La chute de Constantinople est la prise de la capitale de l'Empire romain d'Orient par les troupes du sultan ottoman Mehmed II, le mardi 29 mai 1453, après un siège de cinquante-trois jours[5]. C'est l'un des événements les plus marquants de l'histoire religieuse et politique de l'Occident : il met fin à un empire qui se voulait l'héritier direct de Constantin et de Théodose, transforme la grande basilique Sainte-Sophie en mosquée, et fixe pour des siècles la frontière de la chrétienté à la lisière des Balkans.
Vue d'Occident, la chute est ressentie comme une catastrophe spirituelle. Le pape Nicolas V, à Rome, répond dès le 30 septembre 1453 par la bulle Etsi ecclesia Christi, qui appelle toute la chrétienté à la croisade pour reprendre la ville[6]. Le cardinal Bessarion, ancien archevêque grec de Nicée passé à Rome après le concile de Florence, déplore la chute dans une lettre au doge de Venise Francesco Foscari, datée du 13 juillet 1453, et y presse les princes chrétiens à la riposte[7]. Le jeune Énée Sylvius Piccolomini, futur pape Pie II, écrit dès le 12 juillet 1453 au pape Nicolas V une lettre où il déplore la chute comme un malheur immense pour toute la chrétienté[8]. Aucun de ces auteurs n'est neutre : ils ont tous quelque chose à demander aux princes d'Europe — une nouvelle croisade. Mais leur émotion est réelle, et elle dit une chose vraie : la chrétienté vient de perdre, en quelques heures, l'une des premières cités de la chrétienté.
L'article qui suit reprend l'événement pièce par pièce : les sources grecques, latines et ottomanes ; la dégradation lente de l'Empire byzantin jusqu'à 1453 ; le concile d'union de Florence (1439) et son échec moral à Constantinople ; les préparatifs militaires du jeune sultan, la forteresse de Roumélie-Hisar et la bombarde d'Orban ; les acteurs principaux — Constantin XI, Mehmed II, Giustiniani, Isidore de Kiev ; le déroulement du siège jour après jour ; la nuit du 28 au 29 mai, avec la dernière liturgie commune à Sainte-Sophie, la mort de Constantin et l'effondrement des murailles ; le sac, la transformation de Sainte-Sophie, le destin des habitants ; enfin les conséquences civilisationnelles, religieuses et politiques, jusqu'aux gestes œcuméniques de saint Jean-Paul II — qui, le 4 mai 2001 à Athènes, demanda à Dieu le pardon des fautes des catholiques, évoquant le sac de la ville par les croisés latins (1204) — et de Benoît XVI, qui signa avec le patriarche Bartholomée Iᵉʳ la déclaration commune du Phanar du 30 novembre 2006.
Doukas, historien grec contemporain, tient dans son Historia Turco-Byzantina (39, 16, rédigée vers 1462) le 29 mai 1453 pour le jour le plus terrible et le plus douloureux de l'histoire universelle[9].
Sources et historiographie
La chute de Constantinople est l'un des événements médiévaux les mieux documentés par ses contemporains. Quatre traditions narratives coexistent : grecque, latine occidentale, ottomane et russo-slave. Aucune n'est neutre ; toutes sont indispensables.
Les témoins grecs
Quatre auteurs grecs racontent la chute. Trois sont contemporains, le quatrième est un faussaire célèbre mais précieux.
Doukas, dont nous ne connaissons que le nom de famille, est un Grec catholique de Lesbos, secrétaire du seigneur génois de l'île. Sa Historia Turco-Byzantina couvre les années 1341-1462. Il n'était pas à Constantinople en mai 1453, mais il a interrogé des survivants peu après et il connaît bien le monde ottoman. Le médiéviste roumain Vasile Grecu en a établi l'édition critique de référence en 1958[10].
Georges Sphrantzès, chambellan et confident personnel de Constantin XI, est probablement le seul membre du gouvernement impérial dont nous ayons un témoignage direct. Son Chronicon Minus, court et factuel, est unanimement reconnu comme authentique. Le Chronicon Maius qui lui est attribué dans la tradition est en réalité une réécriture du XVIᵉ siècle par Macaire Mélissène, métropolite grec exilé : Mélissène a brodé, ajouté des discours, mais sans inventer entièrement les faits. L'édition critique du Maius par Vasile Grecu (Bucarest, 1966, introduction p. 5-39) expose cette attribution à Macaire Mélissène et confirme l'authenticité du Minus — une distinction que la recherche établit depuis 1934[11].
Laonikos Chalkokondylès, élève de Géorgios Gémistos Pléthon à Mistra, écrit vers 1480 ses Apodeixeis Historiôn, en grec atticisant à la manière de Thucydide. Il est moins fiable sur le détail mais précieux pour comprendre l'œil hellénisant et déjà nostalgique d'un Byzantin de la dernière génération[12].
Critobule d'Imbros, contemporain lui aussi, est unique : il écrit en grec pour Mehmed II, à qui il dédicace son ouvrage. Sa version est apologétique du sultan, mais elle conserve une masse de détails militaires et administratifs irremplaçables. Son édition critique par Diether Reinsch (1983) en a fait une source majeure[13].
Les témoins latins occidentaux
Trois Italiens présents pendant le siège ont laissé des récits remarquables.
Nicolò Barbaro, médecin de bord de la flotte vénitienne, tient pendant tout le siège un journal de bord en italien (vénitien), daté jour par jour. Ce Giornale dell'assedio di Costantinopoli est la source narrative la plus précise sur la chronologie du siège : Barbaro note les phases de la lune, les vents, les morts vénitiens nommément, les rumeurs du jour. Édité pour la première fois par Enrico Cornet à Vienne en 1856, traduit en anglais par J. R. Jones en 1969, il est devenu la base de toutes les reconstructions modernes du calendrier des opérations[14].
Leonardo de Chios (Leonardo Giustiniani), archevêque latin de Mytilène, présent dans la ville durant tout le siège, écrit le 16 août 1453, à peine deux mois et demi après la chute, une lettre au pape Nicolas V d'une vingtaine de pages : c'est le premier compte-rendu détaillé reçu à Rome. Catholique grec d'origine, il connaissait la liturgie byzantine, parlait grec et latin. Son texte est extrêmement hostile aux « schismatiques » orthodoxes, qu'il rend responsables du désastre pour leur refus de l'union avec Rome — le grief que cristallise la formule célèbre attribuée par Doukas au grand-duc Loukas Notaras (voir ci-dessous)[15].
Isidore de Kiev, ancien métropolite de Kiev devenu cardinal romain après le concile de Florence, est envoyé à Constantinople par Nicolas V en 1452 comme légat pontifical. Blessé pendant l'assaut, capturé puis libéré contre rançon, il écrit lui aussi au pape et au cardinal Bessarion en juillet 1453. Sa lettre, conservée dans la Patrologia Graeca, est le document le plus émouvant envoyé par un témoin direct catholique[16].
D'autres récits latins occidentaux, plus brefs, complètent : la lettre d'Angelo Giovanni Lomellino (podestat génois de Pera) au Conseil de Gênes du 23 juin 1453, écrite trois semaines après la chute, est l'un des premiers documents officiels reçus en Occident[17]. Le témoignage de Jacopo Tedaldi, marchand florentin présent à Constantinople, fournit des chiffres précieux sur les pertes[18].
Les sources ottomanes et persanes
Côté ottoman, l'historien officiel Tursun Beg, secrétaire impérial sous Mehmed II et ses successeurs, écrit vers 1488 son Târîh-i Ebü'l-Feth ("Histoire du Père de la Conquête"). C'est la version palatiale ottomane : Mehmed y figure en souverain musulman idéal, soldat-érudit, héritier conscient du destin impérial[19]. À ses côtés, plusieurs chroniqueurs persans et arabes du XVᵉ siècle relaient l'événement comme un triomphe islamique majeur, en accomplissement d'un hadith prophétique attribué à Mahomet qui annonçait la prise de Constantinople — hadith très souvent cité dans la propagande ottomane[20].
L'historiographie moderne
L'histoire de la chute a été refondée au XXᵉ siècle. Steven Runciman publie en 1965 The Fall of Constantinople 1453, devenu un classique anglophone par sa prose claire et sa connaissance du monde byzantin tardif ; ses biais pro-orthodoxes et anti-latins sont aujourd'hui critiqués, mais le récit factuel reste solide[21]. Donald M. Nicol, professeur au King's College London, fournit avec The Last Centuries of Byzantium (1972 ; 2ᵉ éd. 1993) le cadre politique large, et avec The Immortal Emperor (1992) la biographie scientifique de Constantin XI[22].
