Pape Jean V (685-686)

Pape syrien d'Antioche devenu légat d'Agathon à Constantinople III, Jean V gouverne Rome de 685 à 686, reçoit la paix dyothélite, protège les patrimoines pontificaux et règle l'affaire de Turris en Sardaigne.

Ignispedia

Pape Jean V (Ioannes V) gouverne l'Église de Rome du 23 juillet 685 au 2 août 686. Le Saint-Siège le présente comme le 82e pape de l'Église catholique, d'origine syrienne, successeur de Benoît II et prédécesseur de Conon.[1]

Son pontificat dure un peu plus d'un an, mais il éclaire un moment décisif : après Constantinople III, Rome et Constantinople sortent provisoirement de la crise monothélite. Jean V est l'homme parfait pour ce passage. Avant d'être pape, il avait été envoyé par Agathon comme représentant du Siège apostolique au sixième concile œcuménique, réuni à Constantinople du 7 novembre 680 au 16 septembre 681.[2][3]

Le Liber Pontificalis le résume en quatre mots latins : énergique, savant, modéré. Cette formule compte : Jean V n'est pas seulement un pape oriental de plus dans une Rome byzantine ; il est un clerc formé à Rome, capable de comprendre les débats grecs, de porter les actes conciliaires, de négocier un allègement fiscal vital pour les patrimoines pontificaux de Sicile et de Calabre, puis de trancher une affaire canonique en Sardaigne.[4][5]

« Vir valde strenuus atque scientia praeditus et omnimodo moderatus. » — Liber Pontificalis, notice de Jean V[6]

Pourquoi Jean V compte-t-il ?

Le légat devenu pape

Jean V appartient à une série de papes du VIIe siècle dont la biographie est brève, mais dont la position historique est très nette. Agathon prépare Constantinople III ; Léon II confirme le concile ; Benoît II en poursuit la réception occidentale ; Jean V est le légat conciliaire qui monte ensuite sur le siège de Pierre.[7][8][9]

Cette continuité explique son importance. Jean V n'est pas un pape de grande production doctrinale conservée ; il est un témoin institutionnel de la paix retrouvée après la crise monothélite. Il avait vu de près la salle impériale, les légats, les débats, les actes, les condamnations et la définition des deux volontés naturelles du Christ. Son élection manifeste que Rome choisit un homme qui connaît personnellement le dossier.

Un pape syrien, mais pas un agent étranger

Treccani souligne que Jean V est né dans la province d'Antioche, probablement d'une famille syrienne réfugiée ou déplacée dans le contexte des invasions musulmanes, mais cette hypothèse n'est confirmée par aucune source directe.[10] Le fait sûr est plus simple : le Liber Pontificalis le dit Syrien, fils de Cyriacus, de la province d'Antioche.[11]

Son origine orientale a parfois servi à parler d'une "captivité byzantine" de la papauté. Treccani nuance fortement cette lecture : ces papes orientaux ne sont pas mécaniquement des créatures de Constantinople. Ils ont souvent longtemps servi l'Église romaine avant leur élection, et leur maîtrise du grec devient précieuse parce que les controverses doctrinales avec l'Orient se discutent dans cette langue.[12]

Une élection latéranienne après la réforme de Benoît II

Benoît II avait obtenu de Constantin IV une réforme importante : l'élu au Siège apostolique ne devait plus rester bloqué pendant de longs mois en attendant une confirmation venue de Constantinople.[13] Jean V en reçoit le bénéfice immédiat. Le Liber Pontificalis note qu'il fut élu, selon l'ancienne coutume, par la généralité dans l'église du Sauveur, c'est-à-dire la basilique constantinienne du Latran, puis conduit au palais épiscopal.[14]

La New Catholic Encyclopedia résume la même donnée : Jean est élu canoniquement dans la basilique du Latran et installé au palais du Latran conformément au récent décret de Constantin IV adressé à Benoît II.[15] Treccani résume l'événement d'un mot : élu « à l'unanimité » dans la basilique du Latran.[16] La papauté n'est pas encore politiquement indépendante de l'Empire, mais la paralysie administrative recule.

