La construction de l'ancienne basilique Saint-Pierre (326 – vers 360)

L'ancienne basilique Saint-Pierre, bâtie au IVᵉ siècle par Constantin sur le tombeau de l'apôtre Pierre au Vatican : sa construction, ses douze siècles d'histoire et sa démolition de 1506 à 1605 (XVIᵉ–début XVIIᵉ siècle).

Ignispedia

L'ancienne basilique Saint-Pierre, dite basilique constantinienne, fut le grand sanctuaire élevé au IVᵉ siècle par l'empereur Constantin sur la colline du Vatican, exactement au-dessus du lieu où la tradition romaine vénérait depuis le Iᵉʳ siècle le tombeau de l'apôtre Pierre. Pendant près de mille deux cents ans, de sa fondation entre 326 et 333 jusqu'à sa démolition au début du XVIIᵉ siècle, elle fut le cœur visible de la chrétienté latine : lieu de pèlerinage, de couronnement impérial, de sépulture des papes.

Le choix du site n'a rien d'arbitraire. Pierre, crucifié sous Néron vers 64-67 et enseveli dans la nécropole voisine, y était honoré par un petit monument funéraire dès le milieu du IIᵉ siècle. Constantin, premier empereur favorable au christianisme, a fait construire son église non sur un terrain commode, mais sur cette tombe précise — au prix d'un colossal terrassement de la colline. C'est ce qui donne à l'ancienne basilique sa signification : elle est, littéralement, bâtie sur Pierre.

Cette basilique était une œuvre immense — cinq vaisseaux, un transept, une abside, un vaste atrium précédé d'un quadriportique — capable d'accueillir plusieurs milliers de pèlerins. Charlemagne y reçut la couronne impériale à Noël 800 ; les papes y furent intronisés et inhumés. Mais l'édifice, mal fondé sur des remblais, vieillit mal. Au XVᵉ siècle, ses murs penchaient dangereusement. Jules II prit alors la décision la plus lourde de l'histoire architecturale de Rome : raser le monument de Constantin pour bâtir la basilique actuelle.

L'ancienne basilique a presque entièrement disparu, mais elle n'a pas livré tous ses secrets. Les fouilles ordonnées par Pie XII en 1939 et conduites sous le maître-autel de 1940 à 1949 ont retrouvé la nécropole impériale, le « trophée » du IIᵉ siècle et, finalement, des ossements que Paul VI déclara en 1968 identifiés de façon convaincante comme ceux de l'apôtre. La construction constantinienne est donc à la fois un chapitre d'histoire de l'art et le dossier archéologique le plus scruté de l'Antiquité chrétienne.

Pourquoi bâtir une basilique sur la colline du Vatican ?

Le martyre de Pierre dans le cirque de Néron

À l'époque impériale, la zone du Vatican, sur la rive droite du Tibre et hors du centre de Rome, abritait des jardins, des villas et un grand cirque commencé par Caligula et achevé par Néron, le Circus Vaticanus.[8] C'est là, selon la tradition chrétienne unanime, que l'apôtre Pierre fut mis à mort lors de la persécution néronienne consécutive à l'incendie de Rome en 64, et crucifié, dit la tradition, la tête en bas.[9]

Le corps de l'apôtre fut enseveli tout près, dans la nécropole qui longeait la via Cornelia, au flanc nord du cirque.[10] Ce détail topographique est décisif : ce n'est pas une dévotion tardive qui a inventé après coup le lieu de la sépulture, mais une mémoire continue qui a fixé l'emplacement de la tombe avant même que l'Église ne soit libre de bâtir.

Le « trophée » de Gaius et la mémoire du IIᵉ siècle

La plus ancienne mention écrite du tombeau remonte aux environs de l'an 200. Un prêtre romain nommé Gaius, dans une polémique contre un adversaire montaniste, oppose à celui-ci les tombes des fondateurs de l'Église de Rome. Le passage est conservé par l'historien Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (II, 25, §§ 6-7) : « Mais je peux montrer, moi, les trophées des apôtres : si l'on va au Vatican ou sur la voie d'Ostie, on y trouvera les trophées de ceux qui ont fondé cette Église. »[11]

Le mot grec tropaion (trophée) désigne ici le monument funéraire qui marquait la tombe. Les fouilles du XXᵉ siècle ont précisément retrouvé, sous l'autel, une petite édicule à colonnettes adossée à un mur enduit de rouge, datable vers 150-160 : c'est le « trophée de Gaius », point fixe autour duquel toute la basilique a été pensée.[12] La tradition n'a donc pas désigné un lieu vague ; elle a transmis une adresse précise, vérifiable dans la pierre.

Une tombe, pas un terrain : la contrainte qui commande tout

Bâtir là relevait du défi. Le flanc de la colline était occupé par une nécropole dense de mausolées païens encore en usage, et le terrain était fortement en pente. Pour que l'autel tombe exactement au-dessus du trophée, il a fallu araser une partie de la colline, ensevelir et remblayer des dizaines de tombeaux, et créer une vaste plateforme artificielle.[13] Aucune raison technique ne justifiait un tel travail : seule comptait la volonté de poser l'église sur la tombe de Pierre, et sur elle seule. Ce parti pris archéologique, retrouvé intact par les fouilles modernes, est la meilleure preuve de l'ancienneté et du sérieux de la tradition pétrinienne.

