Les missions jésuites en Chine (1582-1773)

Les missions jésuites en Chine (1582-1773) ont constitué la plus étonnante rencontre intellectuelle entre l'Évangile et une grande civilisation orientale : Matteo Ricci, Schall, Verbiest, l'amitié de Kangxi, et la tragédie de la Querelle des Rites tranchée tardivement par l'instruction Plane compertum est (décidée le 4 décembre, approuvée par Pie XII le 7 décembre, datée du 8 décembre 1939).

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Les missions jésuites en Chine désignent l'effort missionnaire et culturel mené par la Compagnie de Jésus dans l'Empire du Milieu entre la fin du XVIᵉ siècle et la suppression de la Compagnie en 1773, prolongé par une seconde implantation après la restauration de l'ordre en 1814. Aux côtés des Réductions du Paraguay et de la mission japonaise, cet épisode constitue l'une des trois grandes aventures missionnaires modernes des fils de saint Ignace de Loyola.

Inaugurée à Macao en 1582 par Michele Ruggieri et Matteo Ricci (1552-1610), la mission repose sur une stratégie originale, dite d'inculturation ou d'accommodation : vêtement et manières de lettré confucéen, maîtrise du chinois classique, dialogue intellectuel avec l'élite mandarinale, démonstration de la supériorité des sciences européennes (mathématiques, astronomie, cartographie, hydraulique), distinction soigneuse entre le noyau dogmatique chrétien et les éléments simplement culturels de la civilisation chinoise. Cette méthode permet à Ricci d'atteindre Pékin en janvier 1601 et d'obtenir de l'empereur Wanli l'autorisation d'y résider — première fois, sous les Ming et à l'époque moderne, qu'un Européen s'installe officiellement dans la capitale impériale, trois siècles après la mission franciscaine médiévale de Jean de Montecorvino, arrivé à Khanbaliq (Pékin) en 1294 et nommé archevêque de Pékin par Clément V en 1307[4].

Pendant un siècle et demi, les jésuites occupent une position sans précédent à la cour : Johann Adam Schall von Bell dirige le Bureau d'astronomie sous les derniers Ming et les premiers Qing ; Ferdinand Verbiest y succède sous Kangxi ; les Mathématiciens du roi envoyés par Louis XIV (1685) deviennent les conseillers scientifiques du grand empereur. En 1692, Kangxi promulgue un édit de tolérance qui semble ouvrir l'Empire à l'Évangile. Mais l'expérience s'effondre dans la Querelle des Rites chinois : Rome interdit en 1704, 1715 puis 1742 les rites d'hommage aux ancêtres et à Confucius autorisés par les jésuites, Kangxi puis Yongzheng répliquent par la proscription du christianisme (édit de 1724) ; il faudra attendre l'instruction Plane compertum est de la Propagande — décidée en assemblée plénière le 4 décembre, approuvée par Pie XII en audience le 7, datée du 8 décembre 1939 — pour que Rome reconnaisse la nature civile et non religieuse de ces rites — actant tardivement la justesse de l'intuition jésuite.

Cet article restitue les acteurs, les œuvres, la stratégie d'accommodation et la Querelle des Rites comme un seul drame théologique, scientifique et diplomatique, dont la portée s'étend bien au-delà de la Chine : pour la théologie missionnaire moderne, l'inculturation jésuite en Chine reste un cas d'école.

Avant Ricci : les portes fermées de l'Empire du Milieu

Les voyages de saint François Xavier (1542-1552)

Saint François Xavier S.J. (1506-1552), compagnon de la première heure de saint Ignace, reçoit de Paul III, à son départ de Lisbonne, un bref qui le constitue nonce apostolique pour l'Orient[5]. Il quitte Lisbonne le 7 avril 1541, arrive à Goa le 6 mai 1542, évangélise les côtes des Paravers (Inde du Sud), les Moluques et Malacca, atteint le Japon le 15 août 1549, où il fonde la première Église chrétienne du pays[6]. Le contact avec les bonzes japonais le convainc d'une chose décisive : pour évangéliser le Japon, il faut d'abord évangéliser la Chine — car les Japonais reconnaissent dans la civilisation chinoise leur référence culturelle suprême.

Xavier consacre les dernières années de sa vie à atteindre l'Empire des Ming, alors fermé aux étrangers par un strict édit de l'empereur Jiajing. Il meurt le 3 décembre 1552 sur l'île de Shangchuan (Sancian), au large des côtes du Guangdong, à 46 ans, dans l'attente d'un passeur clandestin qui ne viendra jamais[7]. Son corps — que les récits d'exhumation rapportés par ses biographes décrivent comme retrouvé intact — est ramené à Goa en 1554 et repose toujours dans la basilique du Bom Jesus[8].

Dans sa lettre à Ignace de Loyola depuis Cochin, le 29 janvier 1552, Xavier résume sa conviction stratégique : si l'Évangile parvenait à entrer en Chine et à s'y enraciner, l'Asie tout entière suivrait — car le Japon, qui reconnaît dans la civilisation chinoise sa référence culturelle suprême, ne se convertira pleinement, à ses yeux, que lorsque la Chine sera devenue chrétienne[9].

Macao et l'impasse portugaise (1557-1582)

Les Portugais obtiennent en 1557 la concession de Macao, presqu'île louée à l'empire Ming. La ville devient le poste avancé du commerce et de la mission : un évêché y est érigé le 23 janvier 1576 par Grégoire XIII (bulle Super specula militantis Ecclesiae)[10]. Mais Macao reste une porte fermée : aucun étranger n'a le droit de pénétrer durablement en Chine continentale. Pendant trente ans, dominicains, augustins, franciscains et jésuites se brisent contre cette muraille administrative.

L'idée d'une stratégie nouvelle vient du visiteur général jésuite Alessandro Valignano S.J. (1539-1606), qui arrive à Macao le 6 septembre 1578. Convaincu que l'évangélisation supposerait l'apprentissage approfondi du chinois classique et l'adoption des mœurs locales, il demande à Rome qu'on lui envoie des hommes capables de cette adaptation. La réponse arrive avec Michele Ruggieri S.J. (1543-1607), arrivé à Macao en juillet 1579, puis Matteo Ricci S.J. (1552-1610), arrivé le 7 août 1582[11].

Matteo Ricci, fondateur de la mission (1582-1610)

Un mathématicien romain au service de la mission

Né à Macerata (États pontificaux) le 6 octobre 1552, le jeune Matteo Ricci étudie le droit à la Sapience à Rome, puis entre au noviciat de la Compagnie le 15 août 1571. Au Collège romain, il suit l'enseignement du grand mathématicien jésuite allemand Christopher Clavius (1538-1612), architecte du calendrier grégorien, qui lui transmet une formation rigoureuse en cosmologie, en astronomie de position, en gnomonique et en cartographie[12]. Cette formation scientifique sera l'arme principale de Ricci en Chine.

Parti de Lisbonne en mars 1578, il arrive à Goa le 13 septembre 1578, est ordonné prêtre à Cochin en juillet 1580, puis rejoint Macao en août 1582. Là commence un apprentissage d'une rare ascèse : trois années à étudier le chinois classique aux côtés de Ruggieri, sans aucun manuel européen — il faut tout déchiffrer par tâtonnements.

Zhaoqing, Shaoguan, Nanchang, Nankin : la longue remontée vers le Nord (1583-1598)

Le 10 septembre 1583, Ruggieri et Ricci obtiennent du gouverneur Wang Pan l'autorisation de s'installer à Zhaoqing (Guangdong) — première résidence catholique permanente sur le sol chinois en deux siècles. Vêtus en moines bouddhistes (les seuls religieux étrangers que les Chinois identifient alors), ils construisent une chapelle, étudient la langue, traduisent les Quatre Livres confucéens en latin (achevés en 1593-1594 par Ricci seul, manuscrit aujourd'hui à Rome)[13].

Kunyu Wanguo Quantu (« Carte complète des dix mille pays de la Terre »), Matteo Ricci et Li Zhizao, Pékin, 1602. Première mappemonde imprimée en chinois. Rare édition conservée à la James Ford Bell Library, University of Minnesota. Domaine public, via Wikimedia Commons.

C'est à Zhaoqing que Ricci affiche pour la première fois sa mappemonde en chinois (1584) — la « Carte des dix mille pays », qui révèle aux lettrés un monde plus vaste que l'Empire du Milieu, sans contester sa centralité culturelle. Étonnés, les mandarins en redemandent : la carte sera rééditée à Nankin en 1600, puis à Pékin en 1602 sous le titre Kunyu Wanguo Quantu (坤輿萬國全圖). C'est la troisième édition, dédiée à l'empereur Wanli, qui circule encore aujourd'hui[14].

