Mahomet — en arabe Muhammad ibn Abd Allâh (vers 570-632) — est un marchand arabe de La Mecque devenu prédicateur religieux, chef politique et militaire, tenu par les musulmans pour le dernier des prophètes envoyés par Dieu et le récepteur du Coran. Sa prédication d'un monothéisme strict, commencée vers 610, a fondé l'islam et bouleversé l'histoire du monde : en moins d'un siècle après sa mort, les armées se réclamant de son message dominaient un empire allant de l'Espagne à l'Indus.
D'un point de vue strictement historique, sa vie pose un problème rare : elle est à la fois l'une des plus racontées de l'humanité et l'une des plus difficiles à établir. Les récits détaillés dont nous disposons — la biographie sacrée (sîra), les chroniques et les recueils de hadiths — ont été mis par écrit un à deux siècles après sa mort, et presque aucune source contemporaine du VIIᵉ siècle ne le décrit. Distinguer le Mahomet de l'histoire du Mahomet de la tradition est donc l'objet d'un débat savant vif et toujours ouvert.
Cet article présente Mahomet comme personnage historique : l'état des sources, le contexte de l'Arabie de son temps, la trame de sa vie telle que la rapporte la tradition musulmane, les questions débattues par les historiens, et enfin la manière dont les chrétiens l'ont regardé à travers les siècles. Il ne reprend pas ici la discussion doctrinale d'ensemble sur l'islam et le Coran, développée dans le dossier Islam et réponse catholique et dans Que dit l'Église sur l'islam ?.
Du point de vue catholique, la position est claire et constante : l'Église regarde avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique et se réclament de la foi d'Abraham, mais elle ne reconnaît pas Mahomet comme prophète au sens biblique, ni le Coran comme parole révélée — parce que la Révélation publique est close avec le Christ et les Apôtres, et qu'aucune révélation nouvelle n'est plus à attendre.[1]
Que sait-on vraiment de Mahomet ? Le problème des sources
Avant de raconter une vie, l'historien honnête doit dire d'où il tient ses informations. Pour Mahomet, cette question n'est pas une précaution de méthode : elle est le cœur du sujet. Car le paradoxe est saisissant — l'homme qui a le plus marqué l'histoire du VIIᵉ siècle est presque invisible dans les documents de ce même siècle.
Le silence presque total des sources contemporaines
Aucun texte musulman continu écrit du vivant de Mahomet ou dans les décennies qui suivent immédiatement sa mort ne nous est parvenu. Les toutes premières mentions extérieures — chrétiennes ou juives — sont brèves, allusives, et souvent embarrassées. La plus ancienne est la Doctrina Jacobi nuper baptizati (« Enseignement de Jacques nouvellement baptisé »), un traité chrétien de langue grecque composé vers 634, soit à peine deux ans après la mort traditionnelle de Mahomet. Elle évoque, sans le nommer, « un prophète apparu avec les Sarrasins » — mais elle le tient pour vivant et en juge sévèrement le message.[2]
« On disait qu'un prophète était apparu, venant avec les Sarrasins, et qu'il proclamait la venue de l'oint, le Christ qui devait venir. […] Il est un faux prophète, car les prophètes ne viennent pas armés d'une épée. » — Doctrina Jacobi, traité chrétien grec, vers 634[3]
Une génération plus tard, l'Histoire attribuée à l'évêque arménien Sébéos (rédigée vers 660) est le premier texte externe à donner un nom — Mahmet — et à le décrire comme un marchand de la lignée d'Ismaël prêchant le Dieu d'Abraham.[4] La première attestation matérielle et datée du nom vient plus tard encore : les inscriptions du Dôme du Rocher à Jérusalem, commandées par le calife omeyyade Abd al-Malik et datées de 72 de l'Hégire (691-692), portent le mot muhammad et des formules coraniques.[5] Entre la mort du personnage et cette première épigraphie, près de soixante ans se sont écoulés.
Le Coran : abondant en doctrine, pauvre en biographie
On pourrait croire que le Coran, tenu par les musulmans pour la parole même transmise à Mahomet, offre un socle biographique solide. Ce n'est pas le cas. Le Coran nomme Mahomet seulement quatre fois — sourates 3, 33, 47 et 48 — et une cinquième fois sous la forme Ahmad.[6] Surtout, il ne raconte quasiment pas sa vie : il ne donne ni dates, ni lieux précis, ni chronologie suivie. Il présuppose un contexte que ses premiers auditeurs connaissaient, mais que le texte ne détaille jamais.
Autrement dit, presque tout ce que l'on croit savoir de la vie de Mahomet — sa naissance, son enfance, ses batailles, ses paroles — ne vient pas du Coran, mais de récits postérieurs qui prétendent expliquer le Coran et combler ses silences. C'est cette matière narrative tardive qu'il faut maintenant examiner.
La sîra : Ibn Ishaq à travers Ibn Hisham
La plus ancienne biographie continue conservée est la Sīrat Rasūl Allāh (« Vie de l'Envoyé de Dieu ») de Ibn Ishaq, historien de Médine mort vers 767 — soit environ 135 ans après la mort de Mahomet.[7] Fait décisif pour la critique : le texte original d'Ibn Ishaq est perdu. Nous le connaissons surtout par la recension qu'en a donnée Ibn Hisham (mort vers 833), et par les citations qu'en fait le chroniqueur al-Tabari.
