Les indulgences

L'indulgence n'est pas l'achat du pardon, contrairement au mythe tenace de la « vente du salut ». C'est la rémission de la peine temporelle due à un péché déjà pardonné. Luther lui-même, dans ses 95 thèses de 1517, défendait la vérité doctrinale des indulgences apostoliques (thèse 71) tout en dénonçant déjà leur prédication abusive et certaines interprétations (thèses 27, 32, 56-58).

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Les indulgences sont l'une des pratiques catholiques les plus caricaturées dans la mémoire occidentale. La formule populaire « l'Église catholique vendait des indulgences pour acheter son salut » — encore largement répandue — confond plusieurs choses très différentes : (1) la doctrine catholique des indulgences, qui n'a jamais autorisé d'« acheter son paradis » ; (2) les abus commerciaux de certains prédicateurs (notamment Johann Tetzel à Jüterbog, aux marches de la Saxe, en 1517 — la prédication des indulgences étant interdite en territoire saxon), condamnés par l'Église : la vente des biens spirituels, qualifiée de simonie dès 451 (Chalcédoine, canon 2), a été frappée par Trente (office des quêteurs supprimé en 1562, tout gain illicite aboli en 1563) ; (3) la dénonciation par Luther (95 thèses, 31 octobre 1517) qui — fait souvent ignoré — n'a pas dénoncé la vérité doctrinale des indulgences apostoliques (thèse 71), tout en dénonçant déjà leur prédication abusive et certaines interprétations (thèses 27, 32, 56-58).

Le Catéchisme de l'Église Catholique donne la définition officielle :

§ 1471 — « L'indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l'action de l'Église, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints. L'indulgence est partielle ou plénière, selon qu'elle libère partiellement ou totalement de la peine temporelle due pour le péché. Tout fidèle peut gagner des indulgences pour soi-même ou les appliquer aux défunts. »[1]

Pour comprendre la doctrine, il faut distinguer deux conséquences du péché que le Catéchisme énonce avec précision (§ 1472) : la peine éternelle (la rupture de la communion avec Dieu, effacée par le pardon sacramentel) et la peine temporelle (les conséquences résiduelles du péché, l'attachement désordonné aux créatures, à purifier soit sur terre, soit au purgatoire). Comme l'écrit Matthieu Lavagna dans Soyez rationnel, devenez catholique ! (1re éd. 2022, p. 355) :

Le « trésor de l'Église » (CEC § 1476) : non pas un magot d'argent, mais « le prix infini et inépuisable qu'ont auprès de Dieu les expiations et les mérites du Christ Notre Seigneur, offerts pour que l'humanité soit libérée du péché ». Illustration aquarelle (Ignispedia, 2026).

« Le péché, en tant qu'il fait offense à Dieu, nécessite non seulement une repentance sincère mais aussi une forme de réparation. Imaginez que vous vouliez embêter votre voisin et que vous cassiez la vitre de sa cuisine avec un lance-pierre. Vous aurez beau lui demander pardon après coup et il aura beau accepter ce pardon, la vitre, elle, restera cassée. Le pardon est donné, mais le mal est fait. Vous saisissez alors que le fait que vous soyez pardonné de votre péché n'implique pas qu'il n'y ait plus rien à réparer derrière. Il reste ce qu'on appelle la « peine temporelle ». Cette peine temporelle est la dette que vous avez envers votre voisin, que vous devrez payer pour réparer votre péché. »[2]

L'analogie de l'incendie selon Lavagna

Comment fonctionne une indulgence ? Péché pardonné, peine temporelle remise : confession, peine temporelle, trésor de l'Église, indulgence partielle ou plénière. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pour faire saisir la distinction peine éternelle / peine temporelle, Matthieu Lavagna propose l'analogie de l'incendie (op. cit., p. 355, note 557) — une comparaison que Lavagna attribue à Mgr Perrier (Jubilé de l'an 2000) sans renvoyer à une source primaire de cette intervention, qui n'a pu être retrouvée. Elle est donc restituée ici comme une analogie de Lavagna, en paraphrase, non comme une citation textuelle, sans attribution à Mgr Perrier :

Paraphrase d'après Lavagna : l'incendie détruit le bâtiment ; éteindre le feu, c'est le sacrement du pardon. Mais après le passage du feu, il reste des traces à effacer : nettoyer le site, réparer les dégâts, racheter ce qui a été perdu — telles sont les peines temporelles que l'indulgence efface.[3]

Le pardon sacramentel éteint l'incendie ; l'indulgence aide à reconstruire ce que l'incendie a abîmé — non seulement chez le pénitent lui-même, mais aussi chez ceux qu'il a blessés et dans la trame du monde.

Le « trésor de l'Église »

L'idée clé est celle du trésor de l'Église, formulée par le Catéchisme (§ 1476) :

« Ces biens spirituels de la communion des saints, nous les appelons aussi le trésor de l'Église, qui n'est pas une somme de biens, ainsi qu'il en est des richesses matérielles accumulées au cours des siècles, mais qui est le prix infini et inépuisable qu'ont auprès de Dieu les expiations et les mérites du Christ Notre Seigneur, offerts pour que l'humanité soit libérée du péché et parvienne à la communion avec le Père. C'est dans le Christ, notre Rédempteur, que se trouvent en abondance les satisfactions et les mérites de sa rédemption. »[4]

À ce trésor du Christ s'ajoute, dit le § 1477, « le prix vraiment immense, incommensurable et toujours nouveau qu'ont auprès de Dieu les prières et les bonnes œuvres de la Bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints »[5]. L'Église, en tant que « dispensatrice de la rédemption », applique ce trésor par son autorité — c'est l'indulgence.

L'idée n'est pas mercantile : elle est mystique. Tout chrétien, en vertu de son baptême, est solidaire de tous les autres dans le Corps du Christ. La sainteté de l'un profite à tous, comme le péché de l'un blesse tous. L'indulgence est l'expression institutionnelle de cette communion des saints : « Le recours à la communion des saints permet au pécheur contrit d'être plus tôt et plus efficacement purifié des peines du péché » (CEC § 1475)[6].

