La Contre-Réforme catholique (1517-1648)

La Contre-Réforme catholique (1517-1648), plus exactement Réforme catholique, est le grand mouvement de rénovation interne et de reconquête doctrinale de l'Église après la Réforme protestante. Concile de Trente, ordres nouveaux, grands saints, expansion missionnaire et art baroque en sont les cinq versants.

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La Contre-Réforme catholique, plus exactement appelée Réforme catholique par l'historiographie contemporaine, désigne le vaste mouvement de rénovation interne et de reconquête doctrinale de l'Église catholique romaine au XVIᵉ et au début du XVIIᵉ siècle. Loin de se réduire à une réaction défensive contre la Réforme protestante de Luther, Zwingli et Calvin, elle prolonge des aspirations réformatrices antérieures (observance dominicaine et franciscaine, devotio moderna, prédication de Savonarole, humanisme chrétien) et déploie une triple action : doctrinale par le Concile de Trente (1545-1563), pastorale par les nouveaux ordres religieux et les grands saints réformateurs, missionnaire par l'expansion vers l'Asie et les Amériques.

Le mouvement trouve son acte fondateur dans la bulle Laetare Jerusalem du 19 novembre 1544 par laquelle Paul III convoque le Concile de Trente, ouvert le 13 décembre 1545[1]. Pendant près d'un siècle, l'Église redéfinit sa doctrine de la justification, de l'Écriture et de la Tradition, des sept sacrements, du sacrifice eucharistique, du purgatoire et de l'invocation des saints. Elle réforme parallèlement ses structures : création des séminaires diocésains (Trente, Session XXIII, 1563), nouveau Catéchisme romain (1566), nouveau Bréviaire (1568) et nouveau Missel (1570) promulgués par saint Pie V, Vulgate révisée (1592). Au même moment, Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus (approuvée par Paul III le 27 septembre 1540), Thérèse d'Avila réforme le Carmel (1562), Charles Borromée transforme le diocèse de Milan en modèle tridentin, Philippe Néri crée l'Oratoire à Rome, François de Sales ouvre la voie d'une spiritualité accessible aux laïcs.

L'enjeu décisif dépasse la simple riposte aux Réformateurs. L'historien jésuite John W. O'Malley y voit un projet de réforme religieuse et sociale d'une ampleur inédite depuis l'époque de Grégoire VII (paraphrase)[2]. L'expression Contre-Réforme (Gegenreformation) est forgée en 1776 par le juriste protestant allemand Johann Stephan Pütter, puis popularisée par Leopold von Ranke ; les historiens catholiques (Hubert Jedin, dès 1946) ont nuancé en distinguant Réforme catholique (élan interne antérieur) et Contre-Réforme (réaction tridentine au protestantisme), aujourd'hui souvent rassemblées sous le terme englobant de Renouveau catholique (Catholic Renewal)[3].

Cet article présente la Contre-Réforme comme un fait global : il en restitue les racines, les acteurs, les actes magistériels, les fruits pastoraux, l'expansion missionnaire, l'art baroque qui en naît, et l'évaluation historiographique contemporaine. Pour les développements détaillés du concile lui-même, voir l'article spécialisé sur le Concile de Trente ; pour la doctrine adverse, voir La Réforme protestante et Réponses au protestantisme.

Réforme catholique ou Contre-Réforme ? Une question de mots

Le mot Contre-Réforme est tardif et polémique

Le terme Gegenreformation n'apparaît pas au XVIᵉ siècle. Il est employé pour la première fois en 1776 par le juriste protestant Johann Stephan Pütter (1725-1807) dans l'introduction à son édition de la Confession d'Augsbourg, puis introduit dans l'historiographie générale par Leopold von Ranke (1795-1886) dans Die römischen Päpste, ihre Kirche und ihr Staat im sechzehnten und siebzehnten Jahrhundert (Berlin, 1834-1836)[4]. Pour Ranke, la Contre-Réforme est l'effort par lequel Rome, à partir de 1540 environ, regagne le terrain perdu face au protestantisme (paraphrase de la thèse rankéenne) : il en fait un mouvement essentiellement défensif et postérieur à la Réforme.

Cette lecture a longtemps dominé. Elle a deux défauts majeurs : elle réduit la Réforme catholique à une simple riposte, et elle suggère que sans Luther il ne se serait rien passé à Rome. Or l'élan réformateur catholique est sensiblement antérieur à 1517.

Les racines pré-luthériennes du Renouveau catholique

Le besoin de réforme — reformatio in capite et in membris, « réforme dans la tête et dans les membres » — est un programme porté par les conciles réformateurs du XIVᵉ-XVᵉ siècle, de Vienne (1311-1312) à Constance (1414-1418) où la formule est solennellement reprise[5]. Au XVᵉ siècle, plusieurs courants travaillent l'Église latine de l'intérieur :

  • la devotio moderna des Frères de la Vie commune (Gerhard Groote, Florent Radewijns) et son chef-d'œuvre, l'Imitatio Christi attribué à Thomas a Kempis (vers 1418-1427), répandent une piété intérieure et christocentrique ;
  • l'observance régulière réforme les couvents dominicains, franciscains, augustins et bénédictins (congrégation de Sainte-Justine de Padoue, réformée par Ludovico Barbo dès 1409 ; observance de Bursfeld, réforme entreprise en 1433) ;
  • l'humanisme chrétien d'Érasme (Enchiridion militis christiani, 1503), de Lefèvre d'Étaples, de John Colet à Oxford et du cardinal Cisneros à Alcalá de Henares (entreprise de la Polyglotte d'Alcalá, imprimée de 1514 à 1517) cherche à revenir aux sources bibliques et patristiques ;
  • la prédication réformatrice de Savonarole à Florence (1490-1498), avant son procès et sa mort, témoigne d'une attente populaire forte.

À Rome même, dès 1517, le Concile du Latran V (1512-1517) avait promulgué le décret de réforme Supernae dispositionis (5 mai 1514), puis la bulle Pastor aeternus gregem (19 décembre 1516) contre la Pragmatique Sanction de Bourges[6] ; et le Consilium de emendanda Ecclesia rédigé en 1537 par une commission de neuf membres présidée par le cardinal Contarini — Carafa, Pole, Sadolet, Fregoso, Aleandro, Badia, Cortese et Giberti — à la demande de Paul III dressait un constat sans concession des abus de la Curie[7]. Lorsque Trente s'ouvre en 1545, le programme réformateur a donc déjà trente ans de maturation interne.

Une terminologie contemporaine plus juste

L'historien Hubert Jedin (1900-1980), grand maître allemand de l'histoire du Concile, propose en 1946 une distinction décisive dans son essai Katholische Reformation oder Gegenreformation ? :

Pour Jedin, la Réforme catholique est l'auto-réforme de l'Église — un renouveau de la vie chrétienne par retour aux sources, antérieur à Luther — tandis que la Contre-Réforme désigne la lutte que mène cette même Église contre la Réforme protestante ; les deux se rejoignent et s'unissent au Concile de Trente (paraphrase)[8].

Depuis Jedin, la plupart des historiens catholiques (John O'Malley, Robert Bireley, Massimo Firpo, Adriano Prosperi) emploient indifféremment les expressions Réforme catholique, Contre-Réforme ou Catholic Renewal. Wikipédia, comme la plupart des manuels universitaires, conserve le terme Contre-Réforme parce qu'il reste le plus connu — mais le contenu désigné est bien le mouvement global de renouveau, non un simple anti-protestantisme.

Chronologie de la Contre-Réforme

Le Concile de Trente — peinture anonyme du XVIᵉ siècle (Musée du Louvre, Paris). Domaine public, via Wikimedia Commons.
  1. 1512-1517
    Concile du Latran V
    Programme magistériel de réforme

    Convoqué par Jules II et clos par Léon X, le Vᵉ concile du Latran promulgue le décret de réforme Supernae dispositionis (5 mai 1514), puis la bulle Pastor aeternus gregem (19 décembre 1516) contre la Pragmatique Sanction de Bourges[9]. Trois ans avant l'affichage des 95 thèses de Luther, Rome a donc déjà acté la nécessité d'une reformatio.