Ibn Hisham ne cache pas son travail de filtrage. Dans sa préface, il reconnaît avoir retranché des passages qu'il jugeait « honteux à mentionner », susceptibles de peiner certaines personnes, ou insuffisamment appuyés sur des traditions sûres.[8] La biographie sacrée que lisent les musulmans est donc déjà, dès le IXᵉ siècle, un texte choisi et censuré par rapport à un original plus ancien et déjà perdu.
La traduction anglaise de référence, celle d'Alfred Guillaume (Oxford, 1955), illustre à merveille la fragilité de l'édifice : Guillaume n'a pas traduit un manuscrit unique, il a reconstitué le texte en combinant Ibn Hisham avec les fragments d'Ibn Ishaq conservés chez al-Tabari — dont le célèbre épisode dit des « versets sataniques », qu'Ibn Hisham avait précisément écarté.[9] Le récit fondateur de l'appel prophétique y est raconté ainsi :
« Il vint à moi pendant que je dormais, avec une étoffe de brocart sur laquelle était un écrit, et il dit : "Lis !" Je répondis : "Que lirai-je ?" […] Et je lus. Puis il me quitta, et je m'éveillai de mon sommeil : c'était comme si ces mots avaient été gravés dans mon cœur. » — récit de la première révélation, Ibn Ishaq, Vie de Muhammad, trad. Alfred Guillaume, p. 106[10]
Les hadiths, les chroniques et les dictionnaires biographiques
Autour de la sîra gravite un immense corpus, lui aussi tardif :
- Les hadiths, paroles et actes attribués à Mahomet, rassemblés dans les grands recueils sunnites de al-Bukhari (mort en 870) et Muslim (mort en 875) — soit environ deux siècles après les faits. Leur finalité est d'abord juridique et théologique, non biographique ; mais ils contiennent des scènes-clés, comme le récit de la première révélation.[11]
- Le Kitab al-Maghazi (« Livre des expéditions ») de al-Waqidi (mort en 823), consacré aux campagnes militaires.[12]
- Le Kitab al-Tabaqat de Ibn Sa'd (mort en 845), vaste dictionnaire biographique.[13]
- La monumentale Histoire des prophètes et des rois de al-Tabari (839-923), histoire universelle qui reste la mine principale pour la période.[14]
Ces sources sont précieuses, mais elles partagent toutes le même trait : elles sont écrites longtemps après, dans un milieu déjà pleinement islamique qui avait tout intérêt à donner du fondateur une image édifiante et cohérente. C'est sur ce constat que s'est bâti le grand débat historiographique moderne.
Trois écoles pour lire les sources
Face à ce corpus tardif, les chercheurs se répartissent, en simplifiant, en trois familles :
| École | Représentants principaux | Position sur la fiabilité des sources |
|---|---|---|
| Traditionnels-critiques | Frants Buhl, Tor Andrae, W. Montgomery Watt, Maxime Rodinson, Hichem Djaït | La trame de la sîra, filtrée par la critique, livre un noyau historique exploitable |
| Révisionnistes (hypercritiques) | John Wansbrough, Patricia Crone, Michael Cook | Les sources musulmanes sont un récit théologique tardif ; privilégier les sources externes |
| Médians (post-1990) | Fred Donner, Harald Motzki, Chase Robinson | Réhabilitation d'un noyau historique par des méthodes rigoureuses et l'épigraphie |
L'école traditionnelle-critique domine le XXᵉ siècle. W. Montgomery Watt, dans Muhammad at Mecca (1953) et Muhammad at Medina (1956), propose une lecture socio-économique : Mahomet répond à une crise de la société marchande mecquoise.[15] Le Français Maxime Rodinson, dans son Mahomet (Seuil, 1961/1968), écrit une biographie ouvertement laïque et matérialiste, mais qui accorde crédit à la trame des événements.[16] Le Tunisien Hichem Djaït, dans les trois tomes de La Vie de Muhammad (Fayard, 2001-2012), défend avec force la valeur du noyau historique.[17]
L'école révisionniste naît dans les années 1970 comme une secousse. John Wansbrough soutient que le Coran lui-même a été canonisé tardivement (VIIIᵉ-IXᵉ siècle) dans un « milieu sectaire » judéo-chrétien.[18] Patricia Crone et Michael Cook, dans le retentissant Hagarism (Cambridge, 1977), tentent de reconstruire les origines de l'islam à partir des seules sources non musulmanes, aboutissant à une image très éloignée du récit traditionnel.[19] Crone, dans Meccan Trade and the Rise of Islam (1987), démonte ensuite le mythe d'une Mecque grand carrefour du commerce international.[20] Ces auteurs ont eux-mêmes, par la suite, pris leurs distances avec les hypothèses les plus radicales de Hagarism — présenté comme une expérience de méthode plus que comme une conclusion établie.
