Le bienheureux Grégoire X (Gregorius X), de son nom Teobaldo Visconti, fut pape de 1271 à 1276. Clerc de Plaisance devenu archidiacre de Liège, il n'était ni cardinal ni même prêtre lorsque les cardinaux, après la plus longue vacance que l'Église ait jamais connue, le choisirent comme pape : il se trouvait alors à Saint-Jean-d'Acre, en Terre sainte, où il accompagnait l'expédition du prince Édouard d'Angleterre.[1][2][3]
Son élection naît d'un scandale : à la mort de Clément IV le 29 novembre 1268, les cardinaux réunis à Viterbe restent près de trois ans sans parvenir à s'accorder. Excédés, les habitants de la ville finissent par les enfermer, par réduire leurs vivres et, dit la tradition, par découvrir le toit du palais pour forcer la décision. De cette épreuve, Grégoire X tirera la grande loi de son pontificat : la constitution Ubi periculum, qui donne au conclave sa forme classique et reste, sept siècles plus tard, le fondement de l'élection des papes.[4][5][6]
Pape de la paix et de l'unité, Grégoire X convoque et préside le deuxième concile de Lyon en 1274, où il proclame l'union avec l'Église grecque de l'empereur Michel VIII Paléologue et organise une nouvelle croisade financée par une dîme de six ans. Hors du concile, il met fin au Grand Interrègne du Saint-Empire : il reconnaît le roi Rodolphe de Habsbourg, élu en 1273, et reçoit son serment à Lausanne en octobre 1275. C'est le concile où meurt saint Bonaventure et vers lequel saint Thomas d'Aquin s'éteint en chemin.[7][8][9][10]
Mort à Arezzo le 10 janvier 1276 en revenant de Lyon vers Rome, Teobaldo Visconti laisse la réputation d'un pape sobre, désintéressé et profondément spirituel. Son culte fut confirmé par le pape Clément XI en 1713 : l'Église l'honore depuis comme le bienheureux Grégoire X.[11][12]
Pourquoi le bienheureux Grégoire X compte-t-il ?
Le pape sorti de la plus longue vacance de l'histoire
L'histoire de Grégoire X commence par une crise institutionnelle inédite. Entre la mort de Clément IV (29 novembre 1268) et son élection (1ᵉʳ septembre 1271), le Siège de Pierre demeure vacant deux ans, neuf mois et trois jours par soustraction calendaire — du 29 novembre 1268 au 1ᵉʳ septembre 1271, soit 1006 jours écoulés — la plus longue interruption de l'histoire de l'Église.[13] Cette vacance n'est pas une simple lenteur administrative : elle révèle que le mode d'élection des papes, encore mal réglé, peut paralyser la chrétienté tout entière.
Le pape qui a inventé le conclave
De cette plaie, Grégoire X tire une institution. En 1274, au concile de Lyon, il promulgue Ubi periculum, première loi détaillée du conclave : les cardinaux enfermés, isolés du monde, soumis à un rationnement progressif si l'élection tarde. Suspendue brièvement après sa mort, la règle est rétablie et demeure, dans ses principes, le socle du droit qui régit aujourd'hui encore l'élection du pape.[14][15]
Le pape de l'union et de la croisade
Grégoire X est enfin un pape œcuménique et missionnaire au sens médiéval du terme. Marqué par son séjour en Terre sainte, il fait de la croisade et de la réunion avec les Grecs les deux grands chantiers de son règne. Lyon II proclame solennellement cette union en 1274 ; mais, signée par la diplomatie impériale plus que reçue par le peuple byzantin, elle s'effondrera après la mort de Michel VIII en 1282.[16][17]
Teobaldo Visconti avant la tiare
Un clerc de Plaisance, archidiacre de Liège
