Le quiétisme est l'hérésie moderne qui fait de la passivité intérieure le sommet de la perfection chrétienne : ne plus penser, ne plus vouloir, ne plus agir, mais laisser Dieu tout faire en abandonnant l'âme comme un corps sans vie[1]. Son fondateur, le prêtre espagnol Miguel de Molinos (1628-1696), en donne le manuel avec sa Guida spirituale publiée à Rome en 1675[2] ; douze ans plus tard, Innocent XI condamne soixante-huit propositions extraites de ses écrits par la constitution Coelestis Pastor du 20 novembre 1687[3]. La branche française du mouvement — Mme Guyon (1648-1717) et Fénelon (1651-1715) — précipite la plus célèbre querelle théologique du règne de Louis XIV, tranchée par le bref Cum alias d'Innocent XII le 12 mars 1699, qui censure vingt-trois propositions des Maximes des Saints[4].
Le dossier n'est pas une simple affaire de livres interdits. Le quiétisme touche le point le plus délicat de la vie spirituelle : jusqu'où va l'abandon à Dieu, et où commence la démission de la liberté ? L'Église, en le condamnant deux fois en douze ans, n'a pas condamné la contemplation — elle a protégé les sacrements, la confession, l'obéissance et la morale contre une fausse mystique qui les déclarait inutiles aux « parfaits »[5]. Comprendre cette frontière, c'est comprendre pourquoi la plus haute oraison reste une œuvre d'amour libre, jamais une anesthésie de l'âme.
Ce que le quiétisme affirmait : la doctrine en une page
L'annihilation des puissances : ne plus agir
La note fondamentale du système tient dans sa première proposition condamnée : l'homme doit annihiler ses puissances, et c'est cela la voie intérieure[6]. Le désir même d'agir offense Dieu ; il faut s'abandonner entièrement à lui, puis demeurer comme un corps sans vie[7] :
« Il faut s'abandonner entièrement à Dieu, puis demeurer comme un corps sans vie. » — Proposition condamnée n° 2 de Molinos[8]
En ne faisant rien, l'âme s'annihile, retourne à sa source qui est l'essence de Dieu, s'y transforme et s'y divinise : Dieu habite alors en elle[9]. Toute la vie spirituelle se ramène à ce non-agir : les œuvres extérieures ne sont pas nécessaires à la sanctification, et les mortifications volontaires doivent être rejetées comme un fardeau pénible et inutile[10].
Ni crainte ni désir : l'indifférence érigée en perfection
Dans cette voie intérieure, l'âme ne doit penser ni à la récompense ni au châtiment, ni au ciel ni à l'enfer, ni à la mort ni à l'éternité ; elle ne s'occupe ni de son état, ni de ses défauts, ni de ses progrès dans la vertu[11]. Celui qui s'est livré à Dieu ne doit rien lui demander ni le remercier, ne tenir aucun compte des tentations ni leur opposer de résistance active[12] :
« Et si la nature s'émeut, il faut laisser passer son émotion, parce que c'est la nature. » — Proposition condamnée n° 15 de Molinos[13]
L'oraison sans actes et le mépris des moyens
Dans la prière, nulle image, nulle pensée discursive : il faut demeurer dans une « foi obscure », dans le repos, en oubliant toute pensée distincte des attributs divins[14]. Les pensées qui surgissent pendant l'oraison, même impures ou contraires à la foi, ne nuisent pas à la prière si on les subit avec indifférence, sans les encourager ni les chasser : elles en rehaussent au contraire la perfection[15]. Aucune préparation n'est requise avant la communion, aucun remerciement après, sinon de rester dans l'état habituel de résignation passive ; il ne faut susciter en soi aucun sentiment de dévotion, ni produire d'actes d'amour envers la Vierge, les saints ou l'humanité du Christ, parce que ce sont des objets sensibles et que l'amour qu'on leur porte est sensible lui aussi[16].
Le tableau suivant regroupe les soixante-huit propositions condamnées par Coelestis Pastor en huit familles, avec leurs numéros : c'est la photographie exacte de l'erreur[17].
| Famille doctrinale | Propositions | Contenu |
|---|---|---|
| La voie intérieure et l'annihilation | 1-6 | Annihiler ses puissances, demeurer comme un corps sans vie, se diviniser par le non-agir |
| L'indifférence au salut | 7-13 | Ne penser ni récompense ni châtiment, ni ciel ni enfer, ni défauts ni progrès |
| La passivité devant la tentation | 14-17 | Ne rien demander, ne pas résister, laisser faire la nature émue |
| L'oraison sans actes | 18-31 | Foi obscure, mépris de la dévotion sensible, pensées impures subies avec indifférence |
| Les sacrements devenus inutiles | 32-40 | Communion sans préparation, pas d'actes envers la Vierge ni les saints, mortifications rejetées |
| Le démon et la chair | 41-54 | Violences du démon subies sans résistance, silence en confession, trésor de paix |
| La mort mystique | 55-60 | Passion éteinte, péché aboli, paix imperturbable, confession impossible et inutile |
| L'obéissance extérieure seule | 61-68 | Vœu limité aux actes extérieurs, gouvernement de l'évêque tourné en ridicule |
Le point commun de ces huit familles est simple : tout ce que l'Église propose comme moyen — prière vocale, sacrements, direction, obéissance, effort moral — devient un obstacle dès que l'âme se croit parvenue à la « voie intérieure »[18].
