Le zwinglianisme est la doctrine et le mouvement nés de la Réforme conduite à Zurich par Ulrich Zwingli (1484-1531) : la première Réforme suisse, antérieure de quelques années à celle de Calvin à Genève, et la plus radicale des trois grandes Réformes du XVIᵉ siècle dans son dépouillement du culte.[1] Son article de foi le plus tranchant tient en une équation exégétique : dans « Ceci est mon corps » (Mt 26, 26), le verbe « est » signifie « signifie » — le pain et le vin de la Cène ne contiennent pas le Christ, ils le rappellent.[2]
De 1519 à 1531, Zurich devient sous son impulsion une théocratie réformée : le Conseil de la ville, et non l'évêque ni le pape, décide de la doctrine, supprime la messe, brise les images, démonte l'orgue, dissout les monastères et fait du baptême un simple signe d'appartenance.[3] Cette expérience s'achève dans le sang : Zwingli meurt l'épée à la main comme aumônier des troupes zurichoises à Kappel, le 11 octobre 1531, son corps est écartelé puis brûlé par les cantons catholiques victorieux.[4]
L'Église catholique a condamné chacune de ses thèses propres : le mémorialisme eucharistique (Trente, XIIIᵉ session, 1551), la réduction du baptême à un signe sans effet gracieux (VIIᵉ session, 1547), la négation de la coulpe originelle transmise (Vᵉ session, 1546) et la négation du sacrifice de la messe (XXIIᵉ session, 1562).[5] Le zwinglianisme comme confession séparée n'a pas survécu à son fondateur : recueilli par Heinrich Bullinger, il a fusionné avec le calvinisme par l'accord de Zurich de 1549, mais son mémorialisme eucharistique demeure aujourd'hui la position de fait d'une grande partie du protestantisme évangélique et baptiste.[6]
Le prêtre humaniste devenu réformateur (1484-1522)
Une formation érasmienne
Ulrich Zwingli naît à Wildhaus, dans le Toggenbourg suisse, le 1ᵉʳ janvier 1484, troisième des huit fils d'une famille de notables ruraux ; un cousin de sa mère est abbé du monastère bénédictin de Fischingen.[7] Élève à Bâle, Berne puis Vienne, il devient maître ès arts à Bâle en 1506 et s'imprègne de l'humanisme d'Érasme, dont il admire la critique des abus ecclésiastiques et l'appel au retour aux sources grecques du Nouveau Testament.[8] Ordonné prêtre, il dessert Glaris de 1506 à 1516 — accompagnant comme aumônier les mercenaires suisses jusqu'à Marignan (1515), expérience qui le dégoûte durablement du mercenariat — puis le pèlerinage d'Einsiedeln (1516-1518), où il commence à prêcher contre les abus.[9]
Le Grossmünster de Zurich : la chaire conquise (1519)
Élu curé du Grossmünster en décembre 1518, Zwingli entre en fonction le 1ᵉʳ janvier 1519 et innove aussitôt : au lieu de suivre le lectionnaire, il commente l'Évangile de Matthieu verset par verset, à partir du texte grec d'Érasme.[10] L'automne suivant, la peste ravage Zurich et le terrasse à son tour : il frôle la mort en septembre 1519 et compose son célèbre « chant de la peste », où il s'offre à Dieu, guéri ou mourant.[11]
« Fais comme tu veux, Seigneur : je suis à toi dans la maladie comme dans la santé. » — Ulrich Zwingli, Chant de la peste, septembre 1519[12]
La rupture avec Rome (1522)
Le basculement public date du carême 1522 : lors d'un repas chez l'imprimeur Froschauer, Zwingli assiste à une ostentatoire manducation de saucisses en plein jeûne — l'« affaire des saucisses » — puis justifie la transgression dans son traité Du choix et de la liberté des aliments (avril 1522) : les prescriptions ecclésiastiques du jeûne n'obligent pas en conscience, seule l'Écriture commande.[13] La même année, il contracte en secret un mariage avec Anna Reinhart, veuve d'un notable zurichois, qu'il épousera publiquement le 2 avril 1524 : le célibat ecclésiastique est aboli de fait à Zurich.[14]
La Réforme imposée par le Conseil (1523-1525)
Les 67 Articles et les disputes de Zurich
Pour répondre au vicaire général de Constance qui l'accuse d'hérésie, Zwingli publie en janvier 1523 ses 67 Articles (Schlussreden) : le Christ seul sauve, seul l'Évangile oblige, la messe n'est pas un sacrifice, les images sont idolâtrie, le clergé peut se marier.[15] La première dispute de Zurich, le 29 janvier 1523, se tient devant le Conseil de la ville et quelque six cents auditeurs : le Conseil tranche que Zwingli n'a rien enseigné d'hérétique et que les prédicateurs du canton ne devront prêcher que ce qui peut être prouvé par l'Écriture.[16]
« Le sommaire de l'Évangile, c'est que notre Seigneur Christ, vrai Fils de Dieu, nous a fait connaître la volonté de son Père céleste et nous a rachetés de la mort par son innocence. » — Ulrich Zwingli, 67 Articles, articles 1-2, janvier 1523[17]
La seconde dispute (26-28 octobre 1523), menée avec son ami Leo Jud, porte sur les images et la messe : le Conseil ordonne la prédication contre les abus et prépare l'épuration des églises.[18] Le schéma zurichois est fixé : c'est le magistrat civil qui juge de la doctrine et l'impose — trait théocratique que le lutheranisme des princes allemands connaîtra aussi, mais que Zurich pousse le plus loin.[19]
L'épuration du culte : images, messe, orgue
En juin 1524, les images et statues sont enlevées des églises zurichoises ; en décembre 1524, les monastères sont sécularisés et leurs biens confisqués au profit de la ville et des œuvres de bienfaisance.[20] En avril 1525, le Conseil abolit la messe : la première Cène évangélique est célébrée le jeudi saint 13 avril 1525 — simple repas commémoratif, en allemand, autour d'une table de bois, sans ornements ni musique.[21] L'orgue est démonté et tout chant est banni du culte : Zurich priera sans musique pendant des décennies.[22]
La Prophezei : l'école des pasteurs
Dès 1525, Zwingli fonde au chœur du Grossmünster la Prophezei, école quotidienne d'exégèse où l'Ancien Testament est commenté en hébreu, grec et latin devant les pasteurs du canton : c'est l'ancêtre des académies réformées et, indirectement, de l'université de Zurich.[23] L'institution dit le programme : une Église de la Parole lue, sans prêtres sacrificateurs, formée par des docteurs.
