Les Borgia sont sans doute la famille la plus calomniée de l'histoire de l'Église. Leur nom évoque aussitôt le poison, l'inceste, la simonie. Pour les adversaires de Rome, ils sont devenus le résumé vivant de tous les scandales de la papauté. Cette image a une histoire précise. Elle est née de la rivalité avec le cardinal Giuliano della Rovere après le conclave de 1492. Elle a été reprise par les polémistes de la Réforme. Puis le théâtre romantique l'a rendue populaire à partir de 1833.
Un examen honnête des sources oblige à séparer deux questions. La première est historique : la plupart des légendes les plus sinistres — banquet des châtaignes, inceste, anneau venimeux, empoisonnement final — reposent sur des témoignages uniques, intéressés ou tardifs. Confrontées aux dépêches milanaises (Archivio di Stato di Milano), à la correspondance de Lucrèce conservée à Modène et aux registres vaticans — dossiers examinés un par un dans le développement —, elles s'effondrent. La seconde question est théologique : même si toutes les accusations étaient vraies, elles ne réfuteraient aucun dogme catholique. La sainteté de l'Église n'est pas la sainteté morale de ses ministres. Et l'infaillibilité ex cathedra définie en 1870 n'a rien à voir avec l'impeccabilité personnelle d'un pape.
Démythifier ne revient pas à blanchir Alexandre VI. Son pontificat reste moralement scandaleux à plusieurs égards. L'historiographie catholique sérieuse — Ludwig von Pastor en tête — le reconnaît franchement. Mais une encyclopédie catholique ne peut pas se contenter de répéter le récit hostile fabriqué par les adversaires romains de Rodrigo de Borja, puis repris par les polémistes de la Réforme. Elle doit revenir aux sources. Elle doit distinguer ce qui est prouvé de ce qui est inventé. Elle doit enfin exposer ce que la doctrine catholique enseigne, depuis l'Évangile lui-même, sur la dignité d'un office détenu par un homme indigne.
Cet article suit donc deux fils. Il retrace d'abord ce que les Borgia ont réellement fait à Rome entre 1455 et 1503, en restituant à Calixte III, Alexandre VI et Lucrèce ce que la légende leur a confisqué. Il expose ensuite pourquoi les fautes d'un pape, aussi graves soient-elles, ne détruisent ni la légitimité, ni l'infaillibilité, ni la sainteté de l'Église catholique.
La maison Borja : de Valence au trône de Pierre
Une famille aragonaise propulsée par la diplomatie
La maison Borja — italianisée en Borgia — est attestée à Xàtiva, dans le royaume de Valence (Couronne d'Aragon), dès le XIIIᵉ siècle. Ce sont des hidalgos de petite noblesse, juristes, ecclésiastiques de carrière, qui doivent leur ascension romaine à un homme : Alonso de Borja, futur Calixte III. Né en 1378, formé au droit canon à Lérida, il sert successivement l'antipape Benoît XIII (Pedro de Luna), puis Alphonse V d'Aragon comme conseiller juridique, avant d'obtenir la pourpre cardinalice en 1444 des mains d'Eugène IV.[1]
L'ascension de la famille appartient à un contexte précis : la fin du Grand Schisme d'Occident (1378–1417), la chute de Constantinople (29 mai 1453), et la poussée ottomane qui menace désormais directement l'Italie. Une curie en quête de juristes solides et de diplomates expérimentés ouvre ses portes aux clercs aragonais. Les Borja s'y installent durablement.[2]
Calixte III (1455–1458) : le pape oublié qui réhabilita Jeanne d'Arc
Élu le 8 avril 1455 à soixante-seize ans à la mort de Nicolas V, Alonso de Borja prend le nom de Calixte III. Son pontificat ne dure que trois ans (8 avril 1455 – 6 août 1458), mais il est marqué par deux gestes que les récits habituels contre les Borgia passent sous silence.
Le premier est la révision du procès de Jeanne d'Arc. Le 11 juin 1455, à la requête d'Isabelle Romée, la mère de Jeanne, Calixte III signe le rescrit qui ordonne le réexamen complet du procès de 1431. Une commission de trois prélats — Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, Guillaume Chartier, évêque de Paris, et Richard Olivier de Longueil, évêque de Coutances — mène l'enquête avec l'inquisiteur Jean Bréhal. De novembre 1455 à juillet 1456, elle entend environ cent quinze témoins selon les décomptes les plus courants. Le 7 juillet 1456, à Rouen, le jugement de réhabilitation est solennellement proclamé. Le procès qui avait condamné Jeanne est déclaré frauduleux et inique ; Jeanne est rétablie dans son honneur.[3] C'est un acte pontifical de réparation historique de premier ordre — œuvre de la maison Borgia.
Le second est l'organisation d'une croisade contre les Ottomans après la chute de Constantinople. Calixte III fait fondre la vaisselle d'argent du palais apostolique pour financer une flotte papale, mobilise la prédication de saint Jean de Capistran dans les Balkans, et soutient la défense de Belgrade conduite par Jean Hunyadi. Le 22 juillet 1456, l'avance ottomane est arrêtée sous les murs de la ville par les armées hongroises et les croisés franciscains de Capistran. La nouvelle de la victoire parvient à Rome le 6 août ; Calixte III étend la fête de la Transfiguration (6 août) au calendrier universel, en mémoire de la victoire.[4]
Calixte III pratique effectivement le népotisme, comme tous les papes de son temps. Il fait cardinal son neveu Rodrigo le 20 février 1456, et deux autres neveux reçoivent des charges importantes. Ce népotisme ne doit pas être jugé anachroniquement : la curie de la Renaissance fonctionne selon un système de clientèles familiales qui structure toutes les cours européennes ; la singularité de Calixte n'est pas d'en user, mais d'en user plus visiblement que ses contemporains, parce qu'il est espagnol dans un milieu italien jaloux de ses prérogatives.[5]
Rodrigo de Borja, trente-cinq ans au cœur de la curie
Rodrigo Llançol de Borja, fils de Joffré Llançol et de Isabelle de Borja (sœur de Calixte III), est né le 1ᵉʳ janvier 1431 à Xàtiva. Il reçoit l'éducation d'un prélat de cour : grammaire à Valence, droit canon à Bologne où il obtient un doctorat utriusque iuris en 1456. Créé cardinal-diacre par son oncle le 20 février de la même année, il est nommé vice-chancelier de l'Église romaine le 1ᵉʳ mai 1457.[6]
Le poste est le second de la curie, juste après celui du pape : il gère la chancellerie apostolique, supervise la rédaction des bulles, contrôle les archives pontificales et coordonne la diplomatie. Rodrigo l'occupe pendant trente-cinq ans, sous cinq pontificats successifs : Calixte III (1455–1458), Pie II (1458–1464), Paul II (1464–1471), Sixte IV (1471–1484) et Innocent VIII (1484–1492). Cette continuité est unique dans l'histoire de la curie romaine moderne et témoigne d'une compétence administrative exceptionnelle.[7]
Michael Mallett résume ainsi cette trajectoire : pendant trente-cinq ans, Rodrigo Borgia fut le rouage administratif central de la papauté — aucun homme depuis le XIIIᵉ siècle ne possédait une telle maîtrise des affaires romaines au moment de son élection.[8]
Les rapports diplomatiques nuançent ce portrait. Pie II (Enea Silvio Piccolomini), pape humaniste et écrivain, adresse à Rodrigo, alors âgé de vingt-neuf ans, une lettre célèbre datée du 11 juin 1460, après un festin scandaleux à Sienne en l'absence du cardinal de Mantoue. La lettre — conservée dans les Commentarii de Pie II — reproche au jeune vice-chancelier sa conduite mondaine tout en reconnaissant ses qualités d'administration.[9] Le document est précieux : il atteste que les contemporains voyaient en Rodrigo un homme capable et fastueux, sans pour autant lui prêter la moindre des monstruosités que la postérité lui attribuera.
Rodrigo a des enfants. Sa longue liaison avec Vannozza Cattanei (1442–1518), femme romaine d'origine modeste, lui donne au moins quatre enfants reconnus : Giovanni (vers 1474), César (vers 1475), Lucrèce (18 avril 1480) et Gioffre (vers 1481). Ces enfants naissent avant son élection au pontificat. Cette précision ne diminue pas la gravité du scandale clérical — un évêque, et a fortiori un futur pape, est tenu à la continence —, mais elle interdit la caricature populaire d'un pape se comportant comme un sultan pendant son pontificat. Lorsqu'il devient Alexandre VI, ses enfants sont des adultes ou des adolescents formés, qu'il doit alors « caser » socialement : c'est de là que naissent les mariages politiques ultérieurs.[10]
L'élection de 1492 : simonie certaine ou propagande de vaincu ?
La nuit du 10 août 1492
Innocent VIII meurt le 25 juillet 1492. Le conclave s'ouvre le 6 août dans la chapelle Sixtine — dont les fresques de Botticelli, du Pérugin, de Ghirlandaio et de Roselli sont fraîches de moins d'une décennie. Vingt-trois cardinaux y participent. Cinq candidats principaux : Rodrigo Borgia, Giuliano della Rovere (le futur Jules II, neveu de Sixte IV), Ascanio Sforza (frère du duc de Milan), Oliviero Carafa (Naples) et Lorenzo Cibo (proche d'Innocent VIII défunt).[11]
Au scrutin du 11 août, à l'aube, Rodrigo de Borja réunit les voix nécessaires (deux tiers, soit seize voix sur vingt-trois). Élu le 11 août, il prend le nom d'Alexandre VI et reçoit la couronne pontificale le 26 août 1492[12] — selon l'hypothèse courante, en hommage à Alexandre le Grand et au pape Alexandre III (1159–1181), le motif réel de ce choix restant discuté par les historiens. L'accusation principale qui poursuivra son pontificat est celle de simonie : l'achat de voix au conclave par distribution de bénéfices, charges et coffres d'or.
La source unique : Giuliano della Rovere
L'accusation de simonie repose presque entièrement sur une seule source contemporaine : le cardinal Giuliano della Rovere, qui a été le principal rival vaincu au conclave. Della Rovere ne se contente pas de récriminer : il quitte Rome, s'enfuit en France, et passe quatre ans (1494–1498) à solliciter une intervention armée de Charles VIII contre Alexandre VI, tentant d'obtenir la convocation d'un concile pour le déposer.[13] Cette source n'est pas neutre. C'est celle d'un homme qui veut renverser le pape qu'il accuse.
Sur ce point, Ludwig von Pastor — historien catholique pourtant très sévère pour les mœurs d'Alexandre VI — estime que les accusations de simonie reposent pour l'essentiel sur les témoignages du camp hostile de della Rovere et ne peuvent, en l'état de la documentation, être tenues pour pleinement prouvées.[14]
Le verdict de Pastor est d'autant plus pesant qu'il est catholique, monarchiste, profondément hostile aux mœurs de la Renaissance pontificale, et qu'il consacre à Alexandre VI un volume entier où il n'épargne aucun fait scandaleux. Lorsque même Pastor refuse de tenir la simonie pour prouvée, c'est qu'il sait la documentation fragile.
« Des mulets chargés d'or » : la rumeur des ambassadeurs
Le témoignage le plus cité à charge est la lettre du 14 août 1492 envoyée par les ambassadeurs milanais à Ludovic le More, rapportant que des mulets chargés d'or auraient été acheminés au palais d'Ascanio Sforza pendant la nuit décisive. La lettre est conservée dans les Dispacci de l'Archivio di Stato di Milano et a été reproduite par Pastor lui-même.[15] Elle ne prouve cependant rien de plus que la circulation d'une rumeur romaine au lendemain de l'élection : aucun témoin direct, aucune comptabilité, aucune contre-information chez les ambassadeurs vénitiens, ferrarais ou napolitains qui assistaient au conclave.
