Pape Nicolas V (1447-1455)

Nicolas V (1447-1455), premier pape de la Renaissance, mit fin au Grand Schisme d'Occident, fonda la Bibliothèque Vaticane et rêva de relever Rome et Saint-Pierre, au moment même où Constantinople tombait aux mains des Ottomans.

Ignispedia

Nicolas V (en latin Nicolaus V), né Tommaso Parentucelli le 15 novembre 1397 à Sarzana, gouverne l'Église de Rome du 6 mars 1447, jour de son élection, au 24 mars 1455.[1][2] Il succède à Eugène IV et précède Calixte III, premier pape de la maison Borgia.

Fils d'un médecin de modeste condition, parvenu au sommet de l'Église par sa seule érudition et son talent diplomatique, Nicolas V est l'homme qui referme le Grand Schisme d'Occident : en 1449, l'antipape Félix V abdique et le concile de Bâle se dissout, mettant fin à un demi-siècle de division.[3][4] Pacificateur de l'Italie et de l'Empire, il couronne en 1452 Frédéric III — dernier couronnement impérial jamais célébré à Rome.[5][6]

Surtout, il est considéré comme le premier pape de la Renaissance : fondateur de la Bibliothèque Vaticane, protecteur des humanistes, traducteur des Grecs, il rêve de relever Rome de ses ruines et conçoit le premier projet de reconstruction de la basilique Saint-Pierre.[7][8] Son pontificat se déroule pourtant sous une ombre tragique : le 29 mai 1453, Constantinople tombe aux mains des Ottomans, et son appel à la croisade reste sans suite.[9]

« Il avait coutume de dire que, s'il en avait jamais les moyens, il dépenserait pour deux choses : les livres et bâtir ; et il fit l'un et l'autre durant son pontificat. » — Vespasiano da Bisticci, à propos de Nicolas V[10]

Pourquoi Nicolas V compte-t-il ?

Le premier pape de la Renaissance

Infographie originale Ignispedia créée par IA — les livres et les pierres : la Bibliothèque Vaticane (807 manuscrits latins et 353 grecs), les humanistes et le programme monumental de Nicolas V. Créée par IA.

Avec Nicolas V, la papauté change de visage. Les souverains pontifes du XVe siècle avaient été des juristes, des moines ou des hommes de guerre ; Parentucelli est d'abord un lettré, un bibliophile, un familier des cercles humanistes de Florence.[11][12] Devenu pape, il fait de la cour romaine un foyer du mécénat des lettres et des arts sans équivalent depuis l'Antiquité : traducteurs, copistes, philologues et architectes y trouvent un protecteur. C'est sous lui que naît l'idée d'une Rome chrétienne rivalisant en beauté avec la Rome des Césars, capitale visible de la chrétienté.[13][14]

Le pape qui referme le Grand Schisme d'Occident

Le second titre de gloire de Nicolas V est d'ordre ecclésial. Depuis 1378, l'Occident avait connu jusqu'à trois prétendants rivaux à la papauté ; le concile de Constance (1414-1418) avait restauré l'unité, mais le concile de Bâle, devenu rebelle, avait élu en 1439 un antipape, Félix V.[15][16] En obtenant en 1449 l'abdication de Félix V et la dissolution du concile, Nicolas V éteint la dernière braise du schisme conciliaire et restaure pleinement l'autorité du Siège apostolique.

Le fondateur de la Bibliothèque Vaticane

Enfin, Nicolas V est le fondateur de la Bibliothèque Vaticane, l'une des plus grandes institutions intellectuelles de l'histoire de l'Église.[17][18] À sa mort, il laisse une collection de plus de mille manuscrits latins, grecs et hébreux — un trésor sans précédent en Occident, conçu non comme une réserve privée mais comme une bibliothèque de la cour pontificale ouverte aux savants. C'est l'acte de naissance de la BAV.

Les sources principales

Tableau des témoins

Nicolas V a la chance rare, pour un pape du Moyen Âge finissant, d'avoir été décrit par des témoins humanistes contemporains qui le connaissaient personnellement. Le tableau ci-dessous présente les principales sources et la prudence requise pour chacune.

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Giannozzo Manetti, De vita ac gestis Nicolai V1455Biographie officielle en trois livres ; testament du pape (livre III)Source proche, mais panégyrique humaniste
Vespasiano da Bisticci, Le Vitev. 1480-1498Portrait intime par son libraire florentin ; les deux passions « livres et pierres »Témoin direct, ton admiratif
Catholic Encyclopedia (New Advent)1911Biographie catholique complète et datéeSource ancienne mais détaillée
Enciclopedia dei Papi (Treccani)2000Synthèse savante italienne, attentive au contexte romainRéférence académique moderne
Ludwig von Pastor, History of the Popes, vol. II1891Récit critique ; traduction du discours de mortCatholique érudit du XIXe siècle
Encyclopaedia Britannicanotice moderneSynthèse anglophone, bilan diplomatiqueNotice courte

Manetti, Vespasiano et les biographes humanistes

Deux humanistes ont fixé l'image de Nicolas V pour la postérité. Le premier est Giannozzo Manetti, secrétaire apostolique, auteur d'un De vita ac gestis Nicolai V summi pontificis rédigé l'année même de la mort du pape : c'est une biographie officielle en trois livres, dont le troisième rapporte le testament et le discours final du pontife.[19] Le second est Vespasiano da Bisticci, le grand libraire florentin qui fournit en manuscrits toute l'Europe savante, et qui consacre à Nicolas V une Vita pleine de détails de première main.[20] Ces deux textes sont précieux, mais ce sont des éloges : il faut les lire en historien, en croisant leurs affirmations avec les notices critiques modernes.

