Léon X (Leo X), né Jean de Médicis (Giovanni di Lorenzo de' Medici) le 11 décembre 1475 à Florence et mort à Rome le 1er décembre 1521, gouverne l'Église du 11 mars 1513 à sa mort. Le Saint-Siège le compte parmi les papes de la Renaissance ; deuxième fils de Laurent le Magnifique, créé cardinal à treize ans, il est élu à trente-sept ans, n'étant encore que diacre.[1][2][3]
Son pontificat est l'un des plus brillants et des plus tragiques de l'histoire pontificale. Brillant, parce que Léon X fait de Rome la capitale de la Renaissance : il protège Raphaël, enrichit la Bibliothèque vaticane, relance l'Université romaine et fait de sa cour un foyer d'humanistes, de poètes et de musiciens.[4][5] Tragique, parce que c'est sous son règne que s'ouvre la fracture la plus grave de l'Occident chrétien : la prédication des indulgences pour la basilique Saint-Pierre déclenche en 1517 la révolte de Martin Luther, que le pape ne prend d'abord pas au sérieux.[6][7]
Le bilan ecclésial est donc partagé. D'un côté, Léon X pose des actes pontificaux légitimes : il clôt le concile de Latran V, signe le Concordat de Bologne qui réorganise pour près de trois siècles les rapports entre Rome et la France, et condamne doctrinalement les erreurs de Luther par la bulle Exsurge Domine (1520), suivie de l'excommunication du moine (1521).[8][9][10] De l'autre, son goût des fêtes, son népotisme médicéen, ses dépenses ruineuses et sa lenteur à mesurer la crise religieuse pèsent lourdement sur sa mémoire.[11][12]
Pour l'Église, ce pontificat illustre une vérité doctrinale plus profonde que la personne du pape : la sainteté de l'Église ne dépend pas de la sainteté de chacun de ses pasteurs. Léon X n'a pas laissé la réputation d'un saint ; il gouverna en prince de la Renaissance devenu successeur de Pierre. Et pourtant, les actes doctrinaux posés sous lui — à leurs degrés d'autorité respectifs — n'enseignent aucune erreur : Apostolici regiminis, constitution dogmatique du concile de Latran V (session VIII, 19 décembre 1513), définit l'immortalité de l'âme individuelle ; Exsurge Domine (15 juin 1520) censure les quarante et une propositions de Luther « selon le cas » — hérétiques, scandaleuses, fausses, offensant les oreilles pies ou séduisant les simples —, censure collective à notes variées et non définition uniforme. Ce sont les gouvernements et les mœurs qui ont failli, non la foi ainsi gardée. C'est dans cet écart entre l'homme et la fonction que se lit le sens catholique de son règne.
Pourquoi Léon X compte-t-il dans l'histoire des papes ?
Le pape de la rupture protestante
Aucun pontificat n'est aussi indissociablement lié au commencement de la Réforme protestante que celui de Léon X. Quand le moine augustin Martin Luther affiche ou diffuse ses Quatre-vingt-quinze thèses contre les indulgences, le 31 octobre 1517, il ne s'adresse pas d'abord au pape : il proteste contre les abus d'une prédication particulière.[13] Mais le mouvement qu'il déclenche échappe vite à tous, et c'est Léon X qui devra, le premier, formuler la réponse pontificale.
L'enjeu n'est pas seulement politique. Le pape de la Renaissance se trouve mis face à une contestation qui touche le cœur du système sacramentel : la pénitence, le trésor des mérites, l'autorité du successeur de Pierre, le rapport entre l'Écriture et l'Église. Léon X tranche par la condamnation doctrinale, mais il échoue à comprendre que l'affaire allemande n'est pas un orage monastique passager.[14][15]
Le prince de la Renaissance romaine
Léon X est aussi le pape qui incarne l'apogée mondain de la papauté Renaissance. Élevé à Florence dans la maison de Laurent le Magnifique, formé par les plus grands humanistes — Ange Politien, Marsile Ficin, Bernardo Dovizi (futur cardinal Bibbiena) —, il monte sur le trône avec une culture raffinée et un goût immense pour les arts.[16][17]
Johann Peter Kirsch rapporte qu'en 1518 un ambassadeur en poste à Rome écrivait que le pape remettait à Raphaël tout ce qui touchait à l'art : le témoignage, dont Kirsch ne nomme pas l'auteur, ne peut servir de preuve — il illustre seulement la réputation de Léon X comme protecteur des arts.[18]
Sous lui, Rome resplendit. Mais cette splendeur a un prix : un train de vie écrasant, des dépenses militaires considérables, une mécanique financière qui transforme les charges et les grâces spirituelles en ressources, et finit par fournir à Luther l'occasion qu'il cherchait.[19]
Le pape de deux Médicis sur le trône
Avec Léon X, la famille Médicis s'installe au sommet de l'Église. Le pape fait de son cousin Jules de Médicis archevêque de Florence puis cardinal dès 1513 : ce dernier deviendra le pape Clément VII (1523-1534).[20] Son neveu Laurent II de Médicis, qu'il fait duc d'Urbino, sera le père de Catherine de Médicis, future reine de France. En l'espace d'une génération, un pontificat médicéen relie ainsi la papauté de la Renaissance, le second pape Médicis et la monarchie française.
Les sources du pontificat
Notices et grandes encyclopédies
La fiche officielle du Saint-Siège situe Léon X dans la liste des successeurs de Pierre comme 217e pape.[21] La Catholic Encyclopedia, sous la plume de Johann Peter Kirsch, donne la biographie détaillée : naissance à Florence le 11 décembre 1475, formation humaniste, cardinalat précoce, exil après la chute des Médicis, captivité de Ravenne, élection de 1513, gouvernement, mécénat, crise luthérienne, finances et mort.[22] Britannica et le Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani) complètent et précisent la chronologie italienne du pontificat.[23][24]
La grande histoire critique : Ludwig von Pastor
La référence savante demeure l'Histoire des papes de Ludwig von Pastor, dont les tomes consacrés à Léon X (vol. VII-VIII de l'édition française) reposent sur un dépouillement massif des archives vaticanes, vénitiennes et florentines.[25][26] Pastor, historien catholique, ne dissimule rien des faiblesses du pape ; mais il replace son règne dans la longue histoire d'une papauté qui survit à ses pasteurs médiocres. C'est cette double exigence — honnêteté sur les faits, perspective de foi — que le présent article cherche à tenir.
