Le luthéranisme est la confession chrétienne née de la prédication de Martin Luther au XVIᵉ siècle : la première et la plus ancienne des confessions issues de la Réforme protestante.[1] Sa naissance officielle est datée du 25 juin 1530, jour où la Confession d'Augsbourg est lue devant l'empereur Charles Quint à la diète d'Augsbourg.[2] Son corpus doctrinal normatif, le Livre de Concorde publié en 1580, fixe pour les Églises luthériennes ce qu'est la foi juste — et, du même geste, ce que l'Église catholique a condamné comme hérétique.[3]
Le cœur du système tient en une thèse : le pécheur est justifié devant Dieu par la foi seule, sans que les œuvres y contribuent en rien.[4] De cette thèse découlent tout le reste — la réduction des sacrements au baptême et à la Cène, le refus du sacrifice de la messe, de la succession apostolique et du magistère romain, et une lecture de l'Écriture qui se veut seule juge de la Tradition.[5]
Condamné par le pape Léon X en 1520 puis retranché de la communion de l'Église en 1521, réfuté point par point par le concile de Trente (1545-1563), le luthéranisme n'en est pas moins devenu la religion d'États entiers, puis une communion mondiale d'environ 80 millions de fidèles.[6] Cinq siècles après, l'Église catholique le regarde avec une double attitude : fermeté intacte sur les points condamnés à Trente, et dialogue patient — jusqu'à la Déclaration commune sur la doctrine de la justification signée à Augsbourg le 31 octobre 1999.[7]
De la protestation à la confession (1517-1530)
La vie de Martin Luther — son entrée chez les augustins d'Erfurt en 1505, sa crise sur la justice de Dieu, sa chaire à Wittenberg — appartient à son article biographique.[8] On ne retient ici que la trajectoire qui transforme une protestation monastique en confession séparée.
Les années décisives
Le 31 octobre 1517, Luther rend publiques ses 95 thèses sur les indulgences.[9] S'ensuit une escalade rapide : dispute de Leipzig contre Johann Eck en 1519, où Luther en vient à défendre des propositions de Jan Hus pourtant condamnées par le concile de Constance[10] ; grands traités réformateurs de 1520 (À la noblesse chrétienne, De la captivité babylonienne, De la liberté du chrétien) ; puis la rupture publique, le 10 décembre 1520, quand Luther brûle à Wittenberg, devant l'Elster, la bulle pontificale avec le droit canon.[11]
Rome avait parlé avant ce geste : le 15 juin 1520, la bulle Exsurge Domine de Léon X censure 41 propositions tirées des écrits de Luther et lui donne soixante jours pour se rétracter.[12] Son refus consommé, la bulle Decet Romanum Pontificem du 3 janvier 1521 l'excommunie nommément, avec ses partisans — dont Andreas Karlstadt.[13]
Convoqué à la diète de Worms en avril 1521 devant Charles Quint, Luther refuse de se rétracter si on ne le convainc « par l'Écriture ».[14] Mis au ban de l'Empire par l'édit de Worms, il est exfiltré par son prince, Frédéric le Sage, à la Wartburg, où il traduit en allemand le Nouveau Testament — le Septembertestament de septembre 1522, suivi de la Bible complète en 1534.[15]
« Si je ne suis convaincu par le témoignage des Écritures ou par des raisons évidentes, je demeure lié par les Écritures que j'ai citées, et ma conscience reste captive de la Parole de Dieu. » — Martin Luther, déclaration à la diète de Worms, 18 avril 1521[16]
Marbourg 1529 : la rupture eucharistique
Du 1er au 4 octobre 1529, le landgrave Philippe de Hesse réunit à Marbourg Luther et Zwingli pour unir les deux Réformes.[17] L'accord échoue sur un seul point — mais décisif : le sens du « ceci est mon corps ». Zwingli n'y voit qu'un signe ; Luther maintient une présence réelle charnelle, au point de cracher, selon les récits, « vous avez un autre esprit que nous ». Le protestantisme naît divisé sur l'Eucharistie, et cette fracture ne se refermera jamais.[18]
Augsbourg 1530 : naissance officielle du luthéranisme
Charles Quint convoque la diète d'Augsbourg pour restaurer l'unité religieuse de l'Empire. Luther, toujours sous le coup du ban, reste à Cobourg ; c'est son collaborateur Philippe Melanchthon qui rédige la confession commune des princes et villes évangéliques.[19] Le 25 juin 1530, la Confession d'Augsbourg (Confessio Augustana), en allemand et en latin, est lue publiquement devant l'empereur : 28 articles, dont 21 exposent la doctrine et 7 recensent les abus condamnés.[20] L'empereur la fait réfuter par les théologiens catholiques (Confutatio), et la diète se sépare sans réconciliation : le luthéranisme existe désormais comme corps doctrinal distinct, porté par des princes.[21]
« Les hommes ne peuvent être justifiés devant Dieu par leurs propres forces, mérites ou œuvres, mais ils sont justifiés gratuitement, à cause du Christ, par la foi. » — Confession d'Augsbourg, article IV, De la justification[22]
Le corpus confessionnel : ce qui fait le luthéranisme
Un luthérien n'est pas simplement quelqu'un qui admire Luther : c'est quelqu'un qui souscrit aux confessions de foi recueillies dans le Livre de Concorde (Liber Concordiae), publié à Dresde en 1580 pour le cinquantenaire d'Augsbourg.[23] Dix documents, dont trois symboles de l'Église ancienne — une manière de dire : nous sommes la vraie continuité catholique.[24]
| Document | Auteur | Année | Rôle |
|---|---|---|---|
| Symbole des Apôtres, Nicée-Constantinople, Quicumque | Église ancienne | IIᵉ-VIᵉ s. | Racine catholique revendiquée |
| Confession d'Augsbourg | Melanchthon | 1530 | Charte fondatrice, 28 articles |
| Apologie de la Confession | Melanchthon | 1531 | Défense contre la Confutatio romaine |
| Articles de Smalkalde | Luther | 1537 | Testament doctrinal intransigeant |