Les racines espagnoles : Alumbrados, Falconi, Malaval
Les Alumbrados, des illuminés condamnés dès le XVIᵉ siècle
L'Espagne du Siècle d'or connaît déjà des « illuminés », les Alumbrados, qui professent une absorption en Dieu dispensant du culte extérieur, des sacrements et de la prière, l'obéissance n'étant plus due à aucune loi puisque leur volonté serait identique à celle de Dieu[19]. Condamnés par l'Inquisition espagnole, ils troublent la péninsule aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles et forment l'humus dans lequel naîtra Molinos[20]. Ce n'est pas un hasard si le quiétisme naît en Espagne : c'est là que la frontière entre haute contemplation et illumination sans contrôle est la plus anciennement disputée.
Juan Falconi de Bustamante (1596-1638), le précurseur mercédaire
Le relais doctrinal entre les Alumbrados et Molinos porte un nom : Juan Falconi de Bustamante (1596-1638), religieux de l'ordre de la Merci, mort à Madrid en odeur de science spirituelle mais dont les écrits, publiés après sa mort, diffusent une doctrine de la contemplation passive qui prépare directement la Guida[21]. Les historiens de la spiritualité voient en lui le chaînon espagnol par lequel le molinosisme à venir s'enracine dans une tradition locale déjà suspecte[22].
François Malaval (1627-1719) et la Pratique facile
En France, c'est un laïque aveugle de Marseille, François Malaval (1627-1719), qui popularise la contemplation « facile » avec sa Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation, publiée en 1670[23]. L'ouvrage connaît un immense succès et des traductions, mais après la condamnation de Molinos, la traduction italienne est mise à l'Index en 1688 ; Malaval, lui, se soumet publiquement par des lettres au pape, à Louis XIV et aux évêques de France[24]. Bossuet lui-même l'attaquera dans les années 1690, en pleine lutte contre Mme Guyon et Fénelon, le traitant de laïc sans théologie dans son Instruction sur les états d'oraison de 1697[25]. La recherche moderne distingue généralement sa théologie des doctrines condamnées sous le nom de quiétisme et le replace dans la grande tradition apophatique catholique[26] — ce qui montre que la frontière passait parfois à l'intérieur même des livres suspects, et que l'Église frappait les textes sans frapper aveuglément les hommes.
Miguel de Molinos : de la gloire romaine au cachot (1628-1696)
De Muniesa à Rome : l'ascension d'un directeur recherché
Miguel de Molinos naît près de Muniesa, en Aragon, et les registres le donnent baptisé le 29 juin 1628[27]. Formé chez les jésuites de Valence, ordonné prêtre en 1652, docteur peu après, confesseur de religieuses, il est envoyé à Rome fin 1663 comme postulateur de la cause de béatification du vénérable Francisco Jerónimo Simón[28]. Il ne quittera plus jamais la Ville éternelle.
À Rome, Molinos dirige l'École du Christ, devient le directeur spirituel le plus recherché de l'aristocratie romaine, correspond avec la princesse Borghèse, fréquente la reine Christine de Suède en exil et compte parmi ses admirateurs le cardinal Benedetto Odescalchi — qui devient en 1676 le pape Innocent XI[29]. Quand paraît en 1675 sa Guida spirituale (Guide spirituel), le succès est foudroyant : le livre est traduit en plusieurs langues, couvert d'approbations, et passe pour le manuel définitif de la contemplation[30].
Segneri contre Molinos : le retournement de 1681
Le jésuite Paolo Segneri (1624-1697), grand prédicateur des missions populaires, attaque le premier les maximes quiétistes, sans toujours nommer leurs auteurs[31]. La riposte est cinglante : en 1681, le Saint-Office juge la Guida parfaitement orthodoxe, censure Segneri et met son livre à l'Index — celui de son allié Bellhuomo suit le même chemin[32]. Molinos semble intouchable : protégé par des cardinaux, admiré jusqu'au sommet de l'Église, il triomphe de ses accusateurs.
Mais la pression monte. Les jésuites, battus à Rome, agissent auprès de Louis XIV par son confesseur, le P. de La Chaize ; l'ambassadeur de France à Rome, qui est cardinal, fait des représentations officielles[33]. Le protecteur d'hier, Innocent XI, lâche Molinos : le 18 juillet 1685, le prêtre aragonais est arrêté par les gardes pontificaux et enfermé au château Saint-Ange ; en novembre, le Saint-Office interdit la Guida[34].