Les documents pontificaux
Les actes du pontificat se lisent dans leurs textes propres : les décrets du concile de Latran V, le Concordat de Bologne (18 août 1516), la bulle dogmatique Apostolici regiminis (1513) sur l'immortalité de l'âme, et surtout les deux bulles contre Luther, Exsurge Domine (15 juin 1520) et Decet Romanum Pontificem (3 janvier 1521).[27][28][29][30] Ce sont ces documents, et non les polémiques postérieures, qui fixent ce que Léon X a réellement décidé.
De Jean de Médicis au cardinal
L'enfant de Laurent le Magnifique
Jean naît à Florence le 11 décembre 1475, deuxième fils de Laurent le Magnifique et de Clarice Orsini.[31][32] Destiné par son père à l'état ecclésiastique pour assurer l'influence de la famille dans l'Église, il reçoit la tonsure dès l'âge de sept ans, le 1er juin 1483, et se voit pourvoir de bénéfices considérables avant même d'avoir étudié.[33]
Son éducation est celle d'un prince humaniste. Il a pour maîtres Ange Politien, Marsile Ficin et Bernardo Dovizi, et étudie le droit canonique à l'Université de Pise de 1489 à 1491.[34] Cette formation marquera toute sa vie : Léon X aimera les lettres, les arts et la conversation savante autant qu'un homme d'Église doit aimer la prière.
Cardinal à treize ans
Le 9 mars 1489, le pape Innocent VIII crée Jean cardinal-diacre, à l'âge de treize ans — à charge de ne porter les insignes qu'après trois ans.[35][36] Le 9 mars 1492, à Fiesole, il reçoit la barrette ; le 23 mars, il est admis au Sacré Collège à Rome.[37]
Ce cardinalat d'enfant illustre exactement l'abus que les réformateurs dénonceront bientôt : des dignités ecclésiastiques majeures distribuées pour des raisons familiales et politiques. Laurent le Magnifique lui-même, dans une lettre célèbre, recommande à son jeune fils cardinal la modération et la vertu au milieu de la corruption romaine — preuve que les contemporains les plus lucides voyaient déjà le danger.[38]
L'exil, la fuite et la captivité de Ravenne
La carrière du jeune cardinal bascule en 1494. Après la mort de Laurent le Magnifique (1492) et l'expulsion des Médicis de Florence devant l'invasion française, Jean doit fuir sa ville déguisé en frère franciscain, en juillet 1494.[39] Il connaît alors des années d'exil et de voyages à travers l'Europe, avant de revenir à Rome en 1500.
Sa fortune renaît sous Jules II. Nommé légat pontifical de Bologne et de Romagne le 1er octobre 1511, il participe aux campagnes de la Sainte Ligue contre les Français. À la bataille de Ravenne, le 11 avril 1512, il est fait prisonnier par les Français ; libéré le 6 juin, il rentre triomphalement à Florence le 14 septembre 1512, ramenant les Médicis au pouvoir.[40] L'homme qui sera élu pape quelques mois plus tard a donc connu la fuite, l'exil et la prison : son élection est aussi une revanche.
L'élection de 1513
Un conclave bref et un pape très jeune
Jules II meurt le 21 février 1513. Le conclave qui s'ouvre est dominé par l'opposition entre les cardinaux âgés, attachés aux factions traditionnelles, et un groupe de jeunes cardinaux qui portent la candidature de Jean de Médicis. Après un conclave très court, Jean est élu le 11 mars 1513, à trente-sept ans.[41][42][43]
Sa situation canonique est singulière : élu pape, il n'est encore que diacre. Il faut donc l'ordonner prêtre le 15 mars, le sacrer évêque le 17 mars, et le couronner le 19 mars 1513.[44] Il prend le nom de Léon X, et son entrée solennelle, le 11 avril, restera dans les mémoires pour son faste.
La citation apocryphe « jouissons de la papauté »
À ce moment se rattache la phrase la plus célèbre attribuée à Léon X :
« Puisque Dieu nous a donné la papauté, jouissons-en. » — attribué à Léon X, attribution apocryphe[45]
Cette formule, censée avoir été adressée à son frère Julien, est aujourd'hui tenue par les historiens pour douteuse, voire forgée. Le seul témoin invoqué est l'ambassadeur vénitien Marin Giorgi : or, comme l'établit Ludwig von Pastor, Giorgi ne prit son poste à Rome que deux ans après l'élection de 1513 — il n'est donc pas un témoin contemporain — et, en Vénitien, il n'était pas impartial ; il ne fait que répéter une anecdote d'antichambre.[46] Pastor conclut que ces mots « ne reposent sur aucune tradition authentique », et Giovio comme Guichardin refusèrent de les reprendre.[47]
Il serait donc malhonnête d'ouvrir le portrait du pape sur cette phrase comme sur un aveu. Elle dit surtout la réputation de mondanité que Léon X traîna de son vivant — réputation en partie méritée, mais que la propagande réformatrice transforma ensuite en cynisme imaginaire. L'historien catholique doit signaler le faux autant que constater la faiblesse réelle.
Gouverner l'Église : concile, concordat et réforme
La clôture du concile de Latran V
Léon X hérite de son prédécesseur le cinquième concile du Latran, ouvert par Jules II en 1512 pour répondre au conciliabule schismatique de Pise soutenu par la France.[48] Le pape Médicis en préside les dernières sessions et le clôt le 16 mars 1517.[49]
Ce concile produit des actes importants, souvent éclipsés par ce qui suivit. Dès 1513, la bulle Apostolici regiminis condamne les philosophes — dans le sillage de Pietro Pomponazzi — qui niaient l'immortalité de l'âme individuelle, et impose aux maîtres de défendre la vérité chrétienne.[50][51] Le concile réaffirme la supériorité du pape sur le concile contre le conciliarisme — la doctrine selon laquelle un concile pourrait juger et déposer le pape —, encadre l'imprimerie naissante, et vote des décrets de réforme du clergé et de la Curie, c'est-à-dire l'administration centrale qui assiste le pape dans le gouvernement de l'Église.[52]
« Le concile rendit des décrets nombreux et très opportuns. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, sur Latran V[53]
Le drame est que ces décrets de réforme restèrent largement lettre morte. Le concile avait diagnostiqué les maux que Luther dénoncera quelques mois après sa clôture ; il n'eut pas la force de les guérir. Sur le détail doctrinal et disciplinaire, voir l'article dédié au concile de Latran V.
