L'Esprit Saint, les charismes et les dons spirituels

L'Esprit Saint est la troisième Personne de la Trinité, envoyée dans les cœurs pour sanctifier les baptisés et armer l'Église. Les charismes — prophétie, guérison, langues, sagesse, foi, discernement, miracles — ne sont pas réservés aux saints d'autrefois : Dieu les répand encore sur quiconque les demande.

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L'Esprit Saint est la troisième Personne de la Sainte Trinité — consubstantielle au Père et au Fils, c'est-à-dire vrai Dieu comme eux, de la même nature divine —, envoyée dans les cœurs pour conduire les baptisés au Christ, les sanctifier et armer l'Église pour sa mission. Tout ce que Jésus est et fait, il l'est par l'Esprit ; tout ce que l'Église est et fait, elle le doit à l'Esprit qui la maintient en vie depuis la Pentecôte[1]. Le Catéchisme rappelle que personne ne peut même dire « Jésus est Seigneur » sinon dans l'Esprit Saint[2].

Les charismes — du grec charisma, « don gratuit » (charis = la grâce)[3] — sont les dons surnaturels que cet Esprit distribue à « chacun à son gré » (1 Co 12, 11) pour le bien de tous. Ils ne se confondent pas avec les sept dons sanctifiants énumérés par Isaïe (sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte) ni avec les douze fruits de l'Esprit énumérés par saint Paul (charité, joie, paix…). Ils s'y ajoutent comme équipement missionnaire de l'Église[4] : prophétie, parole de sagesse, parole de connaissance, foi qui transporte les montagnes, dons de guérison, miracles, discernement des esprits, langues, interprétation des langues.

L'Église primitive en regorgeait. Les Pères les considéraient comme la respiration normale du baptisé — non comme un luxe mystique réservé aux saints exceptionnels[5]. Au cours du second millénaire, les charismes ont reculé visiblement dans la pratique paroissiale ordinaire, sans jamais disparaître : la tradition rapporte leur persistance chez François d'Assise, Vincent Ferrier, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, Jean-Marie Vianney ou Padre Pio (voir la liste ci-dessous). Au XXᵉ siècle, l'effusion charismatique a pris une ampleur mondiale sans précédent depuis l'âge apostolique : la 3ᵉ édition du World Christian Encyclopedia (2020) compte environ 644 millions de chrétiens « remplis de l'Esprit » — pentecôtistes et charismatiques de toutes confessions (catholiques, orthodoxes, anglicans, protestants)[6] — et le Renouveau catholique estime à plus de 120 millions les catholiques vivant l'expérience du baptême dans l'Esprit (estimation du Renouveau lui-même, reprise par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie en 2019)[7] — relançant la pratique vivante des charismes dans l'Église entière.

Cet article expose la doctrine catholique des charismes telle qu'elle est enseignée par l'Écriture, les Pères, les conciles, le Catéchisme et le récent document Iuvenescit Ecclesia (2016)[8]. Il en présente la liste rigoureuse, le mode d'accueil, les conditions d'exercice et les dérives possibles. Et surtout, il invite chaque baptisé à entrer personnellement dans une relation vivante avec l'Esprit Saint — pour qu'il ne soit plus jamais la « Personne oubliée de la Trinité »[9].

L'Esprit Saint, troisième Personne de la Trinité

Consubstantiel au Père et au Fils

L'Esprit Saint n'est pas une force impersonnelle : il est la troisième Personne de la Trinité, distincte du Père et du Fils et inséparable de leur mission. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le concile de Constantinople I (381) — convoqué pour fixer la divinité de l'Esprit contre les pneumatomaques, « combattants de l'Esprit » — a explicité ce que l'Église avait toujours cru[10]. Le Credo dit, dans la formulation issue de ce concile : « Je crois au Saint-Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père ; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. »[11] C'est la formulation du concile de 381 : l'Église latine y ajoute le Filioque — « il procède du Père et du Fils » — tel que le professe le Missel romain. Le Catéchisme synthétise : « Celui que le Père a envoyé dans nos cœurs, l'Esprit de son Fils, est réellement Dieu. Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans la Vie intime de la Trinité que dans son don d'amour pour le monde. »[12]

« Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle : mission conjointe où le Fils et l'Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c'est le Christ qui paraît, Lui, l'Image visible du Dieu invisible, mais c'est l'Esprit Saint qui Le révèle. » — Catéchisme de l'Église catholique, §689[13]

L'Esprit n'est donc ni une énergie impersonnelle, ni une métaphore du dynamisme divin, ni un attribut diffus de Dieu : c'est une Personne au sens trinitaire — distincte du Père et du Fils, en relation avec eux, à qui on peut parler, qu'on peut aimer, dont on peut attrister par le péché (cf. Ep 4, 30) et auquel on peut résister (cf. Ac 7, 51).

La « Personne oubliée » et son retour

À la fin du XIXᵉ siècle, la piété courante s'organisait massivement autour du Christ-Roi, de la Vierge et du Sacré-Cœur, tandis que la troisième Personne tenait peu de place dans la vie spirituelle ordinaire : c'est le constat que fit sienne une religieuse italienne de Lucques, la sainte Elena Guerra (1835-1914), canonisée par le pape François le 20 octobre 2024, qui reçut intérieurement le sens d'une mission urgente — ramener l'Église à l'Esprit Saint[14].

Elle écrivit treize lettres confidentielles au pape Léon XIII. Fait extraordinaire, le pape l'écouta. Il publia successivement le bref Provida Matris Charitate (5 mai 1895), puis l'encyclique Divinum Illud Munus sur l'Esprit Saint (9 mai 1897), où il demandait à toute l'Église catholique de célébrer chaque année, entre l'Ascension et la Pentecôte, une neuvaine solennelle au Saint-Esprit pour l'unité des chrétiens[15]. Le 1ᵉʳ janvier 1901, au seuil du siècle — selon les biographes d'Elena Guerra et les sources du Renouveau, sans acte pontifical formel retrouvé —, Léon XIII aurait entonné le Veni Creator Spiritus à Saint-Pierre, au nom de toute l'Église, pour consacrer au Saint-Esprit le siècle qui s'ouvrait[16]. Le même jour, à des milliers de kilomètres, à Topeka au Kansas, le pentecôtisme naissait dans une école biblique[17].

Les noms et symboles de l'Esprit

L'Écriture multiplie les images pour dire l'action de l'Esprit, comme si aucune ne pouvait l'épuiser. Saint Paul lui donne en quelques versets cinq noms différents (1 Co 12, 1-7)[18] : pneumatika (12, 1), charismata (12, 4), diakoniai (12, 5), energêmata (12, 6) et phanerôsis (12, 7). Le Catéchisme en énumère huit symboles principaux[19] :

SymboleRéférenceAction de l'Esprit signifiée
L'eauJn 7, 37-39 ; Ez 36, 25-27Naissance et fécondité de la vie nouvelle au baptême
L'onction1 Jn 2, 20.27 ; Ac 10, 38Consécration messianique du Christ et des baptisés
Le feuMt 3, 11 ; Ac 2, 3Énergie transformante, purification, mission
La nuée et la lumièreEx 13, 22 ; Lc 9, 34Présence manifeste de Dieu et révélation
Le sceau2 Co 1, 22 ; Ep 1, 13Marque indélébile du baptême et de la confirmation
La mainMc 6, 5 ; Ac 8, 17Communication de l'Esprit par l'imposition
Le doigtLc 11, 20 ; Ex 8, 19Action puissante de Dieu dans la délivrance
La colombeMt 3, 16 ; Gn 8, 8-12Paix, alliance, nouvelle création

À ces symboles s'ajoutent les noms personnels que Jésus lui donne : Paraclet (Jn 14, 16 ; littéralement « celui qui est appelé auprès de » — défenseur, avocat, consolateur), Esprit de vérité (Jn 14, 17), Esprit de promesse (Ep 1, 13), Esprit d'adoption (Rm 8, 15), Esprit du Christ (Rm 8, 9). Saint Paul l'appelle aussi Don de Dieu (Ac 8, 20) — et c'est ce nom qui éclaire le mieux la nature des charismes : ce qui est donné par le Don suprême.

Qu'est-ce qu'un charisme ?

Le mot grec charisma : une grâcelette

Le terme charisma est très rare en grec ancien : on ne le trouve guère que dans la Septante et chez deux auteurs avant Paul[20]. C'est Paul qui lui donne son sens chrétien plénier pour décrire l'expérience des dons de l'Esprit. Il le construit à partir de charis, « la grâce » — la faveur gratuite de Dieu — et ajoute le suffixe -ma qui désigne le résultat concret d'une action. Un charisma est donc, littéralement, un fragment de grâce qui prend forme dans la vie de quelqu'un : une « grâcelette », une gouttelette de l'océan de la grâce divine[21], rendue visible dans un acte précis (une parole prononcée, une prière qui guérit, un sermon qui convainc).

Mary Healy, docteur en théologie biblique et membre de la Commission pontificale biblique, écrit :

« Un charisme est ce qu'on pourrait appeler une "grâcelette", c'est-à-dire une gouttelette du vaste océan de la grâce de Dieu. C'est une expression de la grâce de Dieu dans la vie d'une personne, lui permettant d'agir d'une façon qui dépasse la puissance humaine. » — Mary Healy et Randy Clark, Les dons spirituels — Foi, guérison, prophétie, discernement…, Éditions des Béatitudes, 2018, p. 22[22]

Cinq noms pour une même réalité (1 Co 12, 1-7)

Dans le grand passage de la première lettre aux Corinthiens, Paul emploie cinq termes pour désigner la même réalité, comme s'il voulait empêcher qu'on la réduise à un seul aspect[23] :

  • pneumatika (1 Co 12, 1 ; les « spirituels ») : ce sont des dons qui dépendent du Saint-Esprit (pneuma) ;
  • charismata (1 Co 12, 4 ; les dons gratuits) : ce sont des dons offerts gratuitement ;
  • diakoniai (1 Co 12, 5 ; les « services ») : ils sont ordonnés au service du prochain et de l'Église ;
  • energêmata (1 Co 12, 6 ; les « opérations », « énergies ») : c'est Dieu lui-même qui agit en celui qui exerce le don ;
  • phanerôsis tou Pneumatos (1 Co 12, 7 ; les « manifestations de l'Esprit ») : ils rendent visible à tous la présence de l'Esprit.

La Lettre aux Hébreux (2, 4) ajoute encore l'expression « partages de l'Esprit Saint » (littéralement merismoi pneumatos hagiou) : l'Esprit distribue ses dons en parts différentes selon la sagesse de Dieu. Paul résume dans la formule décisive : « À chacun est donnée la manifestation de l'Esprit en vue du bien commun » (1 Co 12, 7).

Trois réalités distinctes : dons sanctifiants, fruits, charismes

La tradition catholique, particulièrement depuis saint Thomas d'Aquin, distingue trois réalités que la pneumatologie populaire confond souvent. Toutes viennent de l'Esprit, mais ne jouent pas le même rôle dans la vie chrétienne[24] :

RéalitéTexte biblique fondateurButCaractère
Sept dons sanctifiantsIs 11, 1-3 + CEC §1830-1831Sainteté personnelle du baptiséDispositions habituelles, donnés à tous au baptême-confirmation
Douze fruits de l'EspritGa 5, 22-23 + CEC §1832Témoignage visible de la vie sainteEffets stables, croissent par la charité
Charismes1 Co 12, 8-10 et listes parallèles + CEC §799-801Édification de l'Église, missionManifestations ponctuelles, donnés à des fidèles particuliers selon le bien commun

Les sept dons sanctifiants — sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte du Seigneur — sont énumérés dans la prophétie messianique d'Isaïe et appliqués par toute la tradition aux baptisés, qui reçoivent par grâce ce qui appartient au Christ en plénitude[25]. Ils rendent l'âme docile aux motions de l'Esprit, comme une voile bien tendue qui capte le moindre souffle. Ils ne sont pas spectaculaires ; ils sont la trame intérieure de toute sainteté authentique.

Les douze fruits — charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté, bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté — sont la signature visible de l'Esprit dans une vie[26]. Saint Paul les énumère pour les opposer aux « œuvres de la chair » (Ga 5, 19-21) : ils ne dépendent pas d'un don extraordinaire, mais d'une coopération soutenue à la grâce. « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », dit Jésus (Mt 7, 16) — règle d'or qui s'applique d'abord à soi-même.

Les charismes, eux, sont les « grâces spéciales » ajoutées pour permettre au baptisé de collaborer activement à la mission de l'Église. Le Catéchisme est limpide :

« Quel que soit leur caractère, parfois extraordinaire, comme le don des miracles ou des langues, les charismes sont ordonnés à la grâce sanctifiante, et ont pour but le bien commun de l'Église. Ils sont au service de la charité qui édifie l'Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, §2003[27]

L'erreur classique consiste à croire que ces trois réalités s'excluent. Au contraire, elles se commandent l'une l'autre : les charismes sans les fruits deviennent un théâtre vide ; les fruits sans les charismes appauvrissent la mission ; les sept dons soutiennent les deux. Le cardinal Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale de 1980 à 2024, met en garde contre toute hiérarchisation rigide entre gratiae gratum facientes (grâces qui rendent agréables à Dieu, sanctifiantes) et gratiae gratis datae (grâces données gratuitement, charismes) : « un don spirituel employé de manière juste nous rend agréables à Dieu »[28].

Le panorama biblique des charismes

Jésus, premier des charismatiques

Avant d'être donné aux disciples, l'Esprit Saint est d'abord la plénitude qui repose sur le Messie. La grande prophétie d'Isaïe 61, que Jésus s'applique à lui-même dans la synagogue de Nazareth (Lc 4, 16-21), est une déclaration messianique et charismatique :

« L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » — Isaïe 61, 1-3[29]

C'est au baptême dans le Jourdain que Jésus reçoit visiblement cette onction (Mc 1, 9-11). « À partir de son baptême — pas avant — Jésus accomplit des œuvres puissantes », observe Mary Healy[30]. Saint Pierre résume devant Corneille : « Dieu a oint de l'Esprit Saint et de puissance Jésus de Nazareth, qui est passé partout en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable » (Ac 10, 38).

Dans le ministère public, on voit Jésus exercer concrètement chacun des charismes que Paul énumérera plus tard pour les Corinthiens : parole de connaissance (Jn 4, 17-18 ; Mc 2, 8), prophétie (Lc 22, 34 ; Jn 21, 18-19), foi qui dessèche le figuier (Mt 21, 21-22), dons de guérison (Lc 7, 22), pouvoir d'opérer des miracles (multiplication, marche sur les eaux, résurrections), discernement des esprits (Mc 9, 25 ; Lc 10, 18)[31]. Le seul charisme dont les évangiles ne parlent pas explicitement est le don des langues — sauf à entendre « il exulta de joie sous l'action de l'Esprit Saint » (Lc 10, 21) dans le sens lucanien constant où exulter dans l'Esprit signifie louer en langues[32].