Le procès, l'abjuration, la condamnation
Au printemps 1687, Molinos comparaît devant le tribunal du Saint-Office : deux cent soixante-trois propositions tirées de ses œuvres et de dépositions sont sur la table ; d'abord décidé à se défendre, il change d'attitude en mai, confesse ses erreurs de conduite et de doctrine et renonce à plaider[35]. En juillet, le tribunal isole soixante-huit propositions avec leurs censures ; le 23 août, le dossier est lu aux cardinaux inquisiteurs ; le 2 septembre, la sentence tombe : prison à vie[36]. Le 3 septembre 1687, Molinos fait profession publique de ses erreurs dans l'église dominicaine de Sainte-Marie-sur-Minerve[37]. Le 20 novembre, Innocent XI ratifie la condamnation par la constitution Coelestis Pastor, qui frappe les soixante-huit propositions[38]. Molinos meurt en prison en 1696, neuf ans après sa chute[39].
Des dépositions mirent aussi en cause sa conduite personnelle, et le bruit courut dans Rome qu'il avait été convaincu de désordres graves en plus de ses erreurs doctrinales[40]. Ce qu'il faut en retenir est double : d'une part, la condamnation doctrinale se fonde sur les soixante-huit propositions, pièces en main ; d'autre part, la chute d'un directeur adulé rappelle que l'Église juge les doctrines sur les textes, sans jamais transformer un procès en spectacle.
- Fin 1663Molinos s'installe à Rome
Envoyé de Valence comme postulateur d'une cause de béatification, il devient le directeur spirituel à la mode de l'aristocratie romaine.
- 1675La Guida spirituale
Parution à Rome du Guide spirituel : succès européen, traductions, approbations enthousiastes.
- 1681Le triomphe sur Segneri
Le Saint-Office déclare la Guida orthodoxe et met le livre de l'accusateur jésuite à l'Index.
- 18 juillet 1685Arrestation au château Saint-Ange
Sous la pression franco-romaine, Molinos est arrêté ; la Guida est interdite en novembre.
- 2-3 septembre 1687Sentence et abjuration
Prison à vie, puis profession publique des erreurs à Sainte-Marie-sur-Minerve.
- 20 novembre 1687Coelestis Pastor d'Innocent XI
Condamnation des soixante-huit propositions : l'acte de décès doctrinal du molinosisme.
Les compagnons de route : Petrucci, Lacombe, Beccarelli
Le cardinal Petrucci (1636-1701) : la contagion jusqu'au Sacré Collège
L'erreur avait gagné jusqu'aux sommets : Pier Matteo Petrucci (1636-1701), oratorien, évêque de Jesi en 1681 puis cardinal le 2 septembre 1686, avait pris la défense de Molinos contre Segneri[41]. Ses ouvrages de mystique furent examinés à leur tour : cinquante-quatre propositions tirées de huit de ses écrits furent censurées en 1688[42]. Petrucci se soumit aussitôt, démissionna de son évêché en 1696 et fut chargé par Innocent XII d'une visitation apostolique[43]. Sa trajectoire montre que la crise ne visait pas un homme isolé mais un courant qui avait séduit jusqu'aux princes de l'Église — et que la soumission restait toujours possible.
Le P. Lacombe et Joseph Beccarelli : les relais obscurs
Le barnabite François Lacombe, directeur de Mme Guyon, porta ses vues dans les milieux dévots français et fut l'instrument direct de la contagion guyoniste[44]. À Milan, Joseph Beccarelli dut se rétracter devant l'Inquisition de Venise en 1710[45]. Ces figures secondaires comptent : elles prouvent que le quiétisme n'était pas une école romaine confinée, mais un réseau de directeurs et de pénitentes couvrant l'Italie, la France et l'Espagne.
Madame Guyon : l'oraison sans méthode (1648-1717)
Une veuve mystique à la cour de France
Jeanne-Marie Bouvier de la Motte-Guyon naît à Montargis en 1648, est mariée à seize ans en 1664, devient veuve en 1676 et se consacre dès lors à la vie intérieure sous la direction du P. Lacombe[46]. Femme d'une piété ardente et d'un prosélytisme infatigable, elle prêche une oraison « sans méthode » dans les diocèses du Sud-Est, s'attirant les foudres de plusieurs évêques avant de monter à Paris[47].
Le Moyen court et les Torrents
Son petit livre, le Moyen court et très facile de faire oraison, publié en 1685, enseigne à « tourner le cœur vers Dieu » sans préparation, sans livre, sans effort : tout chrétien y serait admis en quelques leçons[48]. Ses Torrents spirituels, qui circulent en manuscrit — avec des copies parfois altérées qu'elle désavouera en partie —, décrivent les états successifs de l'âme anéantie jusqu'à l'union[49]. Le succès est immense dans les salons dévots : la simplicité apparente de la méthode séduit des âmes lasses des exercices réglés, et c'est précisément ce qui inquiète les pasteurs.
Saint-Cyr : l'amitié de Mme de Maintenon
Introduite à Saint-Cyr, la maison d'éducation fondée par Mme de Maintenon, Mme Guyon y gagne l'épouse morganatique de Louis XIV et une partie de la cour[50]. Pendant quelques années, le quiétisme français a son salon, ses protecteurs et son avenir : Fénelon, alors précepteur du duc de Bourgogne, devient son disciple et son défenseur[51]. Mais l'archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, écarté des examens à venir, prend les devants et condamne les ouvrages de Mme Guyon dès le 10 octobre 1694[52] : la machine ecclésiastique est lancée.
