La papauté d'Avignon (1309-1376)

Pendant soixante-sept ans, de Clément V à Grégoire XI, sept papes français résident à Avignon avant le retour à Rome de 1377 ; à la mort de Grégoire XI en 1378, la double élection d'Urbain VI puis de Clément VII ouvre le Grand Schisme d'Occident.

Ignispedia

La papauté d'Avignon désigne la période de soixante-sept ans, entre 1309 et 1376, durant laquelle sept papes consécutifs — tous français, tous légitimes — résident à Avignon au lieu de Rome. Elle commence avec Clément V (Bertrand de Got), élu au conclave de Pérouse le 5 juin 1305 — après le bref pontificat de Benoît XI (1303-1304) — dans le sillage du conflit qui a opposé Boniface VIII au roi de France Philippe le Bel ; elle s'achève quand Grégoire XI rentre définitivement à Rome le 17 janvier 1377, sous l'aiguillon spirituel de sainte Catherine de Sienne. Convention retenue dans cet article : 1309-1376 désigne la résidence avignonnaise, de l'installation de Clément V (9 mars 1309) au départ de Grégoire XI (13 septembre 1376), entré à Rome le 17 janvier 1377 ; les pontificats courent de 1305 à 1378.

Avignon n'est alors ni une ville française au sens politique, ni un exil subi : la ville appartient à la maison d'Anjou de Naples (vassale du Saint-Siège) dans le royaume d'Arles dépendant du Saint-Empire, et Clément VI l'achètera à la reine Jeanne Iʳᵉ en 1348 pour 80 000 florins. À côté, le Comtat Venaissin est terre pontificale depuis 1274. Les sept papes construisent à Avignon le plus grand palais gothique civil du Moyen Âge, mettent en place la première bureaucratie centralisée de l'Église latine, accueillent Pétrarque, font travailler Simone Martini et Matteo Giovannetti, et envoient en Italie le cardinal Albornoz restaurer les États pontificaux.

Mais cette stabilité provençale a un prix : une fiscalité ecclésiastique inédite, une cour réputée fastueuse, et surtout l'absence du pape de sa chaire romaine. Pétrarque forge contre Avignon l'expression de « Babylone d'Occident » ; sainte Catherine de Sienne écrit à Grégoire XI des lettres enflammées (« Ne soyez pas un enfant peureux, mais viril ») ; sainte Brigitte de Suède prophétise la mort d'Urbain V s'il quitte Rome. Le retour de Grégoire XI réussit politiquement mais son décès, le 27 mars 1378, déclenche immédiatement la double élection romaine puis schismatique qui ouvre le Grand Schisme d'Occident (1378-1417), liquidé seulement par le concile de Constance.

L'historiographie moderne — Guillaume Mollat, Bernard Guillemain, Yves Renouard, Jean Favier, Sophia Menache, Joëlle Rollo-Koster, Étienne Anheim — a méthodiquement démonté la légende noire héritée de Pétrarque, de la polémique protestante et du XIXᵉ siècle anticlérical : les sept papes d'Avignon ne sont ni des pantins ni des fastueux indignes. Benoît XII et Urbain V sont des moines réformateurs, ce dernier béatifié par Pie IX en 1870. Mais le népotisme limousin, la distance d'avec Rome et l'usure d'une fiscalité durcie pèsent réellement sur l'Église : trois griefs que le retour à Rome ne suffit pas à effacer.

Comment la papauté s'est-elle retrouvée à Avignon ?

La crise entre Boniface VIII et Philippe le Bel

Le drame d'Avignon ne se comprend qu'à partir du conflit qui ravage l'Église à la fin du XIIIᵉ siècle. Boniface VIII (Benedetto Caetani, pape de 1294 à 1303) prétend, dans la ligne de Grégoire VII et d'Innocent III, à la plénitude du pouvoir spirituel sur tous les princes chrétiens. Le roi de France Philippe IV le Bel prétend de son côté à une souveraineté royale absolue sur ses sujets, y compris ecclésiastiques, qu'il entend taxer pour financer ses guerres avec l'Angleterre. Le choc est inévitable[1].

Boniface VIII répond par deux bulles d'une fermeté exceptionnelle. Clericis laicos (24 février 1296) interdit, sous peine d'excommunication, toute taxation du clergé par un pouvoir civil sans autorisation pontificale[2]. Unam sanctam (18 novembre 1302) affirme, en sa formule la plus tranchée, l'unité de l'Église sous l'autorité du successeur de Pierre et conclut : « nous déclarons, énonçons et définissons qu'il est de nécessité de salut pour toute créature humaine d'être soumise au pontife romain »[3]. Philippe le Bel mobilise alors juristes, états généraux et opinion publique pour préparer l'épreuve de force.

L'attentat d'Anagni (7 septembre 1303)

Effigie de Jean XXII, élu en 1316 et premier pape à fixer durablement la curie à Avignon. Wikimedia Commons, domaine public.

Le 7 septembre 1303, le juriste royal Guillaume de Nogaret et un membre de la famille romaine ennemie des Caetani, Sciarra Colonna, prennent d'assaut le palais pontifical d'Anagni (Latium) avec environ deux mille hommes d'armes. Le pape, vieux et seul, refuse de fuir et reçoit ses agresseurs revêtu de la chape papale. Selon la chronique de Guillaume de Nangis et le récit de Dante (Purgatorio, XX, 86-90), Sciarra Colonna aurait giflé le pontife — épisode resté célèbre sous le nom de schiaffo d'Anagni (« la gifle d'Anagni »), même si l'historien Jean Favier a montré qu'il s'agit probablement d'une amplification narrative du XIVᵉ siècle[4].

Boniface VIII, libéré au bout de trois jours par la population d'Anagni, regagne Rome brisé. Il meurt le 11 octobre 1303. Son successeur Benoît XI (Niccolò Boccasini, dominicain), élu le 22 octobre 1303 — onze jours après la mort de Boniface VIII, au terme d'un conclave d'un seul jour —, ne règne que neuf mois et meurt le 7 juillet 1304 dans des circonstances que les contemporains soupçonnent suspectes, sans avoir pu trancher entre absolution et excommunication des coupables d'Anagni[5].

Le conclave de Pérouse et l'élection de Clément V (1305)

Le conclave qui s'ouvre à Pérouse est divisé. Les cardinaux français et italiens hostiles à Boniface poussent un candidat conciliant ; les cardinaux fidèles à la mémoire du défunt pape veulent un Italien intransigeant. Après onze mois de blocage, le compromis se fait sur un homme hors curie : Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, gascon, sujet du roi d'Angleterre pour la Guyenne mais bien vu de Philippe le Bel. Il est élu le 5 juin 1305 et prend le nom de Clément V[6].

Bertrand de Got refuse de se rendre à Rome pour son couronnement et choisit Lyon, ville d'Empire mais accessible au roi de France. Il y est couronné le 14 novembre 1305 en présence de Philippe le Bel. La curie reste itinérante en France pendant quatre ans — Mâcon, Bordeaux, Poitiers — avant que Clément V ne s'installe à Avignon le 9 mars 1309, dans l'évêché qu'il choisit pour sa position centrale entre la France, l'Italie et la Provence[7]. Aucun acte ne décide alors que le siège pontifical quitte Rome : Clément V envisage explicitement d'y retourner, mais ne le fait jamais.

L'installation durable sous Jean XXII (1316-1334)

À la mort de Clément V (20 avril 1314, à Roquemaure), le conclave traîne pendant deux ans et quatre mois, partagé entre Italiens et Gascons. Réuni de force à Lyon par le comte de Poitiers (futur Philippe V), il finit par élire le 7 août 1316 Jacques Duèze, cardinal cahorsin, sous le nom de Jean XXII. Le nouveau pape, soixante-douze ans, juriste rigoureux, fixe la curie à Avignon et n'envisage plus de retour rapide à Rome, où les Visconti de Milan, les Gibelins (le parti italien qui soutient l'empereur contre le pape) et les bandes de condottieri (des chefs de guerre mercenaires) rendent toute installation pontificale dangereuse[8].

Avignon était-elle une ville française ?

Le Comtat Venaissin, terre pontificale depuis 1274

Pour saisir la situation, il faut distinguer trois entités juridiques différentes que la vulgarisation confond souvent : la France du roi Philippe le Bel, le royaume d'Arles dépendant du Saint-Empire, et les terres pontificales.

Le Comtat Venaissin — territoire qui entoure Avignon sans la comprendre, avec Carpentras pour capitale à partir de 1320 — est devenu propriété directe du Saint-Siège en 1274. Légué à Alphonse de Poitiers (frère de saint Louis) puis, à sa mort en 1271, retourné à la Couronne, il a été cédé au pape Grégoire X par Philippe III le Hardi, en exécution du traité conclu lors du deuxième concile de Lyon (Lyon II, 1274). Le Comtat reste terre pontificale jusqu'à son rattachement à la France révolutionnaire en 1791[9].

Avignon, vassale du roi de Naples

La ville d'Avignon elle-même, en revanche, n'est ni française ni pontificale au moment où Clément V s'y installe. Elle appartient à Charles II d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, lui-même vassal du Saint-Siège pour son royaume italien. Or la Provence et le Comtat font partie du royaume d'Arles, fief du Saint-Empire romain germanique depuis 1032 — donc, juridiquement, Avignon est une ville d'Empire, pas du domaine royal capétien.