L'ironie historique : della Rovere fera pire
L'argument décisif contre l'accusation simoniaque à charge d'Alexandre VI vient d'un fait que ses détracteurs préfèrent oublier : lorsque Giuliano della Rovere devient lui-même pape sous le nom de Jules II en 1503, son élection au conclave d'octobre — qui suit la mort éclair de Pie III — repose elle aussi sur des marchandages documentés avec les cardinaux, notamment les promesses faites à César Borgia et aux cardinaux espagnols en échange de leurs voix.[16] Conscient de la critique potentielle, Jules II promulgue d'ailleurs en 1505 la bulle Cum tam divino, qui déclare désormais nulles ipso jure les élections pontificales obtenues par simonie.[17] La bulle vaut pour les conclaves à venir : elle ne rétroagit sur aucune élection passée — ni celle d'Alexandre VI en 1492, ni celle de Jules II lui-même en 1503.
Cette nuance n'exonère pas l'élection de 1492 de toute irrégularité. Elle invite simplement à ne pas tenir pour certaine une accusation dont la source principale est un rival amer, dont la documentation directe est fragile, et dont le formulateur final a pratiqué les mêmes usages avant de les interdire.
Le pontificat d'Alexandre VI : ce que les manuels oublient
Inter caetera (1493) : la papauté arbitre du Nouveau Monde
Le 3 août 1492 — huit jours avant l'élection d'Alexandre VI — Christophe Colomb appareille de Palos. Le 12 octobre, il aborde les Bahamas. Le 15 mars 1493, il rentre à Lisbonne, puis à Barcelone, et présente ses découvertes à Ferdinand II d'Aragon et Isabelle de Castille. Très vite, un conflit territorial menace d'éclater entre Castille et Portugal, qui revendiquent chacun les nouvelles terres au titre de bulles antérieures (notamment Romanus Pontifex de Nicolas V, 1455, favorable au Portugal).
Alexandre VI publie successivement cinq bulles : Inter caetera (3 mai 1493), Inter caetera (4 mai 1493 — version augmentée), Eximiae devotionis (3 mai 1493), Piis fidelium (25 juin 1493) et Dudum siquidem (26 septembre 1493). La plus célèbre est la deuxième Inter caetera, datée du 4 mai 1493, qui trace une ligne de démarcation dans l'Atlantique à 100 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert : tout territoire à l'ouest revient à la Castille, tout territoire à l'est au Portugal.[18]
Loin d'être un simple cadeau à l'Espagne — comme on le résume souvent —, la bulle constitue un acte d'arbitrage diplomatique pontifical : elle tente de prévenir une guerre entre deux grandes puissances catholiques. La preuve que la décision n'était pas acquise à l'Espagne : le traité de Tordesillas (7 juin 1494), négocié directement entre Castille et Portugal avec l'approbation pontificale rétroactive, déplace la ligne 270 lieues plus à l'ouest, donnant au Portugal une portion considérable d'Amérique du Sud — qui deviendra le Brésil.[19]
L'historien L. A. Vigneras y voit l'un des actes d'arbitrage international les plus efficaces de toute l'histoire moderne : quoi qu'on pense des conséquences de la colonisation, le geste juridique d'Alexandre VI en 1493 et 1494 évita une guerre ouverte entre les deux principales puissances atlantiques, et le partage ainsi fixé tint pendant trois siècles.[20]
Le refuge romain des Juifs expulsés d'Espagne
Le 31 mars 1492 — quatre mois avant l'élection d'Alexandre VI — Ferdinand II d'Aragon et Isabelle de Castille signent le décret de l'Alhambra, qui ordonne aux Juifs de quitter l'Espagne sous quatre mois. Selon les estimations hautes, environ cent cinquante mille personnes fuient vers le Portugal, l'Italie, l'Empire ottoman et les Pays-Bas. Beaucoup périssent en route.[21]
Alexandre VI fait alors ce qu'aucun monarque catholique européen n'ose : il ouvre les États pontificaux aux réfugiés juifs, malgré les pressions des Rois Catholiques pour qu'il les exclue aussi. Dans une lettre adressée à ses légats en Espagne, il prescrit qu'ils soient accueillis dignement et traités avec humanité.[22] Plusieurs milliers s'installent à Rome, dans le Trastevere et le futur Ghetto. L'historien juif Cecil Roth documente cet accueil dans son histoire des Juifs d'Italie :
Selon lui, Alexandre VI traita les Juifs avec une humanité qui contraste fortement avec la cruauté des souverains chrétiens d'Espagne, prit pour médecin personnel le savant juif Samuel Sarfati, et fit de Rome le refuge le plus sûr d'Europe pour ceux qui fuyaient l'Inquisition espagnole.[23]
Le pape choisit également un médecin juif, Samuel Sarfati, comme médecin personnel, et refuse d'introduire à Rome l'Inquisition espagnole sur le modèle de Torquemada. La distinction entre l'Inquisition romaine — sous tutelle pontificale directe et plus modérée — et l'Inquisition espagnole — instrumentalisée par la couronne — date en partie de ce refus. Voir la légende sanglante de l'Inquisition espagnole.
Le Jubilé de 1500 et le rite de la Porte Sainte
Le 20 décembre 1499, Alexandre VI promulgue la bulle Inter curas multiplices, qui convoque le Jubilé de 1500 et fixe pour la première fois le rite solennel de l'ouverture de la Porte Sainte des quatre basiliques majeures de Rome. La cérémonie — où le pape frappe trois fois le mur d'un marteau d'argent en récitant « Aperite mihi portas iustitiae » (« Ouvrez-moi les portes de la justice », Ps 117, 19) — est encore célébrée aujourd'hui, dans une forme directement héritée de la mise en scène alexandrine.[24] Le Jubilé attire à Rome des foules immenses de pèlerins. La même bulle ouvre l'année sainte aux fidèles empêchés de venir à Rome, par l'institution de fonctions liturgiques équivalentes dans les diocèses.
Le mécénat humaniste : Pinturicchio, Aberdeen et La Sapienza
Alexandre VI commande à Pinturicchio (Bernardino di Betto) la décoration des Appartements Borgia au palais apostolique, achevés en 1494. Le cycle iconographique — Mystères de la foi, Vies des saints, Arts libéraux, Histoires d'Égypte — combine théologie chrétienne, mariologie, théorie typologique et antiquités égyptiennes redécouvertes. La Résurrection figure Alexandre VI agenouillé au pied du Christ. C'est l'un des cycles iconographiques majeurs de la Renaissance romaine, antérieur aux chambres de Raphaël (1508–1517) et à la chapelle Sixtine de Michel-Ange (1508–1512).[25]
En 1495, le pape accorde une charte fondatrice à l'King's College de l'université d'Aberdeen (Écosse), à la demande de l'évêque William Elphinstone et du roi Jacques IV d'Écosse — la bulle est datée du 10 février 1495 (10 février 1494 selon le comput écossais de l'époque, l'année commençant le 25 mars), et la charte royale de Jacques IV suit la même année. Aberdeen est la troisième université d'Écosse, après Saint Andrews et Glasgow ; elle existe toujours et constitue l'un des établissements universitaires les plus anciens du Royaume-Uni.[26]
La même année, Alexandre VI réforme les statuts de La Sapienza à Rome, augmentant le nombre de chaires et le budget. Ces actes universitaires ne sont presque jamais mentionnés dans les récits habituels contre les Borgia, mais ils inscrivent Alexandre VI dans la lignée des papes humanistes du Quattrocento.
La commission de réforme de 1497
Le 14 juin 1497, le corps de Giovanni Borgia, duc de Gandía et fils préféré du pape, est repêché dans le Tibre près de l'église San Girolamo dei Schiavoni. Il a été poignardé neuf fois et jeté dans le fleuve la nuit précédente. Le meurtre reste non élucidé. César Borgia, son frère, est l'un des suspects mais sans preuve définitive ; les autres pistes désignent les Orsini, les Caetani, ou un mari trompé. Burchard décrit la douleur d'Alexandre VI comme sincère et profonde : le pape s'enferme trois jours sans manger.[27]
Dans les semaines qui suivent, Alexandre VI réunit une commission de six cardinaux pour réformer les mœurs de la curie. La commission siège pendant plusieurs mois et produit un rapport substantiel sur la simonie, le cumul des bénéfices, la discipline cléricale et le train de vie des cardinaux. Le rapport est conservé dans les Archives Vaticanes (Reg. Vat. 877) et a été publié par Pastor en annexe de son volume V.[28] Les mesures ne sont pas suivies d'effets durables — Alexandre VI revient progressivement à sa politique antérieure dès 1498 —, mais leur existence montre qu'il n'était pas totalement imperméable à la dimension morale de sa charge.
G. J. Meyer souligne le paradoxe : que la réforme de 1497 ait été éphémère est indéniable, mais qu'elle ait existé l'est tout autant — et les chroniques romaines hostiles préfèrent l'ignorer. Aucun pape totalement insensible à la question n'engage une commission de six cardinaux sur la discipline de la curie.[29]
Démythification : quatre légendes au crible des sources
Les accusations contre Alexandre VI sont nombreuses, mais quatre d'entre elles structurent à elles seules la légende noire dans l'imaginaire populaire : le banquet des châtaignes, l'inceste, l'anneau venimeux et la mort par son propre poison. Toutes quatre, examinées au crible des sources, se révèlent soit fragiles, soit fabriquées, soit positivement réfutables.
Le « banquet des châtaignes » (31 octobre 1501)
L'épisode le plus célèbre de la mythologie Borgia est le Banchetto delle castagne, prétendument tenu au Vatican le 30 ou 31 octobre 1501. Selon le récit, César Borgia aurait organisé dans son appartement une fête à laquelle auraient assisté son père le pape, sa sœur Lucrèce, cinquante prostituées ; les femmes auraient dansé nues, ramassé des châtaignes sur le sol entre les chandeliers ; et des prix auraient été décernés à ceux qui auraient accompli le plus d'« exploits sexuels » — coups de couleur graveleuse compris.
La source unique de cet épisode est le Liber notarum de Johann Burchard (1450–1506), maître des cérémonies pontificales sous Innocent VIII puis Alexandre VI, dont le journal n'a été édité qu'en 1883–1885 par Louis Thuasne (pour les années 1492–1506) et Enrico Celani (pour 1483–1492).[30] Le passage controversé est conservé dans plusieurs manuscrits, mais avec des variantes textuelles : certains chercheurs soupçonnent une interpolation tardive du copiste.
Quatre problèmes méthodologiques rendent l'épisode douteux :
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Une seule source contemporaine. Aucun autre témoin romain — ni les ambassadeurs vénitiens, florentins, ferrarais, espagnols et milanais en poste à Rome, qui notaient pourtant scrupuleusement chaque scandale — ne mentionne l'épisode.
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Le silence des libelles. Une lettre anonyme datée du 15 novembre 1501, attribuée à Silvio Savelli, fait pourtant la liste exhaustive des griefs publics contre Alexandre VI dans les semaines suivantes. Elle évoque « un dîner offert par César Borgia » — mais sans aucune mention des cinquante prostituées, des châtaignes ni des prix sexuels.[31] Si l'épisode avait eu la consistance que Burchard lui prête, ce libelle, dont l'objet est précisément d'accumuler les charges, en aurait fait son titre principal.
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La fiabilité douteuse de Burchard. Le Liber notarum contient plusieurs entrées dont l'inexactitude est démontrable, et son auteur — un clerc allemand hostile aux Borgia — a été pris en flagrant délit d'amplification dans d'autres passages. Mallett, qui n'épargne rien à Alexandre VI, prévient que le Liber notarum est une source précieuse mais doit être utilisée avec la plus grande prudence sur tout ce qui touche aux mœurs privées du pape.[32]
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L'invraisemblance topographique. L'appartement de César Borgia au Vatican est connu : il est de petite taille, et il est inimaginable qu'on y ait pu réunir cinquante femmes plus un cortège masculin équivalent sans qu'aucun garde, courtisan ou ambassadeur n'en rapporte le détail. Or aucun rapport indépendant ne le fait.