Teobaldo Visconti naît vers 1210 à Plaisance, en Lombardie, dans la famille Visconti de la ville — qu'il ne faut pas confondre avec la dynastie des Visconti, futurs ducs de Milan.[18][19] Sa carrière ecclésiastique le mène très tôt hors d'Italie. Chanoine de Plaisance puis de Lyon, il devient archidiacre de Liège — plus précisément archidiacre du Hainaut, l'archidiacre étant le clerc qui assiste l'évêque dans l'administration d'une partie du diocèse —, en 1246 : c'est par ce titre qu'il est le plus souvent désigné avant son pontificat.[20][21] Fait notable, qui pèsera sur toute son histoire : Teobaldo n'était que diacre, jamais ordonné prêtre, et n'avait reçu aucune dignité cardinalice.[22][23]
Les études, les amitiés, le concile de Lyon I
Sa formation est celle d'un clerc lettré du XIIIᵉ siècle. Il étudie à Paris, vraisemblablement entre 1245 et 1248.[24][25] Un passage par les écoles de droit de Bologne est parfois avancé, mais sans référence précisément identifiée ici : cette précision est retirée en l'attente d'une source exacte. Il participe à l'organisation du premier concile de Lyon en 1245, le concile où Innocent IV dépose l'empereur Frédéric II.[26] Ses relations le placent au cœur des réseaux pontificaux : il voyage avec le cardinal génois Ottobono Fieschi, futur pape Adrien V, et gravite dans l'entourage des grands clercs de son temps.[27][28]
Le croisé de Saint-Jean-d'Acre
C'est l'expérience décisive de sa vie. Vers 1270-1271, Teobaldo Visconti accompagne le prince Édouard d'Angleterre — le futur roi Édouard Iᵉʳ — dans son expédition vers la Terre sainte. Il se trouve à Saint-Jean-d'Acre (Ptolémaïs), dernier grand bastion latin d'Orient, lorsque la nouvelle de son élection lui parvient.[29][30] Là, au contact direct de la chrétienté assiégée, il prend la mesure de l'urgence qui orientera tout son pontificat : la défense des Lieux saints. Le pape de la croisade aura d'abord été un pèlerin de la croisade.
L'élection de Viterbe : trois ans sans pape
La mort de Clément IV et le blocage des cardinaux
À la mort de Clément IV, le 29 novembre 1268, le collège cardinalice — une vingtaine de membres — se réunit à Viterbe, résidence pontificale au nord de Rome.[31] Mais l'assemblée est profondément divisée entre une faction favorable à Charles d'Anjou, roi de Sicile et maître du jeu politique italien, et une faction soucieuse de l'indépendance de l'Église. Aucune majorité ne se dégage. Les mois passent, puis les années. Des cardinaux meurent, un autre se retire malade : à la fin, ils ne sont plus que seize à délibérer.[32]
Quand Viterbe affame ses cardinaux et découvre le palais
L'épisode est resté célèbre. Pour forcer une décision, les magistrats et les habitants de Viterbe prennent des mesures de plus en plus dures. La Catholic Encyclopedia le résume sobrement :
« Le chef et les bourgeois de la ville de Viterbe, espérant forcer un vote, recoururent à l'expédient d'enfermer les cardinaux dans le palais épiscopal, où même leur ration quotidienne de nourriture fut ensuite réduite. » — J. P. Kirsch, Catholic Encyclopedia, article « Pope Gregory X », 1909[33]
La tradition rapporte en outre que la population alla jusqu'à retirer le toit du palais pour exposer les cardinaux aux intempéries, et qu'on les réduisit au pain et à l'eau.[34] Le geste, à la limite de la violence, dit l'exaspération d'une chrétienté privée de chef. Une tradition postérieure attribue cette pression à un conseil de saint Bonaventure ; les historiens modernes la tiennent toutefois pour douteuse et invitent à la prudence.[35]
Le compromis du 1ᵉʳ septembre 1271
La sortie de crise vient d'un procédé canonique : le compromis. Incapables de trancher en assemblée plénière, les cardinaux délèguent le choix à un comité de six d'entre eux, trois par faction. Le 1ᵉʳ septembre 1271, ce comité désigne un homme qui n'est pas du sérail : Teobaldo Visconti, l'archidiacre de Liège, absent et lointain.[36][37] Le choix d'un candidat extérieur au collège, neutre dans les querelles italiennes, apparaît comme la seule issue acceptable par tous.