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeliste actuelle82e pape, dates 23.VII.685 - 2.VIII.686, origine syrienneNotice officielle très brève
Liber Pontificalistradition romaine, éd. DuchesneOrigine syrienne, père Cyriacus, légation à Constantinople III, élection au Latran, mesures fiscales, Sardaigne, maladie, dons, ordinations, sépultureSource narrative principale, condensée
Treccani / Luigi Andrea Berto2000Analyse du contexte byzantin, rôle des clercs orientaux, dossier fiscal, Sardaigne, succession troublée, lettre de Justinien IIMeilleure synthèse moderne accessible
Catholic Encyclopedia / New Advent1910Résumé biographique, concile, fiscalité, Cagliari-Turris, dons, maladieAncienne mais utile et catholique
New Catholic Encyclopediamoderne, via Encyclopedia.comElection au Latran, décret de Constantin IV, synode sarde, bibliographie moderneTrès courte, mais précise sur le cadre canonique
Treccani / Berto 2000 + L. Delisle 18672000 ; 1867Privilège pour Sainte-Marie d'Auxerre ; dossier de Saint-Bénigne de DijonAuxerre confirmé par Berto ; Dijon : document suspecté apocryphe, soupçon rapporté par Berto d'après L. Delisle, « Notice sur un papyrus de la bibliothèque de Lord Ashburnham », BEC, 6e sér., t. III, 1867, p. 455-456 et 458-461

Le Saint-Siège : les bornes sûres

La fiche officielle du Vatican fixe les bornes : début du pontificat le 23 juillet 685, fin le 2 août 686, origine syrienne.[17] Le titre le plus juste est donc : Pape Jean V (685-686).

Le Liber Pontificalis donne une durée d'un an et neuf jours, puis une vacance de deux mois et dix-huit jours après sa mort.[18] L'écart apparent d'un jour avec les dates ci-dessus n'est qu'un effet de compte : entre le 23 juillet 685 et le 2 août 686, la soustraction calendaire moderne donne un an et dix jours, tandis que le Liber, selon l'usage ancien qui ne compte pas le jour de départ, retient un an et neuf jours (« sedit ann. I dies VIIII »).[19] Cette vacance conduira à l'élection de Conon, après une division entre clergé et armée romaine.

Le Liber Pontificalis : une notice proche et concrète

La notice ancienne commence par l'origine : Syrien, de la province d'Antioche, fils de Cyriacus.[20] Elle ajoute immédiatement son portrait moral et intellectuel : homme très actif, doué de science, modéré en toutes choses.

« Iohannes, natione Syrus, de provintia Anthiochia, ex patre Cyriaco. » — Liber Pontificalis, notice de Jean V[21]

Le même texte donne la charpente du pontificat : diacre envoyé par Agathon à Constantinople III ; retour avec les actes du concile et les ordres impériaux favorables à Rome ; élection au Latran ; consécration par les évêques d'Ostie, de Porto et de Velletri ; affaire de Turris en Sardaigne ; maladie ; dons de 1900 solidi ; ordination de treize évêques ; sépulture auprès de saint Pierre.[22]

Treccani : la clé d'interprétation

La notice de Luigi Andrea Berto est précieuse parce qu'elle évite deux lectures fausses. Elle refuse d'abord de réduire Jean V à un pape "byzantin" au sens politique : l'origine orientale aide surtout à comprendre sa compétence linguistique et doctrinale dans un siècle où les discussions avec Constantinople se déroulent en grec.[23]

Elle montre ensuite que son pontificat, bien que court, est placé entre deux moments opposés : la paix doctrinale obtenue sous Constantin IV, puis la politique religieuse beaucoup plus dure de Justinien II. Jean V meurt avant d'avoir à gérer pleinement cette inflexion, mais il en voit le seuil.[24]

