Relativisme doctrinal

Le relativisme doctrinal affirme que la vérité de foi change avec les époques et les cultures : les dogmes n'auraient plus de sens fixe. Définition, histoire, visages actuels et réponses de l'Église, de Vatican I à Dominus Iesus.

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Le relativisme doctrinal est l'attitude qui consiste à tenir le contenu de la foi chrétienne pour relatif : relatif à l'époque qui le reçoit, à la culture qui l'exprime, à la conscience qui l'accueille. Les formules resteraient — Père, Fils, Esprit Saint, Incarnation, Rédemption — mais leur sens changerait avec le temps, comme un vêtement que chaque génération retaillerait à sa mesure[1]. L'Église, elle, affirme l'inverse depuis toujours : la foi peut s'exprimer de mille manières, mais ce qu'elle dit de Dieu, du Christ et du salut demeure vrai et identique à soi-même, hier, aujourd'hui et demain[2].

Ce n'est pas une querelle de spécialistes. Quand le sens des dogmes devient élastique, c'est la certitude du croyant qui s'effondre : si la Résurrection peut signifier autre chose que la Résurrection, si « Jésus est Seigneur » peut vouloir dire tout et son contraire, alors rien n'est plus certain, et la foi n'est plus qu'une opinion parmi d'autres. C'est pourquoi les papes, de Vatican I à Benoît XVI, ont nommé cette attitude par son nom et l'ont réfutée avec constance : non pour humilier ceux qui s'y trompent, mais pour garder intact le trésor confié aux apôtres[3].

Ce qu'affirme le relativisme doctrinal

Une thèse simple aux conséquences immenses

La thèse tient en une phrase : aucune vérité de foi ne serait définitive, parce que toute vérité serait prisonnière de son époque. Le dogme de Nicée sur la divinité du Christ appartiendrait au IVe siècle et à sa philosophie grecque ; le dogme de Chalcédoine sur les deux natures, au Ve siècle ; la transsubstantiation, au Moyen Âge scolastique. Chacun de ces énoncés aurait eu « sa » vérité pour « son » temps — et notre temps aurait droit à la sienne, quitte à contredire les précédentes[4].

Deux images reviennent sans cesse sous la plume des auteurs relativistes. La première est celle du fleuve : la foi coulerait comme une eau qui n'est jamais la même, et vouloir fixer le dogme serait vouloir arrêter le courant. La seconde est celle du langage : les mots changeraient de sens avec les siècles, donc les formules anciennes ne pourraient plus rien signifier de déterminé pour nous[5]. Dans les deux cas, la conclusion est la même : ce qui est vrai pour les uns ne le serait pas pour les autres, et l'Église aurait tort de présenter ses dogmes comme valables pour tous, partout et toujours[6].

Le point décisif, c'est que cette thèse ne s'attaque jamais aux mots, seulement à leur sens. On continue de réciter le Credo, on continue de parler du Christ, de l'Église, du salut — mais chacun de ces mots est doucement vidé de ce que l'Église y a toujours mis. C'est ce qui rend le relativisme doctrinal si difficile à repérer : il ne claque pas la porte, il change les serrures de l'intérieur[7]. Saint Pie X l'avait déjà noté en 1907 à propos des modernistes : les formules demeurent, et c'est leur sens qui est subrepticement transformé[8].

Ce que le relativisme doctrinal n'est pas

Il faut écarter d'emblée quatre confusions, car le relativisme se fait souvent passer pour ce qu'il n'est pas — et ses adversaires l'accusent parfois de ce qu'il n'est pas non plus.

Première confusion : le développement de la doctrine. Que la foi s'approfondisse avec les siècles, l'Église l'a toujours enseigné : on comprend aujourd'hui plus distinctement ce que les apôtres croyaient déjà confusément, comme un enfant comprend à vingt ans ce que ses parents lui disaient à cinq ans — sans que la vérité ait changé[9]. Le développement éclaire le même sens ; le relativisme le remplace par un autre. Toute la différence est là, et elle est immense[10].

Deuxième confusion : la pluralité légitime des théologies. Qu'il existe plusieurs écoles — thomiste, augustinienne, franciscaine — et plusieurs rites pour dire l'unique foi, c'est une richesse, non une maladie[11]. Jean-Paul II distingue soigneusement cette pluralité légitime du « pluralisme indifférencié », fondé sur l'affirmation que toutes les positions se valent : l'un est la fécondité du vrai, l'autre sa dissolution[12].

Troisième confusion : l'inculturation de l'Évangile. Que l'Évangile s'exprime en grec, en latin, en chinois ou en wolof, avec les images et les musiques de chaque peuple, c'est sa vocation universelle depuis la Pentecôte[13]. Mais traduire n'est pas trahir : une traduction fidèle rend le même sens dans d'autres mots, tandis que le relativisme change de sens en gardant les mêmes mots[14].

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Quatrième confusion : la liberté religieuse et le dialogue. Vatican II enseigne que nul ne doit être contraint en matière de foi et que l'Église dialogue avec tous[15]. Le relativisme en conclut à tort que toutes les religions se valent et que l'annonce missionnaire serait une violence : c'est exactement l'« indifférentisme » que Dominus Iesus exclut « radicalement »[16].