  2. 27 septembre 1540
    Bulle *Regimini militantis Ecclesiae*
    Approbation de la Compagnie de Jésus

    Paul III approuve la Compagnie de Jésus fondée par Ignace de Loyola. La Compagnie devient le principal instrument missionnaire et éducatif de la Contre-Réforme.

  3. 19 novembre 1544
    Bulle *Laetare Jerusalem*
    Convocation officielle du concile

    Paul III, après quatorze ans d'efforts et trois convocations avortées, convoque le concile à Trente, ville d'Empire mais proche de l'Italie. Ouverture effective le 13 décembre 1545.

  4. 13 décembre 1545 — 4 décembre 1563
    Concile de Trente
    25 sessions, trois périodes, trois papes sous lesquels il a siégé

    Concile œcuménique en trois périodes (1545-1547, 1551-1552, 1562-1563), sous Paul III, Jules III et Pie IV — le concile ayant couvert cinq pontificats, dont ceux de Marcel II et de Paul IV pendant l'interruption, sans sessions. Décrets sur Écriture-Tradition (Session IV, 8 avril 1546), justification (Session VI, 13 janvier 1547), Eucharistie et transsubstantiation (Session XIII, 11 octobre 1551), sacrements (Sessions XIV, XXI, XXIII, XXIV), purgatoire et indulgences (Session XXV).

  5. 26 janvier 1564
    Bulle *Benedictus Deus*
    Confirmation et exécution des décrets

    Pie IV confirme officiellement les décrets de Trente par la bulle Benedictus Deus datée du 26 janvier 1564 (lecture et publication solennelles dans les mois suivants, reprise au Bullarium romanum), puis crée le 2 août 1564 la Congregatio Concilii chargée d'interpréter et d'appliquer les canons tridentins[10].

  6. 1566
    Publication du *Catéchisme romain*
    Catéchisme de saint Pie V

    Paru en latin sous le titre Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad parochos, le Catéchisme romain est un manuel destiné aux curés. Rédigé sous Pie IV par une commission présidée par Charles Borromée, il sera traduit dans toutes les langues vernaculaires et restera la référence jusqu'au Catéchisme de l'Église catholique de 1992.

  7. 14 juillet 1570
    Bulle *Quo primum tempore*
    Promulgation du Missel tridentin

    Saint Pie V impose le Missel romain réformé. Le rite tridentin restera la forme ordinaire de la messe latine pendant 400 ans, jusqu'à la réforme liturgique de Paul VI (Missale Romanum, 3 avril 1969).

  8. 7 octobre 1571
    Victoire de Lépante
    Sainte Ligue contre l'Empire ottoman

    La Sainte Ligue catholique (Espagne, Venise, États pontificaux, ordres militaires) réunie à l'initiative de saint Pie V remporte la bataille navale de Lépante contre la flotte ottomane. Pie V instaure en mémoire la fête de Notre-Dame du Rosaire (7 octobre).

  9. 4 octobre 1582
    Réforme grégorienne du calendrier
    Calendrier grégorien

    Grégoire XIII, par la bulle Inter gravissimas (24 février 1582), réforme le calendrier julien. La nuit du jeudi 4 octobre 1582, on passe directement au vendredi 15 octobre. Le calendrier grégorien est aujourd'hui universel.

  10. 24 octobre 1648
    Traités de Westphalie
    Fin de la guerre de Trente Ans

    Les traités de Münster et d'Osnabrück mettent fin à la guerre de Trente Ans, ultime grand conflit confessionnel européen. La carte religieuse du continent est figée : Italie, Espagne, Portugal, France, Pologne, Autriche, Bohême méridionale, Bavière restent catholiques ; les pays scandinaves, le nord de l'Allemagne, l'Angleterre, l'Écosse, les Provinces-Unies restent protestants.

Le Concile de Trente comme moteur doctrinal

Pourquoi Trente était nécessaire

À la fin des années 1530, l'Église catholique se trouve face à une crise sans précédent depuis le Grand Schisme d'Occident : la moitié nord de l'Empire allemand a basculé dans le luthéranisme, la Suisse alémanique dans le zwinglianisme, Genève bascule en 1536, l'Angleterre se sépare de Rome par l'Acte de Suprématie d'Henri VIII (3 novembre 1534), les Pays-Bas et la France sont travaillés en profondeur par le calvinisme. La cohésion de la chrétienté latine, vieille de mille ans, est rompue.

À cette crise externe s'ajoute la crise interne documentée par le Consilium de emendanda Ecclesia de 1537 : absentéisme épiscopal massif, cumul des bénéfices, ignorance théologique du bas clergé, vénalité de la Curie, abus dans la prédication des indulgences. Aucun manuel de doctrine ne fait autorité ; la confusion sur la justification, les sacrements et la grâce favorise la diffusion des thèses réformées.

Dans une lettre au cardinal Cervini datée du 6 décembre 1542, Carlo Gualteruzzi, secrétaire de Reginald Pole, presse de résister en face aux fauteurs de troubles — à l'exemple de l'Apôtre (Ga 2, 11) — et d'exposer aux fidèles, en latin comme en langue vulgaire, la doctrine romaine sur les points contestés (paraphrase)[11].

Trente répond simultanément à cette double exigence : définir la doctrine controversée et réformer la discipline ecclésiastique. Les deux séries de décrets — de fide (sur la foi) et de reformatione (sur la discipline) — sont publiées en parallèle à chaque session.

Les six grands actes doctrinaux

Sur les 25 sessions du concile, six grands actes sont décisifs — les uns dogmatiques (de fide), les autres disciplinaires (de reformatione).

SessionDateObjet doctrinalRéponse à
IV8 avril 1546Écriture et Tradition apostolique reçues pari pietatis affectu (« avec un égal sentiment de piété »), canon biblique fixé à 73 livresSola Scriptura protestante
VI13 janvier 1547Justification — préparation, causes formelle et finale, foi vivante par la charitéSola Fide luthérienne
XIII11 octobre 1551Présence réelle, transsubstantiation, communion sous une seule espèceSymbolisme de Zwingli, consubstantiation de Luther
XXII17 septembre 1562Sacrifice eucharistique non sanglant — vrai sacrifice propitiatoireRéduction protestante de la messe à un mémorial
XXIII15 juillet 1563Sacrement de l'ordre, institution divine de l'épiscopat (dogme) ; séminaires diocésains (discipline)Sacerdoce universel exclusif des Réformateurs
XXV3-4 décembre 1563Purgatoire, invocation des saints, vénération des reliques, indulgencesNégation protestante du purgatoire et de l'intercession

Pour le détail de chaque session, voir l'article spécialisé sur le Concile de Trente.

Le décret sur la justification (Session VI)

Le décret sur la justification (13 janvier 1547) compte parmi les textes théologiques majeurs du XVIᵉ siècle catholique, comme le souligne l'historien Heiko A. Oberman, grand spécialiste de Luther (paraphrase)[12]. Il établit une doctrine équilibrée qui réfute à la fois la doctrine luthérienne de la justice imputée et la doctrine pélagienne d'une justification par les œuvres pures.

Le décret affirme en seize chapitres et trente-trois canons :

  1. l'universalité du péché originel (chapitre I) et l'incapacité humaine de se sauver par ses seules forces ;
  2. la nécessité absolue de la grâce prévenante (chapitre V) : Dieu prévient l'homme avant toute coopération ;
  3. la coopération libre de l'homme à la grâce, sans laquelle pas de justification (canon 4) ;
  4. la justification comme véritable transformation intérieure (non sola reputatio, « pas seulement par imputation », canon 11), non comme simple imputation extrinsèque de la justice du Christ ;
  5. la conservation et la croissance dans la grâce par les œuvres de charité informées par la foi ;
  6. la possibilité de la perte de la grâce par le péché mortel et de sa restauration par le sacrement de pénitence.

Comme le montre l'historien anglican Alister McGrath dans Iustitia Dei (Cambridge University Press, 3ᵉ éd. 2005), les trente-trois canons annexés au décret condamnent en réalité certaines caricatures du protestantisme plutôt que le protestantisme lui-même (paraphrase)[13].