Cette indépendance juridique change tout. Quand les contemporains et les historiens parlent d'« exil français » de la papauté, ils décrivent une proximité culturelle et linguistique réelle — les cardinaux sont en majorité d'origine limousine ou occitane —, mais non une mainmise politique directe du roi de France sur la ville. Le pape reste, sur le sol provençal, souverain temporel d'un domaine où le roi de France n'a ni juridiction ni police.

L'achat de la ville par Clément VI (9 juin 1348)

Clément VI (1342-1352), bénédictin, mécène, acheteur de la ville d'Avignon en 1348. Fresque de la chapelle Saint-Martial du palais des Papes. Wikimedia Commons, domaine public.

Le statut ambigu de la ville se règle sous Clément VI (Pierre Roger). À la suite du meurtre d'André de Hongrie par les courtisans de sa femme Jeanne Iʳᵉ, comtesse de Provence et reine de Naples, celle-ci se rend à Avignon en 1348 pour se justifier devant le pape, son suzerain napolitain. Clément VI préside le procès en révision, absout Jeanne du meurtre — décision contestée par les historiens —, et lui rachète Avignon le 9 juin 1348 pour 80 000 florins d'or, somme modeste qui laisse penser que l'absolution faisait partie du « prix »[10].

À partir de cette date, Avignon devient pleinement terre pontificale : la papauté y est désormais chez elle, ce qui rend d'autant plus pesante la question du retour à Rome.

Qui sont les sept papes d'Avignon ?

Sur soixante-sept ans (1309-1376), sept pontifes se succèdent, tous français et tous occitans (Gascogne, Quercy, Languedoc, Limousin), et l'historiographie a tort de les penser interchangeables : leurs personnalités, leurs ordres d'origine, leurs choix politiques diffèrent profondément.

#PapeNom de naissanceOriginePontificat
1Clément VBertrand de GotGascogne (Villandraut)5 juin 1305 — 20 avril 1314
2Jean XXIIJacques DuèzeQuercy (Cahors)7 août 1316 — 4 déc. 1334
3Benoît XIIJacques Fournier, cistercienAriège (Saverdun)20 déc. 1334 — 25 avril 1342
4Clément VIPierre Roger, bénédictinCorrèze (Rosiers-d'Égletons)7 mai 1342 — 6 déc. 1352
5Innocent VIÉtienne AubertCorrèze (Beyssac)18 déc. 1352 — 12 sept. 1362
6Bienheureux Urbain VGuillaume de Grimoard, bénédictinLozère (Grizac)28 sept. 1362 — 19 déc. 1370
7Grégoire XIPierre Roger de BeaufortCorrèze (Maumont)30 déc. 1370 — 27 mars 1378

Clément V (1305-1314)

Le pape Clément V (Bertrand de Got), premier pape d'Avignon. Fresque du Cappellone degli Spagnoli à Santa Maria Novella (Florence). Wikimedia Commons, domaine public.

Bertrand de Got, né vers 1264 à Villandraut en Gironde, archevêque de Bordeaux depuis 1299, devient pape sans avoir jamais été cardinal — situation rarissime. Son pontificat est dominé par trois affaires que la France royale lui force la main : la liquidation du contentieux Boniface VIII / Nogaret (Clément V finit par absoudre Nogaret le 27 avril 1311 contre serment), la procédure contre les Templiers (cf. infra) et l'organisation du concile œcuménique de Vienne (1311-1312) qui rassemble ces deux dossiers.

L'historienne Sophia Menache a méthodiquement démontré, dans son Clement V (Cambridge UP, 1998), que Bertrand de Got n'est ni le serviteur servile que la légende noire dépeint ni un héros sans tache : il résiste autant qu'il le peut à Philippe le Bel, mais joue toujours sa survie politique entre une France impossible à affronter frontalement et une Italie ingouvernable. Il meurt le 20 avril 1314 à Roquemaure, en Provence, en revenant d'une cure aux eaux. Son neveu Bertrand de Got le jeune, qui hérite d'une fortune scandaleuse en bijoux et espèces, illustre déjà le mal qui va ronger Avignon : le népotisme[11].

Jean XXII (1316-1334)

Élu à soixante-douze ans après vingt-huit mois de vacance, Jacques Duèze (Jean XXII) est l'administrateur par excellence. Juriste cahorsin formé à Montpellier et Paris, ancien chancelier de Charles II d'Anjou, il fixe définitivement la curie à Avignon, organise la Chambre apostolique, multiplie les réserves bénéficiales et les annates, et laisse à sa mort un trésor évalué à 800 000 florins d'or[12].

Son pontificat est marqué par trois grandes crises : la querelle avec Louis IV de Bavière, qui se fait couronner empereur à Rome par un antipape franciscain (Pierre de Corbara, Nicolas V) en 1328 ; la controverse de la pauvreté avec les Spirituels franciscains et Guillaume d'Ockham ; et la controverse de la vision béatifique que nous traitons plus bas. Sur ce dernier point, malgré sa rétractation in extremis, Jean XXII reste l'archétype du pape théologien malhabile — érudit dans son droit mais peu sûr dans sa christologie mystique. Il meurt à Avignon le 4 décembre 1334, à environ quatre-vingt-dix ans.

Benoît XII (1334-1342)

Jacques Fournier, cistercien de l'abbaye de Boulbonne, ancien évêque de Pamiers (où il a mené, comme inquisiteur, l'enquête fameuse contre les derniers Cathares de Montaillou, reprise par Emmanuel Le Roy Ladurie dans Montaillou, village occitan), est élu le 20 décembre 1334. Il prend le nom de Benoît XII, en mémoire de saint Benoît, et incarne, pour la première fois depuis Boniface VIII, un type de pape réformateur austère[13].

Benoît XII reçoit les messagers chinois envoyés par Toghan-Temür de la dynastie Yuan. Miniature du Livre des Merveilles (BnF, ms. Français 2810, fol. 134v). Wikimedia Commons, domaine public.

Son œuvre est triple. Réforme des ordres religieux : il publie en 1335, 1336 et 1339 trois grandes constitutions réformatrices pour les cisterciens (Fulgens sicut stella), les bénédictins (Summi magistri) et les franciscains (Redemptor noster), rétablissant la discipline et l'observance. Réforme administrative : il limite les réserves bénéficiales abusives de son prédécesseur, refuse le népotisme et rappelle ses propres parents à la pauvreté de leur condition. Définition dogmatique : sa constitution Benedictus Deus, du 29 janvier 1336, met fin à la controverse de la vision béatifique (cf. infra).

Sur le plan politique, il échoue à se rapprocher de Rome. La construction du Palais vieux d'Avignon (1335-1342) trahit malgré lui une installation qui se croit transitoire et devient permanente. Il meurt à Avignon le 25 avril 1342.

Clément VI (1342-1352)

Élu sept jours après la mort de Benoît XII, Pierre Roger, bénédictin limousin, ancien archevêque de Sens puis de Rouen, ancien chancelier du roi Philippe VI, est tout l'inverse de son prédécesseur. Brillant orateur, théologien lettré, mécène magnifique, Clément VI affiche d'emblée le style inverse : selon un mot célèbre que lui prête un auteur médiéval, ses prédécesseurs n'auraient pas su user de la fonction pontificale comme lui — comprendre : multiplier les réserves de bénéfices et gouverner en monarque[14]. Il déploie une cour aussi fastueuse que les cours royales — d'où le surnom français de le Magnifique — et fait construire le Palais neuf (1342-1351) qui double presque la surface du palais. C'est lui qui rachète Avignon en 1348.

Son pontificat est dominé par la Peste noire qui ravage l'Europe en 1347-1349 : Clément VI intervient deux fois en 1348 en faveur des Juifs accusés de propager la peste — un premier acte le 4 juillet (renouvellement de la protection Sicut Judaeis), puis la bulle Quamvis perfidiam du 26 septembre 1348, condamnant les massacres antijuifs et plaçant les Juifs sous sa protection ; lui-même, sur le conseil de son médecin Guy de Chauliac, s'entoure de grands feux[15]. C'est, dans la nuit terrible du milieu du XIVᵉ siècle, l'un des actes politiques les plus défendables de toute la papauté d'Avignon.

Il meurt à Avignon le 6 décembre 1352, après avoir nommé son neveu Pierre Roger de Beaufort cardinal — celui-là même qui sera vingt ans plus tard le pape du retour à Rome.

Innocent VI (1352-1362)

Innocent VI (Étienne Aubert), pape de 1352 à 1362, retour à la sobriété de Benoît XII et organisateur de la reconquête militaire des États pontificaux par le cardinal Albornoz. Wikimedia Commons, domaine public.

Étienne Aubert, ancien évêque de Noyon, ancien cardinal-évêque d'Ostie, est élu après une capitulation conclavaire — un texte écrit que les cardinaux imposent au futur pape pour limiter son pouvoir — que les électeurs voudraient liante. Sitôt élu, il l'annule comme contraire à la souveraineté du pontife romain[16]. Innocent VI revient à la sobriété de Benoît XII : il réduit les dépenses curiales, expulse les bénéficiers absentéistes, encourage les ordres.

Son grand acte politique est l'envoi en Italie du cardinal espagnol Gil de Albornoz, ancien archevêque de Tolède. De 1353 à 1357, à la tête d'une armée pontificale, Albornoz reconquiert les États pontificaux dispersés et rédige les Constitutiones Aegidianae — les « Constitutions » de Fano (1357), du nom latin d'Albornoz (Ægidius) —, code juridique qui restera en vigueur dans les États du pape jusqu'en 1816. Cette restauration territoriale est la condition matérielle du retour de la papauté à Rome — qui ne se fera pourtant que sous ses successeurs. Innocent VI meurt à Avignon le 12 septembre 1362.