L'école médiane réagit à partir des années 1990. Fred Donner, dans Muhammad and the Believers (Harvard, 2010), défend l'existence d'un mouvement historique de « Croyants » monothéistes autour de Mahomet.[21] Harald Motzki affine la méthode dite isnād-cum-matn pour dater plus tôt certaines traditions.[22] Surtout, deux découvertes matérielles portent un coup à la datation ultra-tardive du Coran : le manuscrit coranique de Birmingham, dont le parchemin a été daté au carbone 14 entre 568 et 645 avec 95 % de confiance, et le palimpseste de Sanaa, découvert en 1972, dont le support remonte lui aussi au VIIᵉ siècle.[23] Ces datations portent sur le parchemin, non sur l'acte de copie ; mais elles rendent difficile de soutenir que le Coran aurait été fabriqué un siècle et demi après Mahomet.
En résumé : l'existence historique d'un prédicateur arabe nommé Mahomet, actif en Arabie occidentale dans le premier tiers du VIIᵉ siècle, autour duquel s'est formé un mouvement monothéiste conquérant, est aujourd'hui largement admise, y compris par les critiques. Ce sont les détails de sa vie — dates précises, paroles exactes, épisodes édifiants — qui restent tributaires de sources tardives et doivent être lus avec prudence. Dans tout ce qui suit, l'expression « selon la tradition » est donc à sous-entendre presque partout.
L'Arabie au temps de Mahomet
Pour comprendre Mahomet, il faut se représenter le monde dans lequel il naît. L'Arabie du VIᵉ siècle est un espace de tribus, coincé entre deux empires épuisés par leurs guerres : l'Empire byzantin chrétien au nord-ouest et l'Empire sassanide perse, de religion zoroastrienne, au nord-est. Le centre de la péninsule, désertique, échappe largement à l'un comme à l'autre.
La Mecque, Quraych et la Kaaba
La Mecque est une ville marchande et un centre religieux. Elle abrite la Kaaba, sanctuaire cubique autour duquel s'organisent des pèlerinages païens et un commerce saisonnier. La tribu de Quraych, à laquelle appartient Mahomet, en tire prestige et revenus en administrant le sanctuaire et en garantissant la sécurité des caravanes.[24] Ce paganisme arabe est polythéiste : la tradition dénombre de nombreuses idoles autour de la Kaaba, tout en connaissant une divinité suprême et lointaine, Allâh (« le Dieu »), que le message de Mahomet réinterprétera radicalement comme le Dieu unique.
Juifs, chrétiens et chercheurs de Dieu
L'Arabie n'ignore ni le judaïsme ni le christianisme. Des tribus juives sont solidement implantées, notamment à Yathrib (la future Médine). Des communautés chrétiennes existent aux marges — au Yémen, chez les Ghassanides du nord — et des moines et marchands chrétiens circulent sur les routes. La tradition musulmane connaît enfin la figure du hanîf, chercheur de Dieu insatisfait du paganisme et attiré par un monothéisme abrahamique diffus. C'est dans ce terreau — un monothéisme « dans l'air », mais sans structure arabe propre — que va s'inscrire la prédication de Mahomet.
La vie de Mahomet selon la tradition
Voici la trame biographique telle que la rapporte la tradition musulmane, dans l'ordre où les sources la présentent.
- Vers 570Naissance à La Mecque
Naissance dans le clan des Banû Hâchim de la tribu de Quraych, l'« année de l'Éléphant ». Son père Abd Allâh est déjà mort ; sa mère Amina meurt vers ses six ans.
- Vers 595Mariage avec Khadija
À environ vingt-cinq ans, il épouse Khadija, riche commerçante plus âgée. Union monogame jusqu'à la mort de celle-ci.
- Vers 610L'appel prophétique
Retiré dans la grotte de Hira, sur le Jabal al-Nour, il aurait reçu la première révélation par l'ange Gabriel : « Lis ! »
- Vers 619L'année de tristesse
Mort de Khadija et de son oncle protecteur Abu Talib. La persécution mecquoise s'aggrave.
- 622L'Hégire
Émigration vers Yathrib/Médine. L'événement devient l'an 1 du calendrier musulman.
- 624-627Les grandes batailles
Badr (624, victoire), Uhud (625, revers), le Fossé (627, siège repoussé).
- 628Le traité de Hudaybiyya
Trêve avec La Mecque, tenue pour une victoire diplomatique.
- 630La prise de La Mecque
Entrée dans la ville, destruction des idoles de la Kaaba.
- 632Pèlerinage d'adieu et mort
Dernier pèlerinage, puis mort à Médine, dans l'appartement d'Aïcha.
Enfance, orphelinage et jeunesse
Selon la tradition, Mahomet naît à La Mecque vers 570, en une année que la légende associe à une expédition éthiopienne dite « année de l'Éléphant ».[25] Orphelin de père avant sa naissance, il perd sa mère Amina vers l'âge de six ans. Il est alors recueilli par son grand-père Abd al-Muttalib, puis, à la mort de celui-ci, par son oncle Abu Talib, chef influent du clan.[26] Cette enfance d'orphelin, sur laquelle le Coran lui-même semble revenir (sourate 93), a durablement marqué son image dans la piété musulmane.
Devenu jeune homme, il travaille dans le commerce caravanier. C'est ce métier qui le met au service d'une riche veuve mecquoise, Khadija bint Khuwaylid.