D'où vient cette tentation

L'Antiquité : Protagoras et Pilate

Le relativisme est vieux comme la philosophie. Au Ve siècle avant Jésus-Christ, le sophiste Protagoras enseignait que « l'homme est la mesure de toutes choses : de celles qui sont, qu'elles sont, et de celles qui ne sont pas, qu'elles ne sont pas »[17]. Il n'existerait donc pas de vrai en soi, seulement du vrai-pour-moi et du vrai-pour-toi. Platon lui répondit longuement dans le Théétète, et Aristote fit de la réfutation du relativisme l'un des fondements de la logique : si tout est relatif, alors la phrase « tout est relatif » est elle-même relative, et ne prouve rien[18].

L'Évangile en garde une scène saisissante. Devant Jésus qui vient de dire : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité », Pilate répond : « Qu'est-ce que la vérité ? » — et sort aussitôt, sans attendre la réponse[19]. Ce « qu'est-ce que la vérité ? » n'est pas une question, c'est un haussement d'épaules : le scepticisme du fonctionnaire romain pour qui le vrai n'est qu'une affaire d'opinion, quand le pouvoir, lui, est une affaire sérieuse[20]. Deux mille ans plus tard, le geste de Pilate reste le geste inaugural de tout relativisme : partir avant que la Vérité ait fini sa phrase.

Le tournant moderne : la vérité mise hors de portée

Pendant des siècles, la chrétienté tint pour évident que l'intelligence humaine peut connaître le réel — y compris Dieu, par la raison et par la Révélation[21]. Le tournant se produisit quand la philosophie moderne déclara cette ambition hors de portée. Emmanuel Kant (1724-1804) soutint que nous ne connaissons que les phénomènes, jamais les choses en soi : Dieu, l'âme et le monde comme totalité deviendraient des objets de croyance morale, non de connaissance[22]. Ses successeurs allèrent plus loin : au XIXe siècle, l'historicisme affirma que toute pensée est le produit de son époque et n'a de validité que pour elle — y compris, fatalement, cette affirmation elle-même[23].

C'est sur ce terrain que naquit le relativisme doctrinal proprement dit. Dès lors que la raison ne peut plus atteindre l'absolu, la foi n'a plus qu'à se replier sur le sentiment, l'expérience ou la praxis — et ses énoncés ne décrivent plus Dieu tel qu'il est, seulement la manière dont les croyants le vivent[24]. Le fidéisme du XIXe siècle, qui opposait la foi à la raison au lieu de les unir, et le traditionalisme philosophique, qui faisait de la révélation primitive le seul fondement du vrai, préparèrent chacun à leur manière ce divorce — et l'Église les écarta l'un et l'autre pour garder l'alliance de la foi et de la raison[25].

La crise moderniste (1907) : le premier assaut nommé

Au tournant du XXe siècle, ces philosophies entrèrent dans l'exégèse et la théologie catholiques : ce fut la crise moderniste. Les auteurs visés par saint Pie X enseignaient que les dogmes ne sont que des symboles de l'expérience religieuse, valables pour un temps puis périmés ; que la révélation n'est pas une parole de Dieu achevée avec les apôtres, mais une conscience religieuse qui évolue avec l'humanité[26]. Le décret Lamentabili (3 juillet 1907) condamna soixante-cinq de ces propositions, et l'encyclique Pascendi (8 septembre 1907) en démonta le système pièce par pièce[27]. Le serment antimoderniste, imposé au clergé le 1er septembre 1910, fit jurer de tenir la foi « dans le même sens » et de rejeter « l'évolution des dogmes »[28].

On trouvera le récit complet de cette crise dans les articles modernisme et La crise moderniste (1893-1914) : il suffit ici de retenir que le modernisme fut la première forme systématique — et solennellement condamnée — du relativisme doctrinal dans l'Église[29]. Le libéralisme catholique condamné au XIXe siècle, l'americanisme à la fin du même siècle et le sillonisme au début du suivant en furent des cousins : adapter la doctrine au siècle jusqu'à la dissoudre, chacun à sa manière[30].

L'après-concile et le néo-modernisme : le retour

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Après le concile Vatican II (1962-1965), que certains interprétèrent comme une rupture autorisant toutes les révisions, les principes condamnés en 1907 refirent surface : historicisme, symbolisme eucharistique, magistère réduit à une opinion parmi d'autres[31]. Pie XII avait prévenu dès 1946 et 1950 (Humani generis) ; Paul VI répondit par le Credo du peuple de Dieu (1968) et Mysterium Ecclesiae (1973) ; Jean-Paul II et Benoît XVI achevèrent le travail[32]. L'histoire détaillée de ce retour appartient à l'article Néo-modernisme — le présent article en retient la leçon : le relativisme doctrinal ne meurt jamais de ses condamnations, il change de vocabulaire et recommence[33].

Les visages du relativisme doctrinal aujourd'hui

Le relativisme dogmatique : quand les formules ne signifient plus rien de déterminé

C'est la forme la plus directe, et Rome l'a nommée sans détour : en 1973, la Congrégation pour la doctrine de la foi écrit que ceux qui tiennent les formules dogmatiques pour incapables de signifier déterminément la vérité « n'échapperaient pas au relativisme dogmatique »[34]. Concrètement, cela donne des phrases que tout catholique a déjà entendues : « la Résurrection, c'est vrai pour ceux qui y croient » ; « l'enfer existe, mais vide, parce que Dieu ne peut condamner personne » ; « le dogme dit ceci, mais son sens a évolué »[35].