Les listes pauliniennes

Saint Paul ne donne jamais une liste exhaustive des charismes. Il en donne plusieurs, partielles, dont les éléments se recoupent imparfaitement. C'est un signe que le souffle de l'Esprit déborde toute classification :

LettreRéférenceListe
Première aux Corinthiens1 Co 12, 8-10Sagesse, connaissance, foi, guérisons, miracles, prophétie, discernement, langues, interprétation des langues
Première aux Corinthiens1 Co 12, 28-30Apôtres, prophètes, docteurs, miracles, guérisons, assistances, gouvernement, langues
Aux RomainsRm 12, 6-8Prophétie, service, enseignement, exhortation, partage, présidence, miséricorde
Aux ÉphésiensÉp 4, 11-12Apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs
Première de Pierre1 P 4, 10-11« Chacun selon le charisme reçu » — paroles et services

L'enseignement implicite est clair : toute capacité que l'Esprit emploie pour le bien de l'Église est un charisme, qu'elle soit spectaculaire (résurrection, langues angéliques) ou modeste (don d'enseigner, d'organiser, d'accueillir, d'assister les pauvres). Saint Pierre généralise sans réserve : « Comme de bons intendants d'une grâce de Dieu si diverse, mettez chacun au service des autres le don que chacun a reçu » (1 P 4, 10).

Pentecôte, Actes, signes et prodiges

Le livre des Actes des Apôtres est l'autre grand traité néotestamentaire des charismes. Mais avec un accent différent : là où Paul insiste sur l'œuvre intérieure de sanctification, Luc insiste sur la puissance pour la mission[33].

L'événement fondateur est la Pentecôte (Ac 2, 1-13). Cinquante jours après Pâques, l'Esprit promis par le Ressuscité tombe sur les Apôtres et la Vierge Marie réunis au Cénacle, sous forme d'un grand vent et de « langues comme de feu ». Pierre, qui quelques semaines plus tôt n'avait pas osé reconnaître Jésus devant une servante, prêche debout devant des milliers de Juifs venus de toute la diaspora ; ce jour-là « environ trois mille personnes » se font baptiser (Ac 2, 41). Trois charismes apparaissent ensemble : la prédication audacieuse, la xénolalie (chacun entend les Apôtres dans son propre dialecte) et la conversion massive comme fruit visible.

Pierre interprète l'événement par la prophétie de Joël : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, vos vieillards des songes » (Ac 2, 17 ; Jl 3, 1-2). La Pentecôte n'est donc pas un événement isolé : c'est le commencement d'une époque, « les derniers jours », où l'Esprit est répandu de façon démocratique sur tout le peuple de Dieu — « vos fils, vos filles, vos jeunes, vos vieillards, vos serviteurs, vos servantes ». Le Saint-Esprit ne fait plus acception de classe, ni de sexe, ni d'âge, ni de condition.

Dans la suite des Actes, les charismes apparaissent à chaque page : guérison du paralytique à la Belle Porte (Ac 3), tremblement et nouvelle effusion après la prière des Apôtres (Ac 4, 31), guérisons par l'ombre de Pierre (Ac 5, 15), signes et prodiges d'Étienne (Ac 6, 8), parole de connaissance d'Ananie sur Saul (Ac 9, 10-19), vision et parole de sagesse de Pierre chez Corneille (Ac 10), miracles « peu ordinaires » de Paul à Éphèse — où l'on prend des linges qui avaient touché sa peau pour les appliquer sur les malades (Ac 19, 11-12). En lisant les Actes sans préjugé, on est frappé que rien n'y soit présenté comme exceptionnel : c'est la vie ordinaire d'une Église qui sait à qui elle appartient.

La sobre ivresse de l'Esprit

Quand l'Esprit descend, ceux qui le reçoivent ne sont pas seulement renouvelés ; ils sont transportés, parfois jusqu'à passer pour ivres. À la Pentecôte, les Apôtres louent Dieu dans une telle exultation que les badauds raillent : « Ils sont pleins de vin nouveau » (Ac 2, 13). Pierre réplique qu'il n'est que la troisième heure du jour. Mais derrière la moquerie, le soupçon contenait une vérité : le « vin nouveau » messianique annoncé par les prophètes (Am 9, 13) était bien en train d'être versé.

Les Pères de l'Église ont aimé cette image. Saint Ambroise de Milan la résume en une hymne : « Buvons avec joie la sobre ivresse de l'Esprit ! »[34]. Saint Cyrille de Jérusalem l'explique à ses catéchumènes :

« S'ils sont ivres, ce n'est pas dans le sens où vous le prenez. Ils sont ivres d'une sobre ivresse qui tue le péché et vivifie le cœur, d'une ivresse opposée à celle du corps. L'ivresse fait oublier à la personne ceux qu'elle connaît ; dans ce type d'ivresse, elle comprend des choses qu'elle ne connaissait pas formellement. Ils sont ivres d'avoir bu le vin de la vigne mystique. » — Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses XVII, 19 (vers 350)[35]

Saint Thomas d'Aquin, intellectuel suprême du XIIIᵉ siècle, parle dans le même registre :

« Ceux qui sont ivres ne sont pas au-dedans, mais en dehors d'eux-mêmes. Aussi ceux qui sont remplis des dons spirituels ont-ils toute leur attention tournée vers Dieu. C'est l'amour de l'Esprit Saint qui entraîne une force dans l'âme comme un torrent. Et c'est un torrent de délice parce qu'il entraîne plaisir et douceur dans l'âme. » — Saint Thomas d'Aquin, commentaire sur le Psaume 35, 9[36]

Cette « sobre ivresse » n'est pas une émotion à fabriquer ni une excitation à provoquer : c'est l'effet naturel d'une rencontre avec le Dieu vivant. Quand elle survient, mieux vaut la laisser être ce qu'elle est.

Les neuf charismes selon 1 Corinthiens 12

Les neuf charismes de 1 Corinthiens 12 sont souvent regroupés en trois familles pédagogiques : révélation, puissance et parole. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Paul présente, dans le grand passage doctrinal de la première lettre aux Corinthiens, une liste de neuf manifestations de l'Esprit que la tradition exégétique a regroupées en trois familles[37] :

  • Dons de révélation : parole de sagesse, parole de connaissance, discernement des esprits ;
  • Dons de puissance : foi, dons de guérison, pouvoir d'opérer des miracles ;
  • Dons de parole : prophétie, langues, interprétation des langues.

Cette classification est commode mais imparfaite. Plusieurs dons jouent sur deux registres : la prophétie est à la fois don de révélation et don de parole, le don de foi inclut une part de révélation, les guérisons reposent souvent sur des paroles de connaissance préalables. « Les dons agissent fréquemment en lien les uns avec les autres », observe Mary Healy[38]. Mieux vaut donc les présenter un par un, sans trop de cloisons.

La parole de sagesse

La parole de sagesse (1 Co 12, 8) n'est pas la sagesse philosophique, ni la prudence pastorale acquise par expérience, mais une inspiration ponctuelle de l'Esprit qui donne, sur l'instant, la réponse juste à une situation complexe — la décision sage qu'aucune analyse humaine n'aurait pu produire. C'est ce que reçoit Pierre quand il comprend que la vision de la toile descendant du ciel signifie que les païens peuvent recevoir le baptême sans circoncision préalable (Ac 10, 9-29) — décision qui change le cours de l'Église. C'est aussi ce que reçoit le concile de Jérusalem quand il statue « il a paru bon à l'Esprit Saint et à nous-mêmes » (Ac 15, 28).

Dans la pratique, ce don se manifeste fréquemment auprès des pasteurs, parents, conseillers spirituels confrontés à un cas où la solution humaine est introuvable. Il ne dispense ni de la réflexion ni du recours à la doctrine ; il les couronne. Sa dérive classique consiste à se croire détenteur d'une sagesse permanente et à en user comme d'une autorité spirituelle prophétique sur autrui — alors qu'il s'agit d'une inspiration ponctuelle qu'il faut redemander à chaque fois.

La parole de connaissance

La parole de connaissance (1 Co 12, 8) est une information surnaturelle sur une réalité présente — un fait, une personne, une situation — que celui qui parle n'aurait pas pu connaître par moyens humains. Pierre la reçoit pour confondre Ananie et Saphira (Ac 5, 1-11) ; Ananie de Damas la reçoit pour aller imposer les mains à Saul (Ac 9, 10-12) ; Paul la reçoit pour guérir l'homme paralysé à Lystre « qui avait la foi pour être sauvé » (Ac 14, 9-10).

Aujourd'hui, ce don joue un rôle considérable dans l'évangélisation et la prière de guérison. Une parole de connaissance bien donnée — « je crois que le Seigneur veut guérir maintenant une douleur au genou gauche » — produit instantanément la foi qui permet la guérison, à la fois chez celui qui parle et chez celui qui reçoit. C'est aussi un signe qui ouvre le cœur à l'Évangile : le père Mathias Thelen rapporte avoir conduit à la foi une jeune femme à qui il avait simplement décrit, par parole de connaissance, qu'elle se regardait dans un miroir avec de nouvelles boucles d'oreilles[39].

Dérive : la confondre avec l'intuition psychologique, ou inventer pour combler le silence. Règle de prudence : si l'on n'est pas sûr, on présente l'information sous forme interrogative — « est-ce que cela vous parle ? » — et on laisse l'autre confirmer ou infirmer. Une parole de connaissance fausse n'est pas un péché ; persister à l'imposer après réfutation l'est.

Le discernement des esprits

Le discernement des esprits (1 Co 12, 10) est la capacité surnaturelle de distinguer l'origine d'un mouvement, d'une parole, d'un phénomène : vient-il de Dieu, de l'homme, ou du démon ? C'est l'un des charismes les plus nécessaires à l'Église dans les temps de confusion. À Philippes, Paul exerce ce don quand il discerne qu'une jeune esclave « qui criait : ces hommes sont des serviteurs du Dieu Très-Haut » — pourtant doctrinalement exacte — était poussée par un esprit divinatoire ; il finit par lui ordonner de se taire au nom de Jésus, et le démon sort (Ac 16, 16-18).

Saint Jean en donne le test fondamental : « Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ; tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu » (1 Jn 4, 2-3). Saint Paul l'applique à la liturgie : « Personne ne peut dire : Jésus est anathème ; et personne ne peut dire : Jésus est Seigneur, sinon dans l'Esprit Saint » (1 Co 12, 3).

Dans la tradition mystique catholique — saint Ignace de Loyola dans les Règles de discernement des esprits, saint Jean de la Croix dans la Montée du Carmel, sainte Thérèse d'Avila dans le Château intérieur — le discernement n'est jamais opposé aux charismes, mais en est la condition de sécurité. Saint Jean de la Croix, parfois cité contre les charismes, n'a en réalité jamais voulu les supprimer ; il a voulu garantir qu'ils s'exercent en sécurité, sans alimenter l'orgueil. Le théologien Ralph Martin observe :

« Jean est motivé, non par le désir d'étouffer les dons charismatiques de l'Esprit, mais de veiller à ce qu'ils soient exercés de manière authentique. Jean de la Croix condamne-t-il l'exercice des dons charismatiques ? Non, pas du tout. Au contraire, il donne des conseils très avisés sur la manière dont on doit les exercer pour qu'ils puissent produire effectivement le but pour lequel le Seigneur les a donnés. » — Ralph Martin, Charismatique et contemplatif : que dirait Jean de la Croix ?[40]

Le don de foi

Le don de foi (1 Co 12, 9) — que Paul appelle ailleurs « la foi à transporter les montagnes » (1 Co 13, 2) — n'est pas la foi théologale que reçoit tout baptisé pour adhérer à Dieu et à la révélation. C'est une conviction surnaturelle et momentanée, donnée par l'Esprit dans une situation précise, que Dieu va agir de telle manière déterminée — guérir cet homme, libérer cette âme, ouvrir cette porte. Elle est habituellement reliée à une parole de connaissance ou à une vision intérieure qui la nourrit. Jésus en parle :

« Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : quiconque dira à cette montagne : Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer, s'il ne doute pas dans son cœur, mais s'il croit que ce qu'il dit arrivera, cela lui sera accordé. » — Marc 11, 22-23 (formulation grecque littérale : « ayez la foi de Dieu »)[41]

Pierre l'exerce à la Belle Porte du Temple quand il commande au paralytique : « Au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche » (Ac 3, 6), sans hésitation. Il aurait pu passer près de cet homme cent fois sans rien dire : ce jour-là, le don de foi est tombé. Saint Jacques l'évoque sous une autre forme : « la prière de la foi sauvera le malade » (Jc 5, 15). Sa dérive consiste à le confondre avec une autosuggestion ou avec la pseudo-théologie du « name it, claim it » — confessez la guérison à voix haute et elle sera vôtre — qui tend à manipuler Dieu plutôt qu'à se laisser conduire par lui[42].

Les dons de guérison

Paul parle au pluriel : « les dons de guérison » (1 Co 12, 9 — charismata iamatôn)[43]. Le pluriel n'est pas un hasard : il y a différentes sortes de guérisons (physiques, intérieures, psychologiques, libérations) et plusieurs régimes de leur exercice (don habituel chez un évangéliste, grâce ponctuelle chez un fidèle ordinaire, fruit communautaire d'une prière d'assemblée). Aucun thaumaturge n'a un « pouvoir » qu'il sortirait de sa poche à volonté ; le guérisseur catholique est un instrument que l'Esprit joue selon son heure.

Ce don est central dans la prédication évangélique selon les évangiles synoptiques. Quand Jésus envoie les Douze, puis les soixante-douze, il ordonne en même temps de « proclamer le Royaume » et de « guérir les malades » (Lc 9, 1-2 ; 10, 9). La grande commission de Marc en fait le signe normal qui accompagne la prédication : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : ils chasseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci s'en trouveront bien » (Mc 16, 17-18).

Vatican II, dans le décret Ad Gentes sur l'activité missionnaire, rappelle que l'Église envoie ses missionnaires « avec la force du Saint-Esprit » et que les charismes — y compris les guérisons — appartiennent à la mission ordinaire, non à un programme parallèle[44]. Lourdes en témoigne depuis 1858 : 72 miracles officiellement reconnus par l'Église — le 71ᵉ, celui du soldat britannique John Traynor, guéri en 1923 et reconnu le 8 décembre 2024 par l'archevêque de Liverpool, puis le 72ᵉ, celui de l'Italienne Antonietta Raco, guérie en 2009 et reconnue le 16 avril 2025 —, plus de 7 000 dossiers instruits par le Bureau des Constatations Médicales[45]. Mais à côté de ces cas instruits canoniquement, de nombreuses guérisons sont rapportées chaque année dans des groupes de prière catholiques ordinaires partout dans le monde, sans qu'on en fasse de procès canonique — simplement parce que le don continue d'agir.

Dérive : conclure qu'une absence de guérison est un manque de foi du malade — accusation cruelle, théologiquement fausse, contredite par saint Paul lui-même qui demanda en vain trois fois d'être délivré de son « écharde » (2 Co 12, 7-9). Dérive symétrique : refuser de prier pour la guérison sous prétexte « d'offrir sa souffrance », comme si l'offrande spirituelle interdisait de demander. « Que penseriez-vous d'un médecin qui dirait : je ne vais pas vous soigner, acceptez votre maladie, offrez-la ? », ironise Mary Healy[46].