Le bienheureux Urbain V (1362-1370)

Le bienheureux Urbain V (Guillaume de Grimoard), bénédictin, premier pape avignonnais à tenter le retour à Rome. Peinture de Simone dei Crocifissi vers 1375. Wikimedia Commons, domaine public.

Le sixième pape d'Avignon n'est pas un cardinal mais un moine : Guillaume de Grimoard, abbé bénédictin de Saint-Victor de Marseille, en mission diplomatique en Italie pour Innocent VI, est élu en son absence le 28 septembre 1362. Il prend le nom d'Urbain V, l'un des deux papes de la série élus sans être cardinaux, avec Clément V[17].

Ses huit années d'épiscopat sont les plus saintes d'Avignon. Il garde l'habit monastique sous la tiare, refuse le faste curial, lutte contre la simonie et le népotisme, fonde des studia (maisons d'études supérieures préparant à l'université), notamment à Trets en Provence, et soutient l'université de Toulouse par des privilèges. Surtout, il tente le retour à Rome : il quitte Avignon le 30 avril 1367, débarque à Corneto puis arrive à Rome le 16 octobre 1367. Il y séjourne trois ans, restaure Saint-Pierre et Saint-Jean-de-Latran, reçoit en visite l'empereur byzantin Jean V Paléologue qui fait sa profession de foi catholique le 18 octobre 1369 (sans succès durable à Constantinople), et reçoit sainte Brigitte de Suède qui lui prédit la mort s'il rentre à Avignon[18].

Devant la pression des cardinaux français qui supportent mal Rome, et la dégradation de la sécurité italienne, Urbain V cède : il repart pour Avignon le 5 septembre 1370 malgré les supplications de sainte Brigitte. Il meurt en effet trois mois plus tard, le 19 décembre 1370, fidèle à sa pauvreté monastique. Il est béatifié par Pie IX le 10 mars 1870, seul des sept papes d'Avignon à recevoir cet honneur — signe que l'Église elle-même, dans son discernement séculaire, distingue parfaitement les figures saintes de leur cadre historique problématique.

Grégoire XI (1370-1378)

Le dernier pape avignonnais, Pierre Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, est cardinal depuis l'âge de dix-huit ans (création abusive de son oncle en 1348), n'est encore que diacre quand on l'élit le 30 décembre 1370 ; il faut le faire prêtre puis évêque en quelques jours avant son couronnement du 5 janvier 1371[19]. À quarante et un ans, Grégoire XI est un homme cultivé, ayant étudié comme cardinal à l'université de Pérouse où il est devenu canoniste et théologien, pieux, sincèrement résolu à rentrer à Rome — désir qu'il a, dit-on, fait vœu d'accomplir avant même son élection.

Trois forces convergent pour réaliser ce retour : la pression de sainte Catherine de Sienne (qui se rend à Avignon en 1376), les prophéties de sainte Brigitte de Suède (morte en 1373, canonisée en 1391), et la dégradation italienne — la guerre des Huit Saints contre Florence (1375-1378), qui menace de perdre les États pontificaux à peine reconquis par Albornoz. Grégoire XI quitte Avignon le 13 septembre 1376, s'embarque à Marseille le 2 octobre 1376, et débarque à Corneto, puis fait son entrée à Rome le 17 janvier 1377. Il meurt à Rome le 27 mars 1378, ouvrant immédiatement la crise du Grand Schisme.

Le palais des Papes : la cathédrale civile d'Avignon

Le palais des Papes d'Avignon, plus vaste édifice gothique civil d'Occident (15 000 m² de plancher). À gauche le Palais vieux de Benoît XII (1335-1342), à droite le Palais neuf de Clément VI (1342-1351). Photo Jean-Marc Rosier, Wikimedia Commons, CC BY-SA.

L'édifice qui matérialise la papauté d'Avignon est l'un des plus impressionnants monuments du gothique européen. Sur quelque 15 000 m² de surface de plancher — soit, en volume, l'équivalent de quatre cathédrales gothiques, selon le chiffre officiel du monument —, il abrite à la fois la résidence pontificale, l'administration de la chrétienté latine, le trésor, la chapelle Saint-Martial, le réfectoire (Grand Tinel), les chambres des cardinaux et la bibliothèque[20].

Le Palais vieux de Benoît XII (1335-1342)

Le premier ensemble est commandé par Benoît XII et confié à l'architecte Pierre Poisson de Mirepoix. Le chantier dure environ sept ans (1335-1342) et donne une construction austère, presque monastique, organisée autour de deux cloîtres : le cloître de Benoît XII et la tour des Anges (résidence privée du pape). L'esprit cistercien de Benoît XII est lisible dans le dépouillement des volumes, la prédominance de la pierre nue, l'absence d'ornementation profuse. La chambre du cerf, plus tard décorée par Clément VI, est encore à ce stade une simple tour de défense[21].

Le Palais neuf de Clément VI (1342-1351)

À peine élu, Clément VI lance le grand chantier qui doublera l'édifice. Confié à l'architecte Jean de Louvres (ou de Loubières), le Palais neuf est construit en moins de dix ans, entre le 17 juillet 1342 et le 21 octobre 1351[22]. Il abrite la Grande Audience (où siège le tribunal de la Rote), la Grande Chapelle (52 mètres de long, 15 mètres de large et 20 mètres de haut, l'une des plus vastes du Moyen Âge), la chambre du cerf où Clément VI travaille parmi les fresques de chasse profane, et le Tinel (réfectoire pontifical).

L'ensemble est, à son achèvement en 1351, le plus grand palais gothique civil d'Occident. Il témoigne d'une fonction politique nouvelle : la papauté n'est plus seulement un siège épiscopal romain — c'est une monarchie ecclésiale centralisée dotée d'une cour, d'une administration et d'un budget comparables à ceux des grands rois européens.

Le programme peint de Matteo Giovannetti et Simone Martini

Le rayonnement artistique du Palais ne se réduit pas à sa pierre. Clément VI fait venir de Viterbe le peintre Matteo Giovannetti, qu'il nomme peintre officiel du pape en 1346. Avec son atelier franco-italien, Giovannetti exécute les fresques de la chapelle Saint-Martial (vie de saint Martial de Limoges, patron du pape), de la chapelle Saint-Jean, et de la Grande Audience (cycle des prophètes)[23].

Avant lui, Simone Martini, maître de l'école siennoise, a travaillé dès 1336 au porche de la cathédrale Notre-Dame des Doms d'Avignon, où il peint un cycle marial dont il subsiste les sinopias (esquisses préparatoires). C'est à Avignon que Simone rencontre Pétrarque, dont il peint le portrait de Laure aujourd'hui perdu mais célébré par les sonnets 77 et 78 du Canzoniere.

Le Palais d'Avignon devient ainsi un laboratoire artistique franco-italien dont l'historien d'art Enrico Castelnuovo a montré, dans son ouvrage classique Un peintre italien à la cour d'Avignon (1962), qu'il prépare, par avance, certains des dispositifs picturaux du Quattrocento italien.

Quelle administration et quelle fiscalité Avignon a-t-elle inventées ?

L'apport durable des papes d'Avignon à l'Église catholique n'est ni leur palais ni leurs fresques : c'est la première bureaucratie centralisée de la chrétienté. Avant Avignon, l'Église fonctionne en grande partie comme une fédération de pouvoirs locaux — évêques, métropolitains, ordres religieux — où le pape exerce une suzeraineté plus que des compétences administratives directes. Après Avignon, l'idée d'un gouvernement central pontifical est acquise pour toujours.

La Chambre apostolique et la fiscalité pontificale

La Camera apostolica (Chambre apostolique) est l'organe central des finances pontificales. Sous Jean XXII, elle se structure en services spécialisés : trésorier, collecteurs apostoliques envoyés dans toutes les provinces ecclésiastiques, auditeurs des comptes. Yves Renouard, dans son étude classique Les relations des papes d'Avignon et des compagnies commerciales et bancaires de 1316 à 1378 (1941), a montré que cette administration repose sur une alliance étroite avec les compagnies bancaires italiennes — Bardi, Peruzzi, Acciaiuoli avant 1345, Alberti, Strozzi, Medici ensuite — qui collectent l'argent dans toute l'Europe et le transfèrent à Avignon par lettres de change[24].

À la mort de Jean XXII (1334), le trésor pontifical atteint 800 000 florins d'or. À la mort de Benoît XII (1342), il dépasse le million de florins[25]. Ces chiffres font de la papauté d'Avignon, en termes de liquidités, la première puissance financière d'Europe, dépassant la trésorerie royale française elle-même.

Réserves bénéficiales, annates, expectatives

Le cardinal Gil de Albornoz (1310-1367), archevêque de Tolède puis légat pontifical, reconquiert pour Innocent VI les États pontificaux dispersés (1353-1357). Sa reconquête militaire est l'autre face — territoriale — de la centralisation administrative d'Avignon. Détail d'une fresque d'Andrea di Bonaiuto, Cappellone degli Spagnoli (Florence). Wikimedia Commons, domaine public.

La technique fiscale qui rend ces chiffres possibles tient en trois mots : réserves bénéficiales, annates, expectatives[26].