L'indulgence n'efface pas le péché

Lavagna insiste sur un point capital, source de quasi-tous les malentendus :

« L'indulgence est donc la rémission de la peine temporelle due au péché déjà pardonné. On peut l'obtenir pour soi-même ou pour un défunt qui se trouve au purgatoire, mais elle ne permet en aucun cas d'effacer un péché ! »[7]

L'indulgence ne pardonne pas — c'est le rôle exclusif du sacrement de réconciliation, où le pénitent reçoit l'absolution du Christ par le ministère du prêtre (cf. Jn 20, 23). L'indulgence agit en aval du pardon : sur ce qui reste à purifier après que la faute elle-même a été remise.

Les moyens d'obtenir une indulgence ont toujours été des œuvres spirituelles ou temporelles :

« Les indulgences ont pu, et peuvent toujours, être obtenues par des moyens spirituels ou temporels : prières, pèlerinages, aumônes, assistance à des nécessiteux, à des paroisses, etc. L'achat pour un montant qui servira à l'apostolat de l'Église est un sacrifice comme un autre. »[8]

Précision doctrinale nécessaire : depuis Trente, une aumône versée à l'occasion d'une indulgence n'est jamais un prix — « tous les gains illicites » (pravos quaestus omnes) sont abolis (DS 1835)[9]. L'aumône ne vaut que comme disposition charitable du fidèle, à l'égal du jeûne ou de la prière : elle ouvre à la grâce distribuée par l'Église, elle ne l'achète pas.

Les 95 thèses de Luther affichées le 31 octobre 1517 sur la porte de l'église de la Toussaint (Wittenberg) — protestation contre la prédication abusive de Tetzel, qui défend la « vérité des indulgences apostoliques » (thèse 71) tout en contestant déjà certaines interprétations (thèses 27, 32, 56-58). Illustration aquarelle (Ignispedia, 2026).

Lavagna rattache directement la doctrine au pouvoir donné par le Christ aux apôtres : « C'est d'ailleurs Jésus lui-même qui donne à ses disciples (et par extension aux prêtres) le pouvoir non seulement de « délier » les péchés (pardonner au nom de Dieu) mais aussi d'imposer des pénitences (Mt 16, 19 ; 18, 18 ; Jn 20, 23). »[10]

La « vente des indulgences » : un mythe historique précis

Les indulgences sont-elles nées avec les croisades ?

Une objection historique récurrente veut que l'indulgence ait été « inventée » de toutes pièces au XIᵉ siècle pour recruter les croisés. Le fait de départ est exact, la conclusion ne l'est pas. La pratique de l'indulgence est l'aboutissement organique de la discipline pénitentielle antique : dès les pénitentiels insulaires et francs des VIIᵉ-VIIIᵉ siècles, l'Église autorise des « commutations » (en latin redemptiones) qui remplacent une longue pénitence canonique par une œuvre plus brève — aumône, jeûne, pèlerinage[11]. L'indulgence proprement dite ne fait que prolonger ce régime : non plus une commutation négociée au confessionnal, mais une remise accordée par l'autorité de l'Église, puisant au trésor des mérites du Christ.

C'est dans ce cadre que s'inscrit la première indulgence plénière de l'histoire, accordée par le pape Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095) à ceux qui partaient délivrer Jérusalem. Le canon 2 du concile est à la fois explicite et révélateur :

« Quiconque, par dévotion seule et non pour gagner honneur ou argent, partira pour libérer l'Église de Dieu à Jérusalem, que ce voyage lui tienne lieu de toute pénitence. » — Concile de Clermont, canon 2, 1095[12]

Le texte ne parle ni d'achat ni de salut négocié. Il pose au contraire une condition explicitement anti-mercantile — « non pour gagner honneur ou argent » — et présente le pèlerinage comme la substitution d'une pénitence à une autre, exactement la logique des commutations antiques. L'indulgence des croisades n'efface pas le péché, que le croisé devait d'abord confesser ; elle remet la peine temporelle, dans la stricte continuité de la pénitence ancienne. L'objection confond donc l'apparition d'une forme juridique (XIᵉ siècle) avec l'invention d'une doctrine — alors que la seconde, on va le voir, plonge ses racines jusque chez les Pères.

Ce que Luther a vraiment dit dans les 95 thèses

L'une des précisions les plus déstabilisantes pour le lecteur formé à l'historiographie protestante (ou laïque) est que Luther lui-même, dans ses 95 thèses, n'a pas dénoncé la vérité doctrinale des indulgences apostoliques (thèse 71) — même s'il en critiquait déjà la prédication abusive et certaines interprétations (thèses 27, 32, 56-58). Comme l'écrit Lavagna :

« Ce que peu de gens savent, c'est que Luther lui-même, dans ses quatre-vingt-quinze thèses, n'a pas dénoncé les indulgences ! Au contraire, il s'opposait très justement aux abus de certains membres du clergé qui les utilisaient pour se faire de l'argent. »[13]

Le texte des 95 thèses (latin original : Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum, affichées à Wittenberg le 31 octobre 1517[14]) est sans ambiguïté. Lavagna en cite plusieurs :

  • Thèse 69 : « Tenentur Episcopi et Curati veniarum apostolicarum Commissarios cum omni reverentia admittere. » — « Les évêques et les curés sont tenus de recevoir avec toute forme de respect les commissaires des indulgences apostoliques. »[15]
  • Thèse 71 : « Contra veniarum apostolicarum veritatem qui loquitur, sit ille anathema et maledictus. » — « Maudit soit celui qui parle contre la vérité des indulgences apostoliques. »[16]
  • Thèse 73 : « Sicut Papa iuste fulminat eos, qui in fraudem negocii veniarum quacunque arte machinantur. » — « De même que le Pape excommunie justement ceux qui machinent contre ses indulgences. »[17]
  • Thèse 74 : « Multomagnis fulminare intendit eos, qui per veniarum pretextum in fraudem sancte charitatis et veritatis machinantur. » — « Il entend à plus forte raison excommunier ceux qui, sous prétexte de défendre les indulgences, machinent contre la sainte charité et contre la vérité. »[18]
  • Thèse 91 : « Si ergo venie secundum spiritum et mentem Pape predicarentur, facile illa omnia solverentur, immo non essent. » — « Si donc les indulgences étaient prêchées selon l'esprit et la pensée du pape, toutes ces difficultés seraient facilement résolues ; bien plus, elles n'existeraient pas. »[19]