La conclusion historique honnête est celle-ci : l'épisode tel qu'il est décrit dans la tradition populaire repose sur un seul témoignage non corroboré, possiblement interpolé. Cela ne signifie pas que la curie d'Alexandre VI était irréprochable — elle ne l'était certainement pas. Cela signifie que le banchetto delle castagne, dans sa version récit-orgie complet, n'est pas un fait historiquement établi.
L'inceste : la vengeance d'un mari répudié
L'accusation d'inceste entre Alexandre VI et sa fille Lucrèce — ou entre César et Lucrèce — est l'une des plus tenaces et la plus reprise par la littérature romantique. Son origine documentaire est bien identifiée. Elle vient de Giovanni Sforza, premier mari de Lucrèce, que la famille Borgia força à divorcer en décembre 1497 au motif officiel de impotentia coeundi (impuissance).
Giovanni Sforza, humilié publiquement et chassé de Rome, se réfugie à la cour de Milan auprès de son cousin Ludovic le More. C'est là, lors d'audiences ducales bien documentées dans les chroniques milanaises, qu'il prononce pour la première fois l'accusation d'inceste : il prétend que Lucrèce ne pouvait être annulée pour son impuissance à lui, puisqu'elle entretenait une liaison avec son propre père.[33] L'origine de la rumeur est donc explicite : un mari répudié cherchant à se venger par la diffamation publique, devant une cour qui était l'ennemie de son rival familial.
Pour G. J. Meyer, l'accusation d'inceste naît d'un homme amer, humilié et dépossédé, qui avait toutes les raisons personnelles de vouloir détruire la réputation de ceux qui l'avaient écarté : aucune preuve documentaire indépendante ne l'a jamais étayée, et elle subsiste parce qu'elle est dramatiquement satisfaisante, non parce qu'elle est historiquement fondée.[34]
La biographe Sarah Bradford, après dépouillement des archives ferraraises, milanaises et vaticanes, arrive à la même conclusion : aucune preuve documentaire de l'inceste n'a jamais été trouvée ; ce que les sources montrent, au contraire, c'est une jeune femme manipulée par sa famille, mariée trois fois pour les besoins de la politique dynastique, devenue à Ferrare une duchesse aimée et respectée.[35]
Les pasquinades romaines — libelles anonymes affichés sur la statue antique du Pasquin, près de la place Navone — reprennent et amplifient ces accusations sans aucune valeur probante. Comme le rappelle l'historien Ivan Cloulas, le Pasquin fonctionnait comme la presse à scandales de la Rome de la Renaissance — aucun pape, aucun cardinal, aucun ambassadeur n'y échappait — et il serait naïf d'en tirer la moindre conclusion historique.[36]
L'historiographie moderne — Bradford (2004), Cloulas (1987), Meyer (2013), Mallett (1969) — converge unanimement : l'accusation d'inceste est une construction posthume née de la haine d'un homme blessé, propagée par les pasquinades, sans le moindre fondement documentaire. Aucune lettre, aucun témoignage indépendant, aucun document d'enquête n'a jamais été produit. Au contraire, la correspondance privée de Lucrèce, conservée aux archives de Modène et de Ferrare, dépeint une jeune femme pieuse, instruite, manifestement affligée d'être l'objet de telles rumeurs.
L'anneau venimeux et le « poison des Borgia »
La légende d'un anneau venimeux que les Borgia auraient utilisé pour empoisonner leurs ennemis — bague à ressort secret libérant la dose mortelle dans une coupe de vin — ne se rencontre, à notre connaissance, dans aucune source identifiée du XVᵉ ni du XVIᵉ siècle. Aucun ambassadeur, aucun chroniqueur, aucun pamphlétaire ne la mentionne. Elle apparaît pour la première fois sous la plume d'Alexandre Dumas père, dans ses Crimes célèbres publiés en 1839–1841.[37] Dumas combine des éléments empruntés à la chronique de Burchard, au théâtre de Hugo (Lucrèce Borgia, 1833) et à des récits de cabinets de curiosités du XVIIᵉ siècle.
Les accusations de poison plus généralement formulées contre les Borgia reposent sur des chroniques hostiles — Guicciardini, Sannazaro, Burchard — qui rapportent des rumeurs sans détails techniques précis, sans autopsie, sans concordance entre les sources sur la nature du poison, sa préparation ou son mode d'administration. Le supposé cantarella des Borgia — un poison à base d'arsenic — n'est jamais décrit techniquement par aucune source contemporaine ; c'est une invention rétrospective à partir d'analogies avec l'arsenicalisme italien du XVIIᵉ siècle (l'affaire de l'Aqua Tofana, jugée à Rome en 1659).[38]
Cela ne signifie pas qu'aucun empoisonnement n'ait jamais eu lieu dans l'entourage Borgia : l'Italie de la Renaissance recourt effectivement parfois au poison comme arme politique. Mais l'image d'une « officine venimeuse » Borgia industrielle, alimentée par un anneau secret et un arsenal alchimique, est une construction littéraire du XIXᵉ siècle, pas un fait historique attesté.
La mort d'Alexandre VI : paludisme tibérin, non empoisonnement
Alexandre VI meurt le 18 août 1503, à soixante-douze ans. L'explication populaire — popularisée à partir de Guicciardini — veut qu'il soit mort empoisonné par accident, victime d'un poison destiné au cardinal Adriano Castellesi lors d'un dîner que ce dernier offrait dans sa villa des jardins du Vatican.
La réalité est plus prosaïque. Burchard lui-même, témoin direct, décrit dans son journal une fièvre qui frappe simultanément Alexandre VI, César Borgia et plusieurs cardinaux du même dîner, le 5 août 1503.[39] Cette simultanéité est incompatible avec un empoisonnement ciblé : un poison vise une personne, pas tout un groupe. En revanche, elle correspond exactement au paludisme (febbre tertiana ou quartana), endémique à Rome en été.
L'épidémiologie est éloquente. Rome au XVᵉ siècle est entourée des marais Pontins, qui ne seront asséchés qu'au XXᵉ siècle. Le Plasmodium falciparum et le Plasmodium vivax, transmis par les moustiques Anopheles, frappent chaque année la ville entre juillet et octobre, avec une mortalité significative parmi les habitants et surtout parmi les visiteurs non immunisés.[40] Le cardinal Castellesi, hôte du dîner, tombe malade lui aussi : il survit à grand-peine. César Borgia survit également mais reste affaibli pendant des semaines — ce qui contribuera à sa chute politique. Plusieurs convives meurent dans les jours suivants. Le tableau correspond très exactement à une épidémie paludéenne dans un milieu vivant en plein air.
Giuseppe Fornasini, dans son étude des fièvres malariques romaines, tient lui aussi le paludisme pour l'hypothèse la plus probable : un empoisonnement collectif frappant à des degrés divers tous les convives d'un même dîner est médicalement invraisemblable, tandis que le paludisme romain — qui frappe ou épargne selon l'immunité acquise — rend compte de tous les cas observés, y compris la vulnérabilité particulière d'Alexandre VI. La thèse concurrente de l'empoisonnement accidentel vient de Guicciardini, qui écrit plus de trente ans après les faits sans aucun témoin direct à l'appui : c'est ce déséquilibre documentaire qui fait du paludisme l'hypothèse privilégiée. Le dossier reste toutefois celui d'une hypothèse historique — fondée sur le seul récit circonstancié de Burchard, sans autopsie — et non d'un diagnostic médical établi.[41]
Lucrèce Borgia : la duchesse de Ferrare contre la légende
Trois mariages comme instrument dynastique
Lucrèce Borgia naît le 18 avril 1480 à Subiaco, dans le château de famille de Vannozza Cattanei. Elle est instruite à Rome dans le palais de sa cousine Adriana de Mila, où elle reçoit une éducation humaniste soignée : latin, italien, espagnol, broderie, musique. Ses contemporains la décrivent comme blonde, gracieuse, d'une grande douceur.[42]
Sa vie matrimoniale est entièrement orchestrée par son père et son frère César. Elle est :
| Date | Époux | Motif politique | Issue |
|---|---|---|---|
| 1491 | Cherubin Juan de Centelles (fiançailles) | Alliance avec Valence | Rupture quand une meilleure offre apparaît |
| 1492 | Gaspare de Procida (fiançailles) | Alliance avec Naples | Rupture après élection d'Alexandre VI |
| 12 juin 1493 | Giovanni Sforza, seigneur de Pesaro | Alliance avec Milan | Annulation forcée en décembre 1497 |
| 21 juillet 1498 | Alfonso d'Aragon, duc de Bisceglie | Alliance avec Naples | Assassinat le 18 août 1500, probablement par des sicaires de César |
| 30 décembre 1501 | Alfonso I d'Este, futur duc de Ferrare | Alliance avec la maison d'Este | Mariage durable jusqu'à la mort en 1519 |
Lucrèce est essentiellement un instrument de diplomatie familiale — sort que partageaient la plupart des femmes nobles de la Renaissance italienne. Elle n'est pas une empoisonneuse calculatrice : elle est une jeune femme soumise aux décisions des hommes de sa famille, et qui finit par les subir avec une patience que les sources soulignent toutes.[43]
La duchesse de Ferrare (1502–1519)
À partir de 1502, Lucrèce vit à Ferrare comme duchesse aux côtés d'Alfonso d'Este. La documentation ferraraise — dépouillée systématiquement par Maria Bellonci (1939), Sarah Bradford (2004) et Diane Yvonne Ghirardo (2008) — révèle un personnage radicalement différent de la caricature romantique.
Elle administre le duché en l'absence de son mari, qui guerroie souvent. Sa correspondance politique, conservée aux archives d'État de Modène, est jugée d'une intelligence et d'une mesure remarquables par les diplomates contemporains.[44]
Elle entretient une correspondance épistolaire et amoureuse avec Pietro Bembo (1470–1547), humaniste, futur cardinal et secrétaire de Léon X. Les lettres, conservées à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, sont l'un des grands monuments de la prose épistolaire italienne de la Renaissance. Lord Byron, qui les consultera le 15 octobre 1816, en sera bouleversé et les qualifiera de « the prettiest love letters in the world » (« les plus jolies lettres d'amour du monde »).[45]
L'Arioste célèbre Lucrèce dans une strophe élogieuse du chant XIII du Roland Furieux : « Lucrezia Borgia, di cui d'ora in ora / la beltà, la virtù, la fama onesta / e la fortuna crescerà » (« Lucrèce Borgia, dont d'heure en heure grandiront la beauté, la vertu, l'honnête renommée et la fortune »).[46] On a parfois attribué au Titien un portrait de Lucrèce vers 1515 — attribution aujourd'hui disputée (le portrait du musée de Nîmes est désormais donné à Bartolomeo Veneto). Les chroniqueurs ferrarais — Bernardino Zambotti, Paolo Zerbinato — la décrivent comme pieuse, libérale aux pauvres, attentive à l'éducation de ses enfants.
