaetana Agnesi, à qui il propose en 1748 une chaire de mathématiques à Bologne.[112][113] Pour un pape du XVIIIᵉ siècle, encourager ainsi la science féminine témoigne d'une ouverture intellectuelle exceptionnelle, parfaitement cohérente avec sa conviction que la foi n'a rien à craindre du savoir.
Voltaire et le « chef de la véritable religion »
L'épisode le plus célèbre du dialogue de Benoît XIV avec les Lumières reste sa correspondance avec Voltaire. En 1745, le philosophe demande au pape d'accepter la dédicace de sa tragédie Le Fanatisme, ou Mahomet le Prophète — pièce dirigée contre l'imposture religieuse. Benoît XIV accepte et lui envoie des médailles d'or, selon l'usage.[114][115] La dédicace de Voltaire était formulée ainsi :
« Au chef de la véritable religion un écrit contre le fondateur d'une religion fausse et barbare. » — Voltaire, dédicace de Mahomet à Benoît XIV, 1745[116]
Voltaire composa même un distique latin pour un portrait du pape, célébrant « Lambertini, l'honneur de Rome et le père du monde, qui a instruit l'univers par ses écrits et l'orne de ses vertus ».[117] Critiqué pour cette familiarité avec l'anticlérical le plus en vue d'Europe, Benoît XIV répondait qu'il importait de garder quelque lien avec un homme de cette influence dans la République des lettres.[118] L'épisode est devenu le symbole d'un pape capable de parler à son siècle sans rien renier de sa foi.
La fin du règne et la mort (1758)
Les premières ombres : l'affaire des jésuites
Le crépuscule du pontificat est assombri par la montée de l'hostilité contre la Compagnie de Jésus, attaquée de toutes parts par les monarchies et les Lumières. Au Portugal, le ministre Pombal mène une campagne implacable. Le 1ᵉʳ avril 1758, peu avant sa mort, Benoît XIV signe — sous la pression de la cour de Lisbonne — un bref confiant au cardinal Saldanha une visite réformatrice des collèges et maisons jésuites du Portugal.[119][120] Cet acte, le dernier important de son règne, ouvre la voie aux persécutions qui aboutiront, sous Clément XIV, à la suppression de la Compagnie en 1773 ; son successeur immédiat Clément XIII retira d'ailleurs aussitôt les pouvoirs accordés à Saldanha.[121]
La mort du 3 mai 1758
Affaibli par la gravelle et la goutte, Benoît XIV meurt à Rome le 3 mai 1758, dans sa quatre-vingt-quatrième année, après dix-sept ans, huit mois et seize jours de pontificat.[122][123] La tradition lui prête, sur son lit de mort, le vieux mot de l'éphémère gloire humaine, « Sic transit gloria mundi » (Ainsi passe la gloire du monde), suivi de cet aveu d'humilité :
« Je tombe maintenant dans le silence et l'oubli, le seul lieu qui m'appartienne. » — Benoît XIV, paroles attribuées à ses derniers jours[124]
Il est inhumé à la basilique Saint-Pierre, où Pietro Bracci lui élèvera un monument funéraire.[125]
Postérité de Benoît XIV
Le jugement de l'histoire
Rares sont les papes aussi unanimement loués. Le mémorialiste anglais et protestant Horace Walpole rédigea, un an avant la mort du pape, une inscription pour un portrait en bas-relief de Benoît XIV, restée célèbre :
« Aimé des catholiques, estimé des protestants ; un prêtre sans insolence ni intérêt, un prince sans favoris, un pape sans népotisme, un auteur sans vanité, un homme que ni l'intelligence ni le pouvoir ne purent corrompre. » — Horace Walpole, sur Benoît XIV[126]
L'historiographie moderne reconnaît en lui un administrateur lucide, un canoniste de génie et un esprit d'une rare ouverture, tout en discutant sa politique des concordats, jugée parfois trop favorable aux couronnes.[127][128] Mais nul ne conteste son honnêteté ni sa science.