- 1ᵉʳ janvier 1519Prise de chaire au Grossmünster
Zwingli commente Matthieu verset par verset d'après le grec d'Érasme : la Réforme zurichoise commence en chaire.
- Mars-avril 1522Affaire des saucisses et premier traité
Transgression publique du jeûne de carême, puis Du choix et de la liberté des aliments : seule l'Écriture oblige.
- 29 janvier 1523Première dispute de Zurich
Les 67 Articles sont disculpés par le Conseil : ne prêcher que ce que l'Écriture prouve.
- 13 avril 1525Première Cène évangélique
La messe est abolie et remplacée par un repas commémoratif en langue vulgaire.
- 1-4 octobre 1529Colloque de Marbourg
Rupture définitive avec Luther sur la présence eucharistique.
- 11 octobre 1531Bataille de Kappel
Zwingli tombe comme aumônier des troupes zurichoises ; son corps est brûlé.
La rupture avec les anabaptistes (1525-1527)
Des disciples devenus adversaires
Le paradoxe zurichois veut que les premiers opposants organisés de Zwingli soient ses propres disciples radicaux : Conrad Grebel, Felix Manz et Georg Blaurock prennent au mot la sola Scriptura et exigent une Église de croyants confessants, donc la fin du baptême des nouveau-nés.[24] Le 21 janvier 1525, dans une maison de Zollikon, Grebel baptise Blaurock sur confession de foi : c'est l'acte de naissance de l'anabaptisme suisse.[25]
Zwingli, qui tient au baptême des enfants comme marque du peuple chrétien et au lien entre Église et cité, fait trancher par le Conseil : mandat de janvier 1525 ordonnant le baptême des nouveau-nés et l'expulsion des récalcitrants, puis dispute de novembre 1525 perdue d'avance pour les dissidents.[26] La répression suit : emprisonnements, bannissements, puis la peine de la noyade — dérisoirement appelée « troisième baptême » — appliquée à Felix Manz, noyé dans la Limmat le 5 janvier 1527.[27] Les historiens notent que Zwingli, sans avoir signé lui-même la sentence, ne s'y est jamais publiquement opposé.[28]
Pourquoi Zwingli garde le baptême des enfants
Le désaccord n'est pas sur l'âge, mais sur la nature du sacrement : pour Zwingli, le baptême ne lave d'aucun péché et ne confère aucune grâce — il est un signe d'alliance et d'engagement (Pflichtzeichen), le pendant chrétien de la circoncision juive (1 Co 7, 14). Dès lors, refuser le baptême aux enfants des chrétiens serait les exclure du peuple de Dieu.[29] Tableau des trois positions en présence :
| Position | Nature du baptême | Enfants baptisés ? | Effet gracieux ? | Verset-pivot |
|---|---|---|---|---|
| Catholique | Sacrement institué par le Christ | Oui, dès le premier âge | Oui : régénération, rémission | Jn 3, 5 ; Ac 2, 38-39 |
| Zwinglienne | Signe d'alliance et d'engagement | Oui, comme membres du peuple chrétien | Non : simple marque extérieure | 1 Co 7, 14 (analogie de la circoncision) |
| Anabaptiste | Sceau de la foi confessée | Non : seuls les croyants | Non : obéissance du croyant | Mc 16, 16 (croire puis être baptisé) |
La réponse catholique tient en deux textes conciliaires : le décret de Trente sur le péché originel (Vᵉ session, 17 juin 1546), qui définit que le baptême remet véritablement la coulpe d'Adam jusque dans les nouveau-nés, et le canon 13 sur le baptême (VIIᵉ session, 1547) qui anathématise le rebaptême des enfants parvenus à l'âge de raison.[30] Voir l'article sur la présence réelle pour la doctrine catholique des sacrements et celui sur Trente pour l'ensemble des décrets.