  • Les réserves bénéficiales : Jean XXII, par la constitution Ex debito (1316), réserve à la nomination directe du pape un nombre croissant de catégories de bénéfices ecclésiastiques (évêchés, abbayes, prébendes canoniales), au lieu de laisser le clergé local élire. Ce pouvoir de provision devient l'instrument central de la centralisation et la source principale du népotisme.
  • Les annates : à chaque collation pontificale, le bénéficier verse à la Chambre apostolique la première année de revenu du bénéfice. Sur un évêché de 5 000 florins de revenu annuel, l'annate représente une rentrée immédiate de 5 000 florins.
  • Les expectatives : promesses de bénéfices à pourvoir à la prochaine vacance, vendues par anticipation. Pratique critiquée par les contemporains pour sa proximité avec la simonie.

À cela s'ajoutent les décimes (dixième prélevé sur tout le clergé sous prétexte de croisade), les services communs (la taxe que chaque nouvel évêque ou abbé verse au pape à sa nomination), les dépouilles (les biens des évêques morts sans testament, récupérés par la Chambre apostolique), et les droits de visite ad limina. Le système est rationnel, efficace, et profondément impopulaire.

La bibliothèque pontificale et l'université d'Avignon

Le revers culturel de cette centralisation est lumineux. La bibliothèque pontificale d'Avignon, inventoriée en 1369, compte plus de deux mille volumes — l'une des plus grandes bibliothèques d'Europe occidentale, dépassant celles de la Sorbonne et de Cluny[27]. Elle abrite des manuscrits patristiques, scolastiques, juridiques, mais aussi de la poésie profane (Pétrarque), de la science arabe traduite, des chroniques byzantines.

L'université d'Avignon, fondée en 1303 par Boniface VIII, est confortée par les papes avignonnais qui y attirent des juristes de premier plan. Clément VI lui-même, théologien formé à Paris, fait d'Avignon un centre de pensée catholique dont Étienne Anheim a montré, dans Clément VI au travail (Publications de la Sorbonne, 2014), qu'il est un véritable laboratoire intellectuel européen, et non un simple appendice de la curie[28].

Que dit la constitution Benedictus Deus sur la vision béatifique ?

Le pontificat de Jean XXII est marqué, à partir de 1331, par une crise théologique majeure : son enseignement personnel sur la vision béatifique, qu'il défend dans une série de sermons, contredit la conviction commune des théologiens et provoque une vive opposition jusqu'à la Sorbonne.

Les sermons de Jean XXII (1331-1332)

Dans quatre sermons prononcés entre le 1ᵉʳ novembre 1331 (fête de la Toussaint) et janvier 1332, le pape Jean XXII soutient une thèse à contre-courant. Selon lui, les âmes des justes, après leur mort, ne voient pas Dieu face à face dès leur entrée au ciel ; elles sont « sous l'autel » (cf. Apocalypse 6, 9) et contemplent seulement l'humanité du Christ ; la vision béatifique de l'essence divine n'aura lieu qu'après la résurrection des corps au Jugement dernier[29].

Jean XXII s'appuie sur certaines citations patristiques (saint Bernard, Sermon 3 pour la Toussaint) et présente sa position comme opinion personnelle de docteur, non comme enseignement définitif de magistère. Mais le seul fait qu'un pape exprime cette thèse en chaire pontificale crée un séisme.

L'opposition théologique : Paris et Jacques Fournier

La réaction est foudroyante. La Faculté de théologie de Paris, en janvier 1334, condamne formellement la thèse comme erronée et contraire à la foi catholique. Le roi Philippe VI de Valois réunit à Vincennes une commission de théologiens qui aboutit à la même conclusion. Le cardinal cistercien Jacques Fournier — futur Benoît XII — rédige un long traité de réfutation où il démontre, par l'Écriture, la patristique et la raison théologique, que l'âme purifiée voit Dieu immédiatement après la mort[30].

Devant la pression unanime, Jean XXII finit par céder. Le 3 décembre 1334, sur son lit de mort, il prononce une rétractation publique : il avait, dit-il, soutenu sa thèse « autant que le permettent la sainte Écriture et la doctrine catholique » et il se soumet entièrement à la décision de l'Église. Il meurt le lendemain.

Benedictus Deus de Benoît XII (29 janvier 1336)

Élu trois semaines plus tard, Benoît XII fait de la définition de la vision béatifique l'un des premiers actes de son pontificat. La constitution apostolique Benedictus Deus, promulguée le 29 janvier 1336 à Avignon, définit dogmatiquement la vision béatifique immédiate des âmes des justes pleinement purifiées :

« Les âmes de tous les saints… aussitôt après leur mort, ou aussitôt après la purification déjà subie, ont vu, voient et verront l'essence divine par une vision intuitive et même faciale, sans la médiation d'aucune créature, de telle sorte que l'essence divine apparaît à elles immédiatement, à nu, clairement et à découvert. » — Benoît XII, constitution Benedictus Deus, Avignon, 29 janvier 1336[31]

C'est l'un des textes magistériels les plus solennels du Moyen Âge sur les fins dernières, repris textuellement par le concile de Florence (1439) dans le décret Laetentur caeli et par le Catéchisme de l'Église catholique de 1992 (§ 1023). Sur le plan ecclésiologique, l'épisode démontre quelque chose d'essentiel : un pape, comme docteur privé, peut errer ; mais l'Église corrige le pape par le pape lui-même — Jean XXII rétracte avant de mourir, Benoît XII définit. L'infaillibilité pontificale, qui sera précisée par Vatican I en 1870, ne s'applique qu'à des conditions strictes que Jean XXII n'a jamais cherché à remplir.

Quel rôle Avignon a-t-il joué dans l'affaire des Templiers ?

L'épisode qui pèse le plus, dans la mémoire historique, sur le pontificat de Clément V est la liquidation de l'ordre du Temple.

L'arrestation du 13 octobre 1307

Jacques de Molay (vers 1244-1314), dernier grand maître de l'ordre du Temple, brûlé vif à Paris le 18 mars 1314 sur ordre de Philippe le Bel, deux mois avant la mort de Clément V. Gravure ancienne, Wikimedia Commons, domaine public.

Sur ordre secret du roi Philippe le Bel, l'ensemble des Templiers du royaume de France — environ 2 000 hommes — sont arrêtés simultanément à l'aube du vendredi 13 octobre 1307. La rafle, parfaitement préparée par le garde des sceaux Nogaret (nommé le 22 septembre 1307)[32], repose sur des accusations massives : hérésie, sodomie, idolâtrie d'une tête mystérieuse appelée Baphomet, reniement du Christ lors de la profession. Les biens de l'ordre sont aussitôt saisis. Le grand maître Jacques de Molay est jeté en prison.

Le pape Clément V est mis devant le fait accompli. Il proteste, par la bulle Pastoralis praeeminentiae (22 novembre 1307), demande aux souverains d'arrêter eux aussi les Templiers de leurs royaumes (afin de soustraire la procédure à la seule justice française), ouvre deux enquêtes parallèles : l'une diocésaine sur les personnes, l'autre pontificale sur l'ordre lui-même. Sophia Menache, dans son Clement V, a montré que le pape résiste autant qu'il le peut mais qu'il ne dispose d'aucun moyen militaire pour s'opposer frontalement à Philippe le Bel sur le sol français.

Le concile de Vienne et la bulle Vox in excelso (1312)

La crise est portée devant le concile œcuménique de Vienne en Dauphiné, qui s'ouvre le 16 octobre 1311. Les Pères conciliaires se divisent : la majorité estime que les accusations ne sont pas prouvées et qu'il faut accorder aux Templiers le droit à la défense — droit qu'ils n'ont jamais eu sous Nogaret. Clément V, sous une pression royale énorme (Philippe le Bel se présente à Vienne en mars 1312 à la tête d'une armée), prend une décision intermédiaire dans la bulle Vox in excelso du 22 mars 1312 : il supprime l'ordre du Temple non par jugement (faute de preuves), mais per modum provisionis seu ordinationis apostolicae — par voie de disposition administrative, parce qu'aucune réforme n'est plus possible[33].

La distinction juridique est capitale : l'ordre est dissous sans être condamné. Les biens sont, par la bulle Ad providam du 2 mai 1312, transférés à l'ordre de l'Hôpital (sauf en Espagne où ils vont aux ordres ibériques) — donc à un ordre religieux, et non au trésor royal, déjouant la convoitise principale de Philippe le Bel. Mais les chefs templiers restent prisonniers du roi. Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sont brûlés vifs à Paris le 18 mars 1314, deux mois avant la mort de Clément V — qu'ils auraient, selon la légende, cités à comparaître devant le tribunal de Dieu dans un an.

L'affaire reste l'une des plaies historiques du pontificat avignonnais : Clément V n'a pas pu sauver les Templiers, mais il a pu éviter la condamnation dogmatique que voulait Philippe le Bel et qui aurait fait des Templiers des hérétiques formels. Trois siècles plus tard, en 2002, l'archiviste vaticane Barbara Frale a découvert le parchemin de Chinon (août 1308) où Clément V, après audition de Jacques de Molay et d'autres dignitaires, absout les Templiers des accusations d'hérésie et les réintègre à la communion ecclésiale — texte resté secret entre Avignon et la Couronne[34].

Pourquoi Pétrarque appelle-t-il Avignon « Babylone d'Occident » ?