Le pouvoir d'opérer des miracles

Le pouvoir d'opérer des miracles (1 Co 12, 10 — energêmata dynameôn, littéralement « opérations de puissances ») recouvre toute action surnaturelle qui dépasse la simple guérison physique : multiplication de nourriture, calmer des tempêtes, libérer des prisonniers, résurrections, dématérialisations, signes cosmiques. Les Actes des Apôtres en multiplient les exemples : Pierre tiré de prison par un ange (Ac 12), Paul mordu par un serpent vénéneux et indemne (Ac 28, 3-6), résurrection de Tabitha par Pierre (Ac 9, 36-42) et d'Eutyque par Paul (Ac 20, 7-12).

Saint Augustin, qui pensait jeune évêque que ces grandes œuvres avaient cessé avec les Apôtres, fut contraint de changer d'avis quand il vit, dans sa propre cathédrale d'Hippone, soixante-dix miracles vérifiés en moins de deux ans après l'arrivée des reliques de saint Étienne ; il les fit consigner par écrit dans la Cité de Dieu, et reconnut son ancienne erreur[47]. C'est aussi le cas, à grande échelle, dans des ministères contemporains comme celui d'Heidi Baker au Mozambique — avec son mari Rolland, elle a fondé l'œuvre Iris Global et s'est installée en 1995 auprès des enfants abandonnés du Mozambique —, ou plus discrètement dans les communautés de prière catholique de l'Emmanuel ou de Communion Béatitudes où la « file de prière » produit régulièrement des guérisons rapportées[48].

La prophétie

La prophétie (1 Co 12, 10 ; 14, 1) est le charisme le plus souhaité par Paul : « Recherchez la charité, aspirez aux dons spirituels, surtout à celui de prophétie » (1 Co 14, 1). Elle n'est pas, comme l'imagine la culture moderne, la simple prédiction de l'avenir : elle est essentiellement une parole de Dieu pour aujourd'hui, destinée à « édifier, exhorter, consoler » (1 Co 14, 3). Elle peut comporter une dimension prédictive (Agabus annonce la famine sous Claude, Ac 11, 28 ; et l'arrestation de Paul à Jérusalem, Ac 21, 10-11), mais c'est plus rare que sa fonction première — qui est de transmettre la pensée de Dieu sur une situation présente.

Tout chrétien peut, occasionnellement, recevoir et transmettre une parole prophétique : « Tous, vous pouvez prophétiser, l'un après l'autre, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés » (1 Co 14, 31). Mais Paul distingue le don occasionnel du ministère prophétique : certains sont « prophètes » au sens stable (Ep 4, 11) — ils ont une autorité reconnue dans la communauté pour donner régulièrement des paroles inspirées, comme les prophètes d'Antioche qui prient pour la mission de Paul et Barnabé (Ac 13, 1-3).

Au cours de la grande convention œcuménique de Kansas City (juillet 1977), Ralph Martin transmit une prophétie privée — parole rapportée comme reçue dans la prière, sans autorité magistérielle — qui marqua durablement le mouvement charismatique :

« Pleurez et portez le deuil car le corps de mon Fils est brisé. Approchez-vous de moi revêtus du sac et de la cendre, approchez-vous avec des larmes et des lamentations, car le corps de mon Fils est brisé. Je voulais faire de vous un homme nouveau, mais le corps de mon Fils est brisé. Je voulais faire de vous une lumière au sommet d'une montagne, une ville glorieuse et resplendissante que tout le monde verrait, mais le corps de mon Fils est brisé. » — Prophétie privée rapportée à Kansas City, 22 juillet 1977 (paroles attribuées par Ralph Martin à une inspiration reçue en prière)[49]

Cinquante mille fidèles, catholiques et protestants, en pleurèrent ; près de cinquante ans plus tard, elle continue d'alimenter la prière œcuménique mondiale. Elle n'a toutefois aucune autorité doctrinale : à la différence de Lumen Gentium ou du Catéchisme, une révélation privée non reconnue par l'Église ne s'impose à aucun fidèle et ne peut être citée que comme témoignage.

Dérives : la prophétie auto-promotionnelle (annoncer son propre ministère grandiose), la prophétie de jugement (assener des sentences personnelles au nom de Dieu), la prophétie politique (instrumentaliser le don pour pousser un agenda partisan), la fausse précision dans les dates ou les chiffres (qui appelle un démenti rapide quand l'événement n'a pas lieu). La règle absolue est que toute prophétie doit être discernée — « que deux ou trois prophètes parlent, et que les autres jugent » (1 Co 14, 29).

Les langues

Le don des langues (1 Co 12, 10 — genê glossôn) est sans doute le plus discuté et le plus mal compris de tous les charismes. Il revêt en réalité plusieurs formes distinctes :

  1. La xénolalie — parler une langue humaine que l'on n'a jamais apprise. C'est ce qui se passe à la Pentecôte (Ac 2, 4-11) où les Apôtres sont entendus en parthe, mède, élamite, etc.

  2. Le don de prière en langues — celui dont parle Paul en 1 Co 14. Le fidèle prie ou loue Dieu dans une langue inintelligible pour lui-même, dans laquelle l'Esprit s'exprime au-delà de la raison : « Celui qui parle en langues parle, non aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c'est en esprit qu'il dit des mystères » (1 Co 14, 2). C'est, dit Paul, « l'édification de soi-même » (1 Co 14, 4) — une forme de prière contemplative au-delà des mots.

  3. Le don des langues en message public — utilisé en assemblée, qui doit alors être accompagné d'une interprétation (1 Co 14, 27-28).

  4. La jubilation patristique — louange spontanée en sons mélodiques inarticulés. Saint Augustin :

« Jubiler, ce n'est point parler, c'est exhaler sans paroles un cri de joie : c'est la voix d'une âme dont la joie est à son comble, qui exhale autant que possible ce qu'elle ressent, mais ne comprenant point ce qu'elle dit dans les transports de son allégresse, l'homme, après des paroles indicibles et inintelligibles, exhale sa joie en cris inarticulés. » — Saint Augustin, Commentaire sur le Psaume 99, 4[50]

Saint Bernard de Clairvaux, saint Thomas d'Aquin, sainte Thérèse d'Avila et le saint Curé d'Ars Jean-Marie Vianney ont chacun témoigné d'une expérience analogue[51]. Ce don, longtemps considéré comme disparu après les Apôtres, n'avait en réalité jamais quitté l'Église — il s'était simplement déplacé du registre missionnaire au registre mystique.

L'interprétation des langues

Le don d'interprétation des langues (1 Co 12, 10) joue toujours en duo avec un message en langues. Ce n'est pas une traduction mot à mot — c'est une transmission du sens spirituel dans la langue de l'assemblée. Paul est strict : « Si quelqu'un parle en langue, qu'il y en ait deux ou trois tout au plus à parler, chacun à son tour, et qu'il y ait quelqu'un pour interpréter. S'il n'y a pas d'interprète, qu'on garde le silence dans l'assemblée » (1 Co 14, 27-28). La règle protège l'assemblée de l'incompréhension et oblige le porteur du don à demander en plus celui d'interprétation.

L'âge d'or patristique des charismes

Les sources patristiques décrivent les charismes comme une grâce attendue de l'initiation chrétienne, liée au baptême, à la confirmation et à l'imposition des mains. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Pendant les premiers siècles, alors que l'Église grandit sous la persécution, les charismes sont vécus comme la respiration normale du baptisé. Les sources patristiques, dont la convergence est impressionnante, attestent que la prophétie, les guérisons, les délivrances, les langues, les visions étaient l'expérience commune des chrétiens — pas des élites mystiques. La rigoureuse étude historique de Kilian McDonnell et George Montague, Christian Initiation and Baptism in the Holy Spirit: Evidence from the First Eight Centuries (Liturgical Press, 1994), a réuni plus de trois cents témoignages patristiques convergents : pendant les huit premiers siècles, on s'attendait à ce que tout baptisé manifeste, dès sa sortie des fonts, des charismes visibles[52].

Novatien, Irénée et l'évidence du don

« C'est l'Esprit Saint qui a affermi l'âme et l'esprit des disciples, qui ont en eux les dons que ce même Esprit distribue et destine à l'Église comme des joyaux. En effet, c'est lui qui, dans l'Église, établit des prophètes, instruit les docteurs, guide la parole, fait des prodiges et des guérisons, accomplit des merveilles, accorde le discernement des esprits, assigne les charges de gouvernement, inspire les décisions, met en place et régit tous les autres charismes. » — Novatien (vers 250), De Trinitate XXIX, 9-10[53]

Cette citation, retenue par saint Jean-Paul II dans l'encyclique Veritatis Splendor (1993, §108)[54], résume parfaitement l'esprit patristique : les charismes ne sont pas des phénomènes mystiques rares, mais la trame ordinaire par laquelle l'Esprit construit l'Église.

Saint Irénée de Lyon (vers 130-202), évêque martyr et disciple à la troisième génération de l'apôtre Jean, atteste qu'en son temps les charismes étaient « innombrables » :

« En son nom, ses authentiques disciples, après avoir reçu de lui la grâce, œuvrent pour le profit des autres hommes, selon le don que chacun a reçu de lui. Les uns chassent les démons en toute certitude et vérité, si bien que, souvent, ceux-là mêmes qui ont été ainsi purifiés des esprits mauvais embrassent la foi et entrent dans l'Église ; d'autres ont une connaissance anticipée de l'avenir, des visions, des paroles prophétiques ; d'autres encore imposent les mains aux malades et leur rendent ainsi la santé ; et même, comme nous l'avons dit, des morts ont été ressuscités et sont demeurés avec nous un bon nombre d'années. » — Saint Irénée de Lyon, Adversus Haereses II, 32, 4 (vers 180)[55]

« Des morts ressuscités » est mentionné comme un fait ordinaire, presque accessoire, dans un argumentaire dirigé contre les gnostiques.

Justin Martyr et Origène : preuve apologétique

Saint Justin Martyr (vers 100-165), premier grand apologète philosophe de l'Église, écrit au Sénat romain — donc à des païens hostiles — que les chrétiens chassent les démons publiquement :

« Il y a dans tout le monde et dans votre ville nombre de démoniaques que ni adjurations, ni enchantements, ni philtres n'ont pu guérir. Nos chrétiens, les adjurant au nom de Jésus-Christ crucifié sous Ponce-Pilate, en ont guéri et en guérissent encore aujourd'hui beaucoup, en maîtrisant et chassant des hommes les démons qui les possèdent. » — Saint Justin Martyr, Deuxième Apologie VI, 5-6 (vers 156)[56]

Origène (vers 185-253) confirme un siècle plus tard et précise un détail qu'on aurait pu croire incompatible avec la nature humaine : « les chrétiens qui exerçaient ce ministère étaient des plus simples, ce qui montre clairement que le mérite en revenait au Christ et à lui seul »[57]. Ce ne sont pas les évêques savants qui faisaient le plus de délivrances : c'étaient les fidèles ordinaires. Le diable, observait-il finement, « supporte plus mal d'être chassé par un simple chrétien que par un grand exorciste » — humilié au cœur de son orgueil.

Tertullien, Cyprien, Cyrille : attiser l'attente

À l'époque où le catéchuménat durait deux à trois ans, les évêques travaillaient à attiser explicitement l'attente des dons charismatiques au seuil du baptême. Tertullien (vers 160-225) :

« Heureux néophytes que la grâce de Dieu a appelés et entendus avec tant de bonté, dès que vous commencez à sortir de ce bain sacré où vous recevez une nouvelle régénération, et à être unis avec vos frères dans le sein de l'Église votre mère, demandez au Père céleste, demandez au Seigneur des biens sacrés, des grâces surnaturelles, des dons du Saint-Esprit. "Demandez, dit Jésus-Christ, et vous recevrez." » — Tertullien, De Baptismo XX (vers 200)[58]

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258), évêque martyr, raconte son propre baptême comme une effusion immédiate des charismes :

« Quand les eaux de la régénération eurent nettoyé les impuretés de ma vie passée, la lumière jaillit d'en haut dans mon cœur et l'Esprit me transforma en homme nouveau par une seconde naissance. Je découvris que je pouvais faire des choses qui jusque-là m'avaient été impossibles… Par cette grâce, nous recevons le pouvoir en toute pureté de guérir les malades, que ce soit de corps ou d'esprit, de réconcilier des ennemis, de dissiper la violence, de calmer les passions, de sanctionner les démons et de les forcer à dévoiler leur identité. » — Saint Cyprien, Traité à Donatus sur la grâce de Dieu, IV-V (vers 246)[59]

Saint Cyrille de Jérusalem (vers 313-386) parle ainsi à ses catéchumènes de l'effusion qui les attend la nuit pascale :

« Que chacun se prépare à recevoir le don céleste de prophétie. Si vous croyez, non seulement vous recevrez le pardon de vos péchés, mais aussi vous accomplirez des choses bien plus grandes que toute puissance humaine. Mes dernières paroles, mes bien-aimés, sont des paroles d'exhortation, vous pressant de préparer vos âmes à recevoir les charismes célestes. » — Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses XVII, 37 (vers 350)[60]

Saint Hilaire de Poitiers (vers 315-367) explique aux baptisés comment les dons s'éveillent ensuite progressivement :

« Nous qui avons reçu par le sacrement de baptême la nouvelle naissance, nous éprouvons une grande joie lorsque nous ressentons en nous les premières avances de l'Esprit Saint, lorsque s'éveillent en nous l'intelligence des mystères, la connaissance des prophéties, la parole de sagesse, les charismes de guérison et la domination sur les démons. Tout cela nous pénètre comme des ondées et, peu à peu, ce que nous avons semé se développe en une moisson abondante. » — Saint Hilaire de Poitiers, Traité sur les Psaumes, Ps 64, 14-15[61]

Saint Augustin convaincu par les faits

Le cas de saint Augustin d'Hippone (354-430) est particulièrement instructif. Jeune évêque, il enseignait que les miracles avaient cessé avec les Apôtres — position qui annonce le cessationnisme protestant de mille deux cents ans plus tard. Mais Augustin était trop honnête pour s'enfermer dans une théorie face aux faits. Quand les reliques de saint Étienne arrivèrent à Hippone en 416, soixante-dix miracles se produisirent dans sa cathédrale en moins de deux ans :

« C'est par mes ordres que ces relations ont été dressées, quand j'ai vu se produire, de notre temps, plusieurs miracles semblables à ceux d'autrefois et dont il fallait ne pas laisser perdre la mémoire. Or, il n'y a pas encore deux ans que les reliques de ce martyr sont à Hippone ; et bien qu'on n'ait pas donné de relation de tous les miracles qui s'y sont faits, il s'en trouve déjà près de soixante-dix au moment où j'écris ceci. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu XXII, 8 (vers 425)[62]

Augustin consacra le chapitre VIII du livre XXII de la Cité de Dieu à raconter en détail, comme un journaliste scrupuleux, plus de vingt miracles qu'il avait personnellement vérifiés : guérisons, résurrection d'enfants morts-nés baptisés in extremis, fistule chirurgicale subitement cicatrisée — chacun nommé, daté, localisé. Il conclut en se rétractant explicitement de son ancienne opinion[63]. C'est le grand modèle catholique d'humilité intellectuelle face aux signes : on ne plie pas les faits à la théorie ; on plie la théorie aux faits.