L'historiographie ottomane scientifique a été refondée par Franz Babinger (Munich) avec sa monumentale Mehmed der Eroberer und seine Zeit (1953), classique encore irremplacé[23]. Plus récemment, l'historien anglais Roger Crowley a popularisé l'événement auprès du grand public avec 1453 (2005) : ouvrage de haute vulgarisation, fiable sur le déroulement militaire[24]. La somme académique de référence sur l'aspect technique du siège est aujourd'hui The Siege and the Fall of Constantinople in 1453 de Marios Philippides et Walter K. Hanak (Ashgate, 2011), 760 pages de critique des sources, topographie des murailles, étude de l'artillerie et de la flotte[25].
Constantinople à la veille de 1453
Un empire réduit à sa capitale
Au début du XVᵉ siècle, l'Empire byzantin n'est plus qu'une ombre. Il a perdu, en deux siècles, presque toutes ses provinces. Le sac de Constantinople par la quatrième croisade en 1204, qui a installé pour cinquante-sept ans un Empire latin sur le Bosphore, a brisé la base économique et démographique de l'État. Lorsque les Paléologues reprennent la ville en 1261, ils héritent d'une capitale délabrée et d'une fiscalité ruinée[26].
Au fil du XIVᵉ siècle, les Ottomans, dynastie turque issue de l'Anatolie nord-occidentale, conquièrent Brousse (1326), puis Andrinople (1369) qui devient leur capitale balkanique, et écrasent la Serbie à Kosovo (1389). En 1396, à Nicopolis, la croisade européenne menée par le roi de Hongrie Sigismond et le futur duc de Bourgogne Jean sans Peur est balayée. En 1444, c'est la croisade de Varna, menée par le jeune roi de Pologne et Hongrie Vladislav III Jagellon, qui se brise à son tour ; Vladislav meurt sur le champ de bataille[27]. En 1448, le défenseur des Balkans, Jean Hunyadi, perd à son tour la deuxième bataille de Kosovo.
À la veille du siège, la superficie de l'Empire byzantin se limite à : la ville de Constantinople elle-même et ses faubourgs ; quelques enclaves en Thrace ; le despotat de Morée (Péloponnèse), gouverné par les frères du basileus ; et l'empire de Trébizonde sur la mer Noire, dynastie cognate mais distincte. La population de la ville, qui comptait peut-être 400 000 à 500 000 habitants au XIIᵉ siècle, est estimée par les chercheurs modernes entre 40 000 et 50 000 âmes en 1453[28].
Ce qui maintient la ville debout, c'est un seul élément : ses murailles. Le système défensif théodosien, élevé à partir de 413 sous le règne de Théodose II, court sur près de six kilomètres entre la Corne d'Or et la mer de Marmara. Triple mur, fossé, glacis : c'est l'ouvrage défensif urbain le plus formidable de tout le Moyen Âge[29]. Pendant mille ans, il a tenu : devant les Avars (626), les Arabes (674-678 et 717-718), les Bulgares (813 et 913), les Rus' (860, 907, 941), les Petchenègues, les Croisés latins (1203-1204, exception unique de l'histoire), les Ottomans eux-mêmes (sièges manqués de 1394-1402 et 1422). Les habitants vivaient avec la conviction populaire que la ville était imprenable par la terre.
Le concile d'union de Florence (1439)
Pour obtenir un secours militaire de l'Occident, l'empereur Jean VIII Paléologue se résout, après des années d'hésitation, à conclure l'union des Églises. Du 9 avril 1438 au 6 juillet 1439, il participe en personne au concile de Ferrare-Florence, accompagné de quelque 700 ecclésiastiques et laïcs grecs, dont le patriarche Joseph II de Constantinople — qui mourra à Florence en juin 1439[30].
Dans son discours d'ouverture du 9 avril 1438, Bessarion propose d'examiner un par un, à la lumière des Pères, les quatre points qui divisent Latins et Grecs : la procession du Saint-Esprit, le pain sans levain, le purgatoire et la primauté du pape[31].
Le 6 juillet 1439, dans la cathédrale Santa Maria del Fiore, le décret d'union Laetentur Coeli est solennellement promulgué : il définit la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils (Filioque) comme dogme de foi, reconnaît la primauté du pape, et admet la doctrine catholique du purgatoire[32]. Le texte est signé par tous les évêques grecs présents, à l'exception de Marc d'Éphèse, qui refuse et restera dans la tradition orthodoxe ultérieure le symbole de la résistance.
À Constantinople, l'accueil est désastreux. Les théologiens hostiles — au premier rang desquels Georges Scholarios, futur premier patriarche sous domination ottomane sous le nom de Gennadios II — dénoncent l'union comme une trahison de l'orthodoxie. La population, ouvriers, marins, moines, perçoit le décret comme une capitulation. Une formule attribuée au grand-duc Loukas Notaras, premier ministre de l'empereur, circule dans la ville :
« Plutôt voir au milieu de la ville régner le turban du sultan que la mitre du Latin. » — Loukas Notaras, attribué par Doukas, Historia Turco-Byzantina, 37, 10[33]
La formule, si elle est authentique, est tragique : Notaras, son fils aîné et son gendre seront décapités par Mehmed II sur ordre personnel quelques jours après la chute[34]. Mais elle dit quelque chose de la profondeur du refus orthodoxe de l'union florentine — refus qui se paiera très cher.
L'arrivée de Mehmed II (1451)
Le 3 février 1451, à Andrinople, le sultan ottoman Mourad II meurt brusquement. Son fils Mehmed II, déjà sultan une première fois entre 1444 et 1446, monte définitivement sur le trône. Il a dix-huit ans (il fêtera ses dix-neuf ans le 30 mars). Sa mère est une esclave probablement chrétienne, peut-être serbe ou grecque ; les sources divergent[35]. Il parle turc, persan, arabe, grec (qu'il a appris très jeune), et lit les classiques. Il s'identifie publiquement à Alexandre le Grand et à César[36].
Les ambassadeurs byzantins envoyés féliciter le nouveau sultan, à l'été 1451, rentrent rassurés. Mehmed paraît modéré, renouvelle les traités de paix conclus par son père, accepte de payer la pension annuelle convenue à Andrinople pour la garde, en otage à la cour ottomane, du prince Orhan, prétendant rival au trône ottoman réfugié à Constantinople. Doukas note la satisfaction byzantine[37].
Mais cette modération est une feinte. Dès l'automne 1451, Mehmed entreprend de traquer méthodiquement ses adversaires anatoliens (Karamanides), puis se tourne vers Constantinople. Le premier signal alarmant arrive en mars 1452 : le sultan ordonne la construction d'une forteresse sur le Bosphore, à la pointe européenne la plus étroite, à 7 kilomètres en amont de la ville.
Préparatifs du siège
Roumélie-Hisar, la forteresse-prison
La construction commence le 15 avril 1452 sur la rive européenne du Bosphore, face à la forteresse ottomane d'Anadolu-Hisar (élevée par Bayezid Iᵉʳ en 1394). Le chantier est mené à un rythme inouï : trois mille ouvriers travaillent jour et nuit. Mehmed surveille personnellement les travaux. Le 31 août 1452, la forteresse — appelée par les Turcs Boğazkesen ("le coupe-gorge" ou "le coupe-détroit") et plus tard Roumélie-Hisar — est achevée. Trois tours principales, une enceinte hexagonale, des canons orientés vers le détroit[38].
L'effet est immédiat. Le 26 novembre 1452, deux galères vénitiennes refusent de baisser leurs voiles et de payer le péage : l'une, commandée par Antonio Rizzo, est coulée à coups de canon ; les survivants sont décapités sur ordre du sultan ; le commandant est empalé[39]. Le message est clair : toute aide venue de la mer Noire par le Bosphore — du blé pontique, des navires latins, des troupes — est désormais impossible. Constantinople est sevrée d'une de ses principales artères de ravitaillement.
L'arsenal ottoman et la bombarde d'Orban
À l'hiver 1452-1453, un fondeur d'origine hongroise, Orban (transcrit aussi Urban), se présente d'abord à l'empereur byzantin pour vendre ses services. Le basileus n'a pas les moyens. Orban passe alors à Mehmed II, qui lui accorde un salaire quadruple de celui demandé à Constantin et tous les matériaux qu'il réclame. À Andrinople, dans la cour du sultan, le maître fondeur entreprend de couler le plus gros canon en bronze jamais réalisé[40].