Un élu absent, ni cardinal ni prêtre
L'élection de Grégoire X est doublement singulière. D'une part, l'élu est absent : il apprendra sa désignation à des milliers de kilomètres, en Terre sainte. D'autre part, il n'appartient pas à la hiérarchie supérieure de l'Église — ni cardinal, ni évêque, ni même prêtre.[38][39] Loin d'être une faiblesse, cette extériorité est précisément ce qui le rend élisible : il n'est compromis dans aucune faction. Le pape de la réforme du conclave sera donc, lui-même, le fruit de la procédure la plus défaillante de l'histoire des élections pontificales.
Du Levant à Rome : le retour d'un pape croisé
Le départ de Saint-Jean-d'Acre
Recevant la convocation des cardinaux, Teobaldo quitte Saint-Jean-d'Acre le 19 novembre 1271, selon la chronologie de la Catholic Encyclopedia.[40] Le voyage de retour est long : Brindisi est atteint le 1ᵉʳ janvier 1272, puis Viterbe début février — le 12 selon Kirsch.[41][42] Ces jalons sont rapportés différemment selon les notices (Baldwin ; Treccani) : les dates ci-dessus suivent Kirsch, et leur confrontation aux sources primaires reste ouverte.[43]
Ordonné prêtre, puis sacré évêque (mars 1272)
Arrivé à Rome, l'élu doit d'abord recevoir les ordres qui lui manquent. Le 19 mars 1272, Teobaldo Visconti est ordonné prêtre ; le 27 mars 1272, il est consacré évêque et couronné pape à la basilique Saint-Pierre, sous le nom de Grégoire X — quantième du 19 mars attesté par le texte même de Kirsch et repris par les notices courantes ; seul le lieu précis et le détail de ces ordinations varient selon les reconstitutions, et leur confrontation aux sources primaires reste ouverte.[44][45] L'ordre des événements — élection, puis ordination, puis sacre — est révélateur de la conception médiévale de la papauté : on est d'abord élu au gouvernement de l'Église romaine, l'ordination venant conférer ensuite la plénitude sacramentelle nécessaire à la charge.
Ubi periculum : la naissance du conclave
Une plaie ouverte : l'expérience de Viterbe
Le mot conclave vient du latin cum clave, « sous clef ». L'institution doit presque tout à Grégoire X. Ayant lui-même été élu au terme de trois années de blocage, le nouveau pape sait par expérience qu'une Église sans pasteur universel devient vulnérable aux factions, aux ingérences civiles et aux lenteurs des cardinaux. Sa réponse sera juridique : encadrer strictement l'élection pour la rendre rapide.[46]
Les règles : clôture, isolement, rationnement
Promulguée au concile de Lyon en 1274, la constitution Ubi periculum (« Là où est le danger ») fixe une procédure d'une grande sévérité. Après la mort du pape, les cardinaux attendent les absents pendant dix jours seulement, puis se réunissent dans le palais où le pape résidait. Ils y vivent en commun, dans une seule pièce, sans cloison ni rideau, l'accès étant strictement contrôlé.[47]
La pression matérielle est progressive et calculée :
Si aucun pape n'est élu au bout de trois jours, les cardinaux ne reçoivent plus qu'un seul plat par repas pendant cinq jours ; si l'élection tarde encore, ils ne reçoivent plus que du pain, du vin et de l'eau. — Ubi periculum, IIᵉ concile de Lyon, 1274[48]
On reconnaît, transposée en loi de l'Église, la méthode même que les habitants de Viterbe avaient improvisée contre les cardinaux. Grégoire X fait d'une violence subie un instrument de discipline ordonnée.