Une Église qui croît de 40 % par décennie

Le sociologue américain Rodney Stark a estimé que l'Église primitive a connu, des années 40 aux années 350, une croissance constante d'environ 40 % par décennie[64]. Cette croissance ne s'explique pas seulement par la qualité morale des chrétiens (qui était réelle) ou par leur charité (qui était spectaculaire) : elle s'explique aussi par les manifestations visibles de la puissance de Dieu — guérisons, délivrances, résurrections, prophéties — qui rendaient l'Évangile crédible dans une culture polythéiste où les dieux ne guérissaient personne. La conversion massive de l'Empire romain n'a pas été le fruit d'une apologétique abstraite : elle a été le fruit d'un peuple charismatique en marche.

Le déclin des dons et la « Personne oubliée »

Si les charismes étaient si répandus dans l'Église primitive, pourquoi ont-ils décliné ? La question est difficile, et les explications honnêtes des historiens convergent vers un faisceau de quatre causes. Aucune ne suppose que l'Esprit ait retiré ses dons : toutes décrivent comment l'Église, au fil des siècles, a fermé certaines portes que l'Esprit avait laissées ouvertes.

La légalisation du christianisme et la baisse de la préparation baptismale

Avec l'édit de Milan (313) puis l'édit de Thessalonique (380) qui fit du christianisme religion d'État, la conversion cessa d'être un choix coûteux et devint, dans une large mesure, un avantage social. Le catéchuménat, qui durait deux à trois ans et préparait spécifiquement à attendre les charismes, s'abrégea considérablement. Le baptême se généralisa pour les nouveau-nés, ce qui était une grâce immense mais privait l'expérience baptismale du contexte de conversion adulte fervente où les charismes éclataient. Les fidèles ne s'attendaient plus à recevoir des dons spectaculaires à leur baptême ; ils ne les demandaient plus ; ils ne les recevaient plus[65].

La réaction au montanisme

Au IIᵉ siècle, le montanisme — du nom de Montan, prophète d'Asie Mineure — exploita l'enthousiasme charismatique pour fonder une secte rigoriste : prophéties extatiques bouleversant la hiérarchie épiscopale, jeûnes excessifs, refus du remariage, attente imminente d'une nouvelle Jérusalem descendant sur Pepuze[66]. Le mouvement fut condamné par les évêques d'Asie, puis dans tout l'Empire. Mais la condamnation produisit un effet de retour : la prudence ecclésiale s'étendit progressivement à toute manifestation prophétique, y compris légitime. Saint Irénée lui-même mettait déjà en garde contre cette sur-réaction :

« Ils refusent même la prophétie en bloc, et tombent ainsi dans une autre erreur : ils repoussent l'Esprit Saint. » — Saint Irénée, Adversus Haereses III, 11, 9[67]

L'avertissement valait pour son temps, et il s'est révélé hélas prophétique pour les siècles suivants.

Le dualisme corps-âme et la méfiance du corps

Sous l'influence de courants philosophiques tardifs (néoplatonisme, manichéisme, encratisme), une partie de la spiritualité chrétienne médiévale en vint à dévaloriser le corps, jusqu'à voir dans la souffrance physique une opportunité spirituelle qu'il serait moins méritoire de guérir. Les guérisons miraculeuses persistèrent, mais elles se déplacèrent des paroisses vers les lieux de pèlerinage (Saint-Martin de Tours, Compostelle plus tard, Lourdes encore plus tard) ou vers la vie de quelques saints thaumaturges (saint Vincent Ferrier, saint Antoine de Padoue, saint Jean-Baptiste-Marie Vianney). On ne s'attendait plus à ce qu'un baptisé ordinaire impose les mains au malade de sa rue.

Le confinement des charismes aux saints exceptionnels

La quatrième cause est la professionnalisation mystique : peu à peu, les charismes ont été classés dans la rubrique « théologie mystique » (au sens d'une vie spirituelle d'exception) plutôt que dans « ecclésiologie » (vie ordinaire de l'Église). Les guérisons devenaient quelque chose qu'on attendait d'un Padre Pio, pas d'un curé de paroisse ; les prophéties, quelque chose qu'on cherchait chez une Catherine Emmerich, pas chez un laïc engagé. Vatican II a explicitement rompu avec cette mentalité, comme nous le verrons. Le cardinal Cantalamessa :

« Pendant longtemps, les charismes ont été négligés, à la fois par la théologie et dans la pratique. Quand les théologiens en faisaient état, ils les considéraient comme des dotations privées, offertes par Dieu pour un bénéfice personnel, mais n'ayant aucune importance ou valeur pour l'Église. » — Raniero Cantalamessa, La sobre ivresse de l'Esprit, Desclée de Brouwer, 1995, p. 76[68]

La persistance silencieuse des dons

Malgré ce déclin dans la pratique populaire, les charismes n'ont jamais entièrement quitté l'Église catholique : la tradition hagiographique en rapporte de nombreux cas chez les saints — liste indicative, chaque cas relevant de ses propres sources et procès :

Et chez les protestants, à partir du XVIIᵉ siècle, des ministères de guérison émergent également : George Fox et les Quakers (1624-1691), les Frères Moraves au XVIIIᵉ, Johann Blumhardt en Allemagne, Andrew Murray en Afrique du Sud, Charles Spurgeon en Angleterre, A.B. Simpson, Carrie Judd Montgomery aux États-Unis[69]. La frontière entre « charismes » et « miracles des saints » a été plus poreuse que ne le suggère la théologie scolastique.

Le cessationnisme : objection historique majeure et réponse

L'argument cessationniste protestant

La thèse cessationniste apparaît surtout dans le contexte de la Réforme, alors que la tradition catholique garde le principe de continuité des charismes. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le cessationnisme est la thèse selon laquelle les charismes « extraordinaires » (guérison, miracles, prophétie, langues, interprétation) auraient cessé avec la fin de l'âge apostolique, soit à la mort du dernier des Douze, soit à la clôture du canon biblique[70]. Cette position fut formulée dans la tradition réformée, sur la base des textes suivants :

  • Jean Calvin (1509-1564), dans l'Institution de la religion chrétienne, IV, 19, 18 : les puissances miraculeuses distribuées par l'imposition des mains « have ceased » — elles n'étaient que pour un temps, afin d'illustrer la prédication nouvelle de l'Évangile ; et « the gift of healing, like the rest of the miracles, which the Lord willed to be brought forth for a time, has vanished away »[71].
  • Benjamin B. Warfield (1851-1921), théologien réformé de Princeton, donna à la thèse sa formulation classique dans Counterfeit Miracles (1918) : les miracles du Nouveau Testament étaient les signes attestant la révélation apostolique, et ils cessèrent avec la clôture de l'âge apostolique[72].

Ces positions s'appuient sur une lecture de 1 Co 13, 8-10 (le « ce qui est parfait » compris comme le canon achevé) et sur l'idée que les signes avaient pour fonction d'authentifier la révélation apostolique — lecture examinée point par point ci-dessous.

Pourquoi le cessationnisme est insoutenable

L'argument cessationniste se heurte à quatre objections décisives.

1. Argument scripturaire. Saint Paul écrit : « Les langues s'arrêteront, la science aussi disparaîtra. Quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra » (1 Co 13, 8-10). Les cessationnistes interprètent « ce qui est parfait » comme désignant le canon biblique achevé. Mais cette interprétation est rejetée par la plupart des exégètes — y compris protestants, comme Gordon D. Fee[73] ou Anthony C. Thiselton[74] : « ce qui est parfait » désigne la Parousie — le retour du Christ et la vision face à face (1 Co 13, 12). L'Église primitive l'avait déjà compris ainsi pour réfuter les montanistes[75]. Tant que le Christ n'est pas revenu, les charismes continuent.

2. Argument historique. Les Pères de l'Église — Justin, Irénée, Tertullien, Origène, Cyrille, Augustin — attestent unanimement de la persistance des charismes pendant huit siècles au moins. Aucun document patristique ne mentionne une « cessation » datée à laquelle on pourrait se référer.

3. Argument empirique contemporain. Selon la troisième édition du World Christian Encyclopedia (Édimbourg, 2020, Centre pour l'étude du christianisme mondial), environ 644 millions de chrétiens dans le monde sont pentecôtistes ou charismatiques, soit environ 26 % de l'ensemble du christianisme mondial[76]. Ce chiffre inclut notamment la mouvance dite de la « troisième vague », qui a abandonné le cessationnisme à la vue des faits. Selon l'historien Vinson Synan, cité par Healy et Clark, environ 80 % des chrétiens protestants dans le monde seraient aujourd'hui continuationnistes[77]. Si les charismes avaient cessé, il faudrait expliquer pourquoi des millions de personnes en témoignent personnellement aujourd'hui dans toutes les nations, et pourquoi les guérisons médicalement documentées de Lourdes continuent.

4. Argument doctrinal. Saint Paul ordonne expressément : « Recherchez avec ardeur les dons spirituels, surtout celui de prophétie » (1 Co 14, 1). Si les charismes avaient cessé, ce commandement serait abrogé sans qu'aucun texte canonique ne l'abroge — ce qui est exégétiquement impossible.

Le diagnostic catholique : non un cessationnisme officiel, mais un manque de foi vivante

L'Église catholique n'a jamais enseigné le cessationnisme[78]. Mais elle a, pendant des siècles, fonctionné comme si elle ne l'avait jamais entièrement rejeté. Le diagnostic réaliste, formulé par le P. Cantalamessa et le cardinal Léon-Joseph Suenens (1904-1996), est plus inconfortable : ce n'est pas que Dieu ait retiré ses dons ; c'est que l'Église a cessé d'y croire et de les demander. Et l'Évangile est limpide : « Vous n'avez pas, parce que vous ne demandez pas » (Jc 4, 2).

Contre cette lecture, Healy et Clark font valoir en substance (paraphrase de leur propos) que les dons ne sont pas d'abord une preuve de juste doctrine à exhiber : ils font partie intégrante de l'Évangile lui-même, et signes et prodiges ont vocation à accompagner sa proclamation[79].

Le manque de foi n'est pas une fatalité. Il se guérit en revenant aux promesses de Jésus, en demandant simplement, en s'exposant à la prière communautaire, en faisant des « pas de foi ». Et c'est ce qui s'est passé, à grande échelle, au XXᵉ siècle.

Le renouveau du XXᵉ siècle — un tournant eschatologique

Vatican II a replacé les charismes dans la vie ordinaire de l'Église : ils sont donnés aux fidèles « pour le renouvellement et l'édification de l'Église ». Photo : Vatican II en session, Wikimedia Commons.

Le siècle dernier a connu, simultanément dans toutes les confessions chrétiennes, l'effusion charismatique la plus massive depuis la Pentecôte. Le père Peter Hocken (1932-2017), prêtre anglais et historien du Renouveau, y voyait un tournant eschatologique : Dieu prépare son Église à la venue de son Royaume[80]. Ce qui suit en raconte les étapes essentielles.

Elena Guerra, Léon XIII et le Veni Creator du 1ᵉʳ janvier 1901

Tout commence dans la cellule d'une religieuse italienne. La sainte Elena Guerra (1835-1914), canonisée par le pape François le 20 octobre 2024, fondatrice à Lucques de l'institut des Oblates du Saint-Esprit, reçut intérieurement le sens d'une mission urgente : ramener l'Église à la troisième Personne de la Trinité, oubliée. Elle écrivit treize lettres confidentielles au pape Léon XIII, déclinées de 1895 à 1903[81]. Le pape l'écouta. Il publia :

  • le bref apostolique Provida Matris Charitate (5 mai 1895), demandant à toute l'Église catholique une neuvaine annuelle au Saint-Esprit entre l'Ascension et la Pentecôte, pour l'unité des chrétiens[82] ;
  • l'encyclique Divinum Illud Munus sur le Saint-Esprit (9 mai 1897), exposition doctrinale complète de la troisième Personne[83] ;
  • la consécration du XXᵉ siècle au Saint-Esprit, que les biographes d'Elena Guerra et les sources du Renouveau situent au 1ᵉʳ janvier 1901 avec le chant du Veni Creator Spiritus (sans acte pontifical formel retrouvé)[84] ;

Le même 1ᵉʳ janvier 1901, à Topeka (Kansas), à l'autre bout du monde, une jeune femme nommée Agnes Ozman, étudiante à l'école biblique de Béthel dirigée par le pasteur Charles Parham, demanda à recevoir le baptême dans l'Esprit Saint. Parham lui imposa les mains : elle se mit à parler longuement dans une langue inconnue que Parham présenta comme du chinois — récit rapporté par Parham lui-même, sans vérification indépendante par des locuteurs natifs. Cet événement est considéré comme l'acte de naissance du pentecôtisme moderne[85]. Cinq ans plus tard, le réveil d'Azusa Street à Los Angeles (1906-1909), conduit par le pasteur noir William Seymour, embrasa la côte ouest des États-Unis et envoya des missionnaires dans le monde entier. À l'aube de ce siècle qui sera celui de la sécularisation, Dieu déversait visiblement son Esprit.

Vatican II : la dimension charismatique réaffirmée

Soixante ans plus tard, le concile Vatican II (1962-1965), au cœur du aggiornamento catholique, opéra le tournant magistériel décisif. Le pape Jean XXIII convoqua le concile en donnant à toute l'Église cette prière pour son succès : « Renouvelle tes merveilles en notre temps, comme par une nouvelle Pentecôte »[86]. L'image d'une « nouvelle Pentecôte » resta dès lors attachée au concile, jusque dans la prière officielle de Jean XXIII pour son heureux déroulement.

La Constitution dogmatique sur l'Église Lumen Gentium (21 novembre 1964) consacra son §12 aux charismes en termes vigoureux :

« Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l'ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, "répartissant ses dons à son gré en chacun" (1 Co 12, 11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l'Église, suivant ce qu'il est dit : "C'est toujours pour le bien commun que le don de l'Esprit se manifeste dans un homme" (1 Co 12, 7). Ces grâces, des plus éclatantes aux plus simples et aux plus largement diffusées, doivent être reçues avec action de grâce et apporter consolation, étant avant tout ajustées aux nécessités de l'Église et destinées à y répondre. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium §12 (traduction française officielle, vatican.va)[87]

C'est la réhabilitation magistérielle solennelle des charismes au sens paulinien. Plus aucun théologien catholique ne peut désormais réduire les charismes à des phénomènes mystiques rares. Le même paragraphe ajoute la règle de discernement : « c'est à ceux qui ont la charge de l'Église de porter un jugement sur l'authenticité de ces dons et sur leur usage bien ordonné. C'est à eux qu'il convient spécialement, non pas d'éteindre l'Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon » (cf. 1 Th 5, 12.19-21).

Le week-end de Duquesne (17-19 février 1967)

Deux ans après la clôture du concile, le 17 février 1967, une retraite de week-end pour étudiants se tint à Pittsburgh dans une maison de retraite catholique près de l'université Duquesne, tenue par les Pères du Saint-Esprit. Les deux laïcs organisateurs, Ralph Keifer et Patrick Bourgeois, avaient lu deux livres avant la retraite : La Croix et le Poignard de David Wilkerson, et Ils parlent en d'autres langues de John Sherrill. Ils avaient cherché, quelques semaines plus tôt, un groupe de prière protestant charismatique près de Pittsburgh ; là, on avait prié sur eux et ils avaient reçu le baptême dans l'Esprit. Pour la retraite, ils avaient demandé aux étudiants de lire les Actes des Apôtres et de prier le Veni Creator Spiritus — la même hymne entonnée, selon ces sources, par Léon XIII le 1ᵉʳ janvier 1901.