La fondation constantinienne au IVᵉ siècle

Constantin, Sylvestre Ier et la décision impériale

Après sa victoire du pont Milvius en 312 et l'édit de Milan (313), Constantin dota Rome de plusieurs grandes basiliques chrétiennes : Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale du pape, puis Saint-Paul-hors-les-Murs et Saint-Pierre. La construction de Saint-Pierre est attribuée par la tradition à l'initiative conjointe de l'empereur et du pape Sylvestre Ier (314-335).[14] Le Liber Pontificalis, recueil officiel des vies des papes, rapporte que Constantin enrichit le sanctuaire de dons somptueux et fit déposer sur la tombe une grande croix d'or de 150 livres portant une inscription dédicatoire aux noms de l'empereur et de sa mère Hélène.[15]

Reconstitution de l'ancienne basilique et de son atrium, état supposé vers 1450, avant les grands travaux de la Renaissance. Image : Wikimedia Commons (domaine public).

La paternité de l'édifice fait l'objet d'un débat savant. Une étude récente publiée dans Vigiliae Christianae (2021), développant les arguments de Glen Bowersock et Alastair Logan, attribue la construction elle-même non à Constantin, mais à ses fils — Constant (337-350) au premier chef, puis Constance II — d'après l'inscription de l'arc triomphal et les mosaïques.[16] La tradition catholique et la majorité des historiens maintiennent néanmoins l'initiative constantinienne : c'est sous Constantin que la décision est prise et que le terrassement commence.

Un chantier d'une quarantaine d'années

Les dates exactes restent discutées, faute de document fondateur conservé. L'Encyclopaedia Britannica situe l'ouverture du chantier entre 326 et 333, pour un achèvement une trentaine d'années plus tard[17] ; le corps de la page anglophone « Old St. Peter's Basilica » (Wikipedia, section « History ») retient pour sa part un démarrage plus précoce, entre 318 et 322 — d'après M. Moffett, M. Fazio et L. Wodehouse, A World History of Architecture (2ᵉ éd., 2008), p. 135 — avec une quarantaine d'années de travaux jusqu'à une consécration vers 360, tandis que l'infobox de cette même page donne 326-333[18]. Cette datation haute est compatible avec Gardner (Art Through the Ages, éd. 2004, p. 310), qui situe le début du chantier « probablement dès 319 »[19]. Le grand spécialiste des basiliques romaines, Richard Krautheimer, a proposé que le chantier ait pu être interrompu à la mort de Constantin en 337, puis repris vers 357, lors de la visite de Constance II à Rome, et achevé dans les années 360.[20] Cette longue durée n'a rien d'étonnant pour un édifice de cette ampleur, sur un terrain aussi difficile.

La basilique : un modèle civil, non un temple

Le plan retenu n'imite pas les temples gréco-romains, jugés trop liés au culte païen, mais la basilique civile, salle allongée des tribunaux et marchés, comme la Basilica Ulpia ou l'Aula Palatina.[21] Ce choix est lourd de sens : l'Église ne s'installe pas dans le moule du paganisme ; elle adopte la forme de l'assemblée publique, du lieu où l'on rend la justice et où le peuple se rassemble. La basilique paléochrétienne est née là, et l'ancienne Saint-Pierre en fut le modèle le plus prestigieux pour tout l'Occident.

À quoi ressemblait l'ancienne basilique ?

L'atrium, le « Paradis » et la pomme de pin de bronze

On n'entrait pas directement dans l'église. Le pèlerin franchissait d'abord un grand atrium à portiques, le quadriportique, appelé le « Paradis » (Paradisus), planté et orné d'une fontaine aux ablutions.[22] Au centre trônait une énorme pomme de pin de bronze antique, la pigna, accompagnée de paons de bronze ; on s'y purifiait les mains avant d'entrer. Ce décor a survécu à la démolition : la pigna orne aujourd'hui la cour du Belvédère au Vatican, qui lui doit son nom de Cortile della Pigna.[23]

Gravure ancienne représentant le portique d'entrée de la basilique constantinienne. Image : Wikimedia Commons (domaine public).

Cet espace de transition jouait un rôle liturgique et symbolique : il marquait le passage du monde profane au lieu saint. Cinq portes, dont les fameuses portes d'argent puis de bronze, donnaient ensuite accès à l'intérieur de l'église.[24] Le pèlerin venu parfois de très loin entrait alors dans l'un des plus vastes espaces couverts de la chrétienté antique.

Une nef à cinq vaisseaux

L'intérieur se déployait en cinq vaisseaux : une large nef centrale flanquée de deux bas-côtés de chaque côté, séparés par de longues files de colonnes de marbre réemployées de monuments antiques (spolia), une vingtaine par rangée.[25] L'édifice mesurait quelque 103 mètres de long — environ 122 mètres avec l'atrium[26] — et pouvait abriter trois à quatre mille fidèles.[27] Les murs hauts de la nef, percés de fenêtres hautes — onze par côté selon l'Encyclopaedia Britannica —, baignaient l'espace d'une lumière abondante et portaient un cycle de fresques : patriarches, prophètes, apôtres et scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament.[28]

Le tableau suivant résume les principales caractéristiques de l'édifice constantinien d'après les sources archéologiques et les relevés anciens.