Le Concordat de Bologne (1516)
L'acte diplomatique le plus durable du pontificat est le Concordat de Bologne, conclu le 18 août 1516 entre Léon X et le roi de France François Ier, après l'entrevue des deux hommes à Bologne.[54][55] Le concordat abroge la Pragmatique Sanction de Bourges (1438), qui consacrait les libertés gallicanes et l'autonomie de l'Église de France.
En échange, le roi obtient le droit de nommer aux principaux bénéfices du royaume — archevêchés, évêchés, abbayes, prieurés —, le pape conservant la collation canonique, c'est-à-dire l'acte officiel par lequel l'Église confère la charge au candidat du roi, et les annates, c'est-à-dire la taxe versée à Rome prélevée sur le revenu d'une année du bénéfice.[56][57] Ce compromis donne au souverain français une emprise considérable sur son Église, tout en réintégrant la France dans l'obéissance romaine.
Le Concordat de Bologne régira les rapports entre la couronne de France et la papauté jusqu'à la Révolution française — la Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, y met fin de fait —, soit près de deux cent soixante-quinze ans.[58][59] C'est un succès romain à courte vue et à longue portée : Léon X gagne la France contre le gallicanisme, mais arme durablement les rois de France d'un pouvoir sur l'Église qui pèsera lourd dans les siècles suivants.
La réforme manquée de la Curie
Le 5 mai 1514, Léon X promulgue une bulle de réforme de la Curie romaine, l'administration centrale de l'Église.[60] Sur le papier, il connaît les abus : vénalité des offices, c'est-à-dire la vente de charges ecclésiastiques contre de l'argent, cumul des bénéfices, mœurs relâchées d'une partie du clergé. Le concile de Latran V le pressait dans le même sens.
Mais la réforme se heurte à la logique même du système qui finançait le faste pontifical et les guerres. Le pape qui condamne en théorie la vénalité multiplie en pratique les offices vénaux pour combler ses caisses.[61] Cette contradiction — vouloir la réforme sans renoncer à ce qui la rend impossible — est la clé du pontificat. Léon X n'est pas un cynique ; il est un homme pris dans un appareil qu'il n'a ni la force ni le désespoir nécessaires pour briser.
Le pape dans les guerres d'Italie
Entre la France et l'Empire
Le règne de Léon X est traversé par les guerres d'Italie, où s'affrontent la France de François Ier et la maison de Habsbourg. La politique pontificale est faite de retournements : le pape cherche avant tout à préserver l'indépendance des États de l'Église et l'intérêt des Médicis, quitte à changer d'alliance.[62][63] On lui prêtait pour maxime de ne jamais cesser de traiter avec l'ennemi d'un prince allié.[64]
Après la victoire française de Marignan (1515), Léon X compose avec François Ier — d'où le Concordat de Bologne. Mais à la fin de son règne, il se range du côté de l'empereur Charles Quint : la ligue entre la papauté et l'Empire est signée le 8 mai 1521, et les troupes pontificales et impériales chassent les Français de Milan en novembre 1521, quelques jours avant la mort du pape.[65]
L'élection impériale de 1519
Un moment décisif est l'élection impériale de 1519. À la mort de Maximilien Ier (janvier 1519), deux candidats s'opposent pour la couronne du Saint-Empire : François Ier et Charles Ier de Habsbourg, roi d'Espagne.[66] Léon X redoute l'un comme l'autre : un empereur déjà maître de Naples au sud et de l'Empire au nord encerclerait les États pontificaux.
Le pape manœuvre donc, soutenant tour à tour un prince allemand, puis François Ier, avant de se résigner à Charles, élu Charles Quint le 28 juin 1519.[67][68] Cette diplomatie sinueuse révèle la faiblesse structurelle de la papauté Renaissance, devenue une puissance italienne parmi d'autres, et trop absorbée par l'échiquier politique pour mesurer l'incendie religieux qui couvait en Allemagne.
La guerre d'Urbino et le népotisme médicéen
Le dossier le plus contestable est la guerre d'Urbino (1516-1517). Léon X dépouille François-Marie della Rovere, duc d'Urbino, condamné pour félonie le 14 mars 1516, afin de donner le duché à son neveu Laurent II de Médicis, fait duc d'Urbino le 18 août 1516.[69] La guerre pour soumettre la ville coûte des sommes énormes — plus de huit cent mille ducats — et vide le trésor pontifical.[70][71]
C'est le népotisme dans sa forme la plus crue : une guerre menée avec les ressources de l'Église pour agrandir une famille. L'avancement de Jules de Médicis (cardinal en 1513) et l'installation de Laurent à la tête de Florence relèvent de la même politique dynastique.[72] Léon X gouverne l'Église comme une principauté médicéenne — et l'Église en paiera le prix moral.
La conjuration des cardinaux (1517)
En 1517 éclate une affaire qui révèle la corruption du Sacré Collège : la conjuration du cardinal Alfonso Petrucci. Mécontent du pape, le jeune cardinal trame un complot visant à faire empoisonner Léon X par un médecin.[73] Le complot, découvert fin avril, conduit à l'arrestation de Petrucci le 19 mai 1517 ; le cardinal sera étranglé en prison.[74][75] D'autres cardinaux (Sauli, Riario, Soderini, Castellesi), soupçonnés d'avoir su sans dénoncer, sont frappés d'énormes amendes — le cardinal Riario en paie 150 000 ducats.[76]
La riposte de Léon X est spectaculaire : le 1er juillet 1517, il crée d'un coup trente et un nouveaux cardinaux, la plus massive promotion de l'histoire jusque-là.[77][78] Le geste assoit l'autorité du pape sur un Sacré Collège réduit à l'obéissance, mais beaucoup de ces chapeaux sont accordés contre de fortes sommes d'argent, alourdissant encore la critique de vénalité.[79] On y trouve cependant aussi des hommes de grande qualité, comme les futurs cardinaux humanistes.