Le mécanisme est toujours le même, décrit dès 1950 par Pie XII : on commence par « affaiblir le plus possible la signification des dogmes », on les dépouille de leur formulation traditionnelle au nom d'un retour aux sources, puis on les réexprime dans les notions à la mode — immanentisme, existentialisme, psychologie, sociologie — jusqu'à ce que la vérité divine soit « indiquée sans doute jusqu'à un certain point, mais fatalement déformée »[36]. L'Église répond que ses formules, « demeurant inchangées, communiqueront toujours » la vérité révélée à qui les interprète bien — et que leur sens « demeure toujours vrai et identique à lui-même », même éclairci davantage[37].

« Quant au sens des formules dogmatiques, il demeure toujours vrai et identique à lui-même dans l'Église, même lorsqu'il est éclairci davantage et plus entièrement compris. » — Congrégation pour la doctrine de la foi, Mysterium Ecclesiae, § 5 (24 juin 1973)[38]

Le pluralisme religieux indifférencié : « toutes les religions se valent »

La deuxième forme est la plus répandue dans l'opinion : puisque Dieu veut le salut de tous, toutes les religions se vaudraient comme chemins de salut, et prétendre que le Christ et son Église sont l'unique voie serait de l'arrogance[39]. La déclaration Dominus Iesus (6 août 2000) y répond en deux temps. D'abord elle décrit la racine : des « théories relativistes » qui justifient le pluralisme religieux non seulement comme un fait, mais comme un principe, et qui déclarent « dépassées » des vérités comme le caractère définitif de la révélation du Christ ou l'unicité salvifique de l'Église[40]. Ensuite elle tranche : la révélation de Jésus-Christ est « définitive et complète », car en lui « habite corporellement toute la plénitude de la divinité »[41].

« On doit croire fermement que la révélation de la plénitude de la vérité divine est réalisée dans le mystère de Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné, qui est “le chemin, la vérité et la vie”. » — Congrégation pour la doctrine de la foi, Dominus Iesus, § 5 (6 août 2000)[42]

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Loin de mépriser les autres religions — que l'Église considère « avec un respect sincère » —, cette fermeté les honore : ce serait les mépriser que de leur annoncer un Christ diminué, relatif, optionnel[43]. Et la mission n'est pas une violence faite aux consciences, mais « une exigence d'amour pour tous les hommes » : on ne garde pas pour soi le chemin de la vie quand on l'a trouvé[44].

Le relativisme moral et exégétique : les deux provinces voisines

Le relativisme a deux provinces limitrophes, traitées dans leurs propres dossiers mais qu'il faut signaler ici. Le relativisme moral dissout les commandements en les rendant relatifs aux situations, aux cultures et aux intentions : Jean-Paul II y consacra l'encyclique Veritatis splendor (6 août 1993), rappelant qu'il existe des actes « intrinsèquement mauvais », qu'aucune circonstance ne peut rendre bons[45]. Le relativisme exégétique dissout le sens de l'Écriture en le livrant aux seules reconstructions historico-critiques, jusqu'à nier ce que le texte affirme : Moïse, Jonas, la paternité johannique deviennent des « symboles », et le lecteur moderne se retrouve seul juge de ce que Dieu a voulu dire[46].

Dans les deux cas, la règle de lecture est la même que pour le dogme : l'Église lit l'Écriture et la loi morale dans la Tradition vivante et sous la conduite du Magistère, non « en dehors de la Tradition et du Magistère » comme le font les lectures relativistes que Dominus Iesus range parmi les présupposés de l'erreur[47].

Le relativisme pratique : la pression douce du « tout le monde pense ainsi »

Reste la forme la plus insidieuse, parce qu'elle ne s'énonce dans aucun livre : le relativisme pratique des milieux catholiques eux-mêmes. On continue d'aller à la messe, mais on sourit quand le prêtre rappelle un dogme « qui dérange » ; on dit « l'Église enseigne que… » au lieu de « c'est vrai que… », comme si la foi n'était qu'une coutume de groupe ; on s'excuse presque de croire, de peur de passer pour « fondamentaliste »[48]. Jean-Paul II notait déjà que, « par fausse modestie, on se contente de vérités partielles et provisoires, sans plus chercher à poser les questions radicales » sur Dieu et sur le sens de la vie[49]. C'est ce relativisme-là, silencieux et mondain, que visait le cardinal Ratzinger quand il parlait de dictature : non une police de la pensée, mais une pression culturelle qui rend la certitude suspecte et le doute obligatoire[50].

Ce que l'Église répond

Vatican I : le sens des dogmes est immuable

Le premier concile du Vatican (1869-1870) avait tout prévu. Sa constitution Dei Filius (24 avril 1870) enseigne que le sens des dogmes « doit toujours être maintenu » et qu'on ne peut jamais s'en écarter « avec la vaine prétention d'en obtenir une intelligence plus profonde »[51]. Et elle frappe d'anathème l'opinion selon laquelle, « eu égard au progrès de la science, on devrait donner un jour aux dogmes un sens différent de celui que l'Église a compris et comprend »[52]. Autrement dit : la science progresse, les mots s'affinent, la compréhension s'approfondit — mais le sens proposé par l'Église ne change pas de camp[53].

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« Le sens des dogmes que notre Mère la Sainte Église a proposés une fois pour toutes doit toujours être maintenu, et l'on ne peut jamais s'en écarter avec la vaine prétention d'en obtenir une intelligence plus profonde. » — Concile Vatican I, constitution Dei Filius, chap. 4 (24 avril 1870)[54]

La règle de Vincent de Lérins : profectus, non permutatio

Quatre siècles avant que le mot « dogme » ne prenne son sens technique, un moine de Lérins avait donné à l'Église sa boussole. Saint Vincent de Lérins († vers 445), dans son Commonitorium (vers 434), définit le catholique par sa fidélité à « ce qui a été cru partout, toujours et par tous » — quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est[55]. Et il distingue deux croissances : le profectus, qui fait grandir chaque réalité en elle-même, et la permutatio, qui la change en une autre chose[56].

