Jansénisme

Le jansénisme : le mouvement né de l’Augustinus posthume de Jansen (1640) et de Port-Royal — grâce efficace, petit nombre des élus, communion rare — condamné par Rome en 1653 puis 1713, et anéanti avec son abbaye en 1709.

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Le jansénisme est le mouvement théologique né autour de l'Augustinus posthume de Cornelius Jansen (Louvain, 1640), qui prétendait restaurer la doctrine de saint Augustin sur la grâce : une grâce efficace à laquelle la volonté tombée ne résiste jamais, un petit nombre d'élus, une morale de l'exigence rare — et qui aboutit à une Église d'élite, à la communion raréfiée et au soupçon jeté sur la volonté salvifique universelle de Dieu.[1] Son centre français, l'abbaye de Port-Royal, en fit en un demi-siècle le plus brillant foyer intellectuel du Grand Siècle — et le plus durable schisme intérieur du catholicisme français moderne.[2]

Condamné par Innocent X (Cum occasione, 31 mai 1653 : cinq propositions)[3], puis par Clément XI (Unigenitus Dei Filius, 8 septembre 1713 : cent une propositions de Quesnel)[4], le mouvement survit à ses censures pendant plus d'un siècle : distinction du droit et du fait, refus du Formulaire, Paix clémentine de 1669, appelants contre Unigenitus, convulsionnaires de Saint-Médard, Nouvelles ecclésiastiques clandestines — jusqu'à la destruction de Port-Royal des Champs (1709-1710) ordonnée par Louis XIV.[5]

Les principales étapes de la controverse de 1640 à 1794. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'Église n'a jamais condamné la sévérité morale en elle-même, ni l'amour de saint Augustin, ni la fréquence repensée des sacrements : elle a condamné une doctrine de la grâce qui rendait Dieu auteur de la damnation du plus grand nombre, ruinait la liberté définie à Trente et fermait aux fidèles la table eucharistique.[6] Comprendre le jansénisme, c'est comprendre pourquoi le catholicisme tient ensemble deux vérités que le système séparait : la toute-puissance de la grâce et la réalité de la liberté — et pourquoi une spiritualité de l'exigence, coupée de la miséricorde, devient une hérésie.[7]

La doctrine en une page : ce que le jansénisme affirmait

Avant les personnes et les dates, il faut saisir le système : le jansénisme n'est pas d'abord une humeur sévère, c'est une théologie de la grâce avec des conséquences morales, sacramentelles et ecclésiales en chaîne.

La grâce efficace et le petit nombre des élus

Le cœur de la thèse, hérité d'une lecture durcie de saint Augustin : depuis la chute, la volonté humaine ne peut que pécher sans une grâce intérieure qui la meut infailliblement ; quand Dieu donne sa grâce efficace, elle triomphe toujours ; quand il la refuse, l'homme tombe nécessairement.[8] Le Christ n'est donc mort efficacement que pour les élus, petit nombre arraché à la masse damnée (massa damnata) — formule augustinienne retournée en système de damnement majoritaire.[9] La liberté subsiste de nom, mais une liberté qui ne peut jamais résister à la motion divine ni jamais s'en passer n'est plus la liberté que le concile de Trente avait définie contre Luther et Calvin.[10]

Cinq propositions extraites de l'Augustinus furent soumises au Saint-Siège — d'abord censurées par la Sorbonne et quatre-vingt-cinq évêques de France, puis condamnées par Innocent X le 31 mai 1653.[11] Les voici, car tout le siècle janséniste tourne autour d'elles :

N°La proposition condamnée (résumé fidèle)Ce qu'elle nie
1Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes, même avec leurs forces présentes, et la grâce leur manque pour les rendre possiblesLa suffisance de la grâce offerte à tous
2Dans l'état de nature tombée, on ne résiste jamais à la grâce intérieureLa liberté de résister ou de consentir
3Pour mériter ou démériter, il suffit d'une liberté exempte de contrainte, non de nécessitéLa liberté indifférente définie à Trente
4Les semi-pélagiens erraient en voulant une grâce à laquelle la volonté peut résister ou obéirLa grâce suffisante véritablement offerte
5Dire que le Christ est mort pour tous les hommes est une erreur semi-pélagienneL'universalité de la Rédemption (1 Tm 2, 4)

Les quatre premières furent qualifiées d'hérétiques à divers degrés, la cinquième de fausse et téméraire — et c'est sur ce socle que Rome bâtira toutes ses censures ultérieures.[12]

« Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes qui veulent et s'efforcent de les accomplir, selon les forces qu'ils ont présentes ; et la grâce par laquelle ils deviendraient possibles leur manque. » — Première des cinq propositions condamnées, constitution Cum occasione, Innocent X, 31 mai 1653[13]

« Dans l'état de la nature tombée, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. » — Deuxième des cinq propositions condamnées, constitution Cum occasione, Innocent X, 31 mai 1653[14]

La morale et les sacrements : les conséquences en chaîne

De la grâce réservée aux élus à la communion rare, puis la réponse catholique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

D'une grâce réservée au petit nombre découle une pastorale de la rareté. Antoine Arnauld, dès De la fréquente communion (1643), exige avant de s'approcher de l'Eucharistie une pureté quasi angélique : pénitence longue, détachement du péché véniel, amour de Dieu purifié — si bien que la communion fréquente devient imprudente, et la communion même, redoutable.[15] Les directeurs de Port-Royal retardent les absolutions, multiplient les délais, tiennent les âmes à distance de la table sainte par crainte du sacrilège — et produisent, par excès de révérence, l'effet inverse : des fidèles qui ne communient presque plus.[16]