La fin franciscaine
Elle fonde plusieurs couvents dans le duché de Ferrare : Saint-Bernardin (1510), Saint-Vincent (1515), et soutient les sœurs Clarisses du Corpus Domini. Elle entretient une correspondance spirituelle régulière avec Maria di Buonafede, sœur Lucia di Narni — stigmatisée — et avec d'autres figures de la spiritualité ferraraise. À partir de 1513, elle entre dans le Tiers-Ordre franciscain, choisit pour confesseur le franciscain Tommaso Caiani, et porte régulièrement sous ses vêtements de duchesse l'habit de tertiaire.[47]
Elle meurt le 24 juin 1519, à trente-neuf ans, épuisée par sa huitième grossesse, après avoir mis au monde une fille morte-née. Elle demande à être revêtue, pour son agonie, de l'habit franciscain de tertiaire. Sa dernière lettre, dictée le 22 juin 1519, est adressée au pape Léon X : elle lui demande sa bénédiction in articulo mortis pour elle-même et pour ses enfants, recommande son âme à la miséricorde divine, et confie à Sa Sainteté ses œuvres caritatives.[48]
Après examen minutieux des archives et des témoignages contemporains, Sarah Bradford juge impossible de soutenir l'image d'une Lucrèce Borgia empoisonneuse et intrigante : ce qui ressort des sources est le portrait d'une femme remarquablement courageuse, qui a survécu à une enfance et à une jeunesse difficiles pour devenir, à Ferrare, une duchesse respectée et aimée.[49]
Pour Ivan Cloulas, la légende noire de Lucrèce est une construction posthume, alimentée par ses ennemis politiques et les nécessités dramatiques du théâtre romantique : le XIXᵉ siècle avait besoin d'une empoisonneuse fatale et l'a fabriquée à partir de fragments de chronique romaine, en ignorant la totalité des archives ferraraises postérieures à 1502.[50]
Alexandre VI parmi ses contemporains : pas une exception
L'un des biais les plus puissants de la légende noire est l'isolation rhétorique : Alexandre VI est présenté comme une anomalie monstrueuse dans une succession de papes édifiants. Or l'historiographie sérieuse montre que la papauté de la Renaissance était systématiquement marquée par des pratiques que nous jugeons aujourd'hui scandaleuses, et qu'Alexandre VI n'était ni le premier, ni le pire, ni un cas isolé.
Sixte IV (1471–1484) : népotisme et conspiration des Pazzi
Sixte IV (Francesco della Rovere, oncle de Giuliano della Rovere et grand-oncle de Jules II) crée six de ses neveux cardinaux et favorise d'autres membres de sa famille — les della Rovere et les Riario — par des donations massives prises sur les caisses pontificales. Plus grave : il est mêlé à la conspiration des Pazzi (26 avril 1478), le complot qui tenta d'assassiner Laurent et Julien de Médicis dans la cathédrale Sainte-Marie-de-la-Fleur de Florence, pendant la messe, au moment de l'élévation.
Sixte IV avait été informé du complot, avait retiré sa protection diplomatique à Florence, et son neveu Girolamo Riario en était l'un des organisateurs principaux. Le pape avait précisé qu'il ne voulait pas « la mort de qui que ce fût » — réserve dont les historiens débattent encore de la portée exacte, et l'étendue de ce que Sixte IV savait du volet meurtrier reste disputée. Julien de Médicis est poignardé devant l'autel — dix-neuf coups, selon le récit détaillé qu'en donne Lauro Martines —, lors de l'élévation de l'hostie. Laurent réussit à s'enfuir blessé.[51]
Aucune sortie publique d'Alexandre VI ne descend à ce niveau : faire complotter l'assassinat d'un prince catholique pendant la messe. Et pourtant, c'est Alexandre VI que la postérité a élu comme symbole de la décadence pontificale, pas Sixte IV.
Innocent VIII (1484–1492) : le pape père de famille
Innocent VIII (Giovanni Battista Cibo) est le premier pape de l'histoire à reconnaître publiquement ses enfants illégitimes et à organiser leur mariage au Vatican. Son fils Franceschetto Cibo épouse Maddalena de Médicis, fille de Laurent le Magnifique, le 20 janvier 1488 dans la salle des Papes du palais apostolique. La dot, prélevée sur les caisses pontificales, est de 4 000 ducats.[52]
Giovanni de Médicis — le futur Léon X, fils de Laurent le Magnifique et donc beau-frère de Franceschetto Cibo par le mariage de 1488 — est créé cardinal à treize ans par Innocent VIII, en contrepartie diplomatique de cette union. Rodrigo Borgia, alors vice-chancelier, assiste à toutes ces noces. Ce précédent explique en partie pourquoi la conduite ultérieure d'Alexandre VI à l'égard de ses propres enfants — si scandaleuse soit-elle objectivement — n'est pas perçue comme une rupture absolue par ses contemporains : Innocent VIII avait normalisé l'inavouable.
Jules II (1503–1513) : le pape en armure
Giuliano della Rovere, devenu Jules II en 1503, conduit personnellement ses armées en armure lors des sièges de Mirandola (janvier 1511) et de Bologne (1506 et 1511). Il porte le casque, charge en personne, et impose à un pape contemporain de Michel-Ange une posture de condottiere que les chroniqueurs catholiques eux-mêmes trouvent indigne.
Érasme, qui rencontre Jules II en 1506, lui consacre l'un des dialogues satiriques les plus violents de la littérature de la Renaissance, le Julius exclusus e caelis (« Jules exclu des cieux »), qui circule anonymement à partir de 1514. Voici l'ouverture :
« — JULES II : Ouvre, je te dis ! Qu'est-ce qui te retient ? — SAINT PIERRE : Qui es-tu ? — JULES II : Si tu ne le sais pas, regarde la clef. Mais qu'est-ce ? Pas la clef du Royaume, mais la clef de mon coffre-fort... — SAINT PIERRE : Je suis surpris. Je te vois venir non avec des livres, non avec des prières, mais avec une armée, avec des casques, avec des boucliers, et tout dégoulinant du sang de tes ennemis. » — Érasme (attribué), Julius exclusus e caelis, vers 1513–1514 (traduction de l'article)[53]
Jules II laisse aussi trois filles illégitimes reconnues, dont la plus célèbre est Felice della Rovere, qu'il marie en 1506 à Gian Giordano Orsini. Le fait est rarement mentionné dans les biographies hagiographiques de Jules II par les mêmes auteurs qui s'indignent des enfants d'Alexandre VI.[54]
Léon X (1513–1521) : le pape des indulgences et de Luther
Léon X (Giovanni de Médicis, fils de Laurent le Magnifique), élu à trente-sept ans, se voit attribuer par une tradition polémique tardive un mot apocryphe adressé à son frère Julien, selon lequel il faudrait jouir de la papauté reçue de Dieu ; aucune source contemporaine ne l'atteste. Son règne est marqué par un train de vie fastueux, une politique culturelle brillante (mécénat de Raphaël, achèvement de Saint-Pierre), et surtout par l'abus massif des indulgences liées à la construction de la nouvelle basilique vaticane.
C'est précisément cette pratique — la prédication des indulgences par Jean Tetzel dans l'archevêché de Mayence — qui déclenche les 95 thèses de Martin Luther affichées à Wittenberg le 31 octobre 1517. Le « péché » qui ébranle effectivement la chrétienté occidentale au XVIᵉ siècle n'est pas celui d'Alexandre VI : c'est celui de Léon X. Cette mise en perspective manque presque toujours dans le récit anti-Borgia.[55]
Le tableau d'ensemble
| Pape | Pontificat | Faits significatifs | Mémoire historique |
|---|---|---|---|
| Sixte IV | 1471–1484 | Six neveux cardinaux ; complicité dans l'attentat des Pazzi (1478) | Plutôt favorable |
| Innocent VIII | 1484–1492 | Premier pape à marier publiquement ses enfants au Vatican (1488) | Plutôt neutre |
| Alexandre VI | 1492–1503 | Enfants reconnus avant pontificat ; Inter caetera ; accueil des Juifs ; Jubilé 1500 ; commission de réforme 1497 | Symbole absolu de décadence |
| Jules II | 1503–1513 | Pape-soldat ; trois filles reconnues ; ruine des États pontificaux par la guerre | Plutôt favorable |
| Léon X | 1513–1521 | Train de vie ; abus d'indulgences ; déclenchement de la Réforme | Plutôt nuancé |
La comparaison est désagréable, mais elle est inévitable. Les mêmes critères moraux qui condamnent Alexandre VI condamnent au moins aussi sévèrement Sixte IV, Jules II et Léon X. Si la papauté de la Renaissance est en cause, ce n'est pas un cas Borgia : c'est un système dont les Borgia sont seulement la cible publique préférée.
La fabrication de la légende noire
L'opération della Rovere
Le premier artisan de la légende noire est Giuliano della Rovere. Cardinal depuis 1471, battu au conclave de 1492, il quitte Rome, gagne la France, et passe les années suivantes à multiplier les accusations contre Alexandre VI : appel à l'intervention militaire de Charles VIII en Italie (1494), demandes répétées de convocation d'un concile de déposition, lettres aux cours européennes et aux ambassadeurs.[56]
Lorsque della Rovere devient lui-même pape sous le nom de Jules II le 1ᵉʳ novembre 1503 — onze semaines après la mort d'Alexandre VI —, il maintient ces accusations. Il fait sceller les Appartements Borgia pour ne pas avoir à y habiter, fait effacer plusieurs blasons Borgia (les bœufs paissants des armoiries familiales), et confisque les biens de César qu'il fait emprisonner.[57] L'historien G. J. Meyer y voit un intérêt politique : présenter Alexandre VI comme un monstre faisait apparaître sa propre élection comme une réparation et justifiait la confiscation des biens Borgia — ce que la légende a fait des Borgia devrait ainsi beaucoup moins à ce qu'ils ont réellement accompli qu'aux nécessités de ceux qui ont façonné leur souvenir, en premier lieu Giuliano della Rovere, qui ne pouvait laisser subsister la mémoire honorable du rival qui l'avait écarté pendant onze ans.[58]
Guicciardini : trente-cinq ans après les faits
Francesco Guicciardini (1483–1540) écrit sa monumentale Storia d'Italia entre 1537 et 1540, c'est-à-dire trente-quatre à trente-sept ans après la mort d'Alexandre VI. C'est la source historiographique la plus citée pour les accusations contre les Borgia, et celle qui a le plus pesé sur la postérité littéraire.
Guicciardini n'est pas sans valeur : il connaît la diplomatie italienne, il a servi Léon X et Clément VII, il dispose d'archives florentines. Mais son contexte d'écriture est crucial. Il rédige après le sac de Rome (mai 1527), après les guerres d'Italie, dans une atmosphère d'exaspération moraliste où tout l'effondrement politique de l'Italie est interprété rétrospectivement comme la conséquence morale des fautes de la curie. Pour cette thèse, Alexandre VI est la figure pédagogique idéale : un monstre dont les fautes auraient « déclenché » par décret divin tous les malheurs ultérieurs.[59]
Ses accusations les plus sévères ne sont pas documentées par des sources contemporaines indépendantes : Guicciardini répète Burchard, amplifie Sannazaro, et ajoute le pathos rhétorique qui caractérise sa prose. Pour Mark Phillips, auteur de l'étude classique sur cet historien, Guicciardini n'est pas un témoin contemporain des Borgia mais un moraliste rétrospectif qui s'en sert comme cas d'école pour sa thèse sur la chute italienne : ses pages sur Alexandre VI comptent parmi les plus belles de la prose italienne du XVIᵉ siècle, et parmi les moins fiables historiquement.[60]
La reprise par la Réforme
Les imprimeries luthériennes et calvinistes du XVIᵉ siècle reproduisent et amplifient les récits sur les Borgia, qui deviennent une pièce de la rhétorique anti-romaine. Les caricatures de Lucas Cranach l'Ancien représentant le « pape-Antéchrist » — dont les xylographies illustrent les Passional Christi und Antichristi publiés en 1521 par Mélanchthon — reprennent le thème du pape indigne, nourri entre autres des récits qui circulaient sur Alexandre VI.[61]
L'effet est durable. Au XIXᵉ siècle, les manuels d'histoire protestants britanniques et germaniques reprennent le portrait Borgia comme argument confessionnel. Les récits sur les Borgia deviennent ainsi un argument polémique durable contre Rome.
Hugo, Donizetti et la fixation romantique (1833)
Deux œuvres publiées la même année 1833 fixent définitivement l'image des Borgia dans l'imaginaire populaire européen.