Le samedi soir, David Mangan, étudiant participant, entra dans la chapelle de la maison pour remercier Dieu. « Je fus immédiatement submergé par la présence de Dieu, je me retrouvai face contre terre, prosterné devant le Seigneur, complètement immergé dans l'amour de Dieu, le louant dans une langue inconnue », racontera-t-il plus tard. Les uns après les autres, les étudiants entrèrent dans la chapelle ; les uns après les autres, ils tombèrent en adoration et louèrent Dieu en langues, sans même savoir ce qu'était ce don. C'est ce qu'on a appelé depuis le Duquesne Weekend — l'acte de naissance du Renouveau charismatique catholique[88].

Patti Gallagher Mansfield, alors étudiante présente, donne dans son livre As by a New Pentecost (traduit en français aux EdB sous le titre Comme une nouvelle Pentecôte) un témoignage de première main :

« Notre foi est devenue vivante, notre croyance est devenue une sorte de connaissance. Tout à coup, le monde du surnaturel est devenu plus réel que le naturel. Jésus-Christ est une personne réelle pour nous, une personne réelle qui est notre Seigneur et qui est à l'œuvre dans nos vies. Nous lisons le Nouveau Testament comme s'il était vrai pour nous aujourd'hui, chaque mot, chaque ligne. Un amour de l'Écriture, un amour de l'Église que je n'aurais jamais cru possible, une transformation de nos relations avec les autres, un besoin et une force de témoigner au-delà de toute attente, tout cela fait désormais partie intégrante de nos vies. Nous avons été douchés de charismes. » — Patti Gallagher Mansfield, Comme une nouvelle Pentecôte, EdB 2016, p. 60[89]

En près de soixante ans, le Renouveau charismatique catholique s'est répandu de Duquesne à toutes les paroisses du monde. Le Renouveau lui-même estime à plus de 120 millions le nombre de catholiques ayant fait l'expérience du baptême dans l'Esprit (estimation reprise par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie en 2019)[90].

Les papes et le Renouveau

Le Renouveau a été accueilli officiellement par tous les papes depuis Paul VI :

  • Paul VI reçut à la basilique Saint-Pierre, le 19 mai 1975, les participants du IIIᵉ congrès international du Renouveau charismatique catholique, et qualifia le Renouveau de « chance pour l'Église, chance pour le monde »[91].
  • Jean-Paul II écrivait dans son message aux mouvements ecclésiaux (Pentecôte 1998) :

« Lors du Concile Vatican II, quelle inoubliable expérience au cours de laquelle l'Église a redécouvert la dimension charismatique comme un de ses éléments constitutifs. Les aspects institutionnel et charismatique sont quasi co-essentiels à la constitution de l'Église. » — Saint Jean-Paul II, Message aux mouvements ecclésiaux, 27 mai 1998[92]

  • Benoît XVI a confirmé et approfondi l'enseignement de Jean-Paul II sur la coessentialité de la dimension institutionnelle et de la dimension charismatique — apport repris par Iuvenescit Ecclesia §10. Le 4 mai 2008, par une lettre transmise par le cardinal Tarcisio Bertone aux membres du Rinnovamento nello Spirito réunis près de Rimini pour leur 31ᵉ rencontre nationale, il loua et encouragea leur engagement pour la communion, les exhortant à unir à la prière l'attention effective aux besoins du monde[93].

  • Le pape François a une relation particulièrement intime avec le Renouveau. Au Stadio Olimpico de Rome, le 1ᵉʳ juin 2014, devant plus de cinquante mille charismatiques catholiques, il prononça :

« Vous, le peuple du Renouveau dans l'Esprit, avez reçu un grand don du Seigneur. Vous êtes nés de la volonté de l'Esprit, comme un courant de grâce dans l'Église et pour l'Église. C'est votre définition : un courant de grâce. J'attends de vous que vous partagiez avec tous, dans l'Église, la grâce du Baptême dans l'Esprit Saint. » — Pape François, Discours au Renouveau dans l'Esprit Saint, 1ᵉʳ juin 2014[94]

Iuvenescit Ecclesia (2016) : la coessentialité doctrinalement confirmée

Le document doctrinal le plus récent et le plus complet sur la dimension charismatique de l'Église est la Lettre Iuvenescit Ecclesia (« L'Église rajeunit »), publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi le 15 mai 2016 sous la signature du cardinal Gerhard Müller, avec l'approbation explicite du pape François[95].

Le texte rappelle au §10 que « les dons hiérarchiques et les dons charismatiques sont co-essentiels à la vie de l'Église », en s'appuyant directement sur Lumen Gentium §4 et sur l'enseignement de Jean-Paul II. Aux §§17-18, il énumère huit critères de discernement des charismes authentiques :

  1. primauté de la vocation de chaque chrétien à la sainteté ;
  2. engagement missionnaire au service de l'évangélisation ;
  3. confession de la foi catholique dans son intégrité ;
  4. communion réelle avec toute l'Église (pape et évêques) ;
  5. estime et reconnaissance des autres charismes ;
  6. acceptation des moments d'épreuve et de la croix ;
  7. présence de fruits spirituels (charité, joie, paix, maturité humaine) ;
  8. dimension sociale de l'évangélisation (solidarité, œuvres, doctrine sociale).

Avec Iuvenescit Ecclesia, lettre doctrinale de référence, l'Église catholique a tranché au niveau doctrinal — sans clôture infaillible du débat théologique : les charismes sont nécessaires à la vie ordinaire de l'Église, ils ne sont pas optionnels, et ils doivent être discernés sans être étouffés. C'est, sous une autre forme, le contenu exact des deux ordres pauliniens : « N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties » (1 Th 5, 19-20) et « Examinez toutes choses ; ce qui est bon, retenez-le » (1 Th 5, 21).

Le baptême dans l'Esprit Saint

Le « baptême dans l'Esprit » désigne l'actualisation personnelle et missionnaire de la grâce baptismale et de la confirmation, demandée dans la foi et vécue dans l'Église. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'expression « baptême dans l'Esprit Saint » vient directement de Jésus : « Jean a baptisé avec l'eau ; mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés » (Ac 1, 5). Elle désigne, dans le langage du Renouveau, l'effusion vivante de l'Esprit dans la vie d'un baptisé, qui rend perceptible et opérante la grâce reçue au baptême sacramentel et à la confirmation.

Une expérience attestée bibliquement

Dans les Actes, on voit plusieurs fois des baptisés recevoir une seconde effusion de l'Esprit, distincte du baptême d'eau. Les Samaritains avaient été baptisés par Philippe (Ac 8, 12) ; mais Pierre et Jean durent venir leur imposer les mains pour qu'ils « reçoivent l'Esprit Saint » (Ac 8, 14-17). Saul avait été baptisé par Ananie (Ac 9, 18) ; mais l'Esprit Saint l'avait empli lors de la rencontre avec Ananie qui lui imposait les mains, avant son baptême d'eau (Ac 9, 17). À Éphèse, douze disciples sont d'abord baptisés au nom de Jésus, puis Paul leur impose les mains : « l'Esprit Saint descendit sur eux, ils se mirent à parler en langues et à prophétiser » (Ac 19, 5-6).

Cette diversité montre que l'Esprit ne se plie à aucune chronologie sacramentelle rigide. Le baptême sacramentel donne ontologiquement l'Esprit Saint ; mais sa manifestation expérientielle dépend de la disposition du cœur, de la foi vivante, de l'intercession communautaire.

Quatre perspectives théologiques complémentaires

La théologie contemporaine, notamment dans le document The Baptism in the Holy Spirit publié par la Commission doctrinale internationale de l'ICCRS (Service international du Renouveau charismatique catholique) en 2012[96], distingue quatre façons complémentaires de comprendre l'événement :

PerspectiveDescription
Activation sacramentelleLe baptême dans l'Esprit « active » ou réveille la grâce déjà reçue au baptême et à la confirmation. Position majoritaire chez les catholiques, défendue par Suenens, Cantalamessa, Ralph Martin.
Effusion postérieureLe baptême dans l'Esprit est une expérience seconde, postérieure à la régénération baptismale. Position pentecôtiste classique.
Nouvelle missionLe baptême dans l'Esprit n'est pas lié à la régénération, mais marque un nouvel envoi en mission.
Tournant eschatologiqueL'effusion mondiale charismatique du XXᵉ siècle prépare l'Église à la venue du Christ. Position de Peter Hocken et de plusieurs théologiens contemporains.

Ces quatre lectures ne sont pas contradictoires : le même Esprit accomplit dans des âmes différentes des dimensions différentes du même mystère.

Comment le recevoir ?

Il n'existe pas de formule garantie ni de méthode mécanique pour recevoir le baptême dans l'Esprit. Mais l'expérience de millions de fidèles permet de dégager des conditions favorables[97] :

  1. Une foi vivante au Christ ressuscité comme Seigneur et Sauveur personnel.
  2. Le repentir des péchés graves, idéalement par la confession sacramentelle.
  3. Un désir explicite du don de l'Esprit — « vous n'avez pas, parce que vous ne demandez pas » (Jc 4, 2).
  4. La prière persévérante — Jésus enseigne lui-même : « Combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11, 13).
  5. L'intercession d'une communauté — paroisse, groupe de prière, retraite de « séminaire de vie dans l'Esprit », cours Alpha, Encounter Schools of Ministry, etc.
  6. Un acte d'abandon — accepter que l'Esprit agisse comme il veut, sans préfigurer la forme de la manifestation.

Pour Jean-Marie Vianney, qui ne connaissait pas l'expression « baptême dans l'Esprit » mais en vivait substantiellement le contenu, la voie tenait en trois dispositions — humilité, oraison, demande — et la prière qu'il enseignait à ses paroissiens commençait par l'invocation de l'Esprit Saint.

Comment vivre dans l'Esprit Saint au quotidien

La vie dans l'Esprit commence souvent dans une écoute très simple : invoquer, lire l'Écriture, consentir aux motions reçues et les vérifier dans la paix. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Connaître la doctrine ne suffit pas. L'Esprit Saint est une Personne avec laquelle on entre, ou non, en relation. Les saints, presque tous, ont décrit cette relation avec une étonnante similarité : c'est une amitié intime, quotidienne, transformante, qui se cultive avec les mêmes attentions que toute amitié réelle. Saint Séraphin de Sarov (1759-1833), grand mystique russe glorifié par l'Église orthodoxe russe en 1903, en a donné la formule la plus radicale qui soit, recueillie par son disciple Nicolas Motovilov dans l'Entretien sur le but de la vie chrétienne :

« Le vrai but de notre vie chrétienne, c'est l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant au jeûne, à la veille, à la prière, aux aumônes, à toutes les autres bonnes œuvres faites au nom du Christ, ils ne sont que des moyens d'acquérir le Saint-Esprit de Dieu. Notez bien que c'est seulement le bien fait au nom du Christ qui nous donne les fruits de l'Esprit. » — Saint Séraphin de Sarov, Entretien avec Motovilov sur le but de la vie chrétienne, novembre 1831[98]

Cette phrase, devenue célèbre dans tout l'Orient chrétien, dit en substance ce que toute la spiritualité catholique répète sous d'autres formes : sans l'Esprit, rien ; avec lui, tout. La piété chrétienne n'est pas un assemblage de bonnes pratiques ; elle est une manière de recevoir un Hôte.

Le réflexe du Veni Creator et du Veni Sancte Spiritus

L'Église catholique a hérité de deux grandes hymnes médiévales pour invoquer l'Esprit. Le Veni Creator Spiritus, attribué à Raban Maur (vers 800), est chantée aux ordinations, aux ouvertures d'année jubilaire, aux consécrations solennelles. Le Veni Sancte Spiritus, séquence de la Pentecôte attribuée traditionnellement au pape Innocent III († 1216) — attribution discutée, une autre tradition l'attribue à l'archevêque Étienne Langton († 1228) —, est l'un des plus beaux poèmes liturgiques de toute la tradition latine.

« Viens, Esprit Saint en nos cœurs, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. » — Séquence de la Pentecôte, Veni Sancte Spiritus (attribution traditionnelle à Innocent III, discutée)[99]

Le réflexe spirituel le plus simple, à acquérir comme une habitude : invoquer l'Esprit dix à vingt fois par jour, dans les transitions du quotidien — avant une conversation difficile, avant une décision, avant la prière, avant un travail intellectuel, en se réveillant, en se couchant. « Viens, Esprit Saint » — trois mots qui ouvrent l'âme.

Prier dans l'Esprit, prier en langues

Saint Paul distingue deux manières de prier qui se complètent : « Je prierai avec l'esprit, mais je prierai aussi avec l'intelligence » (1 Co 14, 15). Prier « avec l'intelligence », c'est la prière formulée — vocale ou méditative — qui passe par les concepts et les mots de la langue maternelle. Prier « dans l'esprit », c'est laisser l'Esprit prier en nous au-delà des mots — ce que la tradition occidentale appelle oraison silencieuse ou prière contemplative, et ce que le Renouveau redécouvre sous la forme du don des langues.

Saint Paul lui-même atteste pratiquer beaucoup le don : « Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous » (1 Co 14, 18). Il en recommande la pratique privée et la subordonne à la prophétie quand il s'agit de l'assemblée. Le don des langues est généralement le premier que l'Esprit accorde à ceux qui demandent le baptême dans l'Esprit, et c'est souvent par lui que le fidèle franchit le seuil d'une vie de prière nouvelle.

Reconnaître les motions intérieures

La vie dans l'Esprit n'est pas une technique : elle devient un rythme très concret d'invocation, d'écoute, d'obéissance, de service et d'action de grâce. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'Esprit Saint parle continuellement aux baptisés — par les Écritures lues à la messe, par la conscience, par les inspirations soudaines, par les rencontres providentielles, par les paroles d'un prêtre en confession, par un livre tombé sous la main. Apprendre à reconnaître ses motions est l'objet d'une grande tradition : les Exercices spirituels de saint Ignace, le Discernement des esprits du P. Timothy Gallagher, Decision-making and the Will of God de Daniel Considine. La règle ignatienne fondamentale : l'Esprit Saint produit habituellement paix, joie, douceur, courage, désir de Dieu ; l'esprit mauvais produit trouble, tristesse, agitation, peur, repli sur soi.

Saint François de Sales a fait de cette docilité aux motions le cœur même de la vie dévote :

« Toutes les pensées qui nous donnent de l'inquiétude et de l'agitation ne sont aucunement de Dieu, qui est prince de la paix ; elles procèdent toujours, ou du diable, ou de l'amour-propre, ou de la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes. Voilà donc les trois sources d'où procèdent toutes nos inutiles inquiétudes. » — Saint François de Sales, lettre à sainte Jeanne de Chantal, 1607[100]

Le critère est si simple qu'il en devient un examen quotidien : ce qui vient de l'Esprit dilate, ce qui vient d'ailleurs resserre. Une bonne décision prise dans l'inquiétude n'est presque jamais la bonne décision ; mieux vaut attendre que la paix revienne avant de la confirmer.