Les chiffres rapportés par les chroniques sont impressionnants. La grande bombarde mesurerait environ 8,2 mètres de long, tirerait des boulets de pierre de 540 à 680 kilogrammes, exigerait soixante bœufs et quatre cents hommes pour son transport, et nécessiterait environ trois heures de refroidissement entre deux tirs[41]. Aux côtés de cette pièce d'exception, Orban coule plusieurs dizaines de canons plus petits, qui suffiront eux aussi à briser des sections de la muraille théodosienne.
L'arsenal ottoman n'est pas seulement artillerie. Mehmed mobilise quelque 120 à 160 navires à Gallipoli — une flotte sans précédent —, des janissaires d'élite (l'ocak, infanterie chrétienne convertie de force par devshirme), des mineurs sapeurs serbes spécialisés dans la guerre souterraine, et un corps d'azabs (irréguliers musulmans).
Forces en présence
Le tableau ci-dessous résume les forces selon les estimations modernes convergentes[42].
| Camp | Effectif total | Combattants | Navires | Artillerie |
|---|---|---|---|---|
| Empire ottoman | 80 000 à 100 000 | ~60 000 combattants (réguliers + irréguliers) | ~120 à 160 | ~70 canons dont 1 super-bombarde |
| Constantinople (Byzantins) | ~4 000 | ~4 000 (toute la population masculine apte) | – | ~quelques pièces légères |
| Latins présents (Vénitiens, Génois, Catalans, Crétois) | ~2 000 | ~2 000 | ~26 (vaisseaux marchands armés) | – |
| Total défenseurs | ~7 000 | ~7 000 sur 21 km de muraille | 26 | très limitée |
Le rapport de forces brut est donc d'environ dix contre un. Mais les Byzantins ont pour eux les murailles, une chaîne de bronze massive qui ferme l'entrée de la Corne d'Or (à l'arsenal de Galata), et l'expérience militaire d'une poignée de mercenaires italiens chevronnés.
Les acteurs
Constantin XI Dragasès Paléologue (1405-1453)
Né le 8 février 1405 à Constantinople, Constantin Dragasès Paléologue est le quatrième fils de l'empereur Manuel II et d'Hélène Dragaš, princesse serbe. Son surnom Dragasès vient de sa mère. Despote de Morée (Péloponnèse) à partir de 1428, il s'y distingue par une politique vigoureuse contre les principautés latines et par la consolidation de la frontière nord du despotat. Il monte sur le trône impérial à Mistra, en Morée, le 6 janvier 1449, après la mort de son frère Jean VIII sans héritier mâle direct, et entre à Constantinople le 12 mars 1449[43].
Trois traits dominent chez lui d'après les sources. D'abord, une piété personnelle profonde mais réticente face à l'union de Florence, qu'il finit pourtant par accepter pour des raisons militaires. Ensuite, une obstination courageuse : il refuse à plusieurs reprises de quitter la ville pendant le siège et, dans les ultimes négociations, repousse l'offre de Mehmed de se retirer librement vers le Péloponnèse avec sa famille s'il livrait Constantinople sans combat. Enfin, une solitude politique : pendant tout le siège, il est sans aide étrangère réelle au-delà de quelques centaines d'Italiens.
« Ce que je peux te dire, c'est que, quant à la cité, ni moi ni quiconque vivant en elle ne te la livrera. Nous sommes décidés à mourir tous, et nous ne plaindrons pas notre vie. » — Constantin XI à Mehmed II, ultime ambassade, rapportée par Sphrantzès, Chronicon Minus, 35[44]
Mehmed II (1432-1481), dit Fatih
Né le 30 mars 1432 à Andrinople, Mehmed, troisième fils de Mourad II, monte sur le trône une première fois à 12 ans (1444-1446), avant de revenir définitivement en 1451. Son entourage l'a dressé à la guerre, à la diplomatie et aux lettres. Il connaît les classiques grecs, fait traduire pour son usage Ptolémée et Plutarque, lit Aristote en arabe[45].
Mais Mehmed est avant tout un stratège militaire impitoyable et un politique au regard très long. La prise de Constantinople n'est pas pour lui seulement un coup de prestige : c'est l'accomplissement d'une mission spirituelle islamique, fondée sur le hadith de Muhammad qui annonçait au croyant la conquête de la ville chrétienne. Mais c'est aussi un projet de translation impériale : Mehmed se voit comme l'héritier des Césars d'Orient. Il prendra à la chute le titre de Kayser-i Rum, "César des Romains", titre que les sultans ottomans porteront formellement jusqu'à la fin de l'Empire[46].
Giovanni Giustiniani Longo
L'âme militaire de la défense est un Génois : Giovanni Giustiniani Longo, condottiere de quarante ans environ, de la maison commerçante des Giustiniani de Chios. Il arrive à Constantinople le 29 janvier 1453 avec 700 hommes — 400 recrutés à Gênes et 300 à Chios et Rhodes, sa propre suite armée[47]. Constantin XI le nomme aussitôt protostrator ("premier des stratèges") et lui confie le commandement de la défense des murailles terrestres, y compris du secteur le plus exposé, celui de la porte de Saint-Romain (Pegé) et de la vallée du Lykos où le terrain rend la ligne de défense la plus vulnérable.
Giustiniani est, par les chroniques grecques et latines, le héros militaire de toute la campagne. Il dort en armes, organise les rotations, fait reconstruire chaque nuit les sections de muraille effondrées par les canons d'Orban, et apaise les querelles entre soldats grecs et latins[48]. Sa blessure et son retrait, à l'aube du 29 mai, seront la cause directe de l'effondrement de la défense.
Le cardinal Isidore de Kiev
Quatrième acteur, et le seul portant la pourpre romaine : Isidore de Kiev (vers 1385-1463). D'origine grecque, ancien higoumène du monastère de Saint-Démétrios à Constantinople, il avait été nommé en 1437 métropolite de Kiev et de toute la Russie par le patriarche Joseph II — un siège qui couvrait l'ensemble des chrétientés ruthène et russe. En 1439, à Florence, il signe l'union des Églises. En 1441, à Moscou, le grand-prince Vassili II le fait arrêter pour trahison, l'emprisonne, puis le laisse s'enfuir vers Rome[49].
À Rome, le pape Eugène IV le crée cardinal le 18 décembre 1439. En mai 1452, Nicolas V l'envoie comme légat à Constantinople pour ratifier solennellement l'union et y conduire 200 archers napolitains et crétois engagés par Rome. Le 12 décembre 1452, dans la basilique Sainte-Sophie, Isidore chante la liturgie eucharistique selon le rite byzantin en commémoration du pape (Nicolas V) et du patriarche grec uniate Grégoire III, alors réfugié à Rome. C'est la dernière liturgie uniate célébrée à Sainte-Sophie[50].
Blessé pendant l'assaut du 29 mai, Isidore réussit à se déguiser, à échanger sa pourpre contre les vêtements d'un cadavre, à se cacher, puis à être capturé sans être reconnu. Vendu comme esclave en Asie Mineure, il sera racheté par les Génois de Galata. Il revient à Rome où il meurt le 27 avril 1463, après avoir activement plaidé jusqu'au bout pour une croisade[51].
Le siège (6 avril – 29 mai 1453)
Le 2 avril 1453 (lundi de Pâques byzantine), les premières unités ottomanes apparaissent devant les murailles. Le siège commence officiellement le 6 avril 1453 par le déploiement complet de l'armée et l'installation des batteries. Il durera cinquante-trois jours[52]. Le tableau chronologique ci-dessous récapitule les phases principales[53].
- 6 avril 1453Début du siège
L'armée ottomane prend position devant les murailles terrestres. Le sultan dresse sa tente rouge en face de la porte de Saint-Romain. Les batteries de canons d'Orban sont mises en place.
- 12 avril 1453Premier tir de la grande bombarde
La super-bombarde tire pour la première fois. L'effet psychologique sur les défenseurs est immense ; les premiers dégâts apparaissent rapidement aux murailles près de Charisios.
- 20 avril 1453Victoire navale chrétienne
Trois galères génoises et un transport impérial chargés de blé forcent le blocus naval ottoman et entrent dans la Corne d'Or. Mehmed, furieux, fait fouetter publiquement son amiral Baltoğlu.
- 21-22 avril 1453Le portage des galères par-dessus Pera
Mehmed fait construire en une nuit une route lubrifiée par-dessus la colline de Pera. Plus de 70 galères ottomanes sont halées sur des rouleaux jusqu'à la Corne d'Or, dans le dos des défenseurs.
- 28 avril 1453Échec de l'incendie de la flotte turque
Une tentative vénitienne d'incendier les navires ottomans dans la Corne d'Or échoue ; 40 marins vénitiens sont capturés et empalés en vue des murailles.