| Traité du pouvoir et de la primauté du pape | Melanchthon | 1537 | Rejet du pontificat romain |
| Petit Catéchisme | Luther | 1529 | Instruction des enfants et des simples |
| Grand Catéchisme | Luther | 1529 | Prédication des pasteurs |
| Formule de Concorde (Epitome et Solida Declaratio) | Andreae, Chemnitz | 1577 | Règlement des querelles internes |
| Livre de Concorde (recueil) | — | 1580 | Norme luthérienne définitive |
Les deux catéchismes (1529)
Luther rédige en 1529 deux catéchismes qui feront de lui, paradoxalement, le plus grand catéchiste du XVIᵉ siècle : le Petit Catéchisme, destiné aux pères de famille et aux enfants — Décalogue, Credo, Notre Père, baptême, Cène — et le Grand Catéchisme, manuel de prédication pour les pasteurs.[25] Appris par cœur par des générations d'enfants luthériens, ils ont durablement modelé la piété domestique du monde germanique et scandinave : table familiale, prière du matin et du soir, examen de conscience avant la Cène.[26]
Les Articles de Smalkalde (1537)
Quand le pape Paul III convoque un concile à Mantoue, l'électeur Jean-Frédéric de Saxe demande à Luther, fin 1536, un exposé de ce qui est négociable et de ce qui ne l'est pas.[27] Luther rédige les Articles de Smalkalde, adoptés par la ligue en février 1537 : trois parties, dont la deuxième traite de « l'office et l'œuvre de Jésus-Christ » et déclare sur la messe et le pape qu'il n'y a rien à céder.[28] Le premier article donne le ton de tout le luthéranisme confessionnel :
« Le premier et principal article est celui-ci : Jésus-Christ, notre Dieu et Seigneur, est mort pour nos péchés et est ressuscité pour notre justification. » — Martin Luther, Articles de Smalkalde, IIᵉ partie, article I (1537)[29]
La Formule de Concorde (1577)
Luther mort en 1546, ses disciples se déchirent : les gnésio-luthériens (les « vrais », autour de Matthias Flacius) accusent les philippistes, disciples de Melanchthon, de brader l'héritage — notamment sur les adiaphora, ces rites « indifférents » que l'Intérim impérial de 1548 prétendait imposer aux vaincus de Mühlberg.[30] Pour clore les querelles — péché originel, libre arbitre, Cène face aux crypto-calvinistes, ubiquité, prédestination — six théologiens, dont Jakob Andreae et Martin Chemnitz, rédigent la Formule de Concorde, arrêtée au couvent de Bergen en 1577 sous forme brève (Epitome) et développée (Solida Declaratio).[31] Jointe aux autres symboles, elle forme le Corpus doctrinae reconnu à Dresde le 25 juin 1580 : le Livre de Concorde.[32]
- 31 octobre 1517Les 95 thèses
Luther rend publiques ses thèses sur les indulgences à Wittenberg : le point de départ de la crise.
- 15 juin 1520Exsurge Domine
Léon X censure 41 propositions de Luther et exige sa rétractation sous soixante jours.
- 18 avril 1521Worms
Devant Charles Quint, Luther refuse de se rétracter ; l'édit de Worms le met au ban de l'Empire.
- 1-4 octobre 1529Marbourg
Échec de l'union avec Zwingli sur la Cène : le protestantisme naît divisé.
- 25 juin 1530Augsbourg
Lecture de la Confession d'Augsbourg devant l'empereur : acte de naissance du luthéranisme.
- 1537Smalkalde
Les Articles de Smalkalde fixent le seuil intransigeant : messe, pape, justification.
- 25 juin 1580Livre de Concorde
Cinquantenaire d'Augsbourg : le recueil confessionnel normatif est officiellement reconnu à Dresde.
La doctrine luthérienne en propre
Les solae : le résumé du système
Le luthéranisme se résume dans les formules exclusives passées à la postérité : sola Scriptura (l'Écriture seule fait autorité), sola fide (la foi seule justifie), sola gratia (la grâce seule sauve), solus Christus et soli Deo gloria.[33] Chacune fait l'objet d'un article dédié, qui expose la version protestante et la réponse catholique : on n'en donne ici que l'architecture.[34]
L'originalité luthérienne n'est pas dans chaque sola pris isolément — les autres réformés les partagent — mais dans leur combinaison avec une haute doctrine de la présence réelle et une liturgie conservée : là où Zwingli et Calvin rompent avec le rite ancien, Luther garde autels, ornements, cantiques et confession privée, au point que ses adversaires l'accusent de n'avoir fait qu'une « messe à moitié réformée ».[35]
« L'épître de saint Jacques est une épître de paille. » — Martin Luther, préface au Nouveau Testament (édition de 1522)[36]
Ce mot célèbre — eine recht stroherne Epistel — vise l'épître qui enseigne que « l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seulement » (Jc 2, 24).[37] Luther ne retire pas Jacques du canon, mais il le déclasse : témoignage révélateur de la manière dont le principe de la foi seule juge l'Écriture elle-même.[38]
L'Eucharistie : l'union sacramentelle
Sur la Cène, Luther refuse à la fois la transsubstantiation romaine et le symbolisme zwinglien.[39] Il professe que le corps et le sang du Christ sont reçus véritablement, avec le pain et le vin — in, cum et sub pane (« dans, avec et sous le pain ») — par tous les communiants, dignes ou indignes.[40] Pour fonder cette présence, il développe la doctrine de l'ubiquité du corps du Christ : en vertu de l'union hypostatique, l'humanité du Christ participe à l'ubiquité divine et peut donc être présente en tout lieu, y compris dans le pain consacré.[41] La messe comme sacrifice propitiatoire offert pour les vivants et les morts est en revanche rejetée avec force, notamment aux Articles de Smalkalde.[42]
Deux sacrements seulement
Le luthéranisme ne retient comme sacrements institués par le Christ avec promesse de grâce que le baptême et la Cène.[43] La confirmation, l'ordre, le mariage, l'extrême-onction et surtout la pénitence perdent leur rang sacramentel — même si la confession privée des péchés devant le pasteur, suivie de l'absolution, reste longtemps pratiquée dans les Églises luthériennes.[44]