ÉlémentDescriptionSource
PlanCinq vaisseaux, transept saillant, abside semi-circulaireBritannica (« five-aisled basilican-plan church with apsed transept ») ; Krautheimer, CBCR, vol. V
LongueurEnviron 103 m (122 m avec l'atrium)Wikipédia FR, « Antique basilique vaticane » (corps de l'article) ; emprise 122 × 66 m (8 052 m²)
ColonnesUne vingtaine de colonnes de marbre antique par rangée (spolia)Gardner, Art Through the Ages (éd. 2004, p. 310-311) ; 21 par rangée selon la page anglophone
Fenêtres hautes11 par côté de la nefBritannica (article « Old Saint Peter's Basilica »)
Capacité3 000 à 4 000 fidèlesGardner, Art Through the Ages (éd. 2004, p. 310)
AtriumQuadriportique « Paradis » avec fontaine et pigna de bronzeBritannica ; Wikipédia, section « Design »

Le transept, l'abside et la confession de saint Pierre

Plan de l'ancienne basilique dressé par le chanoine Tiberio Alfarano en 1571, superposant l'édifice constantinien et le projet de la nouvelle basilique. Image : Wikimedia Commons (domaine public).

Au fond, perpendiculaire à la nef, s'étendait un transept saillant — l'une des premières apparitions de cette disposition en croix, qui deviendra typique des grandes églises. Il se terminait par une abside semi-circulaire tournée vers l'ouest, de sorte que la façade regardait Rome, à l'est.[29] Au point de jonction, à l'aplomb exact du tombeau, se trouvait la confession : le mémorial de Pierre, que Constantin avait enrobé de marbre et de porphyre rouge.[30] Une fenestella confessionis permettait au pèlerin de glisser un linge (brandeum) jusqu'au contact des reliques, pratique attestée par les sources médiévales.[31]

Les colonnes torses et la mémoire de Salomon

Au-dessus de la tombe se dressait une édicule soutenue par de célèbres colonnes torses au décor de pampres de vigne, que le Liber Pontificalis dit amenées de Grèce.[32] Le Moyen Âge les crut issues du Temple de Salomon à Jérusalem, d'où leur nom de « colonnes salomoniques ». Cette légende fut si tenace que le Bernin, au XVIIᵉ siècle, donna cette forme torse aux colossales colonnes de bronze de son baldaquin de la basilique actuelle — transmettant ainsi, jusque dans le nouvel édifice, le souvenir visuel de l'ancien.[33]

Mosaïques et inscriptions : l'empereur aux pieds du Christ

Le décor était profondément théologique. L'arc triomphal, à l'entrée du transept, portait une mosaïque où l'on voyait Constantin offrant au Christ la maquette de l'église, sous une inscription en vers latins :

« Parce que, sous ta conduite, le monde s'est élevé triomphant jusqu'aux astres, Constantin vainqueur a fondé pour toi cette demeure. » — Inscription de l'arc triomphal de l'ancienne basilique[34]

L'abside portait quant à elle une mosaïque représentant le Christ trônant entre Pierre et Paul, surmontant un cortège de douze agneaux figurant les apôtres et deux palmiers, symboles du martyre et de la victoire sur la mort.[35] Toute la décoration disait la même chose : l'Empire s'incline devant le Christ, et c'est sur le martyre de Pierre que repose l'Église de Rome.

Douze siècles au cœur de la chrétienté

Le grand sanctuaire de pèlerinage de l'Occident

Pendant tout le Moyen Âge, l'ancienne basilique fut, avec le tombeau des apôtres, l'un des trois ou quatre plus grands buts de pèlerinage de la chrétienté, avec Jérusalem et Compostelle. On venait y vénérer la tombe de Pierre, y gagner les indulgences des jubilés — le premier ayant été proclamé par Boniface VIII en 1300 — et y déposer des offrandes. L'afflux des fidèles façonna autour d'elle tout le quartier du Borgo et l'organisation matérielle de la papauté.

Le couronnement de Charlemagne, Noël 800

L'événement le plus célèbre survenu dans la basilique constantinienne est le couronnement de Charlemagne. Le 25 décembre 800, devant la confession de saint Pierre, le pape Léon III posa la couronne impériale sur la tête du roi des Francs, que le peuple romain acclama « empereur des Romains ».[36] Le lieu n'était pas neutre : en se faisant couronner sur la tombe de l'apôtre, Charlemagne liait son pouvoir nouveau à l'autorité de Pierre et de son successeur. La basilique fut ainsi, pour des siècles, le théâtre privilégié des grands actes de la chrétienté latine.

Le sac sarrasin de 846 et la cité léonine

En 846, une flotte de pillards sarrasins remonta jusqu'à Rome et, ne pouvant forcer les murs de la ville, mit à sac les basiliques extérieures, dont Saint-Pierre, dépouillant le sanctuaire de ses trésors et profanant la tombe de l'apôtre.[37][38] Pour éviter qu'un tel sacrilège ne se reproduise, le pape Léon IV fit entourer la colline du Vatican d'une enceinte fortifiée, la cité léonine (civitas Leonina), construite de 848 à 852, et restaura les parties endommagées de l'édifice.[39]

Embellissements médiévaux : la Navicella de Giotto

La Navicella de Giotto (début du XIVᵉ siècle), mosaïque qui ornait l'atrium de l'ancienne basilique. Très remaniée, elle subsiste sous une forme transformée. Image : Wikimedia Commons (domaine public).