Le contraste avec la doctrine catholique est frontal : l'Eucharistie est aussi remède, non seulement récompense des parfaits — « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mt 9, 12) — et la confession fréquente, même des seuls péchés véniels, est encouragée par l'Église.[17] Le rigorisme janséniste sur l'attrition (la contrition imparfaite, par crainte de l'enfer) va jusqu'à en contester la suffisance avec le sacrement, contre l'enseignement tridentin qui la déclare suffisante avec l'absolution.[18]

En quoi cela diffère du calvinisme et du luthéranisme

Trois visions de la grâce et leurs conséquences. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le jansénisme n'est pas un protestantisme déguisé : il garde les sacrements, le sacerdoce, la messe, la dévotion mariale, l'autorité de l'Église en principe — et ses chefs se défendirent toujours d'être hérétiques.[19] Mais sur la grâce, il rejoint matériellement ce que Trente avait condamné chez les réformateurs : la négation de la liberté coopérante et la restriction de la Rédemption. Voir Calvinisme pour le double décret de Genève, Luthéranisme pour le serf arbitre, et Le Concile de Trente (1545-1563) pour les canons sur la justification qui frappent aussi, par avance, les thèses de l'Augustinus.[20]

Les racines : Louvain, Baïus, Jansenius et Saint-Cyran

Michel Baïus, le précurseur condamné

Un demi-siècle avant Jansen, Michel Baïus (1513-1589), professeur à Louvain, avait déjà enseigné une doctrine augustinienne durcie : l'homme déchu ne peut éviter tout péché sans grâce, et les œuvres des infidèles sont des péchés.[21] Pie V condamna soixante-dix-neuf de ses propositions par la bulle Ex omnibus afflictionibus (1er octobre 1567), et Grégoire XIII confirma en 1580.[22] Le parallèle est décisif : Louvain est déjà le laboratoire d'un augustinisme de combat, et Jansen, qui y étudie puis y enseigne, en hérite directement — jusqu'à faire de Baïus un maître à demi avoué.[23]

Jansenius (1585-1638) : une vie pour un livre

Cornelius Jansen — Jansenius — naît en 1585 à Acquoy, près de Leerdam (Provinces-Unies), étudie à Utrecht, Louvain puis Paris, et se lie à Paris avec un jeune basque fougueux, Jean Duvergier de Hauranne, futur abbé de Saint-Cyran (1581-1643).[24] Les deux amis partagent les années 1611-1616 à Bayonne autour d'un programme : relire saint Augustin contre la scolastique régnante, jésuite surtout.[25] Jansen retourne à Louvain, y devient professeur d'Écriture sainte (1630), puis évêque d'Ypres en 1636 — il meurt de la peste le 6 mai 1638, deux ans après son sacre, en laissant un manuscrit de près de mille pages in-folio.[26]

Ce manuscrit, publié à Louvain en 1640 par ses exécuteurs testamentaires sous le titre Augustinus, se présente comme la pure doctrine de l'évêque d'Hippone sur la grâce, la liberté et la prédestination — trois tomes massifs, écrits contre les « semi-pélagiens modernes », c'est-à-dire les molinistes.[27] Le paradoxe, que Rome ne manquera pas de relever : un livre qui se réclame du plus catholique des Pères pour enseigner ce que l'Église avait déjà condamné chez Baïus et chez les réformateurs.[28]

Saint-Cyran, l'organisateur français

Pendant que Jansen écrit, Saint-Cyran organise. Abbé commendataire, directeur de conscience redouté, il prend en main dès 1633 la réforme de Port-Royal, devient le confesseur des Arnauld, et diffuse une spiritualité de la pénitence intégrale : contrition parfaite, délais avant l'absolution, méfiance envers les confesseurs « faciles ».[29] Arrêté sur ordre de Richelieu en 1638 et enfermé à Vincennes jusqu'en 1643 — officiellement pour ses positions sur l'attrition et son opposition au pouvoir, en réalité pour briser un réseau jugé factieux — il meurt quelques mois après sa libération, le 11 octobre 1643, en désignant Arnauld comme son héritier spirituel.[30]

Ses disciples de Port-Royal rapportent ainsi sa pensée : hors de l'Église point de salut, mais pas davantage de salut pour qui demeure dans la corruption du siècle sans une sérieuse pénitence.[31]

Port-Royal : le monastère devenu capitale

Angélique Arnauld et la réforme (1609-1661)

Les ruines de Port-Royal des Champs. Photo de Rémi Mathis, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
Les acteurs de Port-Royal et leurs rôles distincts. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'abbaye cistercienne de Port-Royal des Champs, dans la vallée de Chevreuse, végète jusqu'à ce que sa jeune abbesse Angélique Arnauld (1591-1661) — nommée à onze ans par Henri IV, convertie par une prédication capucine en 1608 — y impose la clôture et la règle en 1609 : c'est la célèbre « journée du guichet », où elle refuse l'entrée à son propre père.[32] Sous sa houlette et celle de sa sœur Agnès, Port-Royal devient le modèle de la réforme cistercienne en France, essaime à Paris (Port-Royal de Paris, rue Saint-Jacques, à partir de 1625), et attire les vocations de la haute robe parisienne — dont cinq sœurs Arnauld.[33]

Les Solitaires et les Petites Écoles (1637-1660)

À partir de 1637, des laïcs — Antoine Le Maistre, son frère Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (1613-1684), Antoine Singlin, Robert Arnauld d'Andilly (1589-1674) — s'installent aux Granges de Port-Royal des Champs pour une vie de prière, de travail manuel et d'étude sous la direction de Saint-Cyran puis de Singlin : ce sont les Solitaires.[34] Leurs Petites Écoles (1637-1660), avec Pierre Nicole (1625-1695), Claude Lancelot et le jeune Jean Racine parmi les élèves, inventent une pédagogie du français, des mathématiques et des langues anciennes qui reste célèbre — la Grammaire générale de Lancelot et Arnauld (1660) et la Logique de Port-Royal d'Arnauld et Nicole (1662) en sont les monuments.[35]