Issy (1694-1695) : la dernière chance de l'unité
La commission des trois évêques
Pour examiner la doctrine incriminée, une commission se réunit à Issy en 1694-1695 : Bossuet, évêque de Meaux, Noailles, évêque de Châlons, et Tronson, supérieur de Saint-Sulpice — Fénelon, déjà nommé à Cambrai, est associé à leurs travaux[53]. L'enjeu est considérable : fixer, d'un commun accord, les bornes de l'amour désintéressé et de l'oraison passive, et obtenir la signature de Mme Guyon.
Les trente-quatre articles du 10 mars 1695
Après des mois de délibérations naissent les trente-quatre articles d'Issy, signés le 10 mars 1695 par les commissaires et par Fénelon : ils définissent le pur amour, l'indifférence sainte et les états d'oraison dans un sens orthodoxe[54]. Mme Guyon remet sa soumission signée et Bossuet lui délivre des attestations de catholicité, les 15 avril et 1ᵉʳ juillet 1695[55]. Tout semble réglé : une hérésie naissante vient d'être résorbée par la concertation des pasteurs, sans éclat ni prison.
La rupture : Vincennes, la Bastille, Blois
Mme Guyon, rentrée secrètement à Paris, refuse pourtant de signer la condamnation de ses erreurs rédigée par Bossuet, et la rupture devient publique[56]. La police l'arrête le 24 décembre 1695 : Vincennes d'abord, puis un couvent de Vaugirard, puis la Bastille, où elle reste jusqu'au 21 mars 1703 — plus de sept ans de captivité[57]. Libérée, assignée à résidence à Blois, elle y meurt le 9 juin 1717, entourée d'un petit cercle de fidèles qui diffuseront ses écrits dans toute l'Europe protestante[58]. L'Issy de la concorde a accouché d'une prisonnière d'État : c'est que l'affaire n'était plus seulement spirituelle, elle était devenue une affaire de cour, de parti et de pouvoir.
Bossuet contre Fénelon : la querelle des Maximes (1697-1699)
L'Explication des Maximes des Saints (janvier 1697)
Pour expliquer sa propre lecture des articles d'Issy, Fénelon publie en janvier 1697 son Explication des Maximes des Saints sur la vie intérieure, un traité aride en quarante-cinq articles qui prétend montrer que les expressions les plus hardies de Mme Guyon se retrouvent chez les saints reconnus[59]. Un mois plus tard, Bossuet publie son Instruction sur les états d'oraison, commentaire des trente-quatre articles, qu'il soumet à Fénelon — lequel refuse de la signer, disant que son honneur lui interdit de condamner une femme déjà condamnée : la guerre des libelles est déclarée[60]. Louis XIV, qui reproche à Bossuet de ne pas l'avoir averti que le précepteur de ses petits-fils professait de telles opinions, prend parti : Mme de Maintenon abandonne Fénelon, le roi le relègue à Cambrai dès 1697 et lui retire officiellement le préceptorat en janvier 1699[61].
Le semi-quiétisme : le pur amour sans l'espérance
La doctrine des Maximes, que la tradition appelle semi-quiétisme — suggérée par Molinos, moins extrême dans ses principes et moins dangereuse dans ses applications[62] — tient en quelques thèses. D'abord, il existerait un état habituel d'amour de Dieu totalement pur et désintéressé, sans crainte du châtiment ni désir de la récompense : l'âme y aime Dieu pour lui-même, sans y chercher ni mérite, ni perfection, ni bonheur — c'est la vie contemplative et unitive[63] :
« Il existe un état habituel d'amour de Dieu totalement pur et désintéressé, sans crainte du châtiment ni désir de la récompense. » — Résumé des propositions 1 et 2 des Maximes des Saints[64]
Ensuite, dans cet état de « sainte indifférence », l'âme n'aurait plus aucun désir volontaire et délibéré pour elle-même ; elle ne chercherait son salut que comme une chose que Dieu veut et qu'il lui ordonne de vouloir — jusqu'à la plus célèbre des thèses condamnées, l'acquiescement supposé à sa propre damnation si Dieu la voulait, assorti de distinctions subtiles sur le trouble involontaire qui subsisterait[65]. C'est cette pointe extrême qui fera dire aux censeurs romains que le pur amour fénelonien, à force de désintéressement, finit par contredire l'espérance théologale elle-même.
Rome saisie : l'examen et les pressions (1697-1699)
Fénelon, qui a soumis son livre au Saint-Siège, réclame lui-même le jugement de Rome ; Bossuet, installé à Rome par son neveu, multiplie mémoires et réfutations pendant que Louis XIV insiste, en 1698, pour une condamnation rapide — menaçant, à défaut, de faire censurer les Maximes par les théologiens de Paris[66]. L'examen romain dure près de deux ans : commissaires et consulteurs pèsent chaque article, confrontent les Maximes aux articles d'Issy que Fénelon avait signés, et isolent finalement vingt-trois propositions[67].