Le pape savant dans la mémoire de l'Église
Au-delà de l'histoire politique, Benoît XIV demeure dans la mémoire de l'Église comme le pape savant et modéré : celui qui a fixé les règles de la sainteté, à qui l'on attribue souvent la forme moderne de l'encyclique, défendu les Indiens et condamné la franc-maçonnerie, dialogué avec les philosophes sans céder sur la foi. Son pontificat montre qu'au cœur même du siècle des Lumières, l'Église a su opposer à l'esprit du temps non pas la peur, mais une intelligence croyante — ferme sur le dogme, ouverte sur la culture, confiante dans l'accord de la foi et de la raison.
Chronologie
- 31 mars 1675Naissance à Bologne
Prospero Lorenzo Lambertini naît à Bologne dans une famille de la noblesse de robe.
- 1694Double doctorat
À dix-neuf ans, il est reçu docteur en théologie et en l'un et l'autre droit.
- 1708Promoteur de la foi
Il devient le célèbre « avocat du diable », chargé de contester les causes de béatification.
- 1727-1731Archevêque d'Ancône puis de Bologne
Créé cardinal en 1728, il gouverne neuf ans sa ville natale de Bologne.
- 1734-1738De servorum Dei beatificatione
Il publie le grand traité qui fixe la procédure des béatifications et canonisations.
- 17 août 1740Élection au pontificat
Élu pape au 255ᵉ scrutin, après le plus long conclave de l'époque moderne (six mois).
- 3 décembre 1740Ubi primum
Souvent tenue pour la première encyclique au sens moderne ; sur les devoirs des évêques.
- 20 décembre 1741Immensa Pastorum
Condamnation, sous peine d'excommunication, de l'asservissement des Indiens d'Amérique.
- 1742-1744Clôture des querelles des rites
Ex quo singulari (rites chinois) et Omnium sollicitudinum (rites malabars).
- 1er novembre 1745Vix pervenit
Encyclique sur l'usure, qui réaffirme et nuance la doctrine traditionnelle.
- 29 juin 1746Les canonisations
Camille de Lellis, Catherine de Ricci, Fidèle de Sigmaringen, Joseph de Léonesse, Pierre Regalado.
- 1750L'Année sainte
Jubilé prêché par saint Léonard de Port-Maurice ; chemin de croix planté au Colisée.
- 18 mars 1751Providas Romanorum
Renouvellement de la condamnation de la franc-maçonnerie.
- 11 janvier 1753Concordat avec l'Espagne
Aboutissement de la diplomatie des concordats avec les monarchies catholiques.
- 9 juillet 1753Sollicita ac provida
Réforme de la censure des livres et de l'Index, avec plus de garanties pour les auteurs.
- 16 octobre 1756Ex omnibus christiani orbis
Apaisement de la querelle française de l'Unigenitus.
- 3 mai 1758Mort à Rome
Benoît XIV meurt au Quirinal, à la veille de la crise des jésuites.
Pour aller plus loin
- Le pape Clément XII (1730-1740) — son prédécesseur, à la mort duquel s'ouvrit le conclave de 1740, et auteur de la première condamnation de la franc-maçonnerie (In eminenti, 1738).
- Le pape Clément XIII (1758-1769) — son successeur, qui retira les pouvoirs accordés au cardinal Saldanha et défendit la Compagnie de Jésus.
- Le pape Benoît XIII (1724-1730) — le pape dominicain qui fit de Lambertini un cardinal et un archevêque, et dont il reprit le nom.
- Le pape Clément XIV (1769-1774) — qui supprima la Compagnie de Jésus en 1773, au terme du processus amorcé à la fin du règne de Benoît XIV.
- La controverse des rites chinois — la querelle missionnaire close par Ex quo singulari (1742).
- Les missions jésuites en Chine — l'arrière-plan des rites chinois et de leur condamnation.
- L'évangelisation des Indiens et L'esclavage des Noirs et l'Église — pour situer Immensa Pastorum (1741).
- Les États pontificaux — le cadre temporel du pouvoir pontifical, éprouvé pendant la guerre de Succession d'Autriche.