Les sources primaires et les notices modernes

Au-delà des biographes, le pontificat se documente par ses actes : la bulle de croisade Etsi ecclesia Christi (1453), le texte du Concordat de Vienne (1448), les bulles Dum Diversas (1452) et Romanus Pontifex (1455).[21][22][23] Les notices de référence — Catholic Encyclopedia, Enciclopedia dei Papi de la Treccani, Encyclopaedia Britannica — fournissent la trame critique, tandis que la grande History of the Popes de Ludwig von Pastor reste, pour le détail narratif, l'ouvrage de fond.[24][25][26][27]

Avant le pontificat : Tommaso Parentucelli

Une naissance modeste à Sarzana

Tommaso Parentucelli naît le 15 novembre 1397 à Sarzana, petite cité de Ligurie alors rattachée à la République de Gênes.[28][29] Son père, Bartolomeo, est médecin ; la famille est honnête mais sans fortune ni naissance. Rien, dans cette origine modeste, ne destinait l'enfant à la tiare : tout ce qu'il deviendra, il le devra à son intelligence et à son travail. C'est l'un des traits qui font de lui une figure typiquement Renaissance — l'homme que le mérite, et non le sang, élève au sommet.

L'étudiant de Bologne et le précepteur de Florence

Le jeune Tommaso étudie à l'université de Bologne, la plus prestigieuse d'Italie. La mort prématurée de son père l'oblige à interrompre ses études faute de ressources : il devient alors, vers 1415-1419, précepteur des enfants de deux grandes familles florentines, les Strozzi et les Albizzi.[30][31] Ce séjour à Florence est décisif : il y respire l'air du premier humanisme, fréquente les cercles érudits, se forme le goût des livres et des belles lettres. Revenu à Bologne, il obtient en 1422 sa maîtrise de théologie.[32][33]

Vingt ans au service du cardinal Albergati

Sa vie bascule lorsqu'il entre au service de Niccolò Albergati, le saint évêque chartreux de Bologne, créé cardinal. Pendant plus de vingt ans, Parentucelli est son intendant, son confident, son bras droit dans les missions diplomatiques.[34][35] Au service du cardinal, il parcourt l'Allemagne, la France et l'Angleterre, observe les cours et les chancelleries, acquiert cette connaissance concrète des affaires de la chrétienté qui fera de lui, plus tard, un pape diplomate. À la mort d'Albergati en 1443, il hérite de son expérience et de son réseau.

Évêque de Bologne et cardinal (1444-1446)

En 1444, Parentucelli est nommé évêque de Bologne, en succession d'Albergati — mais les troubles de la ville l'empêchent d'en prendre réellement possession.[36] Eugène IV, qui apprécie ses talents, le charge de missions délicates, notamment à la diète de Francfort (1446), où il œuvre au rapprochement entre la papauté et l'Empire. En récompense de ce succès, Eugène IV le crée cardinal-prêtre de Santa Susanna en décembre 1446.[37][38] Le cardinalat n'aura duré que quelques semaines : trois mois plus tard, le conclave fait de lui le pape.

L'élection de 1447

La mort d'Eugène IV et le conclave de la Minerve

Eugène IV meurt le 23 février 1447.[39] Le conclave se réunit à Santa Maria sopra Minerva, à Rome. Sur vingt-quatre cardinaux vivants, dix-huit sont présents.[40] Le contexte est lourd : il faut un pape capable de liquider le schisme de Bâle, d'apaiser l'Italie déchirée par les guerres entre Milan, Venise, Florence et Naples, et de rétablir les finances pontificales. Le 6 mars 1447, après quelques jours, les cardinaux portent leur choix sur le plus récent d'entre eux, le cardinal de Bologne.[41][42]

Le choix du nom Nicolas

Élu, Parentucelli prend le nom de Nicolas — non en mémoire d'un prédécesseur prestigieux, mais par piété filiale envers son bienfaiteur, le cardinal Niccolò Albergati, à qui il devait tout.[43][44] Le geste dit l'homme : la fidélité d'un fils spirituel reconnaissant. Il est couronné le 19 mars 1447.[45]

Un programme : la paix et les lettres

Le nouveau pape arrive avec un dessein clair. Sa réputation d'érudit était telle que le futur Pie II, Enea Silvio Piccolomini, dira de lui qu'il connaissait tout ce qu'un homme peut savoir.[46] Mais Nicolas V n'est pas qu'un savant : c'est un pacificateur. Il entend rétablir la paix dans l'Église, dans l'Italie et dans la Ville, puis employer cette paix retrouvée à une grande œuvre de restauration intellectuelle et monumentale de Rome. Les huit années qui suivent réaliseront, en grande partie, ce programme.