Expulsé de Zhaoqing en 1589, Ricci se replie à Shaoguan, puis remonte vers le Nord par étapes. Une décision capitale est prise vers 1594 sur le conseil du lettré Qu Rukui : il abandonne l'habit bouddhiste, juge socialement infamant en Chine, et adopte la robe et le bonnet du ruxue (le lettré confucéen), seul costume conférant respectabilité morale et accès à l'élite[15]. Il passe à Nanchang (1595), capitale du Jiangxi, où il fréquente princes et fonctionnaires impériaux, et publie son premier traité en chinois, le Jiaoyou lun (« De l'amitié »), recueil de 76 sentences inspirées de Sénèque, Cicéron et Plutarque, qui devient un immédiat succès littéraire[16].

Pékin, 1601 : l'audience de Wanli

Arrivé une première fois à Pékin le 7 septembre 1598, Ricci doit aussitôt repartir : la capitale est en alerte de guerre contre les armées de Hideyoshi en Corée. Il s'installe à Nankin, où il convertit en 1599 le futur Xu Guangqi, puis demande une nouvelle entrée à la capitale. Sa requête, présentée comme une offrande de tribut (horloges mécaniques, prismes, peintures occidentales), aboutit le 24 janvier 1601 : Ricci est reçu en audience de tribut par l'empereur Wanli (règne 1572-1620) et obtient l'autorisation impériale de résider à Pékin avec une pension à vie — fait sans précédent pour un Européen[17].

Dans sa lettre au général Claudio Acquaviva, datée de Macao le 23 octobre 1604, le visiteur général d'Orient Alessandro Valignano exprime son admiration pour la méthode de Ricci : le Père ne convertira pas seulement des âmes, mais l'opinion lettrée chinoise tout entière — car la Chine ne se gagne ni par la force ni par des flots de prédication, mais par la science, l'amitié et la patience des décennies[18].

Matteo Ricci et son disciple Xu Guangqi (Paul Siu), gravure d'Athanasius Kircher, China Illustrata, Amsterdam, 1667. Domaine public, via Wikimedia Commons.

À Pékin, Ricci publie en 1603 son chef-d'œuvre apologétique, le Tianzhu shiyi (« Le Vrai Sens du Seigneur du Ciel »), dialogue entre un lettré chinois et un lettré occidental qui démontre, par la seule raison naturelle, l'existence d'un Dieu personnel, créateur et juge, dont les Anciens classiques chinois (Shijing, Shujing) auraient déjà conservé la trace sous les noms de Shangdi (Souverain d'En-haut) et Tian (Ciel)[19]. La thèse — que la Chine antique aurait connu, avant de l'oublier, le Dieu unique — sera le pivot de toute la stratégie missionnaire jésuite, et le talon d'Achille de la Querelle des Rites un siècle plus tard.

Ricci meurt à Pékin le 11 mai 1610, à 57 ans, épuisé par dix années de service ininterrompu. Wanli lui accorde l'honneur extraordinaire d'une sépulture impériale au cimetière de Zhalan, à l'extérieur de la cité — première tombe chrétienne officiellement reconnue de l'histoire de Chine[20]. À sa mort, on compte environ 2 500 chrétiens dans tout l'Empire[21].

Les « Trois piliers » du catholicisme chinois

Le Serviteur de Dieu Xu Guangqi (Paul Siu, 1562-1633), Grand Secrétaire de l'Empire Ming, disciple de Matteo Ricci. Portrait classique chinois. Domaine public, via Wikimedia Commons.

L'historiographie chinoise distingue, parmi les premiers chrétiens, trois lettrés exceptionnels qui ont façonné le visage intellectuel de l'Église locale : on les appelle « les Trois piliers » (Sān zhùshí).

Xu Guangqi / Paul Siu (1562-1633) — Grand Secrétaire de l'Empire

Né à Shanghai en 1562, Xu Guangqi rencontre Ricci à Nankin en 1600 et reçoit le baptême en 1603 sous le nom de Paul. Reçu jinshi (docteur impérial) en 1604, il gravit tous les échelons de la bureaucratie Ming et devient, en 1632, Grand Secrétaire et Chancelier de l'Empire (一品 yipin, premier degré) — le plus haut poste civil. Catholique pratiquant jusqu'à sa mort, il traduit avec Ricci les six premiers livres des Éléments d'Euclide (1607, première traduction chinoise des mathématiques grecques)[22], rédige le monumental Traité complet de l'Agriculture (700 000 caractères), dirige la réforme du calendrier Chongzhen (1629-1633) en s'appuyant sur les jésuites Schreck, Schall et Rho, et défend la mission contre toutes les attaques curiales.

Sa cause de béatification a été ouverte à Shanghai en mai 2011 par Mgr Aloysius Jin Luxian S.J. ; il est officiellement Serviteur de Dieu[23]. Son tombeau, au cœur de Shanghai, est aujourd'hui le parc Guangqi ; le quartier de Xujiahui (« hameau des Xu », transcrit Zikawei par les jésuites au XIXᵉ siècle) en garde la mémoire — c'est là que les jésuites français installeront leur observatoire, leur orphelinat et l'Université l'Aurore (1903).

Li Zhizao / Léon (1565-1630) — le bibliothécaire des sciences

Li Zhizao, baptisé Léon en 1610 par Ricci, fonctionnaire impérial et cartographe, copublie le Kunyu Wanguo Quantu (1602) avec Ricci, traduit avec lui des traités d'arithmétique, d'astronomie et de logique, puis rassemble en 1626 l'extraordinaire Tianxue chuhan (« Première collection des sciences célestes »), première bibliothèque imprimée des traités jésuites en chinois — 22 volumes regroupant Ricci, Vagnone, Aleni, Trigault, Schreck et d'autres[24]. Il meurt le 1ᵉʳ novembre 1630, ayant offert ses derniers manuscrits aux missionnaires.

Yang Tingyun / Michel (1557-1627) — l'apologiste

Yang Tingyun, lettré de Hangzhou, est baptisé Michel en 1611. Membre influent de l'Académie Donglin, il sauve la mission lors de la persécution de Nankin (1616-1617), ouvre sa demeure aux jésuites expulsés, et publie plusieurs traités apologétiques chinois — notamment Daiyi pian (« Réponse aux doutes ») et Tianshi mingbian (« Distinction claire entre le Maître du Ciel »), qui démontrent la compatibilité de la foi chrétienne avec la sagesse confucéenne authentique. Il meurt en 1627, après avoir orchestré l'ouverture de plusieurs communautés chrétiennes dans tout le Zhejiang.

Ces trois figures attestent que la rencontre du christianisme et de la civilisation chinoise n'est pas un fantasme orientaliste : elle a produit des saints, des savants et des chanceliers, et ce dès la première génération.

L'âge d'or scientifique : du Bureau d'astronomie à l'amitié de Kangxi (1610-1705)

Le Père Johann Adam Schall von Bell S.J. (1591-1666), mandarin du premier degré, directeur du Bureau impérial d'astronomie. Domaine public, via Wikimedia Commons.

À la mort de Ricci, son successeur Niccolò Longobardo S.J. (1565-1654) hérite d'une mission fragile mais en croissance constante. La grande affaire des cinquante années suivantes sera l'occupation du Bureau d'astronomie impérial (Qintianjian) par les jésuites — pivot stratégique de toute la mission.

Johann Adam Schall von Bell, l'astronome de Cologne (1591-1666)

Né à Cologne en 1591, Johann Adam Schall von Bell étudie au Collège romain sous Clavius (comme Ricci) et part pour la Chine en 1618, qu'il atteint le 22 juillet 1619. Il participe avec Xu Guangqi à la réforme du calendrier Chongzhen (1629-1635), prédit avec précision les éclipses de 1629 et 1635 — où les astronomes chinois traditionnels se trompent — et démontre publiquement la supériorité du système ptoléméen tychonien sur le système chinois traditionnel[25].

Lorsque la dynastie Qing mandchoue renverse les Ming en 1644, Schall est conservé au poste : l'empereur Shunzhi (règne 1644-1661) le nomme directeur du Bureau d'astronomie le 8 novembre 1644, lui accorde le titre de mandarin du premier degré (tongzheng shi), et lui rend visite à 24 reprises en quatre ans, l'appelant familièrement Mafa (« grand-père vénéré »)[26]. Selon Schall lui-même, « cinq cent mille Chinois » seraient devenus chrétiens entre 1650 et 1664 sous la protection impériale[27].