La Loi et l'Évangile, le simul
Toute la prédication luthérienne repose sur la distinction de la Loi — qui accuse, condamne et tue — et de l'Évangile — qui absout, console et vivifie.[45] Corrélativement, le baptisé demeure « en même temps juste et pécheur » (simul justus et peccator) : déclaré juste par l'imputation des mérites du Christ, il reste concupiscent jusqu'à la mort, la sanctification n'ajoutant rien à la justification.[46] C'est l'exact inverse de la doctrine catholique de la justification comme régénération intérieure par la grâce habituelle, définie à Trente.[47]
Les deux règnes
Dans De l'autorité temporelle (1523), Luther distingue les deux règnes de Dieu : le règne spirituel, gouverné par l'Évangile et sans contrainte, et le règne temporel, gouverné par le glaive pour contenir les méchants.[48] De là découle l'obéissance au prince même en matière religieuse — matrice du cuius regio, eius religio — et, plus tard, la soumission massive des Églises luthériennes d'Allemagne au pouvoir politique, jusqu'aux compromissions du XXᵉ siècle.[49]
Le ministère sans succession apostolique
Faute d'évêques acquis à la Réforme (sauf en Suède, où la succession épiscopale se maintient de fait), le luthéranisme confie la prédication et l'administration des sacrements à des pasteurs appelés par la communauté — le sacerdoce universel des baptisés absorbant le sacerdoce ministériel.[50] L'ordre n'étant pas un sacrement, l'ordination ne confère aucun caractère : c'est ce point, entre autres, qui fait dire à la bulle Apostolicae curae (1896) — pour les ordinations anglicanes, parentes — que fait défaut la « forme et l'intention » requises.[51]
Marie et les saints : honneur sans invocation
Luther garde toute sa vie un attachement personnel à la Mère de Dieu — il commente le Magnificat en 1521 et maintient la virginité perpétuelle de Marie.[52] Mais le système exclut l'invocation des saints et de Marie : solus Christus interdit tout autre médiateur, et les fêtes mariales et sanctorales sont progressivement purgées des calendriers luthériens.[53]
| Point | Doctrine catholique | Doctrine luthérienne |
|---|---|---|
| Justification | Régénération intérieure, foi + espérance + charité | Imputation extérieure, foi seule |
| Écriture et Tradition | Deux sources d'une même Révélation, Magistère juge | Écriture seule juge, même des conciles |
| Eucharistie | Transsubstantiation, sacrifice propitiatoire | Union sacramentelle, pas de sacrifice |
| Sacrements | Sept | Deux : baptême et Cène |
| Sacerdoce | Caractère sacramentel, succession apostolique | Ministère délégué, sacerdoce universel |
| Saints et Marie | Invocation, intercession, culte dulie et hyperdulie | Honneur et exemple, jamais d'invocation |
| Pape | Primauté de droit divin, infaillibilité | Institution humaine, voire Antéchrist (Smalkalde) |
Les condamnations de l'Église
Exsurge Domine (1520) : 41 propositions censurées
La bulle Exsurge Domine — « Lève-Toi, Seigneur », d'après le Psaume 73 de la Vulgate — ne se contente pas d'une réprobation générale : elle énumère 41 propositions tirées des écrits de Luther, qualifiées d'hérétiques, de scandaleuses ou d'offensantes pour les oreilles pieuses.[54] Parmi elles : la négation du libre arbitre après le péché, la thèse que la contrition née de la crainte rend hypocrite, le refus du pouvoir du pape sur le purgatoire, et l'affirmation que brûler les hérétiques est contraire à la volonté de l'Esprit.[55] Le délai de soixante jours expiré sans rétractation, l'excommunication suit le 3 janvier 1521.[56]
« Lève-Toi, Seigneur, et juge Ta cause ; souviens-Toi des outrages que les insensés Te font tout le jour. » — Bulle Exsurge Domine, incipit d'après le Psaume 73, 22 (Vulgate)[57]
Le concile de Trente (1545-1563) : la réponse dogmatique
Le concile de Trente répond au luthéranisme sans jamais nommer Luther : il définit la foi catholique et frappe d'anathème les thèses contraires.[58] La VIᵉ session (13 janvier 1547) promulgue le décret sur la justification : 16 chapitres et 33 canons, qui condamnent la foi seule, la certitude absolue d'être en grâce, et l'exclusion de la coopération libre de l'homme.[59] La XIIIᵉ session (1551) définit la transsubstantiation et le culte eucharistique ; la XXIIᵉ (1562) le sacrifice de la messe ; la XXIIIᵉ (1563) le sacrement de l'ordre.[60] Chaque point cardinal du système luthérien se trouve ainsi frappé d'un canon précis — l'arsenal auquel la controverse catholique puisera pendant quatre siècles.[61]
Le jugement constant jusqu'à Vatican II
De la profession de foi tridentine imposée par Pie IV (Iniunctum nobis, 1564) jusqu'au syllabus de Pie IX, le magistère ne varie pas sur le fond.[62] Le concile Vatican II, dans Unitatis Redintegratio (21 novembre 1964), introduit la distinction qui règle désormais le langage catholique : les communautés issues de la Réforme sont séparées de la pleine communion, mais ceux qui y naissent et y croient « ne peuvent être accusés du péché de la séparation » ; leurs éléments de sanctification — Écriture, baptême, vie de prière — sont reconnus comme des biens de l'Église du Christ, sans que l'Église renonce à aucun des dogmes définis à Trente.[63] Et la déclaration Dominus Iesus (2000) précise que ces communautés ne sont pas des Églises au sens propre, faute de succession apostolique et d'Eucharistie valide.[64]
Divisions et métamorphoses (XVIᵉ-XXᵉ siècle)
De la paix d'Augsbourg à la guerre de Trente Ans
