La formule « Hors de l'Église point de salut » traduit le latin Extra Ecclesiam nulla salus. Forgée par saint Cyprien de Carthage au IIIᵉ siècle, elle a été reprise par le Magistère solennel à de très nombreuses reprises : IVᵉ concile du Latran (1215), bulle Unam Sanctam de Boniface VIII (1302), décret Cantate Domino du concile de Florence (1442) et profession de foi tridentine de Pie IV (Injunctum nobis, 1564), prononcée aussi par les Pères de Vatican I en sa IIᵉ session publique (6 janvier 1870)[1]. Le Symbole de saint Athanase, l'un des trois grands symboles de foi de la tradition latine, s'ouvre par la même affirmation : « Quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir la foi catholique. »[2] Le Catéchisme de l'Église catholique l'enseigne encore explicitement aux paragraphes 846-848, et la déclaration Dominus Iesus (2000) l'a confirmée contre le relativisme contemporain.
Mal lue, la formule semble dire que tous les non-catholiques sont automatiquement damnés. Ce n'est pas son sens. Le Catéchisme donne la clé d'interprétation autorisée : « Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps. »[3] Le Christ est l'unique médiateur (1 Tm 2, 5), et il a uni son salut à son Corps visible et sacramentel, l'Église, dans laquelle on entre ordinairement par le baptême (Jn 3, 5).
Le même Catéchisme ajoute que ceux qui ignorent l'Évangile et l'Église sans faute de leur part, cherchent Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de la grâce, d'accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur dicte, peuvent obtenir le salut éternel[4]. L'Église rejette donc avec la même force deux erreurs symétriques : l'indifférentisme qui ferait de toutes les religions des voies de salut équivalentes, et le rigorisme feeneyiste qui prétendrait damner tous les non-baptisés y compris les ignorants non coupables. La tradition théologique distingue depuis le Moyen Âge l'appartenance in re (réelle et visible) et l'appartenance in voto (par le désir, explicite chez les catéchumènes, implicite chez les justes ignorants).
Le dogme demeure intact : nul n'est sauvé sans le Christ, et le Christ a fait de l'Église catholique le sacrement universel du salut. Mais Dieu connaît des voies extraordinaires par lesquelles il rattache à cette unique Église, par sa grâce, des âmes que les frontières visibles n'atteignent pas. C'est ce que dit Vatican II et c'est ce que dit déjà saint Thomas d'Aquin sur le baptême de désir (Somme théologique, IIIᵃ, q. 68, a. 2). La formule n'est donc ni une menace cléricale, ni un slogan vidé : c'est une affirmation christologique sur l'unique Sauveur et son unique Corps.
Comprendre la formule
Ce que dit littéralement Extra Ecclesiam nulla salus
Extra Ecclesiam nulla salus se traduit littéralement par « hors de l'Église point de salut ». La phrase est apparue au IIIᵉ siècle dans les controverses africaines sur le baptême conféré par les hérétiques. Elle a ensuite été reprise par d'innombrables Pères et conciles, jusqu'à devenir l'une des formules dogmatiques les plus solennelles de la tradition occidentale. Sa permanence dans le credo et dans les professions de foi montre qu'elle ne relève pas d'une humeur disciplinaire passagère : elle exprime une conviction christologique au cœur de la foi.
Trois lectures à écarter d'emblée
Trois pièges guettent le lecteur moderne. Le premier consiste à comprendre Église au sens uniquement sociologique : compter les baptisés inscrits dans les registres paroissiaux comme si cela suffisait à mesurer le salut. Le second consiste à imaginer que la formule serait une menace adressée ad extra aux non-chrétiens en général, alors qu'elle visait à l'origine les schismatiques chrétiens qui rompaient l'unité visible[5]. Le troisième consiste à croire que Vatican II aurait silencieusement aboli le dogme, alors qu'il l'a au contraire repris explicitement et clarifié.
À ces trois pièges externes répondent deux écueils internes : la lecture rigoriste qui durcit la lettre médiévale en damnant tout non-catholique visible, et la lecture latitudinariste qui dissout la formule dans une vague bonne volonté universelle. La grande tradition catholique, depuis Augustin jusqu'à Vatican II, refuse les deux écueils.
Le sens authentique : une affirmation christologique
Lue dans la pleine tradition catholique, la formule affirme un seul principe : il n'existe pas de salut indépendant du Christ et de son Église. Tout salut vient du Christ et tout salut passe, d'une manière connue de Dieu, par l'Église qui est son Corps. C'est de ce principe que découlent toutes les précisions ultérieures sur l'ignorance invincible, le baptême de désir et l'appartenance in voto. Henri de Lubac résume bien le mouvement : la formule est essentiellement une affirmation positive du caractère social du salut révélé par le Christ — elle dit que le salut est intrinsèquement ecclésial parce que le Christ a voulu nous sauver en peuple, non en juxtaposition d'individus[6].
Fondements scripturaires
Avant d'examiner la formulation patristique, il faut rappeler que la doctrine n'est pas d'abord une thèse théologique : elle est l'expression synthétique de plusieurs affirmations néotestamentaires convergentes. Cyprien et Florence ne font qu'expliciter ce que les Évangiles, les Actes et les épîtres pauliniennes disent déjà. Convention de citation : les versets les plus familiers dans la liturgie sont donnés dans la traduction liturgique officielle (AELF) ; les passages d'étude dans celle de la Bible de Jérusalem ; chaque note précise sa source[7].
Le Christ, unique chemin (Jn 14, 6 ; Ac 4, 12)
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » — Jésus, Évangile selon saint Jean, 14, 6[8]
L'affirmation est radicale et exclusive : aucun autre chemin n'est donné. Pierre la reprend devant le Sanhédrin avec la même fermeté :
« En nul autre que lui, il n'y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n'est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » — Saint Pierre, Actes des Apôtres, 4, 12[9]
Ce verset est la base scripturaire directe de la première moitié de la formule : l'unicité du Christ comme médiateur. Dominus Iesus le cite explicitement comme fondement[10]. Tout l'enjeu théologique consiste ensuite à montrer que cette unicité christologique implique une unicité ecclésiale, puisque l'Église est le Corps du Christ.
La nécessité du baptême (Mc 16, 16 ; Jn 3, 5)
Le commandement final de Jésus en saint Marc rattache explicitement le salut au baptême :
« Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » — Jésus, Évangile selon saint Marc, 16, 16[11]
Et dans le dialogue avec Nicodème :
« En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » — Jésus, Évangile selon saint Jean, 3, 5[12]
C'est sur ces deux versets que repose la doctrine de la nécessité de moyen du baptême. Toute la difficulté de la formule Extra Ecclesiam tient à l'articulation entre cette nécessité et la doctrine, également catholique, du baptême de désir et du baptême de sang. Vatican II, en Lumen Gentium 14, cite explicitement Jean 3, 5 et Marc 16, 16 pour fonder la nécessité de l'Église dans la nécessité du baptême[13].
L'Église, Corps et Épouse du Christ (Ep 5, 23-32 ; 1 Co 12, 12-27 ; Col 1, 18)
L'unicité de l'Église n'est pas une exigence administrative : elle découle de l'unité du Corps du Christ. Saint Paul écrit aux Éphésiens :
« Le Christ est le chef de l'Église, lui le sauveur du Corps. […] Le Christ a aimé l'Église : il s'est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne. » — Saint Paul, Épître aux Éphésiens, 5, 23-26[14][15]
Aux Corinthiens, il décrit l'Église comme un seul Corps animé par un seul Esprit (1 Co 12, 12-27). Aux Colossiens, le Christ est « la Tête du Corps, qui est l'Église » (Col 1, 18). Cette image n'est pas une simple métaphore : elle est l'ontologie même de l'Église, dont découle le principe selon lequel toute grâce vient du Christ-Tête et atteint les sauvés par l'Église-Corps, même quand cette appartenance reste invisible[16].
La mission universelle (Mt 28, 18-20 ; Mc 16, 15-16)
Enfin, la nécessité d'évangéliser, qui découle directement de la nécessité de l'Église, est posée par le Christ ressuscité en termes universels :
« Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu, 28, 18-20[17]
Si toutes les religions sauvaient également, ce commandement serait inintelligible. La mission n'est pas une violence colonisatrice : elle est l'obéissance à l'ordre du Christ et la charité réelle envers les hommes qui peuvent connaître la lumière plénière. C'est le verset que cite l'introduction du décret Ad Gentes de Vatican II[18].
Origines patristiques
Saint Ignace d'Antioche : « là où est l'évêque, là est l'Église catholique »
Avant même Cyprien, saint Ignace d'Antioche, évêque martyr conduit aux bêtes vers 107, donne la première formulation patristique de l'identification entre l'Église visible, l'évêque légitime et la catholicité :
« Là où paraît l'évêque, là que soit la communauté ; de même que là où est Jésus-Christ, là est l'Église catholique. » — Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Smyrniotes, 8, 2, vers 107[19]
C'est la première attestation patristique de l'expression « Église catholique ». Ignace ne formule pas encore le Extra Ecclesiam, mais il pose la grammaire qui le rendra inévitable : il n'y a pas de Christ sans Église visible, et il n'y a pas d'Église visible sans communion avec l'évêque légitime. Toute la suite de la tradition patristique présuppose cette identification, contestée par les schismes du IIIᵉ siècle.
Saint Cyprien de Carthage, premier formulateur
« Celui-là ne peut plus avoir Dieu pour Père qui n'a pas l'Église pour Mère. » — Saint Cyprien de Carthage, De catholicae ecclesiae unitate, ch. 6, vers 251[20]
La phrase est gravée dans la mémoire chrétienne. Saint Cyprien (vers 200-258), évêque de Carthage et martyr, écrit son traité De l'unité de l'Église catholique au moment de la crise schismatique provoquée par Novatien à Rome et par les confesseurs trop rigoristes en Afrique. Le contexte n'est donc pas un dialogue interreligieux abstrait : ce sont des chrétiens qui se séparent de l'unité visible pour fonder des conventicules parallèles[21].
Dans une lettre postérieure de 256, à l'occasion de la controverse sur la validité du baptême des hérétiques, Cyprien forge la formule lapidaire qui restera :
« Salus extra Ecclesiam non est. » — « Il n'y a pas de salut hors de l'Église. » — Saint Cyprien de Carthage, Epistula 73 (à Jubaianus ; Epistle 72 dans la numérotation des Ante-Nicene Fathers), § 21, vers 256[22]
Pour Cyprien, l'évêque légitime est le centre visible de la communion ; rompre cette communion, c'est rompre avec la source même de la grâce. La formule vise les schismatiques pleinement avertis, non les païens ignorants. Cette nuance d'origine ne sera jamais oubliée par la grande tradition théologique, même quand certaines formulations médiévales ultérieures sembleront durcir la lettre.
Origène, Lactance, saint Optat de Milève
Origène applique la même idée à l'Église comme Arche de Noé. En commentant le livre de Josué, il écrit que « hors de cette maison, c'est-à-dire hors de l'Église, personne n'est sauvé »[23]. La comparaison avec l'Arche deviendra un lieu commun patristique : seuls les passagers de la nef échappent au déluge ; seuls les membres de l'Église échappent à la perdition.
Au tournant des IIIᵉ et IVᵉ siècles, Lactance écrit que « seule l'Église catholique est celle qui garde le vrai culte »[24], formule que Pie XI citera encore quinze siècles plus tard dans Mortalium animos[25]. Saint Optat de Milève († v. 397), dans son traité contre les donatistes, développe l'argument typologique : l'Église est l'unique navire qui traverse la mer du monde, et il n'y a pas plusieurs barques de salut[26].