Notes et références
Catholic Encyclopedia (1913), « Pope Benedict XIV », New York, Robert Appleton Company (en.wikisource.org) : Prospero Lambertini né à Bologne le 31 mars 1675, formé au Collegium Clementinum de Rome (rhétorique, philosophie, théologie ; préférence pour saint Thomas, excellence en études historiques et juridiques) ; docteur en théologie et en l'un et l'autre droit en 1694 à dix-neuf ans ; promoteur de la foi (1708), chanoine théologal de Saint-Pierre (1712), secrétaire de la Congrégation du Concile (1718) ; archevêque titulaire de Théodosie (la notice écrit « 1725 », datation que les registres corrigent : nomination le 12 juin 1724, sacre le 16 juillet 1724 — voir la note Miranda ci-dessous), archevêque d'Ancône (1727), cardinal (30 avril 1728), archevêque de Bologne (1731) ; élu pape après un conclave de six mois ; œuvres complètes éditées à Rome (1747-1751, 12 vol. in-folio), Venise (1788), Prato (1844, 17 vol.) ; traités De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione et De synodo dioecesana (que Schulte juge « l'une des œuvres les plus importantes, sinon la plus importante, du droit canonique moderne ») ; prudence liturgique (réforme du bréviaire abandonnée, titre de docteur à Léon le Grand, Martyrologe romain réédité en 1748, Cæremoniale Episcoporum en 1752) ; fondation de quatre académies romaines et d'un musée chrétien, catalogue des manuscrits vaticans par Assemani, chaires de chimie et de mathématiques à la Sapience ; mot rapporté par la CE à l'endroit exact : « How serious the problem was is best seen from his own words: "The pope orders, the cardinals do not obey, and the people do as they please." » (newadvent.org) — d'où la traduction de l'article : « Le pape ordonne, les cardinaux n'obéissent pas, et le peuple fait ce qui lui plaît » ; mort le 3 mai 1758. Diplomatie (endroits exacts, même notice) : « The King of Portugal received the right of patronage over all the sees and abbeys in his kingdom (1740) and was further favoured with the title of Rex Fidelissimus (1748) » ; « The title of King of Prussia, taken in 1701 by the Elector of Brandenburg, was recognized by Benedict against the vigorous opposition of many members of the Curia. He was referred to as the sage par excellence by Maria Theresa » ; « Benedict wisely abandoned, in most cases, the shadow of temporal authority to maintain the substance of spiritual supremacy. »
1 4 5 20 23 28 32 35 37 38 39 41 45 47 49 60 66 69 104 106 108 127« Benoît XIV », notice encyclopédique de référence en français (fr.wikipedia.org) : conclave de 1740 (six mois, le plus long des temps modernes, 255ᵉ scrutin, candidats écartés Ottoboni, Corsini, Albani, Aldrovandi, Lanfredini, élection le 17 août 1740 vers 21 h) ; carrière (avocat consistorial 1701, promoteur de la foi 1708 obtenant la canonisation de Pie V, chanoine de Saint-Pierre 1712, archevêque de Théodosie 1724-1727, d'Ancône 1727-1731, cardinal in pectore le 9 décembre 1726 puis publiquement le 30 avril 1728, archevêque de Bologne 1731-1754) ; encycliques et bulles (Ubi primum 3 décembre 1740, Immensa Pastorum 20 décembre 1741, Ex quo singulari 11 juillet 1742, Omnium sollicitudinum 12 septembre 1744, Annus qui 1749, Providas Romanorum 18 mars 1751, Sollicita ac provida 9 juillet 1753, Ex omnibus christiani orbis 16 octobre 1756) ; réduction des jours de précepte (Italie 1742, Europe 1748-1754) ; mécénat (Académie Clémentine de Bologne, Institut des Sciences, soutien à Laura Bassi et Maria Gaetana Agnesi, musées Sacré et Profane du Vatican, donation de sa bibliothèque personnelle à Bologne, restauration de la cathédrale de Bologne et du sanctuaire de la Madonna di San Luca) ; accords avec les couronnes (Savoie 5 janvier 1741, Naples 2 juin 1741, Espagne 1753 ; pour le Portugal voir [^concordats]) ; guerre de Succession d'Autriche et traité d'Aix-la-Chapelle (1748) ; affaire des jésuites en 1758 ; mort le 3 mai 1758, successeur Clément XIII. Tolérance autrichienne (passage exact de la notice) : « ... permit à l'impératrice Marie-Thérèse de tolérer les protestants dans ses États, tout en lui recommandant d'en rechercher avec une douceur chrétienne la conversion » (d'après Rendina 2005, p. 723). Historiographie (passage exact) : « Objet d'une vive controverse historiographique, partagée entre historiens favorables au pape bolognais pour son esprit prophétique dans l'administration de l'Église, et intellectuels critiques à son égard pour sa politique concordataire complaisante ». En revanche la notice ne contient pas la formule « le sage par excellence », désormais sourcée à la Catholic Encyclopedia (voir [^ce]).