Le mariage avec Khadija
Vers 595, âgé d'environ vingt-cinq ans, Mahomet épouse Khadija, sa cadette de plusieurs années selon certaines sources, son aînée d'une quinzaine d'années selon la version la plus répandue.[27] Ce mariage est décisif à double titre. Il lui donne d'abord une assise sociale et matérielle qui le libère du souci quotidien. Il est ensuite marqué par une fidélité monogame exceptionnelle : tant que Khadija vit, la tradition ne lui connaît aucune autre épouse — la polygamie de Mahomet est un fait strictement médinois et tardif. Khadija est aussi présentée comme sa première confidente et croyante : c'est elle qui, au retour de la grotte de Hira, l'aurait rassuré et soutenu.
L'appel prophétique (vers 610)
L'événement fondateur se situe vers 610. Retiré pour méditer dans la grotte de Hira, sur la montagne dite Jabal al-Nour près de La Mecque, Mahomet aurait reçu la visite de l'ange Gabriel lui ordonnant de « lire » ou de « réciter » (iqra). La tradition identifie ces premiers mots révélés au début de la sourate 96 :
« Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très-Noble, qui a enseigné par le calame, a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas. » — Coran, sourate 96 (al-Alaq), versets 1-5[28]
Bouleversé, croyant d'abord être devenu fou ou possédé, il aurait trouvé auprès de Khadija le premier réconfort et la première reconnaissance de sa mission.[29] Ce doute initial, loin d'être gommé, est conservé par la tradition — trait que les historiens jugent plutôt en faveur de l'ancienneté du récit.
La prédication mecquoise et la persécution
Pendant une douzaine d'années, Mahomet prêche à La Mecque un monothéisme intransigeant : un Dieu unique, un jugement dernier, une morale sociale exigeante. Ce message heurte de front l'ordre mecquois : il menace le culte des idoles de la Kaaba, source de prestige et de revenus pour Quraych. Les premiers convertis — Khadija, son cousin Ali, son ami Abu Bakr, et de nombreux gens de condition modeste ou des esclaves — subissent moqueries, pressions et parfois violences.[30]
L'année 619 est appelée par la tradition l'« année de tristesse » : Mahomet y perd coup sur coup Khadija, son soutien intime, et Abu Talib, son protecteur de clan.[31] Privé de cette double protection, il devient vulnérable. C'est aussi à cette période que la tradition place le voyage nocturne (isra) de La Mecque à Jérusalem et l'ascension céleste (miraj), épisode d'une immense portée spirituelle dans la piété musulmane, mais dont la datation reste incertaine.
L'Hégire : de La Mecque à Médine (622)
Menacé à La Mecque, Mahomet accepte l'invitation de tribus de Yathrib, oasis située à quelque 350 kilomètres au nord, où il est appelé comme arbitre entre clans rivaux. En 622, il y émigre avec ses fidèles : c'est l'Hégire (hijra, « émigration »). L'événement est si structurant que le calife Umar, une quinzaine d'années plus tard, en fera le point de départ du calendrier musulman — l'an 1 de l'Hégire commençant, dans le comput julien, le 16 juillet 622.[32] Yathrib prend alors le nom de Médine (Madinat al-Nabi, « la ville du Prophète »).
Le changement n'est pas seulement géographique : il est de nature. À La Mecque, Mahomet était un prédicateur persécuté ; à Médine, il devient chef d'une communauté qui est tout à la fois religieuse, politique et militaire. La tradition attribue à cette période un document, la « constitution de Médine », réglant les rapports entre émigrés, Médinois et tribus juives de l'oasis.
Le chef de guerre et d'État
La période médinoise (622-632) est celle des armes. Trois grandes batailles jalonnent la tradition :
- Badr (624) : première grande victoire contre une caravane et une armée mecquoises, tenue comme un signe de la faveur divine.
- Uhud (625) : sérieux revers, où Mahomet est lui-même blessé ; la tradition en tire une leçon sur l'épreuve et la fidélité.
- Le Fossé, ou Khandaq (627) : un siège de Médine repoussé grâce à une tranchée défensive, qui brise l'offensive mecquoise.[33]
Cette période voit aussi le conflit avec les tribus juives de Médine, qui n'adhèrent pas à la prédication de Mahomet et sont accusées de trahison. Les Banû Qaynuqâ puis les Banû Nadîr sont expulsés ; après le siège du Fossé, les hommes des Banû Qurayza sont, selon Ibn Ishaq, exécutés et les leurs réduits en esclavage.[34] L'ampleur, et jusqu'à l'historicité, de cet épisode sont discutées par plusieurs historiens modernes, qui y voient une amplification tardive — mais il figure dans les sources musulmanes elles-mêmes et pèse lourdement dans la mémoire du personnage.
En 628, le traité de Hudaybiyya établit une trêve avec La Mecque : diplomatiquement, c'est un succès qui légitime la communauté médinoise. Deux ans plus tard, en 630, Mahomet entre dans La Mecque presque sans combat, fait détruire les idoles de la Kaaba et la reconsacre au Dieu unique.[35] Le sanctuaire païen devient le centre du nouveau culte.