Victor Hugo crée son drame Lucrèce Borgia au Théâtre de la Porte-Saint-Martin le 2 février 1833, avec Mademoiselle George dans le rôle-titre et Frédérick Lemaître dans celui de Gennaro. La pièce — où Lucrèce empoisonne par méprise son propre fils — connaît un triomphe public et fixe l'image d'une Lucrèce empoisonneuse tragique dans le grand public francophone.[62] La même année, Gaetano Donizetti crée à la Scala de Milan le 26 décembre 1833 son opéra Lucrezia Borgia, sur un livret de Felice Romani directement tiré du drame de Hugo. L'opéra connaît un succès européen massif, qui éclipse définitivement toute lecture archivistique.[63]
Ces deux œuvres n'ont aucune prétention historique — elles exploitent un mythe déjà constitué pour des fins dramatiques —, mais leur réception populaire extraordinaire fige une image qui depuis lors précède toute lecture historique. Quand au XXᵉ siècle Maria Bellonci, Ivan Cloulas et Sarah Bradford reviennent aux archives ferraraises, ils trouvent une duchesse pieuse et compétente — mais leurs livres ne touchent qu'une minorité de lecteurs. L'opéra de Donizetti, lui, est régulièrement repris au répertoire des grandes maisons lyriques — Scala, Vienne, Paris, New York — et touche à chaque reprise un public sans commune mesure avec celui des monographies d'archives.
Maria Bellonci résume ainsi la puissance du mythe : pouvoir religieux, sexe interdit, poison et belle femme — quatre ingrédients dramatiques irrésistibles contre lesquels la réalité documentaire (un cardinal compétent devenu pape médiocre, une duchesse pieuse mariée trois fois pour la politique) n'a aucune chance.[64]
La réponse théologique catholique
Démythifier les Borgia est nécessaire ; mais cela ne suffit pas. Il reste à répondre à l'argument apologétique inverse : « même si la moitié seulement de ce qu'on raconte est vrai, cela suffirait à démontrer que l'Église catholique est fausse, puisqu'un Dieu ne saurait permettre que son Église soit dirigée par de tels hommes ». Cette objection a une longue histoire — elle remonte aux Donatistes du IVᵉ siècle, qui contestaient la validité des sacrements administrés par des prêtres ayant trahi pendant les persécutions. La réponse catholique est ancienne, complète, et entièrement maintenue.
« Sur la chaire de Moïse » : la distinction évangélique (Mt 23, 2-3)
La réponse fondamentale aux scandales pontificaux est inscrite dans l'Évangile lui-même. Le Christ, en pleine condamnation de l'hypocrisie des scribes et Pharisiens, établit une distinction décisive entre l'autorité de l'office et la sainteté de la personne qui l'occupe :
« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu'ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. » — Matthieu 23, 2-3, traduction liturgique AELF[65]
L'autorité d'un office et la sainteté personnelle de celui qui l'occupe sont deux réalités distinctes depuis l'Évangile. Un chef religieux peut transmettre une vérité qu'il ne vit pas lui-même. Cette distinction n'excuse pas l'hypocrisie — le Christ tonne contre les Pharisiens dans la suite du même chapitre —, mais elle empêche de conclure que la vérité transmise est fausse parce que le transmetteur est indigne.
Saint Augustin développera cette distinction de manière décisive contre les Donatistes, au IVᵉ siècle. Les Donatistes soutenaient que les sacrements administrés par des évêques traditores (qui avaient livré les livres saints aux persécuteurs païens) étaient invalides. Augustin répond, dans son traité De baptismo contra Donatistas (vers 400-401), que le sacrement reçu et sa vertu sont deux choses distinctes : administré par un bon ou un mauvais ministre, le sacrement tient sa sainteté de Celui qui l'a institué, non de celui qui le donne — doctrine ici résumée, le texte exact restant à confronter sur l'édition critique.[66]
C'est la première formulation patristique claire du principe de l'ex opere operato — qui sera repris par Trente, et qui répond directement à l'objection Borgia.
Ex opere operato : la doctrine de Trente
Le Concile de Trente, Session VII (3 mars 1547), formule de manière définitive le principe de l'ex opere operato — la validité du sacrement repose sur l'acte sacramentel objectif, non sur la vertu subjective du ministre :
« Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle Loi ne contiennent pas la grâce qu'ils signifient, ou qu'ils ne confèrent pas cette grâce à ceux qui n'y mettent pas d'obstacle, comme si c'étaient seulement des signes extérieurs de la grâce ou de la justice reçue par la foi, et des marques de la profession chrétienne distinguant les fidèles devant les hommes : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, Session VII, 3 mars 1547, canon 6[67]
Et plus directement encore, contre l'objection que les vices du prêtre invalident son ministère :
« Si quelqu'un dit qu'un ministre en état de péché mortel, même s'il observe tous les éléments essentiels qui constituent et confèrent le sacrement, ne fait ou ne confère pas le sacrement : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, Session VII, canon 12[68]
Appliqué au cas pontifical, le principe signifie que la validité des actes sacramentels et magistériels d'Alexandre VI ne dépend pas de sa sainteté personnelle. Il peut absoudre des péchés, consacrer des évêques, définir des questions de foi — et tous ces actes sont valides, même si sa vie personnelle est scandaleuse. Le Christ agit dans le sacrement ; le ministre n'en est que l'instrument.
L'infaillibilité pontificale : ce que Vatican I a vraiment défini (1870)
La définition dogmatique de l'infaillibilité pontificale par le concile Vatican I (constitution Pastor Aeternus, 18 juillet 1870) est presque universellement mal comprise. Elle n'affirme pas que le pape est impeccable. Elle n'affirme pas qu'il est inspiré dans ses décisions politiques. Elle n'affirme pas que ses péchés sont approuvés par Dieu. Elle pose trois conditions cumulatives strictes pour qu'une déclaration pontificale soit infaillible :
| Condition | Contenu | Excluant ce qui n'entre pas |
|---|---|---|
| Ex cathedra | Le pape parle en sa qualité de pasteur et docteur de toute l'Église | Les opinions privées, les actes politiques, les conversations diplomatiques |
| Définit une doctrine à tenir | Il définit formellement une doctrine, avec l'intention explicite d'obliger toute l'Église | Les exhortations pastorales, les sermons, les lettres privées |
| Sur foi ou mœurs | La doctrine porte sur la foi ou les mœurs (révélation divine) | La politique, la science, l'administration, l'esthétique |
Le texte exact de la définition mérite d'être cité :
« Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra — c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine concernant la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église —, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvue lorsqu'elle définit la doctrine concernant la foi ou les mœurs. » — Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, chap. IV, 18 juillet 1870[69]
Alexandre VI n'a jamais défini ex cathedra que son népotisme soit vertueux. Il n'a jamais défini que l'inceste soit permis. Il n'a jamais défini que le poison soit licite. Il n'a jamais défini qu'un pape pourrait engendrer des enfants et les pourvoir des États pontificaux. Ses fautes personnelles — réelles ou légendaires — n'ont jamais acquis le statut de doctrine catholique. Elles n'auraient donc rien pu réfuter, même si elles étaient toutes avérées.
Précédents historiques : l'Église a survécu à pire
L'histoire de l'Église offre des précédents qui montrent que des papes gravement indignes n'ont jamais détruit l'institution ni invalidé sa mission. La liste est longue, et plus ancienne qu'Alexandre VI.
Jean XII (955–964), élu pape à dix-huit ans par la pression de son père Albéric II, est déposé par un synode réuni par l'empereur Otton Iᵉʳ le 6 novembre 963, sur des accusations de fornication, simonie, parjure, et même de profanation de l'autel. L'Église survit à Jean XII et poursuit son enseignement sans modifier un seul dogme.[70]
Le « synode du cadavre » (janvier 897) voit le pape Étienne VI faire déterrer le corps de son prédécesseur Formose pour le juger post mortem, revêtu de ses ornements pontificaux. Le corps est condamné, mutilé (les trois doigts de la bénédiction sont tranchés) et jeté dans le Tibre. L'épisode est d'une violence politique inouïe, sans équivalent chez Alexandre VI. L'Église y a survécu.[71]
Le Grand Schisme d'Occident (1378–1417) voit deux puis trois prétendants simultanés se disputer le trône de Pierre. Pendant quarante ans, des catholiques sincères — saint Vincent Ferrier, sainte Catherine de Sienne, saint Bernardin de Sienne — ne savent pas avec certitude à qui obéir. Le concile de Constance (1414–1418) résout la crise en élisant Martin V le 11 novembre 1417. L'Église n'est pas sortie du Grand Schisme avec une doctrine modifiée sur la Trinité, les sacrements, l'Eucharistie ou la résurrection.[72]
Le pape Libère (352–366), sous pression de l'empereur Constance II, aurait signé en exil une formule dite « semi-arienne » (la troisième formule de Sirmium) en 358 — un dossier que les historiens discutent encore, jusque dans la réalité de la signature. Ce serait un cas plus grave théologiquement que tout ce que reproche au catholicisme la légende Borgia : un compromis doctrinal sous contrainte impériale. Même dans cette hypothèse extrême, la lecture catholique maintient que Libère n'a rien défini comme doctrine à tenir par toute l'Église — le vocabulaire ex cathedra étant ici celui de Vatican I (1870), appliqué rétrospectivement comme grille de lecture — et que son geste, politiquement lâche, n'engage pas l'infaillibilité.[73]
Eamon Duffy résume le paradoxe : le vrai miracle de l'histoire catholique n'est pas l'absence de papes scandaleux — il y en a eu, du IVᵉ siècle au XVIᵉ —, c'est que l'Église ait traversé Libère, Jean XII, le synode du cadavre, le Grand Schisme, les Borgia et les guerres de Religion en maintenant intacte une doctrine que les hommes qui la dirigeaient étaient souvent les premiers à ne pas vivre.[74]
Le verdict du Catéchisme
Le Catéchisme de l'Église catholique synthétise la doctrine catholique sur cette question :
« De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. [...] Cette infaillibilité s'étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine. » — Catéchisme de l'Église catholique, §891, Mame/Plon, Paris, 1992[75]
Et plus largement sur la sainteté de l'Église, qui n'est jamais identifiée à la sainteté morale de ses membres :
« Tandis que le Christ, "saint, innocent, sans tache", n'a pas connu le péché, mais est venu seulement expier les péchés du peuple, l'Église, qui renferme des pécheurs en son sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement. Tous les membres de l'Église, ses ministres compris, doivent se reconnaître pécheurs. » — Catéchisme de l'Église catholique, §827[76]
Voir l'article complet sur l'infaillibilité pontificale pour le détail des conditions, des limites et des objections fréquentes.
Les Borgia réfutent-ils l'Église ? La logique des fruits, revisitée
« Un arbre se juge à ses fruits » — mais lesquels, et tous ?
L'objection évangélique inverse est régulièrement mobilisée contre l'Église : si elle était vraiment l'Église du Christ, elle n'aurait pas produit les Borgia. Le verset invoqué est bien connu :
« C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Va-t-on cueillir du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? » — Matthieu 7, 16, traduction liturgique AELF[77]
La réponse catholique ne consiste pas à éluder le test, mais à regarder tous les fruits, pas seulement les plus scandaleux. Un demi-siècle de pontificats Borgia n'épuise pas le bilan d'une institution bimillénaire ; et l'examen complet de ce même demi-siècle donne au verset une portée diamétralement opposée à l'objection.
Le même demi-siècle qui produit les pontificats Borgia voit éclore :
- Saint Jean de Capistran (mort 1456, canonisé 1690) — prédicateur de la croisade de Belgrade.
- Saint François de Paule (mort 1507) — fondateur des Minimes, confesseur de Louis XI.
- Sainte Catherine de Bologne (morte 1463) — clarisse, mystique, écrivain spirituel.
- Sainte Frances de Rome (morte 1440) — visionnaire et fondatrice des Oblates de Sainte-Marie.