Saint Augustin : appartenance visible et grâce mystérieuse
Saint Augustin reprend la formule de Cyprien et y ajoute une réflexion d'envergure sur la prédestination et la grâce préveniente. Il maintient avec force qu'aucune œuvre de charité, aucun martyre même, ne peut sauver un homme séparé sciemment de la communion catholique[27]. Sa formule lapidaire est restée :
« Hors de l'Église, on peut tout avoir, sauf le salut. On peut avoir des honneurs, on peut avoir des sacrements, on peut chanter l'Alléluia, on peut répondre Amen, on peut tenir l'Évangile, on peut avoir et prêcher la foi au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; mais nulle part ailleurs que dans l'Église catholique on ne peut trouver le salut. » — Saint Augustin, Sermo ad Caesariensis Ecclesiae plebem, 6, vers 418[28]
Mais Augustin reconnaît aussi que Dieu agit secrètement dans les cœurs et qu'il y a, en dehors des frontières visibles de l'Église, des âmes appelées à la rejoindre. Il distingue très tôt la séparation visible et le refus coupable : « Beaucoup qui semblent être au-dehors sont au-dedans, et beaucoup qui semblent être au-dedans sont au-dehors »[29]. C'est exactement la distinction que Vatican II reprendra mot pour mot quinze siècles plus tard. La théologie scolastique d'Albert et de Thomas se nourrira de cette intuition pour formuler la distinction in re / in voto.
Fulgence de Ruspe : la formulation la plus radicale
Au tournant des Vᵉ et VIᵉ siècles, dans une Afrique chrétienne secouée par les invasions vandales et la crise arienne, Fulgence de Ruspe († 533), disciple radical d'Augustin, donne à la formule sa forme la plus dure :
« Tiens-toi très fermement et ne doute pas le moins du monde que tout baptisé, païen, juif, hérétique ou schismatique, qui termine la vie présente hors de l'Église catholique, ira au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. » — Saint Fulgence de Ruspe, De fide ad Petrum seu de Regula fidei, ch. 38 (al. 79), vers 524[30]
C'est cette formule, presque mot pour mot, que reprendra le concile de Florence en 1442 dans le décret Cantate Domino. La citation médiévale n'est donc pas une invention conciliaire : c'est l'absorption d'une formule patristique latine déjà fixée. La théologie post-tridentine la lira toujours dans la perspective augustinienne qui distingue séparation matérielle et refus coupable, mais la sévérité littérale ne sera jamais oubliée.
Le Symbole de saint Athanase
Au cours du Vᵉ ou du VIᵉ siècle, vraisemblablement en Gaule méridionale (région d'Arles ou de Lérins), apparaît un troisième grand symbole de foi latin, traditionnellement appelé Symbole de saint Athanase (Quicumque). Il n'est pas du saint évêque d'Alexandrie ; la critique érudite l'attribue depuis le XVIIᵉ siècle à un milieu monastique gallican proche de saint Césaire d'Arles[31]. Mais il est devenu l'un des trois symboles officiels de l'Église latine, récité jusqu'à Vatican II à l'office du dimanche.
Son ouverture pose la formule la plus solennelle de toute la liturgie :
« Quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir la foi catholique. Celui qui ne la garde pas intègre et inviolée périra sans aucun doute dans l'éternité. » — Symbole Quicumque dit de saint Athanase, versets 1-2, vers 540[32]
Le Quicumque articule trois trinitaires (vv. 3-28) et deux christologiques (vv. 29-39), avant de conclure par la nécessité de croire le tout pour être sauvé. Sa permanence dans la liturgie occidentale, jusqu'au Bréviaire romain promulgué par saint Pie V, montre que l'Église a fait sienne la formule la plus dure de cette tradition.
Les définitions médiévales
Latran IV (1215) : la formulation conciliaire la plus solennelle
« Il n'y a qu'une seule Église universelle des fidèles, hors de laquelle absolument personne n'est sauvé. » — IVᵉ concile du Latran, constitution Firmiter credimus, 1215[33]
Cette phrase est tirée du premier canon (Caput I — De fide catholica) du IVᵉ concile du Latran convoqué par Innocent III. Elle s'inscrit dans une profession trinitaire complète et précède la définition dogmatique de la transsubstantiation[34]. Le texte vise principalement les cathares et les vaudois, qui prétendaient constituer une Église parallèle à celle de Rome. Una vero est fidelium universalis Ecclesia, extra quam nullus omnino salvatur : la formule combine l'universalité (une seule Église pour tous les fidèles) et l'exclusivité (absolument personne n'est sauvé hors d'elle).
Cette formulation est dogmatique : elle a été ratifiée par un concile œcuménique et solennellement promulguée. Elle est entrée au Denzinger sous le numéro 802 et engage la foi catholique. Toute la difficulté herméneutique consiste à articuler ce dogme avec la doctrine de l'ignorance invincible précisée plus tard. La clé, déjà présente chez Augustin et reformulée par Vatican II, est que la formule porte sur la séparation coupable, non sur la situation extérieure de qui n'a jamais eu accès à l'Évangile.
Lyon II (1274) : la profession de foi de Michel Paléologue
Soixante ans plus tard, lors de la brève union avec les Grecs proclamée au IIᵉ concile de Lyon, l'empereur Michel VIII Paléologue souscrit une profession de foi préparée par la cour romaine de Clément IV puis reprise par Grégoire X. Le texte contient la même formule : « La sainte Église catholique romaine […] tient et enseigne fermement que […] aucun de ceux qui sont hors d'elle […] ne sera fait participant de la vie éternelle, mais ils iront dans le feu éternel »[35]. La permanence de la formule dans les professions de foi conciliaires montre qu'il ne s'agit pas d'une humeur médiévale isolée : c'est la grammaire normale du Credo dogmatique de l'Occident.
Boniface VIII, Unam Sanctam (1302)
« Nous déclarons, disons, définissons et prononçons qu'il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être soumise au Pontife romain. » — Boniface VIII, bulle Unam Sanctam, 18 novembre 1302[36]
La bulle Unam Sanctam est promulguée dans le cadre du violent conflit qui oppose Boniface VIII et le roi de France Philippe le Bel. Politiquement, elle affirme la suprématie spirituelle du pape sur toute autorité temporelle. Doctrinalement, elle redit l'unicité de l'Église — Una sancta Ecclesia catholica et apostolica — et conclut par la définition citée[37].
Le texte est solennel, mais sa portée précise a fait l'objet de longs débats. La théologie classique l'a interprété comme exigeant la soumission au Successeur de Pierre dans la mesure où cette soumission est connue comme nécessaire : autrement dit, la voluntas obediendi — la volonté d'obéir à l'Église telle que Dieu l'a voulue — appartient au salut, sans que cela transforme tout schisme géographiquement involontaire en damnation automatique. Saint Robert Bellarmin et le cardinal Cajetan ont posé les distinctions classiques qui éviteront, plus tard, les interprétations rigoristes[38].
Cantate Domino, Florence (1442) : la formulation la plus rude
« La sacro-sainte Église romaine croit fermement, professe et prêche qu'aucun de ceux qui sont en dehors de l'Église catholique — non seulement les païens, mais aussi les juifs, les hérétiques et les schismatiques — ne peut participer à la vie éternelle ; et qu'ils iront dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges, à moins que, avant la fin de leur vie, ils ne soient agrégés à elle. » — Eugène IV, bulle Cantate Domino, concile de Florence, 4 février 1442, décret pour les Coptes[39]
C'est l'une des formules les plus dures de toute la tradition catholique. Le décret est promulgué dans le cadre des négociations d'union avec les Coptes d'Égypte, après la rupture avec les Éthiopiens, et reprend presque mot pour mot le passage de Fulgence de Ruspe cité plus haut[40]. Trois précisions sont indispensables pour le recevoir dans la pleine tradition :
- Le concile vise les séparations coupables, dans un horizon mental où l'Europe chrétienne supposait que l'Évangile était connu de fait à peu près partout. Il ne se prononce pas sur la situation d'un homme qui n'a jamais entendu parler du Christ sans faute de sa part.
- La formule « à moins que, avant la fin de leur vie, ils ne soient agrégés à l'Église » inclut, selon l'interprétation théologique classique, l'agrégation in voto — par le désir, explicite ou implicite — et pas seulement l'inscription juridique visible[41].
- Le concile ne contredit pas saint Thomas d'Aquin, qui enseigne pourtant explicitement le votum baptismi (baptême de désir) et la possibilité du salut pour qui meurt avec le désir, même implicite, du baptême[42].
Le concile de Florence n'a donc pas pour fonction de damner les bons païens. Il a pour fonction de réaffirmer, dans un langage très ferme, que personne n'est sauvé en dehors de l'unique Église du Christ — et que la séparation coupable de cette Église ferme effectivement la porte du salut.
Le voeu de baptême et la solution thomiste
Bien avant les controverses modernes, la théologie scolastique avait déjà posé les distinctions qui permettent de comprendre comment la doctrine ferme du nulla salus peut s'articuler avec la miséricorde universelle de Dieu.
Pierre Lombard, saint Albert et saint Thomas
Pierre Lombard, dans les Sentences, et plus systématiquement saint Thomas d'Aquin dans la Summa Theologiae, distinguent l'effet du sacrement reçu réellement et l'effet du désir de ce sacrement. Saint Albert le Grand, maître de Thomas, avait déjà préparé la distinction. Saint Thomas écrit :
« Le sacrement de baptême peut faire défaut à quelqu'un en réalité (re), mais non en volonté (voto), comme dans le cas de celui qui désire être baptisé mais à qui, par malheur, l'événement enlève le temps de l'être avant la mort : un tel homme peut obtenir le salut sans le baptême réel, en vertu de son désir et de la foi qui opère par la charité, Dieu n'ayant pas voulu lier sa puissance aux sacrements. » — Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIIᵃ pars, q. 68, a. 2, conclusion[43]
Cette doctrine, dite du votum sacramenti ou baptême de désir, est un acquis classique de la théologie catholique, repris par le concile de Trente lui-même (session VI, ch. IV)[44]. Si le voeu est suffisant pour ceux qui meurent juste avant le baptême en sachant qu'ils le désirent, a fortiori Dieu peut accepter le voeu implicite chez ceux qui ignorent invinciblement l'existence même du baptême et qui, sous l'influence de la grâce, désireraient l'embrasser s'ils en connaissaient la nécessité.
Le baptême de sang
À côté du baptême d'eau (sacramentel) et du baptême de désir (votif), la tradition reconnaît un troisième mode : le baptême de sang, par lequel un catéchumène ou même un non-baptisé qui meurt pour le Christ obtient le salut sans recevoir l'eau du sacrement. La doctrine est déjà attestée par Tertullien au début du IIIᵉ siècle :
« Nous avons un second bain, qui est unique avec le premier : celui du sang, dont le Seigneur a dit : “J'ai un autre baptême”. » — Tertullien, De baptismo, 16, 1-2, vers 200-206[45]
Cyprien, Augustin, Thomas d'Aquin et le concile de Trente confirment la doctrine. Trente reprend explicitement le baptême de sang dans son enseignement sur le martyre des saints Innocents (Mt 2, 16-18). Le Catéchisme de l'Église catholique l'enseigne aujourd'hui au § 1258 :
« L'Église a toujours tenu la ferme conviction que ceux qui souffrent la mort à cause de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême sans être sacrement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1258[46]
Ce point est important pour comprendre que la nécessité du baptême d'eau n'est pas une nécessité matérielle absolue : la grâce du Christ, à laquelle le sacrement nous incorpore ordinairement, peut atteindre l'âme par d'autres voies que Dieu connaît seul.
Le concile de Trente et la confirmation du votum
Le concile de Trente, dans son décret sur la justification (session VI, 13 janvier 1547), affirme que la translation de l'état du premier Adam à l'état de la grâce ne peut s'opérer « sans le bain de la régénération ou son désir » (sine lavacro regenerationis aut eius voto)[47]. La position est dogmatique : elle ratifie la doctrine de Thomas et la rend impossible à contester pour un catholique. Toute lecture rigoriste ultérieure qui prétendrait nier le baptême de désir entrerait en contradiction directe avec Trente.