Frontispice de la China Illustrata d'Athanasius Kircher, Amsterdam, 1667 : Schall von Bell et Ricci portent une carte de la Chine ; au centre, saint François Xavier et saint Ignace contemplent le Christ. Allégorie de la mission jésuite d'Asie. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Cette faveur n'est pas sans danger. En septembre 1664, le lettré musulman Yang Guangxian, ennemi des jésuites, accuse Schall et ses compagnons devant la régence de lèse-majesté, hétérodoxie et calculs erronés dans le choix de la date des funérailles d'un prince. Schall est arrêté, frappé d'une attaque cérébrale qui le laisse à demi paralysé, et condamné à mort par démembrement (lingchi) le 15 avril 1665 avec quatre de ses confrères jésuites et cinq astronomes chrétiens chinois — sentence ratifiée par la régence. Un tremblement de terre détruit le palais impérial le 16 avril, lendemain de la sentence : interprété comme un signe céleste de colère, il provoque la commutation de la peine de Schall, mais cinq astronomes chinois chrétiens sont décapités le 5 mai 1665[28]. Schall, libéré mais brisé, meurt à Pékin le 15 août 1666. Sa tombe se trouve au cimetière jésuite de Zhalan, à côté de celle de Ricci.

Ferdinand Verbiest, le Flamand de Kangxi (1623-1688)

Le Père Ferdinand Verbiest S.J. (1623-1688), portrait gravé du XVIIIᵉ siècle. Astronome du jeune empereur Kangxi, fondeur des canons impériaux. Domaine public, via Wikimedia Commons.

La libération vient en 1668 par Ferdinand Verbiest S.J., jésuite flamand (né à Pittem, près de Bruges, le 9 octobre 1623), arrivé à Pékin en juin 1660 comme assistant de Schall. Le jeune empereur Kangxi (règne 1661-1722), libéré de sa régence en 1667, organise un concours public d'astronomie entre Verbiest et Yang Guangxian dans la cour du Bureau d'astronomie en décembre 1668. Verbiest réussit les trois épreuves de prédiction astronomique (ombre du gnomon à midi, position de Jupiter et de Mars, longitude solaire), Yang Guangxian échoue. L'empereur destitue Yang, réhabilite Schall à titre posthume, et nomme Verbiest directeur du Bureau d'astronomie le 3 mars 1669[29].

Kangxi accorde à Verbiest une amitié personnelle qu'aucun étranger n'avait obtenue. Le jésuite reconstruit l'observatoire de Pékin (1673) avec six nouveaux instruments en bronze (sphère armillaire, quadrant azimutal, sextant, etc., toujours visibles aujourd'hui sur la terrasse historique de l'observatoire), fond 132 canons pour l'armée impériale lors de la révolte des Trois Feudataires (1674-1681), enseigne l'Euclide latin au jeune empereur. Verbiest meurt à Pékin le 28 janvier 1688 ; Kangxi lui accorde des funérailles d'État et lui décerne le nom posthume Qínmǐn (勤敏, « zélé et perspicace »), honneur insigne pour un étranger à la cour des Qing[30]. C'est après sa mort, le 27 août 1689, qu'est signé le traité de Nertchinsk, première convention diplomatique entre la Chine et la Russie tsariste, dont les interprètes et rédacteurs du texte latin furent Jean-François Gerbillon et Thomas Pereira[31].

Les Mathématiciens du roi (Louis XIV, 1685) et l'édit de tolérance (1692)

L'empereur Kangxi (1654-1722), protecteur des jésuites et auteur de l'édit de tolérance du 22 mars 1692. Portrait officiel de cour, Palais impérial de Pékin. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Le 3 mars 1685, Louis XIV, sur l'idée de l'abbé Jean Picard et avec l'appui du P. de La Chaise s.j., embarque à Brest six jésuites français ès qualités de « Mathématiciens du roi » à l'Académie royale des Sciences, hors de toute juridiction portugaise : Joachim Bouvet, Jean-François Gerbillon, Louis Le Comte, Jean de Fontaney, Claude de Visdelou et Guy Tachard. Cinq d'entre eux atteignent Pékin le 7 février 1688[32]. Reçus par Kangxi, Bouvet et Gerbillon y deviennent les maîtres particuliers de mathématiques, d'astronomie et de médecine de l'empereur — leur résidence dans la Cité impériale, l'église du Beitang, est édifiée par décret en 1702.

L'amitié impériale culmine le 22 mars 1692 : Kangxi promulgue l'édit de tolérance (容教令 Róng jiào lìng) qui reconnaît officiellement le christianisme comme une religion permise dans l'Empire, sur le même plan que le bouddhisme et le taoïsme, et autorise les conversions sur tout le territoire[33]. Bouvet est envoyé en mission diplomatique à Versailles en 1697 et reviendra à Pékin en 1699 avec dix nouveaux jésuites. Le nombre de chrétiens chinois passe de 2 500 (1610) à environ 150 000 (1700) ; en 1722, à la mort de Kangxi, on en compte environ 250 000, encadrés par 75 missionnaires européens et plusieurs prêtres chinois[34].

Le P. Antoine Thomas S.J. rapporte, dans sa lettre au général Charles de Noyelle datée de Pékin le 30 avril 1688, que Kangxi, après les funérailles de Verbiest en février 1688, tenait le défunt pour irremplaçable — louange admirative que les missionnaires ont résumée sous cette forme : avec quelques hommes comme Verbiest, l'Église du Ciel régnerait sur tout l'Orient[35].

Giuseppe Castiglione, peintre à la cour de trois empereurs (1688-1766)

L'empereur Qianlong en habit de cour, peinture de Giuseppe Castiglione (Lang Shining), v. 1736. Palais impérial. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Frère jésuite italien né à Milan le 19 juillet 1688, Giuseppe Castiglione entre dans la Compagnie en 1707 et arrive à Pékin le 22 décembre 1715. Connu sous son nom chinois Lang Shining (郎世寧), il sert trois empereurs — Kangxi, Yongzheng et Qianlong — pendant plus de cinquante ans comme peintre officiel de la cour. Son chef-d'œuvre, Bai jun tu (« Cent chevaux ») peint en 1728, mêle la perspective européenne au format chinois du rouleau horizontal (près de huit mètres de long). Co-rédacteur du Shixue (« Étude de la vision », 1729), premier traité de perspective occidentale en chinois, il conçoit aussi les pavillons européens du Yuanmingyuan (l'ancien Palais d'Été) avec Jean-Denis Attiret. Mort à Pékin le 17 juillet 1766, il reçoit de Qianlong une pierre commémorative au cimetière de Zhalan[36].

La Querelle des Rites chinois (1610-1742)

C'est ici que se joue la tragédie de la mission. La stratégie de Ricci reposait sur une triple acceptation : autoriser les chrétiens chinois à participer aux rites d'hommage aux ancêtres (offrandes alimentaires, prostrations devant les tablettes des défunts), aux rites en l'honneur de Confucius (deux fois par an, dans les écoles et les temples confucéens), et accepter pour traduire le mot « Dieu » les termes chinois classiques Tian (« Ciel »), Shangdi (« Souverain d'En-haut ») ou Tianzhu (« Maître du Ciel »). Pour Ricci, ces pratiques relevaient de la piété filiale et de la reconnaissance civique, non du culte religieux dû à Dieu seul[37].

Les premières alarmes : Longobardo et les ordres mendiants (1612-1645)

Dès 1612, le visiteur Francesco Pasio demande à Niccolò Longobardo, successeur de Ricci, d'examiner la doctrine de la terminologie. Longobardo rédige en 1623-1626 un long mémoire — Brève réponse sur les controverses concernant Shangdi, Tianshen et Linghun — où il défend, contre Ricci, que les classiques chinois ne désignent pas un Dieu personnel transcendant mais une force impersonnelle immanente (le li et le qi néo-confucéens) ; la traduction de « Dieu » par Tianzhu serait acceptable, mais Shangdi et Tian seraient théologiquement dangereux[38]. Le mémoire, supprimé à l'époque, sera divulgué en 1660 par le franciscain Antonio de Santa Maria Caballero et imprimé en Europe en 1701 — il alimentera tous les adversaires de la mission jésuite.