Cum alias (12 mars 1699) : les vingt-trois propositions
Le 12 mars 1699, le bref Cum alias d'Innocent XII condamne les vingt-trois propositions extraites des Maximes des Saints[68]. Le tableau suivant en donne la structure, telle que la tradition théologique la résume depuis trois siècles.
| Groupe de propositions | Objet | Le grief de l'Église |
|---|---|---|
| Le pur amour habituel | Props 1-2 | Un état où l'âme aimerait sans aucun retour sur la récompense : l'espérance y devient superflue |
| La sainte indifférence | Props 3-8 | Plus aucun désir pour soi-même : la coopération volontaire à la grâce s'efface |
| Le salut voulu pour Dieu seul | Props 9-14 | Le salut désiré seulement comme bon plaisir divin, non comme notre bien et notre fin |
| L'acquiescement à la damnation | Props 15-18 | Le consentement supposé à sa perte : la pointe extrême, jugée contraire à l'espérance |
| Contemplation et vertus | Props 19-21 | Les vertus distinctes absorbées dans le seul acte d'amour : la vie morale s'aplatit |
| Les épreuves des parfaits | Props 22-23 | Les tentations des âmes avancées déclarées sans danger : le discernement se relâche |
La soumission de Fénelon : l'archevêque exemplaire
Dès la réception du bref, Fénelon s'incline sans réserve : il déclare mettre bas son propre sentiment, accepter le jugement de Rome, publie lui-même la condamnation dans son diocèse de Cambrai et s'y conforme publiquement[69]. Bossuet triomphe dans la controverse, mais c'est le vaincu qui grandit : l'obéissance de l'archevêque de Cambrai, qui contraste avec la résistance opiniâtre des jansénistes de la même époque, fit l'admiration de l'Europe catholique[70]. Pour le dossier janséniste contemporain, qui mêle lui aussi grâce, obéissance et appel contre Rome, voir le jansénisme ; pour le terreau politique gallican de ces conflits sous Louis XIV, voir le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle).
Vraie contemplation et faux quiétisme : le discernement catholique
L'oraison de quiétude existe : sainte Thérèse l'a décrite
L'Église n'a jamais nié qu'il existe une oraison de quiétude : sainte Thérèse d'Avila la décrit comme le premier degré de l'oraison surnaturelle, où la volonté se trouve captive de Dieu dans un recueillement plein de douceur[71]. Mais chez Thérèse, cette quiétude est un don reçu, non une technique fabriquée ; elle coexiste avec l'effort, les œuvres, l'obéissance et les sacrements, et elle se vérifie à ses fruits : humilité, charité, détachement véritable[72]. Le quiétisme a pris le vocabulaire de la quiétude thérésienne pour en faire une méthode universelle et un état permanent : c'est ce détournement, et non la contemplation elle-même, que Rome a frappé.
« Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée. » — Évangile selon saint Luc, 10, 42[73]
La part de Marie n'est pas l'inaction : c'est l'écoute. Et l'écoute, dans l'Évangile, débouche toujours sur l'œuvre :
« Ce n'est pas en me disant : Seigneur, Seigneur ! qu'on entrera dans le royaume des Cieux, mais en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » — Évangile selon saint Matthieu, 7, 21[74]
Le pur amour selon saint François de Sales : aimer sans cesser d'espérer
Bien avant Fénelon, saint François de Sales (1567-1622) avait exploré le pur amour dans son Traité de l'amour de Dieu : aimer Dieu pour lui-même, sans intérêt, est le sommet de la charité[75]. Mais chez le Savoyard, ce sommet n'abolit jamais l'espérance : désirer le ciel et craindre de le perdre restent des actes bons, et l'amour le plus désintéressé n'interdit pas à l'âme de vouloir son salut comme le bien que Dieu veut pour elle[76]. C'est exactement la borne que les Maximes ont franchie : Fénelon a voulu un pur amour sans espérance, là où la tradition tenait un pur amour qui couronne l'espérance sans la détruire.
Saint Jean de la Croix : la passivité infuse n'est pas la paresse acquise
Saint Jean de la Croix (1542-1591) enseigne lui aussi une passivité : dans la nuit obscure, Dieu agit dans l'âme qui ne peut plus méditer ni discourir[77]. Mais cette passivité est infuse et transitoire, accordée par Dieu à l'âme qu'il purifie ; elle ne dispense ni des œuvres, ni de la direction, ni des sacrements, et s'accompagne d'une vigilance douloureuse, non d'une indifférence béate[78]. Le critère est net : la passivité des saints est soufferte (Dieu retire les prises), celle des quiétistes est décidée (l'âme refuse d'agir).