Un héritage suspendu, puis durable
La règle se révèle aussitôt impopulaire auprès des cardinaux. Adrien V la suspend en 1276, et Jean XXI la révoque quelques mois plus tard. Mais l'idée était trop juste pour disparaître : Ubi periculum est progressivement rétablie en plusieurs de ses articles, et Goyau note qu'elle demeure la base durable de toute la législation ultérieure sur les conclaves.[49][50] De toutes les œuvres de Grégoire X, c'est la plus pérenne : le conclave de 2013 ou de demain obéit encore, dans ses principes, à l'intuition du pape de 1274.
Le deuxième concile de Lyon (1274)
Trois urgences : union, croisade, réforme
Dès le 31 mars 1272, Grégoire X convoque un concile général, sans en désigner encore le lieu : c'est ultérieurement que Lyon — ville d'Empire mais liée à la papauté, qui avait déjà accueilli Lyon I en 1245 — est retenue.[51] Le pape assigne au concile trois objectifs : rétablir l'union avec les Grecs, organiser une croisade pour la Terre sainte, et réformer l'Église latine.[52] L'assemblée — « l'une des plus fréquentées », selon Goyau — réunit d'après lui cinq cents évêques, soixante abbés et plus de mille prélats ou procureurs, en présence du roi Jacques Iᵉʳ d'Aragon (l'édition Tanner retient pour sa part une estimation plus basse, d'environ trois cents évêques).[53]
📖 Voir l'article détaillé : Le deuxième concile de Lyon (1274)
L'union avec Michel VIII Paléologue
Le grand acte du concile est la réconciliation avec l'Orient chrétien. L'empereur byzantin Michel VIII Paléologue, qui avait repris Constantinople aux Latins en 1261, cherche dans l'union avec Rome une protection diplomatique contre les ambitions de Charles d'Anjou.[54] Ses ambassadeurs arrivent à Lyon le 24 juin 1274, retardés par un naufrage. Le 6 juillet 1274, ils jurent au nom de l'empereur le rejet du schisme et le retour à la communion romaine ; Grégoire X entonne le Te Deum.[55][56]
Le concile formule alors la doctrine latine de la procession du Saint-Esprit — c'est-à-dire la question de savoir de qui procède l'Esprit Saint : le mot latin Filioque (« et du Fils ») affirme qu'il procède du Père et du Fils — avec une précision destinée à dissiper le malentendu gréco-latin sur ce point :
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils « non comme de deux principes, mais comme d'un seul principe ». — IIᵉ concile de Lyon, constitution sur la Trinité[57]
La profession de foi présentée par les Grecs reconnaît aussi les sept sacrements, l'existence de peines purificatrices après la mort — étape importante dans la formulation magistérielle du purgatoire — et la primauté du Siège romain.[58] Le maintien des rites propres aux Églises grecques relève d'engagements distincts de cette profession : aucun acte l'établissant dans ces termes n'ayant été confronté ici, cette précision est retirée en l'attente de son identification exacte.
Thomas d'Aquin et Bonaventure : le concile des deux docteurs
Lyon II se tient dans l'ombre des deux plus grands théologiens du siècle. Saint Thomas d'Aquin, convoqué par le pape pour y apporter sa science, meurt en chemin à l'abbaye de Fossanova le 7 mars 1274, sans avoir atteint Lyon.[59] Saint Bonaventure, ministre général des franciscains, cardinal-évêque d'Albano, travaille activement au rapprochement avec les Grecs, puis meurt à Lyon pendant le concile, le 15 juillet 1274.[60] Que les deux maîtres de la scolastique — la théologie enseignée dans les écoles et les universités du Moyen Âge — aient été ainsi associés, l'un par sa mort en route, l'autre par son service jusqu'au bout, donne au concile de Grégoire X une gravité particulière.