De ce foyer sort aussi la Bible de Port-Royal, dite de Sacy : le Nouveau Testament dit de Mons paraît en 1667, l'Ancien Testament de 1672 à 1696 — la première Bible française traduite sur la Vulgate par des catholiques depuis Louvain, d'une langue qui marquera tous les traducteurs suivants.[36] Paradoxe durable : les condamnés de Rome donnent à la France catholique sa Bible la plus lue du Grand Siècle.[37]

Antoine Arnauld, Pascal et la guerre des Provinciales

De la fréquente communion (1643) : le manifeste sacramentel

En 1643, l'année même de la mort de Saint-Cyran, le jeune docteur de Sorbonne Antoine Arnauld (1612-1694) — vingtième enfant de la famille Arnauld, frère d'Angélique — publie De la fréquente communion : près de mille pages pour démontrer que la communion fréquente, sans longue préparation pénitentielle, est une irrévérence.[38] Le livre, préfacé par Saint-Cyran, fait scandale : les jésuites et les dominicains y voient une entreprise pour détourner les fidèles de l'Eucharistie ; Arnauld y voit la restauration de la discipline des premiers siècles.[39] Le débat qu'il ouvre ne se refermera plus : toute la pastorale janséniste — délais d'absolution, communions rares, confesseurs sévères — en découle directement.[40]

Pascal aux côtés de Port-Royal (1655-1662)

Blaise Pascal (1623-1662) n'est ni prêtre, ni théologien, ni membre de la communauté : un génie laïc, auteur du Traité du vide et de la machine arithmétique, que sa sœur Jacqueline — entrée à Port-Royal en 1652 — attire vers les Solitaires après sa « nuit de feu » du 23 novembre 1654.[41] Quand Arnauld, condamné par la Sorbonne en janvier 1656 pour sa Seconde Lettre à un duc et pair, doit se cacher, Pascal prend la plume : dix-huit Lettres provinciales, signées Louis de Montalte, paraissent de janvier 1656 à mars 1657 — un chef-d'œuvre de langue française et une machine de guerre contre la casuistique jésuite.[42]

« C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. » — Blaise Pascal, Les Provinciales, 12ᵉ lettre, 9 septembre 1656[43]

Le retentissement est immense — et le miracle de la Sainte Épine, le 24 mars 1656, semble donner au Ciel lui-même : Marguerite Périer, nièce de Pascal, pensionnaire à Port-Royal de Paris, guérit instantanément d'une fistule lacrymale au contact d'une relique de la Couronne d'épines ; les chirurgiens attestent, l'Église de Paris reconnaît, et Port-Royal triomphe.[44] Pascal meurt le 19 août 1662, à trente-neuf ans, réconcilié et muni des sacrements — sans avoir jamais signé le Formulaire ni rompu avec Rome : sa cause, rouverte par le vœu de béatification exprimé par François en 2017, reste celle d'un génie catholique marqué par Port-Royal, non d'un hérétique formel.[45]

Saint Vincent de Paul et les adversaires du mouvement

Le jansénisme eut dès l'origine des adversaires catholiques de premier plan. Saint Vincent de Paul (1581-1660), qui connaissait Saint-Cyran depuis 1624 et avait rompu avec lui sur la question de la grâce, œuvra activement à la condamnation des cinq propositions et mit en garde les Filles de la Charité contre les « nouveautés de Port-Royal ».[46] Les jésuites — attaqués nommément dans les Provinciales — et la majorité de l'épiscopat français soutinrent Rome à chaque censure : quatre-vingt-cinq évêques avaient déjà demandé la condamnation en 1649.[47]

La première condamnation : Cum occasione (1653) et la chicane du droit et du fait

Les cinq propositions condamnées le 31 mai 1653

Après la censure de la Sorbonne (1649) et la supplique de l'épiscopat, Innocent X promulgue la constitution Cum occasione le 31 mai 1653 : les cinq propositions extraites de l'Augustinus sont condamnées — les quatre premières comme hérétiques à divers degrés, la cinquième comme fausse et téméraire — avec la formule solennelle qui frappe aussi bien le sens de Jansen que toute doctrine équivalente.[48] Référence doctrinale stable depuis : Denzinger, n° 2001-2007.[49]

La distinction du droit et du fait : accepter sans se soumettre

La distinction du droit et du fait, puis la réponse d'Alexandre VII. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La réplique d'Arnauld, aussitôt formulée (1654), est un chef-d'œuvre de subtilité : en droit, les cinq propositions sont justement condamnées ; en fait, elles ne se trouvent pas dans l'Augustinus au sens condamné — l'Église serait donc infaillible sur le droit (la doctrine) mais faillible sur le fait (l'attribution à Jansen).[50] Alexandre VII tranche par la constitution Ad sanctam beati Petri sedem (16 octobre 1656) : les propositions sont bien de Jansen, condamnées au sens de Jansen — et le Formulaire d'adhésion, imposé au clergé dès 1661 puis par la constitution Regiminis Apostolici (1665), exige la signature de tous.[51]

Le Formulaire, les religieuses et la Paix clémentine (1661-1669)

L'exigence de signer fait des victimes héroïques et ambiguës : les religieuses de Port-Royal, Jacqueline Pascal en tête, signent en 1661 avec des restrictions mentales qui vident la signature de son sens — Jacqueline en meurt de chagrin le 4 octobre 1661, à trente-six ans.[52] Les Solitaires sont dispersés (1660), les Petites Écoles fermées, Arnauld caché puis exilé. Puis Clément IX, en 1669, accepte une paix de compromis — la Paix clémentine ou Paix de l'Église : les jansénistes signent le Formulaire en gardant le « silence respectueux » sur le fait, et Port-Royal renaît pour quarante ans.[53] Paix boiteuse, qui ne résout rien sur le fond et prépare la rechute.[54]

  1. 6 mai 1638
    Mort de Jansenius à Ypres

    L'évêque d'Ypres meurt de la peste en laissant le manuscrit de l'Augustinus, publié à Louvain en 1640.