Au fil des siècles, papes et donateurs enrichirent l'édifice de chapelles, d'autels, de mosaïques et d'œuvres d'art. La plus célèbre fut la Navicella, immense mosaïque commandée par le cardinal Jacopo Stefaneschi à Giotto et exécutée au début du XIVᵉ siècle : elle représentait saint Pierre marchant sur les eaux vers le Christ, et occupait le mur au-dessus de l'arcade d'entrée, face à l'atrium.[40][41] Giotto réalisa aussi pour l'un des autels le grand polyptyque dit Triptyque Stefaneschi (vers 1320), aujourd'hui conservé à la Pinacothèque vaticane.[42] Ces chefs-d'œuvre disent l'attachement des artistes et des papes à un sanctuaire que l'on croyait éternel.

La chronologie suivante résume les grandes étapes de la vie de l'édifice, de la fondation à la disparition.

  1. vers 326-333
    Ouverture du chantier

    Constantin fait araser le flanc de la colline du Vatican et bâtir la basilique au-dessus du tombeau de Pierre.

  2. vers 360
    Consécration

    Achèvement et dédicace de l'édifice, après une quarantaine d'années de travaux.

  3. 25 décembre 800
    Couronnement de Charlemagne

    Léon III couronne Charlemagne empereur devant la confession de saint Pierre.

  4. 846
    Sac sarrasin

    Pillage de la basilique ; Léon IV élève ensuite la cité léonine pour la protéger.

  5. début du XIVᵉ siècle
    La Navicella de Giotto

    Mosaïque monumentale de saint Pierre marchant sur les eaux, commandée par le cardinal Stefaneschi.

  6. 18 avril 1506
    Première pierre de la nouvelle basilique

    Jules II inaugure le chantier de Bramante ; commence la démolition de l'édifice constantinien.

  7. 1605
    Disparition des derniers vestiges

    Sous Paul V, abattage de la dernière partie de l'ancienne nef.

Le tombeau de Pierre : la confirmation archéologique au XXᵉ siècle

Les fouilles de Pie XII (1939-1950)

En 1939, l'aménagement d'une sépulture pour Pie XI dans les grottes vaticanes mit au jour des structures antiques. Pie XII ordonna alors des fouilles systématiques sous le maître-autel, conduites de 1940 à 1949.[43] Elles révélèrent une nécropole romaine intacte des IIᵉ-IIIᵉ siècles, ensevelie par le terrassement constantinien — confirmant que Constantin avait bien bâti par-dessus un cimetière en usage. Au point le plus bas, exactement sous l'autel, apparut le mur rouge et la petite édicule à colonnettes : le « trophée de Gaius » du IIᵉ siècle. Le 23 décembre 1950, dans son message radiophonique de Noël, Pie XII annonça au monde que le tombeau du Prince des Apôtres avait été retrouvé, tout en précisant qu'aucun des ossements recueillis ne pouvait être identifié avec certitude comme ceux de Pierre[44].

Margherita Guarducci et le graffiti « Petros eni »

L'enquête connut un tournant lorsque l'épigraphiste Margherita Guarducci fut chargée d'étudier un mur couvert de graffiti chrétiens, le muro G, adossé au trophée. Sur un fragment d'enduit elle déchiffra, en grec, le nom de Pierre suivi de trois lettres qu'elle interpréta comme « Petros eni », Pierre est ici.[45] Elle établit aussi que des ossements, retrouvés dans une niche de ce mur et mis à l'écart en 1942 par l'administrateur Ludwig Kaas sans procédure archéologique, provenaient de ce point précis.

« Pierre est ici. » — Interprétation par Margherita Guarducci du graffiti du muro G, nécropole vaticane[46]

Les ossements et l'annonce de Paul VI (1968)

L'analyse anthropologique du professeur Venerando Correnti conclut que les ossements appartenaient à un seul individu : un homme robuste de soixante à soixante-dix ans — âge et constitution compatibles avec l'apôtre.[47] Au terme de ces travaux, le 26 juin 1968, Paul VI annonça publiquement que les reliques de Pierre étaient identifiées de façon qu'il jugeait convaincante — levant ainsi la réserve que Pie XII avait maintenue en 1950 sur l'identification des ossements :

« De nouvelles recherches, très patientes et très précises, ont été menées, avec ce résultat que, confortés par le jugement de personnes compétentes et prudentes, nous croyons pouvoir tenir pour positif que les reliques de saint Pierre, elles aussi, ont été identifiées d'une manière que nous pouvons tenir pour convaincante. » — Pape Paul VI, audience générale du 26 juin 1968[48]

L'Église n'a jamais imposé cette identification comme un dogme : l'archéologue Antonio Ferrua, qui dirigea les fouilles, s'est dit non convaincu que ces ossements soient ceux de Pierre[49], et le graffiti du muro G, très fragmentaire, admet des lectures concurrentes — Petros eni (« Pierre est ici »), mais aussi, à l'inverse, Petros endei (« Pierre n'est pas ici »)[50] — d'autant que ces ossements avaient été écartés en 1942 sans procédure archéologique, comme dit plus haut[51]. Mais la convergence est remarquable : la tradition du Iᵉʳ siècle, le témoignage de Gaius vers 200, le trophée du IIᵉ siècle, le terrassement constantinien et les ossements d'un vieillard robuste désignent tous le même point — celui que Constantin avait choisi.