La fragilité d'une union diplomatique
Le succès de 1274 est réel pour Rome, mais fragile pour Byzance. Le patriarche Joseph refuse l'accord ; l'opposition du clergé et du peuple grecs reste profonde, car l'union apparaît comme imposée par la nécessité politique plus que reçue par l'Église orientale.[61] Après la mort de Michel VIII en 1282, son fils Andronic II renonce officiellement à l'union de Lyon. L'œuvre œcuménique de Grégoire X, magnifique sur le papier, reste donc fragile du vivant même de ses auteurs : Grégoire X meurt dès 1276, et l'accord s'éteint avec Michel VIII en 1282.[62]
Un pape de gouvernement et de paix
La croisade financée par la dîme de six ans
Marqué par son séjour en Terre sainte, Grégoire X obtient du concile l'organisation d'une nouvelle croisade. Le financement est inédit par son ampleur : la constitution Zelus fidei impose à tout le clergé, pape et cardinaux compris, le versement du dixième de ses revenus ecclésiastiques pendant six ans.[63] Des coffres à trois clés sont placés dans les églises pour recevoir les offrandes destinées à la Terre sainte.[64] Mais l'architecture fiscale ne suffit pas : l'expédition ne partira jamais — échec dont la causalité détaillée (fragilité de l'union orientale, mort du pape en 1276, absence de chef politique) reste à établir précisément.[65]
La fin du Grand Interrègne : Rodolphe de Habsbourg
Sur le plan politique, Grégoire X met un terme à une autre longue crise : le Grand Interrègne du Saint-Empire, sans souverain reconnu depuis des décennies. Rodolphe Iᵉʳ de Habsbourg est élu roi des Romains à Francfort à l'automne 1273 — le 1ᵉʳ octobre selon la notice « Rudolf of Habsburg » de la Catholic Encyclopedia (Kirsch, dans sa notice Grégoire X, donne le 29 septembre).[66] Grégoire X ne reconnaît d'abord pas ouvertement le nouveau roi ; il le traite en roi des Romains à partir du 26 septembre 1274, obtient la renonciation d'Alphonse X de Castille à la couronne germanique, puis reçoit à Lausanne, le 20 octobre 1275, le serment de Rodolphe pour la défense de l'Église romaine : celui-ci prend aussi la croix.[67] En stabilisant l'Empire, Grégoire X cherche à libérer les forces de la chrétienté pour la croisade, et à équilibrer la puissance encombrante de Charles d'Anjou.
La protection des Juifs contre l'accusation de meurtre rituel
Un acte moins connu honore particulièrement le pontificat de Grégoire X. Le 7 octobre 1272, à Orvieto, il publie une lettre — une réédition de la traditionnelle constitution Sicut Iudaeis pour la protection des Juifs — qui condamne fermement l'accusation calomnieuse de meurtre rituel (le « libelle du sang ») portée contre les Juifs.[68][69] Cette lettre est souvent désignée à tort par l'incipit Vineam Sorec : cet incipit est celui d'un acte distinct, Vineam sorec velut, par lequel Nicolas III, le 4 août 1278, organise la prédication auprès des Juifs.[70] Le pape y dénonce le mécanisme de la calomnie :
« Comme il arrive parfois que des chrétiens perdent leurs enfants, les Juifs sont accusés par leurs ennemis d'emporter secrètement ces enfants chrétiens et de les tuer, et de faire des sacrifices du cœur et du sang de ces enfants. » — Grégoire X, lettre contre le libelle du sang, 7 octobre 1272 (traduction française d'après la version anglaise citée en note)[71]
Il rappelle que la Loi juive interdit elle-même de consommer le sang, et décrète que les chrétiens ne doivent pas être crus lorsqu'ils accusent les Juifs en pareille matière :
« Nous décrétons donc que les chrétiens n'ont pas à être écoutés contre les Juifs dans un cas de ce genre, et nous ordonnons que les Juifs saisis sous un prétexte aussi futile soient libérés de prison. » — Grégoire X, lettre contre le libelle du sang, 1272 (traduction française d'après la version anglaise citée en note)[72]
Cette intervention inscrit Grégoire X dans la lignée des papes qui, contre les passions populaires, ont opposé le droit et la raison à la haine.