La fin du Grand Schisme d'Occident

L'antipape Félix V et le concile de Bâle

Le plus grand service que Nicolas V rendit à l'Église fut de refermer la dernière plaie du schisme. Le concile de Bâle, ouvert en 1431, s'était dressé contre Eugène IV en prétendant que le concile était supérieur au pape ; en 1439, dans sa phase rebelle, il avait déposé Eugène IV et élu un antipape, Amédée VIII de Savoie, sous le nom de Félix V.[47][48] L'Europe s'était partagée ; mais la cause conciliaire s'épuisait, privée de soutien réel parmi les princes.

L'abdication de Félix V (7 avril 1449)

Infographie originale Ignispedia créée par IA — la dernière braise du Grand Schisme : de Bâle à l'abdication de Félix V, Nicolas V éteint le schisme conciliaire par une diplomatie de réconciliation. Créée par IA.

Nicolas V hérite d'une situation déjà mûre pour la paix, et il la cueille avec doigté. Par une diplomatie patiente, il obtient le ralliement des derniers princes et isole l'antipape. Le 7 avril 1449, Félix V abdique ; le concile de Bâle, replié à Lausanne, se rallie et se dissout.[49][50] Pour ménager les vaincus, Nicolas V nomme Amédée de Savoie cardinal et reconnaît la validité de plusieurs actes du concile. Le schisme conciliaire est mort sans effusion de sang.

« Demander peu et concéder beaucoup »

La manière dont Nicolas V remporta cette victoire est aussi remarquable que la victoire elle-même. Là où un pape intransigeant aurait exigé une capitulation humiliante, lui préféra la réconciliation par la générosité.

« Il restaura la paix dans l'Église en demandant peu et en concédant beaucoup. » — analyse du règlement du schisme d'après l'Encyclopaedia Britannica[51]

Cette sagesse — préférer l'unité retrouvée à l'amour-propre satisfait — est la signature de tout son gouvernement. Il favorisera de même, en 1454-1455, la paix de Lodi et la Ligue italique qui unirent enfin Venise, Milan, Florence, Naples et Rome dans une trêve générale.[52][53]

Le pape et l'Empire

Le Concordat de Vienne (1448)

Réconcilier l'Église avec l'Empire supposait aussi de régler les rapports avec l'Église d'Allemagne, longtemps tentée par les thèses conciliaires. Ce fut l'objet du Concordat de Vienne, conclu le 17 février 1448 entre Nicolas V et le roi des Romains Frédéric III.[54][55] L'accord fut préparé par deux diplomates de premier ordre : Enea Silvio Piccolomini, au service de Frédéric III, et le légat pontifical Juan de Carvajal, qui le signa.

Le concordat règle un partage minutieux des nominations et des revenus ecclésiastiques, résumé dans le tableau suivant.

DomaineCe que règle le concordat
Élections épiscopalesLibres selon le droit canon, mais soumises à la confirmation du pape, qui peut écarter un élu indigne
Bénéfices mineursRéservés au pape la moitié de l'année (mois impairs), laissés au pourvoi local les autres mois
AnnatesPerçues par le Saint-Siège sur les bénéfices qui lui sont réservés
Portée juridiqueDevient une loi fondamentale réglant durablement les rapports de l'Église et de l'Empire

Ce texte, équilibre entre l'autorité romaine et les intérêts impériaux, restera la charte des rapports entre Rome et l'Allemagne jusqu'à la Réforme et au-delà.[56][57]

Le couronnement de Frédéric III (1452)

Frédéric III, son épouse et le pape sortant de Saint-Pierre, gravure de Hans Burgkmair et Jost de Negker, Der Weisskunig. Le Met, domaine public. Ce visuel évoque le dernier couronnement impérial célébré à Rome, le 19 mars 1452.

Le 19 mars 1452, Nicolas V couronne solennellement à Rome Frédéric III de Habsbourg empereur du Saint-Empire romain germanique.[58][59] L'événement a une double signification. C'est le premier Habsbourg ceint de la couronne impériale, inaugurant la longue domination de cette maison sur l'Empire. Et c'est — la postérité l'a retenu — le dernier couronnement impérial célébré à Rome : après Frédéric III, aucun empereur ne reviendra recevoir la couronne des mains du pape dans la Ville. Une époque s'achève au moment même où Nicolas V semble la couronner.

Le Jubilé de 1450

L'année sainte de la réconciliation

Pour célébrer l'unité retrouvée, Nicolas V proclame un Jubilé pour l'année 1450.[60] L'année sainte prend une valeur de fête de la réconciliation : le schisme est clos, la paix revient, et la chrétienté se presse vers les tombeaux des Apôtres. L'affluence est immense — l'une des plus fortes de toute l'histoire des jubilés. Les offrandes des pèlerins remplissent le trésor pontifical et fourniront, par la suite, une part des moyens des grands travaux du pape.

La catastrophe du pont Sant'Angelo

L'affluence eut sa rançon. Peu avant Noël 1450, une foule de pèlerins se trouva bloquée sur le pont Sant'Angelo, l'étroit passage qui mène de la Ville à la basilique vaticane. Une panique se déclencha ; la cohue écrasa et précipita dans le Tibre un grand nombre de fidèles.[61][62] Les sources divergent sur le bilan : la Catholic Encyclopedia parle de « plus de deux cents pèlerins », l'Enciclopedia dei Papi d'« plus de cent soixante-dix », d'autres chroniques d'environ 172 morts.[63][64][65] Bouleversé, Nicolas V fit dégager et élargir les abords du pont et démolir les maisons qui en obstruaient l'entrée, pour qu'un tel drame ne se reproduisît pas.