- 7-18 mai 1453Guerre des mines
Les sapeurs serbes ottomans creusent des galeries sous les murailles. Le Saxon Johannes Grant, ingénieur à la solde de Giustiniani, repère et détruit les mines une par une.
- 23 mai 1453Retour de la galère messagère
Une galère envoyée le 3 mai chercher la flotte vénitienne de secours revient bredouille : aucune flotte n'est en route. La nouvelle est cachée à la population mais accable l'empereur.
- 22-26 mai 1453Présages et processions
Le 22 mai, une éclipse lunaire partielle assombrit la pleine lune au-dessus de la ville assiégée. Les jours suivants, brouillard inhabituel et lueurs étranges au-dessus de Sainte-Sophie : la population organise des processions de l'icône de la Hodegetria, qui chute lors d'une procession solennelle.
- 28 mai 1453Dernière liturgie commune
Au soir, les chefs grecs et latins se réconcilient et communient ensemble à Sainte-Sophie. Constantin XI demande pardon publiquement. C'est la dernière liturgie chrétienne dans la basilique.
- 29 mai 1453, 1h30 du matinAssaut général
Mehmed lance la première vague (irréguliers azabs), puis la seconde (Anatoliens), enfin la troisième (janissaires d'élite). À l'aube, Giustiniani est blessé, Constantin XI tombe, les Ottomans franchissent une poterne mal fermée (Kerkoporta).
Les premières semaines : artillerie et attrition
Les bombardes d'Orban pilonnent les murailles chaque jour ; la grande bombarde elle-même, qui exige un long rechargement et le refroidissement du bronze, ne peut tirer que quelques coups par jour, tandis que les pièces plus légères entretiennent un feu nourri[54][55]. Les murailles théodosiennes, conçues pour résister aux trébuchets, ne sont pas faites pour absorber des projectiles de plusieurs centaines de kilos percutant à grande vitesse. La section comprise entre la porte de Saint-Romain et la porte Pegé, où passe la vallée du Lykos, devient un champ de gravats. Mais chaque nuit, Giustiniani et ses hommes — soldats, civils, prêtres, moines, femmes — reconstruisent. Le bois et la terre tassée font office de fortification de substitution. Une troupe d'infanterie qui voudrait franchir cette muraille de fortune sous le feu des arbalètes vénitiennes sera saignée à blanc.
Le portage des galères par-dessus Pera (21-22 avril)
L'épisode le plus extraordinaire du siège est la traversée terrestre de la flotte ottomane. La chaîne de bronze qui ferme l'entrée de la Corne d'Or depuis la tour d'Eugène, à la pointe de la presqu'île constantinopolitaine, jusqu'au Kastellion de Galata, sur la rive nord, empêche les navires turcs d'entrer dans le port intérieur. Mehmed ordonne alors une opération inouïe : faire construire, dans la nuit du 21 au 22 avril, une route en planches huilées de graisse par-dessus la colline de Pera, longue d'environ deux kilomètres. Sur cette piste, plus de soixante-dix galères et transports ottomans sont halés sur des rouleaux par des centaines de bœufs et des milliers d'hommes. Au matin, la flotte ottomane est dans la Corne d'Or, derrière la chaîne, face aux murailles maritimes les plus faibles[56].
Le choc psychologique est massif. Nicolò Barbaro écrit dans son journal :
« Une chose paraît, à qui l'a vue, plus impossible que possible. Et tout marin et homme d'armes qui a navigué dira que c'est chose contre nature. » — Nicolò Barbaro, Giornale, 22 avril 1453[57]
La guerre des mines (7-18 mai)
Pendant deux semaines, le siège bascule sous terre. Les sapeurs serbes ottomans, spécialistes des mines minières (ils viennent des mines d'argent de Novo Brdo), creusent des galeries sous les murailles. La tactique consiste à amener une chambre sous une tour, à étayer la roche avec du bois, puis à mettre le feu : l'effondrement du plafond fait tomber la tour au-dessus[58]. Côté byzantin, l'ingénieur saxon Johannes Grant, à la solde de Giustiniani, organise une contre-mine systématique : il fait creuser des galeries parallèles, lance des fumigènes, allume des contre-feux, capture des sapeurs serbes qui révèlent l'emplacement des autres galeries. Quatorze mines sont successivement détruites en onze jours.
L'échec des secours latins
Le 3 mai, une galère vénitienne portant douze hommes déguisés en Turcs est envoyée à travers le blocus naval pour repérer la flotte de secours promise par Venise. Elle revient le 23 mai avec une nouvelle terrible : aucune flotte ne vient. Le Sénat vénitien a bien voté l'envoi de quinze galères le 19 avril, mais les opérations administratives, l'armement, l'embarquement des vivres ont pris des semaines. Les navires sont à Modon (Péloponnèse) en mai et n'avanceront pas plus loin[59]. Le pape Nicolas V a fait armer à ses frais cinq galères chargées d'archers et d'arquebusiers, qui partent de Civitavecchia trop tard pour atteindre Constantinople à temps[60]. Quant à la Hongrie et à la flotte d'Alphonse V d'Aragon, leurs préparatifs restent purement déclaratifs.
La nuit du 28 au 29 mai 1453
La dernière liturgie commune à Sainte-Sophie
Le soir du lundi 28 mai 1453, sentant que l'assaut décisif est imminent, Constantin XI réunit ses chefs grecs et latins. Tous savent que ce sera la dernière nuit. Une grande procession solennelle traverse la ville, portant l'icône de la Hodegetria, la grande icône mariale de la cathédrale. Vers le soir, l'icône est déposée à Sainte-Sophie.
Là, dans la basilique aux mosaïques d'or, Grecs et Latins célèbrent ensemble la Divine Liturgie selon le rite byzantin. Les querelles théologiques sur Filioque, primauté pontificale, purgatoire et azymes sont, pour quelques heures, suspendues. Le cardinal Isidore de Kiev et le métropolite uniate grec sont à l'autel ; les défenseurs latins et grecs communient ensemble. Beaucoup pleurent. Constantin XI prend la parole : il pardonne et demande pardon à chacun, embrasse ses officiers, et s'adresse à eux dans un discours que Sphrantzès rapporte sous une forme reconstituée[61].
« Mes frères et mes co-combattants, soyez prêts pour le matin. Je vous remets, par la grâce et la miséricorde qui me sont accordées d'en haut, votre couronne — non pour vous, mais pour vos descendants. Et maintenant, je vous rends la cité. » — Discours de Constantin XI la nuit du 28 mai, dans la version transmise par Sphrantzès, Chronicon Minus, 35[62]
Vers minuit, il chevauche jusqu'aux murailles. La dernière procession terrestre des reliques chrétiennes de la ville s'éteint dans les ruelles. Les soldats prennent leurs postes.
L'assaut général (29 mai 1453, vers 1h30)
Mehmed lance trois vagues successives. La première est composée d'azabs irréguliers et de bashibouzouks chrétiens convertis ou enrôlés de force : chair à canon, destinée à user les défenseurs. La deuxième vague est faite de réguliers anatoliens. Quand les vagues 1 et 2 sont épuisées et que les défenseurs sont eux-mêmes au bout de leurs forces, Mehmed lance la troisième vague : les janissaires, son infanterie d'élite, ainsi que ses propres troupes de garde[63].
C'est à ce moment, vers 5h du matin, que Giovanni Giustiniani Longo est blessé par un projectile (probablement un trait d'arbalète ou un éclat de couleuvrine, les sources varient) qui le frappe au bras, à la poitrine ou à la jambe selon les versions. Il fait signe de quitter le combat pour se faire soigner. Constantin XI le supplie de rester : c'est inutile. Giustiniani descend des murailles, traverse la ville, monte sur sa galère et appareille pour Chios. Il mourra de ses blessures au début du mois de juin, sur la route de Chios[64].
Le départ de Giustiniani — interprété par les Génois comme une retraite sanitaire forcée, par les Grecs comme une trahison — provoque la panique de la troupe italienne. Au même moment, à quelques centaines de mètres au nord, un petit groupe de janissaires découvre qu'une poterne, la Kerkoporta ("petite porte"), a été mal refermée après une sortie chrétienne précédente. Une cinquantaine d'hommes s'y engouffrent[65]. Ils hissent immédiatement l'étendard ottoman au sommet de la tour voisine. La rumeur que la ville est prise se répand par les murailles.
La mort de Constantin XI
Voyant les bannières ottomanes flotter sur les murailles intérieures, Constantin XI arrache ses insignes impériaux et se jette dans la mêlée comme simple soldat. Tous les témoins concordent : il meurt en combattant, à la porte de Saint-Romain ou tout près. Son corps, après la prise, n'a jamais été identifié avec certitude. Plusieurs récits parlent d'un cadavre retrouvé en bottes pourpres impériales et tranché par Mehmed comme preuve, dont la tête aurait été exposée publiquement quelques jours[66].