Avant le pontificat : un Syrien dans l'Église de Rome

Antioche, Cyriacus et l'hypothèse du réfugié

Jean V vient de la province d'Antioche. Au VIIe siècle, la Syrie chrétienne est profondément bouleversée par l'expansion musulmane. Treccani juge donc probable qu'il ait fui ou que sa famille ait été déplacée après les invasions, mais précise qu'aucune source ne le confirme.[25]

Cette prudence est nécessaire. L'article ne doit pas transformer une hypothèse plausible en fait. Ce que les sources permettent d'affirmer est déjà significatif : au milieu du VIIe siècle, l'Église romaine intègre des clercs venus de l'Orient chrétien, capables de servir la communion catholique dans une période où l'Orient est à la fois blessé par les conquêtes et traversé par les controverses christologiques.

Diacre et homme de savoir

New Advent rapporte que Jean V, comme diacre, représenta le Siège apostolique au sixième concile œcuménique.[26] Le Liber Pontificalis ne le présente donc pas comme un inconnu propulsé brusquement au pontificat. Il avait déjà reçu une mission romaine de premier plan.

Le mot "science" dans son portrait n'est pas décoratif. Dans la crise monothélite, un représentant romain doit connaître les textes grecs, les formules conciliaires, les subtilités entre nature, personne, volonté et opération. Un pape incapable de suivre ces distinctions aurait été vulnérable. Jean V, lui, apparaît comme un homme de dossier.

La compétence grecque comme service de Rome

Treccani explique que l'importance croissante des clercs orientaux dans la Rome de cette époque tient en partie aux controverses avec l'Église orientale : les débats se tiennent en grec, langue que peu d'Occidentaux maîtrisent désormais.[27]

Cette donnée corrige une image trop latine de la papauté. Rome reste Rome, mais elle parle alors à Constantinople avec des hommes capables d'entendre l'Orient de l'intérieur. La catholicité passe aussi par cette compétence linguistique.

Jean V et Constantinople III

La délégation d'Agathon

Le Liber Pontificalis affirme que Jean, alors diacre, fut envoyé par Agathon dans la ville royale avec d'autres prêtres, représentant la place du Siège apostolique dans la sainte sixième synode.[28] Treccani le qualifie de l'un des membres les plus importants de la délégation pontificale.[29]

Le concile de Constantinople III définit la foi catholique contre le monothélisme : dans l'unique personne du Christ, il faut confesser deux volontés naturelles et deux opérations naturelles, sans division ni confusion.[30] Jean V participe donc, par sa mission, à la clôture doctrinale d'une crise commencée sous Héraclius, aggravée par l'ambiguïté d'Honorius, puis combattue par Martin I et Agathon.

Le retour à Rome en 682

New Advent indique que Jean revint à Rome en juillet 682 avec les documents officiels du synode.[31] Le Liber Pontificalis insiste sur la joie ecclésiale qu'il rapporte : les actes de la sainte sixième synode et l'édit du prince confirmant cette même synode.[32]

Cette scène est importante. Jean ne revient pas seulement avec un paquet d'archives. Il rapporte à Rome le signe que Constantin IV, après des décennies de tensions, confirme le concile qui condamne l'erreur monothélite. La papauté peut désormais respirer, au moins pour un temps.

Les allègements fiscaux

Le même retour apporte aussi des mesures très concrètes. Le Liber Pontificalis parle d'ordres impériaux qui soulagent les charges pesant sur les patrimoines de l'Église romaine en Sicile et en Calabre, et sur l'obligation de fournir ou vendre du blé dans des conditions imposées.[33] Treccani précise que ces mesures étaient précieuses parce qu'une grande partie des denrées alimentaires de Rome provenait de ces régions.[34]

Le point est moins secondaire qu'il n'y paraît. Le pape garde la foi, mais il doit aussi nourrir Rome, ses clercs, ses pauvres, ses monastères et ses diaconies. La paix doctrinale a donc des conséquences administratives et alimentaires. Un Empire moins hostile fiscalement rend possible une charité romaine moins étranglée.