  2. 1643
    De la fréquente communion et mort de Saint-Cyran

    Arnauld publie son manifeste eucharistique ; Saint-Cyran meurt le 11 octobre, libéré de Vincennes depuis quelques mois.

  3. 31 mai 1653
    Cum occasione d'Innocent X

    Condamnation des cinq propositions extraites de l'Augustinus (DH 2001-2007).

  4. 1656-1657
    Les Provinciales et la Sainte Épine

    Dix-huit lettres de Pascal (janvier 1656-mars 1657) ; guérison de Marguerite Périer le 24 mars 1656.

  5. 1669
    Paix clémentine

    Clément IX accepte le compromis du silence respectueux : Port-Royal renaît pour quarante ans.

  6. 1708-1710
    Suppression et destruction de Port-Royal

    Bulle de suppression de Clément XI (1708), expulsion des dernières religieuses (29 octobre 1709), démolition (1710).

  7. 8 septembre 1713
    Unigenitus de Clément XI

    Condamnation des cent une propositions de Quesnel (DH 2390-2490) : la grande charte anti-janséniste du siècle.

  8. 1732
    Fermeture du cimetière Saint-Médard

    Fin officielle des convulsions sur la tombe du diacre Pâris (27 janvier 1732) — le jansénisme devient secte à miracles.

  9. 1786-1794
    Pistoie et Auctorem fidei

    Le synode jansénisant de Pistoie (1786) est condamné par Pie VI le 28 août 1794 (DH 2600-2700).

Le second jansénisme : Quesnel et Unigenitus (1713)

Les Réflexions morales de Pasquier Quesnel (1634-1719)

Pasquier Quesnel, gravure en frontispice de 1718. Wikimedia Commons, domaine public.
Quatre actes romains qui ont jalonné la controverse. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le flambeau passe à l'oratorien Pasquier Quesnel (1634-1719), exclu de l'Oratoire en 1684 pour ses positions, réfugié à Bruxelles : ses Réflexions morales sur le Nouveau Testament — d'abord un abrégé en 1668, édition complète en 1692, traduite et diffusée à des centaines de milliers d'exemplaires — portent le jansénisme dans toutes les paroisses sous couvert de piété évangélique.[55] Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, les avait d'abord approuvées (1695) avant de se rétracter : le piège est redoutable, car le livre mêle maximes édifiantes et thèses condamnées.[56]

Les cent une propositions condamnées le 8 septembre 1713

À la demande de Louis XIV, excédé par un parti devenu faction gallicane et parlementaire, Clément XI promulgue la constitution Unigenitus Dei Filius le 8 septembre 1713 : cent une propositions de Quesnel y sont condamnées avec les qualifications les plus graves — fausses, captieuses, scandaleuses, pernicieuses, injurieuses à l'Église, séditieuses, blasphématoires, hérétiques.[57] Référence doctrinale : Denzinger, n° 2390-2490.[58] Parmi les plus célèbres : la restriction de la prière et de la grâce aux seuls prédestinés, la condamnation de toute crainte servile, l'affirmation que l'excommunication injuste ne doit pas empêcher le devoir — tout un esprit d'Église parallèle.[59]

« La grâce de Jésus-Christ, principe efficace de tout bien quel qu'il soit, est nécessaire à toute bonne œuvre ; sans elle, non seulement rien ne se fait, mais rien ne peut se faire. » (traduit du latin) — Pasquier Quesnel, Réflexions morales, proposition 2 condamnée dans Unigenitus (DH 2402) : vraie en elle-même, fausse dans le système qui en fait une grâce à laquelle on ne résiste jamais[60]

La leçon de méthode est capitale : Unigenitus ne condamne pas des phrases matériellement fausses une à une, mais des assertions vraies isolément et fausses dans l'esprit du système — la marque d'une hérésie savante, qui dit le vrai pour faire passer le faux.[61]

La destruction de Port-Royal (1708-1713)

Entre-temps, le pouvoir a frappé le symbole. Clément XI supprime Port-Royal des Champs par bulle de 1708 ; le 29 octobre 1709, les vingt-cinq dernières religieuses sont expulsées par la force et dispersées dans d'autres monastères ; en 1710, sur ordre de Louis XIV, les bâtiments sont rasés, l'église démolie, et les corps même du cimetière exhumés : une destruction si complète qu'il n'en resta pour ainsi dire rien debout.[62] Port-Royal de Paris, soumis, survit jusqu'à la Révolution. La violence de l'exécution — applaudie par les jésuites, pleurée par tout ce que la France compte d'esprits indépendants — fait du jansénisme un parti de victimes du despotisme, et lui assure une postérité politique bien au-delà de la théologie.[63]

Appelants, convulsionnaires et presse clandestine : le siècle janséniste

L'appel au concile (1717-1730)

Unigenitus divise la France en deux : acceptants et appelants. En mars 1717, quatre évêques — dont Soanen de Senez — puis la Sorbonne, douze évêques et des centaines de curés appellent de la bulle au futur concile général, ressuscitant les vieilles thèses conciliaristes et gallicanes.[64] Voir Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle) pour le terreau politique de cet appel : le jansénisme tardif est autant un parti parlementaire et gallican qu'une théologie.[65] L'appel est condamné par Rome (1718), les appelants se soumettent les uns après les autres ou s'obstinent : Soanen est déposé au concile d'Embrun (1727).[66]

Saint-Médard et les convulsions (1727-1732)