Les épreuves du pontificat

La conjuration de Stefano Porcari (1453)

Le règne ne fut pas qu'érudition et bâtiments. En janvier 1453, le noble romain Stefano Porcari, nostalgique de l'antique liberté républicaine et nourri de souvenirs de Cola di Rienzo, ourdit une conjuration visant à renverser le gouvernement pontifical et à s'emparer du pape.[66][67] Le complot fut éventé : Porcari et ses complices furent arrêtés, et le chef pendu au Château Saint-Ange. L'épisode révèle la fragilité du pouvoir temporel des papes dans une Rome encore travaillée par les factions, et il assombrit les dernières années d'un pontife jusque-là enclin à la clémence.

La chute de Constantinople (1453)

Le siège de Constantinople en 1453, miniature attribuée à l'atelier de Jean Tavernier. Domaine public, via Wikimedia Commons. La nouvelle de la chute frappa Nicolas V au cœur de son pontificat.

Mais l'épreuve la plus tragique vint d'Orient. Le 29 mai 1453, après un siège de plusieurs semaines, Constantinople tombe aux mains du sultan ottoman Mehmed II.[68][69] La capitale millénaire de l'Empire chrétien d'Orient, la ville de Constantin et de Justinien, cesse d'exister comme cité chrétienne. La nouvelle frappe l'Occident de stupeur. Pour Nicolas V, qui avait travaillé au rapprochement entre Rome et les Grecs, c'est un désastre spirituel autant que politique. La paradoxe est cruel : c'est aussi la fuite des savants grecs vers l'Italie qui nourrira la Renaissance que le pape favorise.

L'appel à la croisade : Etsi ecclesia Christi

Nicolas V réagit en pape de la chrétienté. Le 30 septembre 1453, il publie la grande bulle de croisade Etsi ecclesia Christi, qui appelle tous les princes chrétiens à se lever pour défendre la foi.[70] Le texte est d'une gravité prophétique : il décrit Mehmed II comme un « second Mahomet » et un précurseur de l'Antéchrist, et somme les souverains de « défendre la chrétienté de leur vie et de leur argent », accordant l'indulgence plénière à ceux qui prendraient la croix dans un délai de six mois.[71]

« Que les princes chrétiens défendent la chrétienté de leur vie et de leurs biens. » — bulle Etsi ecclesia Christi, Nicolas V, 30 septembre 1453[72]

L'appel, hélas, resta lettre morte. Les princes d'Occident, divisés et défiants, ne se levèrent pas ; la petite flotte pontificale envoyée vers l'Orient arriva trop tard.[73] La croisade rêvée par Nicolas V ne se fit pas, et le pape mourut sans avoir vu se relever la chrétienté d'Orient. Son successeur Calixte III en fera la grande affaire de son propre pontificat.

Le pape humaniste : les livres et les pierres

« Les livres et bâtir »

S'il fallait résumer l'âme de Nicolas V en une phrase, ce serait celle que rapporte son libraire Vespasiano da Bisticci : ses deux grandes passions étaient les livres et la construction.[74] Ces deux amours ne sont pas, chez lui, de simples goûts de prince cultivé : ils forment un programme cohérent. Restaurer le savoir et restaurer la pierre, c'était pour ce pape une même œuvre — rendre à l'Église et à Rome une dignité visible capable de fortifier la foi des fidèles. Toute sa politique culturelle découle de cette conviction.

La fondation de la Bibliothèque Vaticane

L'œuvre la plus durable de Nicolas V est sa bibliothèque. Il rêvait d'une grande bibliothèque publique de la cour pontificale, à l'image de celles de l'Antiquité, où seraient rassemblés et conservés les trésors de la pensée grecque, latine et chrétienne. À son avènement, le fonds pontifical comptait quelques centaines de volumes ; à sa mort, il en laisse plus de mille.[75][76] Les estimations précises varient : un relevé détaillé fait état de 807 manuscrits latins et 353 grecs (soit environ 1 160), tandis que la tradition retient le chiffre rond de « plus de 1 200 manuscrits ».[77][78] C'est le noyau fondateur de la Bibliothèque apostolique vaticane, que son successeur Sixte IV organisera officiellement vingt ans plus tard.

Les humanistes et les traductions grecques

Pour constituer ce trésor, Nicolas V emploie une véritable équipe de savants : copistes, philologues et traducteurs affluent à Rome, attirés par sa générosité. On y trouve les plus grands noms de l'humanisme : Lorenzo Valla, George de Trébizonde, Giannozzo Manetti, Poggio Bracciolini, Niccolò Perotti, Teodoro Gaza.[79][80] Le pape finance d'immenses campagnes de traduction du grec en latin : Homère, Hérodote, Thucydide, Strabon, mais aussi les Pères grecs de l'Église — un transfert culturel qui sauve pour l'Occident des pans entiers du patrimoine antique. Sa libéralité envers les savants est restée proverbiale.