Bellarmin, Suarez et la distinction in re / in voto
La théologie post-tridentine, en particulier saint Robert Bellarmin et Francisco Suarez, systématise la distinction : on peut appartenir à l'Église in re — réellement, visiblement, par les sacrements et la profession de foi — ou seulement in voto — par le désir et la disposition intérieure. L'appartenance in voto suffit au salut quand elle est unie à la foi, à l'espérance et à la charité ; mais elle reste ordonnée à l'appartenance in re comme à sa plénitude normale[48].
Cette distinction, parfois rebaptisée âme et corps de l'Église, ne crée pas deux Églises. Elle décrit deux modes d'appartenance à l'unique Église du Christ : une âme en état de grâce, ordonnée au Christ par le désir et la charité, peut appartenir à l'âme de l'Église sans en connaître visiblement le corps, tout en restant ordonnée à la pleine incorporation visible[49][50][51].
Cette grammaire scolastique sera reprise par le Catéchisme romain promulgué après le concile de Trente, par les théologiens romains du XIXᵉ siècle préparant Vatican I, et finalement intégrée par Pie XII dans Mystici Corporis Christi (1943), encyclique qui prépare directement Lumen Gentium[52].
Pie IX et l'ignorance invincible
Le contexte du XIXᵉ siècle : libéralisme religieux
Au XIXᵉ siècle, le défi change d'angle. L'Église ne fait plus face seulement à des schismes intérieurs et à des hérésies bien identifiées ; elle affronte le libéralisme religieux qui prétend que toutes les religions se valent, que la conscience individuelle est l'ultime norme et que l'État doit traiter à égalité catholiques, protestants, juifs, francs-maçons et incroyants. Devant ce climat, Pie IX (1846-1878) condamne avec force l'indifférentisme, mais il prend soin, dans le même mouvement, de préciser ce que la formule ancienne ne veut pas dire.
Singulari quadam (1854) : la première formulation explicite
Dans l'allocution consistoriale Singulari quadam du 9 décembre 1854 — quelques jours après la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception —, Pie IX déclare que tenir avec la foi catholique qu'aucun homme ne peut être sauvé hors de l'Église romaine est une vérité de foi ; mais il faut tenir avec la même certitude que ceux qui se trouvent dans une ignorance invincible de la vraie religion ne sont pas tenus pour coupables aux yeux de Dieu :
« Il faut tenir comme de foi qu'en dehors de l'Église apostolique romaine nul ne peut être sauvé, qu'elle est l'unique arche de salut et que celui qui n'y entre pas périra par le déluge ; mais il faut tenir aussi comme certain que ceux qui ignorent la vraie religion, si cette ignorance est invincible, ne sont pas tenus devant Dieu pour coupables d'une telle faute. » — Bienheureux Pie IX, allocution consistoriale Singulari quadam, 9 décembre 1854[53]
C'est le tournant magistériel : pour la première fois, le pape énonce explicitement que la formule traditionnelle n'enferme pas les ignorants invincibles. La doctrine n'est pas nouvelle (Thomas la professait déjà), mais sa proclamation pontificale solennelle clarifie ce qui restait diffus dans les commentaires.
Quanto conficiamur moerore (1863) : le texte le plus cité
Neuf ans plus tard, dans l'encyclique Quanto conficiamur moerore adressée à l'épiscopat italien le 10 août 1863, Pie IX précise la doctrine de l'ignorance invincible dans le passage devenu classique :
« Il existe ceux qui se trouvent dans une situation d'ignorance invincible de notre très sainte religion, et qui, observant sincèrement la loi naturelle et ses préceptes gravés par Dieu dans tous les cœurs, étant prêts à obéir à Dieu et menant une vie honnête et droite, peuvent, avec l'aide de la lumière divine et de la grâce, parvenir à la vie éternelle ; car Dieu, qui voit, scrute et connaît à fond les esprits, les âmes, les pensées et les habitudes de tous, ne permet pas, dans son immense bonté et sa clémence, que quelqu'un qui n'est coupable d'aucune faute volontaire soit puni par des châtiments éternels. » — Bienheureux Pie IX, encyclique Quanto conficiamur moerore, 10 août 1863, § 7[54]
Pie IX précise immédiatement le pendant nécessaire : « mais il est également connu, comme dogme catholique, que personne ne peut être sauvé hors de l'Église catholique », et que celui qui résiste obstinément à l'autorité et aux définitions de l'Église, ou qui se sépare volontairement de l'unité catholique et du Pontife romain, ne peut obtenir le salut éternel[55].
L'enseignement de Pie IX articule donc trois affirmations qui doivent être tenues ensemble :
- La formule Extra Ecclesiam nulla salus reste un dogme que la foi catholique tient fermement.
- Cette formule ne s'applique pas aux personnes qui ignorent invinciblement la vraie religion et qui, sous la grâce, suivent la loi naturelle et la conscience droite.
- L'indifférentisme — l'idée qu'on serait sauvé dans n'importe quelle religion comme si les croyances contradictoires étaient également voulues par Dieu — est condamné[56].
Le Syllabus et la condamnation de l'indifférentisme
Le Syllabus joint à Quanta cura (1864) condamne huit propositions sur l'indifférentisme et le latitudinarisme (prop. 15-18) : il est faux de prétendre que tout homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il jugera vraie selon la lumière de sa raison ; il est faux de prétendre que les hommes peuvent trouver le salut dans n'importe quel culte ; il est faux de soutenir que les protestants peuvent au moins être considérés comme une autre forme également agréable de la religion chrétienne[57]. La condamnation du Syllabus est dirigée contre la dissolution dogmatique de la nécessité de la foi catholique, non contre la possibilité du salut des ignorants non coupables.
En somme, Pie IX maintient ensemble les deux versants : hors de l'Église catholique, personne ne peut être sauvé — mais le salut des ignorants non coupables s'opère par la médiation de l'Église et la grâce du Christ ; en revanche, ceux qui s'opposent délibérément et en pleine lucidité à l'autorité et aux définitions de l'Église ne peuvent atteindre le salut[58][59].
Le cas Feeney et la lettre Suprema haec sacra (1949)
Une querelle américaine qui force le Magistère à préciser
À la fin des années 1940, le jésuite américain Leonard Feeney (1897-1978), aumônier d'étudiants à Harvard et fondateur du Saint Benedict Center à Cambridge (Massachusetts), défend une interprétation extrêmement restrictive de la formule. Pour lui, seuls les catholiques formellement baptisés d'eau au moment de leur mort peuvent être sauvés. Le baptême de désir ne suffit pas, le baptême de sang non plus, et l'ignorance invincible n'ouvre aucune porte. Toute personne mourant non visiblement membre de l'Église catholique romaine est perdue pour l'éternité. La revue From the Housetops, publiée par son groupe, propage cette thèse avec violence contre l'archevêque de Boston, Richard Cushing, et contre les supérieurs de Feeney à Harvard[60].
La réponse du Saint-Office
Le 8 août 1949, le Saint-Office, par sa lettre Suprema haec sacra signée par le cardinal Marchetti-Selvaggiani et le cardinal Ottaviani, adressée à l'archevêque Cushing, condamne la doctrine de Feeney sans condamner la formule traditionnelle.
« Pour qu'une personne obtienne son salut éternel, il n'est pas toujours requis qu'elle soit de fait (re) incorporée à l'Église comme membre ; mais il est nécessaire au moins qu'elle lui soit unie par le désir et le voeu (voto et desiderio). Ce voeu ne doit pas toujours être explicite, comme il l'est chez les catéchumènes ; mais lorsque la personne est dans une ignorance invincible, Dieu accepte aussi le voeu implicite, ainsi appelé parce qu'il est contenu dans cette bonne disposition de l'âme par laquelle l'homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu. » — Saint-Office, lettre Suprema haec sacra à Mgr Richard J. Cushing, archevêque de Boston, 8 août 1949[61]
Le texte poursuit en insistant sur la nécessité que ce voeu implicite soit informé par la foi parfaite et la charité, et il rappelle que Dieu, par sa grâce, peut amener un ignorant non coupable à la foi explicite que requiert le salut. Le Saint-Office condamne donc deux extrêmes en un seul texte :
- La position de Feeney, qui réduit l'Extra Ecclesiam à la seule appartenance visible et juridique.
- La position indifférentiste, qui dissoudrait la nécessité de l'Église dans une vague bonne volonté universelle.
Excommunication, postérité, réconciliation
Feeney est suspendu par l'archevêque Cushing le 18 avril 1949 (retrait de ses facultés sacerdotales dans l'archidiocèse de Boston), excommunié pour désobéissance par décret du Saint-Office le 13 février 1953, puis, selon les récits concordants, réconcilié avec l'Église en 1972 après la simple récitation du Symbole Quicumque, sans rétractation doctrinale formelle[62]. Ses disciples (Saint Benedict Center, Slaves of the Immaculate Heart of Mary) ont depuis évolué de façon variable. Mais la doctrine de la lettre du Saint-Office est, elle, restée la doctrine commune de l'Église : elle entre au Denzinger sous les numéros 3866-3872 et constitue le pont direct entre la théologie scolastique du voeu de baptême et la formulation conciliaire de Vatican II.
| Position | Extra Ecclesiam | Appartenance visible | Voeu implicite | Statut canonique |
|---|---|---|---|---|
| Feeney (1949) | Lettre stricte, sans nuance | Seule l'appartenance in re sauve | Refusé | Condamné par Suprema haec sacra |
| Catholique commun | Maintenue, comprise dans la tradition | Plénitude normale du salut | Suffit pour qui meurt avant baptême réel | Doctrine officielle, CEC §§ 846-848 |
| Indifférentisme | Vidée de sens | Optionnelle | Toutes les religions équivalentes | Condamné par Pie IX et Dominus Iesus |
Ce tableau montre l'équilibre précis de la réponse romaine. Le Saint-Office ne remplace pas le dogme par une théorie vague de la bonne foi ; il interdit seulement de confondre l'unique Église du salut avec une appartenance visible comprise de manière purement administrative.
Inversement, la condamnation du feeneyisme ne fait pas des autres religions des chemins parallèles voulus par Dieu. Elle rappelle que l'appartenance extraordinaire, si elle existe, reste une appartenance au Christ et à son Église, jamais une autosuffisance salvifique des traditions religieuses séparées.
Vatican II : continuité, précision, mission
Quinze ans après Suprema haec sacra, le concile Vatican II reprend la doctrine traditionnelle et l'expose dans la perspective ecclésiologique du Corps mystique. Les paragraphes décisifs sont Lumen Gentium 8, 14, 15, 16, le décret Ad Gentes 7 et la déclaration Nostra Aetate.
Le subsistit in de Lumen Gentium 8
Le concile prend soin, dès le paragraphe 8 de Lumen Gentium, de préciser la nature du lien entre l'Église du Christ et l'Église catholique :
« Cette Église, en tant que société constituée et organisée dans ce monde, c'est dans l'Église catholique qu'elle se trouve, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui ; bien que, en dehors de son organisme, se trouvent plusieurs éléments de sanctification et de vérité qui, comme dons propres à l'Église du Christ, appellent par eux-mêmes l'unité catholique. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 8, 21 novembre 1964[63]
Le verbe subsistit in (« subsiste dans »), choisi par les Pères conciliaires de préférence à est, signifie que l'unique Église du Christ se trouve réellement et pleinement dans l'Église catholique, tout en reconnaissant que des éléments de sanctification et de vérité existent hors de sa structure visible. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a explicité ce point dans Dominus Iesus (2000) puis dans ses Réponses à quelques questions de 2007 : le subsistit in ne dilue pas l'unicité, il affirme que l'unicité se réalise plénièrement dans la communion catholique[64].