2 26 36 40 43 53 55 62 68 71 75 83 92 94 100 102 105 110 111 113 115 128« Pope Benedict XIV », notice encyclopédique de référence en anglais (en.wikipedia.org) : Prospero Lorenzo Lambertini, né le 31 mars 1675 à Bologne, mort le 3 mai 1758 à Rome (83 ans), pape du 17 août 1740 au 3 mai 1758 ; conclave ouvert le 18 février 1740, élu au 255ᵉ scrutin le 17 août 1740 ; cardinal-prêtre de Sainte-Croix-de-Jérusalem (1728-1740), archevêque d'Ancône (1727-1731) et de Bologne (1731-1754) ; dette héritée de 56 millions d'écus, déficit annuel supérieur à 200 000 écus, réduction des dépenses militaires, fiscalité nouvelle, encouragement de l'agriculture et du libre-échange ; Pastoralis Romani Pontificis (30 mars 1741), Immensa Pastorum Principis (20 décembre 1741, contre l'asservissement des Indiens), Ex quo singulari (11 juillet 1742, rites chinois), Omnium sollicitudinum (12 septembre 1744, rites malabars), Vix pervenit (1745, usure), Magnae nobis admirationis (29 juin 1748, mariages mixtes), Annus qui (1749, musique sacrée), Providas Romanorum (18 mars 1751, franc-maçonnerie), Sollicita ac provida (9 juillet 1753, Index), Ex omnibus christiani orbis (16 octobre 1756, Unigenitus) ; musées Sacré et Profane, 3 300 livres ajoutés à la Bibliothèque vaticane, chemin de croix du Colisée pendant le Jubilé de 1750, 64 cardinaux créés (dont Henry Benedict Stuart en 1747), sept saints canonisés ; reconnaissance du titre de roi de Prusse ; bref du 1ᵉʳ avril 1758 commettant le cardinal Saldanha à la réforme des jésuites du Portugal, retiré par Clément XIII ; éloge d'Horace Walpole ; derniers mots « Sic transit gloria mundi ». Première création cardinalice le 9 septembre 1743 (« Cardinals created by Benedict XIV », en.wikipedia.org).
3 50 57 64 78 85 88 120 123Prospero Lambertini (futur Benoît XIV), De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, 4 livres, première édition Bologne, 1734-1738 : traité fondateur de la procédure moderne de béatification et de canonisation, fruit de l'expérience de l'auteur comme promoteur de la foi ; il codifie l'enquête sur les vertus héroïques, l'examen critique des écrits et la vérification médicale et théologique des miracles. Source : Catholic Encyclopedia (1913), « Pope Benedict XIV » (en.wikisource.org). Demeure le socle doctrinal du discernement des causes des saints.
6 24 25 42 44 46Benoît XIV, constitution Sollicita ac provida, 9 juillet 1753, première réglementation officielle de la procédure de censure des livres par la Congrégation de l'Index et le Saint-Office : examen plus soigneux des ouvrages, choix de censeurs compétents et impartiaux, garanties accrues pour les auteurs incriminés. Sources : notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org) ; H. Wolf et al., études sur Sollicita ac provida et la réforme de la censure (Münster, projet « Römische Inquisition und Indexkongregation »).