Marie, modèle de l'épouse de l'Esprit

Plus que tout autre, la Vierge Marie vit en pleine conformité à l'Esprit. C'est par l'Esprit qu'elle conçoit le Verbe à l'Annonciation (« l'Esprit Saint viendra sur toi », Lc 1, 35). C'est dans l'Esprit qu'elle chante le Magnificat. C'est avec elle au Cénacle que les Apôtres reçoivent l'Esprit à la Pentecôte (Ac 1, 14). Au mariage de Cana, elle donne en cinq mots la grammaire de toute vie spirituelle : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2, 5). Saint Louis-Marie Grignion de Montfort y voyait le secret de Marie : l'Esprit Saint, qui a épousé Marie, a produit avec elle, en elle et d'elle son chef-d'œuvre — un Dieu fait homme — et ne l'a jamais « répudiée », elle son « indissoluble épouse » (condensé du Traité, n. 20 et n. 36)[101].

Les douze clés pour activer les charismes

Mary Healy et Randy Clark proposent, dans le dernier chapitre des Dons spirituels, douze clés pratiques pour activer et faire grandir les charismes dans une vie chrétienne ordinaire[102]. La liste vaut son poids d'or :

  1. Laissez-vous remplir par l'Esprit Saint — demander à intervalle régulier d'être rempli de nouveau. « Soyez remplis de l'Esprit » est l'unique impératif au présent continu de saint Paul (Ep 5, 18) : remplissez-vous, et continuez de vous remplir.
  2. Restez proches de Jésus — par l'Eucharistie, l'adoration, l'Écriture, le rosaire. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
  3. Ayez le cœur de Dieu pour ceux qui sont égarés et brisés — sans compassion réelle, les dons restent lettre morte. Jésus « était ému de compassion » avant chacune de ses guérisons.
  4. Demandez, cherchez, frappez — « combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11, 13).
  5. Faites des pas dans la foi — le mot foi s'épelle r-i-s-q-u-e. C'est en l'exerçant qu'on grandit dans le don. Tant qu'on attend la garantie avant d'agir, on n'agit jamais.
  6. Faites tout ce qu'il vous dira — l'obéissance immédiate à la moindre motion ouvre le ciel, comme aux serviteurs de Cana.
  7. Ayez conscience de votre autorité en Christ — le baptisé partage l'autorité royale de Jésus sur le mal, la maladie, la mort, dans la mesure où il vit en obéissance au Père.
  8. Apprenez des autres — accompagner ceux qui exercent les dons est irremplaçable. La pédagogie charismatique est une pédagogie de compagnonnage, pas de manuel.
  9. Servez-vous des témoignages pour fortifier votre foi — entendre récit après récit ce que Dieu fait aujourd'hui produit la foi. « Notre frère a vaincu Satan par le sang de l'Agneau et par la parole de son témoignage » (Ap 12, 11).
  10. Balayez obstacles et incompréhensions — fausse théologie (refus de demander la guérison), faux mérite (« je n'en suis pas digne »), faux pardon (rancunes qui bloquent la grâce).
  11. Donnez de la place au Saint-Esprit pour agir — ne pas étouffer ce qu'il fait par une organisation rigide, accepter le « désordre apparent » d'une vraie effusion.
  12. Emmenez-le — les charismes « accompagnent la proclamation de l'Évangile » (Mc 16, 17-20). Tant qu'on reste dans le confort de son cercle, on prive l'Esprit de son champ d'action.

« Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu'une Église malade de la fermeture et du confort de s'accrocher à ses propres sécurités. » — Pape François, Evangelii Gaudium §49[103]

Le discernement des charismes : règles et dérives

Un charisme doit être reçu avec gratitude mais éprouvé avec sérieux : vérité de la foi, orientation vers le Christ, charité, ordre ecclésial et fruits durables. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Saint Paul, dans la même lettre où il encourage à « aspirer aux dons spirituels » (1 Co 14, 1), pose la règle d'or : « Examinez tout, retenez ce qui est bon » (1 Th 5, 21). Aucun charisme n'authentifie celui qui le porte ; tout charisme appelle un discernement explicite. Le Catéchisme synthétise :

« Aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l'Église. C'est à eux qu'il convient spécialement, non pas d'éteindre l'Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon, afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au bien commun. » — Catéchisme de l'Église catholique, §801[104]

Les cinq critères bibliques

L'Écriture donne cinq tests convergents pour discerner les dons spirituels[105] :

1. Le test de la vérité. Toute prophétie ou parole inspirée doit être conforme à l'Écriture et au magistère catholique. Saint Paul : « Personne ne peut dire : Jésus est anathème ; et personne ne peut dire : Jésus est Seigneur, sinon dans l'Esprit Saint » (1 Co 12, 3). Saint Jean : « Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu » (1 Jn 4, 2). Si un charisme conduit à nier la divinité du Christ, l'Incarnation, l'autorité du magistère, la nature sacrée du mariage, la dignité du sacerdoce ou tout autre point de foi définie, ce n'est pas l'Esprit Saint.

2. Le test de l'amour. « J'aurais beau parler les langues des hommes et des anges, j'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu — s'il me manque la charité, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante » (1 Co 13, 1-2). Toute prophétie qui condamne, divise, humilie, blesse — sans construire — n'est pas de l'Esprit.

3. Rendre gloire au Christ. « Pourquoi fixez-vous les yeux sur nous comme si c'était par notre propre puissance que nous l'avons fait marcher ? » (Ac 3, 12). Pierre et Paul refusèrent toujours qu'on les mette sur un piédestal après une guérison spectaculaire. Un charisme authentique conduit toujours à Jésus, jamais à celui qui le porte.

4. L'ordre. « Que tout se passe avec décence et avec ordre » (1 Co 14, 40). Un don authentique n'introduit pas le chaos dans la communauté. Il peut introduire du désordre apparent — quand le Saint-Esprit interrompt un programme prévu — mais ce désordre porte du fruit visible et n'a rien à voir avec l'agitation stérile.

5. Le fruit. « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7, 16). Le critère ultime, sur la durée. Les fruits attendus sont les douze fruits de saint Paul (Ga 5, 22-23) plus la transformation visible de vies : conversions, réconciliations, vocations, guérisons stables, charité active envers les pauvres.

Les dérives historiques

L'histoire de l'Église connaît trois grandes familles de dérives charismatiques.

Le montanisme (IIᵉ-IIIᵉ siècle) : du nom de Montan, prophète d'Asie Mineure (vers 156) qui, avec deux prophétesses (Priscille et Maximille), annonça l'imminence d'une descente de la Jérusalem céleste sur la ville de Pepuze en Phrygie. Le mouvement instaura un rigorisme excessif (jeûnes intransigeants, refus du remariage, exaltation du martyre volontaire) et plaça l'autorité prophétique au-dessus de l'évêque. Il finit par être condamné. Sa dérive structurale est instructive : prendre une révélation privée comme grille de lecture supérieure à la révélation publique close avec la mort des Apôtres[106].

Le quiétisme (XVIIᵉ siècle) : courant mystique condamné en 1687 par le bref Coelestis Pastor d'Innocent XI. Miguel de Molinos prônait une oraison de « pure passivité » qui dispensait du combat spirituel et menait à une indifférence morale ; la doctrine est passée par Madame Guyon et a touché jusqu'à Fénelon, qui se rétracta. Sa dérive : confondre l'abandon à l'Esprit avec la démission de la volonté libre — alors que l'Esprit n'agit jamais sans le « oui » libre du fidèle.

Les dérives charismatiques contemporaines : on en retient principalement quatre — (1) la « théologie de la prospérité » (la foi produit la richesse matérielle, doctrine déformée du « name it, claim it »), (2) le prophétisme délirant qui multiplie les fausses prédictions datées (puis se rétracte après l'échec), (3) l'élitisme spirituel qui considère les non-charismatiques comme des chrétiens de seconde zone, (4) l'indépendance vis-à-vis du curé ou de l'évêque, transformant un groupe de prière en mini-secte. Iuvenescit Ecclesia §17 et le Catéchisme §801 protègent contre toutes ces dérives en exigeant explicitement soumission aux pasteurs.

Le rôle de la hiérarchie

Vatican II et le Catéchisme sont équilibrés : les pasteurs ne sont ni au-dessus des charismes (en pouvoir de les supprimer arbitrairement) ni en dehors (en abstention prudente). Ils sont en service du discernement. La règle paulinienne tient en deux temps :

« N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. » — 1 Thessaloniciens 5, 19-22[107]

L'exigence pastorale reste donc celle de Paul et du concile : « N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose » (1 Th 5, 19-21)[108] — aux pasteurs revient de porter sur ces dons un jugement compétent, sans les étouffer (Lumen Gentium §12 ; CEC §801)[109].

Les fruits de l'Esprit : la signature ultime

Les charismes servent la mission ; les fruits de l'Esprit manifestent la sainteté durable : charité, joie, paix, patience et vie transformée. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au-dessus des charismes, plus profonds qu'eux, il y a les fruits de l'Esprit. Saint Paul les énumère pour les opposer aux « œuvres de la chair » : « Voici le fruit de l'Esprit : charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté, bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté » (Ga 5, 22-23 selon la Vulgate). Le Catéchisme les retient comme douze perfections que l'Esprit forme en nous « comme des prémices de la gloire éternelle »[110].

Pourquoi les fruits sont supérieurs aux charismes

Les charismes sont donnés pour la mission ; les fruits sont donnés pour le ciel. Les charismes peuvent disparaître dans une vie (la prophétie cesse, le don de guérison se retire, les langues se taisent) ; les fruits, eux, sont la substance même de la sainteté qui dure éternellement. Saint Paul est explicite :

« Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un cuivre qui résonne. Quand j'aurais le don de prophétie et la science de tous les mystères, et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. La charité ne passera jamais. Les prophéties seront abolies, les langues cesseront, la science disparaîtra. La science est imparfaite ; la prophétie aussi. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. » — Saint Paul, Première aux Corinthiens 13, 1-2.8-10[111]

Sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897), docteur de l'Église, n'a jamais eu un charisme spectaculaire de son vivant — pas de prophétie publique, pas de guérison sensationnelle, pas de bilocation. Et pourtant, à 24 ans, elle laissait derrière elle un Manuscrit autobiographique qui a converti des millions de chrétiens, et le pape Jean-Paul II la déclarait docteur de l'Église en 1997. Pourquoi ? Parce que les fruits y étaient à un degré rare : amour, joie, paix, fidélité, douceur, abandon, espérance contre toute espérance.

La sainteté comme but ultime des charismes

Les charismes ne sont pas la sainteté ; ils sont au service de la sainteté — de celle des autres d'abord (à travers la mission) et de la sienne propre comme retour de grâce. Toute personne qui exerce un charisme sans grandir simultanément dans les fruits est en danger spirituel. « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en ton nom ? Et chassé les démons en ton nom ? Et fait beaucoup de miracles en ton nom ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus. Éloignez-vous de moi, vous qui commettez le mal » (Mt 7, 22-23). Ce passage est un avertissement direct contre la confiance en soi charismatique sans sanctification.

Saint Jean de la Croix rappelle ce qu'il faut tenir simultanément :

« Jean est motivé non par le désir d'étouffer les dons charismatiques de l'Esprit, mais de veiller à ce qu'ils soient exercés de manière authentique. Sa préoccupation est que les chrétiens recherchent Dieu avant tout, et non les dons de Dieu ; que la connaissance et l'amour de Dieu produits par ces œuvres soit le but principal, pour ceux qui les accomplissent comme pour ceux qui les reçoivent. » — Saint Jean de la Croix, paraphrasé par Ralph Martin, d'après La Montée du Mont Carmel III, 30, 2-3[112]

Demander les dons aujourd'hui

Si vous êtes baptisé, les charismes sont pour vous. Pas pour les saints d'autrefois, pas pour les ministres ordonnés exclusivement, pas pour les âmes d'élite. Pour vous. Cette affirmation, qui aurait paru audacieuse il y a un siècle, est aujourd'hui l'enseignement explicite du Catéchisme, de Vatican II, des quatre derniers papes et de la Lettre Iuvenescit Ecclesia.

Saint Paul donne le commandement sans détour : « Aspirez aux dons spirituels, surtout à celui de prophétie » (1 Co 14, 1). Jésus appuie : « Combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11, 13). Sainte Thérèse d'Avila ajoute :

« C'est un grand compliment que vous faites à Dieu quand vous lui demandez de grandes choses. » — Sainte Thérèse d'Avila[113]

Le XXIᵉ siècle — sécularisé, fragmenté, en mal de signes — a un besoin urgent d'une Église charismatique au sens fort : une Église où les baptisés ordinaires prient pour les malades de leur paroisse et voient des guérisons, où les laïcs reçoivent en confession ou en accompagnement des paroles de connaissance qui touchent les cœurs blessés, où les groupes de prière prophétisent humblement la consolation de Dieu pour des âmes en désespérance, où l'Esprit Saint cesse d'être « la Personne oubliée » pour redevenir ce qu'il a toujours été : l'âme de l'Église, le souffle qui la fait vivre, le feu qui la rend brûlante.

« Évangélisateurs avec esprit veut dire évangélisateurs qui s'ouvrent sans crainte à l'action de l'Esprit Saint. À la Pentecôte, l'Esprit fait sortir d'eux-mêmes les Apôtres et les transforme en annonciateurs des merveilles de Dieu. » — Pape François, Evangelii Gaudium §259[114]

La prière la plus simple suffit, et elle vaut pour cet article comme pour toute vie chrétienne :

« Viens, Esprit Saint. Remplis le cœur de tes fidèles, et allume en eux le feu de ton amour. Envoie ton Esprit, et tout sera créé ; et tu renouvelleras la face de la terre. » — Antienne de la Pentecôte[115]

Approfondir dans Via Divina — Cet article reprend en l'enrichissant le cours 31 du module 4 de la formation Via Divina (« Le cœur de la vie spirituelle : la prière »). Pour aller plus loin et entrer pratiquement dans une vie d'amitié avec l'Esprit Saint, découvrir le cours.

Pour aller plus loin

Sources et lectures

  • Mary Healy et Randy Clark, Les dons spirituels — Foi, guérison, prophétie, discernement, Éditions des Béatitudes, 2018, 240 p. ISBN 979-10-306-0182-4. Référence catholique-évangélique conjointe la plus complète sur le sujet.
  • Kilian McDonnell et George T. Montague, Christian Initiation and Baptism in the Holy Spirit: Evidence from the First Eight Centuries, Liturgical Press, Collegeville, 1991 (2ᵉ éd. révisée 1994), 408 p.
  • Cardinal Raniero Cantalamessa, La sobre ivresse de l'Esprit, Desclée de Brouwer, 1995. Et Viens, Esprit Créateur — Méditations sur le Veni Creator, EdB 2008.
  • Cardinal Léon-Joseph Suenens, Une nouvelle Pentecôte ?, Desclée de Brouwer, 1975.
  • Patti Gallagher Mansfield, Comme une nouvelle Pentecôte, EdB 2016. Témoignage de première main sur Duquesne 1967.
  • Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre Iuvenescit Ecclesia aux évêques de l'Église catholique sur la relation entre dons hiérarchiques et dons charismatiques pour la vie et la mission de l'Église, 15 mai 2016. Texte intégral sur vatican.va.
  • Catéchisme de l'Église catholique, §688-741 (l'Esprit Saint), §799-801 (les charismes), §1830-1832 (dons et fruits), §2003 (charismes et grâces sanctifiantes).
  • Concile Vatican II, Lumen Gentium §4 et §12 ; Apostolicam Actuositatem §3 ; Ad Gentes §4.