« Qu'il y ait donc progrès, et un grand progrès [...], mais seulement dans le même ordre de choses, dans le même dogme, dans le même sens et dans la même pensée : dans le même dogme, le même sens et la même pensée. » — Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, chap. 23[57]

Cette règle — eodem sensu eademque sententia, « dans le même sens et la même pensée » — fut reprise mot pour mot par Vatican I, par le serment antimoderniste de 1910 et par Jean XXIII ouvrant Vatican II[58]. Elle est le test décisif : tout ce qui grandit sans changer de sens est développement légitime ; tout ce qui change de sens en gardant les mots est relativisme[59].

Jean XXIII : autre chose est le dépôt, autre chose sa formulation

Le discours d'ouverture du concile, Gaudet Mater Ecclesia (11 octobre 1962), est l'un des textes les plus cités — et les plus déformés — du XXe siècle. Jean XXIII y distingue en effet « le dépôt de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans la doctrine sacrée », et « la manière d'exprimer ces vérités, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée »[60]. Les relativistes n'en retiennent que la première moitié — « il faut reformuler ! » — et oublient la seconde : « en conservant le même sens »[61]. Or le pape parlait d'une doctrine « certaine et immuable, à laquelle on doit se soumettre fidèlement » : la nouveauté qu'il recommande concerne la manière d'étudier et d'exposer, jamais la signification elle-même[62]. Paul VI le redira à sa façon : garder à la doctrine « la plénitude de sa signification et toute sa portée, tout en l'exprimant d'une manière qui parle à l'esprit et au cœur des hommes »[63].

Mysterium Ecclesiae (1973) : Rome nomme le « relativisme dogmatique »

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La déclaration Mysterium Ecclesiae (24 juin 1973) est le texte le plus précis jamais publié sur notre sujet, et c'est à lui que cet article emprunte son vocabulaire[64]. Son § 5 procède en trois temps : d'abord il reconnaît loyalement tout ce qui est vrai dans l'attention à l'histoire — les énoncés dépendent pour une part de la langue de leur époque, les vérités peuvent être d'abord exprimées incomplètement, les formules portent parfois « les traces » des conceptions de leur temps[65]. Puis il pose la borne : les formules dogmatiques, « demeurant inchangées », communiqueront toujours la vérité révélée ; leur sens « demeure toujours vrai et identique à lui-même »[66]. Enfin il nomme l'erreur : réduire les dogmes à des « approximations changeantes » qui déforment la vérité, c'est tomber dans le « relativisme dogmatique » et « corrompre le concept de l'infaillibilité de l'Église »[67].

Dominus Iesus (2000) et Fides et ratio (1998) : la vérité existe et peut être connue

Deux textes de Jean-Paul II ferment le dossier au niveau des principes. Fides et ratio (14 septembre 1998) s'attaque à la racine philosophique : la « défiance à l'égard de la vérité » qui fait que « la pluralité légitime des positions a cédé le pas à un pluralisme indifférencié, fondé sur l'affirmation que toutes les positions se valent »[68]. Contre le scepticisme, l'encyclique rappelle que « la foi et la raison sont comme les deux ailes » qui portent l'esprit vers la contemplation de la vérité — et que Dieu lui-même « a mis au cœur de l'homme le désir de connaître la vérité »[69]. Dominus Iesus (6 août 2000) en tire la conséquence christologique : si la vérité peut être connue, c'est parce qu'elle a un visage — Jésus-Christ, « le chemin, la vérité et la vie », en qui la plénitude de la vérité divine est révélée « définitivement et complètement »[70].

Le tableau suivant résume la distinction qui commande tout le dossier.

Question à poserDéveloppement homogène (foi catholique)Relativisme doctrinal (erreur)
Le sens des dogmesÉclairci et approfondi, jamais changé[71]Remplacé selon les époques et les cultures[72]
Les formules anciennesVivantes, complétées par de nouveaux énoncés[73]Périmées, bonnes pour leur temps seulement[74]
La véritéUne, connaissable, définitive en Christ[75]Insaisissable, plurielle, toujours provisoire[76]
Les autres religionsRespect sincère et annonce missionnaire[77]Indifférentisme : « toutes se valent »[78]
Le magistèreGardien infaillible du dépôt[79]Une opinion parmi d'autres[80]

Lecture du tableau : la colonne de gauche grandit sans changer de sens (profectus) ; celle de droite change de sens en gardant les mots (permutatio). C'est le critère de Vincent de Lérins appliqué aux débats d'aujourd'hui.

  1. 24 avril 1870
    Vatican I : Dei Filius

    Le sens des dogmes doit toujours être maintenu ; anathème à qui voudrait leur donner un jour un sens différent.

  2. 3 juillet et 8 septembre 1907
    Lamentabili et Pascendi

    Saint Pie X condamne soixante-cinq propositions modernistes puis démonte le système qui réduit les dogmes à des symboles périmés.

  3. 1er septembre 1910
    Le serment antimoderniste

    Le clergé jure de tenir la foi « dans le même sens » et de rejeter « l'évolution des dogmes ».