Le diacre François de Pâris (1690-1727), appelant notoire mort en odeur de sainteté dans un dénuement extrême, attire sur sa tombe au cimetière de Saint-Médard des foules de malades : guérisons alléguées, puis convulsions, glossolalies, « secours » violents administrés aux convulsionnaires.[67] L'archevêque de Paris puis le pouvoir ferment le cimetière le 27 janvier 1732 — d'où le fameux distique placardé sur la grille : « De par le Roi, défense à Dieu / De faire miracle en ce lieu ».[68] L'Église n'y voit ni la sobriété des miracles reconnus ni les fruits de l'Esprit, mais l'hystérie d'une secte : le contraste avec les guérisons de Lourdes ou le miracle de la Sainte Épine, discernés avec rigueur, est total.[69]

Les Nouvelles ecclésiastiques (1728-1803)

Dès 1728, le parti se dote d'un journal clandestin, les Nouvelles ecclésiastiques, qui paraît sans interruption jusqu'en 1803 : première presse d'opinion religieuse de France, elle tient la chronique de la persécution, colporte les « miracles » du parti et forme des générations de curés à la détestation des jésuites et de Rome.[70] Quand la Compagnie de Jésus est supprimée en France (1764) puis par Clément XIV (1773), les jansénistes et les parlements jubilent : leur plus vieil ennemi tombe — mais le triomphe est politique, non doctrinal.[71]

Le jansénisme tardif : Utrecht, Pistoie et la fin doctrinale

L'Église d'Utrecht : un schisme qui dure

Les appelants irréconciliables trouvent refuge aux Provinces-Unies : le chapitre d'Utrecht, en rupture avec Rome depuis la déposition de l'archevêché, élit ses propres archevêques et se fait sacrer par Dominique-Marie Varlet (1678-1742) en 1724 — acte schismatique consommé.[72] Cette « Église vieille-catholique » d'Utrecht, janséniste d'origine, subsiste jusqu'à nos jours hors de la communion romaine : c'est elle qui accueillera au XIXᵉ siècle les vieux-catholiques allemands et suisses après Vatican I.[73]

Le synode de Pistoie (1786) et Auctorem fidei (1794)

Le dernier avatar continental est italien : Scipione de' Ricci (1741-1810), évêque de Pistoie sous la protection du grand-duc Léopold de Toscane, fait voter en septembre 1786 un synode qui reprend en bloc le programme janséniste — communion rare exigée, messes basses multipliées, dévotion au Sacré-Cœur suspectée, appelants réhabilités.[74] Pie VI répond par la bulle Auctorem fidei (28 août 1794), qui censure quatre-vingt-cinq propositions : la plus ample condamnation du jansénisme, devenue avec Unigenitus la charte du magistère sur la grâce, les sacrements et l'Église.[75] Référence : Denzinger, n° 2600-2700.[76]

Le concile Vatican I et la clôture du dossier gallican

La constitution Pastor æternus (18 juillet 1870) — primauté et infaillibilité pontificales — enterre définitivement l'écosystème gallicano-janséniste de l'appel au concile contre le pape.[77] Le jansénisme comme parti meurt alors ; il survit comme tempérament : rigorisme moral, communion rare, méfiance envers Rome, Église d'élite — un esprit que l'on retrouve, dilué, dans bien des raideurs postérieures, à droite comme à gauche.[78]

La doctrine catholique en face : grâce, liberté, miséricorde

Ce que l'Église tient pour certain

Face au système, le magistère rappelle trois certitudes, définies à Trente et constantes depuis :

Vérité catholiqueFormulationSource
Dieu veut sauver tous les hommes« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés »1 Tm 2, 4[79]
Le Christ est mort pour tous« Il est lui-même victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier »1 Jn 2, 2[80]
L'homme coopère librement à la grâceLa volonté « ne peut ni ne doit » se tenir pour inactive ; damnation seulement par faute propreTrente, sess. VI, ch. 5 et canons[81]
La grâce est offerte à tous, efficacement aux consentantsDistinction de la grâce suffisante et de la grâce efficace, dans l'école thomiste comme dans l'école moliniste — deux opinions libresMagistère constant, jamais tranché entre les écoles[82]
L'Eucharistie est remède autant que récompenseCommunion fréquente recommandée aux âmes en état de grâcePie X, Sacra Tridentina Synodus, 20 déc. 1905[83]

« Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » — Saint Paul, Première épître à Timothée, 2, 4[84]

« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. » — Jésus-Christ, Évangile selon saint Matthieu, 11, 28[85]

Volonté salvifique universelle, liberté de réponse et Eucharistie remède. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces deux paroles, à elles seules, ruinent le système : un Dieu qui appelle tous les accablés ne réserve pas sa grâce efficace à un petit nombre inconnaissable, et une Rédemption offerte pour le monde entier n'est pas une rançon d'élite.[86]

Pourquoi la sévérité n'est pas le problème

L'Église n'a jamais fait grief aux jansénistes d'aimer la pénitence, la retraite, la pureté du culte, la lecture de l'Écriture — Port-Royal a produit des saints manqués et des chefs-d'œuvre, et la Logique, la Grammaire, la Bible de Sacy restent des biens communs.[87] Elle leur a fait grief de transformer des conseils d'exigence en dogmes de damnation : quand la prudence avant de communier devient l'interdit de communier, quand l'humilité devant la grâce devient la négation de la liberté, la spiritualité change de nature — elle n'élève plus vers Dieu, elle désespère de la miséricorde.[88] Le jansénisme est la preuve, par l'histoire, que l'on peut se damner par excès de sévérité aussi sûrement que par laxisme.[89]