Le défi de la Réforme protestante
Les indulgences et la basilique Saint-Pierre
L'occasion de la crise est financière et pastorale. Pour achever la basilique Saint-Pierre, commencée sous Jules II, Léon X relance la prédication d'une indulgence plénière. En Allemagne, elle est liée à une affaire particulière : Albert de Brandebourg, pour confirmer son cumul de l'archevêché de Mayence, doit verser une lourde somme à Rome ; on l'autorise à prêcher l'indulgence et à en retenir la moitié du produit.[80]
La prédication, confiée notamment au dominicain Johann Tetzel, dérive en abus : la grâce spirituelle est présentée presque comme une transaction, en particulier les « indulgences pour les morts ».[81] Sur la doctrine exacte de l'Église — ce qu'est et ce que n'est pas une indulgence —, voir l'article les indulgences. L'essentiel, ici, est que la pratique fournit à Luther le grief de départ.
Luther : du moine inconnu au schisme
Le 31 octobre 1517, Martin Luther rend publiques ses Quatre-vingt-quinze thèses contre les indulgences.[82] Léon X, absorbé par l'élection impériale et la politique italienne, sous-estime gravement l'affaire : il y voit d'abord une querelle de moines.[83][84]
« Il ne reconnut pas la gravité de la situation et laissa l'élection impériale éclipser la révolte. » — Synthèse de la Catholic Encyclopedia sur la réaction de Léon X[85]
Les étapes se succèdent : entrevue avec le cardinal Cajetan à Augsbourg (1518), dispute de Leipzig avec Johann Eck (1519), durcissement progressif de Luther. Le pape laisse longtemps les théologiens et les diplomates agir avant de trancher lui-même. La biographie et la doctrine de Luther relèvent de l'article dédié Martin Luther ; la réfutation systématique des thèses réformatrices, de l'article réponses au protestantisme.
Exsurge Domine (1520) et l'excommunication (1521)
La réponse doctrinale vient enfin. Le 15 juin 1520, Léon X promulgue la bulle Exsurge Domine, qui condamne quarante et une propositions tirées des écrits de Luther et lui laisse soixante jours pour se rétracter sous peine d'excommunication.[86] Ces quarante et une propositions sont répertoriées dans l'Enchiridion symbolorum de Denzinger, la collection de référence des textes du magistère, sous les numéros DH 1451-1491.[87] L'incipit emprunte au psaume :
« Lève-toi, Seigneur, et juge ta cause. » — Léon X, bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520[88]
Luther répond par le mépris : le 10 décembre 1520, à Wittenberg, il brûle publiquement la bulle et le droit canonique.[89] La rupture est dès lors consommée. Le 3 janvier 1521, la bulle Decet Romanum Pontificem prononce l'excommunication de Luther.[90] Quelques mois plus tard, la diète de Worms (avril-mai 1521) ajoute le ban impérial à la sentence ecclésiastique.[91]
Sur le fond doctrinal, ces actes sont légitimes et fondés : Exsurge Domine condamne des propositions réellement contraires à la foi catholique sur la pénitence, le purgatoire, le libre arbitre et l'autorité de l'Église — avec des qualifications théologiques variées selon les propositions, comme le texte même de la bulle l'indique. Là où Léon X a failli, ce n'est pas dans la condamnation, c'est dans la lenteur, l'aveuglement politique et l'incapacité à mener parallèlement la réforme intérieure que le mal réclamait. La réponse vint trop tard et sans la conversion des mœurs qui seule l'aurait rendue crédible.
Mécène de la Renaissance romaine
Raphaël, les arts et Saint-Pierre
Léon X fait de Rome la capitale artistique de l'Europe. Il confie à Raphaël la direction des travaux de Saint-Pierre, la décoration des Loggia vaticanes — le célèbre cycle dit « Bible de Raphaël » (1513-1518) — et les cartons des tapisseries de la chapelle Sixtine représentant des scènes de saint Pierre et de saint Paul.[92][93] Il commande à Michel-Ange la façade, puis la sacristie neuve de San Lorenzo à Florence.[94]
La cour pontificale attire les plus grands : le cardinal Bembo et le cardinal Sadolet, secrétaires apostoliques et lettrés de premier ordre ; plus de cent poètes latins ; des musiciens venus de toute l'Europe.[95] Léon X relance l'Université romaine (5 novembre 1513), encourage le grec et fonde une académie médicéenne, et enrichit la Bibliothèque vaticane, récupérant notamment la bibliothèque familiale des Médicis.[96][97]
Splendeur et ambiguïté
Ce mécénat est l'un des plus grands de l'histoire ; il a légué à l'Église et au monde des chefs-d'œuvre impérissables. Mais il pose une question que les contemporains se posaient déjà : le successeur de Pierre doit-il être d'abord un prince des arts, ou un pasteur des âmes ?
« Dans l'opinion générale, il était nuisible à l'Église que son Chef trouvât son plaisir dans les pièces de théâtre, la musique, la chasse et les bouffonneries, au lieu de s'occuper sérieusement des besoins de son troupeau. » — Sigismondo Tizio, contemporain dévoué au Saint-Siège, cité par la Catholic Encyclopedia[98]
Léon X n'était pas un impie : il entendait la messe chaque jour, récitait le bréviaire, jeûnait trois fois la semaine et distribuait de larges aumônes — plus de six mille ducats par an.[99] Mais sa religion était celle d'un homme cultivé et bienveillant, non d'un réformateur. Et c'est précisément un réformateur que l'heure exigeait.