À partir de 1632, des dominicains et franciscains espagnols venus des Philippines débarquent en Chine. N'ayant pas la formation linguistique des jésuites, ils observent avec horreur les cérémonies funéraires confucéennes et concluent à de l'idolâtrie. Le dominicain Juan Bautista de Morales (1597-1664) dénonce à Rome ces pratiques ; la Congrégation De Propaganda Fide condamne le 12 septembre 1645 (décret Cum ad aures) seize propositions présentées comme caractéristiques de la pratique jésuite[39]. Le procureur jésuite Martino Martini S.J. est envoyé à Rome ; sur la base d'une présentation des faits qui souligne la nature civile et politique des rites, le 23 mars 1656, Alexandre VII suspend le décret de 1645 et autorise les rites tels qu'ils sont réellement pratiqués[40]. Les deux décrets opposés vont alimenter la confusion pendant un demi-siècle.

Charles Maigrot et la bombe du Fujian (1693)

Le 26 mars 1693, l'évêque français Charles Maigrot (1652-1730), vicaire apostolique du Fujian, publie un mandement diocésain en sept points qui interdit absolument l'usage de Shangdi et Tian pour traduire Dieu, et défend aux chrétiens toute participation aux rites des ancêtres et de Confucius. Il envoie son texte à Rome par l'intermédiaire des Missions étrangères de Paris, mortels adversaires des jésuites de Pékin[41]. Le 20 novembre 1704, Clément XI signe le décret Cum Deus optimus qui condamne en huit points la pratique jésuite.

La légation Tournon et l'édit de Kangxi (1705-1707)

Pour notifier la décision aux missionnaires et au souverain chinois, le pape envoie en mission le patriarche d'Antioche Charles-Thomas Maillard de Tournon (1668-1710), arrivé à Macao le 8 avril 1705, à Pékin le 4 décembre 1705. Reçu par Kangxi le 31 décembre 1705, Tournon présente Maigrot lui-même à l'empereur, qui l'interroge directement sur sa connaissance des classiques chinois. L'évêque, qui ne parle qu'imparfaitement le mandarin et ignore les caractères classiques, échoue lamentablement à l'examen. Kangxi est blessé qu'un Européen ose juger la civilisation chinoise sans la connaître, et expulse Maigrot le 17 décembre 1706[42].

Tournon se replie à Nankin et y publie le 25 janvier 1707 son décret de Nankin confirmant l'interdiction des rites et exigeant que tout missionnaire chinois prête serment d'obéissance sous peine d'excommunication. Kangxi, furieux, exige des missionnaires un piao (certificat impérial) attestant qu'ils suivent « la voie de Ricci » ; ceux qui s'y refusent sont expulsés vers Macao. Tournon lui-même est arrêté, conduit à Macao et y meurt le 8 juin 1710, devenu cardinal in extremis par Clément XI mais traité comme prisonnier par les Portugais[43].

Ex illa die (1715) et la légation Mezzabarba (1720-1721)

Le 19 mars 1715, Clément XI promulgue la constitution apostolique Ex illa die qui confirme solennellement la condamnation des rites chinois et exige un serment d'obéissance de tout missionnaire en Chine[44]. Pour calmer Kangxi, Rome envoie en 1720-1721 le patriarche d'Alexandrie Carlo Ambrogio Mezzabarba, autorisé à concéder huit permissions assouplissant légèrement l'interdiction (placement des tablettes ancestrales chez les chrétiens, prostrations devant le cercueil, etc.). L'empereur Kangxi, qui meurt le 20 décembre 1722, n'est pas convaincu : l'annotation portée en marge de la lettre, transmise par Tournon, se résume ainsi :

L'annotation attribuée à l'empereur Kangxi (fin 1706) regrette, en substance, que des Européens qui ignorent les lettres et les rites chinois prétendent en juger ; à la lecture de leur décret, il n'y aurait plus lieu de laisser les Occidentaux prêcher en Chine, et il faudrait le leur interdire pour éviter de plus grands ennuis. Le résumé français est une paraphrase : le verbatim reste à contrôler sur l'édition de 1707[45].

Ex quo singulari (1742) — la condamnation définitive

L'édit de proscription du christianisme du nouvel empereur Yongzheng (règne 1722-1735), promulgué le 11 janvier 1724 et publié dans tout l'Empire le 11 février 1724, expulse tous les missionnaires hors Pékin vers Macao. Au sommet du palais, seuls 21 jésuites sont conservés comme astronomes et artistes (dont Castiglione)[46]. Pendant ce temps, Rome reste agitée par les « huit permissions Mezzabarba », jugées trop permissives par les ordres mendiants.

Le 11 juillet 1742, Benoît XIV publie la bulle Ex quo singulari : elle condamne sans appel les rites chinois, annule les huit permissions Mezzabarba, impose un serment encore plus strict que celui de 1715, et interdit toute discussion ultérieure sur la question sous peine d'excommunication réservée au pape[47]. C'est la fin officielle de la stratégie d'accommodation.

Effondrement et survie souterraine (1742-1800)

À partir de 1742, les chrétientés chinoises perdent l'élite mandarinale et se replient sur les communautés rurales. Le christianisme survit clandestinement, soutenu par des catéchistes laïcs chinois et par les vierges chinoises (Tongzhennü), confréries de femmes consacrées sans vœu solennel qui assurent la transmission de la foi dans les villages — institution unique au monde[48]. La suppression de la Compagnie de Jésus par Clément XIV (bref Dominus ac Redemptor, 21 juillet 1773) achève le démantèlement : la mission de Pékin reste assurée par d'anciens jésuites au statut juridique précaire, puis par des lazaristes français à partir de 1785.

Plane compertum est (1939) — la justice tardive de Pie XII

Pendant deux siècles, la condamnation des rites pesa sur la mission de Chine, jusqu'à ce que les contextes culturels asiatiques (Mandchoukouo, Japon militariste) imposent de revisiter la question. Le 8 décembre 1939, neuf mois après son élection (2 mars 1939), Pie XII fait publier par la Congrégation De Propaganda Fide l'instruction Plane compertum est — décidée en assemblée plénière le 4 décembre, approuvée par le pape en audience le 7 décembre[49] :

L'instruction tranche : les cérémonies célébrées en Chine en l'honneur de Confucius et des ancêtres, autrefois liées aux rites païens, n'ont dans l'usage présent qu'une signification purement civile — piété envers les ancêtres, amour de la patrie, civilité envers le prochain. Les catholiques peuvent donc assister aux honneurs rendus devant l'image ou la tablette de Confucius, l'exposer dans les écoles, la saluer d'une inclination de tête, et s'incliner de même devant les défunts, leurs images ou leurs tablettes. — Dispositif de l'instruction Plane compertum est (8 décembre 1939), résumé en français : le texte latin fait foi en note[50]

L'instruction donne raison, par-delà deux siècles, à l'intuition de Ricci — continuité que Pie XII théorisera quelques années plus tard dans son encyclique Evangelii praecones (2 juin 1951) sur l'inculturation missionnaire[51]. La logique de l'accommodation devient, après le concile Vatican II (1962-1965), le paradigme officiel de l'inculturation missionnaire, formalisé dans le décret Ad gentes (7 décembre 1965, n° 22) et dans la constitution Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963, n° 37-40)[52].

Bilan : grandeur et tragédie d'une mission

Une rencontre culturelle sans équivalent

Sur deux siècles, quelque 920 jésuites ont servi en Chine avant la suppression de 1773 — Européens pour la plupart (Italiens, Portugais, Allemands, Flamands, Français, Bohémiens, Polonais), mais aussi des Chinois[53]. Ils ont laissé derrière eux un héritage scientifique et culturel inégalé pour aucune mission catholique :

  • Cartographie : la première mappemonde en chinois (Ricci, 1602), puis le grand atlas de l'Empire levé en triangulation au sol entre 1708 et 1717 par dix jésuites mandatés par Kangxi (l'Atlas Kangxi, achevé en 1717, premier atlas scientifique de toute la Chine, dressé à partir de plus de 600 points trigonométriques)[54].
  • Astronomie : direction du Bureau impérial sans interruption de 1644 à 1773 ; reconstruction de l'observatoire de Pékin (1673) ; prédictions d'éclipses validant la cosmologie tychonienne en milieu chinois.
  • Mathématiques : traduction des six premiers livres d'Euclide par Ricci et Xu Guangqi (1607)[55] ; leçons de Verbiest à Kangxi d'après les manuels issus de Clavius, puis traduction de la géométrie de Pardies par Gerbillon et Bouvet à partir de 1690[56] ; premières tables de logarithmes en chinois par Smogulecki et Xue Fengzuo (1653)[57].
  • Hydraulique, mécanique, médecine : Schreck, Verbiest et Castiglione enseignent à la cour la mécanique européenne, la pompe, la balance, la dissection.
  • Sinologie : traduction des classiques chinois en latin (Intorcetta, Couplet, Herdtrich, Rougemont — Confucius Sinarum philosophus, Paris 1687, qui fait connaître Confucius à l'Europe savante et nourrit la réflexion de Leibniz, de Voltaire et de Wolff[58]).
  • Art : Castiglione, Attiret, Sichelbarth réinventent la peinture de cour Qing en mêlant perspective européenne et format chinois.