Héritage : ce qui reste du jansénisme

Dans l'Église : le rigorisme diffus et ses correctifs

Le parti mort, l'esprit survit par capillarité : communion raréfiée dans les paroisses françaises jusqu'au décret de Pie X sur la communion fréquente (Sacra Tridentina Synodus, 20 décembre 1905) et l'abaissement de l'âge de la première communion (Quam singulari, 8 août 1910) — deux actes qui sont, à un siècle et demi de distance, la réponse pastorale romaine au legs sacramentel de Port-Royal.[90] La morale alphonsienne de la bénignité, portée par saint Alphonse de Liguori (1696-1787) contre le rigorisme ambiant, achève de rééquilibrer la casuistique : son Équiprobabilisme rouvre aux âmes scrupuleuses le chemin que les directeurs jansénistes leur fermaient.[91]

Hors de l'Église : un mythe littéraire et politique

Sainte-Beuve et son monumental Port-Royal (1840-1859, cinq volumes) font des vaincus les héros de la conscience contre l'absolutisme — lecture reprise par tout le XIXᵉ siècle anticlérical, qui enrôle les jansénistes dans sa propre guerre contre les jésuites et Rome.[92] Les historiens catholiques — Louis Cognet (Le Jansénisme, « Que sais-je ? », 1961), les travaux de l'école de Jean Orcibal — restituent depuis un tableau plus juste : ni monstres ni martyrs, mais des chrétiens exigeants égarés par un faux système de la grâce, et finalement brisés par un pouvoir qui confondait l'hérésie avec la fronde.[93]

Le critère catholique pour aujourd'hui

Le critère ne change pas : toute spiritualité qui éloigne durablement des sacrements au nom de la pureté, qui fait de la communion une récompense au lieu d'un remède, ou qui présente Dieu comme réservant son amour à une élite, reconduit — sans le savoir — le geste de Port-Royal.[94] À l'inverse, toute exigence qui conduit aux sacrements, à la confession fréquente et à la confiance en la miséricorde reste dans la grande tradition : la sévérité envers soi n'est catholique que si elle s'achève en abandon.[95]

Pour aller plus loin

  • Lire Calvinisme et Luthéranisme pour les doctrines de la prédestination condamnées par le concile de Trente, et Le Concile de Trente (1545-1563) pour les décrets sur la justification et les sacrements.
  • Lire Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle) pour le terreau politique de l'appel contre Unigenitus et la destruction de Port-Royal.
  • Cornelius Jansen, Augustinus (Louvain, J. Zeger, 1640, 3 vol. in-folio) : le texte matriciel, à consulter dans les grandes bibliothèques (Gallica, bibliothèques universitaires).[96]
  • Antoine Arnauld, De la fréquente communion (Paris, A. Vitré, 1643) ; Blaise Pascal, Les Provinciales (1656-1657) et les Pensées (éd. Lafuma ou Sellier).[97]
  • Louis Cognet, Le Jansénisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1961 : la synthèse catholique la plus sûre pour entrer dans le dossier.[98]
  • Charles-Augustin Sainte-Beuve, Port-Royal (Paris, Hachette, 1840-1859, 5 vol.) : le monument littéraire, à lire avec discernement tant l'auteur prend parti pour les vaincus.[99]
  • Textes magistériels : Cum occasione (Innocent X, 31 mai 1653), Unigenitus Dei Filius (Clément XI, 8 septembre 1713), Auctorem fidei (Pie VI, 28 août 1794) — dans Denzinger-Hünermann, Enchiridion symbolorum, et pour Trente le décret De iustificatione (VIᵉ session, 13 janvier 1547).[100]

Notes et références

  1. Cornelius Jansen (Jansenius) (1585-1638), évêque d'Ypres : Augustinus, Louvain, J. Zeger, 1640, 3 vol. in-folio, posthume. Présentation : article « Jansenism », Catholic Encyclopedia (1913), sur https://www.newadvent.org/cathen/08285a.htm

    1
  2. Sur Port-Royal comme foyer : article « Port-Royal », Catholic Encyclopedia (1913), sur https://www.newadvent.org/cathen/12299a.htm ; Louis Cognet, Le Jansénisme, PUF, « Que sais-je ? », 1961.

    2
  3. Innocent X, constitution Cum occasione, 31 mai 1653 : condamnation des cinq propositions. Cf. Philip Schaff, Creeds of Christendom, vol. I, Harper & Brothers, New York, 1877, ch. VI.

    3
  4. Clément XI, constitution Unigenitus Dei Filius, 8 septembre 1713 : condamnation de cent une propositions de Quesnel. Cf. Catholic Encyclopedia (1913), art. « Unigenitus ».

    4
  5. Expulsion des dernières religieuses le 29 octobre 1709, démolition en 1710 : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Port-Royal ».

    5
  6. Concile de Trente, VIᵉ session, décret De iustificatione, 13 janvier 1547, ch. 5 et canons : DH 1520-1583.

    6
  7. Thèse de l'article : la double vérité de la grâce efficace et de la liberté coopérante, contre leur séparation janséniste.

    7
  8. Sur la grâce efficace irrésistible selon l'Augustinus : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Jansenism » ; Schaff, Creeds of Christendom, vol. I, 1877.

    8
  9. La massa damnata augustinienne durcie en système : cf. Catholic Encyclopedia (1913), art. « Jansenius and Jansenism ».

    9
  10. Trente, sess. VI, canons sur la liberté coopérante : DH 1554-1559, dont le canon 4 (DH 1554) et le canon 5.

    10
  11. Censure de la Sorbonne (1649) et supplique de quatre-vingt-cinq évêques : cf. Catholic Encyclopedia (1913), art. « Jansenism ».

    11
  12. Qualifications de 1653 : les quatre premières propositions condamnées comme hérétiques, la cinquième comme fausse et téméraire. Cf. Denzinger-Hünermann, n° 2001-2007 ; article « Arnauld », Catholic Encyclopedia (1913), sur https://www.newadvent.org/cathen/01742a.htm : « the first four were condemned as heretical, and the fifth as false and rash ».