Lumen Gentium 14 : la nécessité de l'Église maintenue
« Le saint Concile […] enseigne, en s'appuyant sur la Sainte Écriture et la Tradition, que cette Église en pèlerinage sur terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut ; or il nous devient présent en son Corps qui est l'Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême, c'est la nécessité de l'Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu'il nous a confirmée en même temps. C'est pourquoi ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Église catholique, soit d'y persévérer, alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés. » — Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, § 14, 21 novembre 1964[65]
Le passage est décisif. Il est même plus explicite que la plupart des formulations médiévales : la nécessité de l'Église est rappelée comme une vérité tenue par la foi, et la condition de la culpabilité — « alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire » — est désormais formulée avec précision. Lumen Gentium ne supprime donc pas Florence, il l'explicite : refuser l'Église sciemment en sachant qu'elle a été fondée par le Christ comme nécessaire, c'est mettre son salut en danger.
Le même paragraphe ajoute la nuance célèbre : ceux qui n'observent pas la charité ne sont pas sauvés par leur appartenance visible. « Demeurer dans le sein de l'Église “de corps”, mais non “de cœur” », c'est compromettre son salut malgré l'appartenance in re. La possession visible des sacrements augmente la responsabilité.
Lumen Gentium 15 : les chrétiens séparés
Le paragraphe 15 reconnaît que les chrétiens séparés sont liés à l'Église catholique par de nombreux liens : Sainte Écriture acceptée comme norme de foi et de vie, zèle religieux sincère, foi en Dieu Père et au Christ Sauveur, baptême valide, autres sacrements pour les Orientaux, vénération de la Vierge Marie pour beaucoup d'entre eux. « L'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d'eux comme moyens de salut »[66]. Sans confondre les frontières ecclésiales, le concile reconnaît les éléments réels de sanctification présents en dehors des structures visibles catholiques.
Lumen Gentium 16 : non-chrétiens, musulmans, athées de bonne foi
« En effet, ceux qui, sans qu'il y ait de leur faute, ignorent l'Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d'un cœur sincère, et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 16[67]
Le paragraphe distingue plusieurs cercles concentriques autour de l'Église catholique : les chrétiens séparés (§ 15), puis le peuple juif « dont le Christ est issu selon la chair », puis « ceux qui reconnaissent le Créateur, parmi lesquels il y a, en premier lieu, les musulmans », puis ceux qui cherchent à tâtons le Dieu inconnu, puis enfin ceux qui n'arrivent pas même à la connaissance explicite de Dieu mais ne sont pas exempts de la lumière de Dieu et de l'aide nécessaire au salut.
Le texte précise aussitôt la limite : « Plus souvent, cependant, trompés par le Malin, les hommes se sont égarés dans leurs pensées » et ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge. Vatican II ne canonise pas l'idée qu'il suffirait d'être hindou ou musulman pour être sauvé : il maintient la nécessité de la prédication, de la conversion et du baptême comme voie ordinaire et plénière du salut.
Ad Gentes 7 : pourquoi évangéliser, alors ?
« Le Christ lui-même, en effet, en proclamant explicitement la nécessité de la foi et du baptême, a confirmé en même temps la nécessité de l'Église, dans laquelle les hommes entrent par le baptême comme par une porte. C'est pourquoi ne pourraient pas être sauvés les hommes qui, sachant que Dieu, par Jésus-Christ, a fondé l'Église comme nécessaire, refuseraient pourtant d'entrer dans l'Église ou d'y persévérer. » — Concile Vatican II, décret Ad Gentes, § 7, 7 décembre 1965[68]
Le décret Ad Gentes confirme que la possibilité du salut pour les ignorants invincibles ne supprime pas l'urgence missionnaire. Le concile écrit explicitement que « quoique Dieu puisse, par des voies connues de lui seul, amener à la foi des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile, l'Église a le devoir, et en même temps le droit sacré, d'évangéliser ». Si toutes les religions sauvaient également, la mission deviendrait une cruauté inutile imposée à des cultures innocentes. Si l'Évangile sauve mieux et plus sûrement que les religions naturelles, la mission devient un acte de charité et une obéissance au commandement du Christ.
Nostra Aetate : le regard renouvelé sur les religions
La déclaration Nostra Aetate (28 octobre 1965) sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes complète Lumen Gentium 16. Elle reconnaît dans l'hindouisme, le bouddhisme, l'islam et le judaïsme « des rayons de cette Vérité qui illumine tous les hommes »[69]. Mais elle prend soin de redire, dans le même mouvement, que l'Église « annonce, et est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14, 6), dans lequel les hommes trouvent la plénitude de la vie religieuse et par lequel Dieu se réconcilie toutes choses »[70]. Reconnaître des semences de vérité n'est pas dire que toutes les religions sauvent ; c'est dire que Dieu prépare les cœurs à recevoir l'Évangile.
Le Catéchisme : un triptyque décisif
Promulgué par saint Jean-Paul II en 1992, le Catéchisme de l'Église catholique condense la doctrine en trois paragraphes consécutifs (§§ 846-848) qui constituent aujourd'hui la synthèse magistérielle officielle sur Extra Ecclesiam nulla salus, complétés par les §§ 836-845 sur la nature de l'Église et les §§ 1257-1261 sur la nécessité du baptême et ses substituts.
§ 846 : la formule positive
« “Hors de l'Église point de salut” — Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l'Église ? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 846[71]
Le § 846 a fait l'objet d'un soin éditorial particulier. La phrase « formulée de façon positive » n'est pas une atténuation pieuse : c'est l'indication d'une méthode herméneutique. La formule traditionnelle, qui apparaît grammaticalement comme une négation (« hors de »… « point de »…), exprime en réalité une affirmation positive (le salut vient toujours du Christ par l'Église). Le Catéchisme rejoint ainsi, par convergence doctrinale, la lecture proposée par Henri de Lubac dans son Catholicisme de 1938[72].
§ 847 : les ignorants non coupables
Le § 847 reprend mot pour mot Lumen Gentium 16 : ceux qui ignorent sans faute l'Évangile et l'Église, mais cherchent Dieu d'un cœur sincère et obéissent à la grâce, « ceux-là peuvent arriver au salut éternel »[73]. La possibilité est donc enseignée comme doctrine certaine de l'Église, mais elle n'est jamais présentée comme une garantie automatique : elle suppose une recherche sincère, une obéissance à la conscience, et une coopération avec la grâce.
§ 848 : l'urgence missionnaire maintenue
« Bien que Dieu puisse, par des voies connues de lui seul, amener à la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile, l'Église a le devoir, en même temps que le droit sacré, d'évangéliser tous les hommes. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 848[74]
Le triptyque est verrouillé contre les deux dérives : il maintient la nécessité de l'Église (§ 846), reconnaît la possibilité du salut pour les ignorants non coupables (§ 847), et affirme aussitôt l'obligation missionnaire (§ 848).
§ 1258 : le baptême de sang ; § 1260 : le baptême de désir implicite
Le Catéchisme reprend les trois modes traditionnels du baptême — d'eau, de sang, de désir. Sur le baptême de désir implicite, il écrit :
« Tout homme qui, ignorant l'Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le baptême si elles en avaient connu la nécessité. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1260[75]
C'est précisément la définition classique du baptême de désir implicite. Saint Jean-Paul II et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ont donc choisi, pour la summa doctrinale du XXᵉ siècle, la formulation thomiste héritée de Suprema haec sacra : nul ne se sauve sans le Christ, mais Dieu peut sauver par des voies extraordinaires qu'il connaît seul.
§ 1261 : l'espérance pour les enfants morts sans baptême
Le § 1261 conclut le développement sur la nécessité du baptême par une parole d'espérance, sans définition dogmatique précise :
« Quant aux enfants morts sans baptême, l'Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles pour eux. […] Tout cela nous permet d'espérer qu'il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1261[76]
La Commission théologique internationale, dans son document de 2007 approuvé par Benoît XVI, a confirmé cette voie d'espérance théologique sans la transformer en dogme[77].
Dominus Iesus (2000) : barrage contre le relativisme
Le contexte : pluralisme de Hick, Knitter, Dupuis
Quand le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publie le 6 août 2000 la déclaration Dominus Iesus, c'est pour répondre à une dérive contraire à celle de Feeney. Plusieurs théologiens, dans le sillage du pluralisme religieux ambiant — John Hick (An Interpretation of Religion, 1989), Paul Knitter (No Other Name?, 1985), Jacques Dupuis (Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux, 1997) — suggèrent que le Christ ne serait qu'une voie de salut parmi d'autres, et que l'Église catholique ne serait qu'une expression historique parmi d'autres d'un mystère plus vaste[78]. La notification de la CDF sur Dupuis (2001) précisera les points de désaccord sans condamner globalement le théologien.
Les trois affirmations centrales
« On doit fermement croire que Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, crucifié et ressuscité, est l'unique et universel médiateur du salut pour toute l'humanité. […] Il serait contraire à la foi catholique de considérer l'Église comme un chemin de salut parmi d'autres, à côté de ceux que constitueraient les autres religions. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration Dominus Iesus, 6 août 2000, §§ 13 et 21[79]
Le document confirme trois affirmations centrales :
- L'unicité salvifique du Christ : aucun salut hors de l'unique médiation de l'unique Verbe incarné (Ac 4, 12 ; 1 Tm 2, 5), repris en Dominus Iesus § 13[80].
- L'unicité de l'Église : l'unique Église du Christ « subsiste dans l'Église catholique », gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui ; des éléments de sanctification et de vérité subsistent hors de sa structure visible mais sont « en tant qu'ils sont dons propres à l'Église du Christ, des forces qui poussent vers l'unité catholique »[81].
- La nécessité de l'Église pour le salut : « l'Église en pèlerinage est nécessaire au salut », et la grâce salvifique, même pour ceux qui ne sont pas formellement membres, est toujours « dans un rapport mystérieux avec l'Église »[82].
La continuité doctrinale avec Cyprien et Latran IV
Dominus Iesus n'invente rien : il redit explicitement, en l'an 2000, ce que disait déjà Cyprien en 256, Latran IV en 1215 et Vatican II en 1964. La continuité doctrinale est totale. Le document n'est pas une régression conservatrice contre Vatican II — il en applique la doctrine. C'est même le pape Jean-Paul II qui l'approuve ex audientia, et c'est lui qui, dans Redemptoris missio (1990), avait déjà rappelé la valeur permanente du précepte missionnaire malgré la possibilité du salut des ignorants invincibles[83].
Héritage théologique au XXᵉ siècle
La doctrine de l'Extra Ecclesiam a été reprise et approfondie par les grands théologiens catholiques du XXᵉ siècle, dans la fidélité à Trente, à Pie IX et à Suprema haec sacra. Trois auteurs majeurs sont à retenir.
Henri de Lubac : la lecture positive et sociale
Henri de Lubac (1896-1991), jésuite et cardinal, publie en 1938 Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme, ouvrage qui marquera profondément la théologie de Vatican II. Son chapitre VII, « Le salut par l'Église », propose une relecture positive qui converge avec la formulation du Catéchisme § 846 : la formule Extra Ecclesiam nulla salus est essentiellement une affirmation positive du caractère social du salut révélé par le Christ. Le christianisme n'est pas le salut d'individus isolés, mais le salut d'un peuple, le peuple de Dieu, dont l'Église est l'expression sacramentelle[84]. La lecture de De Lubac, longtemps suspectée puis pleinement reçue à Vatican II, est désormais classique.
Yves Congar : l'œcuménisme et les éléments ecclésiaux
Yves Congar (1904-1995), dominicain et cardinal, publie en 1950 Vraie et fausse réforme dans l'Église et en 1937 Chrétiens désunis, ouvrages qui posent les bases doctrinales de la réception œcuménique des autres traditions chrétiennes. Sa réflexion sur les éléments ecclésiaux présents dans les Églises et communautés séparées sera reprise par Lumen Gentium 15 et le décret Unitatis Redintegratio[85]. Congar maintient avec force que la plénitude des moyens de salut subsiste dans l'Église catholique, mais reconnaît que des éléments réels de sanctification subsistent en dehors d'elle et appellent à l'unité.