Dossier rapporté par Jean VSourceEffet pour Rome
Actes de Constantinople IIILiber Pontificalis, New AdventRéception romaine officielle de la victoire dyothélite
Édit de Constantin IVLiber PontificalisConfirmation impériale du sixième concile
Allègement des charges en Sicile-CalabreLiber Pontificalis, TreccaniSoulagement des patrimoines qui nourrissent Rome
Réduction de contraintes sur le bléLiber Pontificalis, TreccaniMoins de pression économique sur l'Église romaine

De la paix de Constantin IV à l'inquiétude sous Justinien II

Le pontificat de Jean V commence sous Constantin IV, mais Justinien II devient empereur après la mort de son père, au début de septembre 685 selon le Liber Pontificalis (« in initia mensis septembris »).[35] Les chronologies savantes modernes retiennent plutôt le 10 juillet 685 pour la mort de Constantin IV et l'avènement de Justinien II ;[36] l'écart avec le Liber s'explique probablement par le délai d'acheminement de la nouvelle de Constantinople à Rome, où écrit l'annaliste. La notice ancienne le présente encore sous un jour favorable, évoquant une paix de dix ans avec les Sarrasins et la restauration de l'Afrique à l'Empire.[37]

Treccani nuance le tableau par la suite : Justinien II sera beaucoup moins conciliant que son père envers Rome. Une lettre d'abord adressée à Jean V, mais reçue par Conon après sa mort, affirme la garde impériale de la foi et annonce un style qui aura de lourdes conséquences dans les rapports entre Constantinople et l'Italie byzantine.[38]

Jean V meurt donc au seuil d'un changement. Il appartient encore au moment de la pacification de Constantin IV ; ses successeurs devront affronter la politique plus raide de Justinien II, notamment dans le dossier du concile in Trullo.

L'élection au Latran

"Par la généralité" dans la basilique du Sauveur

Le Liber Pontificalis note que Jean V fut élu, après beaucoup d'années et de pontifes, selon l'ancienne coutume, par la généralité dans l'église du Sauveur appelée constantinienne, c'est-à-dire Saint-Jean-de-Latran.[39]

Cette formule désigne la participation large du corps romain : clergé, peuple, armée ou représentants de la ville selon les usages du temps. L'article voisin sur Benoît II a déjà montré que Constantin IV s'adressait au clergé, au peuple et à l'armée de Rome lorsqu'il réformait la procédure.[40]

« A generalitate in ecclesia Salvatoris quae appellatur Constantiniana electus est. » — Liber Pontificalis, notice de Jean V[41]

Installation rapide au palais épiscopal

La réforme porte ici son fruit. Jean V est aussitôt introduit dans l'épiscopium, le palais épiscopal du Latran.[42] New Advent explique que la nécessité d'attendre la confirmation impériale des élections pontificales ayant été abolie ou allégée par Constantin IV, Jean fut conduit directement au palais du Latran comme pape.[43]

Cette rapidité tranche avec les vacances longues qui avaient précédé Léon II et Benoît II. Le gouvernement romain retrouve une continuité. Dans une Église où les lettres, les ordinations, les biens, les litiges et la charité dépendent du pape, quelques mois de blocage peuvent avoir des conséquences graves.

Les trois évêques consécrateurs

Le Liber Pontificalis précise que Jean V fut consacré par les évêques d'Ostie, de Porto et de Velletri, comme Léon II avant lui.[44] Ce détail montre la stabilisation d'une pratique liturgique romaine autour des évêques suburbicaires.

L'article ne doit pas y voir un conclave médiéval avant l'heure. La papauté du VIIe siècle demeure un mélange d'élection romaine, de cadre impérial byzantin, de liturgie latéranienne et de confirmation pratique par les autorités locales. Jean V est précisément intéressant parce que ces éléments s'y articulent sans crise immédiate.