La mort à Arezzo et la réputation de sainteté
10 janvier 1276
Le concile achevé, Grégoire X reprend la route de Rome. Épuisé par le voyage et atteint de la fièvre, il s'arrête à Arezzo, en Toscane, où il meurt le 10 janvier 1276, à peine quatre ans après son sacre.[73][74] Il est inhumé dans la cathédrale d'Arezzo, où son tombeau est toujours vénéré.[75] Sa mort ouvre l'année dite « des papes éphémères » : son successeur immédiat, Innocent V — le dominicain Pierre de Tarentaise —, est suivi en quelques mois d'Adrien V puis de Jean XXI.[76]
Le bienheureux : un culte confirmé en 1713
La réputation de sainteté de Grégoire X est ancienne. La Catholic Encyclopedia note qu'« en raison de ses vertus exceptionnelles, il est vénéré comme un saint à Rome et dans plusieurs diocèses ».[77] Ce culte immémorial est officiellement confirmé par le pape Clément XI le 8 juillet 1713 : Grégoire X est dès lors honoré comme bienheureux.[78] On lit parfois que la béatification serait l'œuvre de Benoît XIV : c'est une confusion. Benoît XIV n'a fait qu'inscrire le nom de Grégoire X au Martyrologe romain, postérieurement à la confirmation du culte par Clément XI.[79]
Une fête liturgique disputée
La date de sa fête varie selon les sources et les calendriers, et ces dates n'ont pas toutes la même époque ni la même solidité. La Catholic Encyclopedia (1909) la fixe au 16 février ; le 10 janvier, jour de sa mort, est la date observée à Arezzo, où il est inhumé, et dans les calendriers franciscains.[80][81] Les dates des 28 janvier et 4 février ne sont rapportées que par certaines notices, sans calendrier actuel identifié ici : elles sont données sous réserve, sans en déduire une pratique vivante.[82] Cette pluralité, fréquente pour les bienheureux anciens dont le culte est local avant d'être confirmé, n'enlève rien à la solidité de sa mémoire : c'est un même homme, mort en revenant d'un concile pour l'unité de l'Église, que toutes ces dates honorent.
Que reste-t-il du bienheureux Grégoire X ?
Le conclave, son héritage le plus durable
De toutes les œuvres de Grégoire X, le conclave est la plus vivante. L'union de Lyon s'est défaite, la croisade n'est jamais partie ; mais la loi qui régit l'élection du pape porte encore, dans ses principes, l'empreinte d'Ubi periculum. Chaque fois que les cardinaux s'enferment « sous clef » pour donner un pasteur à l'Église, ils obéissent à l'intuition d'un homme qui avait personnellement souffert de l'absence de pape.[83][84]
Une figure de pape réformateur et pacificateur
Au-delà du droit, Grégoire X laisse l'image d'un pape désintéressé, étranger aux factions, tout entier tendu vers la paix de la chrétienté et le secours de la Terre sainte. Élu hors du collège des cardinaux alors qu'il n'était pas même prêtre, ordonné seulement après son élection, mort sur la route entre un concile et sa ville, il incarne une certaine idée du pontificat : non pas l'aboutissement d'une carrière curiale, mais un service reçu et porté jusqu'au bout. La confirmation de son culte, plus de quatre siècles après sa mort — 437 ans séparent 1276 de 1713 —, vient reconnaître que ce service fut aussi une sainteté.[85][86]
Sources
Sources primaires et corpus médiévaux
- J. Guiraud (éd.), Les Registres de Grégoire X (1272-1276), Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, Paris, 1892-1906 — édition critique des actes pontificaux, source primaire de référence.
- Lettre de Grégoire X contre le libelle du sang (Sicut Iudaeis, et non Vineam Sorec), 7 octobre 1272, Orvieto — texte anglais dans le Medieval Sourcebook de Fordham, d'après B. Tierney, The Middle Ages, vol. I (traductions françaises établies d'après cette version anglaise, texte anglais confronté directement le 5 octobre 2026). Édition latine à confronter : S. Grayzel, The Church and the Jews in the XIIIth Century, vol. II (1254-1314), éd. K. R. Stow, New York, 1989, p. 116-120 (référence vérifiée chez R. Rist, Popes and Jews, 1095-1291, texte consulté le 5 octobre 2026 ; Grayzel et Simonsohn eux-mêmes non confrontés).