« Or l'empereur, voyant qu'il ne pouvait plus rien faire, dégaina son épée et se jeta dans la mêlée. Ainsi il mourut, sans qu'on retrouvât même son corps. Le sultan Mehmed, alerté, ordonna qu'on cherchât parmi les morts. On trouva un corps en bottes pourpres ; on apporta la tête au sultan, qui la fit reconnaître par d'anciens captifs de la cour. Et Mehmed la fit envoyer, embaumée, aux principales capitales de l'Orient. » — Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 26[67]
Au coucher du soleil ce 29 mai 1453, l'Empire romain d'Orient n'existait plus. Sa lignée impériale, ininterrompue depuis 330, depuis Constantin Iᵉʳ, venait de s'éteindre dans une ruelle non identifiée.
Le sac et l'entrée de Mehmed
Les trois jours de pillage
Selon la coutume ottomane, une ville prise d'assaut après résistance pouvait être livrée au pillage de l'armée victorieuse. Mehmed accorda ce pillage, puis y mit fin rapidement pour préserver sa nouvelle capitale : en pratique, le sac massif se concentra sur l'après-midi du 29 mai et les heures qui suivirent. L'ampleur et la durée exactes du pillage — un à trois jours selon les récits — restent débattues entre historiens[68]. Les soldats ottomans pillent maisons, églises, monastères. Les civils restés dans la ville se réfugient en masse à Sainte-Sophie, espérant que la basilique sera respectée. Elle ne l'est pas : la porte est défoncée, les fidèles arrachés à l'autel, tués sur place ou réduits en esclavage[69].
« On vit le mardi des choses qu'on ne saurait raconter : les femmes traînées par les cheveux, les nourrissons arrachés des seins, le sang qui coulait dans les rues, et plus une seule maison qui ne fût ravagée. » — Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 18[70]
Les chiffres précis du massacre du 29 mai et des deux jours suivants restent débattus. Les estimations couramment retenues avancent environ 4 000 personnes tuées et 30 000 réduites en esclavage, sur une population d'environ 50 000 habitants[71]. Les chiffres médiévaux rhétoriques de « 40 000 morts » qu'on trouve chez certains chroniqueurs sont aujourd'hui considérés comme exagérés.
Le grand-duc Loukas Notaras — l'auteur supposé de la formule sur le turban et la mitre — est capturé vivant, présenté à Mehmed, puis exécuté avec son fils aîné quelques jours plus tard. Doukas rapporte la scène avec une précision presque liturgique, suggérant que l'historien la tient d'un témoin présent dans la cour du sultan[72].
Mehmed à Sainte-Sophie
Dans l'après-midi du 29 mai, Mehmed II entre dans la ville par la porte d'Andrinople (Edirnekapı). Il chevauche jusqu'à Sainte-Sophie, met pied à terre, prend une poignée de poussière et la verse sur son turban — geste rituel de soumission à Dieu après une victoire. Il entre dans la basilique. Un soldat est en train de descelier une dalle de marbre. Mehmed le frappe du plat de son épée en lui rappelant que le butin matériel revient à l'armée, mais que les édifices appartiennent au sultan[73].
Puis il ordonne à un imam de monter à l'ambon et d'y proclamer la chahada. Sainte-Sophie, basilique chrétienne depuis sa consécration par Justinien le 27 décembre 537, devient mosquée dès cet après-midi du 29 mai 1453 — la première grande prière du vendredi y étant célébrée le 1ᵉʳ juin suivant. Elle le restera pendant 481 ans, jusqu'à sa transformation en musée par Atatürk en 1934 ; depuis le 24 juillet 2020, elle est de nouveau mosquée[74].
Le sort des habitants
Le sort des habitants chrétiens grecs est désormais celui des dhimmis sous domination musulmane : tolérés moyennant paiement de la jizya (capitation), interdiction de porter des armes, de monter à cheval, de chevaucher des montures de prestige, de témoigner en justice contre un musulman, de réparer ou d'élever des églises sans autorisation. Quelques mois après la chute, Mehmed nomme Georges Scholarios — le chef du parti anti-unioniste à Florence — patriarche œcuménique sous le nom de Gennadios II, et lui remet personnellement la crosse pastorale lors d'une cérémonie au palais. Mehmed reprenait ainsi le rôle ancien des empereurs byzantins de kataphylax ("protecteur") de l'Église, mais comme sultan ottoman.
La construction du nouveau patriarcat, le système du millet (communautés religieuses autonomes sous l'autorité ottomane), et la stabilisation d'une vie chrétienne sous contrainte vont durer cinq siècles à Constantinople devenue Istanbul.
Conséquences
La fin de l'Empire byzantin
Le 29 mai 1453 marque la fin de fait de l'Empire romain d'Orient. Mais quelques enclaves grecques subsistent quelques années : le despotat de Morée tombe en mai 1460 ; l'empire de Trébizonde capitule le 15 août 1461[75]. La fiction politique d'une dynastie impériale survivante — autour de Thomas Paléologue, frère de Constantin XI, réfugié en Italie avec sa fille Zoé, future impératrice de Russie sous le nom de Sophie Paléologue — alimentera longtemps les espoirs latins, mais sans suite militaire.
La diaspora savante et la Renaissance
Dès avant la chute, plusieurs intellectuels grecs s'étaient installés en Italie — Manuel Chrysoloras à Florence vers 1397, Géorgios Gémistos Pléthon à Florence en 1438-1439, le cardinal Bessarion à Rome après le concile. La chute accélère le mouvement : des dizaines de savants grecs, emportant manuscrits, méthodes philologiques et savoir liturgique, gagnent Venise, Florence, Padoue, Rome. Bessarion envoie à la Sérénissime, en 1468, 482 manuscrits grecs et 264 livres latins : avec le legs complémentaire parvenu après sa mort, le fonds atteint environ un millier de pièces (inventaire de 1474) et fonde la Bibliotheca Marciana de Venise[76].
L'effet civilisationnel est considérable. Les savants grecs apportent une connaissance directe de Platon, d'Aristote, des Pères grecs (Origène, Athanase, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, Cyrille d'Alexandrie) que l'Occident n'avait connue qu'à travers les traductions médiévales arabo-latines. C'est l'un des principaux ferments de la Renaissance.
Moscou, "Troisième Rome"
À Moscou, la disparition de Constantinople et l'union latinisante de Florence — jugée par les Russes comme une trahison — fournissent à la jeune Moscovie une légitimité religieuse nouvelle. Le mariage du grand-prince Ivan III avec Zoé/Sophie Paléologue — mariage par procuration à Rome, noces célébrées à Moscou le 12 novembre 1472 — symbolise la translation imperii vers la Russie[77]. Sous Vassili III, le moine Philothée de Pskov écrit, vers 1510, à l'empereur :
« Deux Romes sont tombées ; la troisième est debout ; et de quatrième il n'y aura pas. Car ton royaume chrétien, ô prince très saint, ne reviendra à personne d'autre. » — Philothée de Pskov, lettre à Vassili III, vers 1510[78]
Cette doctrine de la Troisième Rome marquera durablement l'identité religieuse et politique de la Russie jusqu'à aujourd'hui[79].
L'échec des projets de croisade
Aux mois qui suivent la chute, le pape Nicolas V publie le 30 septembre 1453 la bulle Etsi Ecclesia Christi qui appelle à la croisade. Son successeur Calixte III (1455-1458) y consacre l'essentiel de son pontificat : il vit pauvrement, fait fondre la vaisselle d'argent du palais pontifical pour armer une flotte, et finance la défense victorieuse de Belgrade par Hunyadi le 22 juillet 1456 — la dernière vraie victoire militaire chrétienne face aux Ottomans avant le XVIᵉ siècle[80].
C'est ensuite Pie II (1458-1464), l'ancien Énée Sylvius Piccolomini, qui consacre toute son énergie à monter la grande croisade. Le 22 octobre 1463, il proclame solennellement la croisade par la bulle Ezechielis Prophetae. Le 18 juin 1464, malade, il se fait porter en litière jusqu'à Ancône pour s'embarquer en personne avec la flotte vénitienne. Il meurt à Ancône le 14 août 1464, deux jours avant l'arrivée des galères vénitiennes ; la croisade s'effondre avec lui[81].