Pétrarque (Francesco Petrarca, 1304-1374), poète et humaniste, fils d'un notaire florentin réfugié près d'Avignon ; il y forge contre la papauté provençale la formule de « Babylone d'Occident ». Portrait, école française du XVIIᵉ siècle. Wikimedia Commons, domaine public.

L'image qui s'impose pour les siècles est celle qu'a forgée Pétrarque. Fils d'un notaire florentin guelfe blanc exilé par les guelfes noirs en 1302, Francesco Petrarca (1304-1374) grandit à Carpentras (Comtat Venaissin) dès 1312, étudie le droit à Montpellier et Bologne, et vit la quasi-totalité de sa vie active entre Avignon, Fontaine-de-Vaucluse et l'Italie. Il connaît la curie de l'intérieur ; il y a ses bienfaiteurs (la famille Colonna) ; il y rencontre Laure le 6 avril 1327. Mais il finit par haïr Avignon avec la passion d'un déçu intime.

Dans le Liber sine nomine (« Livre sans nom »), recueil de dix-neuf lettres latines anonymes composé entre 1352 et 1361, Pétrarque dénonce systématiquement la corruption, le luxe et l'inféodation française de la papauté avignonnaise. Mais c'est dans le Canzoniere, dans les trois célèbres sonnets dits babyloniens (136, 137, 138), qu'il fixe l'image qui restera :

« Fontaine de douleur, hôtellerie de colère, école d'erreurs et temple d'hérésie, jadis Rome, à présent fausse et coupable Babylone, pour qui tant on pleure et l'on soupire : ô forge de tromperies, ô terrible prison où le bien meurt et où le mal se nourrit et croît, enfer des vivants — ce serait un grand miracle si le Christ enfin ne se courrouçait contre toi. » — Pétrarque, Canzoniere, sonnet 138, traduction française[35]

L'expression de « Babylone » est explicitement biblique : elle assimile l'exil avignonnais des papes à la déportation des Hébreux à Babylone (587-538 avant Jésus-Christ), telle que la pleure le prophète Jérémie. C'est cette comparaison qui passera dans la postérité : on parlera désormais des soixante-dix ans de captivité de Babylone des papes (de l'élection de Clément V en 1305 au retour à Rome en 1377 : 72 ans, approximation rhétorique des soixante-dix années de l'exil hébreu selon Jérémie 25, 11-12 — à distinguer de la résidence effective à Avignon, 1309-1376).

L'historien doit pourtant tenir trois nuances. Pétrarque écrit en humaniste italien déçu : son patriotisme romain, son nostalgie de l'Antiquité, son ressentiment personnel (il avait espéré, sans l'obtenir, un cardinalat) colorent ses pages. Il omet largement les vrais mérites de la cour avignonnaise — mécénat, théologie, charité de Clément VI envers les Juifs, sainteté d'Urbain V. Mais sa critique de la fiscalité curiale et de l'absence physique du pape de Rome est juste, et c'est elle que la sainteté féminine reprendra.

Que dit sainte Catherine de Sienne au pape Grégoire XI ?

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), dominicaine tertiaire, mystique et docteur de l'Église ; son intervention auprès de Grégoire XI accélère le retour de la papauté à Rome en 1377. Peinture de Giovanni Battista Tiepolo. Wikimedia Commons, domaine public.

Si Pétrarque incarne la critique humaniste, sainte Catherine de Sienne (1347-1380) incarne la conscience mystique de l'Église. Vingt-quatrième enfant d'un teinturier siennois, dominicaine tertiaire (mantellata) sans cloître ni habit, illettrée mais douée du don des lettres dictées, elle laisse un corpus de 381 lettres, d'un Dialogue de la divine Providence et de prières qui lui vaudront d'être proclamée docteur de l'Église par Paul VI le 4 octobre 1970 — l'une des premières femmes de l'histoire à recevoir ce titre[36].

Dès 1375, alors que Grégoire XI hésite encore, Catherine multiplie les lettres au pape pour l'exhorter au retour. Le ton est extraordinaire : la jeune sainte tutoie respectueusement le pape, l'appelle « mon doux babbo » (papa, en italien familier), mais le presse avec une fermeté inattendue. Dans la lettre 206 (édition Dupré Theseider), elle écrit notamment :

« Ne soyez pas un enfant peureux, mais viril : ouvrez la bouche, et avalez l'amer pour le doux. » — Sainte Catherine de Sienne, Lettre à Grégoire XI[37]

Plus loin, elle l'exhorte à lever l'étendard de la sainte Croix et à venir à Rome. Catherine se rend à Avignon en juin 1376, accompagnée de son confesseur le bienheureux Raymond de Capoue, dominicain. Elle y reçoit, avec retenue mais sans rien céder, les avances diplomatiques de cardinaux français qui craignent qu'elle ne renverse Grégoire XI. Le rôle exact de Catherine dans la décision du retour est discuté — Guillaume Mollat et Jean Favier soulignent que la décision politique de Grégoire XI était mûrie indépendamment, sous la double pression de la guerre des Huit Saints et des prophéties de Brigitte de Suède. Mais le rôle spirituel de Catherine est incontestable : elle donne à Grégoire XI la force morale qui lui manquait. Elle meurt à Rome le 29 avril 1380, après avoir tenté en vain d'empêcher le Grand Schisme qui suit.

À côté de Catherine, sainte Brigitte de Suède (1303-1373), veuve devenue mystique fondatrice de l'ordre du Très-Saint-Sauveur, joue un rôle parallèle. Ses Revelationes celestes (huit livres) dénoncent la corruption curiale, exhortent Urbain V et Grégoire XI à rentrer à Rome, prophétisent la mort d'Urbain V s'il repart — prophétie tristement vérifiée trois mois plus tard. Brigitte sera canonisée par Boniface IX en 1391.

Quand et comment se fait le retour à Rome ?

Le séjour bref d'Urbain V (1367-1370)

La première tentative est celle d'Urbain V. Préparée par la pacification militaire des États pontificaux menée par le cardinal Albornoz entre 1353 et 1357, elle se concrétise le 30 avril 1367 : la flotte pontificale quitte Marseille. Urbain V débarque à Corneto le 3 juin 1367, gagne Viterbe puis fait son entrée triomphale à Rome le 16 octobre 1367[38].

Il s'installe au Vatican plutôt qu'au Latran (en ruines), restaure les deux basiliques, reçoit la profession de foi catholique de l'empereur byzantin Jean V Paléologue (octobre 1369), ouvre des négociations d'union avec l'Église grecque. Mais la sécurité italienne se dégrade : les bandes de Bernabò Visconti menacent Rome, les barons romains se déchirent, la peste réapparaît. Sous la pression des cardinaux français qui n'ont jamais aimé Rome, Urbain V cède et repart pour Avignon le 5 septembre 1370, malgré les supplications publiques de sainte Brigitte de Suède qui lui prédit la mort. Il meurt en effet à Avignon le 19 décembre 1370.

Le voyage définitif de Grégoire XI (1376-1377)

Le duc d'Anjou conduit Grégoire XI au palais d'Avignon (1370). C'est ce même pape qui rentre définitivement à Rome le 17 janvier 1377. Wikimedia Commons, domaine public.

Grégoire XI fait mieux que son prédécesseur. Vœu personnel de retour à Rome dès avant son élection, intervention spirituelle de Catherine de Sienne en juin 1376, dégradation rapide de la guerre des Huit Saints contre Florence (qui menace de perdre les États pontificaux) : trois forces qui convergent.

Le pape quitte Avignon le 13 septembre 1376 au prix de scènes pénibles — un cardinal français se jette au sol pour barrer la route, le père du pape pleure publiquement[39]. La curie s'embarque à Marseille le 2 octobre 1376 sur une flotte de vingt-deux galères louées au roi d'Aragon et aux Hospitaliers. La traversée est éprouvante (tempêtes, hivernage à Gênes), mais Grégoire XI débarque à Corneto le 5 décembre 1376, gagne Ostie, puis remonte le Tibre. Il fait son entrée à Rome le 17 janvier 1377, accueilli par la population en liesse.

Les dernières semaines de son pontificat sont occupées par les difficultés italiennes — pacification fragile avec Florence, troubles à Rome. Grégoire XI meurt au Vatican le 27 mars 1378, à 48 ans, après quinze mois passés à Rome.

Pourquoi la mort de Grégoire XI déclenche-t-elle le Grand Schisme ?

La mort de Grégoire XI ouvre immédiatement la plus grave crise institutionnelle de l'Église médiévale. Le mécanisme du désastre est simple à reconstituer.

L'élection contestée d'Urbain VI (8 avril 1378)

Le conclave qui se réunit au Vatican le 7 avril 1378 rassemble seize cardinaux dont onze français, quatre italiens et un espagnol. La majorité française est donc nette. Mais à l'extérieur, la foule romaine assiège le Vatican aux cris de « Romano lo volemo, o almanco italiano ! » (« nous le voulons romain, ou au moins italien ! »). Plusieurs cardinaux, par peur des émeutes, votent sous pression. Le 8 avril 1378, ils élisent Bartolomeo Prignano, archevêque napolitain de Bari (et non cardinal), qui prend le nom d'Urbain VI. Couronnement le 18 avril 1378[40].

Le drame éclate rapidement. Urbain VI, par caractère, se révèle d'une rudesse impossible : il insulte publiquement les cardinaux, refuse leurs avis, exige des réformes humiliantes. Plusieurs cardinaux français quittent Rome en juin 1378, rejoignent Anagni, puis Fondi dans le royaume de Naples, et y déclarent, par la déclaration du 2 août 1378, que l'élection du 8 avril a été extorquée par la peur (metus) et donc invalide canoniquement.