Après la victoire de Charles Quint à Mühlberg (1547) et l'Intérim d'Augsbourg (1548) qui prétend imposer aux luthériens vaincus un catholicisme à peine retouché[65], la paix d'Augsbourg (25 septembre 1555), négociée par Ferdinand au nom de l'empereur, donne au luthéranisme un statut légal dans l'Empire selon le principe cuius regio, eius religio — la religion du prince décide de celle de ses sujets.[66] Seuls catholiques et luthériens y sont reconnus : calvinistes, anabaptistes et autres en sont exclus.[67] L'échec de ce compromis débouche, un siècle plus tard, sur la guerre de Trente Ans (1618-1648), close par les traités de Westphalie qui étendent la reconnaissance aux calvinistes et figent la carte confessionnelle de l'Allemagne.[68]
Piétisme, rationalisme, réveils
Dès la fin du XVIIᵉ siècle, l'orthodoxie luthérienne s'essouffle de l'intérieur. Philipp Jakob Spener publie en 1675 ses Pia Desideria, acte de naissance du piétisme : petits cercles de prière (collegia pietatis), Bible lue en commun, charité active — une piété du cœur qui irrigue le protestantisme jusqu'au méthodisme.[69] Au XVIIIᵉ siècle, le rationalisme des facultés de théologie vide la dogmatique de son contenu surnaturel, tandis que le XIXᵉ siècle voit le double reflux du réveil confessionnel — la « haute Église » luthérienne, le second Martin, Martin Chemnitz, relu comme le vrai docteur de Trente inversé[70] — et de l'union imposée d'en haut : en Prusse, Frédéric-Guillaume III fusionne en 1817 luthériens et réformés dans l'Union prussienne, provoquant l'émigration des vieux-luthériens intransigeants, notamment vers l'Amérique.[71]
Les luthériens hors d'Allemagne
Le luthéranisme devient religion d'État dans les royaumes scandinaves dès le XVIᵉ siècle — Suède (diète de Västerås, 1527), Danemark-Norvège — et s'y maintient jusqu'à nos jours sous forme d'Églises nationales à présent largement sécularisées.[72] Outre-Atlantique, les vagues d'immigration allemande et scandinave fondent un luthéranisme américain puissant, marqué par la figure de Carl Ferdinand Wilhelm Walther et du Synode du Missouri, organisé en 1847 sur une base strictement confessionnelle.[73] C'est de cette greffe américaine que naîtront, au XXᵉ siècle, les fractures les plus visibles du luthéranisme mondial.[74]
Le luthéranisme aujourd'hui
Une communion mondiale, profondément divisée
La Fédération luthérienne mondiale (FLM), fondée à Lund (Suède) en 1947, rassemble aujourd'hui plus de 150 Églises membres dans 99 pays, représentant plus de 78 millions de chrétiens — la grande majorité des quelque 80 millions de luthériens du monde.[75] Mais cette communion coexiste avec des fractures béantes : aux États-Unis, l'Evangelical Lutheran Church in America (ELCA, née d'une fusion en 1988), membre de la FLM et engagée dans l'ouverture morale et l'œcuménisme, fait face au Synode du Missouri et au Synode du Wisconsin, confessionnels stricts, qui refusent la communion d'autel avec elle et avec la FLM.[76] Mêmes lignes de faille en Europe entre Églises d'État libérales et minorités confessionnelles.[77]
Le dialogue avec Rome : acquis et limites
Le dialogue luthéro-catholique est le plus ancien et le plus fourni des dialogues œcuméniques : rapport de Malte (1972), puis décennies de commissions mixtes.[78] Son fruit le plus célèbre est la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée à Augsbourg le 31 octobre 1999 par la FLM et l'Église catholique : les deux parties y déclarent qu'un « consensus sur des vérités fondamentales » existe — la justification par la grâce, par la foi au Christ, reçue dans le baptême — tout en maintenant des « explications différentes » sur des points que Trente avait tranchés.[79] Le Conseil méthodiste mondial s'y est joint en 2006, puis les réformés et les anglicans : ce qui devait rapprocher luthériens et catholiques est devenu un texte multilatéral.[80]
Le 31 octobre 2016, à Lund, le pape François et le président de la FLM Munib Younan ont présidé une prière commune ouvrant le cinquième centenaire de la Réforme, dans l'esprit du rapport Du conflit à la communion publié par la commission mixte en 2013.[81] Le regard catholique reste celui que Benoît XVI donnait dans sa catéchèse du 26 novembre 2008 : Luther a raison de rappeler que le salut vient de Dieu et non de nos mérites, mais la foi qui sauve est celle « qui agit par la charité » (Ga 5, 6) — elle inclut l'agir nouveau du croyant, que la grâce rend possible.[82]
« Ensemble nous confessons que, par pure grâce, en vertu de la foi dans l'œuvre salvatrice du Christ et non sur la base de nos mérites, nous sommes acceptés par Dieu et recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs. » — Déclaration commune sur la doctrine de la justification, n° 15 (31 octobre 1999)[83]
Regard catholique : ce qui est condamné, ce qui est reconnu
Le catholique ne confond pas les registres. Est condamné comme hérétique : que la foi seule justifie sans l'espérance ni la charité ; que l'homme ne coopère pas librement à la grâce ; que l'Écriture se passe de Tradition et de Magistère ; qu'il n'y ait que deux sacrements ; que la messe ne soit pas un sacrifice ; que l'ordre ne soit pas un sacrement ; que le pape ne tienne sa primauté que des hommes.[84] Ces points, définis à Trente avec anathèmes, engagent la foi : la Déclaration commune de 1999, texte de dialogue, ne les a pas levés et ne pouvait pas les lever.[85]
Est reconnu avec gratitude : le baptême luthérien, valide quand il est conféré avec l'eau et la formule trinitaire[86] ; la piété biblique et le chant choral que le luthéranisme a portés à un sommet — de Luther musicien à Bach, cantor de Saint-Thomas de Leipzig[87] ; le témoignage des martyrs luthériens du nazisme, comme Dietrich Bonhoeffer, honoré par Jean-Paul II au Colisée parmi les témoins de la foi du XXᵉ siècle.[88] Et reste ouvert le chemin : que les luthériens qui cherchent toute la vérité trouvent dans l'Église catholique la plénitude des moyens de salut, comme l'ont montré les conversions de « pèlerins de Rome » de Newman à nos jours.[89]