Le tableau est donc nuancé : Luther en 1517 défend la « vérité des indulgences apostoliques » (thèse 71) et déplore leur prédication abusive — mais il conteste déjà l'efficacité automatique pour les défunts (thèse 27 : « dès que la pièce tinte dans la caisse, l'âme s'envole »), l'assurance du salut par les lettres d'indulgence (thèse 32 : « Damnabuntur ineternum cum suis magistris, qui per literas veniarum securos sese credunt de sua salute » — « seront damnés éternellement, avec leurs maîtres, ceux qui se croient assurés de leur salut par des lettres d'indulgences ») et, sur le trésor de l'Église, son caractère mal défini aux yeux du peuple chrétien (thèse 56 : « Thesauri ecclesie, unde Pape dat indulgentias, neque satis nominati sunt neque cogniti apud populum Christi » — « les trésors de l'Église, d'où le pape tire les indulgences, ne sont ni nommés ni connus comme il faudrait parmi le peuple du Christ »), son caractère non temporel (thèse 57 : « Temporales certe non esse patet, quod non tam facile eos profundunt, sed tantummodo colligunt multi concionatorum » — « qu'ils ne sont pas d'ordre temporel, c'est évident : bien des prédicateurs ne les répandent guère, ils ne font que les amasser ») et l'idée qu'il soit constitué des mérites du Christ et des saints (thèse 58 : « Nec sunt merita Christi et sanctorum, quia hec semper sine Papa operantur gratiam hominis interioris et crucem, mortem infernumque exterioris » — « et ce ne sont pas les mérites du Christ et des saints, car ceux-ci opèrent toujours, même sans le pape, la grâce de l'homme intérieur — et extérieurement la croix, la mort et l'enfer »)[20]. Lavagna conclut :

« Nous ne pouvons que nous réjouir qu'un des leaders du protestantisme ait défendu certaines positions catholiques. Nous espérons que les protestants contemporains puissent prendre exemple sur Luther sur ce point ! »[21]

Tetzel et le scandale allemand

Johann Tetzel (vers 1465-1519), dominicain et commissaire des indulgences pour l'archevêché de Mayence. Sa prédication aux marches de la Saxe (Jüterbog, hors territoire saxon) déclencha les 95 thèses de Luther. Gravure ancienne, domaine public (Wikimedia Commons).

Ce qui a déclenché les 95 thèses, c'est la prédication scandaleuse du dominicain Johann Tetzel (vers 1465-1519) à Jüterbog, aux marches de la Saxe — la prédication des indulgences étant interdite en Saxe par l'électeur Frédéric le Sage —, mandaté par l'archevêque de Mayence Albert de Brandebourg pour collecter des fonds — destinés en partie à la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome et en partie à acquitter la dette de l'archevêque envers les banquiers Fugger. C'est dans ce contexte qu'aurait été lancé le slogan désormais légendaire :

« Sobald die Münze im Kasten klingt, die Seele aus dem Fegefeuer springt. »

(« Sitôt que la monnaie tinte dans la caisse, l'âme s'envole du purgatoire. »)[22]

La thèse 27 de Luther vise exactement cette caricature :

« Hominem predicant, qui statim ut iactus nummus in cistam tinnierit evolare dicunt animam. » — « Ils prêchent une fiction humaine ceux qui disent que dès que la pièce tinte dans la caisse, l'âme s'envole [du purgatoire]. »[23]

Lavagna précise que cette pratique était bel et bien condamnée par l'Église :

« Mais une telle chose n'a jamais été permise par le pape. Que certains prêtres aient gravement péché dans leur ministère en vendant des biens spirituels n'implique pas que l'Église ait validé ces agissements ! Il s'agissait là de glissements graves et abusifs de la part du clergé. »[24]

Et il rappelle en note la qualification canonique de cette pratique : la simonie, du nom de Simon le Magicien (Ac 8, 18-24) qui voulut acheter à saint Pierre le pouvoir de donner l'Esprit-Saint :

« Le péché qui consiste à vendre des biens spirituels est appelé de la "simonie" et est condamné par l'Église elle-même dès les premiers siècles. Cela n'a toutefois pas empêché certains prêtres de commettre cette faute ultérieurement. Ces abus pastoraux furent, reconnaissons-le, très justement dénoncés par Luther. »[25]

Le canon 2 du concile de Chalcédoine (451) dépose tout ministre qui confère l'ordination pour de l'argent, et les conciles du Latran (XIIᵉ-XIIIᵉ siècles) reprennent la condamnation. Le mot « simonie » ne figure pas dans le décret tridentin sur les indulgences : Trente frappe la chose — gains illicites abolis, quêteurs supprimés — sans employer le terme.

La réponse pontificale : Léon X, Exsurge Domine (15 juin 1520)

Face à la radicalisation de Luther — qui passera, entre 1517 et 1520, d'une critique des abus à un rejet de la doctrine elle-même —, le pape Léon X promulgue le 15 juin 1520 la bulle Exsurge Domine (« Lève-toi, Seigneur »), qui condamne 41 propositions extraites des écrits de Luther[26]. Refusant de se rétracter, Luther la brûle publiquement à la porte d'Elster (Wittenberg) le 10 décembre 1520 ; il est excommunié par la bulle Decet Romanum Pontificem le 3 janvier 1521.