    12
  13. Première proposition, traduite du latin de Cum occasione : Denzinger, n° 2001.

    13
  14. Deuxième proposition : Denzinger, n° 2002.

    14
  15. Antoine Arnauld (1612-1694), De la fréquente communion, Paris, A. Vitré, 1643.

    15
  16. Sur la pastorale de la rareté (délais, absolutions différées) : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    16
  17. L'Eucharistie comme remède : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin » (Mt 9, 12) ; Catéchisme de l'Église catholique, § 1391-1395.

    17
  18. L'attrition suffit avec le sacrement de pénitence : Trente, sess. XIV, ch. 4 : DH 1677-1678.

    18
  19. Le jansénisme garde sacrements, sacerdoce et messe : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Jansenism ».

    19
  20. Voir Le Concile de Trente (1545-1563) pour les décrets sur la justification (sess. VI, 1547) et l'Eucharistie (sess. XIII, 1551).

    20
  21. Michel Baïus (1513-1589), professeur à Louvain : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Baius ».

    21
  22. Pie V, bulle Ex omnibus afflictionibus, 1er octobre 1567 (79 propositions) ; confirmation de Grégoire XIII, 1580.

    22
  23. Louvain, laboratoire de l'augustinisme durci : Cognet, Le Jansénisme, 1961, ch. I.

    23
  24. Jansen (1585-1638), études à Utrecht, Louvain et Paris, amitié avec Duvergier : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Jansenius ».

    24
  25. Séjour commun de Jansen et Saint-Cyran à Bayonne (1611-1616) autour de saint Augustin : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Saint-Cyran ».

    25
  26. Professeur d'Écriture à Louvain (1630), évêque d'Ypres (1636), mort de la peste le 6 mai 1638 : art. « Jansenius », Catholic Encyclopedia (1913).

    26
  27. Augustinus, 3 tomes contre les « semi-pélagiens modernes » : présentation dans Schaff, Creeds of Christendom, vol. I, 1877.

    27
  28. Le paradoxe d'un Augustin retourné contre l'Église : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    28
  29. Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643), direction de Port-Royal dès 1633, pénitence intégrale : Catholic Encyclopedia (1913).

    29
  30. Emprisonnement à Vincennes (1638-1643), mort le 11 octobre 1643 : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Saint-Cyran ».

    30
  31. Pensée de Saint-Cyran sur la pénitence sérieuse, d'après les mémoires de Port-Royal (Fontaine, Lancelot) : rendue ici en paraphrase, l'original exact avec sa référence n'ayant pu être vérifié.

    31
  32. Mère Angélique Arnauld (1591-1661), la « journée du guichet » (1609) : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Port-Royal ».

    32
  33. Port-Royal de Paris (1625, rue Saint-Jacques) et les cinq sœurs Arnauld : art. « Port-Royal », Catholic Encyclopedia (1913).

    33
  34. Les Solitaires des Granges (1637 ss.), Singlin, Sacy, Arnauld d'Andilly : Sainte-Beuve, Port-Royal, Hachette, 1840-1859.

    34
  35. Petites Écoles (1637-1660), Lancelot, Nicole, Racine élève ; Grammaire générale (1660), Logique (1662) : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    35
  36. Bible de Sacy : Nouveau Testament de Mons (1667), Ancien Testament (1672-1696), sur la Vulgate.

    36
  37. La Bible catholique la plus lue du Grand Siècle sortie d'un foyer condamné : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    37
  38. Arnauld, De la fréquente communion, 1643 : près de mille pages sur la préparation pénitentielle.

    38
  39. Polémique de 1643 avec jésuites et dominicains : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Arnauld ».

    39
  40. La pastorale arnaldienne (délais, communion rare) comme matrice du rigorisme : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    40
  41. Pascal (1623-1662), Jacqueline à Port-Royal (1652), nuit de feu du 23 novembre 1654 : cf. biographies classiques (J. Mesnard).

    41
  42. Dix-huit Provinciales, signées Louis de Montalte, janvier 1656-mars 1657.

    42
  43. Blaise Pascal, Les Provinciales, 12ᵉ lettre, 9 septembre 1656 — « C'est une étrange et longue guerre… ».

    43
  44. Miracle de la Sainte Épine, 24 mars 1656, guérison de Marguerite Périer, reconnue par l'Église de Paris.

    44
  45. Mort de Pascal le 19 août 1662, muni des sacrements ; vœu de béatification exprimé par François (2017).

    45
  46. Saint Vincent de Paul (1581-1660), rupture avec Saint-Cyran, soutien à la condamnation : cf. P. Coste, Monsieur Vincent.

    46
  47. Jésuites et quatre-vingt-cinq évêques (1649) pour la condamnation : Catholic Encyclopedia (1913).

    47
  48. Cum occasione, 31 mai 1653, formule frappant le sens de Jansen et toute doctrine équivalente : DH 2001-2007.

    48
  49. Denzinger-Hünermann, Enchiridion symbolorum, n° 2001-2007 (Cum occasione).

    49
  50. La distinction arnaldienne du droit et du fait (1654) : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Jansenism ».

    50
  51. Alexandre VII, Ad sanctam beati Petri sedem, 16 octobre 1656 ; Formulaire (1661), Regiminis Apostolici (1665) : DH 2010-2012.

    51
  52. Jacqueline Pascal, signature restreinte (1661), mort le 4 octobre 1661 à trente-six ans.

    52
  53. Clément IX, Paix clémentine ou Paix de l'Église (1669), « silence respectueux » : Catholic Encyclopedia (1913).

    53
  54. Paix sans résolution doctrinale, rechute programmée : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    54
  55. Pasquier Quesnel (1634-1719), Réflexions morales, abrégé (1668), édition complète (1692), diffusion massive.