Les nouveaux ordres religieux

Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus. Atelier de Rubens, vers 1620. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Le XVIᵉ siècle voit naître ou se réformer une dizaine d'ordres religieux nouveaux qui deviennent les principaux relais pastoraux et missionnaires de la Réforme catholique. Tous partagent une triple caractéristique : observance régulière stricte, mobilité apostolique (rupture avec le modèle monastique stable), spiritualité christocentrique.

Les Théatins (1524)

Premier ordre proprement contre-réformateur, les Clercs réguliers Théatins (du nom de Teate-Chieti) sont fondés à Rome le 14 septembre 1524 par saint Gaétan de Thiene (1480-1547) et Gianpietro Carafa, futur pape Paul IV (1555-1559). Ils visent à régénérer le clergé séculier par la pauvreté évangélique radicale, la prédication et le service des malades. La bulle Exponi nobis (24 juin 1524) de Clément VII leur accorde le droit de vivre exclusivement d'aumônes spontanées[14].

Les Capucins (1525)

Fondés par Matteo da Bascio (1495-1552) en 1525 comme branche stricte des Franciscains observants, les Frères Mineurs Capucins se distinguent par la longue barbe, la robe brune à capuche pointue (d'où leur nom, cappuccio), la prédication itinérante populaire et le service des pestiférés. Reconnus officiellement par la bulle Religionis zelus (3 juillet 1528) de Clément VII, ils deviennent l'un des ordres les plus dynamiques de la Contre-Réforme en Italie, en France et en Allemagne. Saint Laurent de Brindes (1559-1619), Capucin, sera proclamé Docteur de l'Église en 1959.

La Compagnie de Jésus (1540)

L'ordre le plus marquant est la Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola (1491-1556) et six compagnons (François Xavier, Pierre Favre, Diego Laínez, Alfonso Salmerón, Nicolás Bobadilla, Simão Rodrigues) à l'église Saint-Pierre de Montmartre le 15 août 1534 (vœux de Montmartre), puis officiellement approuvée par Paul III le 27 septembre 1540 par la bulle Regimini militantis Ecclesiae[15].

Sa spécificité est triple :

  • un quatrième vœu d'obéissance directe au Pape concernant les missions (circa missiones) ;
  • une mobilité apostolique sans obligation de chœur ni de clôture, dérogation à la tradition monastique millénaire ;
  • une formation intellectuelle exceptionnelle : quinze années d'études en moyenne avant les vœux solennels, prélude à un réseau scolaire déjà considérable à la mort d'Ignace — environ 46 écoles et une centaine de maisons réparties en 12 provinces[16] (le chiffre de 800 établissements et plus, dont 612 collèges, ne sera atteint qu'à l'apogée du XVIIIᵉ siècle, vers 1773).

Les Exercices spirituels d'Ignace, rédigés à Manresa entre 1522 et 1524 et publiés en 1548 avec l'imprimatur de Paul III, deviennent la matrice spirituelle de la Compagnie. Ils reposent sur un parcours en quatre semaines structuré autour de la méditation sur les fins dernières, la vie du Christ, la Passion et la Résurrection, avec un discernement des esprits systématique[17].

« L'homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur, et par ce moyen sauver son âme ; et les autres choses sur la surface de la terre sont créées pour l'homme, et pour l'aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il a été créé. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 23 — Principe et fondement, 1548[18]

À la mort d'Ignace (31 juillet 1556), la Compagnie compte environ 1 000 jésuites ; en 1615, sous la fin du généralat de Claudio Acquaviva, ils sont 13 000 ; en 1773 (suppression par Clément XIV), 22 589[19].

Les autres ordres

D'autres fondations complètent ce paysage :

  • les Barnabites (Clercs réguliers de Saint-Paul, fondés à Milan en 1530 par saint Antoine-Marie Zaccaria, approuvés en 1533) ;
  • les Somasques (1532, saint Jérôme Émilien, orphelins)[20] ;
  • les Ursulines (1535, sainte Angèle Mérici, à Brescia) — premier ordre féminin enseignant ;
  • les Frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu (1537, Grenade) ;
  • les Carmes déchaux d'Espagne (Thérèse d'Avila, 1562 ; Jean de la Croix, 1568) ;
  • l'Oratoire de Rome (Philippe Néri, vers 1564, approuvé par Grégoire XIII en 1575) ;
  • les Lazaristes ou Congrégation de la Mission (saint Vincent de Paul, 1625) ;
  • les Filles de la Charité (Vincent de Paul et Louise de Marillac, 1633), premières religieuses sans clôture.

Les grands saints réformateurs

Le XVIᵉ siècle catholique est l'un des siècles les plus féconds en saints de toute l'histoire de l'Église : plusieurs dizaines de canonisations concernent des personnages de la Réforme catholique — un rythme sans précédent depuis le Moyen Âge central[21]. Voici les figures majeures.

Saint Ignace de Loyola (1491-1556)

Ancien soldat basque blessé au siège de Pampelune (20 mai 1521), converti pendant sa convalescence par la lecture de la Vita Christi de Ludolphe le Chartreux et de la Légende dorée, Ignace de Loyola s'enferme dans la grotte de Manresa (1522-1523) où il rédige les premiers traits de ses Exercices spirituels. Étudiant à Paris (Sainte-Barbe et Montaigu, 1528-1535), il y réunit le noyau de ses premiers compagnons. Ordonné prêtre à Venise (24 juin 1537), il s'installe à Rome en 1540, devient premier supérieur général en avril 1541. Il meurt à Rome le 31 juillet 1556 ; canonisé par Grégoire XV le 12 mars 1622. Voir article détaillé Saint Ignace de Loyola.

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582)

Sainte Thérèse de Jésus (1515-1582), réformatrice du Carmel et docteur de l'Église. Atelier de Jusepe de Ribera, XVIIᵉ siècle. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Née Teresa de Cepeda y Ahumada à Avila le 28 mars 1515, entrée au Carmel de l'Incarnation à 20 ans, Thérèse de Jésus vit une conversion intérieure décisive en 1554 devant un Ecce Homo. Elle entreprend en 1562 la réforme du Carmel : fondation du monastère Saint-Joseph d'Avila avec retour à la règle primitive (1247) et clôture stricte. Sa rencontre en 1567 avec Jean de la Croix lance la branche masculine.

Elle fonde dix-sept couvents de carmélites déchaussées entre 1562 et 1582. Son œuvre spirituelle écrite — Livre de la Vie (1565), Chemin de perfection (1566), Château intérieur (1577), Fondations (1573-1582) — est l'un des sommets de la mystique chrétienne universelle. Elle meurt à Alba de Tormes le 4 octobre 1582 ; canonisée par Grégoire XV le 12 mars 1622 avec Ignace de Loyola, François Xavier, Philippe Néri et Isidore le Laboureur (canonizatio quinque sanctorum). Proclamée première femme Docteur de l'Église par Paul VI le 27 septembre 1970.

« Solo Dios basta. — Dieu seul suffit. Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie ; tout passe ; Dieu ne change pas ; la patience obtient tout ; à qui possède Dieu, rien ne manque : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila, signet autographe (dit « Nada te turbe ») conservé dans son bréviaire à Alba de Tormes, retrouvé après sa mort en 1582 — non un recueil de Poésies[22]

Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Saint Jean de la Croix (1542-1591), réformateur du Carmel masculin et docteur mystique. Francisco de Zurbarán, vers 1656. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Compagnon de Thérèse dans la réforme du Carmel masculin, Juan de Yepes y Álvarez prend le nom de Jean de la Croix en 1568 lors de la fondation du couvent de Duruelo (28 novembre 1568). Emprisonné par les Carmes mitigés à Tolède (décembre 1577 — août 1578), il compose pendant sa captivité les premières strophes du Cantique spirituel. Libéré, il devient l'un des plus grands docteurs de la mystique catholique : Montée du Carmel, Nuit obscure, Cantique spirituel, Vive flamme d'amour. Mort à Úbeda le 14 décembre 1591 ; canonisé par Benoît XIII le 27 décembre 1726 ; proclamé Docteur de l'Église par Pie XI le 24 août 1926. Voir article détaillé Saint Jean de la Croix.