  4. 12 août 1950
    Humani generis

    Pie XII dénonce le faux historicisme, l'irénisme et le « relativisme dogmatique » qui fait du dogme un roseau agité par le vent.

  5. 11 octobre 1962
    Gaudet Mater Ecclesia

    Jean XXIII distingue le dépôt de la foi et sa formulation, « en conservant le même sens et la même portée ».

  6. 24 juin 1973
    Mysterium Ecclesiae

    La Congrégation pour la doctrine de la foi nomme le « relativisme dogmatique » et défend le sens identique des formules.

  7. 6 août 1993
    Veritatis splendor

    Jean-Paul II réfute le relativisme moral : il existe des actes intrinsèquement mauvais.

  8. 14 septembre 1998
    Fides et ratio

    Contre la défiance envers la vérité, la foi et la raison sont les deux ailes vers la vérité.

  9. 6 août 2000
    Dominus Iesus

    La révélation du Christ est définitive et complète ; l'indifférentisme religieux est radicalement exclu.

  10. 18 avril 2005
    La « dictature du relativisme »

    Le cardinal Ratzinger, veille de son élection, nomme la pression culturelle qui rend la certitude suspecte.

La « dictature du relativisme » (18 avril 2005)

La veille de son élection, le cardinal Joseph Ratzinger célébra la messe pro eligendo Romano Pontifice en commentant la lettre aux Éphésiens : ne plus être « ballottés au gré de tout vent de doctrine »[81]. Son homélie décrit avec une précision clinique le climat que les sections précédentes ont analysé : combien de courants — marxisme, libéralisme, athéisme, mystique vague, agnosticisme, syncrétisme — ont ballotté la barque de tant de chrétiens en quelques décennies[82].

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« Avoir une foi claire, selon le Credo de l'Église, est souvent étiqueté comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c'est-à-dire se laisser ballotter au gré de tout vent de doctrine, apparaît comme l'unique attitude à la hauteur de l'époque actuelle. On est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme, qui ne reconnaît rien comme définitif et ne retient comme mesure ultime que son ego et ses désirs. » — Cardinal Joseph Ratzinger, homélie pro eligendo Romano Pontifice, 18 avril 2005[83]

Place Saint-Pierre, février 2005. Photographie : valyag. CC BY-SA 3.0. Source Wikimedia Commons.

Mais l'homélie ne s'arrête pas au diagnostic : elle propose le remède, qui n'est pas une crispation mais une amitié. « Une foi adulte n'est pas une foi qui suit les modes et la dernière nouveauté ; une foi adulte et mûre est une foi profondément enracinée dans l'amitié avec le Christ », car « c'est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner le vrai du faux »[84]. Le critère du vrai n'est donc pas un système, c'est une Personne : « le Fils de Dieu, l'homme véritable — il est la mesure du véritable humanisme »[85].

Discerner au quotidien

Trois questions-tests

Face à un livre, un sermon, une vidéo ou un catéchiste qui sentent le relativisme, trois questions simples font le tri — elles ne demandent aucune formation théologique, seulement de l'attention[86].

Première question : ce que j'entends change-t-il le sens, ou seulement les mots ? Un bon pédagogue change les mots pour garder le sens : il explique la transsubstantiation avec des images nouvelles sans toucher au dogme[87]. Un relativiste fait l'inverse : il garde les mots — « résurrection », « présence réelle », « Église » — et change discrètement ce qu'ils désignent[88].

Deuxième question : la vérité est-elle présentée comme connaissable, ou comme inaccessible ? Les formules du type « nul ne peut savoir », « l'Église devra bien évoluer », « c'était vrai pour eux, pas pour nous » signalent le présupposé que Dominus Iesus dénonce : la conviction que la vérité sur Dieu serait « insaisissable et ineffable, même par la révélation chrétienne »[89]. Le catholique répond avec saint Jean : le Fils unique « l'a fait connaître », et cette connaissance est certaine[90].

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Troisième question : puis-je encore dire « c'est vrai » ? Si l'enseignement entendu ne permet plus jamais d'affirmer — seulement de « cheminer », de « s'interroger », de « se laisser déplacer » — alors la foi a été remplacée par une quête sans terme, exactement ce que Pie XII reprochait à la « nouvelle théologie » : être « toujours en marche, sans jamais arriver »[91]. Or la foi, disait Paul VI au premier synode, « n'est pas seulement recherche : elle est avant tout certitude »[92].

La charité pour les personnes, la fermeté sur le vrai

Dernier point, capital : réfuter le relativisme n'autorise jamais à mépriser les relativistes. La plupart des chrétiens tentés par ces thèses ne sont pas des ennemis de la foi, mais des brebis ballottées par « tout vent de doctrine », souvent avec une sincérité et une générosité réelles[93]. L'Église les accueille : Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité »[94]. C'est même au nom de l'amour qu'elle refuse de les laisser s'égarer — on n'aime pas quelqu'un en le laissant boire à une source empoisonnée sous prétexte de respecter sa soif[95].

Inversement, la charité pour les personnes n'oblige jamais à édulcorer la doctrine : un dogme affirmé avec douceur reste un dogme affirmé[96]. Le modèle est le Christ devant Pilate : il ne se tait pas — « je suis né pour rendre témoignage à la vérité » — et il ne violente pas : il laisse Pilate sortir[97]. La vérité proposée, jamais imposée ; mais proposée tout entière, jamais diminuée[98].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Pie XII, encyclique Humani generis, 12 août 1950 (texte français, vatican.va) : substituer aux notions éprouvées « des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues d'une philosophie nouvelle », c'est « faire du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent ».