L'affaire de Turris en Sardaigne

Cagliari, Turris et un droit d'ordination contesté

Le principal acte de gouvernement conservé sous Jean V concerne la Sardaigne. Depuis saint Grégoire le Grand, l'archevêque de Cagliari jouissait de certains pouvoirs métropolitains, mais New Advent précise que le droit de consacrer les évêques de l'île ne faisait pas partie de ses privilèges.[45]

L'archevêque Citonatus de Cagliari ordonna pourtant l'évêque élu de Turris Libisonis, c'est-à-dire Porto Torres/Sassari. Le Liber Pontificalis présente cette ordination comme une transgression d'un ordre ancien : l'ordination relevait de la juridiction du Siège apostolique, même si une concession temporaire avait pu exister.[46]

Un concile de prêtres

Jean V fait tenir un concile de prêtres. La décision est nette : l'évêque nouvellement ordonné est réintégré et confirmé sous la juridiction du Siège apostolique ; le chirographe de l'affaire est conservé dans les archives de l'Église.[47] Treccani voit dans cet épisode l'événement le plus important du pontificat.[48]

Le geste est à la fois pastoral et canonique. Jean V ne détruit pas l'évêque irrégulièrement ordonné ; il ne laisse pas non plus Cagliari imposer son fait accompli. Il restaure une situation canonique sans sacrifier la personne de l'évêque élu.

Ce que l'affaire révèle de la primauté romaine

L'affaire de Turris est petite par rapport à Constantinople III, mais elle dit quelque chose de profond : la primauté romaine n'est pas seulement une proclamation théologique lors des grands conciles. Elle s'exerce aussi dans les litiges provinciaux, les limites de juridiction, les ordinations irrégulières et les archives.

ActeurGesteProblèmeDécision de Jean V
Citonatus de CagliariOrdonne l'évêque élu de TurrisDépassement de compétenceSon acte ne fonde pas une autonomie de Cagliari
Évêque de TurrisReçoit une ordination irrégulièreSituation canonique fragileRéintégré sous la juridiction du Siège apostolique
Synode de prêtresExamine l'affaireNécessité d'une décision romaineConfirmation du droit de Rome
Archives romainesConservent le chirographeMémoire juridiqueStabilisation documentaire

Gouvernement, dons et maladie

Énergie et modération

Le portrait du Liber Pontificalis insiste sur une combinaison rare : strenuus et moderatus.[49] Jean V est actif, mais pas brutal ; savant, mais pas théoricien détaché ; oriental d'origine, mais romain par service.

Cette modération se vérifie dans ses dossiers. Il reçoit la paix conciliaire sans triomphalisme, négocie des allègements fiscaux sans rompre avec l'Empire, répare l'affaire de Turris sans invalider purement et simplement l'évêque ordonné, et laisse une somme importante au clergé, aux monastères, aux diaconies et aux gardiens des églises.

1900 solidi pour le clergé et les pauvres

Le Liber Pontificalis rapporte que Jean V légua ou distribua 1900 solidi à tout le clergé, aux monastères, aux diaconies et aux mansionarii.[50] New Advent reprend le chiffre et souligne sa générosité.[51]

Ces bénéficiaires sont révélateurs. Les diaconies servent particulièrement la charité envers les pauvres ; les monastères soutiennent la prière et l'accueil ; les mansionarii gardent les lieux sacrés. Jean V inscrit donc sa mémoire dans une économie très concrète de la liturgie et de la miséricorde.

Treize évêques et des ordinations inachevées

Le Liber Pontificalis lui attribue l'ordination de treize évêques en divers lieux.[52] Il note aussi que sa longue maladie l'affaiblit au point qu'il put à peine accomplir les ordinations sacerdotales prévues.[53]

Cette mention est humaine. Jean V n'est pas simplement un administrateur efficace ; il meurt diminué, empêché de terminer ce qu'il avait projeté. Dans une succession pontificale où beaucoup de règnes sont courts, la maladie rappelle la fragilité très concrète du gouvernement romain.