Marbourg 1529 : la rupture eucharistique
Le face-à-face manqué de l'unité protestante
Le landgrave Philippe de Hesse, qui rêve d'une alliance politico-militaire des protestants face à Charles Quint, réunit du 1ᵉʳ au 4 octobre 1529 les deux camps à Marbourg : Luther, Mélanchthon et Jonas d'un côté ; Zwingli, Œcolampade, Bucer et Hédion de l'autre.[31] Sur quinze articles de foi mis sur la table, quatorze sont agréés — Trinité, péché, justification, Écriture — mais le quinzième, sur la Cène, fait tout éclater.[32]
Luther, qui a fait écrire à la craie sur la table « Hoc est corpus meum », exige le sens littéral : le corps du Christ est véritablement présent « avec, dans et sous » le pain. Zwingli répond que « est » veut dire « signifie », comme dans « Je suis la porte » ou « Je suis la vigne », et invoque la parole du Seigneur : « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien » (Jn 6, 63).[33]
« Ceci est mon corps. » — Le Christ, Mt 26, 26 : la parole sur laquelle Luther et Zwingli s'affrontent, l'un la prenant à la lettre, l'autre comme une figure.[34]
« Vous avez un autre esprit que nous »
Luther refuse jusqu'au geste fraternel final : s'adressant à Bucer mais visant Zwingli, il lâche que leurs esprits ne sont pas les mêmes — « Vous avez un autre esprit que nous » — et les deux Réformes se séparent pour toujours.[35] Douze ans après les 95 thèses, la sola Scriptura sans autorité interprétative a déjà produit deux protestantismes incompatibles : le précédent servira durablement l'apologétique catholique sur la division comme fruit nécessaire du libre examen.[36]
| Position | Le Christ dans la Cène | Le « est » de Mt 26, 26 | Statut du rite |
|---|---|---|---|
| Catholique | Présent vraiment, réellement, substantiellement (transsubstantiation) | Sens propre et réaliste | Sacrifice et sacrement |
| Luthérienne | Présent « avec, dans et sous » le pain (consubstantiation) | Sens littéral maintenu | Sacrement, non sacrifice |
| Calviniste | Présent spirituellement pour la foi (présence pneumatique) | Sens spirituel | Sceau de la grâce |
| Zwinglienne | Absent : simple souvenir | « Est » = « signifie » | Mémorial et profession publique |
La doctrine zwinglienne en propre
L'Écriture seule, interprétée par le magistrat
Premier pilier : la Bible est la seule norme, et tout ce qu'elle ne prescrit pas doit être aboli dans l'Église — principe plus tranchant que celui de Luther, qui conservait ce que l'Écriture ne défendait pas expressément.[37] Second pilier, proprement zurichois : c'est le Conseil de la ville qui authentifie l'interprétation et la fait exécuter par la loi. L'Église visible n'est plus une société surnaturelle gouvernée par les évêques successeurs des apôtres, mais la communauté des professants encadrée par le magistrat chrétien — négation pratique de la constitution divine de l'Église (Mt 16, 18-19 ; 1 Tm 3, 15).[38]
La Cène : un mémorial sans présence
Le cœur du système est le mémorialisme : la Cène commémore la mort du Christ et scelle publiquement la foi des communiants, mais le corps du Christ, assis à la droite du Père, ne peut être « avec » le pain — argument christologique tiré de l'ascension et de la nature d'un vrai corps humain, localisé au ciel.[39] Zwingli développe cette doctrine dans son grand traité De la vraie et de la fausse religion (mars 1525, dédié au roi de France François Iᵉʳ), puis dans le Subsidium sur l'Eucharistie (août 1525) et l'Amicale exégèse (1527), réplique aux écrits eucharistiques de Luther.[40]
« Si quelqu'un nie que dans le sacrement de la très sainte Eucharistie soient contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang avec l'âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et par conséquent le Christ tout entier, mais dit qu'il n'y est que comme dans un signe, ou en figure, ou en vertu : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, XIIIᵉ session (11 octobre 1551), canon 1[41]
La doctrine catholique, définie là contre le mémorialisme nommément visé (« comme dans un signe, ou en figure »), s'appuie sur le discours du Pain de vie — « ma chair est vraie nourriture » (Jn 6, 55) — et sur saint Paul : « celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit sa propre condamnation » (1 Co 11, 29).[42] Les Pères sont unanimes dès les origines : Ignace d'Antioche dénonce déjà ceux qui « s'abstiennent de l'Eucharistie parce qu'ils ne confessent pas qu'elle est la chair de notre Sauveur » (Smyrniotes 7).[43]
Le baptême : un signe sans effet
Comme on l'a vu, le baptême zwinglien ne régénère pas : il marque l'entrée dans le peuple chrétien sans remettre aucun péché — position intenable pour la foi catholique, pour qui « nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume » (Jn 3, 5) et pour qui le baptême ensevelit véritablement avec le Christ (Rm 6, 3-4).[44] La pratique du baptême des enfants, attestée dès Origène et Cyprien au IIIᵉ siècle, suppose précisément que le sacrement agit par lui-même, et non par la foi préalable du récipiendaire.[45]
Le péché originel : une maladie sans coulpe
Dans son traité Du péché originel (1526), dirigé contre le luthérien Urbanus Rhegius, Zwingli soutient que le péché héréditaire est une maladie, une inclination (Krankheit), non une coulpe imputée : les nouveau-nés ne sont coupables d'aucune faute d'Adam et n'ont donc rien à se faire remettre.[46] Trente répond par avance à cette thèse (Vᵉ session, 17 juin 1546) : le péché d'Adam se transmet par propagation et non par imitation, jusque dans les petits enfants, et le baptême le remet véritablement.[47] L'Écriture est formelle : « par un seul homme le péché est entré dans le monde » (Rm 5, 12) et « voici que dans la faute j'ai été enfanté » (Ps 50, 7).[48]