Le pèlerinage d'adieu et la mort (632)
En 632, Mahomet accomplit ce que la tradition appelle le pèlerinage d'adieu, au cours duquel il prononce un sermon tenu pour un testament spirituel. Peu après, de retour à Médine, il tombe malade et meurt, le 8 juin 632 environ, dans l'appartement de son épouse Aïcha, où il est enterré — l'emplacement actuel de la « Coupole verte » de la Mosquée du Prophète.[36] La tradition rapporte le désarroi des fidèles et la fameuse réplique d'Abu Bakr, citant le Coran : « Muhammad n'est qu'un messager ; d'autres messagers sont passés avant lui. »[37]
Sa mort ouvre aussitôt la question de la succession (le califat), qui divise durablement l'islam : les sunnites reconnaissent en Abu Bakr le premier calife légitimement choisi, tandis que les chiites tiennent que Ali, cousin et gendre de Mahomet, était le successeur désigné.[38] Cette fracture, née à la mort du fondateur, structure encore aujourd'hui le monde musulman.
Le personnage et ses questions débattues
La tradition dresse de Mahomet un portrait à la fois humain et idéalisé : un homme de taille moyenne, sobre, éloquent, tour à tour doux et redoutable, marchand avisé devenu législateur et chef d'armée. Plusieurs aspects de sa vie personnelle ont été, dès l'Antiquité chrétienne et jusqu'à l'historiographie contemporaine, l'objet de discussions.
La polygamie médinoise
Après la mort de Khadija, à Médine, Mahomet contracte plusieurs mariages — la tradition en recense généralement une dizaine, souvent désignées comme les « Mères des croyants ».[39] Beaucoup de ces unions ont une portée politique, scellant des alliances de tribus. Deux figures ressortent : Aïcha, fille d'Abu Bakr, qui deviendra une source majeure de hadiths ; et Zaynab bint Jahsh, dont le mariage a laissé une trace directe dans le Coran.
Le cas de Zaynab est particulier : elle était l'épouse de Zayd ibn Haritha, le fils adoptif de Mahomet. Après leur séparation, le Coran présente lui-même ce mariage comme voulu par Dieu, précisément pour abolir l'assimilation entre fils adoptif et fils biologique :
« Puis quand Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu'il n'y ait pas de gêne pour les croyants d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. » — Coran, sourate 33 (al-Ahzab), verset 37[40]
Le mariage avec Aïcha
Parmi les points les plus discutés figure l'âge d'Aïcha au moment de son mariage. Plusieurs hadiths canoniques indiquent qu'elle avait six ans lors du contrat et neuf ans lors de la consommation ; d'autres chercheurs, y compris musulmans, contestent ces chiffres et proposent un âge sensiblement plus élevé, en s'appuyant sur des recoupements chronologiques.[41] La question, chargée de sensibilités contemporaines, illustre à nouveau la fragilité des sources : ce que l'on tient pour un fait établi repose sur des hadiths tardifs, eux-mêmes discutés à l'intérieur de la tradition.
Un fondateur qui manie l'épée
Un trait distingue nettement Mahomet des fondateurs du christianisme : il a été, dans la seconde moitié de sa vie, un chef militaire et politique victorieux. Là où le Christ meurt crucifié en refusant l'épée, Mahomet meurt à la tête d'un État en expansion. Ce contraste, souligné dès la Doctrina Jacobi (« les prophètes ne viennent pas armés d'une épée »), a nourri la polémique chrétienne pendant des siècles — mais il est aussi, pour la tradition musulmane, un titre de gloire : celui d'un prophète qui a réalisé son message dans l'histoire.
Mahomet regardé par les chrétiens
Dès les premières décennies, les chrétiens ont dû se situer face à ce nouveau prophète et à la religion qui s'en réclamait. Leur regard a beaucoup varié — de la réfutation théologique la plus dure à l'estime respectueuse du concile Vatican II.
La première réfutation théologique : Jean Damascène
Le premier théologien chrétien à traiter l'islam de façon systématique est saint Jean Damascène (mort vers 749), qui vivait en terre désormais musulmane. Dans son traité Sur les hérésies, il range l'islam parmi les hérésies chrétiennes — « la religion des Ismaélites qui égare le peuple » — et qualifie Mahomet de faux prophète.[42] Ce classement est capital : pour Jean Damascène, l'islam n'est pas une religion étrangère venue de nulle part, mais une déformation de la Révélation biblique, mêlant éléments juifs, chrétiens et arabes.
Le Moyen Âge latin : polémique, traduction et légende
En Occident, la connaissance réelle de Mahomet reste longtemps pauvre et déformée par la légende. Un tournant intellectuel survient au XIIᵉ siècle : Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, commande la première traduction latine du Coran, réalisée par Robert de Ketton en 1143 sous le titre révélateur de Lex Mahumet pseudoprophete (« Loi de Mahomet le pseudo-prophète »).[43] L'intention est apologétique : connaître pour réfuter. Un siècle plus tard, Dante place Mahomet en enfer, parmi les semeurs de discorde, dans le chant XXVIII de l'Enfer — image durable de la condamnation médiévale.[44]
Le regard moderne et le tournant de Vatican II
L'époque contemporaine opère un déplacement. Sans rien céder sur le fond doctrinal, l'Église distingue nettement le respect dû aux personnes de l'adhésion aux doctrines. Le concile Vatican II, dans la déclaration Nostra Aetate (1965), affirme :
« L'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. » — Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, § 3, 28 octobre 1965[45]
Il faut lire ce texte avec exactitude : il estime les musulmans pour leur adoration du Dieu unique et leur référence à Abraham, mais il ne nomme jamais Mahomet et ne le reconnaît en rien comme prophète — le seul « prophète » que le paragraphe mentionne est Jésus, que les musulmans vénèrent sans reconnaître sa divinité. Le Catéchisme de l'Église catholique reprend cette estime au paragraphe 841.[46]
Mahomet est-il un prophète ? Le regard catholique
Une fois la biographie établie, une question demeure, décisive pour un lecteur catholique : que penser de la prétention prophétique de Mahomet ? La réponse de l'Église est nette, et elle ne repose pas sur le mépris mais sur un principe de foi.