Jean Daniélou : les saints païens et le salut des nations
Jean Daniélou (1905-1974), jésuite et cardinal, publie en 1956 Les saints païens de l'Ancien Testament, où il étudie les figures (Abel, Hénoch, Noé, Job, Melchisédech) qui, sans appartenir au peuple élu, sont reconnues par la tradition comme sauvées. Cette lecture typologique des justes hors d'Israël prépare la réflexion conciliaire sur les justes hors de l'Église : il y a, déjà dans l'Écriture, des hommes que Dieu sauve hors du cadre visible de l'Alliance, et qui n'en sont pas moins sauvés par et vers le Christ qui vient[86].
Hans Urs von Balthasar : « Espérer pour tous » et ses limites
Hans Urs von Balthasar (1905-1988) suscite quant à lui un débat plus délicat. Dans deux ouvrages courts — Qu'est-ce qui nous permet d'espérer le salut de tous? (1986) et Petit discours sur l'enfer (1987) — il défend la thèse que l'espérance que tous les hommes soient sauvés est légitime, sans transformer cette espérance en certitude doctrinale[87]. La thèse a été critiquée par certains théologiens (notamment Avery Dulles) comme dangereusement proche de l'apocatastase d'Origène. Le débat reste ouvert, mais il ne remet pas en cause le dogme : von Balthasar lui-même reconnaît explicitement que l'enfer existe comme possibilité réelle et qu'on ne peut affirmer dogmatiquement que tous seront sauvés. Sa position n'autorise ni l'indifférentisme ni la dispense de la mission.
Ces quatre figures montrent que la lecture inclusive de l'Extra Ecclesiam n'est ni progressiste ni libérale : elle est la tradition catholique elle-même, approfondie par les meilleurs théologiens du XXᵉ siècle dans la fidélité à Trente et au Magistère papal.
Comment résoudre l'apparente contradiction
Une fois ce parcours fait, la question subsiste pour le lecteur attentif : comment articuler logiquement les formules les plus dures (Florence, Unam Sanctam) avec les formules les plus ouvertes (Pie IX, Vatican II) ? La théologie catholique répond par trois distinctions classiques qui permettent de tenir tout ensemble.
Distinction 1 — appartenance in re / appartenance in voto
Appartenir à l'Église in re, c'est y être incorporé visiblement par le baptême valide, la profession de la foi catholique entière, l'usage légitime des sacrements et la communion hiérarchique avec le pape et les évêques en communion avec lui. Appartenir à l'Église in voto, c'est lui être uni par le désir — explicite chez les catéchumènes, implicite chez les justes ignorants non coupables. Les deux modes d'appartenance sont des modes d'appartenance à la même unique Église du Christ ; ils ne créent pas deux Églises parallèles.
La règle classique : l'appartenance in voto peut suffire au salut dans l'extrême extrémité (ignorance invincible, mort avant le baptême prévu, etc.) ; mais elle reste ordonnée à l'appartenance in re comme à sa plénitude normale.
Distinction 2 — séparation visible / refus coupable
Florence affirme qu'aucun de ceux qui sont « en dehors de l'Église » ne participe à la vie éternelle. La théologie catholique a précisé ce que signifie être en dehors. Être hors de l'Église, au sens dogmatique, ce n'est pas être absent d'un cadastre paroissial : c'est être séparé volontairement et coupablement de l'unité voulue par le Christ. Un homme qui n'a jamais entendu parler de l'Évangile et qui suit la conscience droite sous la grâce n'est pas « hors de l'Église » au sens de Florence — il est uni à elle in voto.
C'est exactement la précision que Vatican II rend explicite, sans rien retrancher du dogme : « ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Église catholique, soit d'y persévérer, alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés »[88].
Distinction 3 — foi explicite / foi implicite
La foi est dite explicite quand elle est ouvertement professée par l'individu ; implicite quand l'individu, dans l'ignorance invincible de l'Évangile et de l'Église, est ordonné à la vérité par la bonne disposition de son âme — vouloir conformer sa volonté à celle de Dieu — unie à la foi et à la charité sous l'action de la grâce[89][90][91]. La foi explicite est nécessaire normalement au salut ; la foi implicite, contenue dans ce vœu implicite, peut suffire en cas d'ignorance invincible.
Articulées ensemble, ces trois distinctions permettent de tenir Extra Ecclesiam nulla salus dans toute sa rigueur sans tomber dans le rigorisme feeneyiste, et sans dériver vers l'indifférentisme.
Les trois conditions pour être sauvé hors de l'Église visible
Pour qu'une personne soit sauvée hors de l'Église visible — c'est-à-dire en lui appartenant seulement in voto — la doctrine catholique, avec Lumen Gentium 16 et le Catéchisme §§ 847 et 1260, pose trois conditions cumulatives[92][93][94] :
| Condition | Précision |
|---|---|
| Ignorance invincible de la vraie religion | Ne pas avoir eu la possibilité réelle de connaître le Christ et son Église ; ou avoir reçu une connaissance déformée par des préjugés culturels indépendants de la volonté |
| Recherche sincère de Dieu et de la vérité | Désir effectif du vrai, et non simple confort dans l'opinion reçue ou refus d'examiner |
| Obéissance à la conscience droite, sous la grâce | Vivre selon la loi naturelle inscrite par Dieu dans le cœur de tout homme, prêt à obéir à Dieu s'il se révèle |
L'absence d'une seule de ces trois conditions transforme la situation. Une ignorance vincible — c'est-à-dire entretenue par paresse, refus d'enquêter, peur de la vérité — n'excuse pas. Une recherche tronquée — qui choisit seulement les éléments compatibles avec son confort moral — n'excuse pas non plus. Et un refus de la conscience, même chez un baptisé, met en danger le salut.
À ces trois conditions s'ajoute, comme une exigence implicite, le « péché contre la lumière » dont parle saint John Henry Newman[95] : à mesure que la lumière de la vérité est reçue, la responsabilité s'accroît. À celui qui a beaucoup reçu, beaucoup sera demandé (Lc 12, 48). Un baptisé tiède peut être plus exposé que tel chercheur sincère dans une autre tradition.
Les chrétiens séparés : orthodoxes et protestants
La doctrine catholique reconnaît une situation différenciée pour les chrétiens non catholiques, selon que leur communauté garde la succession apostolique et les sacrements ou non.
Les Églises orientales : Églises au sens propre
Les Églises orthodoxes (Constantinople, Moscou, Antioche, Alexandrie, Jérusalem, Géorgie, Roumanie, etc.) et les Églises orientales non chalcédoniennes (Arméniens, Coptes, Éthiopiens, Syriaques, Assyriens) gardent la succession apostolique valide, les sept sacrements célébrés validement et la foi trinitaire et christologique des sept premiers conciles. Lumen Gentium 15 et le décret Unitatis Redintegratio 14-18 les nomment « Églises » au sens propre théologique, séparées de la pleine communion avec le Successeur de Pierre[96]. La grâce du Christ y agit pleinement par les sacrements, et leurs fidèles peuvent atteindre le salut tout en étant invités à recouvrer la pleine communion catholique.
Les Communautés ecclésiales issues de la Réforme
Les communautés issues de la Réforme du XVIᵉ siècle (luthériens, calvinistes, anglicans, méthodistes, baptistes, évangéliques, pentecôtistes) sont nommées par Lumen Gentium 15 et par Dominus Iesus § 17 Communautés ecclésiales plutôt qu'Églises au sens propre, parce qu'elles ne conservent pas la succession apostolique épiscopale et que beaucoup d'entre elles ne reconnaissent pas la validité sacramentelle de l'Eucharistie au sens catholique[97]. Cette terminologie n'est pas méprisante : elle est descriptive et précise. Ces communautés gardent des éléments réels de sanctification — l'Écriture sainte, le baptême valide quand il est administré au nom de la Trinité avec l'intention de faire ce que fait l'Église, la foi en Dieu Créateur et en Jésus-Christ Sauveur, la prière, la charité, le témoignage —, et « l'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d'eux comme moyens de salut »[98].
Éléments de sanctification et de vérité
Le principe général posé par Unitatis Redintegratio est que la plénitude des moyens de salut subsiste dans l'Église catholique, mais que des éléments réels de sanctification existent hors d'elle. Ces éléments « appartiennent par eux-mêmes à l'unique Église du Christ » et « poussent vers l'unité catholique »[99]. Un orthodoxe ou un protestant sincère qui meurt dans la grâce du Christ est sauvé non malgré son christianisme, mais par les éléments christiques que sa communauté a conservés — éléments qui demeurent intrinsèquement ordonnés à la plénitude catholique.
Objections fortes et réponses
Objection 1 — « Vatican II a contredit Florence »
C'est l'accusation classique des courants traditionalistes radicaux (sédévacantistes, feeneyistes, certaines publications de la FSSPX). Réponse : Vatican II ne contredit pas Florence, il l'explicite. Florence affirme que personne n'est sauvé en étant hors de l'Église ; Vatican II précise que être hors de l'Église, au sens dogmatique, c'est être séparé d'elle coupablement, en sachant qu'elle a été fondée par le Christ comme nécessaire. La précision n'est pas une contradiction : c'est une herméneutique de continuité au sens où Benoît XVI l'a définie en 2005[100].
D'ailleurs, Lumen Gentium 14 est plus explicite que la plupart des formulations médiévales : il rappelle expressément que l'Église est nécessaire au salut, que le Christ est l'unique médiateur, et que ceux qui la refusent en connaissance de cause ne peuvent être sauvés. Si Vatican II avait voulu abolir Florence, il aurait évité de redire la nécessité de l'Église en termes aussi solennels. Une vérité de foi solennellement proclamée ne peut devenir fausse par la suite : la foi peut s'approfondir, elle ne se contredit jamais[101].
Objection 2 — « Alors pourquoi évangéliser ? »
Si les ignorants invincibles peuvent être sauvés, à quoi bon la mission ? Réponse : parce que l'ignorance n'est pas un bien. Une personne non évangélisée peut être sauvée par les voies extraordinaires de la grâce, mais elle est privée :
- de la foi explicite au Christ, condition normale du salut ;
- des sacrements institués par le Christ comme moyens ordinaires de la grâce, en particulier l'Eucharistie ;
- du pardon sacramentel des péchés ;
- de la communion visible de l'Église qui éduque, soutient, console et porte ;
- du Magistère qui garantit la vérité contre l'erreur, et de la garde des Écritures.
Le Catéchisme conclut explicitement le § 848 : « l'Église a le devoir, en même temps que le droit sacré, d'évangéliser tous les hommes ». La possibilité du salut des ignorants ne rend pas la mission inutile ; elle rend Dieu plus grand que nos frontières visibles[102].
Objection 3 — « Toutes les religions mènent au même Dieu »
Non. Les religions contiennent des éléments de vérité et de bonté — Vatican II le reconnaît dans Nostra Aetate et Lumen Gentium 16. Mais elles ne sont pas équivalentes. Elles peuvent préparer le cœur, orienter la conscience, exprimer une recherche sincère ; mais elles peuvent aussi retenir l'âme dans des conceptions fausses de Dieu, de la grâce, du péché, du salut, du Christ et de l'au-delà[103]. La doctrine catholique ne dit pas : « toutes les religions sauvent ». Elle dit : « Dieu peut sauver des personnes malgré leur ignorance et au milieu de leurs traditions, par la grâce du Christ. »
Confondre ces deux propositions, c'est dissoudre la nécessité de l'Évangile. C'est précisément ce que Dominus Iesus condamne au § 21 : « il serait contraire à la foi catholique de considérer l'Église comme un chemin de salut parmi d'autres, à côté de ceux que constitueraient les autres religions »[104].
Objection 4 — « Les modernes ont aboli un dogme dur »
Réponse : factuellement faux. Lumen Gentium 14, le Catéchisme § 846, Dominus Iesus §§ 20-22, et même les catéchèses de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI redisent expressément la formule. La doctrine n'a pas été abolie. Elle a été située dans son sens authentique, contre les deux contresens symétriques : ne pas la transformer en arme cléricale qui damnerait l'humanité non baptisée ; ne pas la transformer en slogan vide. La continuité magistérielle est totale, de Cyprien à Ratzinger, et l'argument du changement de doctrine relève d'une incompréhension de l'herméneutique catholique. Saint Vincent de Lérins l'avait déjà formulé au Vᵉ siècle : la foi peut s'approfondir, elle ne peut pas se contredire[105].