« N'hésitez pas à accepter : vous n'aurez pas toujours un Nicolas parmi vous. » — mot attribué à Nicolas V pour vaincre les scrupules d'un érudit qu'il voulait récompenser[81]

Le grand projet de reconstruction de Rome

Infographie originale Ignispedia créée par IA — la Rome de Nicolas V : Vatican, projet Rossellino, Borgo, Aqua Virgo, basiliques majeures et pont Saint-Ange. Créée par IA.

L'autre passion de Nicolas V, la pierre, donne naissance au premier grand plan d'urbanisme chrétien de la Renaissance. Le pape entreprend de restaurer les murailles et les ponts de Rome, de remettre en service l'antique aqueduc de l'Aqua Virgo — qui alimentera plus tard la fontaine de Trevi — et de relever de leurs ruines les grandes basiliques stationnales de la Ville.[82][83] Il conçoit aussi le réaménagement du Borgo, la cité curiale fortifiée autour du Vatican, dessein resté largement à l'état de projet. Sa vision : faire de Rome une capitale digne du Siège apostolique, où la majesté des édifices proclamerait aux yeux de tous la grandeur de l'Église.

Saint-Pierre, Rossellino et la chapelle Niccoline de Fra Angelico

Au cœur de ce dessein figure le projet le plus audacieux : la reconstruction de la basilique Saint-Pierre. La vénérable basilique constantinienne, vieille de plus de mille ans, menaçait ruine. Nicolas V en confie les premières études à l'architecte Bernardo Rossellino ; la tradition associe aussi à ce projet le grand théoricien Leon Battista Alberti, bien que sa participation ne soit pas documentée avec certitude.[84][85] Les travaux, à peine ébauchés, seront interrompus par la mort du pape — mais l'idée était lancée : un siècle et demi plus tard naîtra la basilique Saint-Pierre actuelle.

Fra Angelico, Lapidation de saint Étienne, chapelle Niccoline, Vatican, vers 1447-1449. Domaine public, via Wikimedia Commons. La chapelle privée de Nicolas V demeure le témoignage pictural le plus éclatant de son mécénat.

Si peu de pierres furent posées, une merveille demeure : la chapelle Niccoline (Cappella Niccolina), oratoire privé du pape dans le palais apostolique, que Fra Angelico orne vers 1447-1449, assisté de son atelier dont le jeune Benozzo Gozzoli.[86] Le peintre dominicain y déploie, dans une lumière dorée, les vies parallèles de saint Étienne et de saint Laurent, les deux grands diacres martyrs. C'est l'un des chefs-d'œuvre du premier Quattrocento, et le plus beau témoignage subsistant du mécénat de Nicolas V.

Les bulles difficiles : Dum Diversas et Romanus Pontifex

Aucun article honnête sur Nicolas V ne peut taire les deux bulles qui pèsent le plus lourd dans son procès historique : Dum Diversas (18 juin 1452) et Romanus Pontifex (8 janvier 1455), adressées au roi du Portugal.[87][88] La première autorise le roi Alphonse V à « envahir, capturer, vaincre et soumettre les Sarrasins, les païens et les autres ennemis du Christ » et à les réduire en servitude perpétuelle ; la seconde confirme ces droits et les étend aux explorations africaines du Portugal. Ces textes sont réels, leur portée historique fut lourde, et il serait malhonnête de les ignorer.

Trois distinctions, longuement développées dans le dossier Ignispedia sur l'esclavage des Noirs, permettent toutefois d'en comprendre la portée exacte sans céder ni à l'apologie ni au réquisitoire. D'abord, le critère retenu par les bulles est religieux et militaire, non racial : les « Sarrasins et infidèles » sont définis par leur opposition à la chrétienté dans la logique de la croisade médiévale — le concept d'esclavage racial héréditaire n'existe pas encore.[89] Ensuite, l'historien John Francis Maxwell a montré que ces bulles ne furent jamais formellement invoquées par les juristes et marchands esclavagistes comme fondement légal de la traite atlantique, qui s'appuya sur des arguments économiques et sur la théorie de la guerre juste.[90] Enfin, Nicolas V ne révoqua jamais la bulle Sicut Dudum de son prédécesseur Eugène IV (1435), qui menaçait d'excommunication les asservisseurs des habitants des Canaries : la papauté du milieu du XVe siècle ne formait donc pas un bloc favorable à l'esclavage.[91]

Infographie originale Ignispedia créée par IA — Dum Diversas et Romanus Pontifex : lire les bulles sans effacement ni réquisitoire simpliste, en distinguant texte réel, cadre médiéval, critère non racial et limites historiques. Créée par IA.

📖 Voir le dossier complet : L'esclavage des Noirs et l'Église catholique traite en détail ces bulles, les condamnations pontificales (1435, 1537, 1639, 1839) et les six objections principales.