Les finances ruinées
Le revers du faste est financier. Léon X dissipe en deux ans le trésor amassé par Jules II ; dès le printemps 1515, les caisses sont vides.[100] Pour un revenu annuel de 500 000 à 600 000 ducats, il dépense sans compter : la guerre d'Urbino, les arts, les fêtes, le train d'une cour somptueuse.[101][102]
Le tableau ci-dessous résume la mécanique financière du pontificat, telle que la rapportent les contemporains et les historiens.
| Indicateur financier | Donnée rapportée | Source |
|---|---|---|
| Dépenses totales du pontificat | environ 4,5 millions de ducats, et 400 000 de dettes à sa mort | Estimation du card. camerlingue Armellini, transmise par l'ambassadeur vénitien Gradenigo et rapportée par Pastor[103] |
| Coût de la seule guerre d'Urbino | plus de 800 000 ducats | Treccani[104] |
| Dette laissée à sa mort | environ 400 000 ducats | Catholic Encyclopedia[105] |
| Coût de la maison pontificale | doublé par rapport à Jules II | Catholic Encyclopedia[106] |
Un pamphlet de 1521 résumait cruellement le règne en disant que Léon X avait dévoré trois pontificats : le trésor de Jules II, les revenus de son propre règne, et ceux de son successeur.[107] Pour combler ces gouffres, on multiplia les offices vénaux, les jubilés et les indulgences — c'est-à-dire que la nécessité financière aggrava précisément les abus qui nourrissaient la révolte.
Mort et postérité
Une mort soudaine, sans les derniers sacrements
Léon X meurt subitement à Rome, dans la nuit du 1er décembre 1521, à quarante-cinq ans, emporté par une fièvre intermittente : Pastor conclut que tout indique une violente attaque de malaria — diagnostic que Kirsch formule comme une « malignant malaria » —, la malaria sévissant alors autour de la Magliana où le pape avait pris froid.[108] Contrairement à une légende tenace, il ne mourut pas sans les derniers sacrements : il s'était confessé avec une grande dévotion, demanda l'extrême-onction et mourut le crucifix aux lèvres en invoquant le nom de Jésus — le viatique seul fut différé vu son extrême faiblesse —, et Pastor déclare absolument fausse l'affirmation contraire reprise par Roscoe, Ranke et Brosch.[109] Comme pour toute mort soudaine, on parla d'empoisonnement : le médecin Severino, présent à l'autopsie, écarta le poison, et si Guichardin et Giovio restèrent convaincus du crime, Vettori s'y opposa ; après sa mort, sa mémoire essuya des attaques extravagantes et des pasquinades romaines.[110]
D'abord enseveli à Saint-Pierre, son corps est ensuite transféré à l'église dominicaine Santa Maria sopra Minerva, où son cousin devenu Clément VII lui fait élever un tombeau.[111] Le Sacré Collège, divisé et ruiné, élit le 9 janvier 1522 un successeur inattendu : le Flamand austère Adrien VI, dernier pape non italien avant le XXe siècle, qui tentera la réforme que Léon X n'avait pas faite.
Le jugement des historiens
Le bilan, chez les historiens catholiques eux-mêmes, est sévère mais juste.
« Léon X est dans une large mesure responsable du fait que la foi dans l'intégrité et le mérite de la papauté soit tombée si bas. » — Alfred von Reumont, cité par la Catholic Encyclopedia[112]
Ce jugement ne fait pas de Léon X le seul coupable de la Réforme : les causes en sont longues et profondes, antérieures à lui. Mais il porte une responsabilité propre : avoir gouverné l'Église en prince mondain à l'heure où elle réclamait un saint, et n'avoir pas vu, dans le moine de Wittenberg, l'annonce d'un séisme.
Un pape mondain et l'indéfectibilité de l'Église
Le pontificat de Léon X pose au croyant une question redoutable : comment l'Église peut-elle être sainte quand son pasteur suprême est si mondain ? La réponse catholique est précise et ancienne.
La sainteté de l'Église ne réside pas dans la perfection morale de chacun de ses membres, fût-il pape, mais dans sa tête, le Christ, dans sa doctrine, ses sacrements et la sainteté qu'elle ne cesse d'engendrer chez les vrais fidèles. Le pape jouit de l'assistance de l'Esprit pour ne pas enseigner l'erreur quand il définit la foi ; il ne reçoit aucune garantie d'être personnellement saint. L'histoire le vérifie cruellement : sous Léon X, l'Église n'a enseigné aucune erreur — Apostolici regiminis (constitution dogmatique de Latran V, session VIII, 19 décembre 1513) définit l'immortalité de l'âme individuelle, tandis qu'Exsurge Domine censure quarante et une propositions de Luther avec des qualifications variées selon les propositions (hérétiques, scandaleuses, fausses, offensant les oreilles pies ou séduisant les simples), non comme une définition uniforme — alors même que la vie du pape n'était pas à la hauteur de sa charge et que les décrets de réforme du concile restaient lettre morte.
« Le trésor, nous le portons dans des vases d'argile, pour que cette puissance extraordinaire soit de Dieu et non de nous. » — Saint Paul, 2 Corinthiens 4, 7
C'est exactement le mystère de Léon X. Le « vase d'argile » fut fêlé, somptueux et fragile ; le trésor — la foi, l'Eucharistie, la succession de Pierre — demeura intact. Loin d'être un argument contre la papauté, le règne d'un mauvais pape qui n'a pourtant pas corrompu le dépôt de la foi est, pour le regard de foi, un signe de l'assistance divine. La Réforme protestante a cru réfuter l'Église en pointant les Médicis ; elle a en réalité montré que l'Église survit même à ses pasteurs mondains.
Cette épreuve appela la réponse : la réforme catholique vint, non par Léon X, mais par le concile de Trente, les saints réformateurs et les nouveaux ordres. Sur cette riposte, voir la Contre-Réforme catholique et le concile de Trente.