Les fruits spirituels

Au-delà des chiffres (de 2 500 à 250 000 chrétiens en un siècle[59]), la mission jésuite a produit des modèles de sainteté chinoise : le Serviteur de Dieu Xu Guangqi (cause introduite en 2011), les 120 Martyrs de Chine canonisés par saint Jean-Paul II le 1ᵉʳ octobre 2000[60] (parmi lesquels 4 jésuites européens et un grand nombre de chrétiens chinois martyrisés entre 1648 et 1930), et l'extraordinaire institution des vierges chinoises qui ont sauvegardé la foi pendant les siècles de clandestinité.

Le verdict de l'historiographie contemporaine

L'historiographie académique contemporaine, autour de George Dunne S.J. (Generation of Giants, 1962), David E. Mungello (Curious Land, 1985 ; The Great Encounter of China and the West, 1999), Liam Matthew Brockey (Journey to the East, Harvard University Press, 2007) et Nicolas Standaert (Handbook of Christianity in China, Brill, 2001), reconnaît unanimement la dimension exceptionnelle de la mission jésuite : non comme entreprise coloniale (les jésuites n'avaient ni armée ni administration) mais comme rencontre intellectuelle réelle entre deux civilisations majeures, à un moment où aucun autre Occidental n'avait accès à l'Empire[61].

Dans sa conclusion (p. 414), Liam Matthew Brockey présente l'expérience jésuite en Chine comme une rencontre durable et pacifique entre la chrétienté européenne et la civilisation chinoise classique, sans domination politique — et tient sa fermeture en 1742 pour l'une des grandes pertes de l'histoire culturelle mondiale. Ce résumé français est une paraphrase : le verbatim reste à contrôler sur l'édition[62].

Cette mission demeure aujourd'hui un cas d'école théologique : comment annoncer l'Évangile à une civilisation qui n'a pas connu l'Évangile mais a connu, à sa manière, la loi naturelle ? La réponse de Ricci — chercher dans la civilisation hôte les semina Verbi, les semences du Verbe disséminées par la Providence — est désormais l'option missionnaire officielle de l'Église catholique, validée par Vatican II et confirmée par les pontificats successifs jusqu'à Ad gentes (Paul VI), Redemptoris missio (Jean-Paul II, 7 décembre 1990) et Evangelii gaudium (François, 24 novembre 2013, n° 115-118).

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Ordre de grandeur des chrétiens chinois à la mort de Ricci (1610) : environ 2 500 — estimation reprise par les synthèses statistiques de Nicolas Standaert (éd.), Handbook of Christianity in China, vol. I, Brill, Leyde, 2001, p. 380-403, et Liam Matthew Brockey, Journey to the East, op. cit., p. 401-414 (annexe statistique). Chiffre arrondi, donné ici comme ordre de grandeur attesté, non comme recensement exact.

    1 21
  2. Standaert, Handbook, op. cit., vol. I, p. 380-403 (statistiques détaillées par diocèse et par décennie). Estimations corroborées par Brockey, Journey to the East, op. cit., p. 401-414 (annexe statistique).

    2 3 34 59
  3. Sur la mission médiévale : le franciscain Jean de Montecorvino (1247-1328) arrive à Khanbaliq (Pékin) en 1294, y bâtit une première église dès 1299, et est nommé archevêque de Pékin par Clément V en 1307 (sacré en 1308). Voir la Catholic Encyclopedia (1910), « John of Montecorvino » (https://www.catholic.com/encyclopedia/John-of-Montecorvino, consulté le 4 octobre 2026) et la notice historique de l'archidiocèse de Pékin (érigé en 1307 comme archidiocèse de Khanbaliq).

    4
  4. À son embarquement de Lisbonne (7 avril 1541), Xavier reçoit un bref de Paul III qui le constitue nonce apostolique pour l'Orient. Voir Georg Schurhammer S.J., Franz Xaver. Sein Leben und seine Zeit, op. cit., vol. I (Europa 1506-1541), sur le départ de Lisbonne avec le bref pontifical ; résumé accessible : article « Francis Xavier » (Wikipédia anglophone : « As he departed, Francis was given a brief from the pope appointing him apostolic nuncio to the East », https://en.wikipedia.org/wiki/Francis_Xavier, consulté le 4 octobre 2026), Oxford Reference (« a papal brief nominating him apostolic nuncio ») et la Vie de saint François Xavier d'Alban Butler (« the briefs of Paul III by which he was appointed apostolic nuncio »). L'incipit exact du bref n'ayant pu être établi sur édition critique, il n'est pas cité ici.

    5
  5. Georg Schurhammer S.J., Franz Xaver. Sein Leben und seine Zeit, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1955-1973, 4 volumes, traduction anglaise Francis Xavier: His Life, His Times, Institute of Jesuit Sources, Rome / Saint Louis, 1973-1982, 4 vol. Œuvre maîtresse, monument biographique de référence. Voir vol. III (Indonesia and India 1545-1549) et vol. IV (Japan and China 1549-1552). Schurhammer (1882-1971), jésuite alsacien, est le grand spécialiste mondial de Xavier.

    6
  6. Schurhammer, op. cit., vol. IV, Japan and China, p. 615-664 (chapitre final sur Sancian et la mort de Xavier). Sur l'état du corps lors des exhumations et du transfert à Goa (1554), voir les récits rapportés par Schurhammer et résumés par Bertrand Saubin, Saint François Xavier, Beauchesne, Paris, 1973, p. 244-250 : la formulation retenue ci-dessus s'en tient au constat documenté par ces récits, sans trancher au-delà.

    7 8
  7. Saint François Xavier, lettre à Ignace de Loyola, Cochin, 29 janvier 1552. Existence, date et destinataire attestés par l'édition critique G. Schurhammer et J. Wicki (éd.), Monumenta Xaveriana ex autographis vel ex antiquioribus exemplis collecta, Institutum Historicum S.I., Rome, 1944-1945, 2 vol. (lettre n° 97 de cette édition ; trad. anglaise M. J. Costelloe S.J., The Letters and Instructions of Francis Xavier, 1992, p. 347). La conviction stratégique résumée ci-dessus (la Chine comme clé de l'Asie) est attestée in substantia dans la correspondance de cette période, mais aucun verbatim français établi de cette formulation n'a été retrouvé — elle est donc présentée ici comme un résumé, non comme une citation textuelle.

    9
  8. Grégoire XIII, bulle Super specula militantis Ecclesiae, 23 janvier 1576, érigeant l'évêché de Macao (suffragant de Goa). Texte dans Bullarium Patronatus Portugalliae Regum, Lisbonne, 1868-1879, 4 vol., t. I, p. 270-272. Nota de datation : la Catholic Encyclopedia (1913, art. « Macao », http://www.newadvent.org/cathen/09481b.htm) donne le 23 janvier 1575 pour le même acte (même bulle Super specula) ; l'usage moderne — site officiel du diocèse de Macao (catholic.org.mo : « erected on 23 January 1576 ») et travaux académiques — retient le 23 janvier 1576, datation suivie ici. Premier évêque : Belchior Carneiro Leitão S.J. (1568-1583, administrateur apostolique puis évêque résidentiel).

    10
  9. Andrew C. Ross, A Vision Betrayed: The Jesuits in Japan and China, 1542-1742, Edinburgh University Press / Orbis, Édimbourg / Maryknoll, 1994, ISBN 978-1-57075-084-7, p. 119-138. Sur Valignano comme inspirateur de la stratégie d'accommodation, voir aussi Joseph Sebes S.J., « The Precursors of Ricci », dans Charles E. Ronan et Bonnie B. C. Oh (éd.), East Meets West: The Jesuits in China, 1582-1773, Loyola University Press, Chicago, 1988, p. 19-61. Date d'arrivée à Macao : le 6 septembre 1578 (séjour jusqu'au 7 juillet 1579, départ pour le Japon), voir l'étude « Alessandro Valignano (1539-1606) between Padua and Japan » et « Designing Macao from Goa: Alessandro Valignano's Reform from the Perspective of Canon Law » (Religions), corroborées par le site officiel du patrimoine de Macao (IAM : « In 1578, Alessandro Valignano arrived to Macao ») ; la date de 1577 parfois reprise (via Dunne 1962, p. 17) est abandonnée par les travaux récents.