La Révélation publique est close avec le Christ
Le christianisme tient que Dieu a dit tout ce qu'il avait à dire en son Verbe fait chair. Le Christ n'est pas un prophète parmi d'autres ni le premier d'une série ouverte : il est la Parole définitive de Dieu. Après lui, aucune révélation publique nouvelle n'est plus à attendre :
« L'économie chrétienne, étant l'Alliance nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 66[47]
De ce principe découle logiquement le refus de reconnaître Mahomet comme prophète. Le Catéchisme ajoute que la foi chrétienne ne peut accepter des « révélations » prétendant dépasser ou corriger celle dont le Christ est l'achèvement.[48] Or l'islam prétend précisément corriger le christianisme sur ses points centraux — la Trinité, la divinité et la Croix du Christ. Il ne peut donc, du point de vue catholique, être un accomplissement de la Révélation biblique.
Des arguments recevables par un interlocuteur non chrétien
Face à un interlocuteur musulman, l'argument d'autorité chrétien ne porte pas : un musulman ne reconnaît ni le Nouveau Testament ni le Catéchisme. Le débat se déplace alors sur un terrain partagé — l'histoire et la cohérence interne. C'est précisément ce qu'apporte le dossier de sources examiné plus haut : la crucifixion de Jésus, que le Coran nie (sourate 4, verset 157), est l'un des faits les mieux attestés de l'histoire ancienne, y compris par des sources non chrétiennes ; la thèse d'un Évangile « falsifié » se heurte à la stabilité des manuscrits chrétiens. Ces questions sont développées dans les articles Jésus a-t-il existé ? et La Résurrection du Christ, et l'ensemble de la discussion doctrinale dans le hub Islam et réponse catholique.
Estimer les personnes, discerner la doctrine
La position catholique tient donc ensemble deux exigences qu'on oppose souvent à tort. D'un côté, un respect réel pour les centaines de millions de musulmans qui cherchent Dieu, prient, jeûnent et font l'aumône ; l'islam contient d'authentiques semences de vérité — l'adoration du Dieu unique, le sens de sa transcendance, l'exigence morale. De l'autre, la fidélité à la vérité : Mahomet, si remarquable qu'ait été son destin historique, n'est pas pour l'Église un prophète, et son message, sur les points où il contredit l'Évangile, ne peut venir de Dieu. Cette double fidélité — à la charité envers les personnes et à la vérité sur les doctrines — est la marque propre du regard catholique, à égale distance du mépris et du syncrétisme.
À la différence des réformateurs chrétiens comme Martin Luther ou Jean Calvin, qui se voulaient à l'intérieur de la tradition chrétienne, Mahomet fonde une religion distincte, dotée de son propre livre, de sa propre loi et de sa propre communauté. C'est pourquoi l'Église ne le traite pas comme un hérétique chrétien au sens strict, mais comme le fondateur d'une grande religion monothéiste qu'elle regarde avec estime et discernement à la fois.
Pour aller plus loin
- Islam et réponse catholique — le dossier doctrinal d'ensemble sur l'islam, le Coran et la réponse de l'Église.
- Que dit l'Église sur l'islam ? — la position magistérielle, de Nostra Aetate à aujourd'hui.
- Jésus a-t-il existé ? — les sources historiques sur Jésus, opposables à l'objection musulmane.
- La Résurrection du Christ — la crucifixion et la Résurrection face à la négation coranique.
- Martin Luther (1483-1546) et Jean Calvin (1509-1564) — d'autres fondateurs religieux, à l'intérieur du christianisme cette fois.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 66, citant le concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, § 4 : « aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ ».
1 47Doctrina Jacobi nuper baptizati, traité chrétien polémique de langue grecque, composé vers 634 ; éd. critique V. Déroche, Travaux et Mémoires 11, 1991. Traduction et commentaire dans Robert G. Hoyland, Seeing Islam as Others Saw It: A Survey and Evaluation of Christian, Jewish and Zoroastrian Writings on Early Islam, Darwin Press, Princeton, 1997, p. 55-61. Plus ancien témoignage externe connu ; le prophète y est anonyme et présenté comme vivant.
2 3Histoire attribuée à l'évêque arménien Sébéos, rédigée vers 660. Traduction critique : R. W. Thomson & J. Howard-Johnston, The Armenian History Attributed to Sebeos, Liverpool University Press, 1999. L'attribution à Sébéos est traditionnelle mais discutée ; le texte connaît le nom Mahmet et le relie à la prédication du Dieu d'Abraham.