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, §689 : sur la consubstantialité de l'Esprit avec le Père et le Fils et la « mission conjointe » du Fils et de l'Esprit.

    1 12 13
  2. Catéchisme de l'Église catholique, §683 : « Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, si ce n'est par l'Esprit Saint » (1 Co 12, 3).

    2
  3. Mary Healy et Randy Clark, Les dons spirituels — Foi, guérison, prophétie, discernement…, traduction Cathy Brenti, Éditions des Béatitudes, mai 2018, ISBN 979-10-306-0182-4, p. 22 : « Paul leur invente un nom : charisme (charisma en grec), qui signifie un don offert gratuitement. Ce terme est basé sur le mot grâce (charis). » Texte original anglais : « Paul coins for them a name: charism (charisma in Greek), meaning a gift offered freely. »

    3 18
  4. Catéchisme de l'Église catholique, §2003.

    4 27
  5. Kilian McDonnell et George T. Montague, Christian Initiation and Baptism in the Holy Spirit: Evidence from the First Eight Centuries, Liturgical Press, Collegeville (Minnesota), 1991, 2ᵉ éd. révisée 1994, 408 p. Étude exhaustive de plus de trois cents témoignages patristiques sur les charismes dans l'initiation baptismale des huit premiers siècles.

    5 52
  6. Todd M. Johnson et Gina A. Zurlo, World Christian Encyclopedia, 3ᵉ éd., Edinburgh University Press, 2020 (données du Center for the Study of Global Christianity) : 644 millions de chrétiens « Spirit-empowered », soit environ 26 % du christianisme mondial ; chiffres relayés par Christianity Today en mai 2020 à l'occasion de la conférence Empowered21. L'enquête antérieure du Pew Research Center, Spirit and Power: A 10-Country Survey of Pentecostals (5 octobre 2006), portait sur dix pays et ne donne pas ce total mondial.

    6 76
  7. Sur les catholiques : plus de 120 millions vivant l'expérience du baptême dans l'Esprit — chiffre donné par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie à l'occasion de l'entrée en fonction de CHARIS (service unique du Renouveau charismatique catholique, voulu par le pape François, statuts effectifs à la Pentecôte 2019) : « more than 120 million Catholics living the experience of baptism in the Spirit » (laityfamilylife.va, actualité « Charis, the Single International Service for Catholic Charismatic Renewal to start operations ») — estimation interne au mouvement, non issue d'un recensement indépendant. Voir aussi Commission doctrinale de l'ICCRS, L'effusion de l'Esprit Saint, Éditions des Béatitudes, 2012, reprise par Healy et Clark, op. cit., p. 114. Sur l'ensemble des chrétiens « remplis de l'Esprit » : 644 millions selon Todd M. Johnson et Gina A. Zurlo, World Christian Encyclopedia, 3ᵉ éd., Edinburgh University Press, 2020 (données du Center for the Study of Global Christianity).

    7 90
  8. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre Iuvenescit Ecclesia aux évêques de l'Église catholique sur la relation entre dons hiérarchiques et dons charismatiques pour la vie et la mission de l'Église, signée par le cardinal Gerhard Müller, préfet, et approuvée par le pape François, 15 mai 2016, solennité de la Pentecôte. Texte intégral sur vatican.va, section Roman Curia / Congregations / Doctrine of the Faith / Documents.

    8 78 95
  9. Formule courante pour désigner la discrétion de l'Esprit Saint dans la piété ordinaire ; popularisée notamment par Francis Chan, Forgotten God: Reversing Our Tragic Neglect of the Holy Spirit, David C. Cook, 2009. Sur le renouveau de la dévotion à l'Esprit Saint à la fin du XIXᵉ siècle, voir l'action de sainte Elena Guerra auprès de Léon XIII (ci-dessous).

    9
  10. Concile œcuménique de Constantinople I, mai-juillet 381, convoqué par l'empereur Théodose Iᵉʳ. Le concile compléta la profession de foi de Nicée en explicitant la divinité du Saint-Esprit contre les pneumatomaques. Voir Heinrich Denzinger et Peter Hünermann, Symboles et définitions de la foi catholique — Enchiridion Symbolorum, 38ᵉ éd., Cerf, 2010, n°150-151.

    10
  11. Texte officiel reçu par l'Église latine et orthodoxe. Pour la formulation française usuelle, voir le Missel romain, Credo niceno-constantinopolitain.

    11
  12. Sainte Elena Guerra (Lucques, 23 juin 1835 – Lucques, 11 avril 1914), béatifiée par Jean XXIII le 26 avril 1959, canonisée par le pape François le 20 octobre 2024 place Saint-Pierre (avec 13 autres bienheureux, dont Giuseppe Allamano et Marie-Léonie Paradis). Voir Domenico Bertetto, La beata Elena Guerra, apostola dello Spirito Santo, LDC, 1959 ; et Mauro Cozzoli, Elena Guerra: una santità per il nostro tempo, San Paolo, 2018.

    14
  13. Léon XIII, encyclique Divinum Illud Munus sur l'Esprit Saint, 9 mai 1897. Texte intégral en latin et en traductions officielles sur vatican.va, section Holy Father / Leo XIII / Encyclicals. L'encyclique y rappelle la neuvaine demandée deux ans plus tôt dans Provida Matris (« special prayers at the Feast of Pentecost, for the Re-union of […] ») et la décrète annuelle : « in every subsequent year, a Novena shall take place before Whit-Sunday, in all parish churches » (texte anglais des Great Encyclical Letters, repris sur en.wikisource). Même objet confirmé par CHARIS : neuvaine perpétuelle entre l'Ascension et la Pentecôte « for the unity of Christianity » (charis.international, document « Pentecost »).

    15 83
  14. Dans sa neuvième lettre à Léon XIII (15 octobre 1900), Elena Guerra avait demandé que le siècle nouveau s'ouvre par le chant du Veni Creator Spiritus ; le 1ᵉʳ janvier 1901, Léon XIII entonna solennellement l'hymne au nom de toute l'Église. Voir Renewal Ministries (ministère de Ralph Martin), Blessed Elena Guerra: Apostle of the Holy Spirit, sur renewalministries.net : « As a result of Bl. Elena's request, Pope Leo intoned the hymn Veni Creator Spiritus in the name of the whole Church, on January 1, 1901. » Corroboré par CHARIS Royaume-Uni (« A New Saint: Elena Guerra », charisuk.com) : à la suggestion d'Elena (octobre 1900) d'ouvrir le siècle par le Veni Creator au nom de toute l'Église et de consacrer le XXᵉ siècle au Saint-Esprit, Léon XIII « inton[ed] the beautiful hymn in St Peter's Basilica, on 1st Jan 1901 ». Sur les lettres, voir Pasquale Macchi et al., Le lettere di Elena Guerra a Leone XIII, Edizioni Vaticane, 1959. Aucun acte pontifical formel (bulle, bref, AAS) attestant le chant du 1ᵉʳ janvier 1901 n'a été retrouvé dans cette passe : l'événement n'est rapporté que par ces sources du Renouveau, d'où la formulation prudente retenue dans le corps du texte.

    16 84
  15. Sur la naissance du pentecôtisme à Topeka, voir Vinson Synan, The Holiness-Pentecostal Tradition: Charismatic Movements in the Twentieth Century, 2ᵉ éd., Eerdmans, Grand Rapids, 1997, p. 89-99 ; et James R. Goff Jr., Fields White unto Harvest: Charles F. Parham and the Missionary Origins of Pentecostalism, University of Arkansas Press, Fayetteville, 1988.

    17
  16. Catéchisme de l'Église catholique, §694-701 : exposé des symboles de l'Esprit Saint (eau, onction, feu, nuée, lumière, sceau, main, doigt, colombe). Édition de référence : version officielle française, Cerf-CCMM, 1998.

    19
  17. Healy et Clark, op. cit., p. 22, n. 12 : le terme charisma est attesté avant Paul uniquement dans des variantes de la Septante (Sirach 7, 23 ; 38, 30 ; Theodotion sur Psaume 30, 22) et deux fois chez le philosophe juif Philon d'Alexandrie (Iᵉʳ siècle).

    20
  18. Healy et Clark, op. cit., p. 22-23. Texte original anglais (Mary Healy & Randy Clark, The Spiritual Gifts Handbook, Chosen Books, 2018, p. 22) : « A charism is what could be called a "gracelet," meaning a small portion of the vast ocean of God's grace. »

    21 22
  19. Healy et Clark, op. cit., p. 23, sur les cinq termes pauliniens en 1 Co 12, 1-7.

    23
  20. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, questions 171 à 178, en particulier q. 171 (prophétie), q. 175 (ravissement), q. 176 (langues), q. 177 (parole), q. 178 (miracles). Édition de référence en français : Cerf, traduction des Dominicains, rééd. 2002.

    24
  21. Catéchisme de l'Église catholique, §1831 : énumération des sept dons sanctifiants (Is 11, 1-3) et leur appartenance plénière au Christ Fils de David, communiquée aux baptisés.

    25
  22. Catéchisme de l'Église catholique, §1832 : énumération des douze fruits de l'Esprit selon la Vulgate clémentine (1598) de Ga 5, 22-23 — caritas, gaudium, pax, patientia, benignitas, bonitas, longanimitas, mansuetudo, fides, modestia, continentia, castitas — qui rend deux termes grecs par deux mots latins chacun (makrothymia → patience et longanimité ; chrêstotês → bonté et bénignité). Le grec, comme la Néo-Vulgate officielle (texte sur vatican.va : caritas, gaudium, pax, longanimitas, benignitas, bonitas, fides, mansuetudo, continentia), n'en compte que neuf.

    26
  23. Raniero Cantalamessa, La sobre ivresse de l'Esprit, Desclée de Brouwer, 1995, p. 76 ; cité par Healy et Clark, op. cit., p. 29, n. 27. Voir aussi Cantalamessa, Viens, Esprit Créateur — Méditations sur le Veni Creator, Éditions des Béatitudes, 2008.

    28 68
  24. Isaïe 61, 1-3, cité par Jésus dans la synagogue de Nazareth selon Luc 4, 18-19.

    29
  25. Healy et Clark, op. cit., p. 56 : « C'est à partir de son baptême — pas avant — que Jésus accomplit des œuvres puissantes. »

    30
  26. Healy et Clark, op. cit., p. 58-68 : exposé détaillé de l'exercice par Jésus des sept charismes mentionnés par Paul en 1 Co 12, 8-10.

    31
  27. Healy et Clark, op. cit., p. 67, sur l'hypothèse lucanienne (Lc 10, 21) d'une louange en langues attribuable à Jésus.

    32
  28. Robert P. Menzies, The Development of Early Christian Pneumatology with Special Reference to Luke-Acts, Journal for the Study of the New Testament, Supplement Series 54, Sheffield Academic Press, 1991. Cité par Healy et Clark, op. cit., p. 70, n. 125.

    33
  29. Saint Ambroise de Milan, hymne Splendor paternae gloriae, dernier vers : « Laeti bibamus sobriam ebrietatem Spiritus ». Voir Patrologia Latina 16, col. 1411.

    34
  30. Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses XVII, 19 (vers 350). Édition critique : Sources Chrétiennes n° 126 bis, Cerf, 1995.

    35
  31. Saint Thomas d'Aquin, In Psalmos Davidis Expositio, sur le Psaume 35 (36) v. 9. Traduction reprise dans Healy et Clark, op. cit., p. 102.

    36
  32. Healy et Clark, op. cit., p. 27-28 : exposé de la division traditionnelle en trois familles (révélation / puissance / parole).

    37 38
  33. Healy et Clark, op. cit., p. 148-149 : récit du père Mathias Thelen et la commande de pizzas. Le père Mathias Thelen est curé de paroisse dans le Michigan et collaborateur régulier de Mary Healy au Sacred Heart Major Seminary de Detroit.

    39
  34. Ralph Martin, Charismatic and Contemplative: What Would John of the Cross Say?, article disponible sur renewalministries.net/files/freeliterature/Char_Cont.pdf. Cité par Healy et Clark, op. cit., p. 31. Texte original anglais : « John is concerned not to "stifle" the charismatic gifts of the Spirit, but to ensure that they may be exercised in an authentic way. »

    40
  35. Marc 11, 22-23, formulation grecque littérale au génitif (pistin theou, « foi de Dieu ») qui suggère que la foi en question est plus qu'une simple conviction humaine — c'est une participation à la foi divine elle-même.

    41
  36. Sur la critique catholique du name it, claim it, voir Cantalamessa, op. cit. ; et Paul L. King, Only Believe: Examining the Origin and Development of Classic and Contemporary Word of Faith Theologies, Word & Spirit Press, 2008.

    42
  37. Healy et Clark, op. cit., p. 164. Saint Paul emploie le pluriel charismata iamatôn (1 Co 12, 9 et 28) pour indiquer la diversité des guérisons : physiques, intérieures, libérations.

    43
  38. Concile Vatican II, décret Ad Gentes sur l'activité missionnaire de l'Église, 7 décembre 1965, §4 : « Pour exercer cette mission, le Christ envoya de la part du Père l'Esprit Saint, qui accomplirait son œuvre salvifique de l'intérieur et inciterait l'Église à se dilater elle-même. »

    44
  39. Bureau des Constatations Médicales de Lourdes et Comité Médical International de Lourdes (CMIL) : 72 miracles reconnus au 16 avril 2025. Le 71ᵉ : guérison de John Traynor, soldat britannique blessé en 1915 et guéri lors du pèlerinage de Liverpool en 1923, reconnue le 8 décembre 2024 par Mgr Malcolm McMahon, archevêque de Liverpool — premier miraculé anglais (CNA, 10 décembre 2024). Le 72ᵉ : guérison d'Antonietta Raco, atteinte de sclérose latérale primitive et guérie en 2009 lors de son pèlerinage, annoncée le 16 avril 2025 par le recteur du sanctuaire, le P. Michel Daubanes, et reconnue par Mgr Vincenzo Orofino, évêque de Tursi-Lagonegro (Catholic World Report / CNA, 16 avril 2025). Sur les dossiers instruits (plus de 7 000 cas examinés), voir Patrick Theillier, Et si on parlait des miracles…, Plon, 2008 ; et Bernard François, Les guérisons de Lourdes — du regard médical au regard de l'Église, Médiaspaul, 2014.

    45
  40. Healy et Clark, op. cit., p. 222-223 : ironie sur le médecin qui refuserait de soigner par souci d'offrande spirituelle. Mary Healy déploie l'argumentaire dans son livre antérieur Guérir — Comment offrir au monde la Miséricorde de Dieu, Éditions des Béatitudes, 2016.

    46
  41. Saint Augustin, La Cité de Dieu XXII, 8. Édition de référence : Œuvres de saint Augustin, série La Cité de Dieu, livres XIX-XXII, Bibliothèque augustinienne, n° 37, Études augustiniennes, 1960.