L'élection de l'antipape Clément VII (20 septembre 1378)

Clercs en dispute. Miniature des Grandes Chroniques de France de Charles V (BnF, manuscrit français 2813, fol. 208), évoquant les divisions ecclésiales du Grand Schisme d'Occident. Wikimedia Commons, domaine public.

Réunis à Fondi sous la protection de la reine Jeanne Iʳᵉ de Naples, treize cardinaux — tous ceux qui avaient élu Urbain VI cinq mois plus tôt, à l'exception des trois Italiens restés à Rome — procèdent à une seconde élection le 20 septembre 1378. Ils choisissent Robert de Genève, ancien légat connu pour la sévérité de sa répression de la révolte de Cesena en 1377, qui prend le nom de Clément VII. Il s'installe à Avignon le 20 juin 1379[41].

C'est le Grand Schisme d'Occident. Deux papes, deux courts, deux obédiences : Rome (Urbain VI, Boniface IX, Innocent VII, Grégoire XII) et Avignon (Clément VII, Benoît XIII). À partir de 1409, le concile de Pise ajoute une troisième obédience (Alexandre V, Jean XXIII). La chrétienté est partagée : France, Espagne, Écosse, Naples reconnaissent Avignon ; Angleterre, Empire, Hongrie, Pologne, Scandinavie reconnaissent Rome.

La résolution au concile de Constance (1417)

Le pape Martin V (Oddone Colonna), élu le 11 novembre 1417 au concile de Constance, est le premier pape universellement reconnu depuis Grégoire XI ; sa figure clôt la longue crise née d'Avignon. Peinture de Bicci di Lorenzo, vers 1424, représentant la consécration de l'église Sant'Egidio à Florence. Wikimedia Commons, domaine public.

La crise dure trente-neuf ans. Elle est résolue par le concile œcuménique de Constance (1414-1418), le plus grand rassemblement ecclésiastique du Moyen Âge, sous l'impulsion de l'empereur Sigismond. Démission de Grégoire XII (4 juillet 1415), déposition de Jean XXIII (29 mai 1415) et de Benoît XIII (26 juillet 1417), puis élection du pape Martin V (Oddone Colonna) le 11 novembre 1417, qui devient le premier pape universellement reconnu depuis Grégoire XI.

Mais le concile, dans le décret Haec sancta synodus du 6 avril 1415 et le décret Frequens du 9 octobre 1417, défend une thèse conciliariste dangereuse — la supériorité du concile sur le pape —, thèse réprouvée ensuite par le concile de Latran V (1516), mais dont Luther se réclamera encore dans son appel au concile général du 28 novembre 1518[42]. La papauté d'Avignon, par ses excès et son immobilisme, a laissé à l'Église une triple plaie : la fiscalité curiale, le népotisme français, et la doctrine conciliariste née de la nécessité de sortir du schisme.

Faut-il croire à la « légende noire » des papes d'Avignon ?

L'historiographie moderne a corrigé la caricature

La vision strictement négative de la papauté d'Avignon — fastueuse, vendue à la France, indigne de sa mission — vient en droite ligne de Pétrarque, relayée par la polémique protestante du XVIᵉ siècle[43] puis par l'historiographie anticléricale française du XIXᵉ siècle, notamment Jules Michelet.

Cette vision a été systématiquement corrigée par sept générations d'historiens depuis le début du XXᵉ siècle. Les noms à retenir sont :

  • Guillaume Mollat (1877-1968), Les papes d'Avignon (1305-1378), dix éditions de 1912 à 1965 (Letouzey & Ané) : la grande synthèse érudite, qui établit la réalité statistique du clergé avignonnais ;
  • Bernard Guillemain, La Cour pontificale d'Avignon (1309-1376). Étude d'une société (De Boccard, 1962, 810 pages, Prix Gobert 1964) : prosopographie pionnière de la curie, qui démontre que la cour n'est pas plus dépensière que les grandes cours royales contemporaines[44] ;
  • Yves Renouard (1908-1965), La papauté à Avignon (PUF, Que sais-je ?, 1954, rééditions multiples) : synthèse universitaire de référence ;
  • Jean Favier (1932-2014), Les papes d'Avignon (Fayard, 2006) : grande synthèse en français pour le lectorat lettré ;
  • Sophia Menache, Clement V (Cambridge UP, 1998) : disculpe largement Clément V de l'accusation de servilité ;
  • Joëlle Rollo-Koster, Avignon and Its Papacy, 1309-1417 (Rowman & Littlefield, 2015) : programme explicite de « réhabiliter de la légende noire » ;
  • Étienne Anheim (EHESS), Clément VI au travail. Lire, écrire, prêcher au XIVᵉ siècle (Publications de la Sorbonne, 2014) : montre Clément VI en intellectuel sérieux et pasteur lettré ;
  • Hélène Millet, L'Église du Grand Schisme (1378-1417) (Picard, 2009) : référence sur la sortie du schisme.

Les acquis durables de la papauté d'Avignon

Trois acquis sont incontestables.

Premièrement, la centralisation administrative. L'idée d'une Église gouvernée depuis un centre unique — avec ses dicastères, ses collecteurs, sa Rote, sa Chambre apostolique — est l'invention d'Avignon. Tous les développements ultérieurs (Curie tridentine, dicastères contemporains, Dicastère pour la Doctrine de la Foi) en sont héritiers.

Deuxièmement, la culture intellectuelle et artistique. Bibliothèque pontificale de plus de deux mille volumes, mécénat envers Simone Martini, Matteo Giovannetti, Pétrarque, prédication doctrinale de Clément VI, université d'Avignon comme pôle juridique européen — Avignon a été un laboratoire de la Renaissance avant la Renaissance.

Troisièmement, la constitution Benedictus Deus de Benoît XII en 1336 : l'un des plus grands textes magistériels médiévaux sur les fins dernières, reçu textuellement à Florence en 1439 et au Catéchisme de 1992. Sans Jean XXII et sa rétractation, sans Benoît XII et sa définition, la doctrine de la vision béatifique immédiate n'aurait pas été fixée avant les conciles modernes.

Les ombres réelles : népotisme, fiscalité, distance d'avec Rome

Les corrections historiographiques n'autorisent aucun aveuglement. Trois ombres demeurent.

Le népotisme limousin est massif. Sur les 134 cardinaux créés par les sept papes d'Avignon, environ 111 sont français, et parmi eux une majorité écrasante de Limousins et de Quercynois[45]. Clément VI, Innocent VI et Grégoire XI viennent tous trois du diocèse de Limoges. C'est cette clique régionale qui élira Urbain VI sous pression romaine, puis Clément VII à Fondi quelques mois plus tard, déclenchant le schisme.

La fiscalité curiale est techniquement justifiable (l'Église a besoin d'argent pour les croisades, l'administration des États pontificaux, la diplomatie), mais elle est devenue moralement insupportable. Les annates, les expectatives, les dépouilles dressent contre Rome non seulement les princes mais le bas clergé et le peuple chrétien. Quand Luther dénoncera, en 1517, l'injustice du commerce des indulgences, il héritera d'un courant de grogne fiscale dont la fiscalité avignonnaise — annates, expectatives, dépouilles — constitue l'un des terreaux lointains[46].

La distance d'avec Rome est, finalement, l'ombre la plus grave. Le pape est l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre au siège romain. Le quitter pendant soixante-sept ans, même pour des raisons sérieuses, affaiblit symboliquement la fonction. Le retour de Grégoire XI répare la situation matériellement, mais le traumatisme institutionnel persistera : Vatican II, en pensant à nouveau l'Église comme peuple de Dieu et non plus seulement comme monarchie centralisée à la française, héritera de questions qu'Avignon n'a pas résolues.

Que retenir ?

La papauté d'Avignon est l'une des grandes anomalies de l'histoire de l'Église catholique. Pendant soixante-sept ans (1309-1376), sept papes consécutifs ont gouverné l'Église universelle depuis une ville provençale au lieu de Rome. Ces sept papes ont été tous légitimes — aucune des positions sédévacantistes modernes ne peut s'appuyer sur Avignon — et tous catholiques : il n'y a pas eu d'antipape à Avignon avant l'explosion de 1378.

Avignon n'était pas une ville française mais une terre du royaume d'Arles dépendant de l'Empire, vassale du roi de Naples, puis terre pontificale après l'achat de 1348. Le Comtat Venaissin voisin était pontifical depuis 1274. La présence du pape à Avignon a été l'occasion d'inventer la première bureaucratie centralisée de l'Église latine, de construire le plus grand palais gothique civil d'Occident, et de définir dogmatiquement la vision béatifique par la constitution Benedictus Deus de Benoît XII (1336).

Mais elle a aussi creusé trois ombres : népotisme limousin massif, fiscalité ecclésiastique durcie, dont la Réforme du XVIᵉ siècle héritera le grief, et distance d'avec Rome dont le retour de 1377 n'a pas effacé toutes les conséquences. La crise s'est en effet retournée à la mort de Grégoire XI : l'élection contestée d'Urbain VI (8 avril 1378) puis l'élection schismatique de Clément VII à Fondi (20 septembre 1378) ont ouvert le Grand Schisme d'Occident, qui n'a été résolu qu'en 1417 au concile de Constance.