L'échec des croisades post-1453 — par lassitude européenne, désintérêt des princes, divisions confessionnelles à venir avec Luther — est un des grands faits structurants du siècle. La menace ottomane culminera au siège de Vienne (1529) sous Soliman, sera arrêtée à Lépante (7 octobre 1571) sur mer, puis brisée à Vienne (12 septembre 1683) sur terre par Jean Sobieski. Mais Constantinople, elle, restera ottomane.
Lecture catholique
Une "punition divine" ?
Dès l'été 1453, plusieurs auteurs latins lisent la chute comme un châtiment divin pour le schisme grec. Leonardo de Chios est le plus virulent : selon lui, les Byzantins ayant refusé en pratique l'union de Florence, Dieu a permis la chute pour montrer la fausseté du refus orthodoxe[82]. À l'inverse, Georges Scholarios, le futur patriarche Gennadios II, voit dans la chute la punition des Grecs pour avoir signé l'union à Florence, une union qu'il jugeait simoniaque et hérétique[83]. Les deux camps catholique latin et orthodoxe se renvoient la responsabilité providentielle.
L'Église catholique n'a jamais formellement adopté ce langage de "punition divine" pour interpréter la chute. La théologie classique de la divine providence distingue ce que Dieu veut et ce qu'il permet. Le Catéchisme de l'Église catholique, repris dans le Compendium présenté et promulgué par Benoît XVI le 28 juin 2005 — texte commandé par saint Jean-Paul II —, rappelle :
« Dieu n'est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral. » — CEC, § 311[84]
Le Catéchisme précise que Dieu permet le mal en respectant la liberté de sa créature, et qu'Il sait mystérieusement en tirer le bien (CEC 311 ; cf. 324).
La chute n'est donc pas un "verdict" théologique sur la valeur intrinsèque de l'orthodoxie grecque. C'est la conséquence d'une constellation politique, militaire, démographique et spirituelle complexe, dans laquelle entrent : la faiblesse de l'aide latine, les divisions internes byzantines, la puissance ottomane montante, l'incompréhension réciproque entre Rome et Constantinople, et — sans doute — un certain découragement spirituel après deux siècles de pertes. Le regard chrétien est appelé à pleurer la chute comme une perte civilisationnelle, sans en faire un argument polémique contre des frères chrétiens.
Le Concile Vatican II et le retour à la mémoire commune
Pendant cinq siècles, la mémoire orthodoxe de 1453 et la mémoire latine se sont opposées. La rupture liturgique consommée à Sainte-Sophie en décembre 1452, l'union de Florence rejetée, le sentiment grec d'avoir été abandonné par l'Occident, et symétriquement le sentiment latin d'avoir vu les Grecs mourir plutôt que de croire à la primauté pontificale, ont durablement gelé le dialogue.
Le Concile Vatican II, dans le décret Unitatis Redintegratio promulgué le 21 novembre 1964, opère un retournement majeur. Le concile reconnaît dans les Églises orthodoxes des Églises sœurs qui possèdent une succession apostolique authentique, des sacrements valides et une vie liturgique de pleine plénitude :
« C'est pourquoi prévalut et prévaut encore, parmi les Orientaux, le souci particulier de conserver dans une communion de foi et de charité les relations fraternelles qui doivent exister entre les Églises locales, comme entre des sœurs. » — Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, n° 14, 21 novembre 1964[85]
Le 7 décembre 1965, à la veille de la clôture du concile, saint Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras Iᵉʳ lèvent solennellement, par une déclaration commune lue à Rome et à Constantinople le même jour, les anathèmes mutuels de 1054. Pour la première fois en neuf siècles, les deux trônes apostoliques se reconnaissent publiquement comme membres d'une Église qui se cherche au-delà de sa division[86].
Le 4 mai 2001, à Athènes, devant l'archevêque Christodoulos, saint Jean-Paul II demande à Dieu le pardon des fautes commises par les catholiques contre leurs frères orthodoxes, « par action ou par omission », évoquant — sans en prononcer la date — le sac de la ville impériale par les croisés latins (1204)[87]. Le 27 novembre 2004, recevant à Rome le patriarche œcuménique Bartholomée Iᵉʳ, il lui remet les reliques de saint Grégoire le Théologien et de saint Jean Chrysostome, emportées à Rome après 1204[88]. Ces gestes concernent le sac latin de 1204, non la chute ottomane de 1453 : ils n'effacent pas la blessure de 1453, mais ils montrent que Rome reconnaît ses propres torts dans l'histoire commune.
Cette dynamique se poursuit. Le 30 novembre 2006, Benoît XVI se rend en personne à Constantinople (Istanbul) pour la fête de saint André et participe à la liturgie du patriarche Bartholomée Iᵉʳ au Phanar. C'est une visite chargée de signification : un pape latin entre dans la basilique patriarcale grecque, prie avec le patriarche oriental, et publie une déclaration commune sur la marche vers la pleine communion[89]. La chute de Constantinople, dans le cœur catholique actuel, n'est pas un argument de polémique : c'est une plaie commune que Rome et Constantinople reconnaissent ensemble.
Pour aller plus loin
- Les croisades (1095-1291) — l'article hub sur les huit croisades médiévales et leur signification spirituelle
- La première croisade (1095-1099) — l'article spécialisé sur la croisade qui prend Jérusalem et inaugure le rapport latin-orthodoxe au IIᵉ millénaire
- Le concile de Florence (1438-1445) — l'union des Églises proclamée puis rejetée
- Bartholomée Iᵉʳ de Constantinople — le patriarche œcuménique actuel et le dialogue avec Rome
- Unitatis Redintegratio — le décret conciliaire sur l'œcuménisme (1964)
- Le baptême de Clovis — l'autre grand point d'ancrage royal de la chrétienté médiévale
Notes et références
Soit 53 jours écoulés entre le déploiement complet de l'armée ottomane devant les murailles (6 avril 1453) et l'assaut final (29 mai 1453) ; les premières unités ottomanes sont signalées dès le 2 avril (voir la chronologie établie d'après le journal de Barbaro).
1 52Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall of Constantinople, op. cit., p. 414-460 pour les effectifs ottomans, p. 460-475 pour les effectifs défenseurs.
2 4 42Roger Crowley, 1453, op. cit., p. 91-103, avec les chiffres convergents tirés de Doukas, Critobule, Chalkokondylès et Barbaro. Marios Philippides revoit les dimensions à la baisse mais confirme l'ordre de grandeur.
3 41 54Steven Runciman, The Fall of Constantinople 1453, Cambridge University Press, 1965, p. xi-xii et p. 1-15. Runciman (1903-2000), professeur d'histoire byzantine à Cambridge, donne le récit anglophone classique. Ses biais pro-orthodoxes sont aujourd'hui critiqués par Marios Philippides, mais le canevas factuel reste solide.
5 21Nicolas V, bulle Etsi ecclesia Christi, 30 septembre 1453, appel à la croisade après la chute de Constantinople ; voir Kenneth M. Setton, The Papacy and the Levant 1204-1571, vol. 2, American Philosophical Society, Philadelphia, 1978.
6Cardinal Bessarion, lettre au doge de Venise Francesco Foscari, 13 juillet 1453, éd. Ludwig Mohler, Kardinal Bessarion als Theologe, Humanist und Staatsmann, Paderborn, 1923-1942, vol. 3, p. 475-477. Bessarion (vers 1403-1472), Grec, métropolite de Nicée puis cardinal romain après Florence.
7Aeneas Silvius Piccolomini, lettre au pape Nicolas V, 12 juillet 1453, Opera omnia, Epist. 162, Bâle, 1551, p. 712-716 : « Sed quid illud horribile novum modo allatum de Constantinopoli ? » (« Mais quelle est cette horrible nouvelle qui vient de parvenir de Constantinople ? »). Piccolomini (1405-1464), futur pape Pie II (1458-1464). Aucune lettre de Piccolomini sur la chute datée du 27 juillet 1453 et adressée au cardinal Capranica n'a pu être établie.
8Doukas, Historia Turco-Byzantina (1341-1462), 39, 16, éd. Vasile Grecu, Editura Academiei R.P.R., Bucarest, 1958. La formulation française ci-dessus paraphrase le sens du passage ; ce n'est pas une traduction littérale établie. Doukas, Grec catholique de Lesbos, secrétaire de la famille génoise des Gattilusio, écrit à Lesbos vers 1462.
9Vasile Grecu, préface à l'édition critique de Doukas, Istoria Turco-Bizantină, Bucarest, 1958, p. 5-49. Grecu (1885-1972), médiéviste roumain, professeur à l'université de Bucarest, est l'éditeur de référence de Doukas et du Pseudo-Sphrantzès.