Crédit photographique : Saint-Thomas de Leipzig, Templermeister, 2011, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Image non modifiée.Pour aller plus loin
- La biographie du fondateur : Martin Luther (1483-1546)
- La réponse catholique au protestantisme : Réponses au protestantisme
- Les cinq formules : Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia, Solus Christus, Les cinq solae
- Le concile qui a réfuté le luthéranisme : Le Concile de Trente (1545-1563)
- Les voisins réformés : Jean Calvin, Calvinisme, Zwinglianisme
- La doctrine eucharistique catholique : La présence réelle eucharistique
- Les autres hérésies modernes : Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle), Jansénisme, Modernisme
Notes et références
Fédération luthérienne mondiale, « Qui sommes-nous » — « communion mondiale d'Églises de tradition luthérienne » fondée à Lund en 1947. Site officiel : https://www.lutheranworld.org/
1La Confession d'Augsbourg (Confessio Augustana), rédigée par Philippe Melanchthon, est lue publiquement devant Charles Quint à la diète d'Augsbourg le 25 juin 1530, en allemand puis en latin — cf. article « Augsburg Confession », Encyclopaedia Britannica, et le texte allemand-latin sur https://bookofconcord.org/augsburg-confession/
2Le Livre de Concorde (Liber Concordiae) rassemble dix documents normatifs — trois symboles œcuméniques, la Confession d'Augsbourg, son Apologie, les Articles de Smalkalde, le Traité du pape, les deux Catéchismes et la Formule de Concorde — reconnu officiellement à Dresde le 25 juin 1580, cinquantenaire d'Augsbourg. Cf. Encyclopaedia Britannica, « Book of Concord ».
3 23 32Confessio Augustana, art. IV, De iustificatione : « Item docent, quod homines non possint iustificari coram Deo propriis viribus, meritis aut operibus, sed gratis iustificentur propter Christum, per fidem » — « Ils enseignent que les hommes ne peuvent être justifiés devant Dieu par leurs propres forces, mérites ou œuvres, mais qu'ils sont justifiés gratuitement, à cause du Christ, par la foi. » Texte : https://bookofconcord.org/augsburg-confession/article-iv/
4 22Sur l'architecture des cinq solae et leurs articles détaillés, voir Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia, Solus Christus et Les cinq solae.
5Fédération luthérienne mondiale, chiffres officiels : plus de 150 Églises membres (dont deux associées) dans 99 pays, représentant plus de 78 millions de chrétiens de tradition luthérienne. Page « Member Churches » : https://lutheranworld.org/member-churches — les luthériens hors FLM (Synode du Missouri, Églises indépendantes) portent le total mondial à quelque 80 millions.
6 75Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée à Augsbourg le 31 octobre 1999 par la Fédération luthérienne mondiale et l'Église catholique. Texte officiel (Éditions du Cerf, 1999) et sur https://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_31101999_cath-luth-joint-declaration_fr.html
7Voir Martin Luther (1483-1546) pour la biographie complète : Erfurt, Wittenberg, la crise de la justice de Dieu, les écrits et la fin à Eisleben (18 février 1546).
895 thèses « sur la valeur des indulgences » (Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum), rendues publiques à Wittenberg le 31 octobre 1517 — cf. Martin Brecht, Martin Luther, t. 1, His Road to Reformation, 1483-1521, Fortress Press, Philadelphie, 1985.
9Dispute de Leipzig (27 juin – 15 juillet 1519) : face à Johann Eck, Luther défend que des articles de Jan Hus condamnés à Constance (1415) étaient en réalité chrétiens — cf. Brecht, Martin Luther, t. 1, 1985.
10Le 10 décembre 1520, à la porte d'Elster à Wittenberg, Luther brûle la bulle Exsurge Domine avec des volumes du droit canon (Corpus iuris canonici) — cf. Brecht, Martin Luther, t. 1, 1985.
11Bulle Exsurge Domine, Léon X, 15 juin 1520 : censure de 41 propositions, sommation de se rétracter sous soixante jours à compter de la publication en Saxe, faute de quoi excommunication. Texte latin : https://www.papalencyclicals.net/leo10/l10exdom.htm
12Bulle Decet Romanum Pontificem, Léon X, 3 janvier 1521 : excommunication de Martin Luther et de ses partisans, dont Andreas Karlstadt, pour refus de rétractation des 41 propositions censurées par Exsurge Domine.
13 56Diète de Worms, comparutions des 17 et 18 avril 1521 devant Charles Quint et les États ; sommation de Johann von der Eck (official de Trèves) et refus de rétractation sans réfutation scripturaire ; édit de Worms (26 mai 1521) mettant Luther au ban de l'Empire — cf. Brecht, Martin Luther, t. 1, 1985.
14Retiré à la Wartburg (mai 1521 – mars 1522) sous le nom de Junker Jörg, Luther traduit le Nouveau Testament d'après le texte grec d'Érasme (2ᵉ éd., 1519) : Septembertestament, septembre 1522 ; Bible complète allemand-latin à Wittenberg, 1534, illustrée par l'atelier Cranach.
15Paroles rapportées par les procès-verbaux de la diète ; la formule ramassée « Hier stehe ich, ich kann nicht anders » (« Me voici, je ne puis autrement ») n'apparaît que dans des relations postérieures et son authenticité littérale est discutée — cf. Brecht, Martin Luther, t. 1, 1985.
16Colloque de Marbourg, 1-4 octobre 1529, convoqué par le landgrave Philippe de Hesse : accord sur 14 des 15 articles de foi discutés, désaccord persistant sur le 15ᵉ, l'Eucharistie — cf. Brecht, Martin Luther, t. 2, Shaping and Defining the Reformation, 1521-1532, Fortress Press, Minneapolis, 1990.