Sur le plan spirituel, deux femmes saintes — Catherine de Sienne et Brigitte de Suède — ont pesé plus que tous les théologiens et tous les princes pour ramener le pape à Rome. C'est l'une des leçons les plus profondes d'Avignon : aux moments où la hiérarchie ecclésiastique défaille, les saints — souvent des laïcs, souvent des femmes — relèvent l'Église par leurs lettres, leurs prières et leur courage. Le bienheureux Urbain V, seul béatifié des sept, témoigne de son côté que la sainteté dans la curie d'Avignon était possible, même si elle restait minoritaire.

L'historien doit donc tenir ensemble deux vérités. Première vérité : la papauté d'Avignon n'a pas été l'ignominie absolue que la légende noire en a fait. Elle a institué, créé, défini, protégé (notamment les Juifs sous Clément VI lors de la peste noire de 1348). Seconde vérité : elle a payé son éloignement de Rome par un schisme dévastateur, et l'Église a mis un siècle à s'en relever — sans jamais oublier la leçon. C'est pourquoi le concile Vatican II insistera, en pensant l'épiscopat collégial et la dimension romaine de la papauté, sur ce qu'Avignon avait fragilisé.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Britannica, « Avignon papacy » : présentation générale, sept papes, dates, statut juridique d'Avignon (fief de la maison d'Anjou de Naples, achat par Clément VI en 1348 pour 80 000 florins), retour de Grégoire XI en 1377. La composition cardinalice — 111 cardinaux français sur 134 créés par les sept papes d'Avignon — est le chiffre donné tel quel par Britannica (lisible en ligne à l'URL ci-dessous) ; sa base savante est la prosopographie de Bernard Guillemain, La Cour pontificale d'Avignon, De Boccard, 1962 (pages exactes non contrôlées en session). Source : https://www.britannica.com/event/Avignon-papacy.

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  2. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope Boniface VIII », New Advent : conflit avec Philippe le Bel, bulles Clericis laicos (24 février 1296) interdisant la taxation du clergé sans autorisation pontificale, Unam sanctam (18 novembre 1302) définissant l'unité de l'Église sous l'autorité du pape, attentat d'Anagni (7 septembre 1303), mort à Rome le 11 octobre 1303. Source : https://www.newadvent.org/cathen/02662a.htm.

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  3. Boniface VIII, bulle Unam sanctam, 18 novembre 1302 : conclusion sur la nécessité de salut de la soumission au pontife romain. Texte latin et traductions en ligne. Pour la formule canonique, voir Heinrich Denzinger, Enchiridion symbolorum, n° 870-875 dans toute édition postérieure à 1965.

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  4. Jean Favier, Philippe le Bel, Fayard, Paris, 1978 (rééd. Tallandier 2013), notamment sur la part de l'amplification narrative dans le récit de la « gifle » d'Anagni — Favier montre que la formule du schiaffo d'Anagni a été construite par les chroniqueurs italiens hostiles à Philippe le Bel et amplifiée par Dante (Purgatorio, XX).

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  5. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope Benedict XI » : élection le 22 octobre 1303, court pontificat (octobre 1303 - 7 juillet 1304), tentatives de pacification avec la France, mort à Pérouse soupçonnée par certains contemporains. Source : https://www.newadvent.org/cathen/02431b.htm. Le conclave s'est ouvert le 21 octobre 1303 (messe du Saint-Esprit) et Boccasini a été élu dès le premier scrutin, le lendemain : conclave d'un seul jour (Alban Butler, Vies des saints, au 7 juillet).

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  6. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope John XXII » : élection le 7 août 1316 après deux ans et quatre mois de vacance, installation définitive de la curie à Avignon, organisation de la Chambre apostolique et de la fiscalité pontificale (annates, réserves, expectatives), trésor de 800 000 florins d'or à sa mort le 4 décembre 1334, controverse de la vision béatifique. Source : https://www.newadvent.org/cathen/08431a.htm.

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  7. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope Clement V » : Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, élu pape sans cardinalat préalable le 5 juin 1305, couronné à Lyon le 14 novembre 1305, installation à Avignon le 9 mars 1309, procédure contre les Templiers, concile de Vienne 1311-1312, mort à Roquemaure le 20 avril 1314. Source : https://www.newadvent.org/cathen/04020a.htm. À compléter par Sophia Menache, Clement V, Cambridge University Press, 1998.

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  8. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope Benedict XII » : Jacques Fournier, cistercien, ancien évêque de Pamiers et inquisiteur, élu le 20 décembre 1334, réformes des ordres religieux (constitutions Fulgens sicut stella, Summi magistri, Redemptor noster), constitution dogmatique Benedictus Deus du 29 janvier 1336, début de la construction du Palais vieux d'Avignon, mort le 25 avril 1342. Source : https://www.newadvent.org/cathen/02428a.htm.

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  9. Mot prêté à Clément VI au tout début de son pontificat, dans le contexte des réserves d'abbayes et de prélatures multipliées dès le début de son pontificat (élections monastiques et capitulaires déclarées nulles pour disposer des bénéfices) : ses prédécesseurs n'auraient pas su, comme lui, user de la fonction pontificale. La formule latine Praedecessores nostri nesciverunt esse Papa circule sans auteur médiéval nommable ni référence exacte vérifiables — y compris dans l'article de référence anglophone qui la cite sans source — : elle est donc retirée ici et le mot n'est donné que comme un propos rapporté, non comme une citation textuelle contrôlée.

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  10. Première intervention (4 juillet 1348) : renouvellement de la protection traditionnelle Sicut Judaeis en faveur des Juifs — date du 4 juillet donnée par la Jewish Encyclopedia (1901, art. « Bulls, Papal ») d'après Julius Aronius, Regesten zur Geschichte der Juden, et O. Raynaldus, Annales ecclesiastici, an 1348 (d'autres répertoires datent ce premier acte du 5 ou du 6 juillet : la datation au jour près varie selon les auteurs). Quamvis perfidiam (26 septembre 1348) : condamnation des massacres antijuifs et renouvellement de la protection pontificale sur le modèle de Calixte II et de ses successeurs ; datum : Avignon, VI Kalendas Octobris — le 26 septembre, en comput romain —, septième année du pontificat. Édition de référence : Shlomo Simonsohn, The Apostolic See and the Jews, t. 1 : Documents 492-1404, PIMS, Toronto, 1988 (rééd. 1991), document Quamvis perfidiam (numéro et pagination non contrôlés en session). Feux : sur le conseil de son médecin Guy de Chauliac (Chirurgia magna), le pape s'entoure de grands feux et survit à la peste — « Pope Clement VI who sat surrounded by burning fires » (David Watters, « Guy de Chauliac: pre-eminent surgeon of the Middle Ages », ANZ Journal of Surgery, 2013).

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  11. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope Innocent VI » : Étienne Aubert, élu le 18 décembre 1352, annulation de la capitulation conclavaire, sobriété de cour, envoi du cardinal Gil de Albornoz en Italie pour reconquérir les États pontificaux (1353-1357, Constitutiones Aegidianae de Fano de 1357), mort le 12 septembre 1362. Source : https://www.newadvent.org/cathen/08017a.htm.

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  12. Catholic Encyclopedia (1907), « Blessed Urban V » : Guillaume de Grimoard, bénédictin abbé de Saint-Victor de Marseille, élu le 28 septembre 1362 en mission diplomatique, retour à Rome le 16 octobre 1367, séjour de trois ans, restauration de Saint-Pierre et Saint-Jean-de-Latran, profession de foi de l'empereur Jean V Paléologue le 18 octobre 1369, retour forcé à Avignon le 5 septembre 1370, mort le 19 décembre 1370 conformément à la prédiction de sainte Brigitte de Suède, béatification par Pie IX le 10 mars 1870 (Britannica, « Blessed Urban V » ; FaithND). Source : https://www.newadvent.org/cathen/15212c.htm.

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  13. Catholic Encyclopedia (1907), « Pope Gregory XI » : Pierre Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, créé cardinal-diacre en 1348 à dix-huit ans ; comme cardinal, études à l'université de Pérouse, canoniste et théologien ; élu pape le 30 décembre 1370, ordination presbytérale et épiscopale dans la semaine précédant son couronnement du 5 janvier 1371 ; départ d'Avignon le 13 septembre 1376, embarquement à Marseille le 2 octobre 1376, arrivée à Rome le 17 janvier 1377, mort à Rome le 27 mars 1378. Source : https://www.newadvent.org/cathen/06799a.htm.

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  14. Palais des papes d'Avignon : la surface de 15 000 m² de plancher (soit en volume l'équivalent de quatre cathédrales gothiques) est le chiffre officiel du monument (site officiel palais-des-papes.com, page de présentation). Sur le chantier : Palais vieux commandé par Benoît XII, architecte Pierre Poisson de Mirepoix, 1335-1342 ; Palais neuf commandé par Clément VI, architecte Jean de Louvres, du 17 juillet 1342 au 21 octobre 1351. Voir Dominique Vingtain, Avignon. Le Palais des Papes, Zodiaque, 1998 (pages du chantier non contrôlées en session).

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  15. Dominique Vingtain, Avignon. Le Palais des Papes, Zodiaque, 1998 ; voir aussi Enrico Castelnuovo, Un peintre italien à la cour d'Avignon : Matteo Giovannetti et la peinture en Provence au milieu du XIVᵉ siècle, CNRS, 1962, sur le programme peint de la chapelle Saint-Martial, de la Grande Audience et de la chambre du cerf, ainsi que sur l'arrivée de Simone Martini à Avignon dès 1336.