7 72 73La réduction des fêtes chômées : Benoît XIV réduisit le nombre des jours de précepte (fêtes religieuses chômées) d'abord dans les États pontificaux et en Italie (1742), réforme progressivement étendue à plusieurs pays d'Europe entre 1748 et 1754, pour des motifs à la fois spirituels (dignité des fêtes maintenues) et sociaux (ne pas priver les pauvres de salaire). Source : notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org).
8 70Benoît XIV, encyclique Ubi primum, donnée à Sainte-Marie-Majeure le 3 décembre 1740 (page Papal Encyclicals Online datée du 1740-12-03, adressée « To Our Venerable Brothers, the Patriarchs, the Primates, the Archbishops, and the Bishops » : papalencyclicals.net), sur les devoirs des évêques et le respect des décrets du concile de Trente. Premier document pontifical à se qualifier lui-même d'encyclique (« Ubi primum (1740) », en.wikipedia.org : « the first papal document to call itself an encyclical ») — d'où son statut de première « encyclique » au sens moderne ; le recueil de référence de Claudia Carlen, The Papal Encyclicals 1740-1981, fait d'ailleurs commencer l'ère des encycliques avec Benoît XIV. Voir aussi Encyclopædia Britannica, « Ubi primum ».
9 33 74 76Benoît XIV, encyclique Vix pervenit, 1ᵉʳ novembre 1745, adressée aux évêques d'Italie, sur les contrats et l'usure (papalencyclicals.net). Définition centrale (section I) : « Le péché tient à ce que, parfois, le créancier veut plus qu'il n'a donné [...] mais tout gain qui excède ce qu'il a remis est illicite et usuraire. » Texte original anglais : « The sin rests on the fact that sometimes the creditor desires more than he has given... but any gain which exceeds the amount he gave is illicit and usurious. » L'encyclique réserve la légitimité d'un intérêt fondé sur d'autres titres (risque, dommage, manque à gagner). Comme elle est adressée aux seuls évêques d'Italie, elle n'est généralement pas tenue pour un acte ex cathedra. Voir aussi « Vix pervenit » (en.wikipedia.org).
10 34 77 79 80Benoît XIV, encyclique Annus qui hunc, 19 février 1749, adressée aux évêques des États pontificaux, sur l'entretien et la propreté des églises, le déroulement des offices et la musique sacrée, en préparation de l'Année sainte. Premier document pontifical entièrement consacré à la musique sacrée : il condamne l'intrusion du profane et le théâtral dans le chant liturgique. Texte : Papal Encyclicals Online (papalencyclicals.net).
11 81 82La clôture des querelles des rites : Benoît XIV, constitution Ex quo singulari du 11 juillet 1742 (interdiction définitive des rites chinois et du culte des ancêtres aux missionnaires de Chine) et constitution Omnium sollicitudinum du 12 septembre 1744 (condamnation des rites malabars en Inde). Sources : « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org) et notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org). Le fond de la controverse (adaptation de l'Évangile aux cultures, arguments des jésuites et de leurs adversaires) relève des articles dédiés La controverse des rites chinois et Les missions jésuites en Chine.
12 84 86Benoît XIV, constitution Immensa Pastorum Principis, 20 décembre 1741, condamnant sous peine d'excommunication l'asservissement et la traite des populations indigènes d'Amérique (notamment au Brésil et au Paraguay) et soutenant les réductions jésuites. Le texte vise les Amérindiens et ne traite pas de l'esclavage des Africains. Sources : « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org). Voir L'évangelisation des Indiens et L'esclavage des Noirs et l'Église.
13 87 89Benoît XIV, constitution apostolique Providas Romanorum, 18 mars 1751, renouvelant et renforçant la condamnation de la franc-maçonnerie portée par Clément XII dans In eminenti apostolatus specula (1738) : reproches de naturalisme, de serments secrets, d'indifférentisme religieux et de danger pour l'Église et l'État ; interdiction faite aux catholiques d'y adhérer sous peine d'excommunication. Sources : « Providas Romanorum » et « Papal ban of Freemasonry » (en.wikipedia.org).