Le concile de Trente a joint la réaffirmation doctrinale à la réforme disciplinaire en deux temps : dès la session XXI (16 juillet 1562, décret de réformation), il supprime l'office des quêteurs d'aumônes (quaestores) et confie la collecte aux Ordinaires assistés de deux chanoines, sans aucune rémunération ; puis, dans sa session XXV (3-4 décembre 1563), il rend un Decretum de indulgentiis (DS 1835) qui : (1) affirme la légitimité doctrinale des indulgences ; (2) ordonne expressément l'abolition de « tous les gains illicites obtenus pour les acquérir » — « pravos quaestus omnes pro his consequendis [...] omnino abolendos esse »[27]. Trente — premier acte législatif sur les indulgences — frappe ainsi formellement leur vente, tout en réaffirmant la doctrine elle-même (la simonie, elle, est condamnée depuis les premiers siècles, et le décret tridentin frappe la chose sans employer le mot).

Le régime contemporain : Paul VI, Indulgentiarum doctrina (1967)

Le régime actuel des indulgences a été entièrement réorganisé par le pape Paul VI dans la constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, promulguée le 1ᵉʳ janvier 1967[28]. Trois changements majeurs :

  1. Simplification radicale : la Raccolta (recueil officiel des indulgences) — devenue gigantesque au fil des siècles — est remplacée par l'Enchiridion Indulgentiarum, beaucoup plus court.
  2. Disparition des nombres de jours : la mesure des indulgences partielles n'est plus exprimée en « jours » ou « années » (formulation médiévale visant la durée de pénitence canonique), mais en simple « indulgence partielle ».
  3. Recentrage spirituel : l'accent est mis sur la disposition intérieure du fidèle, et non sur l'accumulation mécanique.

Paul VI fonde explicitement cette réforme sur la primauté de la charité, qui interdit toute lecture mécanique ou comptable de l'indulgence :

« Les indulgences ne peuvent être acquises sans une sincère conversion de l'esprit et sans l'union avec Dieu, à quoi s'ajoute l'accomplissement des œuvres prescrites. » — Paul VI, Indulgentiarum doctrina, n° 11[29]

Loin d'être un automatisme, l'indulgence présuppose donc la metanoïa — la conversion du cœur — sans laquelle aucune œuvre ne saurait l'obtenir.

Le Code de droit canonique de 1983 (CIC) résume la pratique en quelques canons (cann. 992-997). Le canon 994 affirme : « Tout fidèle peut acquérir pour lui-même des indulgences partielles ou plénières ; il peut aussi les appliquer aux défunts à manière de suffrage. »[30]

Conditions actuelles pour gagner une indulgence plénière

Pour gagner une indulgence plénière (rémission totale de la peine temporelle), le fidèle doit aujourd'hui remplir conjointement les conditions suivantes :

Indulgence plénière — les cinq conditions actuelles : œuvre indulgenciée, confession, communion, prière aux intentions du pape et détachement du péché. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
  1. Accomplir l'œuvre indulgenciée (ex. visite d'une église à l'occasion d'un Jubilé, récitation du chapelet en famille, lecture de l'Écriture sainte 30 minutes, chemin de croix, etc.).
  2. Confession sacramentelle (peut être faite quelques jours avant ou après).
  3. Communion eucharistique le jour même (autant que possible).
  4. Prière aux intentions du Saint-Père (au moins un Notre Père et un Je vous salue Marie).
  5. Détachement total de tout péché, même véniel — c'est la condition la plus exigeante, sans laquelle l'indulgence reste seulement partielle.

L'indulgence peut être appliquée à soi-même ou à un défunt (« par mode de suffrage » : Dieu reste libre de l'attribuer effectivement). On ne peut pas l'appliquer à un autre vivant.

Les indulgences et le purgatoire

L'application principale des indulgences aujourd'hui est l'intercession pour les âmes du purgatoire. Le Catéchisme (§ 1032) recommande explicitement les indulgences en faveur des défunts :

« Dès les premiers temps, l'Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique, afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L'Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts. »[31]

Du 1er au 8 novembre, la visite d'un cimetière accompagnée de la prière, même seulement mentale, pour les défunts comporte chaque jour une indulgence plénière applicable aux seuls défunts ; le 2 novembre (commémoration des fidèles défunts — ou, au jugement de l'Ordinaire, le dimanche précédent ou suivant, ou la solennité de la Toussaint), la visite d'une église ou d'un oratoire avec un Notre Père et un Credo ouvre la même indulgence[32].

Cinq jalons magistériels, de Clermont au Code de 1983

La doctrine des indulgences ne s'est pas figée d'un coup : elle a été progressivement définie, puis purifiée de ses abus, à travers cinq actes majeurs du magistère. Le tableau ci-dessous en récapitule la trajectoire, depuis le premier privilège accordé aux croisés jusqu'au Code de droit canonique contemporain.

Acte magistérielDateAuteurApport propre à la doctrine des indulgences
Concile de Clermont, canon 227 novembre 1095Urbain IIPremière indulgence plénière : le pèlerinage de croisade « tient lieu de toute pénitence »[33]
Bulle Unigenitus Dei Filius27 janvier 1343Clément VIPremière définition solennelle du trésor des mérites du Christ et des saints (DS 1025-1027)[34]
Suppression des quaestores (sess. XXI) puis Decretum de indulgentiis (sess. XXV)16 juillet 1562 et 3-4 décembre 1563Concile de TrenteSupprime l'office des quêteurs ; réaffirme la doctrine ; abolit « tous les gains illicites » (pravos quaestus omnes [...] omnino abolendos esse) — DS 1835[35]
Const. apostolique Indulgentiarum doctrina1ᵉʳ janvier 1967Paul VIRéforme intégrale : suppression des « jours », recentrage sur la charité et la conversion[36]
Code de droit canonique, cann. 992-99725 janvier 1983Jean-Paul IICodification du régime actuel : indulgence partielle ou plénière, pour soi-même ou les défunts[37]

Trois enseignements ressortent de cette trajectoire : la doctrine est bien antérieure à la Réforme ; l'Église a elle-même condamné les abus dès qu'ils sont apparus (Trente, 1563) ; et elle a resimplifié la pratique pour en écarter toute trace mercantile (Paul VI, 1967).