La décision de tout reconstruire (XVᵉ-XVIᵉ siècles)

Une basilique qui menaçait ruine

Après plus de mille ans, l'édifice mal fondé sur des remblais montrait des signes alarmants. Lors du retour des papes d'Avignon au XIVᵉ siècle, la basilique était délabrée ; au milieu du XVᵉ siècle, le grand mur sud de la nef s'était déjà écarté de plus de six pieds — environ 1,80 m — de la verticale.[52] L'humaniste et architecte Leon Battista Alberti, qui examina l'édifice sous Nicolas V, en fit un diagnostic sans appel :

« Un mur extrêmement long et haut a été élevé au-dessus d'une suite continue d'ouvertures, sans courbe pour lui donner de la solidité [...] ; [...] la force continuelle du vent l'a déjà écarté de plus de six pieds de la verticale. » — Leon Battista Alberti, à propos de la nef de l'ancienne Saint-Pierre[53]

Le projet de Nicolas V

Le premier à envisager une reconstruction fut le pape Nicolas V (1447-1455), qui chargea Bernardo Rossellino, sans doute conseillé par Alberti, d'agrandir et de renforcer le chevet de la basilique. Les travaux, à peine commencés, s'interrompirent à la mort du pape.[54] L'idée d'un édifice neuf était cependant lancée : il faudra un demi-siècle et un pape déterminé pour la mener à terme.

Jules II, Bramante et la première pierre du 18 avril 1506

Relevé de Giacomo Grimaldi : le mur élevé sous Paul III pour séparer l'ancienne basilique encore debout du nouveau chantier. Image : Wikimedia Commons (domaine public).

Le pape Jules II trancha. D'abord soucieux d'y installer son propre mausolée, confié à Michel-Ange, il se résolut bientôt à raser l'antique édifice pour en élever un entièrement nouveau, sur les plans de Donato Bramante.[55] Le 18 avril 1506, Jules II posa solennellement la première pierre de la basilique actuelle, marquant le début de la fin pour l'œuvre de Constantin.[56]

La décision fut très critiquée : abattre le sanctuaire le plus vénérable de l'Occident heurtait la piété de beaucoup. Bramante, qui démolissait sans ménagement les structures anciennes et leurs tombeaux, fut surnommé « Maestro Ruinante », le maître de la ruine.[57]

Une démolition étalée sur un siècle

L'ancienne basilique ne disparut pas d'un coup. Pendant des décennies, les deux édifices coexistèrent : on continua de célébrer dans la partie ancienne tandis que s'élevait le nouveau chantier. Sous Paul III, un mur de séparation fut même dressé en travers de la nef pour isoler l'espace encore en usage de la zone en travaux.[58] La démolition s'acheva seulement au début du XVIIᵉ siècle : la dernière partie d'origine de la nef constantinienne fut abattue en 1605, sous Paul V, après un siècle de cohabitation entre l'ancien et le nouveau.[59][60]

Ce qu'il reste de l'ancienne basilique aujourd'hui

L'obélisque égyptien du cirque de Néron, témoin du martyre de Pierre. Resté en place près de l'ancienne basilique, il fut déplacé au centre de la place en 1586. Photo : Wikimedia Commons.

De l'œuvre de Constantin, presque rien ne subsiste sur place, mais quelques témoins ont traversé les siècles. La pigna de bronze de l'atrium orne toujours la cour qui porte son nom au Vatican. Deux tombeaux papaux de la Renaissance, ceux d'Innocent VIII et de Sixte IV, sculptés par l'atelier d'Antonio del Pollaiuolo entre 1484 et 1496, furent démontés et remontés dans la nouvelle basilique — les seuls tombeaux papaux de l'ancien édifice à y survivre.[61] La confession et le tombeau de Pierre, eux, n'ont pas bougé : l'autel papal de la basilique actuelle se dresse exactement à l'aplomb du trophée du IIᵉ siècle, dans la continuité parfaite du choix constantinien.

Le témoin le plus visible est l'obélisque égyptien qui ornait jadis le cirque de Néron, près du lieu du martyre. Il était demeuré debout, au sud de la basilique, durant tout le Moyen Âge. En 1586, le pape Sixte V le fit transporter par l'architecte Domenico Fontana au centre de la nouvelle place Saint-Pierre, où il se dresse encore.[62][63] L'ancienne basilique est connue dans le détail grâce aux relevés des chanoines Tiberio Alfarano (plan de 1571) et Giacomo Grimaldi, qui en consignèrent les dimensions, les autels et les inscriptions avant et pendant la démolition — sources précieuses sans lesquelles l'édifice de Constantin serait aujourd'hui presque illisible.[64]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipedia (anglais), « Old St. Peter's Basilica » (https://en.wikipedia.org/wiki/Old_St._Peter%27s_Basilica), relevé le 4 octobre 2026 : la section « History » (corps de l'article) donne un démarrage entre 318 et 322, citant M. Moffett, M. Fazio et L. Wodehouse, A World History of Architecture, McGraw-Hill, New York, 2008 (2ᵉ éd.), p. 135, avec une quarantaine d'années de travaux ; l'infobox de cette même page donne entre 326 et 333 (achèvement et consécration vers 360 ; démolition v. 1505-1605). Section « History » aussi : sac de 846, mur léonin de Léon IV, jugement d'Alberti sur la nef. Section « Design » : 3 000 à 4 000 fidèles, cinq vaisseaux divisés par 21 colonnes de marbre (renvoi à Gardner, éd. 2004), plus de 350 pieds (≈ 110 m) de long, atrium « Garden of Paradise » à cinq portes, colonnes salomoniques reprises par le Bernin. Section « Mosaics » : Navicella de Giotto, cardinal Stefaneschi. Section « Tombs » : tombeaux de Sixte IV et Innocent VIII par Pollaiuolo, d'après Ettlinger 1953 ; surnom Maestro Ruinante donné à Bramante, d'après Patetta 1943 ; pigna de bronze de l'atrium, transférée vers les jardins du Vatican vers 1608-1610 d'après G. Grimaldi, Descrizione, p. 186-187 (cité par l'étude « Quod vocatur Paradiso : the Pigna and the Atrium of Old St. Peter's »), puis installée au Cortile della Pigna. Fin de l'édifice : démolition progressive sur une centaine d'années, dernière partie d'origine démolie en 1605 (d'après https://www.st-peters-basilica.org, « History of St. Peter's Basilica »).