Mort et sépulture

Jean V meurt le 2 août 686 et est enseveli auprès du bienheureux apôtre Pierre.[54] New Advent confirme la mort après une longue maladie et la sépulture à Saint-Pierre.[55]

Sa mort ouvre une crise électorale. Treccani note qu'elle marque la fin d'une paix interne d'environ cinquante ans : l'élection de son successeur voit une opposition entre le clergé et l'armée, celle-ci soutenant le prêtre Théodore et empêchant même les ecclésiastiques d'entrer dans la basilique du Latran.[56]

Héritage

Un pape de transition heureuse

Jean V appartient à un moment bref où la paix semble possible. Constantinople III est confirmé ; l'Empire allège les charges de Rome ; l'élection pontificale redevient plus rapide ; le Latran fonctionne ; un litige sarde est réglé ; la charité romaine reçoit des dons.

Ce tableau ne doit pas être idéalisé. Justinien II annonce déjà un style plus autoritaire ; la succession de Jean V sera troublée ; le concile in Trullo rouvrira bientôt une crise entre Rome et Constantinople. Mais précisément pour cela, Jean V représente une fenêtre de stabilité entre deux tensions.

Un témoin de la catholicité concrète

Sa vie tient en quatre lieux : Antioche, Constantinople, Rome, Sardaigne. Antioche dit l'Orient chrétien blessé ; Constantinople dit le concile et la langue grecque ; Rome dit le Latran, Pierre et la primauté ; la Sardaigne dit la juridiction concrète sur les Églises locales.

L'article doit donc éviter de réduire Jean V à "pape syrien". Il est syrien d'origine, romain par son service, conciliaire par sa mission, pontifical par son gouvernement.

Une leçon pour lire les petits pontificats

Jean V n'a pas laissé un grand traité. Pourtant son pontificat montre que l'histoire de l'Église n'avance pas seulement par les papes célèbres. Entre les grands actes, il faut des hommes capables de porter les dossiers, de recevoir les conciles, de soulager les pauvres, de protéger les patrimoines, de régler les juridictions et de mourir fidèlement au milieu d'une œuvre inachevée.

Jean V appartient au sous-arbre "Nos autres articles", mais son dossier éclaire une loi importante de la papauté : un pontificat secondaire peut être un carrefour. Sans Jean V, la réception romaine de Constantinople III, la transition après Benoît II et la série des papes orientaux de la fin du VIIe siècle se comprennent moins bien.

Objections et réponses

"Jean V est-il seulement un pape byzantin imposé à Rome ?"

Non. Son origine syrienne et sa compétence grecque sont réelles, mais les sources ne le présentent pas comme un agent impérial. Le Liber Pontificalis parle d'une élection par la généralité au Latran, et Treccani explique que l'importance des clercs orientaux tient aussi à leur capacité à traiter des dossiers doctrinaux grecs.[57][58]

"Pourquoi son pontificat est-il si peu connu ?"

Parce qu'il est court, sans grand concile réuni sous son nom, sans crise spectaculaire et sans œuvre littéraire conservée. Mais les notices anciennes gardent assez de faits pour en faire un article réel : légation à Constantinople III, retour des actes, allègements fiscaux, élection latéranienne, affaire de Turris, dons, maladie et sépulture.[59][60]

"A-t-il joué un rôle doctrinal personnel ?"

Il n'est pas le théologien principal de Constantinople III comme Agathon ; il en est un représentant et un porteur. Son rôle doctrinal est donc institutionnel : représenter Rome au concile, rapporter les actes et devenir ensuite pape dans le moment de réception de cette paix.[61][62]

Pour aller plus loin

  • Pape saint Benoît II — prédécesseur immédiat, réforme de la confirmation impériale et réception occidentale de Constantinople III.
  • Pape Conon — successeur de Jean V, élu après une vacance marquée par des tensions entre clergé et armée.
  • Pape saint Agathon — pape qui envoie Jean comme légat au sixième concile œcuménique.
  • Pape saint Léon II — confirmateur de Constantinople III et de la condamnation d'Honorius.
  • Concile de Constantinople III (680-681) — définition catholique des deux volontés naturelles du Christ.
  • Pape saint Martin I — pape martyr de la résistance romaine au monothélisme.
  • L'ancienne basilique Saint-Pierre — lieu de sépulture de Jean V et mémoire pontificale romaine.