Objection 5 — « C'est trop dur de damner les bons hindous, les bouddhistes, les athées sincères »
L'Église ne damne personne. L'Église rappelle le sérieux du choix éternel et la nécessité de la grâce. Elle enseigne que :
- Dieu juge chacun selon la lumière reçue (Rm 2, 14-16 ; CEC § 1776).
- L'ignorance invincible excuse de la faute formelle (CEC § 1793 ; Pie IX, Quanto conficiamur).
- Dieu connaît des voies extraordinaires pour amener à lui les âmes que les frontières visibles n'ont pas atteintes (LG 16 ; CEC § 1260).
- Mais la lumière reçue augmente la responsabilité : à qui beaucoup est donné, beaucoup sera demandé (Lc 12, 48).
L'Église encourage donc à espérer pour les ignorants sincères et les baptisés tièdes — mais aussi à craindre pour soi-même la perte de la charité, et à se hâter d'annoncer l'Évangile à tous ceux qui peuvent encore l'entendre. La formule Extra Ecclesiam n'est pas un permis de mépris : c'est un appel à l'urgence missionnaire et à la vigilance personnelle.
Objection 6 — « Et les enfants morts sans baptême ? »
L'Église confie à la miséricorde de Dieu les enfants morts sans baptême et ne définit pas dogmatiquement leur sort. Saint Jean-Paul II et la Commission théologique internationale (2007) ont permis d'espérer pour eux un chemin de salut[106]. La théorie des limbes éternels n'a jamais été un dogme. Le Catéchisme § 1261 conclut : « nous permettent d'espérer qu'il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême »[107]. La maxime Extra Ecclesiam ne ferme pas cette porte ; elle invite seulement à ne pas relativiser le baptême sacramentel, qui reste la voie ordinaire.
Objection 7 — « Cela conduit au prosélytisme agressif »
La distinction entre évangélisation et prosélytisme est claire dans le magistère contemporain. L'évangélisation est l'annonce respectueuse, motivée par la charité, de la vérité du Christ ; elle implique le libre assentiment de l'auditeur. Le prosélytisme est, dans le vocabulaire récent (Paul VI Evangelii nuntiandi § 79 ; pape François), l'imposition culturelle ou la pression psychologique[108]. Extra Ecclesiam commande la première, condamne la seconde. La liberté religieuse de l'acte de foi, défendue par Dignitatis humanae (1965), est constitutive de la doctrine catholique elle-même : nul ne croit s'il n'y consent librement. L'urgence missionnaire est donc une urgence de proposition, jamais de coercition.
Objection 8 — « Von Balthasar a-t-il raison d'espérer pour tous ? »
La thèse de von Balthasar — il est permis d'espérer que tous les hommes soient sauvés, sans affirmer dogmatiquement qu'ils le seront — n'est pas formellement condamnée. Elle est défendue par certains théologiens (Bishop Robert Barron) et critiquée par d'autres (Avery Dulles, Ralph Martin) comme dangereusement proche de l'apocatastase d'Origène, condamnée au IIᵉ concile de Constantinople (553)[109]. Le débat reste légitime, mais il ne touche pas le dogme : von Balthasar reconnaît que l'enfer existe comme possibilité réelle, que la mission est obligatoire, et qu'on ne peut transformer l'espérance en certitude. L'Extra Ecclesiam reste compatible avec une espérance large pour les ignorants invincibles, mais elle ne dispense ni de la mission ni de la vigilance personnelle.
Objection 9 — « Et le peuple juif ? »
La situation du peuple juif est singulière. Vatican II, Nostra Aetate 4 et la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme (document Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables, 10 décembre 2015[110]) reconnaissent que « l'élection d'Israël est irrévocable » (Rm 11, 29) et que les chrétiens partagent avec les juifs un patrimoine spirituel commun. Mais ni Vatican II ni le document de 2015 ne dispensent les juifs de la nécessité du Christ : le Christ est leur Messie, et la mission de l'Église envers son peuple selon la chair n'est pas annulée. La Commission précise explicitement que cela ne signifie pas qu'il y aurait pour Israël une voie de salut indépendante du Christ. La formule Extra Ecclesiam ne change pas — mais elle est lue dans la lumière du mystère pascal qui inclut le peuple de l'Alliance d'une manière unique.
Objection 10 — « Une religion qui s'estime seule vraie est intolérante »
C'est confondre la prétention à la vérité avec l'intolérance. Toute affirmation cohérente de la vérité exclut son contraire — c'est une exigence de la raison, non un manque de respect. Un mathématicien qui dit « 2 + 2 = 4 » exclut « 2 + 2 = 5 » sans manquer d'égards envers personne. L'Église catholique affirme que la foi du Christ est vraie, que les autres religions contiennent des éléments de vérité partiels, et qu'aucune position religieuse n'est immunisée contre la critique rationnelle. Cette position est compatible avec la liberté religieuse civile (Dignitatis humanae) et avec le respect des personnes d'autres traditions (Nostra Aetate). Confondre l'exclusivité doctrinale avec l'intolérance pratique, c'est céder au relativisme sceptique qui ne tient finalement aucune vérité — y compris l'affirmation qu'il faut respecter les autres.
Le danger inverse : l'indifférentisme
Si Extra Ecclesiam doit être protégé du contresens rigoriste, il doit aussi être protégé du contresens indifférentiste — peut-être plus diffus aujourd'hui. L'indifférentisme religieux soutient que toutes les religions, ou au moins toutes les religions sincères, conduisent également au salut. Cette opinion a été condamnée par Grégoire XVI (Mirari vos, 1832), Pie IX (Quanto conficiamur, Syllabus §§ 15-18), Léon XIII, Pie XI (Mortalium animos, 1928) et finalement Dominus Iesus.
« Il y en a en effet, en quantité non négligeable, qui, considérant la diversité des religions ou se laissant tromper par une fausse charité, professent que toutes les religions, quoique différentes ou même contradictoires entre elles, conduisent toutes également à Dieu ; ils tiennent même que cette opinion est non seulement licite, mais utile et louable. […] Tenir une telle position revient à anéantir totalement la vraie religion. » — Pie XI, encyclique Mortalium animos, 6 janvier 1928[111]
L'Extra Ecclesiam catholique authentique sauvegarde donc deux affirmations apparemment opposées et en réalité parfaitement complémentaires :
- Personne ne se sauve par une religion autre que la foi catholique en tant que telle.
- Dieu peut sauver des personnes qui, sans faute de leur part, ignorent la foi catholique, et qui sont rattachées mystérieusement à l'unique Église par le voeu implicite et l'action de la grâce.
Affirmer l'un sans l'autre, c'est trahir le dogme.
Conclusion : un dogme christologique, pas un slogan d'exclusion
Extra Ecclesiam nulla salus n'est ni un cri de victoire d'un clan contre les autres, ni un coup de gomme moderne sur une formule embarrassante. C'est une affirmation christologique : le salut vient du Christ seul, et le Christ a fait de son Église son Corps, son Épouse et le sacrement universel du salut.
Celui qui connaît l'Église catholique comme nécessaire et la refuse met son salut en danger. Celui qui l'ignore sans faute peut être sauvé par une grâce connue de Dieu, s'il cherche sincèrement la vérité et répond à sa conscience. Mais s'il est sauvé, il l'est toujours par le Christ et par une relation mystérieuse à l'Église — in voto si ce n'est in re.
La vraie conclusion de ce dogme n'est donc pas l'orgueil confessionnel, mais la mission : aimer l'Église, y demeurer de cœur, annoncer le Christ sans complexe, et confier à la miséricorde de Dieu les âmes dont lui seul connaît la lumière reçue et la réponse intérieure. La formule est dure ; mais elle est dure de la dureté d'un acte d'amour qui dit la vérité au lieu de l'abolir. Saint Cyprien, le premier formulateur, avait déjà donné la perspective :
« Le Seigneur dit : “Moi et le Père nous sommes un” ; et il est de nouveau écrit du Père, du Fils et du Saint-Esprit : “et ces trois sont un”. Qui pense donc que cette unité, qui vient de la stabilité divine, qui est tissée par les mystères célestes, peut être divisée dans l'Église et coupée par l'opposition des volontés en désaccord ? Celui qui ne tient pas cette unité ne tient pas la loi de Dieu, ne tient pas la foi du Père et du Fils, ne tient pas la vie et le salut. » — Saint Cyprien de Carthage, De catholicae ecclesiae unitate, ch. 6, vers 251[112]
Et c'est en obéissant à cette unité que le concile Vatican II, ouvrant ses portes au monde, redisait :
« Le saint Concile […] gardant le souvenir des paroles du Seigneur : “Allez, prêchez l'Évangile à toute créature” (Mc 16, 15), s'emploie de toutes ses forces à promouvoir l'oeuvre de l'évangélisation. » — Concile Vatican II, décret Ad Gentes, § 1[113]
Pour aller plus loin
- Pourquoi le catholicisme est la vraie religion — arguments d'ensemble.
- Réponses au protestantisme — unité de l'Église et critères de la vraie Église.
- Réponses à l'orthodoxie — primauté romaine et communion.
- L'islam — vérité partielle et écart par rapport à la Révélation chrétienne.
- Le concile de Trente — baptême de désir, justification, sacrements.
- Le concile de Florence — contexte de Cantate Domino et de l'union avec les Coptes.
- Bienheureux Pie IX — Quanto conficiamur et le Syllabus.
- Lumen Gentium — la constitution dogmatique sur l'Église.
- Dominus Iesus — l'unicité salvifique du Christ et de l'Église.
- Le baptême de désir — Thomas, Trente et la tradition.
Notes et références
La permanence de la formule à travers les professions de foi est attestée par les textes eux-mêmes, qu'il ne faut pas confondre : d'une part la bulle d'union avec les Grecs Laetentur caeli, 6 juillet 1439 ; d'autre part la bulle d'union avec les Coptes Cantate Domino, 4 février 1442 : « Firmiter credit, profitetur et praedicat, “nullos intra catholicam Ecclesiam non exsistentes, non solum paganos”, sed nec Iudaeos aut haereticos atque schismaticos, aeternae vitae fieri posse participes », DH 1351 ; G. Alberigo (dir.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, Bologne, 1991, pp. 578-579. Même clause finale (« Hanc veram catholicam fidem, extra quam nemo salvus esse potest », DH 1870) dans la profession de foi tridentine de Pie IV, Injunctum nobis, 13 novembre 1564 (texte entier : DH 1862-1870). Le 6 janvier 1870, fête de l'Épiphanie, les Pères prononcèrent en la IIᵉ session publique de Vatican I cette même profession tridentine : il ne s'agit donc pas d'une formule conciliaire nouvelle, mais de la reprise de celle de Pie IV (voir EWTN, First Vatican Council, « Session 2 : 6 January 1870 — Profession of faith »).
1Symbole Quicumque dit de saint Athanase, versets 1-2 : « Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem ; quam nisi quisque integram inviolatamque servaverit, absque dubio in aeternum peribit. » Texte critique : DH 75, et J.N.D. Kelly, The Athanasian Creed, A. & C. Black, Londres, 1964.
2 32Catéchisme de l'Église catholique, § 846, Mame-Plon, Paris, 1992 : « “Hors de l'Église point de salut” — Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l'Église ? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps. » Texte officiel sur vatican.va.
3Catéchisme de l'Église catholique, § 847, citant Lumen Gentium § 16 et la lettre Suprema haec sacra (DS 3866-3872) : possibilité du salut pour ceux qui ignorent sans faute l'Évangile et l'Église, cherchent Dieu sincèrement et obéissent à la grâce.