    11
  10. George H. Dunne S.J., Generation of Giants: The Story of the Jesuits in China in the Last Decades of the Ming Dynasty, University of Notre Dame Press, Notre Dame (Ind.), 1962, 382 p. (réimpr. 1970), p. 17-25. Œuvre classique, encore aujourd'hui la meilleure synthèse narrative sur les jésuites de Chine sous les Ming.

    12
  11. Pasquale M. D'Elia S.J. (éd.), Fonti Ricciane. Documenti originali concernenti Matteo Ricci e la storia delle prime relazioni tra l'Europa e la Cina (1579-1615), Libreria dello Stato, Rome, 1942-1949, 3 vol., 2 750 p. cumulées. Édition critique de référence des écrits de Ricci ; voir vol. I, livre II, ch. 11. Le manuscrit latin de la traduction des Quatre Livres est conservé aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus (ARSI), Jap.-Sin. 109-I.

    13
  12. Pasquale M. D'Elia S.J., Il mappamondo cinese del P. Matteo Ricci, S.J. (Pechino, 3a edizione, 1602), Biblioteca Apostolica Vaticana, Cité du Vatican, 1938, 220 p. + 8 planches dépliantes. Étude monumentale du mappemonde de 1602, reproduisant intégralement les huit feuilles conservées à la Vaticane. Voir aussi Theodore N. Foss, « A Western Interpretation of China: Jesuit Cartography », dans Ronan et Oh, East Meets West, op. cit., p. 209-251.

    14
  13. Matteo Ricci, Della entrata della Compagnia di Giesù e Christianità nella Cina, manuscrit autographe achevé en 1610, première édition par D'Elia dans Fonti Ricciane, op. cit. ; édition italienne moderne par Maddalena Del Gatto, Quodlibet, Macerata, 2010, ISBN 978-88-7462-313-4, p. 234-238 (livre III, ch. 6 — sur le changement d'habit en avril 1594). Voir aussi Jonathan D. Spence, The Memory Palace of Matteo Ricci, Viking Penguin, New York, 1984, ISBN 978-0-670-46830-9, p. 114-117.

    15
  14. Matteo Ricci, Jiaoyou lun (交友論, « De l'amitié »), Nanchang, 1595. Édition critique et traduction française par Filippo Mignini dans Dell'amicizia, Quodlibet, Macerata, 2005, ISBN 978-88-7462-080-5. Voir aussi Timothy Billings (trad.), On Friendship: One Hundred Maxims for a Chinese Prince, Columbia University Press, New York, 2009, ISBN 978-0-231-14924-1.

    16
  15. D'Elia, Fonti Ricciane, op. cit., vol. II, livre IV, ch. 12-13. Voir aussi Dunne, Generation of Giants, op. cit., p. 75-93. Sur le statut de tribut et son interprétation, Jonathan D. Spence, The Memory Palace, op. cit., p. 198-219.

    17
  16. Alessandro Valignano S.J., lettre au Général Claudio Acquaviva, Macao, 23 octobre 1604, manuscrit aux Archives romaines de la Compagnie (ARSI), Jap.-Sin. 14, fol. 184-186. Rapportée par Dunne, Generation of Giants, op. cit., p. 102, et par Liam Matthew Brockey, Journey to the East: The Jesuit Mission to China, 1579-1724, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2007, ISBN 978-0-674-02448-9, p. 47-48. Le sens de la lettre est résumé ci-dessus en paraphrase : aucun verbatim français établi de cette formulation n'a été retrouvé, elle n'est donc pas présentée comme une citation sténographiée.

    18
  17. Matteo Ricci, Tianzhu shiyi (天主實義, « Le Vrai Sens du Seigneur du Ciel »), Pékin, 1603, 8 chapitres en deux livres. Édition critique chinois-italien par Pasquale D'Elia S.J. dans Fonti Ricciane, op. cit. Traduction anglaise par Douglas Lancashire et Peter Hu Kuo-chen S.J., The True Meaning of the Lord of Heaven, Institute of Jesuit Sources, Saint Louis, 1985, ISBN 978-0-912422-77-7. Œuvre fondatrice de la théologie naturelle chinoise.

    19
  18. Edward J. Malatesta S.J. et Gao Zhiyu (éd.), Departed yet Present: Zhalan, the Oldest Christian Cemetery in Beijing, Ricci Institute / Macau Ricci Institute, Macao, 1995, ISBN 978-972-9276-09-1. Catalogue exhaustif des sépultures jésuites de Zhalan, depuis Ricci (1610) jusqu'à Castiglione (1766) et au-delà.

    20
  19. Matteo Ricci et Xu Guangqi, Jihe yuanben (幾何原本, « Éléments de géométrie »), Pékin, 1607. Traduction des six premiers livres d'Euclide d'après l'édition latine de Christopher Clavius (Rome, 1574). Voir Peter M. Engelfriet, Euclid in China: The Genesis of the First Chinese Translation of Euclid's Elements, Brill, Leyde, 1998, ISBN 978-90-04-10944-3, 488 p. Édition de référence sur l'histoire scientifique de la traduction. Les livres VII à XV ne seront traduits qu'en 1857 par Alexander Wylie et Li Shanlan.

    22 55
  20. Cause ouverte par le diocèse de Shanghai (Mgr Aloysius Jin Luxian S.J.) en 2011 : le Bureau de presse du Saint-Siège annonce le 14 avril 2011 que le diocèse de Shanghai « peut commencer la cause de béatification de Paul Xu Guangqi » (Commission pour l'Église catholique en Chine, https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2011/04/14/0219/00556-1.html, consulté le 3 octobre 2026 ; repris par Radio Vaticana le 20 avril 2011, https://www.archivioradiovaticana.va/storico/2011/04/20/shanghai_to_host_beatification_of_early_catholic_convert_/in2-480371, consulté le 3 octobre 2026), et le porte-parole Federico Lombardi confirme le 15 avril 2011 le lancement du procès. Le grade canonique est donc celui de Serviteur de Dieu (cause introduite au niveau diocésain) ; aucun décret de vénérabilité n'a été publié depuis (situation vérifiée le 3 octobre 2026). Voir Nicolas Standaert, « The Cause of Xu Guangqi: Recent Developments », Studia Missionalia 60 (2011), p. 251-273.

    23
  21. Li Zhizao (李之藻), Tianxue chuhan (天學初函, « Première collection des sciences célestes »), Hangzhou, 1626, 22 volumes en deux séries (li bian et qi bian). Réédition fac-similé Taipei, Studium Biblicum Franciscanum, 1965. Première bibliothèque imprimée systématique des sciences européennes et de la théologie naturelle en chinois ; modèle de toutes les collections jésuites ultérieures.

    24
  22. Nathan Sivin, Granting the Seasons: The Chinese Astronomical Reform of 1280, with a Study of Its Many Dimensions and a Translation of its Records, Springer, New York, 2009, ISBN 978-0-387-78955-3, chap. 5 sur la réforme Chongzhen. Voir aussi Joseph Needham, Science and Civilisation in China, vol. III : Mathematics and the Sciences of the Heavens and the Earth, Cambridge University Press, 1959, p. 437-461.

    25
  23. Alfons Väth S.J., Johann Adam Schall von Bell S.J., Missionar in China, kaiserlicher Astronom und Ratgeber am Hofe von Peking, 1592-1666, Bachem, Cologne, 1933, 416 p. ; réimpr. avec annexes par Roman Malek S.V.D. et Hugo G. Engling S.J., Steyler Verlag, Nettetal, 1991, ISBN 978-3-8050-0289-6. Biographie de référence, fondée sur les archives de la Compagnie et les sources mandchoues. Date de naissance retenue : le 1er mai 1591 à Cologne — Catholic Encyclopedia (1913), « Johann Adam Schall von Bell » (« b. of an important family at Cologne in 1591 ; d. at Peking, August 15, 1666 », https://www.catholic.com/encyclopedia/johann-adam-schall-von-bell, consulté le 4 octobre 2026) et New Catholic Encyclopedia (« b. Cologne, May 1, 1591 »). Le millésime « 1592 », qui ne figure que dans le titre de la biographie de Väth et sa reprise par Monumenta Serica, reflète l'ancienne datation, abandonnée par les ouvrages de référence récents.

    26
  24. Schall von Bell, Historica Relatio de ortu et progressu Fidei Catholicae in Regno Chinensi, Vienne, 1665, p. 297-298. Chiffres ronds et probablement gonflés par enthousiasme apologétique : les historiens modernes (Brockey, Standaert) retiennent un ordre de grandeur d'environ 150 000 chrétiens chinois en 1664, et non 500 000. Voir Brockey, Journey to the East, op. cit., p. 199-201.