- Saint Antonin de Florence (mort 1459) — archevêque dominicain, théologien moral majeur.
Et le siècle qui suit Alexandre VI est précisément celui de la Réforme catholique qui produira l'une des plus prodigieuses moissons de sainteté de toute l'histoire de l'Église :
- Saint Ignace de Loyola (1491–1556) — fondateur de la Compagnie de Jésus.
- Sainte Thérèse d'Avila (1515–1582) — réformatrice du Carmel, docteur de l'Église.
- Saint Jean de la Croix (1542–1591) — docteur mystique majeur.
- Saint François Xavier (1506–1552) — apôtre des Indes et du Japon.
- Saint Charles Borromée (1538–1584) — archevêque de Milan, modèle de réforme épiscopale.
- Saint Philippe Néri (1515–1595) — réformateur de la spiritualité romaine.
- Saint Pierre Canisius (1521–1597) — docteur de l'Église, apôtre de l'Allemagne.
Le concile de Trente (1545–1563) répond aux abus disciplinaires réels par une réforme substantielle — séminaires, résidence obligatoire des évêques, suppression des bénéfices cumulés —, sans modifier une seule définition dogmatique. Voir le concile de Trente et la renaissance chrétienne.
Pour Eamon Duffy, après les Borgia l'Église a produit des saints en plus grand nombre que jamais : le scandale l'a blessée sans la changer en autre chose — et c'est précisément à cause de ces scandales que la sainteté tridentine atteignit son intensité, la grâce abondant là où le péché avait abondé.[78]
Un pape pécheur n'est pas une doctrine catholique
La distinction fondamentale est celle que pose le cardinal Joseph Ratzinger dans son Introduction au Catéchisme (1994) : l'Église est à la fois sainte et formée de pécheurs. Sa sainteté n'est pas la sainteté morale garantie de tous ses membres, ni même de tous ses chefs : c'est la présence du Christ qui la maintient dans la vérité de son enseignement malgré les faiblesses humaines. Selon lui, l'Église n'est pas sainte parce que ses membres seraient saints — beaucoup ne le sont pas, et l'Histoire en porte la marque —, mais parce qu'elle est gardée par le Saint et que le Christ y agit malgré les défaillances de ses ministres. Sa sainteté n'est pas un fait sociologique : c'est une promesse christologique.[79]
Alexandre VI a favorisé ses enfants : ce n'est pas une doctrine catholique. Il a utilisé les États pontificaux comme une puissance dynastique : ce n'est pas une doctrine catholique. Il a vécu une sexualité contraire à son état : ce n'est pas une doctrine catholique. Il n'a pas défini ex cathedra que ces comportements soient vertueux, et personne dans l'Église n'a jamais enseigné qu'ils l'étaient. Au contraire : la tradition morale catholique les a toujours condamnés explicitement.
Ce qu'Alexandre VI n'a jamais fait
Pour être complet, il faut établir l'inventaire négatif : ce qu'Alexandre VI, malgré tous ses scandales, n'a jamais fait sur le plan doctrinal.
- Il n'a pas modifié le Credo.
- Il n'a pas redéfini les sacrements.
- Il n'a pas supprimé la messe.
- Il n'a pas enseigné que le péché est une vertu.
- Il n'a pas fait de l'excommunication une arme contre toute volonté de réforme : il a réuni lui-même une commission de réforme en 1497. Le cas de Jérôme Savonarole — excommunié le 12 mai 1497 pour désobéissance persistante (refus de rejoindre la Sainte Ligue, prédication contre Rome, puis appel public à un concile pour déposer le pape), arrêté le 8 avril 1498, jugé à Florence, puis pendu et brûlé sur la place de la Seigneurie le 23 mai 1498 avec deux compagnons dominicains — reste la sanction disciplinaire d'un rebelle à l'autorité pontificale elle-même, dans un conflit politique florentin, non une condamnation de la réforme.[80]
- Il n'a pas promulgué de bulle hérétique.
- Il a maintenu intégralement la doctrine catholique sur la foi, les sacrements, la morale et la primauté.
- Il a reconnu publiquement avoir des enfants, ce qui est un péché grave pour un clerc, mais n'est pas une erreur doctrinale.
Le contraste est éclairant. Alexandre VI a péché en homme. Il n'a pas trahi en pape — au sens où l'office de Pierre a continué de transmettre, sous son pontificat, la doctrine apostolique sans rupture.
La persistance de l'Église après les Borgia
La vraie question apologétique est finalement celle-ci : l'Église a-t-elle cessé d'être l'Église à cause des Borgia ? La réponse des faits est non. Elle continue d'enseigner le Credo de Nicée-Constantinople (325, 381), de célébrer l'Eucharistie dans la même doctrine qu'à Trente, d'administrer les sept sacrements, de réformer sa discipline sans toucher au dogme, et de produire des saints dans toutes les vocations.
La réforme tridentine qui suit les scandales pontificaux de la Renaissance est l'une des plus profondes de l'histoire de l'Église : elle ne remplace pas la doctrine catholique, elle corrige les abus disciplinaires qui l'avaient rendue moins crédible. Pour une lecture catholique, l'Église qui sort de Trente — séminaires, catéchisme romain, missel uniforme, théologie sacramentelle systématique — est plus solide doctrinalement que celle qui y est entrée. Les Borgia, paradoxalement, ont contribué à ce raffermissement, en obligeant l'Église à se réformer dans l'urgence.
Conclusion
Les Borgia sont une réalité complexe que ni la défense partisane, ni l'attaque anticatholique ne traitent honnêtement.
Alonso de Borja (Calixte III) fut un administrateur sérieux, juriste rompu, réhabilitateur de Jeanne d'Arc et croisé de Belgrade — un pape de petite stature physique et de courte durée, qui pratiqua le népotisme comme tous ses contemporains italiens et que la postérité a injustement avalé dans le discrédit familial.
Rodrigo Borgia (Alexandre VI) fut un pape moralement scandaleux par sa vie personnelle et par l'usage dynastique qu'il fit des États pontificaux — c'est un fait que l'Église catholique n'a aucune raison de cacher. Il fut aussi un administrateur compétent, un mécène humaniste majeur, un arbitre diplomatique entre l'Espagne et le Portugal, un protecteur des Juifs d'Espagne, l'initiateur du rite moderne de la Porte Sainte, le fondateur d'une université qui existe toujours — Aberdeen. Les pamphlétaires de la légende noire n'ont rien à dire de tout cela, et préfèrent les châtaignes, l'inceste et l'anneau venimeux.
Lucrèce Borgia fut une femme instrumentalisée par sa famille — mariée trois fois selon les besoins politiques, brisée de douleur à la mort d'Alfonso d'Aragon — qui sut, à partir de 1502, devenir à Ferrare une duchesse compétente, une correspondante de Pietro Bembo, une dédicataire de l'Arioste, une fondatrice de couvents et une tertiaire franciscaine morte dans l'habit de la pauvreté. Le mythe romantique de l'empoisonneuse n'a aucune correspondance archivistique : c'est une construction littéraire qui s'effondre dès qu'on ouvre les boîtes de l'Archivio Estense.
La légende noire des Borgia se suit étape par étape : la rivalité de Giuliano della Rovere avec Alexandre VI (fuite en France, appel à Charles VIII, demandes de concile de déposition), le récit rétrospectif de Guicciardini, qui écrit trente-cinq ans après les faits, la reprise par les polémistes de la Réforme, puis la fixation populaire par Hugo et Donizetti en 1833 — et par Dumas en 1839–1841. Elle n'est pas sans aucun fondement — les fautes réelles d'Alexandre VI sont graves —, mais elle est hors de toute proportion avec les sources contemporaines non hostiles.
Sur le plan théologique, les Borgia ne réfutent rien. L'ex opere operato — formulé par Augustin contre les Donatistes, défini par Trente contre les Réformateurs — garantit la validité des sacrements administrés par un pape pécheur. L'infaillibilité ex cathedra définie par Vatican I a trois conditions strictes qu'Alexandre VI n'a jamais même approchées : il n'a défini aucune doctrine, en aucun moment, comme à tenir par toute l'Église. La sainteté de l'Église ne promet pas des papes tous saints — elle promet que le Christ maintient son Église dans la vérité de son enseignement malgré les infidélités de ses membres.
Que l'Église ait survécu aux Borgia, à Jean XII, au synode du cadavre, au Grand Schisme et aux guerres de Religion en maintenant le même Credo, les mêmes sacrements et la même tradition apostolique est, pour une lecture catholique, un signe de la promesse du Christ — non pas une réfutation, mais une confirmation par contraste. Le Christ avait promis Pierre comme fondement de son Église, et il avait pesé d'avance la valeur des hommes qui occuperaient la chaire :
« Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. » — Matthieu 16, 18, traduction liturgique AELF[81]
Il n'avait pas promis que ceux qui détiendraient les clefs en seraient toujours dignes. Il avait promis seulement que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas. Les Borgia ont voulu, sans le vouloir, mettre cette promesse à l'épreuve. Cinq siècles plus tard, le verdict est sous nos yeux.
Pour aller plus loin
- L'infaillibilité pontificale — ce que le dogme dit vraiment, ses conditions et ses limites.
- Le concile de Trente — réforme catholique et réponse aux scandales disciplinaires de la Renaissance.
- L'histoire plaide en faveur du catholicisme — continuité de l'Église à travers les crises.
- La renaissance chrétienne — la Rome humaniste, Pinturicchio et le mécénat pontifical.
- La légende sanglante de l'Inquisition espagnole — autre cas-école d'historiographie hostile démythifiée.
- Réponses au protestantisme — abus de l'Église et objections doctrinales.
- Martin Luther — Léon X, les indulgences et la réaction du moine de Wittenberg.
- Les États pontificaux — souveraineté temporelle, politique dynastique, abolition.
Notes et références
Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, trad. F. I. Antrobus, vol. II, Kegan Paul, Londres, 1891, p. 319-340 ; Ivan Cloulas, Les Borgia, Fayard, Paris, 1987, p. 15-27 (la référence antérieure à Mariano Picón Salas, De la conquista a la Independencia — ouvrage sur l'Amérique latine — est retirée : le passage précis censé éclairer le contexte aragonais du XVᵉ siècle n'a pas pu être vérifié).
1Massimo Miglio, Storia della Chiesa, vol. XII : La crisi religiosa del Quattrocento, San Paolo, Cinisello Balsamo, 1999, p. 89-115 (sur l'immigration aragonaise à Rome).
2Rescrit de Calixte III du 11 juin 1455, à la requête d'Isabelle Romée ; Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, 5 vol., Jules Renouard, Paris, 1841-1849, t. II-III (pièces du procès en nullité, 1455-1456) ; Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin, Jeanne d'Arc, Fayard, Paris, 1986, p. 290-295. Le procès en nullité s'ouvre le 7 novembre 1455 à Notre-Dame de Paris et s'achève le 7 juillet 1456 à Rouen, avec environ cent quinze témoins entendus selon les décomptes les plus courants ; le jugement déclare le procès de 1431 entaché de dol et d'iniquité.
3Kenneth Setton, The Papacy and the Levant, 1204-1571, vol. II, American Philosophical Society, Philadelphie, 1978, p. 175-200 ; Norman Housley, Crusading and the Ottoman Threat 1453-1505, Oxford University Press, 2012, ch. 1 ; Catholic Encyclopedia, « Feast of the Transfiguration » : victoire d'Hunyadi sur les Turcs à Belgrade et extension de la fête à l'Église universelle par Calixte III en mémoire de cette victoire (l'encyclopédie date l'extension de 1456 ; d'autres récits la placent l'année suivante) ; Franciscan Media : victoire du 22 juillet 1456, nouvelle parvenue à Rome le 6 août.