    1 6 8 13 18 21 23 29 33 40 58 59 62
  2. Encyclopaedia Britannica, « Old Saint Peter's Basilica » (https://www.britannica.com/topic/old-saint-peters-basilica) — article court en une seule page (sans pagination ; tous les éléments ci-dessous s'y trouvent) : église à plan basilical de cinq vaisseaux avec transept à abside à l'ouest, commencée entre 326 et 333 sur l'ordre de Constantin et achevée une trentaine d'années plus tard ; atrium dit « Paradise » renfermant un jardin avec des fontaines, cinq portes vers le corps de l'église, mosaïque de l'arc (Constantin, accompagné de saint Pierre, présentant la maquette au Christ) ; démolition au début du XVIᵉ siècle et remplacement par la nouvelle basilique.

    2 17 24 55
  3. Richard Krautheimer, « The Constantinian Basilica », Dumbarton Oaks Papers, vol. 21, 1967, p. 117-140, ici p. 120-121 et n. 11 : le chantier aurait été interrompu à la mort de Constantin (337) ou peu après, puis repris vers 357, lors de la visite de Constance II à Rome (mosaïque de l'abside et achèvement de la nef). Voir aussi la monographie Corpus Basilicarum Christianarum Romae (avec S. Corbett et W. Frankl), vol. V (fascicule San Pietro), Cité du Vatican, Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, 1977. Les colonnes torses à pampres : Liber Pontificalis, 34.17 — columnas vitineas quas de Graecia perduxit (« colonnes torses amenées de Grèce »), cf. Gardner, Art Through the Ages, éd. 2004, p. 311 (« columns which he brought from Greece »).

    3 20 32
  4. Wikipédia (français), « Basilique Saint-Pierre », section sur l'ancienne basilique constantinienne (« Commencée en 326 », citant J. Toynbee et J. Ward-Perkins, The Shrine of St Peter, 1956 ; édifice « long d'environ 103 mètres » ; « 8 052 m² (soit 122 × 66 m) »), et « Antique basilique vaticane » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Antique_basilique_vaticane : « environ 103 mètres de long (122 avec l'atrium) » ; infobox : « Début de la construction entre 326 et 337 ») : martyre de Pierre, fondation par Constantin et Sylvestre Ier, cinq vaisseaux, transept saillant, abside semi-circulaire, fenestella confessionis, couronnement de Charlemagne, sac sarrasin de 846, projet de Nicolas V, première pierre du 18 avril 1506 (la fin de la démolition, au début du XVIIᵉ siècle, est documentée par la page anglaise « Old St. Peter's Basilica » : dernière partie d'origine démolie en 1605).

    4 9 14 22 26 31 36 37 54 56
  5. Helen Gardner et al., Gardner's Art Through the Ages, éd. 2004 (ISBN 0-15-505090-7) : le développement sur Old St Peter's occupe les p. 310-311 — nef à cinq vaisseaux, capacité de 3 000 à 4 000 fidèles (p. 310 : « capable of housing from 3,000 to 4,000 worshipers »), chantier « probably begun as early as 319 » (p. 310), dons constantiniens dont la croix d'or de 150 livres (p. 311). Passages vérifiés via la recherche interne Google Books de cette édition. Le chiffre de 21 colonnes par rangée est celui de la section « Design » de la page anglophone « Old St. Peter's Basilica » (https://en.wikipedia.org/wiki/Old_St._Peter%27s_Basilica), qui renvoie à Gardner ; la page indique par erreur « p. 619 » — coquille, le passage se trouvant p. 310-311. Dimensions (environ 103 m, 122 m avec l'atrium) d'après les relevés anciens repris par la page « Antique basilique vaticane » de Wikipedia FR.

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  6. R. McKitterick, J. Osborne, C. Richardson et J. Story (dir.), Old Saint Peter's, Rome, Cambridge University Press / British School at Rome, 2013, Appendice (C. M. Richardson et J. Story, p. 404-415) : lettre des chanoines de Saint-Pierre à Paul V sur la démolition de l'ancienne basilique, 1605 ; relevés de G. Grimaldi, Descrizione, sur les derniers vestiges.