- Nicolas III, Vineam sorec velut, 4 août 1278 — acte distinct sur la prédication auprès des Juifs, à ne pas confondre avec la lettre de Grégoire X de 1272 : S. Grayzel, vol. II, p. 142-145 (signalé, non confronté ici).
- N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, Sheed & Ward / Georgetown University Press, 1990 — actes du IIᵉ concile de Lyon (Ubi periculum, Zelus fidei, constitution sur la procession du Saint-Esprit).
- H. Denzinger, Enchiridion symbolorum — profession de foi de Michel VIII Paléologue lue au concile de Lyon II (section du IIᵉ concile de Lyon ; numéros précis restant à relever sur l'édition, non vérifiés ici).
- Vitae Gregorii X, éd. L. A. Muratori, Rerum Italicarum Scriptores, t. III (sources primaires narratives du pontificat, citées par Kirsch ; confrontation restant à mener).
Sources savantes modernes
- P. Baldwin, Pope Gregory X and the Crusades, thèse, 2012 — chronologie de Rodolphe Iᵉʳ (p. 204 : reconnaissance du 26 septembre 1274 ; p. 238-239 : Lausanne, octobre 1275 ; référence signalée par l'audit éditorial, non consultée directement ici ; texte intégral en libre accès : Queen Mary Research Online, handle 123456789/2506 — consultation directe impossible depuis cet environnement le 5 octobre 2026, recoupements secondaires maintenus en l'état).
- H. K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages from 590 to 1304, Londres, 1902-1932 — biographie pontificale classique (piste bibliographique, passages non localisés ici).
- C. J. von Hefele, Histoire des conciles (Conciliengeschichte) — pour le concile de Lyon II (piste bibliographique, passages non localisés ici).
- Études sur l'élection pontificale de 1268-1271 et la naissance du conclave (piste bibliographique, références non localisées ici).
Sources encyclopédiques et de référence
- J. P. Kirsch, « Pope Gregory X », The Catholic Encyclopedia, vol. VI, Robert Appleton Company, New York, 1909 (New Advent).
- Encyclopædia Britannica, « Blessed Gregory X ».
- Encyclopedia.com, « Gregory X, Pope, Bl. ».
Chronologie
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| vers 1210 | Naissance de Teobaldo Visconti à Plaisance | Famille Visconti de Lombardie |
| 1246 (jour incertain) | Archidiacre de Liège (du Hainaut, dans ce diocèse) | Carrière de clerc hors d'Italie |
| 1245 | Participation au concile de Lyon I | Entrée dans les grandes affaires de l'Église |
| 29 novembre 1268 | Mort de Clément IV | Début de la plus longue vacance |
| 1270-1271 | En croisade à Saint-Jean-d'Acre | Avec le prince Édouard d'Angleterre |
| 1ᵉʳ septembre 1271 | Élection à Viterbe | Élu absent, ni cardinal ni prêtre |
| 19 novembre 1271 | Départ d'Acre | Retour vers Rome via Brindisi et Viterbe |
| 19 mars 1272 | Ordination sacerdotale à Rome | L'élu reçoit enfin les ordres |
| 27 mars 1272 | Sacre épiscopal et couronnement | Basilique Saint-Pierre |
| 31 mars 1272 | Convocation d'un concile général (Lyon retenue ultérieurement) | Union, croisade, réforme |
| 7 octobre 1272 | Lettre Sicut Iudaeis (et non Vineam Sorec) | Protection des Juifs contre le libelle du sang |
| 1273-1275 | Élection de Rodolphe (1273), reconnaissance pontificale (26 sept. 1274), serment de Lausanne (20 oct. 1275) | Fin du Grand Interrègne |
| 7 mai - 17 juillet 1274 | IIᵉ concile de Lyon | Union grecque, croisade, conclave |
| 6 juillet 1274 | Proclamation de l'union avec les Grecs | Profession de foi de Michel VIII |
| 15 juillet 1274 | Mort de saint Bonaventure à Lyon | Le concile des deux docteurs |
| 1274 | Promulgation d'Ubi periculum | Naissance du conclave |
| 10 janvier 1276 | Mort à Arezzo | Sur la route de Lyon vers Rome |
| 8 juillet 1713 | Confirmation du culte par Clément XI | Le bienheureux Grégoire X |
Pour aller plus loin
- Concile de Lyon II (1274) — le grand concile de Grégoire X : union avec les Grecs, croisade, Ubi periculum.