La providence absolue et la prédestination
Dans le De la providence de Dieu (août 1530), Zwingli pousse la souveraineté divine jusqu'à la prédestination des élus : Dieu, cause première de tout, a destiné certains hommes au salut — position que Calvin radicalisera ensuite en double prédestination, renvoyée ici à l'article dédié plutôt que redoublée.[49] Le catholique tient avec Trente (VIᵉ session, 1547) que Dieu veut sincèrement le salut de tous (1 Tm 2, 4) et que la grâce, sans cesser d'être gratuite, laisse à la liberté son jeu réel — sans quoi l'exhortation, la prière et la prédication deviennent un théâtre.[50]
Un culte dépouillé jusqu'à l'os
Conséquence visible de la théologie : ni messe, ni images, ni orgue, ni chant, ni fêtes des saints, ni purgatoire, ni invocation — le Christ seul médiateur suffit, et tout le reste est « fausse religion » d'invention humaine, selon le partage du traité de 1525.[51] Le trait le plus étonnant figure dans la Fidei ratio adressée à Charles Quint à Augsbourg (juillet 1530) : Zwingli y déclare espérer contempler au ciel, parmi les élus, des païens vertueux comme Socrate ou Aristide.[52] L'Église, sans trancher le destin de quiconque, rappelle que le salut passe par le Christ seul (Ac 4, 12), tout en espérant avec le concile Vatican II que ceux qui ignorent invinciblement l'Évangile puissent parvenir au salut par la grâce du Christ (Lumen gentium, 16).[53]
Kappel : la théocratie meurt à la guerre (1529-1531)
La soupe au lait et le blocus
La Réforme zurichoise déborde vite en politique confessionnelle : Zurich fait adopter sa foi par les bailliages communs et s'allie aux cantons réformés (Berne, Bâle, Schaffhouse), tandis que les cinq cantons primitifs (Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwald, Zoug) restent catholiques et alliés à l'Autriche des Habsbourg.[54] La première guerre de Kappel (juin 1529) s'achève sans bataille : les deux armées fraternisent autour de la légendaire « soupe au lait de Kappel », marmite commune posée sur la frontière, et concluent une paix qui laisse chaque canton maître de sa foi.[55]
Mais Zurich, pour affamer les cantons catholiques et les forcer à la Réforme, leur impose un blocus alimentaire (grains et sel) en 1531 : l'arme se retourne contre elle, car les cantons catholiques prennent les armes pour leur survie.[56]
Le 11 octobre 1531
Le 11 octobre 1531, à Kappel am Albis, les troupes zurichoises, mal commandées et en infériorité numérique, sont écrasées par les cantons catholiques. Zwingli, qui a marché comme aumônier, armé selon l'usage du temps, est blessé puis achevé sur le champ de bataille ; son corps est reconnu le lendemain, écartelé, brûlé, et ses cendres dispersées — traitement réservé aux hérétiques relaps.[57] La seconde paix territoriale (Zweiter Landfriede) fige la carte confessionnelle suisse pour trois siècles : chaque canton garde sa religion, les bailliages communs deviennent mixtes.[58]
Postérité : de Bullinger à la Réforme mondiale
Bullinger recueille l'héritage (1531-1575)
Le 9 décembre 1531, le jeune Heinrich Bullinger (1504-1575), pasteur chassé de Bremgarten, est élu successeur de Zwingli au Grossmünster, charge qu'il tiendra jusqu'à sa mort.[59] Pasteur organisateur plutôt que prophète, il stabilise la Réforme zurichoise, rédige la Première Confession helvétique (Bâle, 1536) et fait de Zurich, par son immense correspondance, le centre nerveux du protestantisme européen.[60]
L'accord de Zurich (1549) : la fusion avec Genève
L'événement décisif pour la survie du zwinglianisme est le Consensus Tigurinus (accord de Zurich), conclu en mai 1549 entre Bullinger et Calvin : sur la Cène, les Suisses abandonnent le mémorialisme pur au profit de la présence spirituelle calviniste — le Christ vraiment communiqué à la foi, sans présence locale dans les espèces.[61] Dès lors, il n'y a plus deux Réformes suisses mais une seule famille « réformée », scellée par la Confession helvétique postérieure de Bullinger (1566), adoptée par la plupart des Églises réformées d'Europe.[62]
Un mémorialisme qui survit à sa confession
Comme confession séparée, le zwinglianisme meurt donc vers le milieu du XVIᵉ siècle, absorbé par le calvinisme — qui lui doit pourtant son point de départ suisse et sa rigueur iconoclaste.[63] Mais sa thèse eucharistique lui survit largement : le mémorialisme pur devient la position ordinaire des baptistes, d'une grande partie des évangéliques et de nombreux chrétiens sans étiquette, pour qui la Cène n'est qu'un souvenir symbolique.[64] En Europe, la Concorde de Leuenberg (1973) scelle même la pleine communion entre luthériens et réformés, refermant — côté protestant — la fracture ouverte à Marbourg.[65] Côté catholique, le dialogue œcuménique n'a jamais concédé un pouce sur la présence réelle, réaffirmée par Paul VI (Mysterium fidei, 1965) et le Catéchisme (n° 1374-1376).[66]
Les condamnations de l'Église
Une hérésie frappée par quatre sessions de Trente
Zwingli meurt en 1531, quatorze ans avant l'ouverture du concile de Trente : ce n'est donc pas la bulle Exsurge Domine (15 juin 1520), qui vise les 41 propositions de Luther, qui le frappe nommément, mais le concile lui-même, dont les décrets visent une à une ses thèses propres — preuve que l'Église a lu les réformateurs suisses de près.[67]
| Session de Trente | Date | Thèse zwinglienne condamnée |
|---|---|---|