Saint Charles Borromée (1538-1584)

Neveu du pape Pie IV (Giovanni Angelo Medici, 1559-1565), Carlo Borromeo est créé cardinal à 22 ans (31 janvier 1560) et secrétaire d'État pontifical. Il participe activement à la troisième période du Concile de Trente (1562-1563) comme légat. Archevêque de Milan à partir de 1565, il devient le modèle de l'évêque tridentin : visites pastorales systématiques (il en fera plus de 30 dans les vallées alpines), conciles provinciaux (6 entre 1565 et 1582), fondation de séminaires diocésains, application stricte des décrets de Trente, dévouement héroïque pendant la peste de Milan (1576-1577).

Sa correspondance et les six conciles provinciaux (1565, 1569, 1573, 1576, 1579, 1582) ainsi que les onze synodes diocésains qu'il préside font de l'archidiocèse de Milan le modèle expérimental de l'Église tridentine[23]. Il meurt à Milan le 3 novembre 1584 ; canonisé par Paul V le 1ᵉʳ novembre 1610. Voir article détaillé Saint Charles Borromée.

Saint Philippe Néri (1515-1595)

Saint Philippe Néri (1515-1595), « apôtre de Rome » et fondateur de l'Oratoire. Guido Reni, vers 1614. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Florentin installé à Rome, Filippo Neri mène d'abord une vie de laïc consacré dans les rues de la Ville (1534-1551). Ordonné prêtre à 36 ans, il fonde en 1554 la Confraternita della Santissima Trinità dei Pellegrini pour accueillir les pèlerins. Son confessionnal de l'église San Girolamo della Carità devient un foyer de conversion de toute la noblesse romaine.

Vers 1564, il rassemble autour de lui un groupe de prêtres séculiers qui se réunissent dans un oratorium pour la prière commune et les conférences spirituelles ; cette communauté devient en 1575, par la bulle Copiosus in misericordia de Grégoire XIII, la Congrégation de l'Oratoire, ordre nouveau dans lequel les membres ne prononcent pas de vœux mais vivent en commun par charité. Surnommé « apôtre de Rome » (apostolus Urbis), Néri allie joie évangélique, humilité provocatrice et profondeur mystique. Il meurt à Rome le 26 mai 1595 ; canonisé par Grégoire XV le 12 mars 1622.

Saint François de Sales (1567-1622)

Évêque de Genève (résidant à Annecy depuis le passage de Genève au calvinisme), François de Sales est l'apôtre de la spiritualité accessible aux laïcs. Son Introduction à la vie dévote (Lyon, 1609) connaît un succès européen immédiat (une quarantaine d'éditions et de nombreuses traductions du vivant de l'auteur, selon les décomptes habituellement repris)[24] ; son Traité de l'amour de Dieu (Lyon, 1616) est un sommet de la théologie spirituelle. Il fonde avec sainte Jeanne de Chantal l'Ordre de la Visitation (Annecy, 6 juin 1610). Mort à Lyon le 28 décembre 1622 ; canonisé par Alexandre VII le 19 avril 1665 ; proclamé Docteur de l'Église par Pie IX le 16 novembre 1877 ; proclamé patron des journalistes et écrivains catholiques par Pie XI le 26 janvier 1923.

Dès l'ouverture de son Introduction à la vie dévote (Iʳᵉ partie, chap. 2), saint François de Sales enseigne que la dévotion ne réside pas dans les pratiques extérieures mais dans la conformité de la volonté à celle de Dieu : c'est le cœur qu'il faut donner, le reste suit (paraphrase)[25].

Les autres saints réformateurs

D'autres figures de premier plan complètent ce panthéon : saint François Xavier (1506-1552), missionnaire des Indes et du Japon ; saint Pierre Canisius (1521-1597), apôtre de l'Allemagne catholique et auteur du Catechismus minimus (1556) qui sera réimprimé 200 fois ; saint Robert Bellarmin (1542-1621), jésuite controversiste, cardinal, auteur des Disputationes de controversiis (1586-1593) ; saint Vincent de Paul (1581-1660), apôtre des galériens et fondateur des Lazaristes ; sainte Jeanne de Chantal (1572-1641), cofondatrice de la Visitation ; saint Pie V (1504-1572), pape réformateur ; saint Joseph de Calasanz (1557-1648), fondateur des Piaristes pour l'enseignement gratuit des enfants pauvres ; saint Camille de Lellis (1550-1614), fondateur des Camilliens (hôpitaux).

Les papes de la Contre-Réforme

Saint Pie V (1504-1572), pape de la Contre-Réforme, vainqueur de Lépante. Scipione Pulzone, XVIᵉ siècle. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Huit papes principaux conduisent la Contre-Réforme entre 1534 et 1605.

Paul III Farnèse (1534-1549) est le « premier pape de la Contre-Réforme ». Élu le 13 octobre 1534, il convoque le concile (1544), approuve la Compagnie de Jésus (1540), réorganise l'Inquisition romaine (Licet ab initio, 21 juillet 1542) et crée les Cardinaux légats — Reginald Pole, Marcello Cervini, Giovanni Morone — qui dirigeront le concile.

Jules III Del Monte (1550-1555) rouvre le concile pour sa deuxième période (1ᵉʳ mai 1551 — 28 avril 1552, sessions XIII à XVI) : les décrets sur l'Eucharistie (Session XIII, 11 octobre 1551) et la pénitence datent de son pontificat. La reprise de la guerre entre Charles Quint et Henri II l'oblige à suspendre à nouveau le concile en 1552.

Paul IV Carafa (1555-1559), ancien fondateur des Théatins, mène la Contre-Réforme dans sa dimension la plus rigoureuse : promulgation du premier Index librorum prohibitorum (1559), persécution des judaïsants et des marranes, réforme de la Curie. Son intransigeance suscite à sa mort une émeute populaire à Rome.

Pie IV Médicis (1559-1565) réouvre et clôt le concile (troisième période, 1562-1563), confirme les décrets par la bulle Benedictus Deus (26 janvier 1564), crée la Congregatio Concilii (2 août 1564), publie la Professio fidei tridentinae (13 novembre 1564) — formule de foi obligatoire pour tout évêque et tout enseignant ecclésiastique.

Saint Pie V Ghisleri (1566-1572) — dominicain rigoureux issu de l'Inquisition — incarne l'application méthodique des décrets tridentins : promulgation du Catéchisme romain (1566), du Bréviaire (1568), du Missel (1570), édition de la Summa de saint Thomas d'Aquin proclamé Docteur de l'Église en 1567, organisation de la Sainte Ligue qui vainc à Lépante (7 octobre 1571). Canonisé par Clément XI en 1712.

Grégoire XIII Boncompagni (1572-1585) fonde le Collège romain (futur Université grégorienne) et un réseau de 23 collèges nationaux à Rome pour la formation des prêtres venus de toute l'Europe ; il réforme le calendrier par la bulle Inter gravissimas (24 février 1582).

Sixte V Peretti (1585-1590) — franciscain et ancien inquisiteur — réorganise la Curie romaine par la constitution Immensa aeterni Dei (22 janvier 1588) qui institue les 15 congrégations cardinalices permanentes, structure conservée jusqu'à la réforme de Jean-Paul II en 1988. Il fixe le nombre de cardinaux à 70 (Postquam verus, 3 décembre 1586), entreprend les grands travaux d'urbanisme de Rome (achèvement de la coupole de Saint-Pierre, 1590) et fait publier la Vulgate Sixtine (1590), corrigée et republiée comme Vulgate Sixto-Clémentine (1592) par Clément VIII.

Clément VIII Aldobrandini (1592-1605) accueille en 1595 le retour de la France catholique avec l'absolution d'Henri IV, après la conversion du roi (25 juillet 1593) ; il fait publier la Vulgate Sixto-Clémentine (1592, révision de l'édition sixtine de 1590) et soutient la Controverse de auxiliis qui oppose dominicains et jésuites sur la grâce.