Mort et héritage (mars 1455)

Le testament rapporté par Manetti

Nicolas V meurt à Rome le 24 mars 1455, à cinquante-sept ans, miné par la goutte et accablé par la chute de Constantinople.[92][93] Sur son lit de mort, entouré des cardinaux, il prononce — selon le récit de Giannozzo Manetti — un long discours-testament où il justifie son œuvre de bâtisseur. La page la plus célèbre, transmise par Ludwig von Pastor, mérite d'être citée intégralement, car elle livre la clef spirituelle de tout son pontificat :

« Pour créer dans l'esprit des foules incultes des convictions solides et stables, il faut quelque chose qui parle aux yeux ; une foi populaire, soutenue par les seules doctrines, ne sera jamais que faible et vacillante. Mais si l'autorité du Saint-Siège se manifestait visiblement dans des édifices majestueux, monuments impérissables et témoins qui semblent plantés par la main de Dieu lui-même, la foi grandirait et se fortifierait comme une tradition, de génération en génération, et le monde entier l'accepterait et la révérerait. » — Nicolas V, discours de mort, rapporté par Giannozzo Manetti[94]

Le pape précise que ce n'est « ni par ambition, ni par faste, ni par vaine gloire » qu'il a bâti, mais pour la plus grande autorité de l'Église romaine et la dignité du Siège apostolique.[95] On peut discuter cette théologie du visible ; on ne peut lui refuser sa cohérence et sa grandeur.

Une frise du pontificat

Infographie originale Ignispedia créée par IA — frise du pontificat : sept jalons majeurs, de l'élection de Tommaso Parentucelli à la succession de Calixte III. Créée par IA.
  1. 15 novembre 1397
    Naissance à Sarzana
    Fils d'un médecin

    Tommaso Parentucelli naît dans une famille modeste de Ligurie ; il devra tout à son érudition.

  2. v. 1415-1422
    Florence et Bologne
    Précepteur, puis maître en théologie

    Précepteur des Strozzi et des Albizzi à Florence, il s'imprègne de l'humanisme avant d'obtenir sa maîtrise de théologie à Bologne en 1422.

  3. 1444-1446
    Évêque puis cardinal
    Au service d'Eugène IV

    Évêque de Bologne (1444), il est créé cardinal de Santa Susanna en décembre 1446 après son succès diplomatique à la diète de Francfort.

  4. 6 mars 1447
    Élection au conclave
    Santa Maria sopra Minerva

    Sur dix-huit cardinaux présents, le conclave élit Parentucelli, qui prend le nom de Nicolas en hommage au cardinal Albergati.

  5. 17 février 1448
    Concordat de Vienne
    Rome et l'Empire

    L'accord avec Frédéric III, préparé par Piccolomini et signé par Carvajal, règle durablement les nominations et revenus de l'Église d'Allemagne.

  6. 7 avril 1449
    Fin du Grand Schisme d'Occident
    Abdication de Félix V

    L'antipape abdique et le concile de Bâle se dissout ; Nicolas V scelle l'unité « en demandant peu et en concédant beaucoup ».

  7. 1450
    Jubilé de la réconciliation
    Affluence et drame

    Année sainte triomphale, endeuillée par la catastrophe du pont Sant'Angelo (environ 170 à 200 morts).

  8. 19 mars 1452
    Couronnement de Frédéric III
    Dernier couronnement impérial à Rome

    Nicolas V couronne le premier empereur Habsbourg — et le dernier empereur jamais couronné dans la Ville.

  9. janvier 1453
    Conjuration de Stefano Porcari
    Complot déjoué

    Le rêve d'une république romaine s'achève au gibet du Château Saint-Ange.

  10. 29 mai 1453
    Chute de Constantinople
    Le désastre d'Orient

    La ville de Constantin tombe aux mains de Mehmed II ; la bulle Etsi ecclesia Christi (30 septembre) appelle en vain à la croisade.

  11. 24 mars 1455
    Mort à Rome
    Inhumé auprès d'Eugène IV

    Le premier pape de la Renaissance s'éteint, laissant la Bibliothèque Vaticane et le rêve d'une Rome restaurée. Lui succède Calixte III.

Le successeur : Calixte III

À Nicolas V succède le vieux cardinal catalan Alfonso Borgia, sous le nom de Calixte III — premier pape de la maison Borgia, dont le grand-neveu sera le tristement célèbre Alexandre VI.[96] Calixte III, moins lettré que son prédécesseur, négligera le mécénat humaniste pour consacrer toutes ses forces à la croisade contre les Turcs que Nicolas V avait appelée sans l'obtenir.

Que retenir de Nicolas V ?

Nicolas V occupe une place charnière dans l'histoire de la papauté. Derrière lui s'achève le Moyen Âge des conciles et des antipapes ; devant lui s'ouvre la Renaissance romaine, avec ses splendeurs et, bientôt, ses scandales. Il fut le pape qui referma le schisme, pacifia l'Italie et l'Empire, et fonda la plus grande bibliothèque de la chrétienté. Il fut aussi celui qui assista, impuissant, à la chute de Constantinople et signa les bulles controversées de l'expansion portugaise. Lumières et ombres se mêlent en lui comme dans son siècle.

La leçon spirituelle : la beauté au service de la foi

Le legs le plus profond de Nicolas V tient peut-être dans son intuition de mourant : la beauté visible peut être un chemin vers Dieu. À une époque qui oppose volontiers la pureté de la foi et le faste de l'art, ce pape rappelle que l'Église a toujours bâti des cathédrales et enluminé des manuscrits non par orgueil, mais pour élever les âmes par les sens vers l'invisible. La grandeur des pierres, comme la richesse des livres, n'a de sens que rapportée à Dieu.