10Vasile Grecu, édition critique du Pseudo-Sphrantzès, Chronicon Maius, Bucarest, 1966, dont l'introduction (p. 5-39) expose l'attribution du Maius à Macaire Mélissène (XVIᵉ siècle) et confirme l'authenticité du Chronicon Minus de Georges Sphrantzès lui-même ; la démonstration de l'inauthenticité du Maius remonte aux travaux menés depuis 1934 (voir la notice « Makarios Melissourgos-Melissenos », Historians of the Ottoman Empire, université de Chicago).
11Laonikos Chalkokondylès, The Histories (Apodeixeis Historiôn), éd. trad. Anthony Kaldellis, Dumbarton Oaks Medieval Library 33-34, Harvard University Press, 2014, 2 vol. ; livres VIII-IX sur le siège.
12Critobule d'Imbros, Historiai, éd. Diether R. Reinsch, Critobuli Imbriotae Historiae, Corpus Fontium Historiae Byzantinae 22, De Gruyter, Berlin, 1983, p. 28-83 pour le récit du siège.
13Nicolò Barbaro, Giornale dell'assedio di Costantinopoli, éd. Enrico Cornet, Vienne, 1856 ; trad. anglaise J. R. Jones, Diary of the Siege of Constantinople 1453, Exposition Press, New York, 1969. Barbaro (vers 1420-après 1465), médecin de bord vénitien, présent dans la Corne d'Or du 17 février 1453 jusqu'à l'évacuation du 30 mai.
14 53Leonardo de Chios (Leonardo Giustiniani), Epistola ad Nicolaum V papam, 16 août 1453, dans Jacques-Paul Migne, Patrologia Graeca, t. 159, col. 923-944. Leonardo (vers 1395-1459), Dominicain génois, archevêque latin de Mytilène (Lesbos), présent à Constantinople durant tout le siège.
15 82Isidore de Kiev, lettres Lugentes lugenda nuncio au pape Nicolas V et Compendiosa narratio au cardinal Bessarion, juillet 1453, dans Patrologia Graeca, t. 159, col. 953-958. Isidore (vers 1385-1463), métropolite de Kiev, cardinal-évêque de Sabine.
16Angelo Giovanni Lomellino, podestat génois de Pera, lettre au Conseil de Gênes du 23 juin 1453, éd. dans Atti della Società Ligure di Storia Patria, vol. 13, Gênes, 1877-1884, p. 229-233.
17Jacopo Tedaldi, Informations envoyées par Maître Iacopo Tedaldi, Florentin, sur la prise de Constantinople par Mahomet, dans Marios Philippides (éd.), Mehmed II the Conqueror and the Fall of the Franco-Byzantine Levant to the Ottoman Turks, Tempe (Arizona), 2007, p. 134-148.
18Tursun Beg, Târîh-i Ebü'l-Feth ("Histoire du Père de la Conquête"), vers 1488, éd. Halil İnalcık et Rhoads Murphey, The History of Mehmed the Conqueror, Bibliotheca Islamica, Chicago, 1978.
19Hadith rapporté par Aḥmad ibn Ḥanbal, Musnad, IV, 335, et al-Hakim al-Naysabouri, al-Mustadrak, IV, 422. Texte arabe : « Constantinople sera certes conquise. Quel excellent émir sera son émir, et quelle excellente armée sera cette armée ! » Hadith ancien, déjà cité à l'époque omeyyade pour justifier les sièges arabes des VIIᵉ-VIIIᵉ siècles, repris massivement par la propagande ottomane à partir de Mehmed II.
20Donald M. Nicol, The Immortal Emperor: The Life and Legend of Constantine Palaiologos, Last Emperor of the Romans, Cambridge University Press, 1992. Nicol (1923-2003), Koraës Professor of Byzantine Studies au King's College London. Nicol retient le 8 février 1405, comme l'Oxford Dictionary of Byzantium ; Sphrantzès donne par ailleurs une durée de vie (49 ans, 4 mois et 20 jours) qui placerait la naissance en 1404 — d'où la divergence entre ouvrages.
22 43Franz Babinger, Mehmed der Eroberer und seine Zeit, F. Bruckmann, Munich, 1953 ; trad. anglaise révisée Mehmed the Conqueror and His Time, par Ralph Manheim, Princeton University Press, 1978, 549 p. Babinger (1891-1967), turcologue allemand, professeur à Munich.
23Roger Crowley, 1453: The Holy War for Constantinople and the Clash of Islam and the West, Hyperion, New York, 2005 ; trad. française 1453 : La chute de Constantinople, Tallandier, 2007.
24Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall of Constantinople in 1453: Historiography, Topography, and Military Studies, Ashgate, Farnham, 2011, 759 p. — somme académique de référence pour la critique des sources, la topographie des murailles et les questions militaires techniques.
25Donald M. Nicol, The Last Centuries of Byzantium 1261-1453, 2ᵉ éd. revue, Cambridge University Press, 1993, p. 350-415 pour le règne de Constantin XI.
26Colin Imber, The Crusade of Varna, 1443-45, Crusade Texts in Translation 14, Ashgate, 2006, qui édite et traduit les sources principales (Beheim, Callimaco, le Ġazavāt-nāme ottoman).
27Alexander Kazhdan (éd.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press, 1991, vol. 1, article "Constantinople, population", p. 510-511 ; les chiffres varient entre 40 000 (estimation minimaliste de David Jacoby) et 70 000 (estimation maximaliste de Klaus-Peter Matschke).
28Clive Foss et David Winfield, Byzantine Fortifications: An Introduction, University of South Africa, Pretoria, 1986, p. 41-78 sur les murailles théodosiennes, leur géométrie et leur résistance.
29Joseph Gill, The Council of Florence, Cambridge University Press, 1959, p. 85-270. Gill, jésuite britannique, professeur à l'Institut pontifical oriental de Rome, est l'autorité de référence sur Florence. Son édition critique des actes : Quae supersunt actorum graecorum Concilii Florentini, Concilium Florentinum 5, 2 vol., Rome, 1953.
30Bessarion de Nicée, discours d'ouverture du concile de Ferrare, 9 avril 1438, dans Quae supersunt actorum graecorum, éd. Joseph Gill, Concilium Florentinum 5, vol. 1, Rome, 1953, p. 30-44. Bessarion devient au cours du concile l'un des artisans grecs principaux de l'union, signe Laetentur Coeli et sera créé cardinal le 18 décembre 1439.
31Eugène IV, bulle Laetentur Coeli, 6 juillet 1439, texte critique dans Henricus Denzinger et Adolf Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, 37ᵉ éd., Herder, 1991, n° 1300-1308.
32Doukas, Historia Turco-Byzantina, 37, 10, éd. Grecu, p. 329. Texte grec : « Κρειττότερόν ἐστιν εἰδέναι ἐν μέσῃ τῇ Πόλει φακιόλιον βασιλεῦον Τούρκων ἢ καλύπτραν λατινικήν. » ("Il vaut mieux voir au milieu de la Ville régner un turban turc qu'une mitre latine.")
33Doukas, Historia Turco-Byzantina, 40, 5, éd. Grecu, p. 375. Pour l'analyse critique, voir Donald M. Nicol, The Byzantine Lady: Ten Portraits, 1250-1500, Cambridge UP, 1994, p. 96-109 (chapitre sur Anna Notaras, fille de Loukas).
34 72Franz Babinger, Mehmed der Eroberer, op. cit., p. 12-15, qui discute les sources sur Hüma Hatun, mère de Mehmed II ; concubine d'origine probablement chrétienne (serbe ou grecque) selon les sources les plus anciennes.
35Franz Babinger, Mehmed der Eroberer, op. cit., p. 480-491, sur les lectures de Mehmed II (Arrian, Plutarque, Ptolémée) et son identification consciente à Alexandre le Grand, attestée par les ambassadeurs vénitiens à sa cour.
36Doukas, Historia Turco-Byzantina, 34, 1-8, éd. Grecu, p. 295-301, sur l'ambassade byzantine de 1451 et le renouvellement provisoire des traités.
37Critobule d'Imbros, Histoires, I, 11-13, éd. Reinsch, p. 33-37, donne le récit le plus complet de la construction de Roumélie-Hisar, qu'il a probablement vue lui-même.
38Doukas, Historia Turco-Byzantina, 35, 4, éd. Grecu, p. 309 ; Nicolò Barbaro, Giornale, sub anno 1452, novembre. La sentence est consignée par les deux sources indépendamment.
39Doukas, Historia Turco-Byzantina, 35, 1-2, éd. Grecu, p. 305-307, qui rapporte le passage d'Orban du service byzantin au service ottoman. Voir aussi Critobule d'Imbros, I, 17-19, éd. Reinsch, p. 42-46.