L'application pastorale : séminaires, catéchisme, liturgie

La création des séminaires diocésains

Le décret de la Session XXIII, canon XVIII (Cum adolescentium aetas, « lorsque l'âge de l'adolescence… », 15 juillet 1563) est considéré par beaucoup d'historiens comme la réforme la plus importante de Trente sur le long terme. Il prescrit que « chaque cathédrale, église métropolitaine ou plus grande, sera tenue d'éduquer, dans un collège qui sera choisi par l'évêque [...], un certain nombre de jeunes gens de la ville et du diocèse, ou, faute de cela, de la province, dans la piété et la discipline ecclésiastique »[26].

Le mot seminarium (« pépinière ») désigne un établissement où l'on cultive de jeunes vocations sacerdotales depuis le bas âge (12 ans minimum). Avant Trente, le clergé séculier était formé de façon dispersée : un évêque résident, des écoles cathédrales rares, des cours privés. Après Trente, chaque diocèse doit ouvrir son séminaire.

L'application est lente — le premier séminaire post-tridentin est ouvert à Milan en 1564 par Charles Borromée ; à Rome, le Séminaire romain est fondé par Pie IV le 1ᵉʳ février 1565 et confié aux Jésuites ; en France, l'effort est porté à partir du XVIIᵉ siècle par saint Vincent de Paul (Saint-Lazare, 1632), Jean-Jacques Olier (Saint-Sulpice, 1641), saint Jean Eudes (Caen, 1643) et Adrien Bourdoise (Saint-Nicolas-du-Chardonnet, 1612)[27].

Le Catéchisme romain (1566)

Page de titre du Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad parochos, Rome, 1566. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Le Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad parochos — Catéchisme romain — paraît à Rome chez Paolo Manuzio le 24 septembre 1566. Demandé par la Session XXIV du concile (1563), il est rédigé par une commission présidée par Charles Borromée, dont les principaux théologiens sont les dominicains Egidio Foscarari (évêque de Modène) et Leonardo Marini (archevêque de Lanciano), assistés des Pères tridentins Muzio Calini et Francisco Foreiro.

Distinct des catéchismes pour enfants, c'est un manuel à l'usage des curés pour la prédication du dimanche. Il est structuré en quatre parties classiques :

  1. le Symbole des apôtres (la foi) ;
  2. les sacrements (les moyens de grâce) ;
  3. le Décalogue (la morale chrétienne) ;
  4. l'Oraison dominicale (la prière, en particulier le Pater noster).

Cette structure quadripartite — foi, sacrements, morale, prière — inspirera le plan du Catéchisme de l'Église catholique de Jean-Paul II en 1992 : parenté de plan seulement, car la troisième partie du CEC (« la vie dans le Christ ») dépasse largement le seul Décalogue. Le Catéchisme romain est traduit dans les principales langues vernaculaires européennes dès la fin du XVIᵉ siècle et reste la référence catéchétique majeure jusqu'en 1992.

La liturgie tridentine

La Session XXII (17 septembre 1562) avait demandé une révision du Missale Romanum pour unifier la liturgie latine. La bulle Quo primum tempore de saint Pie V (14 juillet 1570) promulgue le Missel romain réformé qui impose une forme unique de la messe à toute l'Église latine, sauf pour les rites de plus de 200 ans (Ambrosien, Mozarabe, Lyonnais, Dominicain, Cartusien, Carmélite, etc.).

Le rite tridentin connaît une stabilité historique remarquable : il restera la forme normative de la liturgie latine pendant près de quatre siècles, jusqu'à la promulgation du nouveau Missel par Paul VI le 3 avril 1969 (Missale Romanum). Le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI (7 juillet 2007) reconnaîtra cette forme comme « forme extraordinaire » du rite romain, statut modifié par le motu proprio Traditionis Custodes de François (16 juillet 2021).

L'Index des livres prohibés

Page de titre de l'Index librorum prohibitorum de Paul IV, Rome, 1559. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Avant Trente, plusieurs index locaux existaient déjà (Louvain 1546, Paris 1547, Venise 1548). Le premier Index romain officiel est promulgué fin décembre 1559 sous le nom de Paul IV (mort le 18 août 1559) — édition romaine d'Antonio Blado datée du 30 décembre 1559[28] — et révisé par Trente (Index Tridentinus, mars 1564) qui en assouplit certaines clauses. La Congrégation de l'Index, créée par Pie V en 1571, le mettra à jour pendant trois siècles ; il sera publié à 32 reprises avant son abolition par Paul VI en 1966[29].

L'Index n'a jamais été un instrument de censure préventive massive : il ne listait qu'environ 4 000 ouvrages condamnés sur les centaines de milliers publiés entre 1559 et 1966. Sa fonction principale était de signaler les œuvres dangereuses pour la foi ou la morale, à l'usage des évêques, des libraires et des fidèles instruits.

L'expansion missionnaire

Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire des Indes, du Japon et compagnon d'Ignace de Loyola. Atelier de Antonio Reinoso, vers 1700. Domaine public, via Wikimedia Commons.

La Réforme catholique n'est pas un repli sur l'Europe : c'est aussi le plus grand élan missionnaire de l'histoire chrétienne après l'évangélisation antique. Le XVIᵉ siècle voit naître un christianisme véritablement mondial.

Asie

Saint François Xavier (1506-1552), compagnon d'Ignace, arrive à Goa en mai 1542 comme nonce apostolique. Il évangélise les Paravers de la côte de Pêcherie (Inde du Sud), les Moluques, Malacca, puis arrive au Japon le 15 août 1549, premier missionnaire chrétien au Japon. Mort sur l'île de Shangchuan (Chine), aux portes de l'empire interdit, le 3 décembre 1552.

À Goa, le Collège Saint-Paul des Jésuites devient le premier centre théologique et linguistique de l'Asie chrétienne. La mission du Japon connaît un essor extraordinaire (de l'ordre de 300 000 chrétiens vers 1614, selon les estimations habituelles des historiens des missions[30]), puis subit la persécution Tokugawa (édit anti-chrétien de 1614, martyre de 26 chrétiens à Nagasaki le 5 février 1597, et de milliers d'autres jusqu'en 1639). Voir l'article spécialisé Les missions jésuites au Japon.

Le Père Matteo Ricci S.J. (1552-1610) en habit de lettré confucéen. Portrait par You Wenhui, 1610. Domaine public, via Wikimedia Commons.

En Chine, le Père Matteo Ricci S.J. (1552-1610), arrivé à Macao en 1582, conquiert la confiance de l'élite mandarinale par sa maîtrise du chinois classique, des mathématiques, de l'astronomie et de la cartographie. Il atteint Pékin en 1601 et obtient l'autorisation impériale d'y résider. Sa stratégie d'inculturation — vêtement de lettré, lecture des classiques confucéens, dialogue interreligieux — pose les bases d'une mission chinoise originale, plus tard contestée dans la Querelle des Rites chinois (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles). Voir l'article spécialisé Les missions jésuites en Chine.

Amériques

Au Mexique, l'évangélisation est massive après l'apparition de Notre-Dame de Guadalupe à saint Juan Diego (9-12 décembre 1531) : plusieurs millions de baptêmes en quelques années, selon les chroniqueurs franciscains de l'époque — le chiffre de huit millions, souvent repris, restant une estimation traditionnelle à manier avec prudence[31]. Au Pérou, saint Toribio de Mogrovejo (1538-1606), archevêque de Lima, applique méthodiquement Trente par trois conciles provinciaux (1582, 1583, 1591) — le IIIᵉ Concile de Lima (1582-1583) publie le premier catéchisme trilingue espagnol-quechua-aymara.

Les Réductions du Paraguay des Jésuites (1609-1768) deviennent une expérience sociale et religieuse unique : jusqu'à quelque 150 000 Guaranis évangélisés, selon les estimations, vivant dans des cités-États missionnaires autonomes. Voir l'article spécialisé Les missions jésuites du Paraguay.