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  16. Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard, Paris, 2006 ; voir aussi Yves Renouard, Les relations des papes d'Avignon et des compagnies commerciales et bancaires de 1316 à 1378, De Boccard, 1941, sur le rôle des Bardi, Peruzzi, Acciaiuoli, puis Alberti, Strozzi et Medici, dans la collecte et le transfert des recettes pontificales européennes vers Avignon.

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  17. Les 800 000 florins laissés par Jean XXII à sa mort sont le chiffre traditionnel de l'historiographie (Guillaume Mollat, Les Papes d'Avignon), repris par la Catholic Encyclopedia (« Pope John XXII ») ; le dépassement du million sous Benoît XII vient de la même tradition historiographique. Pages exactes non contrôlées en session.

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  18. L'inventaire de 1369 (second et complet inventaire d'Urbain V, Arch. Vat., Inventarium bonorum mobilium palatii apostolici, 1339-1369, fol. 167 à 286 v°) est publié par Maurice Faucon, La Librairie des papes d'Avignon. Sa formation, sa composition, ses catalogues (1316-1420), d'après les registres de comptes et d'inventaires des Archives vaticanes, Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, 1886-1887. Faucon parle d'une « librairie de plus de deux mille volumes » et de la « liste des deux mille volumes d'Urbain V » : le chiffre précis de 2 059 volumes, parfois repris, ne figure pas comme total chez Faucon (2 059 n'y est qu'un numéro d'article d'inventaire) et est donc retiré ici. Voir aussi Étienne Anheim, Clément VI au travail, Publications de la Sorbonne, 2014, sur la bibliothèque pontificale comme laboratoire intellectuel.

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  19. Étienne Anheim, Clément VI au travail. Lire, écrire, prêcher au XIVᵉ siècle, Publications de la Sorbonne, Paris, 2014. Étude monographique de Pierre Roger comme intellectuel, prédicateur et homme de gouvernement ; statistique des sermons, bibliothèque pontificale, mécénat artistique. Voir aussi l'article d'É. Anheim, La Curie pontificale d'Avignon, une société de cour ?, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 68ᵉ année, 2013/4.

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  20. Christian Trottmann, La Vision béatifique. Des disputes scolastiques à sa définition par Benoît XII, École française de Rome, 1995 (référence académique majeure) ; sur les sermons de Jean XXII de 1331-1332 (édition critique : Marc Dykmans, Les sermons de Jean XXII sur la vision béatifique, Presses de l'Université grégorienne, Rome, 1973) et sur la condamnation par la Faculté de théologie de Paris en janvier 1334. Rétractation publique de Jean XXII le 3 décembre 1334.

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  21. Benoît XII, constitution apostolique Benedictus Deus, Avignon, 29 janvier 1336. Texte canonique reproduit dans Heinrich Denzinger et Adolf Schönmetzer, Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, n° 1000-1002 dans toute édition postérieure à 1965 ; édition française Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf, 2010. Doctrine reprise textuellement par le concile de Florence dans le décret Laetentur caeli (6 juillet 1439) et par le Catéchisme de l'Église catholique de 1992, § 1023.

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  22. Catholic Encyclopedia (1913), « Guillaume de Nogaret » : docteur et professeur de droit, juge royal de Beaucaire (1294), chevalier (1299), l'un des principaux conseillers de Philippe le Bel — jamais chancelier ; nommé garde des sceaux le 22 septembre 1307 à Maubuisson, le jour même où le Conseil royal ordonne l'arrestation des Templiers, qu'il arrête lui-même à Paris. Source : https://www.newadvent.org/cathen/11089a.htm.

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  23. Barbara Frale, Il papato e il processo ai Templari. L'inedita assoluzione di Chinon alla luce della Diplomatica pontificia, Viella, Rome, 2003 ; édition critique du parchemin de Chinon (août 1308) où Clément V, après audition de Jacques de Molay et d'autres dignitaires, absout les Templiers de l'accusation d'hérésie et les réintègre à la communion ecclésiale. Le document, conservé aux Archives secrètes vaticanes (Castel Sant'Angelo, A.A. Arm. D 217), avait été classé sans qu'on le retrouve jusqu'en 2001-2002.

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  24. Francesco Petrarca, Canzoniere, sonnet 138 (Fontana di dolore, albergo d'ira : « Fontaine de douleur, hôtellerie de colère… ») ; ensemble des sonnets dits « babyloniens » 136, 137 et 138. Édition critique : Marco Santagata (éd.), Canzoniere, Mondadori (I Meridiani), 1996, rééd. 2010 (page du sonnet non contrôlée en session ; la traduction française citée a été vérifiée mot à mot sur le texte italien de l'octave). Voir aussi le Liber sine nomine, recueil de 19 lettres latines anonymes composées vers 1352-1361 contre la curie d'Avignon ; édition critique : Paul Piur, Petrarcas Buch ohne Namen und die päpstliche Kurie, Niemeyer, Halle, 1925.

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  25. Paul VI, lettre apostolique Mirabilis in Ecclesia Deus du 4 octobre 1970 proclamant sainte Catherine de Sienne docteur de l'Église, avec sainte Thérèse d'Avila quelques jours plus tôt. Sur la biographie : Bx Raymond de Capoue, Legenda maior, première vie écrite vers 1395 par son confesseur, traduction française La Légende de sainte Catherine, Cerf, 1995. Édition critique des lettres : Eugenio Dupré Theseider, Epistolario di santa Caterina da Siena, vol. I, Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, Rome, 1940 (la suite n'a jamais été publiée dans cette édition critique ; édition vulgate ancienne : Niccolò Tommaseo, 4 vol., Firenze, 1860).

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  26. Catherine de Sienne, Lettre à Grégoire XI (Lettre 206 selon la numérotation de Dupré Theseider) : « Non siate fanciullo timoroso, ma virile » — exhortation à la virilité spirituelle, prise dans son sens médiéval de vertu de force et de courage (virtus, virilité comme synonyme de courage moral, sans connotation moderne sur le genre). Texte italien (éd. Tommaseo, Lettera 10 à Grégoire XI) : « E io vi prego da parte di Cristo crocifisso, che voi non siate fanciullo timoroso, ma virile: aprite la bocca ed inghiottite l'amaro per lo dolce » — dont la citation française du corps de l'article est la traduction littérale, contrôlée phrase par phrase (la leçon di parte di Cristo crocifisso se lit aussi dans les éditions modernes). Pour la traduction française complète : Catherine de Sienne, Les Lettres, I. Lettres aux papes Grégoire XI et Urbain VI, aux cardinaux et aux évêques, trad. Marilène Raiola, intro. Éric T. de Clermont-Tonnerre, coll. Sagesses chrétiennes, Cerf, Paris, 2008 (pages Tommaseo et Raiola non contrôlées en session).

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  27. Hélène Millet, L'Église du Grand Schisme (1378-1417), Picard, Paris, 2009. Reconstitution serrée du conclave romain du 7-8 avril 1378 (16 cardinaux dont 11 français, 4 italiens, 1 espagnol), pression de la foule romaine, élection de Bartolomeo Prignano (Urbain VI) le 8 avril 1378 puis crise interne avec les cardinaux français, déclaration de Fondi du 2 août 1378 invalidant l'élection, seconde élection à Fondi de Robert de Genève (Clément VII) le 20 septembre 1378. Voir aussi Joëlle Rollo-Koster, Raiding Saint Peter. Empty Sees, Violence, and the Initiation of the Great Western Schism, Brill, 2008.

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  28. Sur la réprobation du conciliarisme par Latran V (11e session, 19 décembre 1516 : révocation et condamnation de la Pragmatique Sanction de Bourges d'inspiration bâloise), voir Catholic Encyclopedia (1913), « Fifth Lateran Council (1512-17) ». Sur l'appel de Luther au concile général, Wittenberg, 28 novembre 1518 : Roland Bainton, Here I Stand, p. 75-76.

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  29. Précision : le De captivitate Babylonica Ecclesiae de Luther (octobre 1520) porte sur les sacrements — il n'en retient comme valides que le baptême et la cène — et non sur la résidence avignonnaise des papes (Bayerische Staatsbibliothek, présentation de l'édition d'Augsbourg 1520 ; Bridwell Library, exposition « Martin Luther in the Age of Print », Luther's Critique of the Sacraments). Le motif de la « Babylone » retourné contre Rome appartient à la bataille historiographique confessionnelle du XVIᵉ siècle, dont les deux monuments sont les Centuries de Magdebourg (Flacius et les Centuriateurs, 1559-1574 — treize siècles clos en 1298, donc sans traitement propre de la période avignonnaise) et la réponse catholique des Annales Ecclesiastici de Baronius (1588-1607) : voir Britannica, art. « Centuriae Magdeburgenses ».

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  30. Bernard Guillemain, La Cour pontificale d'Avignon (1309-1376). Étude d'une société, De Boccard, Paris, 1962, 810 p. (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fascicule 201), Prix Gobert de l'Académie française 1964. Étude prosopographique pionnière qui démontre, statistiques à l'appui, que la cour pontificale d'Avignon n'était ni plus dépensière, ni plus mondaine que les grandes cours royales contemporaines de France, d'Angleterre ou de Naples. Compte rendu de Pierre Toubert dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. 121, 1963 : https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1963_num_121_1_461390_t1_0313_0000_000.

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