Chronologie
- 11 décembre 1475Naissance à FlorenceMaison de Médicis
Jean naît, deuxième fils de Laurent le Magnifique et de Clarice Orsini.[113]
- 9 mars 1489Cardinal à treize ansInnocent VIII
Jean est créé cardinal-diacre, avec interdiction de porter les insignes pendant trois ans.[114]
- juillet 1494Fuite de FlorenceChute des Médicis
Le jeune cardinal s'enfuit déguisé en franciscain et commence des années d'exil.[115]
- 11 avril 1512Captivité de RavenneLégat pontifical
Fait prisonnier par les Français à la bataille de Ravenne, il est libéré le 6 juin.[116]
- 11 mars 1513Élection de Léon XRome
Élu pape à trente-sept ans, encore diacre ; ordonné prêtre, sacré évêque et couronné en mars.[117]
- 18 août 1516Concordat de BologneFrançois Ier
Le concordat abolit la Pragmatique Sanction et donne au roi de France la nomination aux bénéfices.[118]
- 16 mars 1517Clôture de Latran VRéforme inaboutie
Léon X clôt le concile, dont les décrets de réforme resteront largement sans effet.[119]
- mai-juillet 1517Conjuration et 31 cardinauxPetrucci
Le complot du cardinal Petrucci est puni ; le pape crée d'un coup trente et un cardinaux.[120]
- 31 octobre 1517Les 95 thèses de LutherWittenberg
Luther conteste les indulgences ; Léon X sous-estime d'abord l'affaire.[121]
- 15 juin 1520Bulle Exsurge Domine41 propositions condamnées
Le pape condamne quarante et une propositions de Luther et lui laisse soixante jours.[122]
- 3 janvier 1521Decet Romanum PontificemExcommunication
Luther, ayant brûlé la bulle, est excommunié.[123]
- 1er décembre 1521Mort de Léon XRome
Le pape meurt subitement à minuit, après confession et extrême-onction, laissant l'Église endettée et divisée.[124]
Pour aller plus loin
- Pape Jules II — prédécesseur guerrier de Léon X, qui ouvre le concile de Latran V et lance la reconstruction de Saint-Pierre.
- Le concile de Latran V — dernier concile avant la Réforme, clos par Léon X : immortalité de l'âme, primauté pontificale, réforme inaboutie.
- Martin Luther — le moine augustin dont la révolte de 1517 ouvre la rupture protestante sous le pontificat de Léon X.
- La Réforme protestante — le mouvement né de la crise des indulgences, condamné par Exsurge Domine.
- Les indulgences — la doctrine catholique exacte, distincte des abus de la prédication allemande.
- Réponses au protestantisme — la réfutation systématique des thèses réformatrices.
- Le concile de Trente — la grande réforme catholique que Léon X n'avait pas su mener.
- La Contre-Réforme catholique — le redressement de l'Église après la rupture.
Notes et sources
Notes et références
Johann Peter Kirsch, "Pope Leo X", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; transcription New Advent : naissance à Florence le 11 décembre 1475, formation humaniste, cardinalat à treize ans, exil, captivité de Ravenne, élection de 1513, Latran V et Apostolici regiminis, indulgence de Saint-Pierre et Albert de Brandebourg, Tetzel, 95 thèses, conjuration Petrucci, 31 cardinaux, mécénat de Raphaël, finances ruinées (dette de 400 000 ducats, pamphlet des « trois pontificats »), aumônes et piété personnelle, jugements de Tizio et von Reumont, mort le 1er décembre 1521. URL : https://www.newadvent.org/cathen/09162a.htm.
1 6 13 16 22 31 34 35 50 53 68 73 76 79 80 81 82 83 85 92 95 96 98 99 100 101 105 106 107 111 112 114 121Dizionario Biografico degli Italiani, "Leone X" (Treccani) : chronologie détaillée — tonsure le 1er juin 1483, cardinal le 9 mars 1489, laurea en droit canonique le 1er février 1492, fuite de Florence en juillet 1494, légat de Bologne et de Romagne le 1er octobre 1511, captivité de Ravenne le 11 avril 1512, élection le 11 mars 1513, bulle de réforme de la Curie le 5 mai 1514, condamnation de François-Marie della Rovere le 14 mars 1516, Laurent duc d'Urbino le 18 août 1516, Concordat de Bologne le 18 août 1516, conjuration Petrucci (arrestation le 19 mai 1517), 31 cardinaux le 1er juillet 1517, Exsurge Domine le 15 juin 1520, ligue avec l'Empire le 8 mai 1521, mort dans la nuit du 1er décembre 1521. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-leone-x_(Dizionario-Biografico)/.
2 7 12 14 20 24 32 33 36 37 39 40 42 57 60 63 64 65 69 70 72 75 77 84 91 93 94 97 104 113 115 116 120Élection le 11 mars 1513. Ludwig von Pastor, History of the Popes, vol. VII, éd. Kerr, 1908, pp. 18-25 : à la mort de Jules II, le Sacré Collège compte trente et un membres, vingt au plus présents à Rome, cinq absents arrivant à temps — vingt-cinq cardinaux prennent donc part à l'élection ; la bulle de Jules II contre la simonie est lue le 10 mars, le premier scrutin suit (l'Espagnol Serra en tête avec quatorze voix, le cardinal Jean de Médicis n'en recevant qu'une), puis les votes sont repris en bon ordre tôt le 11 mars et le fils de Laurent le Magnifique est élu. Texte intégral vérifié de visu sur archive.org (item « historyofpopesfr07past », éd. Kerr, 1908, vol. VII : https://archive.org/download/historyofpopesfr07past/historyofpopesfr07past_djvu.txt), consulté le 4 octobre 2026. Corroboré par Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia (« on 11 March Giovanni de' Medici… was elected pope… In the first scrutiny he received only one vote », https://www.newadvent.org/cathen/09162a.htm, vérifié de visu le 4 octobre 2026), par Treccani, Dizionario Biografico degli Italiani (« eletto papa l'11 marzo 1513, dopo un brevissimo conclave », https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-leone-x_(Dizionario-Biografico)/, vérifié de visu le 4 octobre 2026), et par la liste du Saint-Siège (« 217 Léon X 11,19.III.1513 » : le 11 = l'élection, le 19 = le couronnement). La date du « 9 mars » reprise par quelques listes tertiaires est sans appui savant : confusion possible avec la création cardinalice du 9 mars 1489. Ordonné prêtre le 15 mars, sacré évêque le 17, couronné le 19 mars (Treccani).