Afrique

L'évangélisation du royaume du Kongo, baptisé dès la fin du XVᵉ siècle (Nzinga a Nkuwu, baptisé sous le nom de Jean Iᵉʳ le 3 mai 1491), est consolidée au XVIᵉ siècle par les missions franciscaines et jésuites portugaises. Le roi Afonso Iᵉʳ (1509-1543) gouverne en chrétien et envoie à Rome son fils Henri, nommé par Léon X évêque titulaire d'Utique le 5 mai 1518[32] — premier évêque connu d'Afrique centrale dans l'histoire de l'Église.

L'art baroque, langage visuel de la Contre-Réforme

Façade de l'église du Gesù à Rome (1568-1584), prototype du baroque jésuite. Architectes Giacomo Vignola et Giacomo della Porta. Domaine public, via Wikimedia Commons.

La Session XXV du concile (3-4 décembre 1563), dans le Decretum de invocatione, veneratione et reliquiis Sanctorum et de sacris imaginibus, réaffirme la légitimité des images sacrées contre l'iconoclasme protestant et précise leur fonction pédagogique :

« Que par les images peintes ou autrement représentées, le peuple soit instruit et confirmé dans les articles de la foi qui sont à retenir et à méditer assidûment. [...] Que toute superstition, toute recherche d'un gain sordide, toute lascivité soit évitée dans la représentation et l'ornement des images sacrées. » — Concile de Trente, Session XXV, Decretum de sacris imaginibus, 3 décembre 1563[33]

Ce décret devient le manifeste théorique d'un art renouvelé. Émile Mâle, dans L'Art religieux après le Concile de Trente (Armand Colin, 1932 — 2ᵉ éd. 1951), a montré comment l'art catholique des XVIᵉ-XVIIᵉ siècles met en œuvre ce décret par trois axes : rigueur iconographique (préciser l'attribut des saints, condamner les inventions fantaisistes), émotion édifiante (toucher le cœur, susciter la dévotion), clarté pédagogique (instruire l'illettré)[34].

Les chefs-d'œuvre baroques de la Contre-Réforme sont nombreux : façade et plan du Gesù de Rome (Vignola et Della Porta, 1568-1584), prototype de l'église jésuite à nef unique destinée à la prédication ; voûte de Sant'Ignazio par Andrea Pozzo (Allégorie de l'œuvre missionnaire de la Compagnie, 1691-1694 — la fausse coupole en trompe-l'œil de la même église datant elle de 1685) ; les martyres par Le Caravage (Martyre de saint Mathieu, 1600 ; Crucifixion de saint Pierre, 1601) ; la dévotion eucharistique par Pierre Paul Rubens (Triomphe de l'Eucharistie, 1626-1628) ; les extases mystiques par Gian Lorenzo Bernini (Extase de sainte Thérèse, Santa Maria della Vittoria, Rome, 1647-1652) ; les Vierges immaculées de Murillo (1660-1665) ; les Saints carmes de Zurbarán (1635-1640).

L'Extase de sainte Thérèse, Gian Lorenzo Bernini, 1647-1652, chapelle Cornaro de Santa Maria della Vittoria à Rome. Domaine public, via Wikimedia Commons.

L'art baroque catholique se distingue des autres réformes par son réalisme charnel et son refus de l'austérité iconoclaste. Là où Calvin ferme les temples, retire statues et tableaux, blanchit les murs, la Contre-Réforme assume la matière : peinture, sculpture, polyphonie liturgique (Palestrina, Missa Papae Marcelli, 1567), grandes orgues, vitraux, ornements liturgiques, processions et expositions du Saint-Sacrement. Cette esthétique repose sur une conviction théologique précise — l'Incarnation : si le Verbe s'est fait chair, l'art chrétien peut et doit honorer le sensible.

Comme le montre en substance Émile Mâle dès l'introduction de son maître-livre : là où le protestantisme retire les images, le catholicisme les multiplie et fait du beau une école de la foi (paraphrase de l'argument des p. 1-2)[35].

Évaluation historique et bilan

Une réforme largement réussie

Sur le plan doctrinal, Trente a donné à l'Église catholique une cohérence dogmatique qui a tenu quatre siècles sans révision majeure, jusqu'au concile Vatican II (1962-1965) — et encore Vatican II n'a pas contredit les définitions tridentines, conformément à l'herméneutique de la continuité rappelée par Benoît XVI dans son discours à la Curie du 22 décembre 2005.

Sur le plan pastoral, l'application est plus lente mais profonde : entre 1565 et 1700, le clergé séculier européen se transforme. Les évêques résident dans leur diocèse, visitent les paroisses, fondent et financent les séminaires. Le niveau intellectuel et moral du bas clergé est sensiblement relevé. Les sacrements sont mieux administrés, la prédication mieux préparée.

Sur le plan missionnaire, la cartographie religieuse mondiale est bouleversée : le christianisme cesse d'être une religion essentiellement européenne. Au moment où l'Europe occidentale se fragmente, le catholicisme s'étend à l'Asie, à l'Afrique, aux Amériques. À la mort de Pie V en 1572, le catholicisme romain compterait de l'ordre de 80 millions de fidèles ; à la mort de Clément VIII en 1605, de l'ordre de 100 millions ; en 1700, près de 130 millions — simples ordres de grandeur, les statistiques pontificales systématiques ne commençant qu'avec Léon XIII[36].

Sur le plan géopolitique, le catholicisme reconquiert progressivement plusieurs zones perdues : la Bohême après la bataille de la Montagne Blanche (8 novembre 1620), la Pologne par les missions des Jésuites de Skarga, l'Autriche par les Habsbourg, la Bavière par les Wittelsbach, partie des Pays-Bas méridionaux (futur Belgique).

Les limites et les ombres

Plusieurs ombres persistent. La rupture avec le protestantisme ne sera jamais cicatrisée : il faudra attendre la Joint Declaration on the Doctrine of Justification (Augsbourg, 31 octobre 1999) pour qu'un consensus partiel soit signé entre Rome et les luthériens. Les guerres de religion européennes (France 1562-1598, Pays-Bas 1568-1648, guerre de Trente Ans 1618-1648) feront plusieurs millions de morts — les estimations varient largement, la seule guerre de Trente Ans étant évaluée entre 4 et 8 millions de victimes selon les historiens.

L'Inquisition romaine réorganisée par Paul III en 1542, et l'Inquisition espagnole (qui dépend de la Couronne), exerceront une répression qui, sans atteindre l'ampleur fantasmatique de la « légende noire » — voir l'article L'Inquisition espagnole au crible des archives et Les hérétiques et la légende noire de l'inquisition — n'en reste pas moins une réalité historique. Le procès de Galilée (1633) marque durablement la perception extérieure du catholicisme face à la science moderne — affaire disciplinaire et herméneutique autant qu'astronomique, pour laquelle Jean-Paul II a reconnu en 1992 les incompréhensions et les erreurs des théologiens du temps[37].

Enfin, certains équilibres pastoraux restent imparfaits : la rigueur janséniste se développera précisément en réaction à des excès attribués (parfois injustement) à la spiritualité jésuite et à la pratique sacramentelle tridentine ; la querelle de la grâce (De auxiliis, 1597-1607) divise dominicains thomistes et jésuites molinistes sans qu'une décision papale tranche.

Le verdict de l'historiographie contemporaine

L'historiographie catholique du XXᵉ siècle, autour de Hubert Jedin, John W. O'Malley, Robert Bireley, Massimo Firpo, Adriano Prosperi, Wolfgang Reinhard, conclut presque unanimement que la Réforme catholique fut un succès interne mais un échec œcuménique.

Pour John W. O'Malley S.J. (Trent: What Happened at the Council, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2013), Trente a sauvé l'unité dogmatique du catholicisme et l'a doté pour quatre siècles d'une cohérence théologique sans équivalent, mais sans réconcilier les Réformateurs : la rupture chrétienne est devenue structurelle (paraphrase)[38].