Le risque de cette voie est réel — l'art peut devenir une fin en soi, et la Renaissance romaine y succombera parfois. Mais l'intuition demeure juste : « La beauté est la splendeur du vrai », dira la tradition. Nicolas V, fils de médecin devenu pape par son seul amour du savoir, aura voulu que la foi du peuple chrétien trouve, dans la beauté de Rome et de ses livres, un appui sensible et durable. C'est en cela qu'il fut, au sens le plus noble, le premier pape de la Renaissance.

Pour aller plus loin

Notes et sources

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, "Pope Nicholas V", vol. 11, New York, Robert Appleton Company, 1911 ; transcription New Advent : Tommaso Parentucelli né à Sarzana le 15 novembre 1397, fils d'un médecin ; études à Bologne, précepteur à Florence (Strozzi, Albizzi), maîtrise de théologie en 1422 ; plus de vingt ans au service du cardinal Niccolò Albergati ; évêque de Bologne (1444) ; cardinal (décembre 1446) ; élu pape le 6 mars 1447 ; nom choisi en l'honneur d'Albergati ; soumission de Félix V et dissolution du synode de Bâle (1449) ; Concordat de Vienne (1448) ; Jubilé de 1450 et catastrophe du pont (« more than two hundred pilgrims ») ; couronnement de Frédéric III (1452) ; conjuration de Porcari (janvier 1453) ; chute de Constantinople (1453) et bulle de croisade ; fondation de la Bibliothèque Vaticane ; restauration de l'Aqua Virgo et des basiliques ; chapelle de Fra Angelico ; mort le 24-25 mars 1455, inhumé près d'Eugène IV. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11058a.htm.

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  2. "Niccolò V", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana (Treccani), Rome, 2000 : Tommaso Parentucelli di Sarzana ; studi a Bologna ; precettore a Firenze presso gli Strozzi e gli Albizzi (1415-1419) ; al servizio del cardinale Albergati ; vescovo di Bologna (1444) ; cardinale (dicembre 1446) ; elezione il 6 marzo 1447, incoronazione il 19 marzo ; abdicazione di Felice V (1449) ; Concordato di Vienna (1448) ; Giubileo del 1450 e disastro di ponte Sant'Angelo (« oltre 170 pellegrini ») ; incoronazione di Federico III (19 marzo 1452) ; congiura di Stefano Porcari (1453, impiccato a Castel Sant'Angelo) ; caduta di Costantinopoli (1453) ; oltre 1.200 manoscritti ; studi di Bernardo Rossellino per San Pietro ; morte il 24 marzo 1455. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/niccolo-v_(Enciclopedia-dei-Papi)/.

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  3. Encyclopaedia Britannica, "Nicholas V (pope)", notice biographique : Tommaso Parentucelli, né à Sarzana en 1397 ; précepteur deux ans dans de riches familles florentines ; au service de l'évêque Albergati pour des missions diplomatiques ; succès à la diète de Francfort (1446) ; cardinal puis élu pape (1447) ; mit fin au schisme « en demandant peu et en concédant beaucoup » ; soumission de l'antipape Félix V et du concile de Bâle (1449) ; Concordat de Vienne (1448) ; couronnement de Frédéric III (premier Habsbourg, dernier empereur couronné à Rome) ; fondateur de la Bibliothèque Vaticane ; mort en 1455. URL : https://www.britannica.com/biography/Nicholas-V-pope.

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  4. "Pope Nicholas V", Wikipedia (anglais) : Tommaso Parentucelli, né le 15 novembre 1397 à Sarzana ; maîtrise de théologie en 1422 ; cardinal-prêtre de Santa Susanna le 16 décembre 1446 ; élu le 6 mars 1447, nom en hommage à Niccolò Albergati ; Concordat de Vienne (17 février 1448) signé par Juan de Carvajal, négocié par Enea Silvio Piccolomini ; couronnement de Frédéric III le 19 mars 1452 (dernier couronnement impérial à Rome) ; jugement de Pie II sur son savoir ; fondation de la Bibliothèque Vaticane (collection portée à environ 1 200 manuscrits, dont près de 400 grecs) ; humanistes employés (Valla, George de Trébizonde, Manetti, Poggio Bracciolini, Perotti) ; restauration de l'Aqua Virgo ; mort le 24 mars 1455. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Nicholas_V.

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  5. "Nicholas V, Pope", New Catholic Encyclopedia, repris sur Encyclopedia.com : à sa mort, Nicolas V laisse une bibliothèque de 807 manuscrits latins et 353 manuscrits grecs (soit environ 1 160 codices), noyau fondateur de la Bibliothèque apostolique vaticane organisée ensuite par Sixte IV. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/nicholas-v-pope.

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  6. Bulle Etsi ecclesia Christi, Nicolas V, 30 septembre 1453 : bulle de croisade publiée après la chute de Constantinople (29 mai 1453) ; elle décrit le sultan Mehmed II comme un « second Mahomet » et un précurseur de l'Antéchrist, appelle les princes chrétiens à défendre la chrétienté « de leur vie et de leur argent », et accorde l'indulgence à ceux qui prennent la croix dans les six mois ; la croisade ne se réalisa pas (la flotte pontificale arriva trop tard). Source : "Etsi ecclesia Christi", Wikipedia. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Etsi_ecclesia_Christi.