| Vᵉ session, décret sur le péché originel | 17 juin 1546 | Le péché d'Adam se transmet par propagation, jusque dans les nouveau-nés ; le baptême le remet |
| VIIᵉ session, canons sur le baptême | 3 mars 1547 | Le baptême confère la grâce ; les enfants baptisés ne doivent pas être rebaptisés (canon 13) |
| XIIIᵉ session, canons sur l'Eucharistie | 11 octobre 1551 | Le Christ est présent vraiment, réellement, substantiellement — et non « comme dans un signe, ou en figure » (canon 1) |
| XXIIᵉ session, canons sur le sacrifice de la messe | 17 septembre 1562 | La messe est un vrai sacrifice propitiatoire, non une simple commémoration |
L'Index et le jugement constant
Les œuvres de Zwingli sont inscrites à l'Index des livres prohibés de Paul IV (1559), aux côtés de celles de Luther et de Calvin.[68] Bossuet, dans son Histoire des variations des Églises protestantes (1688), fait des querelles sacramentaires des Suisses — de Carlstadt à Zwingli, de Marbourg à la Concorde — l'une de ses preuves maîtresses que la Réforme, privée de juge vivant, varie sans fin là où l'Église catholique garde le dépôt.[69] Le concile Vatican II, tout en appelant les chrétiens séparés « frères » et en reconnaissant ce qu'il y a de vrai et de saint hors des frontières visibles de l'Église (Unitatis redintegratio, 3-4), ne retire rien de ces définitions : la présence réelle et le sacrifice de la messe demeurent proposés comme vérités de foi.[70]
Regard catholique : ce qui est condamné, ce qui demeure vrai
Le catholique ne lit pas Zwingli comme un simple scélérat : il y reconnaît un prêtre cultivé, sincèrement scandalisé par des abus réels — trafic des indulgences, mercenariat, ignorance d'une partie du clergé — et un prédicateur qui a remis la chaire au centre de la vie paroissiale.[71] Certains de ses constats sur les misères de l'Église de 1520 étaient fondés ; l'Église elle-même les a redressés par la Réforme catholique et Trente.[72]
Mais la sincérité n'excuse pas l'erreur, et l'ampleur des dégâts la mesure : en niant la présence réelle, Zwingli a vidé de sa substance le culte rendu au Christ dans des milliers de paroisses ; en livrant la doctrine au Conseil municipal, il a soumis l'Évangile au pouvoir ; en bannissant l'image et le chant, il a appauvri la prière des simples.[73] Sa fin guerrière illustre, aux yeux des catholiques, l'impasse d'une Réforme qui avait pris l'épée : « Tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée » (Mt 26, 52).[74]
« L'unique Église du Christ […] subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère. » — Concile Vatican II, Lumen gentium, 8[75]
C'est dans cette lumière que l'Église regarde aujourd'hui les héritiers de Zurich : dialogue sans concession sur le fond, charité entière pour les personnes, et invitation permanente à retrouver, dans l'Eucharistie, « le Christ tout entier » que le canon de Trente avait défendu contre le signe vide.[76]
Pour aller plus loin
- Le luthéranisme : la Réforme allemande, de Wittenberg à Augsbourg, et sa propre rupture avec Zwingli à Marbourg.
- Le calvinisme : la seconde Réforme suisse, qui a recueilli et transformé l'héritage zurichois après 1549.
- Martin Luther (1483-1546) : l'autre protagoniste du colloque de Marbourg.
- Jean Calvin (1509-1564) : le partenaire de Bullinger dans l'accord de Zurich.
- La présence réelle eucharistique : la doctrine catholique niée par le mémorialisme.
- Le concile de Trente (1545-1563) : les quatre sessions qui condamnent les thèses zwingliennes.
- La sola Scriptura : le principe dont Marbourg montra les divisions.
- Réponses aux objections protestantes : l'apologétique catholique face à la Réforme.
- L'anabaptisme radical : les dissidents zurichois réprimés par le Conseil (article en cours).
- Les cinq solae : le résumé systématique de la Réforme, postérieur aux réformateurs eux-mêmes.
Notes et références
« Ulrich Zwingli », Catholic Encyclopedia (1917), vol. 15 — notice de référence : fondateur de la Réforme en Suisse, né à Wildhaus le 1ᵉʳ janvier 1484, mort le 11 octobre 1531 ; troisième des huit fils d'une famille de notables, père officier de district, formation humaniste. Texte : https://www.newadvent.org/cathen/15772a.htm
1 7Thèse eucharistique centrale de Zwingli, formulée dès 1524-1525 : dans « Hoc est corpus meum », le verbe « est » signifie « significat » (il signifie), comme dans « Je suis la porte » (Jn 10, 9) ou « Je suis la vraie vigne » (Jn 15, 1). Exposé systématique : G. R. Potter, Zwingli, Cambridge University Press, Cambridge, 1976 ; W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, Clarendon Press, Oxford, 1986.
2Sur le gouvernement ecclésial zurichois par le Conseil (disputes tranchées par le magistrat, mandats d'exécution de la Réforme) : B. Gordon, The Swiss Reformation, Manchester University Press, Manchester, 2002 ; G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
3 19Bataille de Kappel am Albis, 11 octobre 1531 : défaite des troupes zurichoises face aux cinq cantons catholiques ; Zwingli, parti comme aumônier, est tué ; son corps est retrouvé, écartelé puis brûlé. Voir Reformation in Switzerland (synthèse historiographique) et la documentation de la ville de Zurich : https://www.zuerich.com/sites/default/files/download/2021/1904_Media_Text_Reformation_EN.pdf
4 57Vue d'ensemble des condamnations : Vᵉ session (17 juin 1546, péché originel), VIIᵉ session (3 mars 1547, baptême), XIIIᵉ session (11 octobre 1551, eucharistie), XXIIᵉ session (17 septembre 1562, sacrifice de la messe). Textes : Canons and Decrees of the Council of Trent ; Denzinger-Hünermann, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris, Cerf.