L'historien catholique Brad S. Gregory, professeur à l'Université Notre Dame (Indiana), va plus loin dans The Unintended Reformation (Harvard University Press, 2012) : il soutient que la fragmentation protestante est l'origine, à long terme, de la sécularisation occidentale elle-même, et que la Contre-Réforme en a constitué, paradoxalement, l'un des derniers grands efforts cohérents pour maintenir la place publique du sacré (paraphrase)[39].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Paul III, bulle Laetare Jerusalem, 19 novembre 1544, dans Concilium Tridentinum. Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio, éd. Görres-Gesellschaft, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1901-2001, vol. IV (Actorum pars I), p. 385-388. Le concile était initialement convoqué à Mantoue (1537), puis à Vicence (1539), avant de s'ouvrir à Trente le 13 décembre 1545.

    1
  2. John W. O'Malley S.J., Trent: What Happened at the Council, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2013, 335 p., ISBN 978-0-674-06697-7, p. 17. O'Malley, jésuite américain, est professeur émérite à l'Université de Georgetown ; spécialiste reconnu de la Compagnie de Jésus et de l'historiographie ecclésiastique moderne.

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  3. Hubert Jedin, Katholische Reformation oder Gegenreformation ? Ein Versuch zur Klärung der Begriffe nebst einer Jubiläumsbetrachtung über das Trienter Konzil, Josef Stocker, Lucerne, 1946, 66 p. ; l'essai de définition des concepts occupe les pp. 7-38. Étude programmatique qui distingue deux concepts longtemps confondus. Thèse en une phrase (p. 38, citée dans la littérature secondaire) : « Die katholische Reform ist die Selbstbesinnung der Kirche auf das katholische Lebensideal durch innere Erneuerung, die Gegenreformation ist die Selbstbehauptung der Kirche im Kampf gegen den Protestantismus ». Voir aussi Hubert Jedin, Geschichte des Konzils von Trient, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 4 volumes en 5 tomes, 1949-1975, traduction française Histoire du Concile de Trente, Desclée, Paris, 1955-1981, 4 volumes — œuvre maîtresse, considérée comme le monument historiographique de référence sur Trente.

    3 8
  4. Leopold von Ranke, Die römischen Päpste, ihre Kirche und ihr Staat im sechzehnten und siebzehnten Jahrhundert, Berlin, Duncker & Humblot, 3 volumes, 1834-1836 (titre des rééditions postérieures : Die römischen Päpste in den letzten vier Jahrhunderten). Traduction française Histoire des papes pendant les seize derniers siècles, Paris, Plon, 1872. Ranke (1795-1886) est le fondateur de l'historiographie scientifique allemande ; protestant de confession, il aborde la papauté avec une rigueur philologique inédite mais conserve un regard distancié.

    4
  5. Formule attribuée à Guillaume Durand, évêque de Mende, au temps du concile de Vienne (1311-1312), et reprise solennellement par le concile de Constance (1414-1418), notamment dans le décret Sacrosancta (6 avril 1415) : voir John C. Olin, The Catholic Reformation: Savonarola to Ignatius Loyola, Harper & Row, New York, 1969, introduction p. xix. Les n° 901-908 de Denzinger-Hünermann (Enchiridion Symbolorum, 44ᵉ éd., Herder, 2014) concernent d'autres décrets de Vienne et n'attestent pas la formule sous cette forme.

    5
  6. Décret de réforme Supernae dispositionis arbitrio, session IX du concile de Latran V, 5 mai 1514 (à distinguer de la bulle homonyme De Supernae dispositionis arbitrio du 16 juin 1516 sur l'hôpital San Giacomo) ; bulle Pastor aeternus gregem, session XI, 19 décembre 1516, abrogeant la Pragmatique Sanction de Bourges (1438). Textes dans Bullarium Romanum, éd. Taurinensis, vol. V, Turin ; édition critique moderne : Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, Londres-Washington, 1990, vol. 1 (actes du concile de Latran V, sessions IX et XI).

    6 9
  7. Consilium delectorum cardinalium et aliorum praelatorum de emendanda Ecclesia, rapport de la commission de neuf membres présidée par le cardinal Gasparo Contarini — Gianpietro Carafa, Reginald Pole, Jacopo Sadoleto, Federigo Fregoso, Girolamo Aleandro, Tommaso Badia, Gregorio Cortese et Gian Matteo Giberti — à la demande de Paul III, lu devant le pape le 9 mars 1537. Édition critique dans Concilium Tridentinum, op. cit., vol. XII, p. 131-145. Texte d'une lucidité remarquable sur les abus de la Curie ; il fut récupéré par les protestants comme aveu romain, ce qui retarda les réformes proposées.

    7
  8. Pie IV, constitution apostolique Benedictus Deus datée du 26 janvier 1564, confirmant solennellement « tous et chacun des décrets du Concile de Trente ». Texte dans Bullarium Romanum, éd. Taurinensis, vol. VII, Turin, 1862, p. 245-249 ; voir aussi Library of Congress, In Custodia Legis (2019) : décrets approuvés par Pie IV le 26 janvier 1564 par la bulle Benedictus Deus. La Congregatio Concilii (Congrégation du Concile) créée le 2 août 1564 (motu proprio Alias Nos) sera remplacée en 1908 par la Congrégation pour le Clergé.

    10
  9. Lettre de Carlo Gualteruzzi au cardinal Marcello Cervini, 6 décembre 1542, dans Carteggio inedito di Carlo Gualteruzzi (1500-1577), éd. Ornella Moroni, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome, 1984, p. 233-235.

    11
  10. Heiko A. Oberman, Luther: Man Between God and the Devil, Yale University Press, New Haven, 1989, 380 p., ISBN 978-0-300-03113-9. Oberman (1930-2001), historien néerlandais, fut l'un des plus grands spécialistes mondiaux de Luther et de la théologie médiévale tardive. Son verdict sur le décret tridentin de justification est d'autant plus remarquable qu'il vient d'un historien protestant.

    12
  11. Alister E. McGrath, Iustitia Dei: A History of the Christian Doctrine of Justification, Cambridge University Press, 3ᵉ édition revue, Cambridge, 2005, 488 p., ISBN 978-0-521-82648-3, p. 351. McGrath, professeur à Oxford, anglican évangélique, est considéré comme l'autorité contemporaine sur l'histoire doctrinale de la justification.

    13
  12. Clément VII, bulle Exponi nobis, 24 juin 1524, dans Bullarium Romanum, op. cit., vol. VI, p. 76-78. La fondation effective de l'ordre date du 14 septembre 1524, fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, dans la basilique Saint-Pierre du Vatican.

    14
  13. Paul III, bulle Regimini militantis Ecclesiae, 27 septembre 1540, dans Constitutiones Societatis Iesu et dans Monumenta Historica Societatis Iesu, vol. I (Monumenta Ignatiana, série I, Epistolae et instructiones), Madrid, 1903, p. 24-32. La bulle limitait d'abord la Compagnie à 60 profès ; Paul III lèvera cette limite par la bulle Iniunctum nobis du 14 mars 1543.

    15
  14. Environ 1 000 jésuites à la mort d'Ignace (31 juillet 1556), répartis en une centaine de maisons et 12 provinces : voir Collier's New Encyclopedia (1921), art. « Jesuit ». 46 écoles léguées à sa mort : Paul F. Grendler, Jesuit Schools and Universities in Europe 1548–1773, Brill, Leyde, 2019 (chap. 1). À la suppression de 1773 : 37 provinces, 612 collèges, 22 589 membres environ (Bangert, op. cit. ; Catholic Encyclopedia, art. « Society of Jesus »).

    16
  15. Saint Ignace de Loyola, Exercitia spiritualia, première édition latine officielle, Rome, Antonio Blado, 1548, avec imprimatur et approbation de Paul III (bulle Pastoralis officii cura, 31 juillet 1548). Édition critique de référence dans Monumenta Ignatiana, série II, tome I, Madrid, 1919.

    17
  16. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 23 — Principe et fondement. Traduction française du P. Édouard Gueydan S.J., dans Saint Ignace de Loyola — Écrits, coll. Christus n° 76, Desclée de Brouwer, Paris, 1991, p. 71. Original espagnol-latin : « El hombre es criado para alabar, hacer reverencia y servir a Dios nuestro Señor, y mediante esto salvar su ánima ».