3 43Encyclopaedia Britannica, "Leo X" : naissance le 11 décembre 1475, fils de Laurent le Magnifique, cardinal-diacre à treize ans, élection le 11 mars 1513, ordination prêtre le 15 mars, sacre le 17 mars, couronnement le 19 mars, clôture de Latran V le 16 mars 1517, Concordat de Bologne (18 août 1516, en vigueur près de 275 ans), conjuration Petrucci, création de 31 cardinaux le 1er juillet 1517, élection impériale de 1519 (Charles Quint), Luther et la Réforme, mort le 1er décembre 1521. URL : https://www.britannica.com/biography/Leo-X.
4 17 23 41 44 49 55 58 66 67 74 78 117 119Ludwig von Pastor, The History of the Popes, from the Close of the Middle Ages, vol. VIII, éd. R. F. Kerr, B. Herder (Saint-Louis) / Kegan Paul (Londres), 1908, chap. XI (« Personality and Manner of Life of Leo X — His Finances and Court »), p. 102 : « The statements of the Venetian Ambassador Gradenigo are more trustworthy, as he expressly refers to the estimate submitted by the Cardinal Camerlengo, Armellini. According to this Leo X. expended during his Pontificate four and a half million ducats, and died owing four hundred thousand more. » Note de la p. 102 : « Sanuto, XXXII., 230 », avec variantes (lettre anonyme : déficit de 80 660 ducats et total de 5 050 000 ; Teutleben et Pico della Mirandola : dettes de 800 000). Texte intégral relu de visu sur archive.org le 4 octobre 2026 (item « historyofpopesfr08past », éd. Kerr, 1908, vol. VIII : https://archive.org/download/historyofpopesfr08past/historyofpopesfr08past_djvu.txt) ; correspond au tome VIII (Léon X, deuxième partie) de la trad. française (Plon). Confirmé par Treccani (« Secondo i calcoli del cardinale camerlengo Francesco Armellini, L. X spese circa quattro milioni e mezzo di ducati, lasciandone altri 400.000 di debito alla sua morte » ; guerre d'Urbino : plus de 800 000 ducats) et par la Catholic Encyclopedia (revenus de 500 000 à 600 000 ducats, maison pontificale doublée, dette de 400 000 ducats, pamphlet des « three pontificates »).
5 11 15 19 26 61 62 71 102 103Concordat de Bologne, 18 août 1516, entre Léon X et François Ier : abrogation de la Pragmatique Sanction de Bourges (1438), droit royal de nomination aux archevêchés, évêchés, abbayes et prieurés de France, collation canonique et annates réservées au pape. Texte et analyse dans la Catholic Encyclopedia ("Concordat") et chez Pastor ; régit les rapports entre la France et Rome jusqu'à la Révolution française : la Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, met fin de fait à ce régime (remplacé ensuite par le Concordat de 1801).
8 28 54 56 59 118Léon X, bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520 : condamnation de quarante et une propositions tirées des écrits de Martin Luther, sommation de se rétracter dans les soixante jours sous peine d'excommunication. Incipit emprunté au Psaume 73,22 de la Vulgate (= Ps 74,22 de l'hébreu) : « Exsurge Domine, et iudica causam tuam » (« Lève-toi, Seigneur, et juge ta cause ») — texte de la bulle vérifié de visu sur papalencyclicals.net (« Arise, O Lord, and judge your own cause », page datée du 15 juin 1520 : https://www.papalencyclicals.net/leo10/l10exdom.htm), consulté le 4 octobre 2026. Voir aussi réponses au protestantisme.
9 29 86 88 122Léon X, bulle Decet Romanum Pontificem, 3 janvier 1521 : excommunication formelle de Martin Luther et de ses partisans, après l'expiration du délai d'Exsurge Domine et le refus de rétractation. La diète de Worms (avril-mai 1521) y ajoute le ban impérial par l'édit de Worms (25 mai 1521).
10 30 90 123Johann Peter Kirsch, « Pope Leo X », The Catholic Encyclopedia, vol. 9, Robert Appleton Company, New York, 1910, section sur le mécénat de Raphaël : « Everything pertaining to art the pope turns over to Raphael », wrote an ambassador in 1518. Ni l'ambassadeur, ni sa dépêche, ni sa cote d'archives ne sont nommés dans l'article — la source exacte est donc introuvable et l'épigraphe a été retirée du corps : seule subsiste une paraphrase présentée comme témoignage de seconde main. Transcription New Advent (sans pagination d'origine), passage vérifié de visu le 4 octobre 2026 : https://www.newadvent.org/cathen/09162a.htm.
18Saint-Siège, table « Souverains Pontifes » (Annuaire pontifical), https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father.html, consultée le 4 octobre 2026 et revérifiée le même jour (rang 217 et explication Étienne 752 confirmés sur la page elle-même) : « 217 Léon X 11,19.III.1513 1.XII.1521 Jean de Médicis Florence (Italie) ». Le rang 217 suit la numérotation officielle : la liste vaticane ne compte pas l'éphémère Étienne de mars 752 (Zacharie s'achève le 15.III.752, Étienne II commence le 26.III.752, directement n° 92) ; les listes qui tranchent autrement ce cas — ou celui des antipapes — décalent d'une unité.
21Ludwig von Pastor, The History of the Popes, from the Close of the Middle Ages, vol. VII, éd. R. F. Kerr, B. Herder (Saint-Louis) / Kegan Paul (Londres), 1908, section « Early life of Leo », pp. 28-30 : cardinalat le 9 mars 1489 à treize ans (insignes interdits trois ans), éducation par Ange Politien, Bernardo Dovizi et Marsile Ficin, droit canon à Pise 1489-1491, barrette à Fiesole le 9 mars 1492, puis « beautiful letter, full of earnest exhortations and prudent rules of life » écrite alors par Laurent à son fils (renvoi interne au vol. V, pp. 358-361). Texte intégral relu de visu sur archive.org le 4 octobre 2026 (item « historyofpopesfr07past », éd. Kerr, 1908, vol. VII : https://archive.org/download/historyofpopesfr07past/historyofpopesfr07past_djvu.txt) ; correspond au tome VII (Léon X, première partie) de la trad. française (Plon).