4Inscriptions du Dôme du Rocher, Jérusalem, commanditées par le calife Abd al-Malik, datées de 72 de l'Hégire (691-692). Voir Oleg Grabar, The Shape of the Holy: Early Islamic Jerusalem, Princeton University Press, 1996. Première attestation épigraphique datée du nom muhammad ; le nom du commanditaire fut ultérieurement remplacé sous les Abbassides, mais la date de 72 AH resta inchangée.
5Le nom Muhammad apparaît en Coran 3:144, 33:40, 47:2 et 48:29 ; le nom Ahmad en 61:6. Voir Jacqueline Chabbi, Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie, Fayard, Paris, 2008, sur la rareté des données biographiques dans le texte coranique.
6Ibn Ishaq (Muhammad ibn Ishaq, v. 704-767), Sīrat Rasūl Allāh. L'œuvre originale est perdue ; elle est connue par la recension d'Ibn Hisham et les citations d'al-Tabari. Rédaction environ 135 ans après la mort de Mahomet.
7 26Ibn Hisham (Abd al-Malik ibn Hisham, m. v. 833), recension de la Sīra d'Ibn Ishaq. Dans sa préface, Ibn Hisham déclare avoir omis des passages jugés « honteux à mentionner » ou non appuyés sur des traditions sûres — aveu explicite d'un filtrage éditorial.
8Alfred Guillaume, The Life of Muhammad: A Translation of Ishāq's Sīrat Rasūl Allāh, Oxford University Press, 1955, p. 106 (récit de la première révélation). Traduction de référence en anglais ; il s'agit d'une reconstruction combinant Ibn Hisham et les fragments d'Ibn Ishaq conservés chez al-Tabari.
9 10Sahih al-Bukhari (compilé par Muhammad al-Bukhari, m. 870), Kitab bad' al-wahy (« Le commencement de la révélation »), n° 3-4. Recueil mis par écrit environ deux siècles après les faits ; le récit de la première révélation y figure avec la mention du doute initial de Mahomet et du soutien de Khadija.
11 29Al-Waqidi (Muhammad ibn Umar al-Waqidi, m. 823), Kitab al-Maghazi (« Livre des expéditions »), consacré aux campagnes militaires de la période médinoise.
12 33Ibn Sa'd (Muhammad ibn Sa'd, m. 845), secrétaire d'al-Waqidi, Kitab al-Tabaqat al-Kabir (« Le Grand Livre des générations »), vaste dictionnaire biographique commençant par la vie de Mahomet.
13 36Al-Tabari (Abu Ja'far Muhammad ibn Jarir al-Tabari, 839-923), Tarikh al-rusul wa al-muluk (« Histoire des prophètes et des rois »). Traduction anglaise de référence : The History of al-Tabari, State University of New York Press, 40 vol., 1985-2007 ; les volumes VI à IX couvrent la vie de Mahomet.
14 35W. Montgomery Watt, Muhammad at Mecca, Oxford, Clarendon Press, 1953, et Muhammad at Medina, Oxford, Clarendon Press, 1956. Lecture socio-économique de l'essor de l'islam ; biographie de référence de langue anglaise au XXᵉ siècle.
15 24 30Maxime Rodinson, Mahomet, Paris, Club français du livre, 1961 ; édition remaniée, Éditions du Seuil, 1968 (rééd. coll. « Points Histoire »). Biographie laïque et matérialiste, longtemps référence francophone.
16Hichem Djaït, La Vie de Muhammad, Paris, Fayard : t. I Révélation et prophétie, 2001 ; t. II La Prédication prophétique à La Mecque, 2008 ; t. III Le Parcours du Prophète à Médine et le triomphe de l'islam, 2012. Défense de la valeur du noyau historique contre le scepticisme révisionniste.
17John Wansbrough, Quranic Studies: Sources and Methods of Scriptural Interpretation, Oxford University Press, 1977, et The Sectarian Milieu: Content and Composition of Islamic Salvation History, Oxford University Press, 1978. Thèse d'une canonisation coranique tardive.
18Patricia Crone & Michael Cook, Hagarism: The Making of the Islamic World, Cambridge University Press, 1977. Reconstruction radicale à partir des seules sources non musulmanes ; les auteurs ont ensuite pris leurs distances avec ses hypothèses les plus extrêmes, présentées comme une expérience de méthode.
19Patricia Crone, Meccan Trade and the Rise of Islam, Princeton University Press, 1987. Réfutation de l'image de La Mecque comme grand carrefour du commerce international.
20Fred M. Donner, Muhammad and the Believers: At the Origins of Islam, The Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2010. Thèse du « mouvement des Croyants » (muminun) comme point de départ historique.
21Harald Motzki, The Origins of Islamic Jurisprudence: Meccan Fiqh before the Classical Schools, Brill, Leyde, 2002 ; méthode isnād-cum-matn permettant de dater plus tôt certaines traditions. Voir aussi Chase F. Robinson, Islamic Historiography, Cambridge University Press, 2003.