40Sphrantzès, Chronicon Minus, 35, éd. Riccardo Maisano, Corpus Fontium Historiae Byzantinae 29, Rome, 1990, p. 130.
44Franz Babinger, Mehmed der Eroberer, op. cit., p. 50-58 sur l'éducation de Mehmed II.
45Halil İnalcık, The Ottoman Empire: The Classical Age 1300-1600, Phoenix Press, 2002, p. 31-32 et p. 56-59 sur la prise du titre Kayser-i Rum et la conception ottomane de la translation impériale.
46Nicolò Barbaro, Giornale, sub anno 1453, 29 janvier ; Leonardo de Chios, Epistola, dans PG 159, col. 928. Convergence des deux sources indépendantes sur la date et le contingent de Giustiniani.
47Nicolò Barbaro, Giornale, entrées de mars-mai 1453, passim. Le récit barbarien est extrêmement élogieux à l'égard de Giustiniani.
48Joseph Gill, The Council of Florence, op. cit., p. 359-364 sur l'épisode moscovite d'Isidore.
49Doukas, Historia Turco-Byzantina, 36, 6, éd. Grecu, p. 319-321, sur la liturgie d'union du 12 décembre 1452 à Sainte-Sophie.
50Joseph Gill, Personalities of the Council of Florence and Other Essays, Blackwell, Oxford, 1964, p. 65-78, biographie d'Isidore de Kiev.
51Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall, op. cit. — somme de référence pour l'étude technique de l'artillerie ottomane (la cadence de quelques coups par jour pour la grande bombarde est celle que retiennent les sources contemporaines, via Doukas, Critobule, Chalkokondylès et Barbaro).
55Roger Crowley, 1453, op. cit., p. 169-182, qui synthétise les sources contemporaines (Barbaro, Doukas, Chalkokondylès, Critobule) sur le portage du 21-22 avril.
56Nicolò Barbaro, Giornale, sub anno 1453, 22 avril, éd. Cornet, Vienne, 1856, p. 25 ; trad. Jones, p. 32.
57Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall, op. cit., p. 533-552 sur la guerre des mines.
58Frederic C. Lane, Venice: A Maritime Republic, Johns Hopkins University Press, 1973, p. 232-235, sur les délibérations du Sénat vénitien (19 avril, 14 mai 1453) et les retards d'armement.
59Kenneth M. Setton, The Papacy and the Levant, op. cit., vol. 2, p. 99-120, sur l'effort naval de Nicolas V.
60Sphrantzès, Chronicon Minus, 35, éd. Maisano, p. 132-134 ; texte amplifié et probablement réécrit par le Pseudo-Sphrantzès, Chronicon Maius, III, 6, éd. Grecu, 1966, p. 380-387. Le discours sous sa forme rhétorique est probablement composite, mais le fait de la liturgie et de la demande de pardon est attesté par plusieurs sources indépendantes.
61 62Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 1-12, éd. Grecu, p. 351-359, donne la séquence des trois vagues. Confirmé par Nicolò Barbaro, Giornale, sub anno 1453, 29 mai, et Critobule d'Imbros, I, 56-64.
63Nicolò Barbaro, Giornale, 29 mai 1453 ; Leonardo de Chios, Epistola, dans PG 159, col. 935. Les deux sources confirment la blessure, mais divergent sur la nature exacte (arbalète selon Barbaro, projectile d'arme à feu selon Leonardo).
64Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 14, éd. Grecu, p. 361, est la source principale pour la Kerkoporta. La porte mal refermée est mentionnée aussi par Chalkokondylès. La localisation exacte sur les murailles fait l'objet d'un long débat archéologique, synthétisé par Philippides et Hanak, p. 583-598.
65Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 26 ; Chalkokondylès, VIII, 80-83 ; Critobule d'Imbros, I, 64-70. Tous les témoins concordent sur la mort en combat ; les détails varient. Voir Donald M. Nicol, The Immortal Emperor, op. cit., p. 73-94 pour la critique exhaustive des sources.
66Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 26, éd. Grecu, p. 369.
67Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall, op. cit., p. 604-635, qui distinguent rigoureusement la phase de combat (29 mai matin) et la phase de pillage organisé (29 mai après-midi - 31 mai) et révisent à la baisse plusieurs chiffres médiévaux.
68 69Doukas, Historia Turco-Byzantina, 39, 18, éd. Grecu, p. 365.
70Ordres de grandeur couramment retenus par les synthèses modernes ; voir l'analyse du pillage chez Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall, op. cit.
71Tursun Beg, Târîh-i Ebü'l-Feth, éd. İnalcık-Murphey, p. 37 ; Critobule d'Imbros, Historiai, I, 73, éd. Reinsch, p. 78-79, donnent les deux récits convergents (ottoman et grec) de l'entrée de Mehmed à Sainte-Sophie.
73Décret présidentiel turc n° 2729 du 10 juillet 2020, abrogeant le décret de 1934 d'Atatürk qui avait transformé Sainte-Sophie en musée. Première grande prière du vendredi 24 juillet 2020.
74Anthony Bryer, The Empire of Trebizond and the Pontos, Variorum Reprints, Londres, 1980, ch. 4 sur la chute de 1461.
75Lotte Labowsky, Bessarion's Library and the Biblioteca Marciana: Six Early Inventories, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome, 1979, qui édite et commente les inventaires de la bibliothèque léguée à Venise.
76Donald M. Nicol, The Byzantine Lady, op. cit., p. 110-119, biographie de Zoé/Sophie Paléologue, fille de Thomas Paléologue, mariée à Ivan III le 12 novembre 1472.
77Texte russe édité par Vasilij Malinin, Starets Eleazarova monastyrja Filofej i ego poslanija, Kiev, 1901 ; analyse moderne dans Marshall Poe, Moscow, the Third Rome, Slavic Review, 60-3, 2001, p. 412-429.
78John Meyendorff, Byzantium and the Rise of Russia: A Study of Byzantino-Russian Relations in the Fourteenth Century, Cambridge University Press, 1981, pour le cadre général des relations byzantino-russes ; sur la doctrine de la Troisième Rome elle-même, voir Marshall Poe, Moscow, the Third Rome, Slavic Review, 60-3, 2001, p. 412-429.
79Norman Housley, The Later Crusades, 1274-1580: From Lyons to Alcazar, Oxford University Press, 1992, p. 99-115, sur Calixte III et la bataille de Belgrade du 22 juillet 1456 menée par Jean de Capistran et János Hunyadi.
80Reginald J. Mitchell, The Laurels and the Tiara: Pope Pius II, 1458-1464, Harvill Press, 1962, p. 220-241 sur l'épisode d'Ancône.
81Georges Scholarios (Gennadios II), Œuvres complètes, éd. Louis Petit, Xénophon A. Sidéridès et Martin Jugie, 8 vol., Maison de la Bonne Presse, Paris, 1928-1936, t. III, p. 165-180 (homélies post-1453).
83Catéchisme de l'Église catholique, §§ 311 et 324, Vatican, 1992, complété 1997.
84Concile Vatican II, décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, n° 14, 21 novembre 1964, texte officiel dans Acta Apostolicae Sedis, vol. 57, 1965, p. 90-112.
85Paul VI et Athénagoras Iᵉʳ, Déclaration commune par laquelle on consigne à l'oubli la sentence d'excommunication de 1054, lue solennellement le 7 décembre 1965 à Rome (Saint-Pierre) et à Constantinople (Phanar), texte dans Acta Apostolicae Sedis, vol. 58, 1966, p. 20-21.
86Jean-Paul II, réponse à l'archevêque Christodoulos d'Athènes, Aréopage, 4 mai 2001 : « For the occasions past and present, when sons and daughters of the Catholic Church have sinned by action or omission against their Orthodox brothers and sisters, may the Lord grant us the forgiveness we beg of Him » ; « I am thinking of the disastrous sack of the imperial city of Constantinople, which was for so long the bastion of Christianity in the East. » Le pape ne prononce pas la date de 1204 : c'est le contexte — le sac par les croisés latins — qui identifie l'événement. Déclaration commune de Jean-Paul II et de Christodoulos signée le même jour à l'Aréopage, Athènes, 4 mai 2001.
87Remise solennelle à Rome, le 27 novembre 2004, des reliques de saint Grégoire le Théologien et de saint Jean Chrysostome au patriarche œcuménique Bartholomée Iᵉʳ, qui les raccompagne au Phanar ; ces reliques se trouvaient à Rome depuis le sac de 1204.
88Benoît XVI et Bartholomée Iᵉʳ, Déclaration commune, Phanar (Istanbul), 30 novembre 2006, texte intégral sur le site Vatican.va.
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