17Sur la rupture définitive entre Wittenberg et Zurich, voir Zwinglianisme ; sur la position calviniste ultérieure, voir Jean Calvin et Calvinisme.
18Philippe Melanchthon (1497-1560), professeur de grec à Wittenberg dès 1518, rédige la Confession à partir de ses propres articles de Schwabach et de Torgau, Luther relisant le texte depuis Cobourg — cf. Heinz Scheible, Melanchthon : Vermittler der Reformation, Beck, Munich, 1997.
1921 articles de foi (articoli fidei) suivis de 7 articles sur les abus (abusus) : communion sous les deux espèces, mariage des prêtres, messe, confession, jeûnes, vœux monastiques, pouvoir ecclésiastique.
20La Confutatio catholique, lue le 3 août 1530, est jugée insuffisante par les évangéliques ; l'Apologie de Melanchthon (1531) y répond point par point. La diète se sépare en novembre 1530 sur un recès inappliqué : les princes évangéliques forment dès février 1531 la ligue de Smalkalde.
21En plaçant en tête les trois symboles œcuméniques, les luthériens signifient que leur confession n'est pas une nouveauté mais la foi catholique elle-même, purifiée — cf. la préface du Livre de Concorde (éd. de Dresde, 1580).
24Enchiridion. Der kleine Catechismus (avril 1529) et Deutsch Catechismus (mai 1529) : Luther les rédige après les visites pastorales de Saxe (1527-1528) qui lui ont révélé l'ignorance religieuse des campagnes — cf. Brecht, Martin Luther, t. 2, 1990.
25Sur la piété domestique luthérienne (prière du matin et du soir, bénédicité, examen avant la Cène) modelée par le Petit Catéchisme, voir Gerald Strauss, Luther's House of Learning: Indoctrination of the Young in the German Reformation, Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1978.
26Commande de l'électeur Jean-Frédéric de Saxe, 11 décembre 1536, en prévision du concile annoncé par Paul III à Mantoue pour la Pentecôte 1537 — cf. le préambule même des Articles, trad. anglaise Bente-Dau, Triglot Concordia, Concordia Publishing House, Saint-Louis, 1921.
27Trois parties : I. articles sublimes sur la majesté divine (Trinité, Incarnation) communs avec Rome ; II. l'office du Christ contre la messe, le purgatoire, le pape ; III. péché, Loi, repentance, Évangile, baptême, Cène. Texte : https://bookofconcord.org/smalcald-articles/
28Articles de Smalkalde, II, 1 (Der erste und Hauptartikel) : « Jésus-Christ, notre Dieu et Seigneur, a été livré à la mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification » (cf. Rm 4, 25) — trad. anglaise Bente-Dau, Triglot Concordia, 1921 : « Here is the first and chief article: That Jesus Christ, our God and Lord, was handed over to death for our trespasses and was raised for our justification. »
29Gnésio-luthériens (Gnesiolutheraner, de gnesios, « authentique ») autour de Matthias Flacius d'Illyrie contre philippistes autour de Melanchthon : querelles adiaphoristes (1548-1555), majoriste, synergiste, osiandriste — cf. Robert Kolb, Bound Choice, Election, and Wittenberg Theological Method, Eerdmans, Grand Rapids, 2005.
30Rédaction finale au couvent de Bergen près de Magdebourg, mai 1577, par Jakob Andreae, Martin Chemnitz, Nikolaus Selnecker, David Chytraeus, Andreas Musculus et Christoph Corner — Epitome (abrégé normatif) et Solida Declaratio (exposé développé), 12 articles tranchant les controverses internes.
31Voir Les cinq solae pour la synthèse, et chaque article dédié pour la réfutation détaillée.
33Règle éditoriale de cet article : les solae sont traitées en profondeur dans Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia et Solus Christus — on n'y revient ici que pour l'architecture d'ensemble.
34Sur la conservation luthérienne des ornements, des cantiques et de la confession privée, voir la Formula Missae (1523) puis la Deutsche Messe (1526) de Luther — et, côté catholique, la réponse de Trente sur les rites, session XXII (1562).
35Préface de Luther au Nouveau Testament, édition de Wittenberg, septembre 1522 : « Daraus man wohl urteilen kann, wie und wo man die Bücher des Neuen Testaments unterscheiden soll… Sanct Jakobus Epistel [ist] eine recht stroherne Epistel gegen sie [Johannes, Paulus, Petrus]. »
36« Vous le voyez : c'est par les œuvres que l'homme est justifié, et non par la foi seulement » (Jc 2, 24, trad. Crampon) — le seul verset de toute la Bible contenant l'expression « foi seulement », et c'est pour la rejeter.
37Sur la réponse catholique à l'objection de Jacques, voir Sola Fide, section « Objection 2 — l'épître de paille ».
38Double refus formulé dès De captivitate Babylonica (1520) contre la transsubstantiation, puis à Marbourg (1529) et dans Vom Abendmahl Christi, Bekenntnis (1528) contre le symbolisme — cf. Hermann Sasse, This Is My Body: Luther's Contention for the Real Presence, Augsburg, Minneapolis, 1959.
39Formule classique : le corps du Christ est reçu « in, cum et sub pane » — véritablement présent et distribué avec le pain, reçu par la bouche (manducatio oralis) y compris des indignes (manducatio indignorum), cf. Confession d'Augsbourg, art. X, et Apologie, art. X.
40Doctrine de l'ubiquité (ubiquitas) du corps du Christ, développée contre Zwingli : en vertu de la communication des idiomes, l'humanité assumée participe aux attributs divins ; condamnée comme excès par les réformés, elle divise durablement luthériens et calvinistes — cf. Sasse, This Is My Body, 1959.
41Articles de Smalkalde, II, 2, De Missa : la messe comme sacrifice offert pour les vivants et les morts y est qualifiée d'« abomination » — le passage le plus violemment anti-catholique du corpus luthérien.