    1
  2. Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Mysterium Ecclesiae, 24 juin 1973, § 5 (texte français, vatican.va) : « Quant au sens des formules dogmatiques, il demeure toujours vrai et identique à lui-même dans l'Église, même lorsqu'il est éclairci davantage et plus entièrement compris. »

    2
  3. Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Dominus Iesus, 6 août 2000, § 4 (texte français, vatican.va) : « La pérennité de l'annonce missionnaire de l'Église est aujourd'hui mise en péril par des théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux, non seulement de facto mais aussi de iure. »

    3 40 72
  4. Pie XII, Humani generis (texte français, vatican.va) : certains soutiennent que « l'histoire des dogmes consiste à exprimer les formes variées qu'a revêtues la vérité successivement selon les diverses doctrines et selon les systèmes qui ont vu le jour tout au long des siècles ».

    4 74
  5. Mysterium Ecclesiae, § 5 : l'opinion risqueuse tient que les formules « ne signifieraient que des approximations changeantes, lui apportant une déformation, une altération », ou « ne signifieraient la vérité que d'une manière indéterminée, comme un terme à chercher toujours ».

    5
  6. Saint Jean-Paul II, encyclique Fides et ratio, 14 septembre 1998, § 5 (texte français, vatican.va) : « La pluralité légitime des positions a cédé le pas à un pluralisme indifférencié, fondé sur l'affirmation que toutes les positions se valent. »

    6 12 68 76
  7. Saint Pie X, encyclique Pascendi Dominici gregis, 8 septembre 1907 (texte français, vatican.va) : les modernistes gardent les formules en en changeant le sens — voir l'article modernisme.

    7 88
  8. Même encyclique, § 21 : le croyant moderniste emploie les formules traditionnelles « dans la mesure où elles peuvent lui servir », sous réserve d'un simple « respect social » — texte repris dans l'article Néo-modernisme.

    8
  9. Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, chap. 23, Patrologie latine 50, col. 667-668. Texte original : « Crescat igitur oportet [...] intelligentia, scientia, sapientia, sed in suo duntaxat genere, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, eademque sententia. »

    9 56
  10. Voir le tableau comparatif de la section « Ce que l'Église répond » et la règle profectus, non permutatio de Vincent de Lérins, Commonitorium, chap. 23.

    10
  11. Fides et ratio, § 5 : la « pluralité légitime des positions » philosophiques et théologiques reste une richesse ; c'est le « pluralisme indifférencié » qui est l'erreur.

    11
  12. Dominus Iesus, § 1 : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création » (Mc 16, 15-16) et « de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 18-20).

    13
  13. Mysterium Ecclesiae, § 5 : d'anciennes formules « ont cédé la place à de nouvelles manières de s'exprimer qui, proposées ou approuvées par le Magistère, présentaient plus clairement ou plus complètement la même signification ».

    14
  14. Concile Vatican II, déclaration Dignitatis humanae, 7 décembre 1965, § 2 : nul ne doit être contraint d'agir contre sa conscience en matière religieuse — voir Concile Vatican II (1962-1965).

    15
  15. Dominus Iesus, § 22 : cette vérité de foi « exclut radicalement la mentalité indifférentiste imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les religions se valent” », citant saint Jean-Paul II, Redemptoris missio, 7 décembre 1990, § 36.

    16 43 77
  16. Protagoras d'Abdère (vers 490-vers 420 av. J.-C.), fragment DK 80 B1, transmis par Platon, Théétète, 152a, et Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VII, 60.

    17
  17. Aristote, Métaphysique, livre Gamma (IV), chap. 4-5 : la réfutation de ceux qui nient le principe de non-contradiction, fondement de toute démonstration.

    18
  18. Évangile selon saint Jean, 18, 37-38 (trad. liturgique) : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » ; « Pilate lui dit : “Qu'est-ce que la vérité ?” Sur ces mots, il sortit de nouveau. »

    19
  19. Jn 18, 37 : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. »

    20 97
  20. Catéchisme de l'Église catholique, n° 27 : « Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu. »

    21
  21. Emmanuel Kant (1724-1804), Critique de la raison pure, Riga, Hartknoch, 1781 (A) / 1787 (B) : distinction des phénomènes et des choses en soi ; Dieu, l'âme et le monde relèvent des idées de la raison, non de la connaissance.

    22
  22. Voir la mise en garde de Pie XII, Humani generis : « un faux historicisme qui, ne s'attachant qu'aux événements de la vie humaine, renverse les fondements de toute vérité et de toute loi absolue [...] dans celui des dogmes chrétiens ».

    23
  23. Voir l'article Fidéisme : la foi coupée de la raison se replie sur le sentiment et prépare le relativisme.

    24
  24. Concile Vatican I, Dei Filius, chap. 4 : il existe un double ordre de connaissance, par la raison et par la foi, qui ne peuvent se contredire puisque Dieu est l'auteur des deux.

    25
  25. Saint-Office, décret Lamentabili sane exitu, 3 juillet 1907 : 65 propositions condamnées sur la révélation, l'inspiration, les dogmes et l'Église — voir La crise moderniste (1893-1914).

    26
  26. Saint Pie X, Pascendi Dominici gregis, 8 septembre 1907.