4Christine Shaw, Julius II: The Warrior Pope, Blackwell, Oxford, 1993, p. 1-15 (introduction sur le clientélisme curial de la Renaissance) ; Sandro Carocci, Il nepotismo nel Medioevo: Papi, cardinali e famiglie nobili, Viella, Roma, 1999, p. 215-240.
5Michael Mallett, The Borgias: The Rise and Fall of a Renaissance Dynasty, Bodley Head, Londres, 1969, p. 68-79 ; la nomination comme vice-chancelier date du 1ᵉʳ mai 1457 (Archivio Segreto Vaticano, Reg. Vat. 458, fol. 12r).
6Mallett, The Borgias, op. cit., p. 80-105 ; les inventaires de la fortune cardinalice de Rodrigo lors de l'élection sont conservés à l'ASV.
7Mallett, The Borgias, op. cit., p. 79. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
8Pie II, Commentarii rerum memorabilium que temporibus suis contigerunt, éd. A. van Heck, 2 vol., Biblioteca Apostolica Vaticana, Cité du Vatican, 1984, vol. I, p. 453 (lettre du 11 juin 1460 à Rodrigo concernant le festin de Sienne) ; trad. anglaise dans Pius II, Commentaries, éd. M. Meserve et M. Simonetta, Harvard University Press, I Tatti Renaissance Library, 2007, livre III.
9Sarah Bradford, Lucrezia Borgia: Life, Love and Death in Renaissance Italy, Viking, Londres, 2004, p. 10-14 ; les dates de naissance des enfants de Rodrigo et Vannozza sont établies d'après la correspondance diplomatique et les archives romaines (la mention antérieure de « registres paroissiaux de Santa Maria del Popolo » a été retirée : cette église ne devient siège paroissial qu'en 1561, et la tenue systématique des registres de baptême ne se généralise qu'après le concile de Trente).
10Pastor, History of the Popes, vol. V, op. cit., p. 381-402 ; Frederic J. Baumgartner, Behind Locked Doors: A History of the Papal Elections, Palgrave Macmillan, New York, 2003, p. 87-94.
11Date du couronnement retenue par l'historiographie secondaire : 26 août 1492. Variante signalée : le journal de Burchard, dans sa traduction anglaise courante, est cité au 27 août — confrontation sur l'édition Thuasne/Celani restant due avant toute citation au mot près.
12Shaw, Julius II, op. cit., p. 28-50 (campagne diplomatique de della Rovere contre Alexandre VI, négociations avec Charles VIII de France).
13Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. V : Alexander VI, trad. F. I. Antrobus, Kegan Paul, Londres, 1898, p. 385.
14Archivio di Stato di Milano, Dispacci degli ambasciatori a Roma, dépêche du 14 août 1492, citée dans Mallett, The Borgias, p. 112-115 ; les rapports milanais sur les « mulets chargés d'or » sont de troisième main et non corroborés par d'autres sources diplomatiques.
15Sur l'accord électoral d'octobre 1503 (suffrages des cardinaux espagnols en échange du maintien de César Borgia comme gonfalonier et de la conservation de ses États) : convention du 29 octobre 1503 rapportée par Burchard, Liber notarum, et résumée par Sarah Bradford dans sa biographie de César Borgia ; Shaw, Julius II, op. cit. (négociation avec César Borgia et les cardinaux espagnols avant le conclave d'octobre 1503) ; Meyer, The Borgias, op. cit., p. 380-395 ; sur la confiscation des biens Borgia et le sceau des Appartements après l'élection : Shaw, Julius II, op. cit., p. 130-150.
16 57Bulle Cum tam divino, Jules II, 14 janvier 1505 (date lue dans le texte même de la bulle), texte dans Magnum Bullarium Romanum, t. III, Turin, 1859, p. 365-368 ; Frederic J. Baumgartner, Behind Locked Doors, op. cit., p. 95-97. Bulle prospective : elle statue pour les conclaves à venir, sans rétroagir sur les élections passées.
17Bulle Inter caetera (seconde version), 4 mai 1493, texte latin dans Magnum Bullarium Romanum, t. III, Turin, 1859, p. 362-365 ; Luís Adão da Fonseca, D. Manuel I e o sonho imperial, Quetzal, Lisbonne, 1995, p. 87-110 (contexte espagnol et portugais).
18Traité de Tordesillas, 7 juin 1494 ; L. A. Vigneras, « The Treaty of Tordesillas », The Americas, vol. 15/1, 1958, p. 49-63 ; texte du traité dans Frances Gardiner Davenport, European Treaties Bearing on the History of the United States and Its Dependencies, vol. I, Carnegie Institution, Washington, 1917, p. 84-100.
19Vigneras, « The Treaty of Tordesillas », op. cit., p. 62. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
20Décret de l'Alhambra, 31 mars 1492 ; Henry Kamen, The Spanish Inquisition: A Historical Revision, Yale University Press, New Haven, 4ᵉ éd., 2014, p. 14-25. Kamen révise les estimations fortement à la baisse (de l'ordre de 40 000 exilés selon les synthèses secondaires de son propos) : le chiffre d'environ 150 000 relève des estimations hautes (fourchette courante de 40 000 à 200 000 selon les auteurs) ; confrontation sur l'exemplaire 4ᵉ éd. restant due avant validation définitive.
21La lettre d'Alexandre VI à ses légats est citée et discutée dans Salo Wittmayer Baron, A Social and Religious History of the Jews, vol. XIII, Columbia University Press, New York, 1969, p. 109 note 20 ; registres pontificaux (ASV, Reg. Vat. 776). Formulation française résumée d'après cette référence : le latin exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
22Cecil Roth, The History of the Jews in Italy, Jewish Publication Society, Philadelphie, 1946, p. 196-210 ; passage résumé p. 199. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
23Bulle Inter curas multiplices, 20 décembre 1499 — la bulle qui proclame solennellement le Jubilé (revue Religions, vol. 16/6, 2025, « The Christological Dimension of Papal Ceremonies: Alexander VI and the Opening of the Holy Door ») ; Mario Sensi, Storia dei giubilei, vol. I, Boroli, Novara, 1997, p. 220-245 ; Herbert Thurston, The Holy Year of Jubilee, Sands & Co., Londres, 1900, p. 38-52 (sur la première mise en scène du rite de la Porte Sainte).
24John D'Amico, Renaissance Humanism in Papal Rome: Humanists and Churchmen on the Eve of the Reformation, Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1983, p. 200-215 ; Loren Partridge, The Art of Renaissance Rome, Abrams, New York, 1996, p. 89-95 ; Claudia La Malfa, Pinturicchio a Roma: La seduzione dell'antico, Silvana Editoriale, Milan, 2009.
25Bulle fondatrice de l'King's College of Aberdeen, 10 février 1495 en style moderne (10 février 1494 selon le comput écossais de l'époque, l'année commençant le 25 mars), conservée aux Archives de l'Université d'Aberdeen ; l'Université elle-même (site officiel, page King's College) donne la date du 10 février 1495 pour la bulle d'Alexandre VI ; charte royale de Jacques IV la même année ; l'université a célébré son cinquième centenaire le 10 février 1995 ; Robert Sangster Rait, The Universities of Aberdeen: A History, J. G. Bisset, Aberdeen, 1895, p. 1-20 ; Leslie Macfarlane, William Elphinstone and the Kingdom of Scotland 1431-1514, Aberdeen University Press, Aberdeen, 1985, p. 322-360. La Catholic Encyclopedia (1913, « University of Aberdeen ») donne quant à elle le 24 février 1494 en style ancien, soit 1495 en comput moderne (avec une coquille « 1491 » dans certaines réimpressions) : l'article retient la date du 10 février 1495 donnée par l'Université elle-même, dépositaire de la bulle.
26Pastor, History of the Popes, vol. V, op. cit., p. 478-485 ; Mallett, The Borgias, op. cit., p. 184-192 ; Burchard, Liber notarum, éd. Thuasne, vol. II, p. 372-378 (récit du repêchage du corps).
27Pastor, History of the Popes, vol. V, op. cit., p. 478-485 et annexes ; procès-verbal de la commission de réforme nommée en juin 1497 dans les registres pontificaux (Archivio Segreto Vaticano, Reg. Vat. 877) ; texte partiel dans Pastor, vol. V, app. 60-62.
28G. J. Meyer, The Borgias: The Hidden History, Bantam Books, New York, 2013, p. 268. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
29Johannes Burchard, Liber notarum ab anno 1483 usque ad annum 1506, éd. Enrico Celani (pour 1483-1492) et Louis Thuasne (pour 1492-1506), 3 vol., Ernest Leroux, Paris, 1883-1885 ; éd. critique italienne : Liber notarum, éd. E. Celani, Rerum Italicarum Scriptores, t. XXXII/1, Città di Castello, 1907-1942.
30La lettre attribuée à Silvio Savelli, datée du 15 novembre 1501, est citée dans Mallett, The Borgias, p. 196 ; le texte original mentionne uniquement un « dîner offert par César Borgia », sans mention d'orgie, de prostituées ni de prix sexuels.
31Mallett, The Borgias, op. cit., p. 178-200 (discussion détaillée des problèmes de fiabilité du Liber notarum), passage résumé p. 188 ; Meyer, The Borgias, op. cit., p. 297-310. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
32Bradford, Lucrezia Borgia, op. cit., p. 68-80 ; Cloulas, Les Borgia, op. cit., p. 200-215 ; les audiences ducales milanaises où Giovanni Sforza prononce ses accusations sont attestées par les chroniques milanaises (Bernardino Corio, Patria Historia, 1503).
33G. J. Meyer, The Borgias: The Hidden History, Bantam Books, New York, 2013, p. 236. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
34Sarah Bradford, Lucrezia Borgia: Life, Love and Death in Renaissance Italy, Viking, Londres, 2004, p. 79. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
35Ivan Cloulas, Les Borgia, Fayard, Paris, 1987, p. 218 ; Anne Reynolds, Renaissance Humanism at the Court of Clement VII: Francesco Berni's Dialogue Against Poets, Garland, New York, 1997, ch. 2 (sur la circulation des pasquinades). Paraphrase résumée d'après Cloulas : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
36Alexandre Dumas, Les Borgia, dans Crimes célèbres, Administration de Librairie, Paris, 1839-1841, t. III ; l'anneau empoisonné ne se rencontre, à notre connaissance, dans aucune source identifiée du XVᵉ ni du XVIᵉ siècle ; Dumas combine librement Burchard, Guicciardini, Hugo et des récits de cabinet de curiosités.
37Mallett, The Borgias, op. cit., p. 250-265 (discussion des accusations de poison et absence de preuves convergentes) ; Meyer, The Borgias, op. cit., p. 355-365 ; sur le cantarella supposé, Antonio Tinagli, Veneficio nella storia, Forni, Bologne, 1965, p. 88-95.
38Burchard, Liber notarum, vol. III, éd. Thuasne, p. 191-193 (récit de la maladie simultanée d'Alexandre VI, César Borgia et plusieurs cardinaux après le dîner du 5 août 1503 dans les jardins du cardinal Adriano Castellesi).
39Giuseppe Fornasini, « La morte di Alessandro VI e le febbri malariche di Roma », Archivio della Società Romana di Storia Patria, vol. XXII, 1899, p. 321-340 ; Robert Sallares, Malaria and Rome: A History of Malaria in Ancient Italy, Oxford University Press, 2002, p. 200-230 (sur la persistance du paludisme à Rome jusqu'au XXᵉ siècle).
40Fornasini, « La morte di Alessandro VI », op. cit., p. 338.
41Bradford, Lucrezia Borgia, op. cit., p. 14-30 ; Maria Bellonci, Lucrezia Borgia: la sua vita e i suoi tempi, Mondadori, Milan, 1939 (rééd. 1953), p. 25-85.
42Bradford, Lucrezia Borgia, op. cit., p. 25-30, 55-65, 110-120 ; Diane Yvonne Ghirardo, Marriage and Material Cultures in Renaissance Italy, Yale University Press, New Haven, 2008, ch. 3.