42Confession d'Augsbourg, art. XIII, De usu sacramentorum : seuls les rites institués par le Christ avec commandement et promesse de grâce sont sacrements — en pratique le baptême (art. IX) et la Cène (art. X).
43La confession privée (Privatbeichte) avec absolution pastorale reste inscrite aux Articles de Smalkalde (IIIᵉ partie) et longuement pratiquée, avant de dépérir au XVIIIᵉ siècle sous l'effet du piétisme puis du rationalisme.
44Distinction Gesetz und Evangelium, structurant toute l'homilétique luthérienne : la Loi révèle le péché et condamne (usage elencticus), l'Évangile promet le pardon en Christ — cf. Formule de Concorde, Solida Declaratio, art. V.
45Formule simul iustus et peccator : le baptisé est déclaré juste par imputation (iustitia aliena Christi) tout en demeurant pécheur en lui-même — cf. Luther, Commentaire de l'épître aux Romains (cours 1515-1516), et Apologie, art. IV.
46Voir Le Concile de Trente (1545-1563), décret de la VIᵉ session (13 janvier 1547) : la justification comme régénération et sanctification intérieures, canons 9-12 contre la foi seule et la certitude de la grâce.
47Von weltlicher Obrigkeit, wie weit man ihr Gehorsam schuldig sei (De l'autorité temporelle, 1523) : doctrine des deux règnes (Zwei-Reiche-Lehre), spirituel et temporel — cf. Brecht, Martin Luther, t. 2, Shaping and Defining the Reformation, 1521-1532, 1990.
48Sur les effets politiques — Églises territoriales (Landeskirchen) sous consistoires princiers, puis compromissions sous le national-socialisme (Chrétiens allemands, 1933) face à l'Église confessante — voir Klaus Scholder, The Churches and the Third Reich, t. 1, Fortress Press, Philadelphie, 1988.
49Confession d'Augsbourg, art. V (De ministerio) et XIV (De ordine ecclesiastico) : nul ne doit enseigner ni administrer les sacrements sans appel régulier (rite vocatus) — sans exigence de succession épiscopale.
50Bulle Apostolicae curae, Léon XIII, 13 septembre 1896 : nullité des ordinations anglicanes pour défaut de forme et d'intention du rite édouardien — principe applicable, a fortiori, aux ministères luthériens qui rejettent expressément le caractère sacerdotal.
51Commentaire du Magnificat (Das Magnificat verdeutscht und ausgelegt, 1521) : Luther y professe la virginité perpétuelle de Marie et qu'on ne saurait trop l'honorer — cf. Weimarer Ausgabe (WA), t. 7.
52Confession d'Augsbourg, art. XXI, De cultu sanctorum : les saints peuvent être proposés en exemple, mais l'Écriture « ne nous enseigne pas à les invoquer » — rejet de l'intercession et des pèlerinages.
53Texte de la censure dans Exsurge Domine : 41 propositions « respectivement hérétiques, scandaleuses, fausses, offensives pour les oreilles pieuses ou séductrices des esprits simples » — cf. Denzinger-Hünermann, n° 1451-1492 pour les principales reprises au magistère.
54Exemples censurés : « le libre arbitre après le péché n'est qu'un vain mot » (prop. 36) ; « brûler les hérétiques est contre la volonté de l'Esprit » (prop. 33) ; « les indulgences sont des impostures pieuses » (prop. visée dès les thèses 51-52).
55Ps 73, 22 (Vulgate) / Ps 74, 22 (hébreu) : « Exsurge, Domine, et iudica causam tuam » — incipit repris en tête de la bulle du 15 juin 1520.
57Voir Le Concile de Trente (1545-1563) pour le déroulement complet : sessions, décrets et canons anti-protestants.
58Décret De iustificatione, VIᵉ session, 13 janvier 1547 : 16 chapitres, 33 canons — cf. Denzinger-Hünermann, n° 1520-1583.
59XIIIᵉ session, 11 octobre 1551 (Eucharistie, 11 canons : DH 1635-1661) ; XXIIᵉ session, 17 septembre 1562 (sacrifice de la messe, 9 canons : DH 1738-1759) ; XXIIIᵉ session, 15 juillet 1563 (ordre, 8 canons : DH 1763-1778).
60Sur la controverse post-tridentine — Bellarmin (Disputationes, 1586-1593), Bossuet (Histoire des variations, 1688) — voir Réponses au protestantisme.
61Profession tridentine, bulle Iniunctum nobis, Pie IV, 13 novembre 1564 ; condamnation du libéralisme et de l'indifférentisme par Grégoire XVI (Mirari vos, 1832) et Pie IX (Quanta cura et Syllabus, 1864) — continuité du rejet de la libre interprétation sans Magistère.
62Concile Vatican II, décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, 21 novembre 1964, § 3-4 : les frères séparés « ne peuvent être accusés du péché de la séparation » quand ils sont nés dans ces communautés ; leurs richesses liturgiques et spirituelles reconnues comme appel à l'unité.
63Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Dominus Iesus, 6 août 2000, § 17 : les communautés ecclésiales issues de la Réforme « ne sont pas des Églises au sens propre » faute de succession apostolique et de sacrement de l'ordre valide.
64Intérim d'Augsbourg, 15 mai 1548 : après Mühlberg (24 avril 1547), Charles Quint impose aux protestants vaincus un statut provisoire quasi catholique (messe, célibat, jeûnes) ne concédant que la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres — rejeté par les gnésio-luthériens, contourné par l'Intérim de Leipzig de Melanchthon.
65Paix d'Augsbourg, 25 septembre 1555 : négociée par Ferdinand Iᵉʳ pour Charles Quint, elle accorde aux seuls catholiques et aux adhérents de la Confession d'Augsbourg l'exercice légal de leur religion ; cuius regio, eius religio ; reservatum ecclesiasticum pour les princes-évêques convertis — cf. article « Peace of Augsburg », Encyclopaedia Britannica, et Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, art. « Augsbourg (Paix d') ».
66Sont exclus du bénéfice de la paix les zwingliens, calvinistes et anabaptistes — source de la guerre confessionnelle suivante, les réformés n'étant admis qu'à Westphalie (1648).