Six objections protestantes et leurs réponses catholiques

Objection 1 — « Les indulgences = la vente du salut (Tetzel : "Sitôt que la pièce tinte, l'âme s'envole") »

Réponse : L'analyse historique précise ci-dessus a démontré que (1) le slogan de Tetzel était une déformation pastorale condamnée comme simonie par l'Église catholique elle-même dès les premiers siècles (Ac 8, 18-24 ; Chalcédoine 451 canon 2 ; Latran II 1139, Latran III 1179, Latran IV 1215) ; (2) Luther lui-même dans ses 95 thèses (31 octobre 1517) défendait la « vérité des indulgences apostoliques » (thèse 71) tout en critiquant déjà la prédication abusive et certaines interprétations (thèses 27, 32, 56-58) ; (3) le concile de Trente a supprimé l'office des quêteurs (session XXI, 1562) puis aboli « tous les gains illicites » (pravos quaestus omnes [...] omnino abolendos esse — session XXV, 1563, DS 1835), et le pape Paul VI dans Indulgentiarum doctrina (1967) a complètement réorganisé la pratique pour la débarrasser de toute trace mercantile.

Réduire les indulgences à Tetzel revient à juger le sacrement de réconciliation par les confessionnaux corrompus du XVIᵉ siècle. C'est une confusion permanente entre doctrine et dérapage pastoral. La doctrine n'a jamais autorisé la vente du salut ; l'Église a toujours condamné les prédicateurs qui le faisaient.

Objection 2 — « Christ a payé toutes les peines sur la Croix (Hb 10, 14) — il n'y a plus rien à expier »

Réponse : L'objection confond — comme dans le débat sur le purgatoire — la rémission de la culpabilité (le pardon, reatus culpae) et la rémission de la peine temporelle (reatus poenae temporalis). Le Christ a effectivement payé la peine éternelle (la séparation de Dieu) pour les péchés des hommes ; c'est l'aspect objectif et indépassable de la Croix.

Mais l'application subjective de ce salut à chaque pécheur suppose son assimilation progressive — comme une dette pardonnée laisse parfois des conséquences à réparer. C'est l'analogie de l'incendie proposée par Lavagna (paraphrase)[38] : éteindre l'incendie (le sacrement du pardon), puis réparer ce que le feu a abîmé (les peines temporelles que l'indulgence efface).

Les indulgences ne sont pas une seconde rédemption ; elles sont la distribution ajustée par l'Église, dans la communion des saints, des mérites infinis du Christ. Tout le trésor de l'Église est « le prix infini et inépuisable qu'ont auprès de Dieu les expiations et les mérites du Christ Notre Seigneur » (CEC § 1476)[39]. La source est unique — le Christ — ; la distribution est ecclésiale.

Objection 3 — « Le "trésor de l'Église" est une fiction médiévale inventée par Clément VI (bulle Unigenitus Dei Filius, 27 janvier 1343) »

Réponse : La formulation dogmatique du trésor de l'Église par Clément VI (1343) — comme celle de la Trinité par Tertullien (213) ou de l'Immaculée Conception par Pie IX (1854) — est en effet postérieure à la doctrine qu'elle systématise. Mais la chose est attestée bien avant.

Le concept apparaît implicitement dans le Nouveau Testament :

  • Saint Paul (Col 1, 24) : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous ; et ce qui manque aux épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, en faveur de son Corps qui est l'Église. » — il n'y manque rien à la satisfaction objective du Christ ; ce qui manque, c'est son application au Corps mystique, ce que les souffrances des saints achèvent.
  • 2 Corinthiens 4, 12 : « Ainsi la mort opère en nous, mais la vie en vous » — l'épreuve d'un membre profite aux autres dans la communion mystique.
  • 1 Corinthiens 12, 26 : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l'honneur, tous les membres se réjouissent avec lui. »
Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258), évêque-martyr, dans ses Lettres 15-22 (vers 250) théorise déjà les « satisfactions » des martyrs offertes pour les pécheurs — racine patristique de la doctrine du trésor de l'Église, treize siècles avant Clément VI (bulle Unigenitus Dei Filius, 1343). Aquarelle générée par IA.

Saint Cyprien de Carthage (vers 250) parle déjà des « satisfactions » des martyrs offertes pour les pécheurs (Epistula 15-22). Saint Ambroise (vers 390) théorise la « compensation » spirituelle au sein du Corps mystique (De paenitentia II, 10). Saint Thomas d'Aquin systématise la doctrine du trésor dans la Summa theologiae (Supplément, q. 25, a. 1, repris de son commentaire des Sentences) trois quarts de siècle avant Clément VI. La bulle Unigenitus Dei Filius de 1343 ne fait que formaliser ce qui était cru depuis treize siècles.

Et la définition de Clément VI, loin d'inventer un magot, est d'une sobriété purement spirituelle :

« [Le Fils unique de Dieu] a acquis un trésor pour l'Église militante [...], afin qu'il soit, pour les hommes qui en usent, un trésor infini qui les rende participants de l'amitié de Dieu. » — Clément VI, bulle Unigenitus Dei Filius, 27 janvier 1343[40]

Aucune « somme d'argent » dans ce texte : le trésor est dit « infini » précisément parce qu'il est fait des mérites du Christ et des saints, et non de pièces de monnaie. C'est cette négation — thèse 58, au sein du groupe 56-58 sur le trésor de l'Église — que Léon X rejettera avec les autres erreurs relatives aux indulgences dans Exsurge Domine (15 juin 1520)[41].

Objection 4 — « Les indulgences en jours ("100 jours d'indulgence", "X années") sont mathématiquement absurdes »

Réponse : Cette objection vise une formulation historique déjà supprimée par Paul VI en 1967. Dans la pratique médiévale, la « mesure » en jours ou années ne se rapportait pas à la durée du séjour au purgatoire — comme si l'âme y purgeait littéralement X années qu'on pouvait soustraire arithmétiquement. Elle se rapportait à la durée des pénitences canoniques publiques qu'on aurait dû accomplir sur terre selon le pénitentiel ancien (par exemple 40 jours de jeûne et de pèlerinage public).