Le tableau suivant résume le discernement, tel que les théologiens le formulent depuis les condamnations romaines.
| Point de comparaison | Contemplation authentique | Faux quiétisme |
|---|---|---|
| L'origine du repos | Don de Dieu, reçu dans la nuit des sens | Technique décidée par l'âme ou le directeur |
| Les actes | Simplifiés mais jamais supprimés : l'amour agit | Supprimés comme indignes des parfaits |
| L'espérance | Couronnée par le pur amour, jamais abolie | Déclarée intéressée, puis abandonnée |
| La tentation | Combattue avec la grâce, confessée | Subie avec indifférence, tue en confession |
| Les sacrements | Fréquentés avec une faim croissante | Déclarés inutiles aux âmes intérieures |
| L'obéissance | Intérieure et extérieure, jusqu'au pape | Extérieure seule, l'intérieur réservé au directeur |
| Les fruits | Humilité, charité concrète, zèle des âmes | Indifférence à tout, y compris au salut d'autrui |
« Priez sans cesse. » — Saint Paul, première épître aux Thessaloniciens, 5, 17[79]
L'injonction paulinienne tranche le débat à elle seule : si la perfection consistait à ne plus produire d'actes, l'Apôtre n'ordonnerait pas un acte permanent[80].
Pourquoi l'Église a frappé si fort
On s'étonne parfois de la sévérité romaine : deux condamnations solennelles en douze ans, des emprisonnements, un archevêque humilié. Mais ce qui était en jeu n'était pas une nuance de vocabulaire mystique : c'étaient la confession (les fautes les plus graves tues au nom de la paix), les sacrements (déclarés inutiles), l'obéissance (réduite à la façade) et la morale conjugale et religieuse (les violences du démon subies sans résistance)[81]. Une doctrine qui soustrait les « parfaits » à tout contrôle, tout en couvrant les désordres sous le manteau de la passivité, est une machine à abus : l'histoire des sectes illuminées, des Bégards aux Alumbrados, l'avait démontré avant Molinos, et le dossier romain le confirma[82]. En frappant le quiétisme, l'Église n'a pas humilié la mystique : elle l'a protégée contre ses contrefaçons — comme elle protège, dans le même siècle, la vraie doctrine de la grâce contre le jansénisme, son exact envers rigoriste.
Héritage : ce qui reste du quiétisme
Le pur amour après Fénelon : une influence souterraine
Le molinosisme ne survit pas à son fondateur : sans chef, sans école, sans livre autorisé après 1687, il s'éteint comme doctrine organisée[83]. Mais la cause fénelonienne connaît une autre fortune : les écrits de l'archevêque de Cambrai, lus avec les correctifs romains, nourrissent pendant deux siècles la spiritualité du pur amour, et Mme Guyon, traduite et rééditée dans le monde protestant, devient paradoxalement une classique de la piété évangélique anglo-saxonne[84]. L'historiographie du XXᵉ siècle, notamment l'école d'Henri Bremond et de son Histoire littéraire du sentiment religieux, rouvre le dossier avec sympathie pour les vaincus — sans jamais remettre en cause le bien-fondé des censures romaines[85].
Le critère catholique pour aujourd'hui
Le quiétisme ne reviendra pas sous son nom : aucune école ne revendique Molinos. Mais ses tentations reviennent sous d'autres noms, et le critère romain reste d'une actualité intacte : toute spiritualité qui éloigne durablement des sacrements, de la confession, de la direction autorisée et de l'obéissance au nom d'une intériorité supérieure reconduit, sous une forme ou une autre, la voie intérieure condamnée en 1687 et 1699[86]. Inversement, toute oraison qui conduit aux sacrements, à la charité concrète et à la confiance filiale marche dans la voie de Thérèse, de Sales et de Jean de la Croix — la voie que l'Église n'a jamais cessé de recommander. Le luthéranisme et le calvinisme avaient rompu avec Rome sur la justification ; le jansénisme sur la grâce ; le quiétisme a rompu sur l'oraison : trois visages d'une même tentation moderne, qui est de simplifier le christianisme en en retranchant une de ses dimensions[87].
Pour aller plus loin
- Lire le jansénisme pour l'autre grande crise française du siècle de Louis XIV — le rigorisme sur la grâce face au relâchement sur l'oraison —, et le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle) pour le terreau politique de ces conflits sous le Roi-Soleil.
- Lire le luthéranisme et le calvinisme pour les ruptures du XVIᵉ siècle sur la justification, dont le quiétisme forme le pendant mystique au XVIIᵉ siècle.
- Miguel de Molinos, Guida spirituale (Rome, 1675) ; édition critique J. I. Tellechea Idígoras (Madrid, 1976)[88] ; les soixante-huit propositions condamnées dans Denzinger, n. 1221 et suiv.[89]
- Bossuet, Instruction sur les états d'oraison (1697)[90] ; Fénelon, Explication des Maximes des Saints (janvier 1697)[91] ; les vingt-trois propositions censurées dans Denzinger, n. 1327 et suiv.[92]
- Henri Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France (1916-1936)[93] : la réouverture sympathique du dossier des vaincus, sans remettre en cause les censures romaines.