25 38Voir l'article Ignispedia Le concile de Latran V (1512-1517) : sessions, bulle Apostolici regiminis (1513) sur l'immortalité de l'âme contre Pietro Pomponazzi, condamnation du conciliarisme, encadrement de l'imprimerie et décrets de réforme du clergé et de la Curie, clos sous Léon X le 16 mars 1517.
27 48 51 52Sur la phrase « Puisque Dieu nous a donné la papauté, jouissons-en » attribuée à Léon X : l'attribution est tenue pour apocryphe. Ludwig von Pastor, History of the Popes, vol. VIII, éd. Kerr, 1908, chap. XI : « Marin Giorgi's narrative also contains the report of Leo having said to his brother Giuliano, soon after his election, "Let us enjoy the papacy, since God has given it to us." These words have been too readily repeated [...]; but they rest on no authentic tradition. The ambassador who records them did not take up his post in Rome till two years after the election; therefore he is not a contemporary witness: furthermore, as a Venetian, he was by no means likely to speak impartially of Leo X. Evidently Giorgi is merely repeating an anecdote of the ante-chamber » — avec renvois à Sanuto, XXIV, 90, 93, et Alberi, 2e série, III, 51, 56 ; Pastor ajoute que Giovio et Guichardin « scorn to take up or spread the reported words ». Texte intégral vérifié de visu sur archive.org (item « historyofpopesfr08past », éd. Kerr, 1908, vol. VIII : https://archive.org/download/historyofpopesfr08past/historyofpopesfr08past_djvu.txt), consulté le 4 octobre 2026. Corroboré par Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia : « The Venetian ambassador who related this of him was not unbiased, nor was he in Rome at the time » (https://www.newadvent.org/cathen/09162a.htm, vérifié de visu le 4 octobre 2026). À ne pas confondre avec l'autre propos apocryphe prêté à Léon X — « combien la fable du Christ nous a profités » — dont Kirsch attribue la diffusion au polémiste protestant John Bale, Acta Romanorum Pontificum (trad. anglaise The Pageant of the Popes, 1574), qui n'était pas même contemporain de Léon X.
45 46 47Heinrich Denzinger / Peter Hünermann, Enchiridion symbolorum definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, éd. Herder, n° DH 1451-1491 (« Ex Bulla "Exsurge Domine", 15 iunii 1520, damnantur errores Martini Lutheri ») : recension canonique des quarante et une propositions condamnées par Léon X, distincte de la bulle elle-même mais qui en fixe la référence théologique standard citée par les manuels de théologie dogmatique (édition latine de référence Herder, ex. 43e édition 2010 dirigée par Hünermann). Plage vérifiée par comptage direct : 1491 − 1451 + 1 = 41 numéros, soit exactement les quarante et une propositions. La transcription en ligne de l'Enchiridion (clerus.org, d'après Denzinger) fait commencer la section « LEO X 1513-1521 » au n° 1451 (Dz 741) et s'achever au n° 1491 (Dz 781, 41e et dernière proposition), suivi aussitôt de la censure collective, la section suivante commençant au n° 1500 ; le site titre lui-même ce renvoi « DS 1451-1491 ». L'ancienne numérotation Denzinger (Dz 741-781) donne le même compte : 781 − 741 + 1 = 41. Un article de théologie à comité de lecture cite « Denzinger 2012: no. 1452 » pour l'une des assertions condamnées par Exsurge Domine (« To deny that sin remains in a child after baptism… »), ce qui est cohérent avec cette plage.
87Réaction de Luther : autodafé public de la bulle Exsurge Domine et des livres de droit canonique à la porte d'Elster, à Wittenberg, le 10 décembre 1520. Cf. World History Encyclopedia, "Exsurge Domine", et les récits de la Réforme luthérienne.
89La mort de Léon X. Ludwig von Pastor, History of the Popes, vol. VIII, éd. Kerr, 1908, pp. 62-68 : tombé malade le 26 novembre après un refroidissement pris dans la nuit à la Magliana, fièvre intermittente avec intervalles de rémission, confession générale « with great devotion », demande de l'extrême-onction (le viatique différé vu son extrême faiblesse), baisers au crucifix et nom de Jésus comme dernière parole, mort à minuit dans la nuit du 1er décembre — « The contrary statement in Roscoe, Ranke, and Brosch, that Leo X. died without the last sacraments, is therefore absolutely false » ; soupçons d'empoisonnement (décoloration du corps, échanson Bernabò Malaspina arrêté puis libéré, accusations contre François-Marie della Rovere et le duc de Ferrare), réfutés par le médecin Severino présent à l'autopsie, mais tenus pour vrais par Guichardin et Giovio contre l'avis de Vettori ; « Everything points rather to the idea that Leo X., like Alexander VI., was the victim of a virulent attack of malaria », la malaria infectieuse sévissant alors autour de la Magliana (cf. Giovio, Vita, liv. 4 ; Sanuto, XXXII, 288-290) ; « extravagant attacks » et pasquinades contre sa mémoire après sa mort (ex. « Intravit ut vulpes, vixit ut leo, mortuus est ut canis », déjà appliqué à Boniface VIII). Texte intégral vérifié de visu sur archive.org (item « historyofpopesfr08past », éd. Kerr, 1908, vol. VIII : https://archive.org/download/historyofpopesfr08past/historyofpopesfr08past_djvu.txt), consulté le 4 octobre 2026. Corroboré par Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia : « Amid the rejoicings over these successes, the pope died suddenly of a malignant malaria. His enemies are wrongly accused of having poisoned him » (https://www.newadvent.org/cathen/09162a.htm, vérifié de visu le 4 octobre 2026). Treccani (Dizionario Biografico) ne retient ni malaria ni empoisonnement : « Emozioni e bagordi finirono di consumare un fisico già prostrato dalle malattie e la notte del 1° dicembre 1521 L. X morì ».
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