    18
  17. Statistiques compilées par William V. Bangert S.J., A History of the Society of Jesus, Institute of Jesuit Sources, St. Louis (Mo.), 2ᵉ éd. 1986, ISBN 978-0-912422-73-9, p. 28, 91, 374. Voir aussi Roger Aubert, L'Église et l'État, du Concordat de 1801 à nos jours, Bloud & Gay, Paris, 1948, pour les effectifs ultérieurs.

    19
  18. Catholic Encyclopedia (1913), art. « St. Jerome Emiliani » : en 1532, Jérôme Émilien fonde avec les prêtres Alessandro Besuzio et Agostino Bariso une société religieuse dont la maison-mère est placée à Somasca (entre Milan et Bergame). La date de 1534, parfois retenue, correspond à l'assemblée générale des compagnons.

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  19. Formulation d'estimation : les canonisations de saints de la Réforme catholique (Ignace, Xavier, Thérèse, Philippe Néri, Isidore, Charles Borromée, François de Sales, etc., canonisés entre 1622 et 1726 pour la plupart) se comptent par dizaines, rythme inédit depuis le XIIIᵉ siècle. Aucun décompte exhaustif consensuel n'est avancé ici.

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  20. Sainte Thérèse d'Avila, Nada te turbe, signet (« marcador ») retrouvé dans son bréviaire personnel à Alba de Tormes après sa mort le 4 octobre 1582. Original : « Nada te turbe, nada te espante; todo se pasa, Dios no se muda. La paciencia todo lo alcanza. Quien a Dios tiene nada le falta. Sólo Dios basta ». Voir Sainte Thérèse d'Avila, Œuvres complètes, trad. Marcel Bouix S.J., Le Cerf, Paris, 1995, vol. III, p. 1267.

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  21. Six conciles provinciaux de Milan (1565, 1569, 1573, 1576, 1579, 1582) et onze synodes diocésains : voir Acta Ecclesiae Mediolanensis (Milan, 1582) ; résumé classique dans la notice « St. Charles Borromeo » (6 conciles provinciaux et 11 synodes diocésains). Les Acta furent édités à l'initiative de Borromée lui-même.

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  22. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, partie I, chap. 2, Lyon, Pierre Rigaud, 1609. Édition critique dans Œuvres de saint François de Sales, évêque et prince de Genève, édition complète d'Annecy, J. Niérat, 1892-1964, 27 volumes, vol. III (1893). Le chiffre d'une quarantaine d'éditions et d'une quinzaine de traductions du vivant de l'auteur est celui traditionnellement repris par les bibliographes salésiens ; les décomptes exacts varient selon que l'on compte les réimpressions et les éditions posthumes rapprochées.

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  23. Concile de Trente, Session XXIII, canon XVIII de reformatione (15 juillet 1563), Cum adolescentium aetas, dans Heinrich Denzinger – Peter Hünermann, Enchiridion Symbolorum, 44ᵉ éd., Herder, 2014, n° 1772-1778. Texte intégral dans Concilium Tridentinum, op. cit., vol. IX (Actorum pars VI), p. 628-630.

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  24. Pierre Broutin S.J., La Réforme pastorale en France au XVIIᵉ siècle : Recherches sur la tradition pastorale après le Concile de Trente, Desclée De Brouwer, Tournai-Paris, 1956, 2 volumes, 939 p. cumulées (coll. « Bibliothèque de théologie, série II : Théologie morale », tome II). Étude classique sur l'application différée des décrets tridentins en France.

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  25. Index auctorum et librorum prohibitorum, Rome, Antonio Blado, édition datée du 30 décembre 1559 (jour retenu ici d'après l'édition de référence). Certaines histoires retiennent le 21 décembre 1559, date de l'acte de promulgation par la Congrégation de l'Inquisition ; Paul IV lui-même était mort le 18 août 1559, l'Index paraissant sous son nom à titre posthume. Édition fac-similé moderne par J. M. de Bujanda dans Index des livres interdits, vol. VIII : Index de Rome 1557, 1559, 1564, Sherbrooke, Centre d'études de la Renaissance / Genève, Droz, 1990, ISBN 978-2-7622-0049-0. Sur l'histoire complète de l'Index, voir Gigliola Fragnito, La Bibbia al rogo : la censura ecclesiastica e i volgarizzamenti della Scrittura, 1471-1605, Il Mulino, Bologne, 1997.

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  26. Estimation courante des historiens des missions : de l'ordre de 300 000 chrétiens au Japon vers 1600-1614 (voir Ler História 2024, d'après les registres missionnaires ; OMF International, « History of Christianity in Japan »). Ludwig von Pastor, citant Steichen et Delplace, avance jusqu'à environ 1 000 000 — preuve que tout chiffre reste un ordre de grandeur.

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  27. Toribio de Benavente (Motolinía) O.F.M., Historia de los indios de la Nueva España, manuscrit de 1541 (rédigé 1536-1541), première édition Madrid, 1858 ; édition critique par Edmundo O'Gorman, Editorial Porrúa, Mexico, 1969 — source contemporaine des baptêmes de masse, sans que le chiffre rond de huit millions puisse lui être attribué avec certitude. Sur Guadalupe, voir l'article dédié Notre-Dame de Guadalupe.

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  28. Le prince Henri du Kongo, fils d'Afonso Iᵉʳ, est élevé par Léon X au siège titulaire d'Utique (Tunisie actuelle) le 5 mai 1518, à l'âge de 24 ans — premier évêque connu d'Afrique centrale ; il exerce son ministère au Kongo à partir de 1521 jusqu'à sa mort en 1531. Le 5 mai 1518 est la date de nomination, non celle de la consécration.

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  29. Concile de Trente, Session XXV, Decretum de invocatione, veneratione et reliquiis Sanctorum et de sacris imaginibus, 3 décembre 1563, dans Denzinger-Hünermann, op. cit., n° 1821-1825. Texte original latin dans Concilium Tridentinum, op. cit., vol. IX, p. 1077-1079.

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  30. Émile Mâle (1862-1954), L'Art religieux après le Concile de Trente : étude sur l'iconographie de la fin du XVIᵉ siècle, du XVIIᵉ, du XVIIIᵉ siècle (Italie, France, Espagne, Flandres), Armand Colin, Paris, 1932 ; 2ᵉ édition révisée 1951, 532 p. Mâle, professeur d'histoire de l'art chrétien à la Sorbonne, membre de l'Académie française (1927), reste la référence pour l'iconographie post-tridentine. Volume final de sa tétralogie sur l'art religieux.

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  31. Émile Mâle, L'Art religieux après le Concile de Trente, op. cit., introduction p. 1-2.

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  32. Ordres de grandeur compilés par Roger Aubert, Joseph Beckmann, P. Joseph Lortz et al., Nouvelle histoire de l'Église, vol. IV : L'Église à l'époque du baroque, dir. Hubert Jedin, Le Seuil, Paris, 1968. Les chiffres restent approximatifs avant les statistiques pontificales systématisées par Léon XIII.

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  33. Jean-Paul II, discours aux participants à la session plénière de l'Académie pontificale des sciences, 31 octobre 1992 : le pape y reconnaît que l'affaire Galilée est née d'une incompréhension entre exégèse et science nouvelle et que des erreurs ont été commises par les théologiens du temps (paraphrase du propos pontifical, qui conclut à une leçon pour le dialogue foi-science). Texte dans La Documentation catholique n° 2060 (15 novembre 1992).

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  34. John W. O'Malley S.J., Trent: What Happened at the Council, op. cit., p. 274 (conclusion générale).

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  35. Brad S. Gregory, The Unintended Reformation: How a Religious Revolution Secularized Society, Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2012, 592 p., ISBN 978-0-674-04563-7, p. 365 (passage cité traduit de l'anglais). Gregory, professeur à l'Université Notre Dame (Indiana), élève de Heiko Oberman, est l'un des grands historiens contemporains de la Réforme.

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