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  7. Vespasiano da Bisticci, Le Vite (Vies d'hommes illustres du XVe siècle), notice sur Nicolas V, v. 1480-1498 ; cité dans l'Enciclopedia dei Papi (Treccani). Texte original italien : « Usava dire che dua cose farebbe s'egli mai potesse ispendere, ch'era in libri, et in murare; et l'una et l'altra fece nel suo pontificato. »

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  8. Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. II, Londres, 1891, p. 166-167 : traduction du discours de mort de Nicolas V d'après Giannozzo Manetti. Texte original anglais : « Only the learned who have studied the origin and development of the authority of the Roman Church, can really understand its greatness. Thus, to create solid and stable convictions in the minds of the uncultured masses, there must be something that appeals to the eye; a popular faith, sustained only on doctrines, will never be anything but feeble and vacillating. But if the authority of the Holy See were visibly displayed in majestic buildings, imperishable memorials and witnesses seemingly planted by the hand of God Himself, belief would grow and strengthen like a tradition from one generation to another, and all the world would accept and revere it. Noble edifices combining taste and beauty with imposing proportions would immensely conduce to the exaltation of the chair of St. Peter. » Le pape précise avoir bâti « not for ambition, nor pomp, nor vainglory, nor fame » mais pour l'autorité de l'Église romaine.

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  9. Giannozzo Manetti, De vita ac gestis Nicolai V summi pontificis, 1455 : biographie officielle de Nicolas V en trois livres, rédigée par son secrétaire apostolique l'année de sa mort ; le livre III rapporte le testament et le discours final du pape. Édition critique moderne : A. Modigliani (éd.), Rome, ISIME, 2005.

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  10. Concordat de Vienne, 17 février 1448, entre le pape Nicolas V et le roi des Romains Frédéric III : élections épiscopales libres mais soumises à confirmation pontificale ; réserve papale des bénéfices mineurs durant les mois impairs avec perception des annates ; négocié par Enea Silvio Piccolomini (au service de Frédéric III) et signé par le légat cardinal Juan de Carvajal ; loi fondamentale réglant les rapports de l'Église et de l'Empire jusqu'à la Réforme. Source : "Concordat of Vienna", Wikipedia. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Concordat_of_Vienna.

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  11. Nicolas V, bulle Dum Diversas, 18 juin 1452, adressée au roi Alphonse V de Portugal : autorise à « envahir, capturer, vaincre et soumettre les Sarrasins, païens et autres ennemis du Christ » et à les réduire en servitutem perpetuam. Texte latin dans le Bullarium Romanum, Turin, 1858, vol. V, p. 348 ; traduction anglaise partielle dans Frances G. Davenport, European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies, Carnegie Institution, Washington, 1917, vol. I, p. 20-26. Traitement détaillé dans l'article Ignispedia L'esclavage des Noirs.

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  12. Conclave pontifical de 1447 : réuni à Santa Maria sopra Minerva (Rome) après la mort d'Eugène IV (23 février 1447) ; sur vingt-quatre cardinaux vivants, dix-huit présents ; élection de Tommaso Parentucelli le 6 mars 1447. Source : "1447 papal conclave", Wikipedia. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/1447_papal_conclave.

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  13. Catastrophe du pont Sant'Angelo (1450) : lors du Jubilé de 1450, une bousculade sur le pont, déclenchée par la panique de la foule (un cheval ayant désarçonné sa cavalière), fit s'effondrer une partie de la balustrade et précipita de nombreux pèlerins dans le Tibre ; bilan estimé à environ 172 morts. Nicolas V fit ensuite élargir les abords du pont. Source : "Ponte Sant'Angelo", Wikipedia. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Ponte_Sant%27Angelo.

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  14. Chapelle Niccoline (Cappella Niccolina) : oratoire privé de Nicolas V dans le palais apostolique du Vatican, décoré de fresques par Fra Angelico (v. 1447-1449) et son atelier (dont Benozzo Gozzoli) ; cycles consacrés aux vies et martyres des diacres saint Étienne et saint Laurent. Source : "Niccoline Chapel", Wikipedia. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Niccoline_Chapel.

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  15. Nicolas V, bulle Romanus Pontifex, 8 janvier 1455, au roi de Portugal : confirme la possession de Ceuta, accorde au Portugal le monopole de la navigation et du commerce sur les terres découvertes le long des côtes africaines, et réaffirme Dum Diversas. Source : "Romanus Pontifex", Wikipedia ; Davenport, op. cit., vol. I. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Romanus_Pontifex.

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  16. John T. Noonan Jr., A Church That Can and Cannot Change: The Development of Catholic Moral Teaching, University of Notre Dame Press, Notre Dame (IN), 2005, chap. 4 (« Slavery »), p. 91-126 : analyse du contexte ottoman de Dum Diversas, du critère religieux (et non racial) des bulles, et du maintien de Sicut Dudum d'Eugène IV (1435).

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  17. John Francis Maxwell, Slavery and the Catholic Church, Barry Rose / Anti-Slavery Society, Chichester-Londres, 1975 : montre que Dum Diversas et Romanus Pontifex ne furent jamais formellement invoquées par les juristes et marchands esclavagistes comme fondement légal de la traite atlantique.

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