    27
  25. Väth, Johann Adam Schall, op. cit., chap. XII (« Der Prozess von 1664-1665 »), p. 282-318. Sur la commutation de la peine après le tremblement de terre du 16 avril 1665 (qui détruisit une partie du palais), voir aussi D. E. Mungello, The Great Encounter of China and the West, 1500-1800, Rowman & Littlefield, Lanham (Md.), 3ᵉ éd. 2009, ISBN 978-0-7425-5798-9, p. 19-21.

    28
  26. Henri Bernard-Maître S.J., Ferdinand Verbiest, continuateur de l'œuvre scientifique d'Adam Schall, Henri Vetch, Pékin, 1940, 64 p. ; réimpr. dans Monumenta Serica, vol. 5 (1940), p. 103-140. Voir aussi John W. Witek S.J. (éd.), Ferdinand Verbiest (1623-1688): Jesuit Missionary, Scientist, Engineer and Diplomat, Steyler Verlag, Nettetal, 1994, ISBN 978-3-8050-0328-2, 535 p. — actes du colloque international du tricentenaire de la mort de Verbiest.

    29
  27. Nom posthume Qínmǐn (勤敏) décerné par Kangxi : voir la notice « Ferdinand Verbiest » (Wikipédia anglophone : « He was granted the posthumous name Qinmin (勤敏) by Kangxi Emperor », https://en.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_Verbiest, consulté le 4 octobre 2026) et le Journal of the Macau Ricci Institute, n° 12 (« he received a favor from Emperor Kangxi and was posthumously awarded the title of Qinmin (勤敏) »). Aucune source académique (Bernard-Maître, Witek) n'établit qu'il aurait été le seul Occidental jamais ainsi honoré : le superlatif est donc retiré et remplacé par une formulation neutre.

    30
  28. Joseph Sebes S.J., The Jesuits and the Sino-Russian Treaty of Nerchinsk (1689): The Diary of Thomas Pereira, S.J., Institutum Historicum Societatis Iesu, Rome, 1962, 332 p. (« Bibliotheca Instituti Historici S.I. », vol. XVIII). Édition critique du journal du P. Thomas Pereira ; étude détaillée du rôle des jésuites Gerbillon et Pereira comme interprètes et rédacteurs latins du traité du 27 août 1689.

    31
  29. Isabelle Landry-Deron, « Les Mathématiciens envoyés en Chine par Louis XIV en 1685 », Archive for History of Exact Sciences, vol. 55 (2001), p. 423-463. Voir aussi Florence C. Hsia, Sojourners in a Strange Land: Jesuits and Their Scientific Missions in Late Imperial China, University of Chicago Press, 2009, ISBN 978-0-226-35508-2, p. 27-58 (chap. 2 sur l'« Académie de Pékin »).

    32
  30. Édit de tolérance de Kangxi, 22 mars 1692 (康熙三十一年二月二十二日). Texte chinois et traductions dans Nicolas Standaert (éd.), Handbook of Christianity in China, vol. I : 635-1800, Brill, Leyde, 2001, ISBN 978-90-04-11431-7, p. 312-313. Voir aussi John Witek S.J., Controversial Ideas in China and in Europe: A Biography of Jean-François Foucquet, S.J. (1665-1741), Institutum Historicum S.I., Rome, 1982, ISBN 978-88-7041-013-7, p. 76-79.

    33
  31. Antoine Thomas S.J., lettre au Général Charles de Noyelle, Pékin, 30 avril 1688, rapportée par Joseph Brucker S.J., La Compagnie de Jésus, Beauchesne, Paris, 1919, p. 580. Il s'agit d'une paraphrase admirative par les missionnaires plus que d'une parole sténographiée de l'empereur : aucune source ne permet d'établir le verbatim d'un propos tenu par Kangxi — qui tenait Verbiest pour irremplaçable — et la formulation est donc présentée ici comme un résumé, non comme une citation textuelle.

    35
  32. Cécile et Michel Beurdeley, Castiglione, peintre jésuite à la cour de Chine, Anthese, Arcueil, 1971, 196 p. Voir aussi Marco Musillo, The Shining Inheritance: Italian Painters at the Qing Court, 1699-1812, Getty Research Institute, Los Angeles, 2016, ISBN 978-1-60606-426-3.

    36
  33. La position originale de Ricci est exposée systématiquement dans Matteo Ricci, Della entrata, op. cit., livre I, ch. 10 (sur les rites confucéens), et défendue à Rome par les jésuites contre les attaques mendiantes pendant tout le XVIIᵉ siècle. Voir George Minamiki S.J., The Chinese Rites Controversy: From Its Beginning to Modern Times, Loyola University Press, Chicago, 1985, ISBN 978-0-8294-0457-9, p. 19-50 (« The Riccian Solution »).

    37
  34. Niccolò Longobardo S.J., Risposta breve sopra le controversie d'el Xámtí, Tien-xîn, Limhoên (cioè di Dio, dell'Angelo, dell'Anima Racionale) e altri nomi e termini chinesi, manuscrit de 1623-1626. Édition critique chinois-italien-anglais par Daniel Canaris et Thierry Meynard S.J., A Brief Response on the Controversies Over Shangdi, Tianshen and Linghun, by Niccolò Longobardo, Springer, Singapour, 2020, ISBN 978-981-16-0450-8, 312 p. Édition de référence ; analyse fine du tournant néo-confucéen de l'argument.

    38
  35. Sacrée Congrégation De Propaganda Fide, décret Cum ad aures, 12 septembre 1645, signé par le pape Innocent X. Texte dans Ray R. Noll (éd.), 100 Roman Documents Concerning the Chinese Rites Controversy (1645-1941), Ricci Institute, San Francisco, 1992, ISBN 978-1-883989-00-7, doc. 1, p. 1-2.

    39
  36. Alexandre VII, décret Animarum saluti, 23 mars 1656. Texte dans Noll, 100 Roman Documents, op. cit., doc. 2, p. 3-5. Voir aussi Minamiki, The Chinese Rites Controversy, op. cit., p. 32-37 sur la procuration de Martino Martini.

    40
  37. Charles Maigrot, Mandatum seu Edictum, Changzhou (Fujian), 26 mars 1693. Texte dans Noll, op. cit., doc. 7, p. 12-14. Étude de référence : Claudia von Collani, « Charles Maigrot's Role in the Chinese Rites Controversy », dans D. E. Mungello (éd.), The Chinese Rites Controversy: Its History and Meaning, Steyler Verlag, Nettetal, 1994, ISBN 978-3-8050-0348-0, p. 149-183.

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  38. Antonio Sisto Rosso O.F.M., Apostolic Legations to China of the Eighteenth Century, P. D. and Ione Perkins, South Pasadena (Cal.), 1948, 521 p., chap. 4-6 sur la légation Tournon et l'expulsion de Maigrot (décembre 1706). Récit détaillé fondé sur les archives romaines et chinoises.

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  39. Rosso, op. cit., chap. 7, p. 178-225. Sur la captivité de Tournon à Macao et sa mort le 8 juin 1710, voir aussi Standaert, Handbook, op. cit., vol. I, p. 686-690.

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  40. Clément XI, constitution apostolique Ex illa die, 19 mars 1715, dans Heinrich Denzinger – Peter Hünermann, Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, 44ᵉ éd., Herder, Fribourg-en-Brisgau, 2014, n° 2531-2547. Texte intégral dans Bullarium Romanum, éd. Taurinensis, vol. XXI, Turin, 1871, p. 559-565.

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  41. Annotation autographe attribuée à Kangxi sur la lettre transmise par Tournon en décembre 1706, rapportée par les jésuites de Pékin et publiée dans Lettres édifiantes et curieuses, écrites des Missions étrangères, recueil VII, Paris, 1707, p. 230-231. Édition moderne dans Isabelle et Jean-Louis Vissière (éd.), Lettres édifiantes et curieuses de Chine par des missionnaires jésuites (1702-1776), Garnier-Flammarion, Paris, 1979, ISBN 978-2-08-070315-1. Le résumé français donné dans le corps est une paraphrase : le verbatim français reste à contrôler page à page sur l'édition de 1707.

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  42. Édit de Yongzheng du 11 janvier 1724 (Yongzheng 1ᵉʳ, 12ᵉ mois, 17ᵉ jour), promulgué dans tout l'empire le 11 février 1724 (Yongzheng 2ᵉ, 1ᵉʳ mois). Voir Eugenio Menegon, Ancestors, Virgins, and Friars: Christianity as a Local Religion in Late Imperial China, Harvard University Asia Center, Cambridge (Mass.), 2009, ISBN 978-0-674-03596-6, p. 110-119. Sur les 21 jésuites maintenus à Pékin, voir Standaert, Handbook, op. cit., vol. I, p. 521-525.