Notes et sources

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle "Johannes V." : 82e pape de l'Église catholique, début du pontificat 23.VII.685, fin 2.VIII.686, origine syrienne. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/de/holy-father/giovanni-v.html.

    1 17
  2. Luigi Andrea Berto, "GIOVANNI V", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000 : origine syrienne d'Antioche, hypothèse non confirmée du réfugié, rôle dans la délégation d'Agathon à Constantinople III, retour des actes et mesures fiscales, élection au Latran le 23 juillet 685, nuance sur la "captivité byzantine", affaire de Turris/Cagliari, documents d'Auxerre, dons, mort, vacance et lettre de Justinien II reçue par Conon. Bibliographie de Berto : L. Delisle, « Notice sur un papyrus de la bibliothèque de Lord Ashburnham », Bibliothèque de l'École des Chartes, 6e sér., t. III (vol. 28), 1867, p. 455-456, 458-461 (référence du soupçon d'apocryphe sur le document de Saint-Bénigne de Dijon). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-v_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.

    2 10 12 16 23 24 25 27 29 34 38 48 56 58 61
  3. Liber Pontificalis, notice "Ioannes V", éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, Paris, 1886, p. 366-367 ; texte latin via Fontistoriche : origine syrienne, père Cyriacus, portrait moral, légation à Constantinople III, retour des actes et édits impériaux, élection au Latran, consécration par Ostie-Porto-Velletri, affaire de Turris, maladie, dons de 1900 solidi, treize évêques ordonnés, sépulture à Saint-Pierre, vacance de deux mois et dix-huit jours. URL : https://fontistoriche.org/papa-giovanni-v/.

    3 4 6 11 14 18 19 20 21 22 28 32 33 35 37 39 41 42 44 46 47 49 50 52 53 54 57 59
  4. Horace Mann, "Pope John V", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; transcription New Advent : Syrien, fils de Cyriacus, diacre légat à Constantinople III, retour à Rome en juillet 682 avec les actes du synode, faveur de Constantin IV, allègements fiscaux en Sicile et Calabre, élection au Latran, consécration vers le 23 juillet 685, affaire de Turris, 1900 solidi, longue maladie, mort le 2 août 686, sépulture à Saint-Pierre. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08422c.htm.

    5 26 31 43 45 51 55 60 62
  5. Voir l'article Ignispedia Pape saint Agathon (678-681), qui envoie les légats romains à Constantinople III et fournit la lettre dogmatique reçue par le concile.

    7
  6. Voir l'article Ignispedia Pape saint Léon II (682-683), qui confirme Constantinople III, traduit les actes et transmet la condamnation d'Honorius.

    8
  7. Voir l'article Ignispedia Pape saint Benoît II (684-685), prédécesseur immédiat de Jean V : réforme des vacances pontificales, réception occidentale de Constantinople III, Tolède, Macaire d'Antioche et rapports avec Constantin IV.

    9 13 40
  8. New Catholic Encyclopedia, notice "John V, Pope", via Encyclopedia.com : pontificat du 23 juillet 685 au 2 août 686, famille syrienne, fils de Cyriacus, légat d'Agathon à Constantinople III selon son épitaphe, élection canonique au Latran et installation au palais du Latran conformément au décret récent de Constantin IV à Benoît II, affaire de Sassari/Turris et Cagliari. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-v-pope.

    15
  9. Voir l'article Ignispedia Concile de Constantinople III (680-681), qui définit contre le monothélisme deux volontés naturelles et deux opérations naturelles dans l'unique personne du Christ.

    30
  10. Warren Treadgold, « Seven Byzantine Revolutions and the Chronology of Theophanes », Greek, Roman, and Byzantine Studies, vol. 31/2 (1990), table chronologique : « Constantine IV dies and Justinian II succeeds him : 10 July 685 ». URL : https://grbs.library.duke.edu/index.php/grbs/article/download/4121/5597/15487.

    36