5Sur l'absorption du zwinglianisme par la famille réformée (Consensus de Zurich 1549, Confession helvétique postérieure 1566) et la survie du mémorialisme : B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit. ; W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit.
6Formation humaniste (Bâle, Berne, Vienne ; maître ès arts à Bâle en 1506) et influence d'Érasme, notamment son édition grecque du Nouveau Testament : G. R. Potter, Zwingli, op. cit., chap. 1-2 ; Catholic Encyclopedia, art. cit.
8Cure de Glaris (1506-1516), avec aumôneries des mercenaires suisses (dont Marignan, 1515), puis Einsiedeln (1516-1518), où commence la prédication contre les abus : G. R. Potter, Zwingli, op. cit. ; Catholic Encyclopedia, art. cit.
9Élection au Grossmünster de Zurich en décembre 1518, entrée en fonction le 1ᵉʳ janvier 1519, commentaire suivi de l'Évangile de Matthieu d'après le texte grec : G. R. Potter, Zwingli, op. cit. ; documentation de la ville de Zurich sur la Réforme, op. cit.
10Peste de Zurich, automne 1519 : Zwingli, contaminé en septembre, frôle la mort et compose son Chant de la peste (Pestlied) : G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
11Ulrich Zwingli, Pestlied (septembre 1519) — hymne composé pendant sa maladie : paraphrase fidèle du mouvement du poème (abandon à la volonté divine, dans la guérison comme dans la mort), d'après l'édition du Corpus Reformatorum, Huldreich Zwinglis sämtliche Werke, éd. E. Egli et al., Berlin-Leipzig-Zurich, 1905-.
12« Affaire des saucisses », carême (mars) 1522, chez l'imprimeur Christoph Froschauer, puis Ulrich Zwingli, Von Erkiesen und Freiheit der Speisen (avril 1522) : G. R. Potter, Zwingli, op. cit. ; Reformation in Switzerland, synthèse historiographique.
13Mariage secret en 1522 avec Anna Reinhart (veuve Meyer von Knonau), célébré publiquement le 2 avril 1524 en la collégiale : J. A. Wylie, History of Protestantism, vol. 8 (1526) et vol. 11 (1525-1531) ; G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
14Ulrich Zwingli, 67 Articles (Schlussreden, janvier 1523), rédigés pour la première dispute de Zurich : Christ seul Sauveur, Évangile seule norme, messe non sacrificielle, images à proscrire, mariage des prêtres. Édition : Corpus Reformatorum, t. 88 sq. ; présentation : https://www.reformiert-online.net (cours fondamental sur la Réforme suisse).
15Première dispute de Zurich, 29 janvier 1523, devant le Conseil et quelque six cents auditeurs, face au vicaire général de Constance : Zwingli disculpé de l'accusation d'hérésie ; injonction de ne prêcher que ce qui peut être prouvé par l'Écriture. Voir la synthèse Reformation in Switzerland et G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
16Ulrich Zwingli, 67 Articles, articles 1-2 (janvier 1523) : traduction fidèle du sens (le Christ, vrai Fils de Dieu, a fait connaître la volonté du Père et nous a rachetés par son innocence), d'après le texte allemand des Schlussreden, Corpus Reformatorum, op. cit.
17Seconde dispute de Zurich, 26-28 octobre 1523 (avec Leo Jud) : images et messe ; le Conseil ordonne la lutte contre les abus et prépare l'épuration : G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
18Enlèvement des images (juin 1524), sécularisation des monastères (décembre 1524) et confiscation de leurs biens : G. R. Potter, Zwingli, op. cit. ; Reformation in Switzerland.
20Abolition de la messe (avril 1525) et première Cène évangélique le jeudi saint 13 avril 1525 : repas commémoratif en allemand, table de bois, sans ornements : G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
21Orgue démonté et chant banni du culte zurichois : Zurich prie sans musique pendant des décennies (jusqu'à la fin du XVIᵉ siècle) — trait iconoclaste propre au zwinglianisme strict, adouci ensuite par Bullinger puis abandonné par le calvinisme : G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
22Prophezei (1525), école quotidienne d'exégèse au chœur du Grossmünster (hébreu, grec, latin), ancêtre des académies réformées : B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
23Conrad Grebel, Felix Manz, Georg Blaurock : disciples zurichois devenus partisans du baptême des seuls croyants : G. R. Potter, Zwingli, op. cit. ; Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online (GAMEO), articles biographiques.
2421 janvier 1525, Zollikon : premier baptême de croyants (Grebel baptisant Blaurock sur confession de foi), acte de naissance de l'anabaptisme suisse : GAMEO ; G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
25Mandat zurichois de janvier 1525 (baptême obligatoire des nouveau-nés, expulsion des rebaptiseurs), puis dispute de novembre 1525 : B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
26Felix Manz, noyé dans la Limmat le 5 janvier 1527 en application du mandat contre les anabaptistes (la « troisième baptême » par dérision) : GAMEO, article « Felix Manz » ; G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
27Sur le rôle de Zwingli dans la répression : il ne signa pas la sentence mais ne s'y opposa jamais publiquement — « Whether Zwingli consented to the death sentence is not known; he did not openly oppose it » (Christian History, n° 4, Zwingli, Father of the Swiss Reformation, galerie biographique). Texte : https://www.christianitytoday.com/history/issues/issue-4/zwingli--father-of-swiss-reformation-gallery-of-family.html
28Doctrine zwinglienne du baptême comme Pflichtzeichen (signe d'engagement et d'alliance), pendant de la circoncision : Ulrich Zwingli, Von der Taufe (mai 1525). Exposé : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit.