4 93Sur le contexte précis du De catholicae ecclesiae unitate et les schismes africains du IIIᵉ siècle, voir Cyprien de Carthage, L'unité de l'Église (De catholicae ecclesiae unitate), texte critique du CCL 3 (M. Bevenot), introduction P. Siniscalco et P. Mattei, traduction M. Poirier, apparats, notes, appendices et index P. Mattei, Sources chrétiennes 500, Éditions du Cerf, Paris, 2006.
5 21Henri de Lubac, Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme, coll. Unam Sanctam n° 3, Éditions du Cerf, Paris, 1ʳᵉ éd. 1938, 4ᵉ éd. 1947 ; rééd. dans Œuvres complètes, t. VII, Cerf, 2003. Le chapitre VII, « Le salut par l'Église », propose la relecture positive de la formule Extra Ecclesiam nulla salus comme affirmation du caractère social du salut, en convergence avec la formulation du CEC § 846.
6 72 84Jn 14, 6 et Ac 4, 12, versets familiers de la liturgie, sont cités dans la traduction liturgique officielle (AELF) ; Mc 16, 16, Jn 3, 5, Ep 5, 23-26 et Mt 28, 18-20, passages d'étude, dans celle de la Bible de Jérusalem. Chaque note ci-dessous nomme sa traduction : le mélange apparent est donc une convention déclarée, non une incohérence.
7Évangile selon saint Jean, 14, 6, traduction liturgique officielle (AELF).
8Actes des Apôtres, 4, 12, traduction liturgique officielle (AELF).
9Dominus Iesus, § 13 : « Il faut fermement croire, comme donnée permanente de la foi de l'Église, que Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, crucifié et ressuscité, est l'unique et universel médiateur du salut pour toute l'humanité. »
10 80Évangile selon saint Marc, 16, 16. Traduction de la Bible de Jérusalem. La finale longue de Marc (16, 9-20) est canonique pour la foi catholique, comme l'a rappelé le concile de Trente dans son décret sur les saintes Écritures (DH 1502).
11Évangile selon saint Jean, 3, 5. Traduction de la Bible de Jérusalem.
12Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, § 14, 21 novembre 1964. Texte intégral français sur vatican.va. Le passage final est cité littéralement dans le CEC § 846.
13 65 88Saint Paul, Épître aux Éphésiens, 5, 23-26. Traduction de la Bible de Jérusalem. Le verset 32 ajoute : « Ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu'il s'applique au Christ et à l'Église. »
14Saint Paul, Épître aux Colossiens, 1, 18 et 24 : le Christ est « la tête du Corps, qui est l'Église », et Paul « achève en sa chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l'Église ».
15Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 7, sur l'image paulinienne du Corps mystique. La construction théologique de Lumen Gentium part explicitement de l'ecclésiologie pauline.
16Évangile selon saint Matthieu, 28, 18-20. Traduction de la Bible de Jérusalem.
17Concile Vatican II, décret Ad Gentes, § 1, 7 décembre 1965.
18 113Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Smyrniotes, 8, 2, vers 107 : « ὅπου ἂν φανῇ ὁ ἐπίσκοπος, ἐκεῖ τὸ πλῆθος ἔστω, ὥσπερ ὅπου ἂν ᾖ Χριστὸς Ἰησοῦς, ἐκεῖ ἡ καθολικὴ ἐκκλησία. » Édition critique : P.-Th. Camelot, Ignace d'Antioche, Polycarpe de Smyrne, Lettres. Martyre de Polycarpe, Sources Chrétiennes 10, 4ᵉ éd., Cerf, Paris, 1969. C'est la première attestation patristique de l'expression « Église catholique ».
19Saint Cyprien de Carthage, De catholicae ecclesiae unitate, ch. 6, vers 251 : « Habere iam non potest Deum patrem qui Ecclesiam non habet matrem. » Édition critique CCL 3 (Bevenot) ; traduction française dans Sources chrétiennes 500, p. 187.
20Saint Cyprien de Carthage, Epistula 73 (Ad Iubaianum de haereticis baptizandis), § 21, vers 256, formule lapidaire : « Salus extra Ecclesiam non est. » Édition critique CSEL 3, 2, p. 795 (numérotation de W. Hartel ; la traduction anglaise des Ante-Nicene Fathers numérote cette même lettre Epistle 72, To Jubaianus Concerning the Baptism of Heretics).
22Origène, Homiliae in Iesu Nave, III, 5, vers 240 : « Extra hanc domum, id est extra Ecclesiam, nemo salvatur. » Cité par H. de Lubac, Catholicisme — les aspects sociaux du dogme, op. cit., ch. VII. Édition critique : Sources Chrétiennes 71, Origène, Homélies sur Josué, A. Jaubert, Cerf, 1960.
23Lactance, Divinae Institutiones, IV, 30, vers 305-313, sur l'unicité de l'Église catholique. Édition critique CSEL 19 (Brandt).
24Pie XI, encyclique Mortalium animos sur l'unité de la vraie Église, 6 janvier 1928, AAS 20 (1928) 5-16. Encyclique majeure contre l'indifférentisme et le mouvement panchrétien naissant.
25 111Saint Optat de Milève, De schismate Donatistarum, livres I-VII, vers 365-385. Édition critique CSEL 26 (Ziwsa) et Sources chrétiennes 412-413 (Labrousse). Optat développe l'argument typologique de l'Église comme Arche unique.
26Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas, IV, 17, 24 ; Contra litteras Petiliani, II, 79, 175. Augustin défend la nécessité de l'unité visible contre les donatistes tout en distinguant le « plus profond mystère » de l'élection divine de la simple appartenance sociologique.
27Saint Augustin, Sermo ad Caesariensis Ecclesiae plebem, 6, sermon prononcé à Césarée de Maurétanie le 18 septembre 418, à l'occasion d'une mission confiée par le pape Zosime après la condamnation de Pélage, contre les schismes des donatistes-circoncellions, dans Œuvres de saint Augustin, BA 32 (Bibliothèque augustinienne), Études Augustiniennes / Desclée de Brouwer, Paris, 1965.
28Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas, V, 27, 38 : « multi enim qui foris videntur intus sunt, et multi qui intus videntur foris sunt ». Édition critique CSEL 51 (Petschenig).
29Saint Fulgence de Ruspe, De fide ad Petrum seu de Regula fidei, ch. 38 (al. 79 dans la numérotation de PL 65), vers 524 : « Firmissime tene et nullatenus dubites, non solum omnes paganos, sed et omnes Iudaeos et omnes haereticos atque schismaticos, qui extra Ecclesiam catholicam praesentem finiunt vitam, in ignem aeternum ituros, qui paratus est diabolo et angelis eius. » Édition critique : CCSL 91A, J. Fraipont, Brepols, Turnhout, 1968. C'est cette formule qui est reprise quasi mot pour mot dans la bulle Cantate Domino du concile de Florence (1442).
30Datation et attribution : le Quicumque ne peut être de saint Athanase († 373). La critique moderne, depuis G.J. Voss (1642) et confirmée par Kelly, le situe en Gaule méridionale (région de Lérins et d'Arles) au tournant des Vᵉ et VIᵉ siècles, et l'associe au milieu monastique proche de saint Césaire d'Arles († 542).
31IVᵉ concile du Latran, constitution Firmiter credimus (caput I De fide catholica), 11-30 novembre 1215 : « Una vero est fidelium universalis Ecclesia, extra quam nullus omnino salvatur. » Denzinger-Hünermann (DH) 802 ; texte latin dans G. Alberigo (dir.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, Bologna, 1991, p. 230.
33Le texte de Firmiter (DH 802) et du canon 3 Excommunicamus contre les hérétiques se lit dans G. Alberigo (dir.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, Bologne, 1991 (éd. cit. supra) : c'est ce canon 3 qui condamne nommément les courants hérétiques du temps, visés par le concile en même temps qu'il définit la foi trinitaire et la transsubstantiation au canon I.
34IIᵉ concile de Lyon, Professio fidei Michaelis Palaeologi imperatoris, 1274, dans G. Alberigo (dir.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, Bologna, 1991, pp. 314-316. La formule reprend les éléments classiques de la profession de foi médiévale, dont l'exclusivité du salut.
35Boniface VIII, bulle Unam Sanctam, 18 novembre 1302, DH 870-875, formulation finale : « Porro subesse Romano Pontifici omni humanae creaturae declaramus, dicimus, definimus et pronuntiamus omnino esse de necessitate salutis. » Texte latin sur vatican.va et chez E. Friedberg, Corpus Iuris Canonici, II, Leipzig, 1881, col. 1245-1246.
36Sur le contexte du conflit avec Philippe le Bel, voir Tilmann Schmidt, Der Bonifaz-Prozess. Verfahren der Papstanklage in der Zeit Bonifaz' VIII. und Clemens' V., Köln, Böhlau, 1989. La portée doctrinale précise de la phrase finale est discutée par les théologiens depuis le XVᵉ siècle.
37Sur l'interprétation classique de Unam Sanctam par Bellarmin et Cajetan, voir Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, lib. V, c. 7, dans Opera omnia, Paris, Vivès, 1870, t. I ; Cajetan, De comparatione auctoritatis Papae et Concilii, ch. XVI, éd. V. M. Pollet, Rome, 1936.
38Concile de Florence, bulle d'union avec les Coptes Cantate Domino, 4 février 1442, DH 1351 : « Firmiter credit, profitetur et praedicat, “nullos intra catholicam Ecclesiam non exsistentes, non solum paganos”, sed nec Iudaeos aut haereticos atque schismaticos, aeternae vitae fieri posse participes ; sed in ignem aeternum ituros, “qui paratus est diabolo et angelis eius” (Mt 25, 41), nisi ante finem vitae eidem fuerint aggregati. » Édition critique : G. Alberigo (dir.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, Bologna, 1991, pp. 578-579.
39Sur le contexte précis du concile et les enjeux éthiopiens, voir Benjamin Weber, « La bulle Cantate Domino (4 février 1442) et les enjeux éthiopiens du concile de Florence », Mélanges de l'École française de Rome — Moyen Âge, 122/2 (2010), pp. 441-449, en libre accès sur journals.openedition.org.
40La théologie post-tridentine (Bellarmin, Suarez, De Lugo) a interprété l'« aggregati » de Florence comme incluant l'agrégation in voto. Cette lecture est ratifiée par le Saint-Office en 1949 dans Suprema haec sacra et par le Catéchisme § 1260 (1992).
41Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIIᵃ pars, q. 68, a. 2, conclusion : « Sacramentum baptismi potest alicui deesse re, sed non voto : sicut cum aliquis baptizari desiderat, sed antequam baptizetur ei aliquo casu mors immineat. Talis autem sine baptismo actuali consequi potest salutem, ex desiderio baptismi, qui procedit ex fide per dilectionem operante, per quam Deus interius hominem sanctificat, cuius potentia sacramentis visibilibus non alligatur. » Édition Léonine, Rome, 1903 ; traduction française : Le Cerf, Paris, 1925-1972 (édition de la Revue des Jeunes).
42 43Concile de Trente, session VI, Décret sur la justification, ch. IV, 13 janvier 1547, DH 1524 : la translation de l'état du premier Adam à l'état de la grâce ne peut s'opérer « sine lavacro regenerationis aut eius voto » (sans le bain de la régénération ou sans son désir).
44 47Tertullien, De baptismo, ch. 16, vers 200-206 : « Habemus etiam secundum lavacrum, unum et ipsum cum priore, sanguinis scilicet, de quo Dominus : “Habeo, inquit, baptismum baptizari”. » Édition critique CCSL 1 (Borleffs).
45Catéchisme de l'Église catholique, § 1258, sur le baptême de sang : « L'Église a toujours tenu la ferme conviction que ceux qui souffrent la mort à cause de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême sans être sacrement. »
46Robert Bellarmin, De Ecclesia militante, lib. III, c. 2-3, dans Opera omnia, Paris, Vivès, 1870, t. II, sur la distinction des membres de l'Église en sept catégories et le rôle du voeu chez les catéchumènes et les justes.