    27
  27. Saint Pie X, motu proprio Sacrorum antistitum, 1er septembre 1910 : le serment antimoderniste (DH 3537-3550) fait jurer de croire « dans le même sens » (eodem sensu) et rejette l'évolution des dogmes.

    28
  28. Voir les articles modernisme et La crise moderniste (1893-1914) pour le récit complet.

    29
  29. Voir Libéralisme catholique condamné, americanisme et sillonisme.

    30
  30. Voir l'article Néo-modernisme : allocution de Pie XII aux jésuites (17 septembre 1946), Humani generis (1950), crise d'après-concile.

    31
  31. Credo du peuple de Dieu (30 juin 1968), Mysterium Ecclesiae (1973), Donum veritatis (1990), Veritatis splendor (1993), Fides et ratio (1998), Dominus Iesus (2000) — voir Néo-modernisme.

    32
  32. Formule reprise de la leçon centrale de l'article Néo-modernisme.

    33
  33. Mysterium Ecclesiae, § 5 : « Ceux qui adopteraient cette opinion n'échapperaient pas au relativisme dogmatique et ils corrompraient le concept de l'infaillibilité de l'Église, lequel se réfère à la vérité enseignée et tenue d'une manière déterminée. »

    34 67
  34. Formulations typiques relevées dans la prédication et l'édition catholique contemporaines ; elles illustrent le mécanisme, sans viser aucune personne vivante.

    35
  35. Pie XII, Humani generis (texte français, vatican.va) : « En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d'affaiblir le plus possible la signification des dogmes » ; les mystères ne seraient signifiés que par « des notions approximatives et toujours changeables ».

    36
  36. Mysterium Ecclesiae, § 5 : « les formules dogmatiques du Magistère ont été aptes dès le début à communiquer la vérité révélée et [...], demeurant inchangées, elles la communiqueront toujours à ceux qui les interpréteront bien » ; « les anciennes formules dogmatiques [...] demeurent généralement vivantes ».

    37 66 73
  37. Mysterium Ecclesiae, § 5 (texte français, vatican.va).

    38
  38. Dominus Iesus, § 4 : les théories relativistes « retiennent comme dépassées des vérités comme par exemple le caractère définitif et complet de la révélation de Jésus-Christ [...] l'unicité et l'universalité salvifique du mystère de Jésus-Christ ».

    39
  39. Dominus Iesus, § 5, citant Col 2, 9-10 : « En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. »

    41 70
  40. Dominus Iesus, § 5 (texte français, vatican.va).

    42
  41. Dominus Iesus, § 22 : l'Église « annonce, et est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14, 6) », suivant le commandement du Seigneur (Mt 28, 19-20) et « comme exigence d'amour pour tous les hommes ».

    44 95
  42. Saint Jean-Paul II, encyclique Veritatis splendor, 6 août 1993, §§ 75-83 : il existe des actes « intrinsèquement mauvais » (intrinsece malum) qu'aucune intention ni circonstance ne peut rendre bons.

    45
  43. Fides et ratio, §§ 53-55 et 66-69 : l'Écriture lue hors de la Tradition vivante et du Magistère devient proie des reconstructions — voir aussi Dominus Iesus, § 4, sur la tendance « à lire et à interpréter la Sainte Écriture en dehors de la Tradition et du Magistère de l'Église ».

    46
  44. Dominus Iesus, § 4 : parmi les présupposés des théories relativistes, « la conviction que la vérité sur Dieu est insaisissable et ineffable, même par la révélation chrétienne » et « l'attitude relativiste vis-à-vis de la vérité, entraînant que ce qui est vrai pour certains ne le serait pas pour d'autres ».

    47 89
  45. Cardinal Joseph Ratzinger, homélie pro eligendo Romano Pontifice, 18 avril 2005 : « Avoir une foi claire, selon le Credo de l'Église, est souvent étiqueté comme du fondamentalisme. »

    48
  46. Fides et ratio, § 5 : « Par fausse modestie, on se contente de vérités partielles et provisoires, sans plus chercher à poser des questions radicales sur le sens et sur le fondement ultime de la vie humaine. »

    49
  47. Cardinal Joseph Ratzinger, homélie du 18 avril 2005 (voir section « La dictature du relativisme »).

    50
  48. Concile Vatican I, Dei Filius, chap. 4 (DH 3020) : « Is sensus sacrorum dogmatum perpetuo retinendus est » — « ce sens des dogmes sacrés doit être perpétuellement retenu ».

    51
  49. Même constitution, canon 4 sur la foi et la raison (DH 3043) : « Si quelqu'un dit qu'il peut se faire qu'aux dogmes enseignés par l'Église on doive, eu égard au progrès de la science, donner un jour un sens différent [...], qu'il soit anathème. »

    52 79
  50. Formule de lecture Ignispedia d'après DH 3020 et 3043.

    53
  51. Concile Vatican I, Dei Filius, chap. 4 (DH 3020), trad. française (Denzinger) : « Le sens des dogmes que notre Mère la Sainte Église a proposés une fois pour toutes doit toujours être maintenu. »

    54
  52. Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, chap. 2, 5, Patrologie latine 50, col. 640. Texte original : « ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est ».

    55
  53. Même ouvrage, chap. 23, Patrologie latine 50, col. 667-668 ; trad. P. de Labriolle, Paris, Bloud, 1906. Texte original : « Sed ita tamen ut vere profectus sit ille fidei, non permutatio. [...] Crescat igitur oportet [...] intelligentia, scientia, sapientia, sed in suo duntaxat genere, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, eademque sententia. »

    57
  54. Vatican I (Dei Filius, DH 3020) ; serment antimoderniste (1910, DH 3541) ; Jean XXIII, Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962 (AAS 54, p. 792) : « eodem sensu eademque sententia ».