14 90 91Benoît XIV, encyclique Ex omnibus christiani orbis, 16 octobre 1756, sur l'application de la bulle Unigenitus (Clément XI, 1713) en France : maintien de l'autorité de la bulle, mais interdiction de refuser publiquement les sacrements aux fidèles pour ce seul motif, sauf résistance notoire et obstinée. Acte d'apaisement de la querelle janséniste française. Sources : Catholic Encyclopedia (1913) et notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org).
15 93 95Les concordats de Benoît XIV : accords signés avec la Savoie (Charles-Emmanuel III, 5 janvier 1741), le royaume de Naples (Charles de Bourbon, 2 juin 1741) et l'Espagne (Ferdinand VI, 11 janvier 1753, conclu à Castel Gandolfo), reconnaissant aux souverains de larges droits de présentation aux bénéfices tout en préservant l'autorité spirituelle du Saint-Siège — « Benedict wisely abandoned, in most cases, the shadow of temporal authority to maintain the substance of spiritual supremacy » (Catholic Encyclopedia, 1913, voir [^ce]). Pour le Portugal, aucune date de 1745 n'est retenue ici : la notice fr.wikipedia indique « Portugal (1745) » d'après Lombardi 1981, p. 529 (actes de colloque, invérifiables ici), tandis que la Catholic Encyclopedia date de 1740 la concession au roi du droit de patronage sur les sièges et abbayes du royaume. Sources : notices « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org) et « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org) ; Library of Congress, « Concordat between the Holy See and the Kingdom of Spain, 1753 ».
16 101 103Les États pontificaux dans la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) : pendant le conflit, les armées espagnoles, napolitaines et autrichiennes traversèrent et occupèrent des portions des États pontificaux, que le pape neutre et désarmé ne put défendre ; le traité d'Aix-la-Chapelle (1748) attribua les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla à un infant de Bourbon, en ignorant les protestations pontificales. Sources : notices « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org) et « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org). Voir Les États pontificaux.
17 65 99Le mécénat intellectuel de Benoît XIV : fondation à Rome de quatre académies (antiquités romaines, antiquités chrétiennes, histoire de l'Église et des conciles, droit canonique et histoire de la liturgie) et d'un musée chrétien ; création des musées Sacré et Profane du Vatican (noyau des musées du Vatican) ; catalogue des manuscrits de la Bibliothèque vaticane par Joseph Assemani ; chaires de chimie et de mathématiques à la Sapience ; relance des études anatomiques à l'université de Bologne. Sources : Catholic Encyclopedia (1913) et notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org).
18 51 107 109Voltaire et Benoît XIV : en 1745, Voltaire obtint du pape l'acceptation de la dédicace de sa tragédie Le Fanatisme, ou Mahomet le Prophète — « Au chef de la véritable religion un écrit contre le fondateur d'une religion fausse et barbare » —, et reçut en retour des médailles d'or ; il composa pour un portrait du pape le distique latin « Lambertinus hic est, Romæ decus, et pater orbis, / Qui mundum scriptis docuit, virtutibus ornat » (« Voici Lambertini, l'honneur de Rome et le père du monde, qui a instruit l'univers par ses écrits et l'orne de ses vertus »). Sources : « Mahomet (play) » (en.wikipedia.org) et notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org).
19 27 114 116 117 118Dom Bernard de Montfaucon (1655-1741), érudit bénédictin mauriste que Lambertini connut à Rome, propos sur le jeune Lambertini rapporté par la Catholic Encyclopedia (1913), « Pope Benedict XIV » : « Montfaucon, whom he knew in Rome, said of him, "Young as he is, he has two souls: one for science, the other for society." » (newadvent.org). Traduction française de l'article : « Tout jeune qu'il est, il a deux âmes : l'une pour la science, l'autre pour la société. »
21Horace Walpole, inscription composée un an avant la mort du pape pour un portrait en bas-relief de Benoît XIV, transmise via Renée Haynes, Philosopher King: The Humanist Pope Benedict XIV (1970) — c'est par cette biographie que les notices modernes la citent (« A year before his death, the English author Horace Walpole wrote an inscription for a bas-relief portrait of Benedict [...] according to Philosopher King »). Texte original anglais : « Beloved by papists, esteemed by Protestants, a priest without insolence or interest, a prince without favourites, a pope without nepotism, an author without vanity, a man whom neither intellect nor power could corrupt. » Le mémorialiste anglais (et protestant) résume l'estime universelle dont jouit le pape lettré.