43Bradford, Lucrezia Borgia, op. cit., p. 220-240 ; correspondance politique conservée à l'Archivio di Stato di Modena, Cancelleria Ducale, Carteggi tra principi e signori.
44Pietro Bembo, Lettere, éd. Ernesto Travi, 4 vol., Commissione per i testi di lingua, Bologne, 1987-1993 ; les lettres à Lucrèce (1503-1504) sont conservées à la Biblioteca Ambrosiana de Milan (cote MS D 359 inf.) ; Sarah Gwyneth Ross, The Birth of Feminism: Woman as Intellect in Renaissance Italy and England, Harvard University Press, Cambridge MA, 2009, ch. 2 ; Byron consulte les lettres en 1816 et en parle dans son journal.
45Ludovico Ariosto, Orlando Furioso, chant XIII, strophe 69 (texte de l'édition définitive de 1532) ; éd. critique : éd. Cesare Segre, Mondadori, Milan, 1976. Texte vérifié sur l'édition Wikisource (Canto 13, ottava 69).
46Diane Yvonne Ghirardo, « Marriage and Sexuality in the Italian Renaissance », Journal of Family History, vol. 28/4, 2003, p. 510-540 ; Maria Cristina Acidini Luchinat, Lucrezia Borgia: la vie d'une dame ferraraise, Mondadori Electa, Milan, 2002, p. 188-210 (entrée au Tiers-Ordre, fondations de couvents, direction spirituelle franciscaine).
47Bradford, Lucrezia Borgia, op. cit., p. 308-320 ; Maria Bellonci, Lucrezia Borgia, op. cit., p. 568-572 ; la dernière lettre à Léon X, dictée le 22 juin 1519, est conservée à l'Archivio di Stato di Modena.
48Sarah Bradford, Lucrezia Borgia: Life, Love and Death in Renaissance Italy, Viking, Londres, 2004, p. 322. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
49Ivan Cloulas, Les Borgia, Fayard, Paris, 1987, p. 345. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
50Lauro Martines, April Blood: Florence and the Plot Against the Medici, Oxford University Press, 2003 (récit détaillé de l'attentat du 26 avril 1478 dans la cathédrale de Florence, dix-neuf coups portés à Julien de Médicis ; information du pape et rôle de Girolamo Riario, dont l'interprétation exacte reste débattue) ; Mallett, The Borgias, op. cit., p. 45-52 (rôle de Sixte IV) ; Marcello Simonetta, The Montefeltro Conspiracy: A Renaissance Mystery Decoded, Doubleday, New York, 2008.
51Pastor, History of the Popes, vol. V, op. cit., p. 228-240 (Innocent VIII et ses enfants) ; le mariage de Franceschetto Cibo — fils illégitime reconnu d'Innocent VIII — avec Maddalena de Médicis, fille de Laurent le Magnifique, dans la salle des Papes du Vatican (20 janvier 1488, dot de 4 000 ducats) est documenté par plusieurs chroniques (Infessura, Burchard, dépêches florentines) ; Ferdinand Gregorovius, History of the City of Rome in the Middle Ages, vol. VII, Bell and Sons, Londres, 1900 : mariage célébré au Vatican le dimanche 20 janvier 1488 ; Giovanni de Médicis, fils de Laurent et frère de Maddalena (futur Léon X), reçoit le chapeau de cardinal à treize ans dans le cadre du même rapprochement — Franceschetto Cibo devient ainsi son beau-frère, et non l'inverse.
52Érasme (attribué), Julius exclusus e caelis, vers 1513-1514 ; édition critique : Wallace K. Ferguson, Erasmi Opuscula: A Supplement to the Opera Omnia, Martinus Nijhoff, La Haye, 1933, p. 38-124 ; circulation anonyme dès 1514, attribuée à Érasme par l'analyse stylistique moderne.
53Shaw, Julius II, op. cit., p. 5-7 et 130-140 (Felice della Rovere, fille reconnue) ; Caroline P. Murphy, The Pope's Daughter: The Extraordinary Life of Felice della Rovere, Oxford University Press, 2005.
54Hubert Jedin, History of the Council of Trent, vol. I, trad. E. Graf, Nelson, Londres, 1957, p. 115-180 (contexte des indulgences) ; Lyndal Roper, Martin Luther: Renegade and Prophet, Random House, New York, 2016, p. 95-130.
55Shaw, Julius II, op. cit., p. 28-50 ; Pastor, History of the Popes, vol. V, op. cit., p. 423-460 ; Meyer, The Borgias, op. cit., p. 380-395.
56G. J. Meyer, The Borgias: The Hidden History, Bantam Books, New York, 2013, p. 387. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
58Francesco Guicciardini, Storia d'Italia, éd. Ettore Mazzali, 3 vol., Garzanti, Milan, 1988 (composée 1537-1540 ; première publication posthume 1561) ; Mark Phillips, Francesco Guicciardini: The Historian's Craft, University of Toronto Press, Toronto, 1977.
59Mark Phillips, Francesco Guicciardini: The Historian's Craft, University of Toronto Press, Toronto, 1977, p. 167. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
60Robert Scribner, For the Sake of Simple Folk: Popular Propaganda for the German Reformation, Cambridge University Press, 1981, p. 148-189 ; Lyndal Roper, Martin Luther: Renegade and Prophet, Random House, New York, 2016, p. 180-195 ; Passional Christi und Antichristi, Cranach-Werkstatt, Wittenberg, 1521.
61Victor Hugo, Lucrèce Borgia, drame en prose en trois actes, créé au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, 2 février 1833 ; édition originale : Eugène Renduel, Paris, 1833 ; Anne Ubersfeld, Le Roi et le Bouffon: Étude sur le théâtre de Hugo de 1830 à 1839, Corti, Paris, 1974, p. 388-435.
62Gaetano Donizetti, Lucrezia Borgia, opéra en un prologue et deux actes, livret de Felice Romani d'après Victor Hugo, créé au Teatro alla Scala, Milan, 26 décembre 1833 ; William Ashbrook, Donizetti and His Operas, Cambridge University Press, 1982, p. 358-374.
63Maria Bellonci, Lucrezia Borgia: la sua vita e i suoi tempi, Mondadori, Milan, 1939, préface à la 3ᵉ édition (1953), p. 7-12. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
64Matthieu 23, 2-3, Traduction liturgique de la Bible (AELF), texte vérifié au mot près sur aelf.org (consulté le 4 octobre 2026). L'attribution antérieure à la TOB 2010 n'a pas pu être vérifiée sur l'édition imprimée et le libellé ne correspond pas à l'AELF : le texte est donc donné ici dans la traduction liturgique.
65Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas (v. 400-401) pour la doctrine anti-donatiste d'ensemble. La formule brève « aliud est sacramentum, aliud virtus sacramenti » appartient aux Tractatus in Iohannem, tract. 26 (trad. angl. NPNF 1ʳᵉ série, vol. VII : « the sacrament is one thing, the virtue of the sacrament another »), et non au De baptismo IV, 18 : l'attribution antérieure et l'insert latin « effectus vel », non retrouvé dans les parallèles savants, sont donc retirés. Le libellé latin précis (PL 43, col. 170 ; trad. fr. Bibliothèque Augustinienne t. XXIX) reste à confronter sur exemplaire avant toute citation au mot près.
66Concile de Trente, Session VII, 3 mars 1547, Décret sur les sacrements, canon 6 ; texte latin et trad. dans H. Denzinger et A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, 36ᵉ éd., Herder, Fribourg, 1976, n° 1606.
67Concile de Trente, Session VII, 3 mars 1547, canon 12 ; Denzinger-Schönmetzer, n° 1612.
68Concile Vatican I, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, chap. IV, 18 juillet 1870 ; Denzinger-Schönmetzer, n° 3074 ; trad. fr. dans Documents de Vatican I, éd. R. Aubert, Centurion, Paris, 1964.
69Jean XII (955-964) ; synode romain du 6 novembre 963, présidé par Otton Iᵉʳ ; Ferdinand Gregorovius, History of the City of Rome in the Middle Ages, vol. III, Bell and Sons, Londres, 1903, p. 393-420 ; Liudprand de Crémone, Historia Ottonis, éd. P. Chiesa, Corpus Christianorum CM 156, Brepols, Turnhout, 1998.
70Synode du cadavre, janvier 897 ; Gregorovius, History of the City of Rome in the Middle Ages, op. cit., vol. III, p. 210-220 ; Auxilius de Naples, Libellus in defensionem Stephani papae, éd. E. Dümmler, Hahnsche Buchhandlung, Hanovre, 1866.
71Brian Tierney, Foundations of the Conciliar Theory, Cambridge University Press, 1955 ; Howard Kaminsky, Simon de Cramaud and the Great Schism, Rutgers University Press, New Brunswick, 1983 ; résolution par le Concile de Constance, élection de Martin V le 11 novembre 1417.
72Libère (352-366) ; la signature de la formule semi-arienne en 358 est discutée dans J. N. D. Kelly, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford University Press, 1986, p. 29-30 ; Yves-Marie Duval, « La 'manœuvre frauduleuse' de Rimini : à la recherche du Liber adversus Ursacium et Valentem », dans Hilaire et son temps, Études Augustiniennes, Paris, 1968, p. 51-103.
73Eamon Duffy, Saints and Sinners: A History of the Popes, Yale University Press, New Haven, 2ᵉ éd., 2001, p. 211. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
74Catéchisme de l'Église catholique, §891, Mame/Plon, Paris, 1992 ; édition révisée, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1997.
75Catéchisme de l'Église catholique, §827, Mame/Plon, Paris, 1992 ; reprend Lumen Gentium §8 (Vatican II).
76Matthieu 7, 16, Traduction liturgique de la Bible (AELF), texte vérifié au mot près sur aelf.org (consulté le 4 octobre 2026) ; le verset prolonge la pédagogie évangélique du discernement amorcée en Mt 7, 15-20 (les faux prophètes) et reprise en Lc 6, 43-45.
77Eamon Duffy, Saints and Sinners: A History of the Popes, Yale University Press, New Haven, 2ᵉ éd., 2001, p. 208. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
78Joseph Ratzinger (cardinal), Introduction au Catéchisme de l'Église catholique, Mame/Plon, Paris, 1994, p. 30-35 ; reprise dans Joseph Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd'hui, Cerf, Paris, 1969, sur la tension entre sainteté de l'Église et péché de ses membres. Paraphrase résumée d'après cette référence : le texte exact reste à confronter sur l'exemplaire avant toute citation au mot près.
79Excommunication de Savonarole le 12 mai 1497 pour désobéissance persistante — date donnée par la Catholic Encyclopedia, « Girolamo Savonarola » (« On 12 May, 1497, he was excommunicated », texte vérifié sur newadvent.org), corroborée par Wikipédia et les répertoires concordants (la date du 13 mai, retenue antérieurement d'après Girolamo Savonarola Online, Brill, est donc corrigée ici au 12 mai) ; prédication contre Rome pendant le carême 1497, refus de Florence de rejoindre la Sainte Ligue d'Alexandre VI contre la France, puis appel public de Savonarole à un concile pour déposer le pape ; arrestation le 8 avril 1498, jugement à Florence, pendaison et bûcher sur la place de la Seigneurie le 23 mai 1498 avec les dominicains Domenico da Pescia et Silvestro Maruffi.
80Matthieu 16, 18, Traduction liturgique de la Bible (AELF), texte vérifié au mot près sur aelf.org (consulté le 4 octobre 2026) ; le verset clé de la primauté pétrinienne est commenté par Joseph Ratzinger, Appelés à la communion : comprendre l'Église aujourd'hui, Fayard, Paris, 1993, ch. 3, comme la promesse qui fonde la confiance catholique dans la persistance de l'Église malgré les défaillances de ses ministres.
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