Notes et références
E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, vol. 12, New York, Robert Appleton, 1913 : le quiétisme au sens large, doctrine de l'auto-annihilation psychique et de l'absorption dans l'Essence divine.
1M. de Molinos, Guida spirituale, Rome, 1675 ; édition critique J. I. Tellechea Idígoras (ed.), Guía espiritual, Madrid, 1976.
2 88Coelestis Pastor, constitution d'Innocent XI, 20 novembre 1687 : Denzinger, n. 1221 et suiv.
3Cum alias, bref d'Innocent XII, 12 mars 1699 : Denzinger, n. 1327 et suiv.
4Les huit familles de propositions condamnées : oraison, sacrements, confession, obéissance : Denzinger, n. 1221 et suiv.
5Proposition n° 1 : l'homme doit annihiler ses puissances, c'est la voie intérieure : Denzinger, n. 1221.
6Proposition n° 2 : s'abandonner entièrement à Dieu, puis demeurer comme un corps sans vie : Denzinger, n. 1222.
7Traduction française de la proposition n° 2 ; original anglais : « one must abandon oneself entirely to God and thereafter remain as a lifeless body » (E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913).
8Proposition n° 5 : par le non-agir, l'âme retourne à sa source, s'y transforme et s'y divinise : Denzinger, n. 1225.
9Propositions n° 32-40 : œuvres extérieures non nécessaires, mortifications rejetées : Denzinger, n. 1252 et suiv.
10Propositions n° 7-13 : ni récompense ni châtiment, ni ciel ni enfer, ni défauts ni progrès : Denzinger, n. 1227 et suiv.
11Propositions n° 14-17 : ne rien demander, ne pas résister activement : Denzinger, n. 1234 et suiv.
12Traduction française de la proposition n° 15 ; original anglais : « and if nature be stirred one must permit its stirring because it is nature » (E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913).
13Propositions n° 18-20 : foi obscure, mépris de la dévotion sensible : Denzinger, n. 1238 et suiv.
14Pensées impures subies avec indifférence, perfection rehaussée : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
15Communion sans préparation, pas d'actes envers la Vierge, les saints ni l'humanité du Christ : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
16Regroupement des soixante-huit propositions d'après E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913, confronté à Denzinger, n. 1221 et suiv.
17Les moyens devenus obstacles : synthèse des censures de Coelestis Pastor : Denzinger, n. 1221 et suiv.
18Les Illuminés (Alumbrados) : absorption en Dieu, dispense du culte extérieur et des sacrements, volonté identique à celle de Dieu : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
19Secte qui troubla l'Espagne aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
20Juan Falconi de Bustamante (1596-1638), mercédaire espagnol, écrits posthumes préparant la doctrine de la contemplation passive.
21Le chaînon espagnol entre Alumbrados et Molinos : historiographie classique de la spiritualité moderne.
22F. Malaval (1627-1719), Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation, 1670 ; trad. anglaise L. Menzies, intr. E. Underhill, 1938.
23Traduction italienne mise à l'Index en 1688 ; soumission publique de l'auteur au pape, au roi et aux évêques.
24Attaqué par Bossuet dans l'Instruction sur les états d'oraison, 1697.
25La recherche moderne le distingue des doctrines condamnées et le replace dans la tradition apophatique catholique.
26Baptisé le 29 juin 1628 près de Muniesa (Aragon) ; mort à Rome en 1696.
27Formation à Valence, ordination en 1652, envoi à Rome fin 1663 comme postulateur de la cause du vénérable Francisco Jerónimo Simón.
28École du Christ, princesse Borghèse, reine Christine de Suède, cardinal Odescalchi (futur Innocent XI, 1676).
29Traductions, approbations, diffusion européenne avant 1685 : E. Pace, art. « Miguel de Molinos », Catholic Encyclopedia, 1913.
30P. Segneri (1624-1697), missions populaires, premier contradicteur des maximes quiétistes.
31En 1681, le Saint-Office juge la Guida orthodoxe et met Segneri — puis Bellhuomo — à l'Index.
32Pressions jésuites via le P. de La Chaize et représentations de l'ambassadeur de France à Rome.
33Arrestation le 18 juillet 1685, château Saint-Ange ; interdiction de la Guida en novembre 1685.
34Deux cent soixante-trois propositions examinées au printemps 1687 ; revirement de l'accusé en mai, renonciation à plaider.
35Dossier lu aux inquisiteurs le 23 août ; sentence de prison à vie annoncée le 2 septembre 1687.
36Profession publique des erreurs le 3 septembre 1687 à Sainte-Marie-sur-Minerve.
37Coelestis Pastor, 20 novembre 1687, soixante-huit propositions : Denzinger, n. 1221 et suiv.
38 89Mort en prison en 1696, neuf ans après sa chute.
39Dépositions sur la conduite de l'accusé et rumeurs romaines de désordres avoués : dossier du procès de 1687.
40P. M. Petrucci (1636-1701), oratorien, évêque de Jesi (sacre le 20 avril 1681), cardinal le 2 septembre 1686, défenseur de Molinos contre Segneri.