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  7. Wikipedia (anglais), « Saint Peter's tomb » (https://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Peter%27s_tomb) : trophée de Gaius, mur rouge et muro G, travaux de 1939 puis fouilles conduites sous Pie XII dans les années 1940 sous la direction de Ludwig Kaas, déclaration de Pie XII en décembre 1950 (tombeau retrouvé, mais aucun ossement identifiable avec certitude), analyse du Pr V. Correnti (homme de 60-70 ans, constitution robuste), annonce de Paul VI le 26 juin 1968. Datation de l'édicule (« trophée ») au milieu du IIᵉ siècle, vers 150-160 : J. Toynbee et J. Ward-Perkins, The Shrine of St Peter and the Vatican Excavations, Londres, 1956. Rapport officiel des fouilles : B. M. Apollonj Ghetti, A. Ferrua, E. Josi et E. Kirschbaum, Esplorazioni sotto la confessione di San Pietro in Vaticano eseguite negli anni 1940-1949, Cité du Vatican, 1951.

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  8. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, ch. 25, §§ 6-7 : le § 6 présente Gaius (nommé Caius dans la traduction McGiffert), chrétien de Rome au temps de Zéphyrin, dans sa dispute publiée contre le montaniste Proclus ; le § 7 donne sa déclaration, citée dans le texte en traduction d'après l'anglais de référence de A. C. McGiffert : « But I can show the trophies of the apostles. For if you will go to the Vatican or to the Ostian way, you will find the trophies of those who laid the foundations of this church » (en ligne : https://www.newadvent.org/fathers/250102.htm). Le terme rendu par « trophées » est le grec τρόπαιον (tropaion), d'où le nom de « trophée de Gaius » donné à l'édicule retrouvée sous l'autel.

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  9. Liber Pontificalis, 34.16-18 (Vita Silvestri) : croix d'or très pur de 150 livres (crucem ex auro purissimo, pens. lib. CL) déposée sur le corps de Pierre, portant l'inscription CONSTANTINUS AUGUSTUS ET HELENA AUGUSTA HANC DOMUM REGALEM SIMILI FULGORE CORUSCANS AULA CIRCUMDAT (« Constantin Auguste et Hélène Auguste entourent d'une salle royale cette demeure qui brille d'un égal éclat »), en lettres noires sur la croix même. Texte : éd. L. Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. I, Paris, 1886, p. 176-178 ; trad. anglaise L. Loomis, The Book of the Popes, New York, 1916, p. 54 (« a cross of purest gold, weighing 150 lbs. ») ; texte latin et traduction repris par la base Cult of Saints in Late Antiquity, Oxford, notice E00401 (http://csla.history.ox.ac.uk/record.php?recid=E00401). Le poids est corroboré par Gardner (Art Through the Ages, éd. 2004, p. 311 : « a cross of finest gold weighing 150 lb »).

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  10. Alastair Logan, « Who Built Old St Peter's? The Evidence of the Inscriptions and Mosaics », Vigiliae Christianae, vol. 75, n° 1, 2021, p. 43-69 (en ligne : Brill ; notice IxTheo) : l'étude développe les arguments de G. Bowersock et soutient que l'édifice n'a pas été construit par Constantin, mais commencé par son fils Constant (337-350) à la fin des années 340, puis achevé par Constance II (337-361) à la fin des années 350 (mosaïque de l'abside), d'après l'inscription de l'arc et les mosaïques.

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  11. Encyclopaedia Britannica, « Old Saint Peter's Basilica » (même page : https://www.britannica.com/topic/old-saint-peters-basilica) : murs hauts de la nef (clerestory) percés de onze fenêtres par côté, cycle de fresques figurant patriarches, prophètes, apôtres et scènes bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament.

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  12. Liturgical Arts Journal, « Envisioning Old St. Peter's: The Interior from the Time of Constantine through the Renaissance », septembre 2022 (https://liturgicalartsjournal.com/2022/09/envisioning-old-st-peters-interior-from.html) : memoria constantinienne en marbre et porphyre rouge autour du tombeau, colonnes torses, mosaïque d'abside (Christ trônant entre Pierre et Paul, douze agneaux, palmiers), mosaïque de l'arc triomphal avec Constantin offrant la maquette de l'église.

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  13. Inscription en hexamètres latins de l'arc triomphal de l'ancienne basilique, conservée dans le recueil dit Sylloge d'Einsiedeln : « Quod duce te mundus surrexit in astra triumphans, hanc Constantinus victor tibi condidit aulam. » La forme du nom (Constantinus / Constantius) est débattue, ce qui nourrit la question de l'achèvement du chantier sous les fils de Constantin.

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  14. Le raid sarrasin de 846 et la muraille de Léon IV, construite de 848 à 852 : J. J. Norwich, The Middle Sea (flotte sarrasine remontant le Tibre en 846, pillage de Saint-Pierre, portes d'argent arrachées) ; Liber Pontificalis, vies de Serge II (le raid) et de Léon IV (la muraille), trad. anglaise R. Davis (Liverpool University Press) ; muraille de trois kilomètres ceignant pour la première fois la colline du Vatican, seul agrandissement jamais apporté aux murs de Rome.

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  15. Navicella : mosaïque d'environ 9,4 × 13 m commandée par le cardinal Jacopo Stefaneschi, placée sur le mur ouest de l'oratoire Sainte-Marie-de-la-Tour, dans l'atrium de l'ancienne basilique (Web Gallery of Art, notice du fichier WGA09363) ; étude historique « The History and Signification of the Navicella Mosaic at St. Peter's » (qui cite Alfarano sur la Navicella de son temps). Triptyque Stefaneschi : Giotto, vers 1320 (la plupart des spécialistes ; Gardner le date vers 1300, A. Mueller von den Haegen vers 1313, Kessler entre 1313 et 1320), commandé par Stefaneschi pour un autel de l'ancienne basilique, aujourd'hui à la Pinacoteca Vaticana.