67Traités de Münster et d'Osnabrück (24 octobre 1648) : extension de la paix aux calvinistes, année normative 1624, fin de la guerre de Trente Ans — le pape Innocent X proteste par le bref Zelo domus Dei (26 novembre 1648).
68Philipp Jakob Spener, Pia Desideria (Pieuses aspirations, 1675) : programme en six points — Parole abondante, sacerdoce universel, charité pratique, controverses charitables, formation des pasteurs, prédication édifiante — fondation de l'université de Halle (1694) avec August Hermann Francke.
69Martin Chemnitz (1522-1586), dit le « second Martin » : Examen Concilii Tridentini (1565-1573), la plus puissante réfutation luthérienne de Trente, et co-auteur de la Formule de Concorde — cf. l'édition anglaise Examination of the Council of Trent, trad. Fred Kramer, Concordia Publishing House, Saint-Louis, 1971.
70Union prussienne (1817), 300ᵉ anniversaire de la Réforme : Frédéric-Guillaume III fusionne les Églises luthérienne et réformée de Prusse ; les vieux-luthériens refusant l'union (J. G. Scheibel, Breslau) subissent persécution puis émigration — origine d'une partie du luthéranisme confessionnel américain.
71Deutsche Evangelisch-Lutherische Synode von Missouri, Ohio und andern Staaten, organisée à Chicago en avril 1847 sous l'impulsion de C. F. W. Walther (1811-1887) : fondement strict sur le Livre de Concorde, séminaire de Saint-Louis (Concordia Seminary, 1849) — deuxième corps luthérien d'Amérique par la taille.
73Sur les fractures américaines contemporaines (ordination des femmes, morale sexuelle, inerrance), voir la section « Le luthéranisme aujourd'hui » et Libéralisme catholique condamné pour le pendant catholique.
74ELCA (Evangelical Lutheran Church in America), constituée en 1988 par fusion de trois corps (ALC, LCA, AELC) ; hors communion avec le Synode du Missouri (Lutheran Church—Missouri Synod) et le Synode du Wisconsin (WELS), qui pratiquent la communion fermée et refusent l'intercommunion avec la FLM.
76En Europe, la ligne de fracture oppose les Églises historiques membres de la FLM — Églises de Suède, Norvège, Danemark, Allemagne (EKD) — aux Églises libres confessionnelles (SELK allemande, Mission-province suédoise), notamment sur l'ordination des femmes et le mariage des personnes de même sexe.
77Rapport de Malte, L'Évangile et l'Église (1972), première commission mixte catholique-luthérienne : la justification « ne doit plus diviser les Églises » — étape fondatrice vers la Déclaration de 1999.
78Déclaration commune, § 15 (cf. texte cité) et § 40 : les condamnations doctrinales du XVIᵉ siècle « ne s'appliquent pas » aux partenaires « tels qu'ils sont présentés dans cette Déclaration » — thèse contestée côté catholique (cf. note suivante).
79Adhésion du Conseil méthodiste mondial (Séoul, 2006), puis de la Communion mondiale d'Églises réformées (Wittenberg, 2017) et de la Communion anglicane (résolution ACC 16.17, Lusaka, 2016).
80Prière commune de Lund (cathédrale, 31 octobre 2016) puis célébration œcuménique à Malmö : François et l'évêque Munib Younan signent une déclaration conjointe engageant à cheminer ensemble — ouverture du 500ᵉ anniversaire (1517-2017), dans le sillage du rapport Du conflit à la communion (Commission luthéro-catholique romaine sur l'unité, 2013).
81Benoît XVI, audience générale du 26 novembre 2008, catéchèse sur la doctrine paulinienne de la justification : la formule sola fide est vraie « si la foi n'est pas opposée à la charité » — car saint Paul enseigne que ce qui compte, c'est « la foi qui agit par la charité » (Ga 5, 6). Texte sur https://www.vatican.va/
82Déclaration commune, n° 15 : « Together we confess: By grace alone, in faith in Christ's saving work and not because of any merit on our part, we are accepted by God and receive the Holy Spirit, who renews our hearts while equipping and calling us to good works. » (trad. française officielle, Éditions du Cerf, 1999).
83Récapitulatif des anathèmes tridentins applicables : justification (session VI, canons 9-14), Écriture-Tradition (session IV, 1546), sacrements en général et en particulier (session VII, 1547), Eucharistie et messe (sessions XIII et XXII), ordre (session XXIII), purgatoire et invocation des saints (session XXV, 1563).
84Réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi (25 juin 1998, Réponse à la Déclaration commune) : le texte laisse subsister des divergences « qui empêchent de parler d'un consensus sur des vérités fondamentales » au sens plein — d'où l'Annexe (Official Common Statement) précisant les deux lectures avant la signature.
85Le baptême conféré avec de l'eau naturelle et la formule trinitaire est valide quelle que soit la confession du ministre, dès lors que l'intention est de faire ce que fait l'Église — cf. Code de droit canonique, can. 869, et CEC 1256.
86Jean-Sébastien Bach (1685-1750), cantor de Saint-Thomas de Leipzig de 1723 à sa mort : Passions selon saint Jean et saint Matthieu, Messe en si, 200 cantates — sommet musical du luthéranisme, reçu par l'Église catholique comme un bien commun (Jean-Paul II citant la Passion selon saint Matthieu ; Benoît XVI, Lumière du monde, 2010).
87Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), pasteur luthérien exécuté à Flossenbürg le 9 avril 1945 : Jean-Paul II l'a fait commémorer avec les martyrs du XXᵉ siècle au Colisée, 7 mai 2000 — sans préjuger de ses positions théologiques, dont certaines (religionless Christianity) restent incompatibles avec la foi catholique.
88Sur les retours à l'unité — Oxford (Newman, 1845), les conversions luthériennes contemporaines, l'ordinariat pour les anglicans (Anglicanorum coetibus, 2009, modèle de réconciliation) — voir Réponses au protestantisme, section œcuménique.
89