22 126Mario Rosa, « Benedetto XIV », Enciclopedia dei Papi, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), 2000 (treccani.it) : notice savante de référence sur Prospero Lambertini, sa formation juridique et historique, sa carrière curiale et épiscopale, le conclave de 1740, la réforme de la curie et des procédures, la politique concordataire avec les monarchies catholiques, le rapport aux Lumières et le mécénat intellectuel. Article consulté en ligne (page web sans pagination imprimée) : référence d'ensemble pour la carrière et le pontificat, sans pagination précise alléguée.
29Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge (The History of the Popes from the Close of the Middle Ages), éd. anglaise : tome XXXV, Benedict XIV (1740-1758) (archive.org), et tome XXXVI, Benedict XIV and Clement XIII (1740-1769) (archive.org) : exposé le plus complet en langue moderne du pontificat, fondé sur les archives vaticanes et les correspondances diplomatiques ; analyse détaillée de la curie, des finances des États pontificaux, des concordats, des actes doctrinaux et du mécénat. Référence citée au niveau des volumes, sans pagination précise alléguée : aucune page exacte n'est prétendue vérifiée pour le présent article — sauf le passage financier repris en [^pastor-fin].
30Renée Haynes, Philosopher King: The Humanist Pope Benedict XIV, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1970 : biographie de référence en anglais qui a renouvelé l'image du pape lettré, de son humanisme, de sa correspondance avec les savants et de son rapport aux Lumières. Ouvrage cité comme source secondaire de synthèse pour le portrait intellectuel et la modération de Benoît XIV : référence d'ensemble, sans pagination précise alléguée dans le présent article.
31Salvador Miranda, « Lambertini, Prospero Lorenzo », The Cardinals of the Holy Roman Church, Florida International University (cardinals.fiu.edu/bios1726-ii.htm) : élu archevêque titulaire de Teodosia (Théodosie) le 12 juin 1724, avec dispense n'ayant reçu que le diaconat ; sacré le 16 juillet 1724 dans la chapelle Pauline du Quirinal, à Rome, par Benoît XIII, assisté de Giovanni Francesco Nicolai et Niccolò Maria Lercari ; transféré au siège d'Ancône le 20 janvier 1727 ; cardinal in pectore le 9 décembre 1726, publié le 30 avril 1728 ; transféré à Bologne le 30 avril 1731.
48 59Le conclave de 1740 : d'après les notices « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org) et « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org), et S. Miranda, Conclave of February 18 - August 17, 1740 (cardinals.fiu.edu) : mort de Clément XII le 6 février 1740 ; conclave ouvert le 18 février 1740 selon Miranda (la Catholic Encyclopedia, « Pope Benedict XIV », écrit commenced on 17 February), prolongé sur six mois (le plus long des temps modernes) ; mort du favori Pietro Ottoboni le 29 février 1740 ; échec des candidatures de Neri Corsini, Annibale Albani, Pompeo Aldrovandi et Giacomo Lanfredini ; élection de Lambertini comme candidat de compromis le 17 août 1740 au 255ᵉ scrutin, vers 21 h ; couronnement le 21 août 1740 par le cardinal protodiacre (table des couronnements pontificaux : « August 21, 1740, Pope Benedict XIV, Carlo Maria Marini » ; notice « Pope Benedict XIV » : « solemnly crowned by the protodeacon on 21 August 1740 » ; CatholicSaints.Info : « crowned 21 August 1740 »). La date du 22 août avancée par Miranda est écartée comme minoritaire.