41Cinquante-quatre propositions tirées de huit de ses écrits, censurées en 1688 : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
42Soumission immédiate, démission de Jesi en 1696, visitation apostolique confiée par Innocent XII.
43Le barnabite F. Lacombe, directeur de Mme Guyon : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
44J. Beccarelli de Milan, rétractation devant l'Inquisition de Venise en 1710.
45J.-M. Bouvier de la Motte-Guyon (1648-1717), née à Montargis, mariée en 1664, veuve en 1676, dirigée par le P. Lacombe : E. Pace, art. « Guyon », Catholic Encyclopedia, 1913.
46Prédication de l'oraison sans méthode dans le Sud-Est, conflits avec plusieurs évêques.
47Moyen court et très facile de faire oraison, 1685.
48Les Torrents spirituels, circulation manuscrite, copies partiellement désavouées.
49Introduction à Saint-Cyr et amitié de Mme de Maintenon.
50Fénelon (1651-1715), précepteur du duc de Bourgogne, disciple et défenseur de Mme Guyon.
51Condamnation des ouvrages de Mme Guyon par Harlay de Champvallon, archevêque de Paris, le 10 octobre 1694.
52Commission d'Issy (1694-1695) : Bossuet, Noailles, Tronson, avec Fénelon associé.
53Trente-quatre articles signés le 10 mars 1695.
54Attestations de Bossuet à Mme Guyon, 15 avril et 1ᵉʳ juillet 1695.
55Refus de signer la condamnation de ses erreurs rédigée par Bossuet ; rupture publique.
56Arrestation le 24 décembre 1695 (Vincennes), Vaugirard, Bastille jusqu'au 21 mars 1703 : E. Pace, art. « Guyon », Catholic Encyclopedia, 1913.
57Assignée à Blois, morte le 9 juin 1717 ; diffusion européenne de ses écrits.
58Explication des Maximes des Saints sur la vie intérieure, janvier 1697, traité en quarante-cinq articles : E. Pace, art. « Fénelon », Catholic Encyclopedia, 1913.
59 91Instruction sur les états d'oraison de Bossuet (1627-1704), commentaire des trente-quatre articles, refus de signature de Fénelon.
60 90Relégation à Cambrai (1697), préceptorat officiellement retiré en janvier 1699.
61Doctrine suggérée par Molinos, moins extrême et moins dangereuse : le semi-quiétisme : E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913.
62L'état habituel d'amour pur et désintéressé, sans crainte ni désir : résumé des propositions 1-2 : Denzinger, n. 1327 et suiv.
63Traduction française du résumé des propositions 1-2 ; original anglais : « there is an habitual state of the love of God which is wholly pure and disinterested, without fear of punishment or desire of reward » (E. Pace, art. « Quietism », Catholic Encyclopedia, 1913).
64L'acquiescement supposé à sa propre damnation, la plus célèbre des thèses censurées : Denzinger, n. 1327 et suiv.
65Intervention de Louis XIV en 1698, mémoires du neveu de Bossuet à Rome, menace d'une censure parisienne.
66Examen romain de près de deux ans, vingt-trois propositions isolées.
67Cum alias, 12 mars 1699, vingt-trois propositions : Denzinger, n. 1327 et suiv.
68 92Mise bas de son sentiment, acceptation du jugement de Rome, publication du bref à Cambrai.
69L'obéissance de Fénelon admirée par l'Europe catholique, au rebours de la résistance janséniste.
70Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), l'oraison de quiétude comme premier degré de l'oraison surnaturelle.
71Don reçu, effort maintenu, vérification par les fruits : doctrine thérésienne constante.
72Évangile selon saint Luc, 10, 42.
73Évangile selon saint Matthieu, 7, 21.
74Saint François de Sales (1567-1622), Traité de l'amour de Dieu, le pur amour comme sommet de la charité.
75Le pur amour couronne l'espérance sans l'abolir : doctrine salésienne constante.
76Saint Jean de la Croix (1542-1591), la nuit obscure et l'action purifiante de Dieu dans l'âme.
77Passivité infuse et transitoire, vigilance maintenue : doctrine sanjuaniste constante.
78Première épître aux Thessaloniciens, 5, 17.
79L'acte permanent ordonné par l'Apôtre contre le non-agir des parfaits.
80Confession, sacrements, obéissance, morale : les quatre biens protégés par les deux censures : Denzinger, n. 1221 et suiv. ; n. 1327 et suiv.
81Des Bégards aux Alumbrados, la leçon des illuminismes : soustraire les parfaits au contrôle, c'est ouvrir la porte aux abus.
82Sans chef ni école après 1687, le molinosisme s'éteint comme doctrine organisée.
83Traductions protestantes et fortune anglo-saxonne de Mme Guyon après 1717.
84H. Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, 1916-1936 : réouverture sympathique du dossier, censures non remises en cause.
85 93Le critère romain : ce qui éloigne durablement des sacrements et de l'obéissance au nom de l'intériorité reconduit la voie condamnée.
86Justification, grâce, oraison : la même tentation moderne de simplifier en retranchant.
87