L'indulgence de 100 jours signifiait donc : « cette œuvre a la valeur expiatoire qu'aurait eue 100 jours de pénitence canonique publique selon les normes des pénitentiels anciens ». C'était une mesure de la valeur de l'œuvre, non du temps soustrait au purgatoire — dont la durée et la modalité dépassent toute mesure terrestre (cf. sainte Catherine de Gênes : le purgatoire n'a pas le rapport au temps que nous lui prêtons).

Pour éviter toute confusion, Paul VI dans Indulgentiarum doctrina (1ᵉʳ janvier 1967) supprime entièrement la formulation en jours : il ne reste que « indulgence partielle » (sans chiffre) et « indulgence plénière » (rémission totale). Le canon 992 du Code de droit canonique de 1983 reflète cette simplification.

Objection 5 — « Vatican II a aboli les indulgences »

Réponse : Faux. Aucun document de Vatican II n'abolit les indulgences. La constitution Lumen Gentium (1964) maintient explicitement la doctrine de la communion des saints (§§ 49-51) qui fonde théologiquement les indulgences. Sacrosanctum Concilium (1963) sur la liturgie reste muet sur le sujet. Et c'est précisément après le concile que Paul VI réorganise — sans abolir — la pratique par Indulgentiarum doctrina du 1ᵉʳ janvier 1967, restant l'acte législatif de référence sur les indulgences[42].

La Porte Sainte du Jubilé : passage solennel qui ouvre l'accès à l'indulgence jubilaire — image visible du pardon de Dieu offert à ceux qui se mettent en chemin. Illustration aquarelle (Ignispedia, 2026).

Les Jubilés contemporains (2000 sous Jean-Paul II, 2015-2016 Jubilé extraordinaire de la Miséricorde sous François, 2025 Jubilé de l'Espérance — proclamé par François, ouvert le 24 décembre 2024, clos le 6 janvier 2026 par Léon XIV[43]) ont tous ouvert des indulgences plénières aux pèlerins. La pratique est donc non seulement maintenue mais activement enseignée et exercée dans l'Église contemporaine.

Objection 6 — « Les indulgences contredisent sola gratia (Ep 2, 8-9) : ils supposent une œuvre méritoire pour gagner le salut »

Réponse : L'objection projette sur les indulgences le schéma protestant du salut. Mais la doctrine catholique ne place pas les indulgences dans la séquence du salut initial (qui est par grâce, à travers la foi, dans le baptême — cf. CEC § 1992). Les indulgences interviennent dans la vie chrétienne du baptisé comme moyen d'achever la sanctification déjà reçue par grâce.

Plus précisément : l'œuvre indulgenciée (prière, pèlerinage, lecture biblique) n'est pas la cause méritoire de la rémission ; elle est la disposition par laquelle le fidèle s'ouvre à la grâce déjà acquise par le Christ et distribuée par l'Église. Comme le formule la dernière condition d'une indulgence plénière — détachement total de tout péché, même véniel — c'est l'œuvre du Saint-Esprit dans l'âme, non l'effort autonome du pénitent, qui actualise effectivement l'indulgence.

Voir article Sola Fide, Objection 6 sur la JDDJ 1999 : la doctrine catholique de la justification (sola gratia, foi qui agit dans la charité, mérite augustinien) est compatible avec celle de la Réforme luthérienne contemporaine telle que reformulée à Augsbourg en 1999.

Force et limites de l'argument

L'argument apologétique de Lavagna est sobre et efficace : (1) la doctrine des indulgences est cohérente avec la communion des saints, le purgatoire et le sacrement de pénitence ; (2) les abus historiques (Tetzel) ont été condamnés par l'Église elle-même ; (3) Luther lui-même reconnaissait la « vérité des indulgences apostoliques » (thèse 71) en 1517, tout en contestant déjà prédication abusive et certaines interprétations (thèses 27, 32, 56-58) ; (4) la pratique a été purifiée et resimplifiée par Paul VI en 1967.

L'argument ne prétend pas que l'histoire des indulgences soit sans tache : la simonie a effectivement gangréné une partie de la pratique médiévale tardive, et il a fallu attendre Trente (1563) pour une réforme institutionnelle complète. Mais il distingue strictement la doctrine (toujours intègre) des abus pastoraux (toujours condamnés). C'est cette distinction que la polémique anti-catholique a, depuis cinq siècles, systématiquement brouillée.

Pour aller plus loin

Sources principales

  • Matthieu Lavagna, Soyez rationnel, devenez catholique !, MDN Productions (diffusion Salvator), 1re éd. 2022, pp. 355-357 (version abrégée 2023 ; nouvelle éd. augmentée 2025, Éd. Marie de Nazareth).
  • Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, 1ᵉʳ janvier 1967. Texte officiel sur vatican.va.
  • Catéchisme de l'Église Catholique, §§ 1471-1479 (les indulgences) et § 1032 (suffrages pour les défunts).
  • Code de droit canonique (CIC 1983), cann. 992-997.
  • Martin Luther, Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum (95 thèses), 31 octobre 1517 — édition Weimar (WA) tome 1, p. 233-238 ; texte latin et traduction sur faculty.georgetown.edu/jod/texts/95.theses.html.
  • Léon X, bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520, condamnant 41 propositions de Luther.
  • Concile de Trente, Session XXV (3-4 décembre 1563), Decretum de indulgentiis — DS 1835 dans Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, 43ᵉ éd. 2015.

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église Catholique (CEC), § 1471, IIᵉ partie, section 2, chap. 2, art. 4 « Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation », sous-section X « Les indulgences ». Le § 1471 cite directement Paul VI, Indulgentiarum doctrina, Normes 1 et 2, et le canon 994 du CIC 1983. Texte officiel sur vatican.va.

    1
  2. Matthieu Lavagna, Soyez rationnel, devenez catholique !, MDN Productions (diffusion Salvator), 1re éd. 2022, p. 355 (exemplaire numérique de la bibliothèque, 466 p., ISBN 978-2-491255-51-0, contrôlé page à page : la pagination imprimée coïncide avec celle du PDF dans ce chapitre — le chapitre s'ouvre p. 355). Chapitre « Les indulgences, c'est acheter son paradis ! », section « Qu'est-ce qu'une indulgence ? » : analogie de la vitre du voisin et peine temporelle, citées au mot près.