29Concile de Trente, Vᵉ session (17 juin 1546), Décret sur le péché originel, et VIIᵉ session (3 mars 1547), Canons sur le baptême, canon 13 — Denzinger-Hünermann, n° 1626 : anathème contre le rebaptême des enfants parvenus à l'âge de raison. Texte : Canons and Decrees of the Council of Trent.
30Colloque de Marbourg, 1ᵉʳ-4 octobre 1529, convoqué par le landgrave Philippe de Hesse pour unir les protestants face à Charles Quint ; participants : Luther, Mélanchthon, Jonas / Zwingli, Œcolampade, Bucer, Hédion : German History in Documents and Images, dossier « The Marburg Colloquy of 1529 » ; W. Köhler, Zwingli und Luther: Ihr Streit über das Abendmahl, 2 vol., Gütersloh, 1924-1953.
31Quinze articles de Marbourg, quatorze agréés (dont Trinité, péché, justification, Écriture), le quinzième sur la Cène restant en désaccord : texte des Articles de Marbourg (Luther's Works, vol. 38, p. 85-89) ; étude récente : « Eating the Gospel: Sacramental Mediation and the Failure of Eucharistic Unity at Marburg », Religions, 2026. Texte : https://www.mdpi.com/2077-1444/17/8/893
32Sur le débat eucharistique (sens littéral luthérien contre « est » = « signifie » zwinglien, avec Jn 6, 63) et l'inscription à la craie « Hoc est corpus meum » par Luther : German History in Documents and Images, op. cit. ; W. Köhler, Zwingli und Luther, op. cit.
33Mt 26, 26 : « Ceci est mon corps » — paroles de l'institution ; Jn 10, 9 (« Je suis la porte ») et Jn 15, 1 (« Je suis la vraie vigne ») : les figures alléguées par Zwingli pour le sens de « est ».
34Dernières paroles rapportées de Luther à Marbourg, visant Zwingli à travers Bucer : « Vous avez un autre esprit que nous » (« It is evident that we do not have the same spirit ») : Christian History, n° 39, dossier Luther. Texte : https://www.christianitytoday.com/history/issues/issue-39/luthers-will-and-testaments.html
35Sur la portée de la rupture (deux protestantismes incompatibles douze ans après 1517) et son usage apologétique : voir Réponses aux objections protestantes et l'article hub de la Réforme dans Ignispedia.
36Principe régulateur du culte chez Zwingli (n'est licite que ce que l'Écriture prescrit), plus strict que le principe luthérien (est licite ce que l'Écriture ne défend pas) : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit.
37Sur le rôle du magistrat zurichois comme juge de la doctrine et exécuteur de la Réforme : B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit. ; en regard catholique : Mt 16, 18-19 (primauté de Pierre) et 1 Tm 3, 15 (l'Église, « colonne et appui de la vérité »).
38Argument christologique du mémorialisme (le vrai corps du Christ, monté au ciel, ne peut être localement présent dans le pain) : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit.
39Ulrich Zwingli, De vera et falsa religione commentarius (mars 1525, dédié à François Iᵉʳ, imprimé par Froschauer à Zurich), Subsidium sive coronis de Eucharistia (août 1525), Amica exegesis (1527, réplique aux écrits eucharistiques de Luther). Éditions : Corpus Reformatorum, t. 88 sq. ; traductions anglaises : Zwingli and Bullinger (Library of Christian Classics, vol. 24), éd. G. W. Bromiley, Westminster Press, Philadelphie, 1953.
40Concile de Trente, XIIIᵉ session (11 octobre 1551), Canons sur la très sainte Eucharistie, canon 1 — Denzinger-Hünermann, n° 1651 : « Si quis negaverit […] sed dixerit tantummodo esse in signo vel figura aut virtute, anathema sit. » Traduction française fidèle citée dans le corps. Texte anglais : https://origin.ewtn.com/catholicism/library/thirteenth-session-of-the-council-of-trent-1479
41Jn 6, 55 (« ma chair est vraie nourriture »), 1 Co 11, 27-29 (manger et boire indignement rend « coupable envers le corps et le sang du Seigneur ») : fondements scripturaires de la présence réelle, développés dans l'article dédié.
42Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Smyrniotes, 7 (v. 107) : les hérétiques « s'abstiennent de l'Eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ ». Voir aussi saint Justin (1 Apologie 66) et saint Irénée (Contre les hérésies IV, 18). Textes : https://www.newadvent.org/fathers/
43Jn 3, 5 (« nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit »), Ac 2, 38-39 (le baptême « pour la rémission des péchés […] à vous et à vos enfants »), Rm 6, 3-4 (ensevelis avec le Christ par le baptême).
44Pratique du baptême des enfants attestée dès le IIIᵉ siècle : Origène (Commentaire sur les Romains V, 9), saint Cyprien (lettre 64 à Fidus, contre tout délai du baptême), saint Augustin (contre les pélagiens). Synthèse : Catholic Encyclopedia, article « Baptism » : https://www.newadvent.org/cathen/02258b.htm
45Ulrich Zwingli, De peccato originali ad Urbanum Rhegium (1526) : le péché héréditaire comme maladie/inclination (Krankheit), non comme coulpe imputée aux nouveau-nés. Exposé : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit.
46Concile de Trente, Vᵉ session (17 juin 1546), Décret sur le péché originel, canons 2-4 : transmission par propagation et non par imitation, jusque dans les petits enfants, et rémission véritable par le baptême. Texte : Canons and Decrees of the Council of Trent ; Denzinger-Hünermann, op. cit.
47Rm 5, 12 (« par un seul homme le péché est entré dans le monde »), Ps 50, 7 (« dans la faute j'ai été enfanté »).