    55
  56. Approbation initiale du cardinal de Noailles (1695), puis rétractation : Catholic Encyclopedia (1913), art. « Quesnel ».

    56
  57. Unigenitus Dei Filius, 8 septembre 1713, cent une propositions, qualifications graduées : DH 2390-2490.

    57
  58. Denzinger-Hünermann, n° 2390-2490 (Unigenitus).

    58
  59. Échantillon célèbre : grâce aux seuls prédestinés, crainte servile, excommunication injuste : DH 2390-2490.

    59
  60. Clément XI, Unigenitus Dei Filius, 8 septembre 1713, proposition 2 (DH 2402 = Dz 1352). Latin : « Jesu Christi gratia, principium efficax boni cujuscunque generis, necessaria est ad omne opus bonum ; absque illa non solum nihil fit, sed nec fieri potest » (Denzinger, éd. angl. : « The grace of Jesus Christ, which is the efficacious principle of every kind of good, is necessary for every good work ; without it, not only is nothing done, but nothing can be done ») ; la citation française ci-dessus en est la traduction, vraie isolément, fausse dans le système de l'irrésistible.

    60
  61. La méthode d'Unigenitus (le vrai utilisé pour le faux) : cf. commentaires classiques de la bulle.

    61
  62. Suppression par Clément XI (1708), expulsion du 29 octobre 1709, rasement de 1710, exhumations : art. « Port-Royal », Catholic Encyclopedia (1913).

    62
  63. Le parti des victimes et sa postérité politique au-delà de la théologie : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    63
  64. Appel de quatre évêques (mars 1717), Sorbonne, douze évêques, curés appelants : Catholic Encyclopedia (1913).

    64
  65. Voir Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle) pour le terreau gallican et parlementaire de l'appel.

    65
  66. Condamnation romaine de l'appel (1718) ; déposition de Soanen au concile d'Embrun (1727).

    66
  67. François de Pâris (1690-1727), tombe de Saint-Médard, convulsions et « secours » : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    67
  68. Fermeture du cimetière le 27 janvier 1732 et le distique « De par le Roi, défense à Dieu… », placardé sur la grille.

    68
  69. Discernement ecclésial : sobriété et fruits contre l'hystérie sectaire ; contraste avec la Sainte Épine (1656), reconnue.

    69
  70. Nouvelles ecclésiastiques (1728-1803), presse clandestine du parti : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    70
  71. Suppression de la Compagnie en France (1764), puis par Clément XIV (1773) : triomphe politique, non doctrinal.

    71
  72. Sacres de Dominique-Marie Varlet (1678-1742) pour Utrecht (1724) : schisme consommé.

    72
  73. L'Église d'Utrecht, matrice des vieux-catholiques du XIXᵉ siècle après Vatican I.

    73
  74. Synode de Pistoie (septembre 1786) sous Scipione de' Ricci (1741-1810) et le grand-duc Léopold : programme janséniste.

    74
  75. Pie VI, Auctorem fidei, 28 août 1794, quatre-vingt-cinq propositions censurées.

    75
  76. Denzinger-Hünermann, n° 2600-2700 (Auctorem fidei).

    76
  77. Vatican I, Pastor æternus (18 juillet 1870) : clôture de l'appel au concile contre le pape.

    77
  78. Le jansénisme survit comme tempérament (rigorisme, communion rare, méfiance romaine) : Cognet, Le Jansénisme, 1961.

    78
  79. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4).

    79
  80. « Victime de propitiation… pour ceux du monde entier » (1 Jn 2, 2).

    80
  81. Trente, sess. VI, ch. 5 et canons 4-5 : la volonté coopère, damnation par faute propre : DH 1525, 1554-1555.

    81
  82. Grâce suffisante et efficace, thomistes et molinistes : deux écoles libres, jamais tranchées par le magistère.

    82
  83. Pie X, Sacra Tridentina Synodus, 20 décembre 1905 : communion fréquente recommandée.

    83
  84. Première épître à Timothée, 2, 4.

    84
  85. Évangile selon saint Matthieu, 11, 28.

    85
  86. 1 Tm 2, 4 et Mt 11, 28 contre la grâce d'élite : synthèse de l'article.

    86
  87. Logique, Grammaire, Bible de Sacy : biens communs sortis de Port-Royal.

    87
  88. Du conseil d'exigence au dogme de damnation : le grief central de l'Église.

    88
  89. Se damner par excès de sévérité comme par laxisme : leçon historique du dossier.

    89
  90. Sacra Tridentina Synodus (20 décembre 1905) et Quam singulari (8 août 1910) : réponse pastorale au legs de Port-Royal.

    90
  91. Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), équiprobabilisme contre le rigorisme : morale de bénignité.

    91
  92. Sainte-Beuve, Port-Royal, Hachette, 1840-1859, 5 vol. : monument littéraire partial pour les vaincus.

    92
  93. Cognet, Le Jansénisme, 1961 ; école de Jean Orcibal : restitution équilibrée du dossier.

    93
  94. Le critère : ce qui éloigne durablement des sacrements au nom de la pureté reconduit Port-Royal.

    94
  95. La sévérité catholique conduit aux sacrements et à la confiance : tradition constante.

    95
  96. Jansen, Augustinus, Louvain, 1640 : Gallica et bibliothèques universitaires.

    96
  97. Arnauld (1643), Pascal, Provinciales (1656-1657), Pensées (éd. Lafuma ou Sellier).

    97
  98. Cognet, Le Jansénisme, PUF, « Que sais-je ? », 1961 : synthèse d'entrée.

    98
  99. Sainte-Beuve, Port-Royal, 1840-1859 : à lire avec discernement.

    99
  100. Cum occasione (1653), Unigenitus (1713), Auctorem fidei (1794), Trente De iustificatione (1547) : Denzinger-Hünermann.

    100