    58
  55. Critère Ignispedia tiré de Vincent de Lérins, Commonitorium, chap. 23 : profectus (grandir en soi-même) contre permutatio (être changé en autre chose).

    59 71
  56. Jean XXIII, discours Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, AAS 54 (1962), p. 792. Texte original : « oportet ut haec doctrina certa et immutabilis, cui fidele obsequium est praestandum, ea ratione pervestigetur et exponatur, quam tempora postulant nostra [...] : aliud est enim depositum ipsum fidei, seu veritates quae doctrina nostra veneranda continentur, aliud modus quo eaedem enuntiantur, eodem tamen sensu eademque sententia. »

    60
  57. Lecture Ignispedia : les usages relativistes du discours omettent systématiquement la clausule « eodem sensu eademque sententia ».

    61
  58. Mysterium Ecclesiae, § 5, citant Jean XXIII : « Étant donné que le successeur de Pierre parle ici de la doctrine chrétienne certaine et immuable [...] il est clair qu'il reconnaît un sens des dogmes, discernable par nous, vrai et immuable. »

    62
  59. Saint Paul VI, audience générale du 19 juillet 1967 (et Mysterium Ecclesiae, § 5, note 42) : garder à la doctrine « la plénitude de sa signification et toute sa portée, tout en l'exprimant d'une manière qui parle à l'esprit et au cœur des hommes ».

    63
  60. Jugement éditorial Ignispedia : aucun autre acte romain ne nomme et ne réfute le « relativisme dogmatique » avec cette précision dogmatique.

    64
  61. Mysterium Ecclesiae, § 5 : le sens des énoncés « dépend pour une part de la portée sémantique de la langue employée », une vérité peut être « d'abord exprimée d'une manière incomplète — pas fausse cependant », et les formules peuvent porter « des traces » des conceptions de leur temps.

    65
  62. Fides et ratio, introduction : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité » ; § 5 : Dieu « a mis au cœur de l'homme le désir de connaître la vérité ».

    69 75
  63. Dominus Iesus, § 22 et note 91, citant Redemptoris missio, § 36.

    78
  64. Mysterium Ecclesiae, § 5 : le relativisme dogmatique « corrompt le concept de l'infaillibilité de l'Église, lequel se réfère à la vérité enseignée et tenue d'une manière déterminée ».

    80
  65. Lettre aux Éphésiens, 4, 14 (trad. liturgique) : « Ne soyons plus des enfants ballotés, menés à la dérive au gré de tout vent de doctrine, au milieu des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l'erreur. »

    81 93
  66. Cardinal Joseph Ratzinger, homélie du 18 avril 2005 : « du marxisme au libéralisme, et même au libertinage ; du collectivisme à l'individualisme radical ; de l'athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l'agnosticisme au syncrétisme » (traduction Ignispedia d'après le texte anglais vérifié ; original italien prononcé à Saint-Pierre).

    82
  67. Cardinal Joseph Ratzinger, doyen du Collège des cardinaux, homélie de la messe pro eligendo Romano Pontifice, basilique Saint-Pierre, 18 avril 2005 (traduction française standard ; texte anglais vérifié dans la transcription de l'homélie). Texte original italien : « Si va costituendo una dittatura del relativismo che non riconosce nulla come definitivo e che lascia come ultima misura solo il proprio io e le proprie voglie. » Texte anglais : « We are building a dictatorship of relativism that does not recognize anything as definitive and whose ultimate goal consists solely of one's own ego and desires. »

    83
  68. Même homélie : « Une foi adulte n'est pas une foi qui suit les modes et la dernière nouveauté ; une foi adulte et mûre est une foi profondément enracinée dans l'amitié avec le Christ » (traduction Ignispedia d'après le texte anglais vérifié : « An “adult” faith is not a faith that follows the trends of fashion and the latest novelty; a mature adult faith is deeply rooted in friendship with Christ »).

    84
  69. Même homélie : « le Fils de Dieu, l'homme véritable : il est la mesure du véritable humanisme » (texte anglais vérifié : « the Son of God, the true man. He is the measure of true humanism »).

    85
  70. Méthode Ignispedia tirée des textes cités dans cette section.

    86
  71. D'après Mysterium Ecclesiae, § 5 : de « nouveaux exposés et énoncés qui gardent et éclairent le sens originel » des anciennes formules.

    87
  72. Jn 1, 18 (trad. liturgique) : « Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître. »

    90
  73. Pie XII, allocution aux jésuites, 17 septembre 1946, AAS 38 (1946), p. 385 : mise en garde contre une théologie « toujours en marche, sans jamais arriver » (formule reprise dans l'article Néo-modernisme).

    91
  74. Saint Paul VI, discours au premier synode des évêques, 1967 : « la foi n'est pas seulement recherche : elle est avant tout certitude » (cité dans l'article Néo-modernisme).

    92
  75. Première lettre à Timothée, 2, 4 (trad. liturgique) : Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ».

    94
  76. Ligne éditoriale Ignispedia : « la charité pour les personnes, la fermeté sur le vrai ».

    96
  77. D'après Dignitatis humanae, § 1 et Dominus Iesus, § 22 : la vérité s'impose par elle-même, sans contrainte, et s'annonce sans relâche.

    98