48Ulrich Zwingli, De providentia Dei (août 1530) : providence absolue et prédestination des élus ; Dieu cause première de tout, sans être auteur du péché (distinction scolastique reprise à sa manière). Exposé : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit.
49Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification : Dieu veut le salut de tous et la grâce n'abolit pas la liberté (cf. 1 Tm 2, 4). Texte : Canons and Decrees of the Council of Trent.
50Sur le dépouillement du culte zurichois (messe, images, orgue, chant, fêtes, purgatoire, invocation des saints) et le partage entre « vraie et fausse religion » : Ulrich Zwingli, De vera et falsa religione commentarius (1525), op. cit. ; G. R. Potter, Zwingli, op. cit.
51Ulrich Zwingli, Fidei ratio (juillet 1530, adressée à Charles Quint à Augsbourg) : espérance exprimée de voir au ciel, parmi les élus, des païens vertueux (Socrate, Aristide et autres). Texte : Corpus Reformatorum, op. cit. ; trad. angl. : Library of Christian Classics, vol. 24, op. cit.
52Concile Vatican II, Lumen gentium, 16 (21 novembre 1964) : ceux qui ignorent invinciblement l'Évangile peuvent parvenir au salut par la grâce du Christ. Texte : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19641121_lumen-gentium_fr.html
53Sur les deux blocs confessionnels suisses (Zurich, Berne, Bâle, Schaffhouse / les cinq cantons primitifs et l'alliance autrichienne) : Reformation in Switzerland ; B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
54Première guerre de Kappel (juin 1529), conclue sans bataille par la « soupe au lait de Kappel » (Kappeler Milchsuppe) et la première paix territoriale : Reformation in Switzerland ; documentation de la ville de Zurich, op. cit.
55Blocus alimentaire zurichois de 1531 (grains et sel) contre les cantons catholiques, qui précipite la seconde guerre de Kappel : B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
56Seconde paix territoriale (Zweiter Landfriede, novembre 1531) : chaque canton garde sa religion, bailliages communs mixtes — carte confessionnelle figée pour trois siècles : Reformation in Switzerland.
58Heinrich Bullinger (1504-1575), élu successeur de Zwingli au Grossmünster le 9 décembre 1531 : Encyclopaedia Britannica (1911), article « Heinrich Bullinger » ; Catholic Encyclopedia, vol. 15 (article Bullinger). Texte : https://en.wikisource.org/wiki/Page:Catholic_Encyclopedia,_volume_15.djvu/844
59Sur l'œuvre de Bullinger (Première Confession helvétique 1536, correspondance européenne, stabilisation zurichoise) : Christian History, n° 4, galerie biographique, op. cit. ; B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
60Consensus Tigurinus (mai 1549), accord de Bullinger et Calvin sur la Cène (présence spirituelle pour la foi, contre le mémorialisme pur comme contre la présence locale) : documentation de la ville de Zurich, op. cit. ; B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
61Confessio Helvetica posterior (1566), rédigée par Bullinger et adoptée par les Églises réformées : B. Gordon, The Swiss Reformation, op. cit.
62Sur l'absorption du zwinglianisme dans la famille réformée après 1549 : W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, op. cit. ; voir l'article sur le calvinisme.
63Sur la survie du mémorialisme pur (baptistes, évangéliques, chrétiens sans étiquette) : voir l'article sur la présence réelle et les réponses aux objections protestantes.
64Concorde de Leuenberg (1973) : pleine communion entre Églises luthériennes et réformées d'Europe, refermant côté protestant la fracture de Marbourg.
65Paul VI, Mysterium fidei (3 septembre 1965) sur la doctrine et le culte de l'Eucharistie, et Catéchisme de l'Église catholique, n° 1374-1376 (présence réelle et transsubstantiation). Texte : https://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_03091965_mysterium.html
66Léon X, Exsurge Domine (15 juin 1520) : 41 propositions de Luther censurées — bulle antérieure à la rupture zurichoise (1522-1525), donc sans visa direct de Zwingli, dont les thèses propres seront frappées par Trente. Voir l'article sur le luthéranisme.
67Index de Paul IV (1559) : les œuvres de Zwingli, comme celles de Luther et de Calvin, y sont prohibées. Voir l'article sur le calvinisme (même mention).
68Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes (1688) : les querelles sacramentaires des Suisses au nombre des preuves de la variation protestante face à l'immutabilité catholique.
69Concile Vatican II, Unitatis redintegratio, 3-4 (21 novembre 1964) : frères séparés, éléments de vérité hors des frontières visibles — sans retrait d'aucune définition dogmatique. Texte : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19641121_unitatis-redintegratio_fr.html
70Sur les abus réels qui nourrirent la Réforme (indulgences, mercenariat, ignorance cléricale) et leur redressement par la Réforme catholique : voir l'article sur Trente.
71Sur la Réforme catholique (nouveaux ordres, séminaires, catéchisme romain de 1566) : voir l'article sur Trente.
72Bilan catholique des dévastations zurichoises (paroisses privées de l'Eucharistie, doctrine soumise au Conseil, prière appauvrie) : jugement historique constant de l'historiographie catholique, cf. Catholic Encyclopedia, art. « Ulrich Zwingli », op. cit.
73Mt 26, 52 : « Tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. »
74Concile Vatican II, Lumen gentium, 8 (21 novembre 1964) : l'unique Église du Christ subsiste dans l'Église catholique. Texte : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19641121_lumen-gentium_fr.html
75Formule du canon 1 de la XIIIᵉ session (« le Christ tout entier ») : voir [^trentecan1].
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