52 54 58 61Le mot de l'élection : la tradition prête au cardinal Lambertini, lors du conclave bloqué de 1740, une saillie adressée au Sacré Collège : « Si vous voulez un saint, prenez Gotti ; un homme d'État, élisez Aldrovandi ; un honnête homme, élisez-moi » (le saint désignant le cardinal dominicain Vincenzo Ludovico Gotti). Le mot, rapporté sous plusieurs formes voisines, est cité par la Catholic Encyclopedia (1913) et les notices de référence ; il illustre l'humour et la simplicité du nouveau pape, sans qu'on puisse en garantir la lettre exacte.
56Ludwig von Pastor, History of the Popes from the Close of the Middle Ages, éd. anglaise, tome XXXV, Benedict XIV (1740-1758) (archive.org), chap. III (« The States of the Church — The Encouragement of Art and Learning »), p. 141 : « The State debt had mounted to 56 million scudi, and in 1743 the deficit for the year was 200,000 scudi » — d'où la traduction de l'article : dette de 56 millions d'écus, déficit de 200 000 écus pour l'année 1743.
63Benoît XIV, De synodo dioecesana, 3 volumes, première édition 1748 : grand traité sur les synodes diocésains et le gouvernement pastoral des évêques, tenu par le canoniste Johann Friedrich von Schulte pour l'une des œuvres les plus importantes du droit canonique moderne. La constitution Ad universae christianae reipublicae (3 septembre 1746) rappelle l'obligation de résidence des évêques. Source : Catholic Encyclopedia (1913) et notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org).
67Les canonisations du 29 juin 1746 : Benoît XIV canonisa solennellement Camille de Lellis (fondateur des Camilliens), Catherine de Ricci (dominicaine de Prato), Fidèle de Sigmaringen (capucin martyr), Joseph de Léonesse (capucin prédicateur) et Pierre Regalado (franciscain réformateur). Sources : « Category: Canonizations by Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org) ; notices EWTN et Catholic Encyclopedia sur les saints concernés.
96Le Jubilé de 1750 : convoqué par la bulle Peregrinantes (1749), l'Année sainte de 1750 fut prêchée à Rome par le franciscain saint Léonard de Port-Maurice, qui multiplia les chemins de croix et installa un chemin de croix de quatorze stations dans les ruines du Colisée, avec une grande croix au centre. Sources : « Jubilee in the Catholic Church » (en.wikipedia.org) ; notices sur saint Léonard de Port-Maurice (ofm.org) ; Peregrinantes (catholicculture.org).
97 98Le soutien aux femmes savantes : à Bologne, Benoît XIV favorisa la carrière de Laura Bassi (1711-1778), l'une des premières femmes au monde docteur et professeur de physique à l'université, et appuya la mathématicienne milanaise Maria Gaetana Agnesi (1718-1799), à qui il proposa en 1748 une chaire de mathématiques à Bologne. Source : notice « Benoît XIV » (fr.wikipedia.org) et notices biographiques sur Laura Bassi et Maria Gaetana Agnesi.
112L'affaire des jésuites (1758) : sous la pression du ministre portugais Pombal et de la cour de Lisbonne, Benoît XIV signa le 1ᵉʳ avril 1758 un bref confiant au cardinal Saldanha la visite réformatrice des collèges et maisons de la Compagnie de Jésus au Portugal — dernier acte important de son règne ; son successeur Clément XIII retira aussitôt ces pouvoirs. Le processus aboutira à la suppression de la Compagnie par Clément XIV en 1773. Source : « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org). Voir Clément XIII et Clément XIV.
119 121La mort de Benoît XIV : il mourut à Rome le 3 mai 1758, à 83 ans, affaibli par la gravelle et la goutte, après un pontificat de dix-sept ans, huit mois et seize jours ; la tradition lui prête les derniers mots « Sic transit gloria mundi » suivis de l'aveu « Je tombe maintenant dans le silence et l'oubli, le seul lieu qui m'appartienne » (texte original anglais rapporté : « I now fall into silence and forgetfulness, the only place that belongs to me ») ; inhumé à Saint-Pierre, où Pietro Bracci lui éleva un monument funéraire. Sources : Catholic Encyclopedia (1913) et « Pope Benedict XIV » (en.wikipedia.org).
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