    2
  3. Analogie de l'incendie de Lavagna : Matthieu Lavagna, op. cit., p. 355, note 557 — Lavagna l'attribue à Mgr Perrier (« évêque émérite de Lourdes »), lors du Jubilé de l'an 2000, sans renvoyer à une source primaire de cette intervention, qui n'a pu être retrouvée ; aucune attribution à Mgr Perrier n'est donc reprise ici. Restituée en paraphrase (« Paraphrase d'après Lavagna »), non comme citation textuelle. (Contexte de la note : Jubilé de l'an 2000, proclamé par Jean-Paul II dans Incarnationis mysterium, 29 novembre 1998.)

    3 38
  4. Catéchisme de l'Église Catholique, § 1476. Définition du « trésor de l'Église ». Texte officiel sur vatican.va.

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  5. Catéchisme de l'Église Catholique, § 1477. Texte officiel sur vatican.va.

    5
  6. Catéchisme de l'Église Catholique, § 1475. Texte officiel sur vatican.va.

    6
  7. Matthieu Lavagna, op. cit., p. 356. Section « Qu'est-ce qu'une indulgence ? » : « L'achat pour un montant qui servira à l'apostolat de l'Église est un sacrifice comme un autre » — citation contrôlée au mot près sur l'exemplaire numérique (466 p., ISBN 978-2-491255-51-0). Elle ne vaut que sous le correctif doctrinal qui suit dans l'article (Trente, DS 1835 : l'aumône n'est jamais un prix, seulement une disposition charitable).

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  8. Concile de Trente, Session XXV (3-4 décembre 1563), Decretum de indulgentiis — DS 1835 dans Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, 43ᵉ éd. Herder/Cerf, 2015. Le décret ordonne l'abolition de « pravos quaestus omnes pro his consequendis [...] omnino abolendos esse » (« tous les gains illicites obtenus pour les acquérir [...] doivent être entièrement abolis »). La suppression de l'office des quêteurs (quaestores) avait été décidée dès la session XXI (16 juillet 1562, décret de réformation) : collecte confiée aux Ordinaires assistés de deux chanoines, sans rémunération ; publication des indulgences réservée à l'évêque diocésain.

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  9. Matthieu Lavagna, op. cit., p. 356. Rattachement à Mt 16, 19 (clés du Royaume données à Pierre), Mt 18, 18 (pouvoir de lier et délier donné aux disciples) et Jn 20, 23 (« Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis »).

    10
  10. Sur la discipline pénitentielle antique et les redemptiones (commutations de la pénitence canonique), voir Cyrille Vogel, Le pécheur et la pénitence au Moyen Âge, éd. du Cerf, Paris, 1969, et Le pécheur et la pénitence dans l'Église ancienne, éd. du Cerf, 1966. Les pénitentiels insulaires (irlandais et anglo-saxons) puis francs des VIIᵉ-VIIIᵉ siècles fixent des tarifs de pénitence et autorisent leur rachat par une œuvre équivalente plus brève — antécédent direct de la pratique de l'indulgence.

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  11. Concile de Clermont (novembre 1095), canon 2, sous le pape Urbain II. Texte latin établi par Robert Somerville, The Councils of Urban II, vol. 1 : Decreta Claromontensia, Annuarium Historiae Conciliorum, Supplementum 1, Amsterdam, 1972, p. 74 : « Quicumque pro sola devotione, non pro honoris vel pecuniae adeptione, ad liberandam ecclesiam Dei Ierusalem profectus fuerit, iter illud pro omni paenitentia reputetur. » Canon abondamment commenté par Jonathan Riley-Smith, The First Crusade and the Idea of Crusading, University of Pennsylvania Press, 1986, p. 27, qui y voit l'acte de naissance de l'indulgence de croisade comme commutation de la pénitence canonique.

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  12. Matthieu Lavagna, op. cit., p. 356. Ouverture de la section « La vente des indulgences ».

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  13. Martin Luther (1483-1546), Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum (Dispute pour la clarification de la vertu des indulgences), affichée selon la tradition à la porte de l'église de la Toussaint (Schlosskirche) de Wittenberg le 31 octobre 1517 (veille de la Toussaint, lendemain de l'affluence pour la vénération des reliques). Édition critique : D. Martin Luthers Werke. Kritische Gesamtausgabe (Weimarer Ausgabe, WA), tome 1, Böhlau, Weimar, 1883, p. 233-238. Texte latin disponible avec traduction anglaise sur faculty.georgetown.edu/jod/texts/95.theses.html.

    14
  14. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèse 69. Citation latine vérifiée sur le texte critique WA 1, p. 233-238.

    15
  15. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèse 71. Citation latine vérifiée sur le texte critique WA 1, p. 233-238. C'est la thèse la plus saisissante : Luther y défend explicitement « la vérité des indulgences apostoliques ». Traduction française reproduite dans : Martin Luther, Quatre-vingt-quinze thèses, 1517, thèses 71 et 91, citées dans Matthieu Lavagna, Soyez rationnel, devenez catholique !, Paris, MDN Productions, 1re éd. 2022, p. 357. Édition de référence vérifiée : Matthieu Lavagna, Soyez rationnel, devenez catholique !, MDN Productions, Paris, 2023 (dépôt légal avril 2023), p. 357 (même pagination).

    16
  16. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèse 73. Citation latine vérifiée sur le texte critique WA 1, p. 233-238.

    17
  17. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèse 74. Libellé latin vérifié mot à mot sur le texte critique WA 1, p. 233-238, via la transcription en ligne (faculty.georgetown.edu/jod/texts/95.theses.html), recoupée sur deux transcriptions indépendantes (Wikisource latin, édition Gutenberg) : libellés identiques — orthographe d'époque conservée (Multomagnis, pretextum, sancte charitatis).