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  16. Pape Pie XII, message radiophonique de Noël du 23 décembre 1950 : annonce au monde que le tombeau du Prince des Apôtres a été retrouvé sous la basilique ; sur les ossements, réserve explicite — aucun ne peut être identifié avec certitude comme ceux de Pierre. Voir la page « Saint Peter's tomb » (https://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Peter%27s_tomb : « Pope Pius XII stated in December 1950 that none could be confirmed to be Saint Peter's with absolute certainty »).

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  17. Margherita Guarducci, épigraphiste chargée par Pie XII de l'étude des graffiti de la nécropole vaticane : déchiffrement du graffiti grec du muro G lu « Petros eni » (« Pierre est ici »), et rattachement au point précis du trophée des ossements écartés en 1942. Voir M. Guarducci, Le reliquie di Pietro sotto la Confessione della basilica vaticana, Cité du Vatican, 1965.

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  18. Pape Paul VI, audience générale du 26 juin 1968 : annonce publique de l'identification des reliques de saint Pierre au terme des recherches conduites dans la nécropole vaticane (texte italien dans les Insegnamenti di Paolo VI, vol. VI, année 1968). Traduction française d'après le texte de l'allocution ; formulation anglaise couramment citée par la presse : « identified in a way which we can hold to be convincing ».

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  19. Antonio Ferrua, archéologue jésuite qui dirigea les fouilles vaticanes, « said he was not convinced the bones found were those of Saint Peter » — Wikipedia (anglais), « Saint Peter's tomb » (https://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Peter%27s_tomb), citant la nécrologie du Los Angeles Times, « Antonio Ferrua, 102; Archeologist Credited as Finding St. Peter's Tomb », 29 mai 2003.

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  20. National Geographic, « St. Peter's Basilica contains his tomb... right? Why there's still some doubt » (https://www.nationalgeographic.com/history/article/tomb-apostle-saint-peter-basilica-vatican) : le texte du graffiti est incomplet (« Although the text was incomplete ») ; lecture restaurée PETROS ENI (« Here is Peter »), mais « not all scholars agreed » — lecture inverse possible : PETROS ENDEI (« Peter is not here »).

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  21. Leon Battista Alberti, De re aedificatoria, livre III, chap. X (« De columnis et parietibus »), exemple des vices de construction des murs — éd. latine Strasbourg, 1541 (première édition 1485) ; trad. anglaise J. Rykwert, N. Leach et R. Tavernor, On the Art of Building in Ten Books, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1988, p. 26 ; passage repris par W. Tronzo (dir.), St. Peter's in the Vatican, Cambridge University Press, 2005, p. 16. Citation donnée ici en traduction abrégée (coupes marquées [...]). La leçon « plus de six pieds » est celle de la traduction Rykwert-Leach-Tavernor ; elle est confirmée par l'étude de la mission d'Alberti à Saint-Pierre (Josephine Waters Bennett Lecture, Cambridge : « the continual force of the wind has already displaced the wall more than six feet from the vertical ») et par J. Lees-Milne, Saint Peter's : c'est le mur sud qui penchait de six pieds hors d'aplomb, la charpente tirant le mur nord vers l'intérieur. Conversion : le pied romain vaut 29,6 cm (six pieds ≈ 1,78 m) et le pied anglais 30,5 cm (≈ 1,83 m) — soit environ 1,80 m dans les deux cas.

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  22. Surnom attesté par l'Encyclopaedia Britannica, notice « Donato Bramante » (« Maestro Ruinante » ou « Maestro Guastante » pour son rôle dans la démolition de l'ancienne basilique) ; cf. F. Patetta, La figura del Bramante nel « Simia » d'Andrea Guarna, Rome, Accademia Nazionale dei Lincei, 1943, et l'étude UC Press (Papal Patronage and the Music of St. Peter's) : le rythme des destructions valut à Bramante ce surnom dès après la première pierre du 18 avril 1506.

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  23. Les deux tombeaux de bronze (Sixte IV et Innocent VIII), exécutés entre 1484 et 1496 par l'atelier des Pollaiuolo pour Saint-Pierre — les plus grandioses du XVᵉ siècle et les seuls tombeaux papaux transférés dans la nouvelle basilique (notice savante, université Notre-Dame) ; cf. L. D. Ettlinger, « Pollaiuolo's Tomb of Pope Sixtus IV », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, vol. 16, 1953, p. 239-274.

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  24. L'obélisque du cirque de Néron (25 m, resté debout au sud de la basilique durant tout le Moyen Âge), déplacé en 1586 au centre de la place par D. Fontana sur ordre de Sixte V : National Geographic (décision de 1585, opération de 1586 conduite par Fontana avec 900 ouvriers) ; l'exploit fut commémoré par une suite de gravures.

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  25. Tiberio Alfarano, De Basilicae Vaticanae antiquissima et nova structura (achevé en 1582, publié par la typographie vaticane en 1914), avec son plan de 1571 superposant l'ancienne basilique et le projet nouveau ; relevés complémentaires de Giacomo Grimaldi, Descrizione della basilica antica di S. Pietro in Vaticano, documentant autels, tombeaux et inscriptions avant et pendant la démolition.

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