48 49Pie XII, encyclique Mystici Corporis Christi sur le Corps mystique du Christ, 29 juin 1943, AAS 35 (1943) 193-248. L'encyclique distingue les membres in re et in voto, prépare directement Lumen Gentium et fixe la doctrine reprise par Suprema haec sacra.
50 52Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 16. Cité littéralement par le CEC § 847.
51 67 91 92Bienheureux Pie IX, allocution consistoriale Singulari quadam, 9 décembre 1854, DH 2865 (le bloc DH 2865-2867 couvre l'ensemble des extraits de Pie IX sur ce point ; voir M. Ramage, Nova et Vetera, qui distingue Singulari quadam n. 2865 et Quanto conficiamur n. 2867). Texte chez Pie IX, Acta, vol. I, Rome, 1864, pp. 626-631.
53Bienheureux Pie IX, encyclique Quanto conficiamur moerore aux évêques d'Italie, 10 août 1863, § 7, DH 2866-2867. Acta Pii IX, vol. III, Rome, 1865, pp. 612-614. Texte intégral anglais sur papalencyclicals.net. Original latin : « Notum est Nobis vobisque, eos qui invincibili circa sanctissimam nostram religionem ignorantia laborant, quique naturalem legem eiusque praecepta in omnium cordibus a Deo insculpta sedulo servantes ac Deo oboedire parati honestam rectamque vitam agunt, posse divinae lucis et gratiae operante virtute, aeternam consequi vitam. »
54 58Pie IX, Quanto conficiamur moerore, op. cit., § 8 : « Sed notissimum quoque est catholicum dogma, neminem scilicet extra catholicam Ecclesiam posse salvari, et contumaces adversus eiusdem Ecclesiae auctoritatem definitionesque, atque ab eiusdem Ecclesiae unitate ab eiusque Romano Pontifice […] pertinaciter divisos, aeternam non posse obtinere salutem. »
55 59Bienheureux Pie IX, Syllabus complectens praecipuos nostrae aetatis errores, 8 décembre 1864, joint à l'encyclique Quanta cura, propositions 15-18 sur l'indifférentisme religieux et le latitudinarisme.
56 57Sur l'affaire Feeney, voir George B. Pepper, The Boston Heresy Case in View of the Secularization of Religion, Lewiston, Edwin Mellen Press, 1988 ; Patrick W. Carey, Catholics in America: A History, Westport, Praeger, 2004, ch. 12.
60Suprême Congrégation du Saint-Office, lettre Suprema haec sacra adressée à Mgr Richard J. Cushing, archevêque de Boston, protocole 122/49, 8 août 1949, DH 3866-3872. Original latin dans American Ecclesiastical Review, 127 (octobre 1952), pp. 307-311. Le passage cité ici est traduit du latin par Denzinger-Hünermann, 38ᵉ éd., Fribourg, Herder, 1999, n° 3870-3871.
61 89Leonard Feeney est suspendu par l'archevêque Cushing le 18 avril 1949 (retrait de ses facultés sacerdotales dans l'archidiocèse de Boston ; voir l'article « Extra Ecclesiam Nulla Salus: Father Feeney Makes a Comeback », CatholicCulture, citant G. B. Pepper, pp. 29-30), excommunié pour désobéissance par le décret du Saint-Office du 13 février 1953 publié dans Acta Apostolicae Sedis 45 (1953) 100. Réconciliation en 1972 : les récits concordants rapportent que la simple récitation du Symbole d'Athanase (Quicumque) fut acceptée comme profession de foi, sans rétractation doctrinale formelle — voir The Angelus (récit de la réconciliation : la récitation du Symbole d'Athanase par le P. Feeney et sa communauté, acceptée comme profession de foi), et les notices « Leonard Feeney » et « Feeneyism » (réconciliation en 1972 sans rétractation) ; Peter J. Vere, JCL, dans son étude canonique du dossier, précise que Paul VI leva l'excommunication du vivant du P. Feeney, sans trace d'une rétractation de sa lecture d'Extra Ecclesiam. Aucun acte romain de levée publié aux AAS n'a été retrouvé : la formulation ci-dessus reste donc celle des sources secondaires concordantes. Il meurt le 30 janvier 1978.
62Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 8, 21 novembre 1964. Texte intégral français sur vatican.va.
63Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Réponses à quelques questions concernant certains aspects de la doctrine sur l'Église, 29 juin 2007, avec commentaire explicatif. Texte sur vatican.va.
64Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 15 : « L'Église se sait unie pour plusieurs raisons avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens, sans toutefois professer la foi intégrale ou ne pas garder l'unité de communion sous le successeur de Pierre. […] L'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d'eux comme moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité confiée à l'Église catholique. »
66 98Concile Vatican II, décret Ad Gentes, § 7, 7 décembre 1965. Texte intégral français sur vatican.va.
68Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, § 2, 28 octobre 1965 : « L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu'elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes. »
69Concile Vatican II, Nostra Aetate, § 2, suite : « Cependant, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14, 6), dans lequel les hommes trouvent la plénitude de la vie religieuse et par lequel Dieu se réconcilie toutes choses. »
70Catéchisme de l'Église catholique, § 846, texte officiel publié par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1992 et amendé en 1997. Cité dans la editio typica latine de 1997 : « “Extra Ecclesiam nulla salus” — Quomodo haec assertio saepe a Patribus Ecclesiae repetita est intelligenda ? Modo positivo formulata, significat omnem salutem a Christo-Capite per Ecclesiam procedere quae corpus est Eius. »
71Catéchisme de l'Église catholique, § 847, citant Lumen Gentium 16 et la lettre Suprema haec sacra (DS 3866-3872).
73Catéchisme de l'Église catholique, § 848, citant Ad Gentes 7.
74Catéchisme de l'Église catholique, § 1260, sur le baptême de désir implicite, citant Gaudium et Spes 22, Lumen Gentium 16 et Ad Gentes 7.
75 90 94Catéchisme de l'Église catholique, § 1261, sur les enfants morts sans baptême et l'espérance d'un chemin de salut connu de Dieu seul.
76 107Commission Théologique Internationale, L'espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême, document approuvé par Benoît XVI le 19 janvier 2007 (audience au cardinal Levada), publié en avril 2007, texte intégral sur vatican.va.
77 106Sur la théologie pluraliste critiquée par Dominus Iesus, voir John Hick, An Interpretation of Religion: Human Responses to the Transcendent, Yale University Press, 1989 ; Paul Knitter, No Other Name? A Critical Survey of Christian Attitudes Toward the World Religions, Orbis Books, 1985 ; Jacques Dupuis, Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux, Cerf, 1997. La notification de la CDF sur Dupuis (24 janvier 2001) précise les points où ses formulations dépassaient la doctrine sans condamner l'ensemble de l'œuvre.
78Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration Dominus Iesus sur l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ et de l'Église, 6 août 2000, signée par le cardinal Joseph Ratzinger préfet et l'archevêque Tarcisio Bertone secrétaire, approuvée par saint Jean-Paul II. Texte intégral français sur vatican.va. AAS 92 (2000) 742-765.
79Dominus Iesus, §§ 16-17, sur le subsistit in de Lumen Gentium 8 et la distinction entre Églises au sens propre (orthodoxes) et Communautés ecclésiales (issues de la Réforme).
81Dominus Iesus, §§ 20-22 : nécessité de l'Église pour le salut, rapport mystérieux à l'Église pour ceux qui ne sont pas formellement membres, rejet du relativisme religieux.
82Saint Jean-Paul II, encyclique Redemptoris missio sur la valeur permanente du précepte missionnaire, 7 décembre 1990, § 9-10 et § 55, sur la nécessité de la mission malgré la possibilité du salut des ignorants invincibles.
83 102Yves Congar, Vraie et fausse réforme dans l'Église, coll. Unam Sanctam n° 20, Cerf, Paris, 1ʳᵉ éd. 1950, 2ᵉ éd. revue 1968. Avec Chrétiens désunis. Principes d'un « œcuménisme » catholique (Unam Sanctam n° 1, Cerf, 1937), Congar pose les bases doctrinales reprises par Lumen Gentium 15 et Unitatis Redintegratio sur la reconnaissance des éléments ecclésiaux dans les Églises et communautés séparées.
85Jean Daniélou, Les saints païens de l'Ancien Testament, Seuil, Paris, 1956. L'ouvrage étudie Abel, Hénoch, Noé, Job, Melchisédech et les autres justes hors d'Israël comme préfigurations du salut universel par le Christ.
86Hans Urs von Balthasar, Qu'est-ce qui nous permet d'espérer le salut de tous? (Was dürfen wir hoffen?, 1986), trad. fr. Bruno-Marie Wertz, Desclée, Paris, 1987 ; et Petit discours sur l'enfer (Kleiner Diskurs über die Hölle, 1987), trad. fr. Robert Givord, Apostolat des éditions, Paris, 1988. Von Balthasar y défend la thèse de l'« espérance que tous soient sauvés » tout en maintenant l'enfer comme possibilité réelle.
87L'expression « péché contre la lumière » est employée ici au sens de la spiritualité de saint John Henry Newman, notamment dans ses Sermons paroissiaux et simples (Parochial and Plain Sermons), Longmans, Green, Londres, 1834-1843, sur la responsabilité croissante du chrétien à mesure que sa conscience est éclairée par la grâce.
95Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, §§ 14-18, sur les Églises orientales séparées, leur succession apostolique, leurs sacrements et leur statut ecclésial propre.
96Dominus Iesus, § 17 : sur la qualification de « Communautés ecclésiales » pour les communautés issues de la Réforme.
97Concile Vatican II, décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, § 3, 21 novembre 1964. Sur les éléments de sanctification présents hors des frontières visibles de l'Église catholique, qui « par leur force, viennent de la plénitude même de la grâce et de la vérité qui a été confiée à l'Église catholique ».
99Benoît XVI, discours à la Curie romaine, 22 décembre 2005, AAS 98 (2006) 40-53, sur l'herméneutique de la continuité contre l'herméneutique de la rupture dans la réception de Vatican II.
100Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, ch. 23, vers 434 : célèbre formule du « profectus religionis » — la doctrine progresse dans la même direction, « in eodem dogmate, eodem sensu eademque sententia », et ne se contredit jamais. Édition critique : R. Demeulenaere (éd.), Vincentius Lerinensis, Commonitorium, Excerpta, CCSL 64, Brepols, Turnhout, 1985.
101 105Dominus Iesus, §§ 21-22, sur les autres religions comme contenant des éléments de vérité mais ne pouvant être considérées comme voies parallèles de salut.
103Dominus Iesus, § 21 : « Il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Église comme un chemin de salut parmi d'autres, à côté de ceux que constitueraient les autres religions, qui seraient compléments de l'Église ou même substantiellement équivalents à elle. »
104Saint Paul VI, exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 8 décembre 1975, § 79, distingue déjà l'évangélisation respectueuse de toute pression sur les consciences. Sur le vocabulaire récent du pape François, voir le discours aux Œuvres missionnaires pontificales du 21 mai 2020.
108Sur le débat autour de von Balthasar, voir Avery Dulles, The Population of Hell, First Things, mai 2003 ; Ralph Martin, Will Many Be Saved? What Vatican II Actually Teaches and Its Implications for the New Evangelization, Eerdmans, Grand Rapids, 2012 ; Robert Barron, Vibrant Paradoxes: The Both/And of Catholicism, Word on Fire, 2016, ch. sur l'espérance et l'enfer.
109Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables (Rm 11, 29). Réflexions sur les questions théologiques relatives aux relations entre catholiques et juifs à l'occasion du 50ᵉ anniversaire de “Nostra Aetate” (n° 4), 10 décembre 2015. Le document précise que cela ne signifie pas l'existence d'une voie de salut indépendante du Christ pour Israël.
110Saint Cyprien de Carthage, De catholicae ecclesiae unitate, ch. 6, vers 251, suite du même chapitre. SC 500, pp. 187-189.
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