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  43. Benoît XIV, bulle Ex quo singulari, 11 juillet 1742, dans Denzinger-Hünermann, op. cit., n° 2548-2552. Texte intégral dans Bullarium Romanum, op. cit., vol. XVI (Bullarium Benedicti XIV), Turin, 1865, p. 187-194. La bulle interdit toute discussion ultérieure sur la question des rites chinois sous peine d'excommunication réservée au pape, et reste en vigueur jusqu'en 1939.

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  44. Eugenio Menegon, Ancestors, Virgins, and Friars, op. cit., partie III sur les Tongzhennü (童貞女, « vierges chinoises »), p. 287-376. Étude pionnière sur cette institution unique : des laïques chrétiennes consacrées à la chasteté sans vœu solennel, qui ont assuré la transmission de la foi pendant le siècle de persécution (1724-1844). Aucune autre Église locale au monde n'a connu d'institution équivalente à cette échelle.

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  45. Sacrée Congrégation De Propaganda Fide, instruction Plane compertum est, décidée en assemblée plénière le 4 décembre 1939, approuvée par Pie XII en audience le 7 décembre 1939, datée de Rome le 8 décembre 1939 (fête de l'Immaculée Conception). Texte latin dans Acta Apostolicae Sedis, vol. 32 (1940), p. 24-26, vérifié sur la numérisation officielle (vatican.va) : « Plane compertum est in Orientalium Regionibus nonnullas caeremonias, licet antiquitus cum ethnicis ritibus connexae essent, in praesentiarum, mutatis saeculorum fluxu moribus et animis, civilem tantum servare significationem pietatis in antenatos vel amoris in patriam vel urbanitatis in proximos. » Traduction française dans Documentation catholique, n° 893, 7 janvier 1940, col. 6-8. Portée confirmée par les synthèses actuelles (voir New Catholic Encyclopedia, « Chinese Rites Controversy », https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/chinese-rites-controversy, consulté le 3 octobre 2026) : statut inchangé depuis 1939. Le résumé français donné dans le corps est une paraphrase, non une traduction sténographiée.

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  46. Pie XII, encyclique Evangelii praecones sur les missions, 2 juin 1951, qui théorise l'inculturation missionnaire à partir notamment de l'expérience chinoise. En revanche, aucun discours de Pie XII du 18 octobre 1946 contenant la phrase parfois citée sur la mission de Matteo Ricci n'a pu être vérifié : l'index d'Acta Apostolicae Sedis 38 (1946) ne liste aucune allocution à cette date, et les p. 401-405 du volume contiennent des actes du Tribunal de la Rote, non un discours pontifical — la phrase est donc retirée en attendant sa source exacte.

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  47. Concile Vatican II, décret Ad gentes divinitus sur l'activité missionnaire de l'Église, 7 décembre 1965, n° 22 : « il est nécessaire que dans chaque grand territoire socioculturel, comme on dit, une réflexion théologique soit encouragée » pour que « les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées par la lumière de l’Évangile, de chaque famille des peuples, seront assumées dans l’unité catholique ». Extraits exacts du texte officiel en ligne (AAS 58 (1966)) : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19651207_ad-gentes_fr.html, consulté le 3 octobre 2026 et recontrôlé le 8 octobre 2026.

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  48. Comptage d'après Joseph Dehergne S.J., Répertoire des jésuites de Chine de 1552 à 1800, Institutum Historicum S.I., Rome / Letouzey & Ané, Paris, 1973, qui liste 920 jésuites (période 1552-1813 selon la recension académique d'Utrecht/Brill). Brockey fait de ce répertoire sa « standard reference for names, dates and biographical information » (Journey to the East, note liminaire). Le total inclut des jésuites chinois eux-mêmes (environ 200, souvent originaires de Macao, selon la synthèse « Missionaries to China ») : d'où la formulation « Européens pour la plupart, mais aussi des Chinois ».

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  49. Mario Cams, Companions in Geography: East-West Collaboration in the Mapping of Qing China (c. 1685-1735), Brill, Leyde, 2017, ISBN 978-90-04-34501-8, 304 p. Étude de référence de l'Atlas Kangxi (Huangyu quanlan tu, 皇輿全覽圖), grand atlas de l'Empire levé en triangulation entre 1708 et 1717 par dix jésuites (Régis, Jartoux, Bouvet, Fridelli, Cardoso, Bonjour, de Tartre, Mailla, Hinderer, Gaubil) mandatés par Kangxi : 41 cartes provinciales et générales, premier atlas scientifique de toute la Chine.

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  50. Ignace-Gaston Pardies S.J. (1636-1673), Elémens de géométrie, Paris, 1671. Traduction entreprise en mars 1690 par Jean-François Gerbillon et Joachim Bouvet pour Kangxi — devenue le manuel de géométrie de l'empereur (versions mandchoue puis chinoise, reprise dans le Shuli jingyun) : voir « Jesuits, Kangxi Emperor, and the Compilation of European Mathematics » (Religions, vol. 17), et la leçon de Man-Keung Siu (HKU, « The Emperor's new lessons »). Verbiest, premier précepteur mathématique de Kangxi, enseignait pour sa part d'après des manuels issus de Clavius (voir la synthèse Brill sur la reconstruction des mathématiques impériales sous Kangxi). L'attribution antérieure (« Pardies par Verbiest, 1675-1678 ») est donc corrigée.

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  51. Les logarithmes sont introduits en Chine par le jésuite Nikolaus Smogulecki (Mu Ni-Ko, 1610-1656) dans son Tianbu zhenyuan (Traité du vrai cours des mouvements célestes), et son élève Xue Fengzuo publie en 1653 les premières tables logarithmiques chinoises avec leur mode d'emploi : voir Denis Roegel, Introduction to Chinese and Japanese tables of logarithms, with a review of secondary sources (INRIA hal-00543945), et Klaus Kühn, Logarithms: A Journey of their Tables to all over the World (2017), d'après Florian Cajori.

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  52. Prospero Intorcetta, Philippe Couplet, Christian Herdtrich et François Rougemont, Confucius Sinarum philosophus, sive Scientia Sinensis latine exposita, Paris, Daniel Horthemels, 1687. Voir Thierry Meynard S.J., The Jesuit Reading of Confucius: The First Complete Translation of the Lunyu (1687) Published in the West, Brill, Leyde, 2015, 688 p. : « the most influential » des versions latines, « published in Paris in 1687 », dont Leibniz et Voltaire « read and meditated on the sayings of Confucius ». Sur Christian Wolff, Oratio de Sinarum philosophia practica (Halle, 1721), nourrie des sources jésuites (voir « Constructing Confucius in the Low Countries » : un exemplaire du Confucius Sinarum transmis par le jésuite d'Anvers Daniël van Papenbroeck, aboutissant à la défense wolffienne des Chinois comme êtres rationnels).

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  53. Jean-Paul II, homélie de la messe de canonisation d'Augustin Zhao Rong et de ses 119 compagnons martyrs en Chine, place Saint-Pierre, 1ᵉʳ octobre 2000 : https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/en/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20001001_canonization.html, consulté le 3 octobre 2026. 120 martyrs (87 Chinois et 33 missionnaires), morts pour la foi entre 1648 et 1930, dont 86 lors de la révolte des Boxers en 1900 : statut inchangé depuis 2000.

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  54. Liam Matthew Brockey, Journey to the East: The Jesuit Mission to China, 1579-1724, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2007, ISBN 978-0-674-02448-9, 496 p. Brockey, professeur d'histoire à Michigan State University, livre l'étude de référence contemporaine sur la mission jésuite des Ming et premiers Qing : analyse exhaustive des archives romaines (ARSI), portugaises (Lisbonne) et chinoises (Pékin, Taipei). Voir aussi Nicolas Standaert (éd.), Handbook of Christianity in China, vol. I : 635-1800, op. cit., 964 p., somme collective de 30 collaborateurs internationaux.

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  55. Liam Matthew Brockey, Journey to the East, op. cit., p. 414 (conclusion générale). Voir aussi le verdict similaire de David E. Mungello, The Great Encounter of China and the West, op. cit., p. 81-104, qui qualifie la mission jésuite de « most extraordinary encounter between civilizations in the early modern world ». Le résumé français donné dans le corps est une paraphrase du verdict de l'auteur : le verbatim reste à contrôler page à page sur l'édition.

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