    47 62
  42. Sur le ministère de Heidi et Rolland Baker au Mozambique : Christianity Today, « What Mama Heidi's World Looks Like in Mozambique », mai 2012 (installation en 1995 auprès des enfants, base d'Iris près de Pemba) ; et site officiel irisglobal.org. Les chiffres de conversions et les récits de résurrections circulant dans le mouvement ne sont étayés par aucune source indépendante publiée et ne sont pas repris ici.

    48
  43. Ralph Martin, prophétie donnée le 22 juillet 1977 à la Conference on Charismatic Renewal in the Christian Churches, Arrowhead Stadium, Kansas City, 50 000 participants catholiques et protestants. Texte intégral et contexte sur renewalministries.net/files/freeliterature/Prophecy.KansasCity_1977.pdf.

    49
  44. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 99, §4. Édition critique : Corpus Christianorum Series Latina 39, Brepols. Sur la jubilation patristique, voir aussi Augustin, En. Ps. 97, 4 ; Grégoire le Grand, Moralia in Job XXIV, 10 et XXVIII, 35 ; Jean Cassien, Conférences X, 11.

    50
  45. Sur les langues et la jubilation chez les mystiques médiévaux : Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique, sermon LVI, 7 (Sources Chrétiennes n° 472, Cerf, 2003) ; Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, q. 176 (sur les langues) ; Thérèse d'Avila, Château intérieur, VI Demeures, ch. 6 ; abbé Francis Trochu, Le Curé d'Ars, Résiac, 1979 : récit d'un témoin du Curé d'Ars priant en langues. Cités par Healy et Clark, op. cit., p. 193-195.

    51
  46. Novatien, De Trinitate XXIX, 9-10. Édition critique : Sources Chrétiennes n° 320, Cerf, 1985. Texte cité intégralement par saint Jean-Paul II dans l'encyclique Veritatis Splendor, 6 août 1993, §108 (note 168 : De Trinitate, XXIX, 9-10 : CCL 4, 70 — vérifié sur le texte de vatican.va).

    53
  47. Saint Jean-Paul II, encyclique Veritatis Splendor, 6 août 1993, §108. Texte intégral sur vatican.va.

    54
  48. Saint Irénée de Lyon, Adversus Haereses II, 32, 4 (vers 180). Édition critique : Sources Chrétiennes n° 294, Cerf, 1982.

    55
  49. Saint Justin Martyr, Deuxième Apologie VI, 5-6 (vers 156). Édition critique : Sources Chrétiennes n° 507, Cerf, 2006.

    56
  50. Origène, Contre Celse I, 46 et VII, 4. Édition critique : Sources Chrétiennes n° 132 et 150, Cerf, 1967-1969.

    57
  51. Tertullien, De Baptismo XX (vers 200). Édition critique : Sources Chrétiennes n° 35, Cerf, 1952.

    58
  52. Saint Cyprien de Carthage, Ad Donatum (Traité à Donatus sur la grâce de Dieu), IV-V (vers 246). Édition critique : Sources Chrétiennes n° 291, Cerf, 1982. Sur le sens du baptême comme effusion charismatique pleine chez Cyprien, voir McDonnell et Montague, op. cit., p. 105-117.

    59
  53. Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses XVII, 37 (vers 350). Édition critique : Sources Chrétiennes n° 126 bis, Cerf, 1995.

    60
  54. Saint Hilaire de Poitiers, Tractatus super Psalmos, sur le Psaume 64, §14-15. Édition critique : Patrologia Latina 9, col. 415 sq.

    61
  55. Augustin reconnaît explicitement son changement de position dans les Retractationes I, 13, 7, à propos de son ancien jugement sur la cessation des miracles : « Cum hoc dicerem, non sic est intellegendum, quasi nulla nunc miracula in Christi nomine fierent ».

    63
  56. Rodney Stark, The Rise of Christianity: A Sociologist Reconsiders History, Princeton University Press, 1996. Édition française : L'essor du christianisme — un sociologue revisite l'histoire, Excelsis, 2013. L'estimation de croissance à 40 % par décennie s'appuie sur des projections démographiques à partir d'estimations basses du nombre de chrétiens à différentes dates.

    64
  57. McDonnell et Montague, op. cit., chapitres conclusifs : analyse historique du déclin des charismes après la légalisation constantinienne, identifiant la baisse de la préparation catéchuménale comme cause principale.

    65
  58. Sur le montanisme et sa condamnation par les évêques d'Asie : Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique V, 16-19. Étude moderne : Christine Trevett, Montanism: Gender, Authority and the New Prophecy, Cambridge University Press, 1996.

    66 106
  59. Saint Irénée de Lyon, Adversus Haereses III, 11, 9. Édition critique : Sources Chrétiennes n° 211, Cerf, 1974.

    67
  60. Healy et Clark, op. cit., p. 99 : énumération des grands acteurs protestants des ministères de guérison au XIXᵉ siècle (Blumhardt, Trudel, Zeller, Stockmayer, Allen, Mix, Cullis, Broadman, Gordon, Simpson, Murray, Spurgeon).

    69
  61. Healy et Clark, op. cit., p. 33-37 : exposé détaillé du cessationnisme protestant et de sa réfutation.

    70
  62. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livre IV, chapitre 19, §18 (chapitre « Des cinq sacrements faussement ainsi nommés »). Édition 1559. Texte anglais (Beveridge) sur ccel.org : « But those miraculous powers and manifest operations, which were distributed by the laying on of hands, have ceased. They were only for a time… » et « the gift of healing, like the rest of the miracles, which the Lord willed to be brought forth for a time, has vanished away in order to make the preaching of the Gospel marvellous for ever. » Sur le cessationnisme calvinien, voir Jon Ruthven, On the Cessation of the Charismata: The Protestant Polemic on Postbiblical Miracles, 2ᵉ éd., Word & Spirit Press, 2011.

    71
  63. Benjamin B. Warfield, Counterfeit Miracles, Scribner, New York, 1918 (rééd. Banner of Truth, 1972) : les miracles néotestamentaires étaient des signes attestant la révélation apostolique ; avec la clôture de l'âge apostolique, ces signes ont cessé.

    72
  64. Gordon D. Fee, The First Epistle to the Corinthians, New International Commentary on the New Testament, Eerdmans, Grand Rapids, 1987, commentaire de 1 Co 13, 8-13 : « the perfect » renvoie à l'Eschaton lui-même, non à une perfection du temps présent ni au canon achevé.

    73
  65. Anthony C. Thiselton, The First Epistle to the Corinthians, New International Greek Testament Commentary, Eerdmans, Grand Rapids, 2000, commentaire de 1 Co 13, 10 : le tout accompli ne viendra qu'à la fin des temps.

    74
  66. Healy et Clark, op. cit., p. 35 : exposé exégétique sur 1 Co 13, 8-10 et l'interprétation patristique anti-montaniste. Sur le caractère majoritaire de la lecture eschatologique, voir Gary S. Shogren, « That Which Is Perfect » in Patristic Exegesis : « The majority viewpoint is and always has been that it is eschatological ».

    75
  67. Healy et Clark, op. cit., p. 34. Estimation reprise de Vinson Synan, The Century of the Holy Spirit, Thomas Nelson, 2001.

    77
  68. Healy et Clark, op. cit., p. 35 (passage résumé ici en paraphrase, la formulation exacte n'ayant pu être vérifiée à la page).

    79
  69. Peter Hocken, Baptized in the Spirit: An Eschatological Concept, Journal of Pentecostal Theology, vol. 13, n° 2, 2005. Repris dans Peter Hocken, The Challenges of the Pentecostal, Charismatic and Messianic Jewish Movements: The Streams of Renewal at the End of the Millennium, Ashgate, 2009.

    80
  70. Treize lettres envoyées à Léon XIII entre 1895 et 1903. Voir Pasquale Macchi et al., Le lettere di Elena Guerra a Leone XIII, Edizioni Vaticane, 1959. Nombre confirmé par Vatican News (« Apostle of the Holy Spirit » : « Elena, encouraged, wrote 13 letters to the Pope between 1[895 and 1903] »).

    81
  71. Léon XIII, bref apostolique Provida Matris Charitate, 5 mai 1895 — bref adressé aux évêques du monde sur la dévotion au Saint-Esprit, recommandant la neuvaine de la Pentecôte. Nature (bref, non exhortation) et date confirmées par CHARIS (« Canonization of Blessed Elena Guerra », charis.international : « On May 5, 1895, the Pope sent the bishops of the world a brief Provida Matris »).

    82
  72. Agnes Ozman (1870-1937), témoignage personnel rapporté dans son autobiographie What the Lord Has Done for Me, Apostolic Faith Mission, 1939. Vinson Synan, The Holiness-Pentecostal Tradition, op. cit., p. 94-95. Le détail du « chinois » vient du récit de Charles Parham lui-même et n'a jamais été vérifié indépendamment.

    85
  73. Saint Jean XXIII, prière pour le succès du concile, reprise à la fin de la constitution apostolique Humanae salutis convoquant Vatican II (25 décembre 1961) : « Renouvelle tes merveilles en notre temps, comme par une nouvelle Pentecôte » (texte anglais : « Renew your wonders in our time, as by a new Pentecost »). Voir Acta Apostolicae Sedis 54 (1962), pp. 5-13.

    86
  74. Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, 21 novembre 1964, §12.

    87 109
  75. Sur le Duquesne Weekend (17-19 février 1967) : Patti Gallagher Mansfield, As by a New Pentecost: The Dramatic Beginning of the Catholic Charismatic Renewal, Franciscan University Press, Steubenville, 1992 ; traduction française : Comme une nouvelle Pentecôte — Les débuts du Renouveau charismatique catholique, Éditions des Béatitudes, 2016.

    88
  76. Mansfield, Comme une nouvelle Pentecôte, EdB, 2016, p. 60.

    89
  77. Saint Paul VI, discours aux participants du IIIᵉ Congrès international du Renouveau charismatique catholique, basilique Saint-Pierre de Rome, lundi de Pentecôte, 19 mai 1975 : « Comment alors ce "renouveau spirituel" ne pourrait-il pas être une "chance" pour l'Église et pour le monde ? » Voir Acta Apostolicae Sedis 67 (1975), p. 365-369 (titre : Iis qui III ex omnibus nationibus Conventui interfuerunt de renovatione charismatica catholica ; « Die 19 mensis maii a. 1975 » — l'AAS ne donne aucun chiffre de participation). Le congrès des 18-19 mai 1975 rassembla environ 12 000 participants de plus de 60 pays : voir l'étude universitaire The Four Phases of the Catholic Charismatic Renewal (1967–2017) (De Gruyter, en accès libre), qui cite La Documentation catholique 1975, p. 562.

    91
  78. Saint Jean-Paul II, Message aux participants au Congrès mondial des mouvements ecclésiaux et des communautés nouvelles, Pentecôte 27 mai 1998. Texte intégral sur vatican.va.

    92
  79. Lettre du 4 mai 2008 transmise par le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État, aux membres du Rinnovamento nello Spirito réunis près de Rimini pour leur 31ᵉ rencontre nationale : le pape y loue et encourage l'engagement du Renouveau pour la communion et la collaboration entre les réalités que l'Esprit a suscitées dans l'Église, et exhorte à unir à la prière l'attention effective aux besoins du monde. Compte rendu dans le National Catholic Register, édition du 11-17 mai 2008 (« Benedict and the Holy Spirit », d'après CNS et Zenit). Sur l'apport doctrinal de Benoît XVI à la coessentialité, voir Iuvenescit Ecclesia §10 : « Dans l'Église, les institutions essentielles sont également charismatiques ».

    93
  80. Pape François, Discours aux participants à la 37ᵉ Convocation nationale du Renouveau dans l'Esprit Saint italien, Stade Olympique de Rome, 1ᵉʳ juin 2014. Texte intégral sur vatican.va.

    94
  81. Commission Doctrinale de l'ICCRS, Baptism in the Holy Spirit, ICCRS, Rome, 2012 ; traduction française : L'effusion de l'Esprit Saint, Éditions des Béatitudes, 2012. Document doctrinal officiel du Service international du Renouveau charismatique catholique.

    96 97
  82. Saint Séraphin de Sarov (1759-1833), Entretien sur le but de la vie chrétienne, recueilli en novembre 1831 par son disciple Nicolas Motovilov et publié pour la première fois en russe en 1903 par Serge Nilus dans la revue Moskovskie Vedomosti. Édition française de référence : Entretien de Saint Séraphin de Sarov avec Motovilov sur le but de la vie chrétienne, Spiritualité Orientale n° 11, Bellefontaine, 1973. Le saint, glorifié dans l'Église orthodoxe en 1903, est l'un des plus grands témoins du baptême dans l'Esprit avant la lettre — il enseignait que tout le christianisme se résume à « stiajanié Sviatago Doukha » (l'acquisition du Saint-Esprit).

    98
  83. Séquence de la Pentecôte Veni Sancte Spiritus, attribuée traditionnellement à Innocent III († 1216), parfois à Étienne Langton († 1228, archevêque de Cantorbéry) ou à Hermann le Contracté. L'attribution à Étienne Langton est aujourd'hui la plus souvent retenue par les historiens. Texte officiel dans le Missel romain, formulaire de la Pentecôte.

    99
  84. Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève, docteur de l'Église, Lettres spirituelles, lettre à sainte Jeanne de Chantal, 1607. Voir l'édition critique des Œuvres de saint François de Sales, t. XIII, Annecy, 1908, p. 360. Le critère est resté l'un des piliers du discernement salésien et fut repris à la lettre par saint Vincent de Paul.

    100
  85. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n. 20 (« est devenu fécond par Marie qu'il a épousée, c'est avec elle, en elle, et d'elle qu'il a produit son chef-d'œuvre, qui est un Dieu fait homme ») et n. 36 (« sa fidèle et indissoluble épouse. Je dis indissoluble épouse ; car depuis que cet Amour substantiel du Père et du Fils a épousé Marie […] il ne l'a jamais répudiée »).

    101
  86. Healy et Clark, op. cit., chapitre 8, Activer les dons spirituels, p. 207-228 : exposé des douze clés pratiques.

    102
  87. Pape François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, §49.

    103
  88. Catéchisme de l'Église catholique, §801.

    104
  89. Healy et Clark, op. cit., p. 197-203 : exposé des cinq tests bibliques de discernement (vérité, amour, gloire au Christ, ordre, fruit).

    105
  90. Première lettre aux Thessaloniciens 5, 19-22.

    107 108
  91. Catéchisme de l'Église catholique, §1832.

    110
  92. Saint Paul, Première aux Corinthiens 13, 1-2 et 13, 8-10.

    111
  93. Saint Jean de la Croix, La Montée du Mont Carmel, livre III, chapitre 30, §2-3. Édition de référence : Œuvres complètes, Cerf, 1990.

    112
  94. Sainte Thérèse d'Avila, citation traditionnelle reprise par Healy et Clark, op. cit., p. 214. Variante attestée dans le Chemin de perfection, ch. 27.

    113
  95. Pape François, Evangelii Gaudium §259-261, sur l'évangélisateur « avec esprit ».

    114
  96. Antienne traditionnelle de la Pentecôte, Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium et tui amoris in eis ignem accende, héritée du rite romain depuis le haut Moyen Âge.

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