22Manuscrit coranique de Birmingham (feuillets Mingana, University of Birmingham, annonce de juillet 2015) : parchemin daté au carbone 14 entre 568 et 645 (95,4 % de confiance). Palimpseste de Sanaa (découvert en 1972), parchemin daté au carbone 14 entre 578 et 669. Les datations portent sur le support, non sur l'acte de copie.
23L'« année de l'Éléphant » associe traditionnellement la naissance de Mahomet à une expédition éthiopienne contre La Mecque. Le lien est traditionnel, non historiquement assuré ; certaines sources donnent 571 plutôt que 570.
25Khadija bint Khuwaylid (m. v. 619). La tradition la présente le plus souvent comme l'aînée de Mahomet d'une quinzaine d'années (environ 40 ans au mariage), mais d'autres sources anciennes donnent 28 ans. Voir la synthèse des données dans W. Montgomery Watt, Muhammad at Mecca, op. cit.
27Coran, sourate 96 (al-Alaq), versets 1-5, traditionnellement tenus pour les premiers versets révélés. Traduction française d'usage courant ; le terme alaq (« adhérence », « caillot ») désigne l'embryon dans le sein maternel.
28L'« année de tristesse » (ām al-huzn), vers 619, voit la mort de Khadija et d'Abu Talib. La perte de ce double appui — affectif et tribal — précède l'aggravation de la persécution et prépare l'Hégire.
31L'Hégire (hijra) de 622 fut choisie comme point de départ du calendrier musulman par le calife Umar vers 637-638 ; l'an 1 de l'Hégire débute, selon le comput julien, le vendredi 16 juillet 622. Voir F. A. Shamsi, « The Date of Hijrah », Islamic Studies, 1984.
32Sur l'exécution des Banû Qurayza après le siège du Fossé (627), voir Ibn Ishaq, trad. Guillaume, op. cit., p. 461-469. L'ampleur et l'historicité de l'épisode sont contestées, notamment par W. N. Arafat, « New Light on the Story of Banu Qurayza and the Jews of Medina », Journal of the Royal Asiatic Society, 1976, p. 100-107, qui y voit une amplification tardive.
34Coran, sourate 3 (Al Imran), verset 144 : « Muhammad n'est qu'un messager ; d'autres messagers sont passés avant lui. » Verset invoqué par Abu Bakr à la mort de Mahomet, selon la tradition, pour ramener le calme parmi les fidèles.
37Sur la crise successorale de 632, voir Wilferd Madelung, The Succession to Muhammad: A Study of the Early Caliphate, Cambridge University Press, 1997. Les sunnites reconnaissent Abu Bakr, choisi à Saqifa ; les chiites tiennent Ali pour le successeur désigné, en s'appuyant sur l'épisode de Ghadir Khumm.
38Sur les épouses de Mahomet, la tradition recense le plus souvent onze « Mères des croyants » (Sawda, Aïcha, Hafsa, Umm Salama, Zaynab bint Jahsh, Juwayriya, Umm Habiba, Safiyya, Maymuna, entre autres) ; le statut de Rayhana et de Maria la Copte (épouses ou concubines) est disputé. Voir Ibn Sa'd, Tabaqat, op. cit.
39Coran, sourate 33 (al-Ahzab), verset 37, sur le mariage de Mahomet avec Zaynab bint Jahsh, ancienne épouse de son fils adoptif Zayd. Le verset présente cette union comme une abolition, voulue par Dieu, de l'assimilation entre fils adoptif et fils biologique.
40Les hadiths de Bukhari et Muslim donnent six ans pour le contrat de mariage d'Aïcha et neuf ans pour sa consommation ; ces chiffres sont contestés à l'intérieur même de la tradition et par plusieurs chercheurs contemporains, sur la base de recoupements chronologiques. La question relève de la fragilité générale des sources sur hadith tardif.
41Saint Jean Damascène (m. v. 749), Liber de haeresibus (deuxième partie de la Source de la connaissance), chapitre sur l'islam, dans Patrologia Graeca 94, col. 763-774. Il qualifie l'islam de « religion des Ismaélites qui égare le peuple » et Mahomet de « faux prophète » (pseudoprophētēs). Il évoque l'influence d'« un moine arien » sur Mahomet, sans le nommer (l'identification à Bahira est postérieure).
42La première traduction latine intégrale du Coran, Lex Mahumet pseudoprophete, fut réalisée par Robert de Ketton en 1143 à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny (Collectio Toletana / Corpus islamolatinum). Voir John Tolan, Saracens: Islam in the Medieval European Imagination, Columbia University Press, 2002.
43Dante Alighieri, Enfer, chant XXVIII, place Mahomet et Ali parmi les semeurs de discorde et de schisme, au huitième cercle. Image durable de la condamnation médiévale de Mahomet en Occident.
44Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, § 3, 28 octobre 1965. Le texte estime les musulmans pour leur adoration du Dieu unique et leur référence à Abraham, mais ne nomme jamais Mahomet et ne le reconnaît pas comme prophète ; le seul « prophète » mentionné y est Jésus.
45Catéchisme de l'Église catholique, § 841, sur les relations de l'Église avec les musulmans, citant la constitution Lumen Gentium, § 16, et Nostra Aetate, § 3.
46Catéchisme de l'Église catholique, § 67 : « La foi chrétienne ne peut pas accepter des "révélations" qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l'achèvement. »
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