    18
  18. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèse 91. Citation latine vérifiée sur le texte critique WA 1, p. 233-238. Conclusion remarquable : si les indulgences étaient correctement prêchées « selon l'esprit et la pensée du pape », tous les abus dénoncés « n'existeraient pas ».

    19
  19. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèses 32 et 56-58. Libellé latin vérifié mot à mot sur le texte critique WA 1, p. 233-238, via la transcription en ligne avec traduction (faculty.georgetown.edu/jod/texts/95.theses.html), recoupée sur une seconde transcription indépendante (Wikisource latin) : libellés identiques, y compris la thèse 32. Traductions françaises de l'article.

    20
  20. Matthieu Lavagna, op. cit., pp. 356-357. Suite de la section « La vente des indulgences » (thèses 69, 71, 73, 74, 91 citées en français, p. 357) et conclusion du chapitre (p. 357), note 559 sur la simonie p. 357 — passages contrôlés au mot près sur l'exemplaire numérique.

    21
  21. Slogan attribué au prédicateur dominicain Johann Tetzel (vers 1465-1519), commissaire des indulgences pour l'archevêché de Mayence (sous l'autorité de l'archevêque Albert de Brandebourg). La formule allemande « Sobald die Münze im Kasten klingt / die Seele aus dem Fegefeuer springt » est rapportée par Luther dans la thèse 27 et reprise par plusieurs témoins contemporains. Hubert Jedin, Geschichte des Konzils von Trient, tome 1, Herder, Fribourg 1949, p. 169 sq., a établi la réalité des excès de prédication de Tetzel, tout en relativisant certaines attributions hagiographiques anti-Tetzel.

    22
  22. Martin Luther, 95 thèses (1517), thèse 27. Cette thèse vise explicitement la prédication de Tetzel et son slogan Sobald die Münze....

    23
  23. Matthieu Lavagna, op. cit., p. 356-357. Position centrale de l'article : distinction stricte entre doctrine (toujours intègre) et abus pastoraux (toujours condamnés par l'Église elle-même).

    24
  24. Matthieu Lavagna, op. cit., p. 357, note 559. Sur la simonie (Ac 8, 18-24), condamnée comme péché grave dès les origines de l'Église.

    25
  25. Léon X (Giovanni de' Medici, pape 1513-1521), bulle Exsurge Domine, datée du 15 juin 1520. Condamne 41 propositions extraites des écrits de Luther et lui laisse 60 jours pour se rétracter. Le pape Léon X y est invité (par la formule rituelle « Lève-toi, Seigneur ») à défendre la foi contre les ravages du « sanglier de la forêt » (aper de silva, Ps 79, 14 : l'hérétique qui dévaste la vigne du Seigneur). Texte intégral français disponible sur laportelatine.org. Refusant de se rétracter, Luther brûle publiquement la bulle à la porte d'Elster (Wittenberg) le 10 décembre 1520 ; il est excommunié par la bulle Decet Romanum Pontificem du 3 janvier 1521.

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  26. Paul VI (Giovanni Battista Montini, pape 1963-1978), constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, 1ᵉʳ janvier 1967. Texte officiel sur vatican.va. Réforme demandée par le concile Vatican II. Suivie de l'Enchiridion Indulgentiarum (1re édition typique du 29 juin 1968, Pénitencerie apostolique, Cité du Vatican, éd. Libreria Editrice Vaticana, 1968 ; 4ᵉ édition typique 1999 — date du 29 juin 1968 rappelée par le décret de la 4ᵉ édition).

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  27. Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, 1ᵉʳ janvier 1967, n° 11, dans Acta Apostolicae Sedis 59 (1967). Texte officiel sur vatican.va. La constitution emploie le terme grec metanoia (conversion du cœur) : les indulgences ne peuvent être acquises sans une sincère conversion de l'esprit et l'union avec Dieu, à quoi s'ajoute l'accomplissement des œuvres prescrites.

    29
  28. Code de droit canonique (Codex Iuris Canonici), promulgué par Jean-Paul II le 25 janvier 1983, can. 994. Texte officiel sur vatican.va.

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  29. Catéchisme de l'Église Catholique, § 1032 in fine. « L'Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts. » Texte officiel sur vatican.va.

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  30. Enchiridion Indulgentiarum, concession 29, § 1-2 (Pénitencerie apostolique) : indulgence plénière applicable aux seuls défunts — 1° chaque jour du 1er au 8 novembre, visite d'un cimetière et prière, même seulement mentale, pour les défunts ; 2° le jour de la commémoration des fidèles défunts (ou, au jugement de l'Ordinaire, le dimanche précédent ou suivant, ou la solennité de la Toussaint), visite d'une église ou d'un oratoire avec Notre Père et Credo. Hors 1er-8 novembre, la visite du cimetière ne donne qu'une indulgence partielle.

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  31. Clément VI (Pierre Roger, pape 1342-1352), bulle Unigenitus Dei Filius, 27 janvier 1343, qui institue le Jubilé de 1350 et donne la première définition solennelle du trésor de l'Église. Texte dans les Extravagantes communes, V, 9, 2 (Corpus Iuris Canonici) ; Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, n° 1025-1027. Formule latine centrale : « thesaurum acquisivit militanti Ecclesiae » (il a acquis un trésor pour l'Église militante), ce trésor étant ensuite confié à Pierre et à ses successeurs pour être dispensé aux fidèles. la thèse 58 de Luther (au sein du groupe 56-58 sur le trésor de l'Église), qui nie que ce trésor soit constitué des mérites du Christ et des saints, sera visée par la condamnation d'Exsurge Domine (Léon X, 1520).

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  32. Jubilé de l'Espérance (2025) : proclamé par François (bulle Spes non confundit, 9 mai 2024) ; Porte Sainte de Saint-Pierre ouverte le 24 décembre 2024 (ouverture diocésaine le 29 décembre 2024) ; normes sur l'indulgence jubilaire fixées par décret de la Pénitencerie apostolique du 13 mai 2024 ; Portes diocésaines fermées le 28 décembre 2025, clôture par Léon XIV (fermeture de la Porte Sainte de Saint-Pierre) le 6 janvier 2026, solennité de l'Épiphanie.

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