- Concile de Lyon I (1245) — le concile où Teobaldo Visconti fit ses premières armes et où Frédéric II fut déposé.
- Pape Clément IV — le prédécesseur dont la mort ouvrit la longue vacance de Viterbe.
- Pape Innocent V — le dominicain Pierre de Tarentaise, successeur immédiat de Grégoire X.
- Pape Grégoire IX — un autre grand pape canoniste et législateur du XIIIᵉ siècle.
- Pape saint Grégoire VII — le pape réformateur dont Grégoire X porte le nom.
- Saint Thomas d'Aquin — convoqué au concile de Lyon, il mourut en chemin à Fossanova.
- Les croisades — l'horizon de toute la politique de Grégoire X, marqué par son séjour à Acre.
Notes et références
J. P. Kirsch, « Pope Gregory X », The Catholic Encyclopedia, vol. VI, Robert Appleton Company, New York, 1909 (New Advent) : Teobaldo Visconti, né à Plaisance vers 1210, archidiacre de Liège, ni cardinal ni prêtre à son élection ; en pèlerinage à Ptolémaïs (Acre) avec le prince Édouard d'Angleterre ; départ d'Acre le 19 novembre 1271, arrivée à Viterbe le 12 février 1272 ; ordination sacerdotale le 19 mars, consécration le 27 mars 1272 ; confinement des cardinaux par les bourgeois de Viterbe ; union des Grecs jurée à la session du concile (6 juillet 1274) ; mort le 10 janvier 1276 ; « en raison de ses vertus exceptionnelles, il est vénéré comme un saint à Rome et dans plusieurs diocèses » ; fête le 16 février. Verbatim vérifié le 4 octobre 2026 sur New Advent : « he travelled by way of Lausanne, Milan, and Florence, as far as Arezzo, where he died on 10 January, 1276 » ; « on the nineteenth of the same month he was ordained to the priesthood. His consecration as pope took place on 27 March » — le quantième du 19 mars est donc celui de Kirsch lui-même, repris par les notices courantes (infobox Wikipedia, NNDB, catholic.net). Date de la mort : le 10 janvier est confirmé par Kirsch (verbatim ci-dessus), par la Britannica (« died Jan. 10, 1276, Arezzo », page vérifiée le 5 octobre 2026) et par catholic.net (« Died: 10 January 1276 at Arezzo », fiche vérifiée le 5 octobre 2026) : il est retenu ici. Variante isolée (20 janvier) attribuée au NCD (1910), ouvrage non localisé ici et donc invérifiable en l'état : elle n'est reprise par aucune des sources ci-dessus et n'est jamais citée seule. URL : https://www.newadvent.org/cathen/06798a.htm.
1 5 8 11 22 29 33 38 40 42 43 44 56 73 77 80 85Encyclopædia Britannica, « Blessed Gregory X » : né vers 1210 à Plaisance (Lombardie), mort le 10 janvier 1276 à Arezzo (Toscane) ; n'était pas même membre du sacerdoce au moment de son élection ; initiateur d'une nouvelle croisade par le concile de Lyon ; la constitution Ubi periculum régule officiellement le conclave. URL : https://www.britannica.com/biography/Blessed-Gregory-X.
2 9 15 18 39 74 84« Gregory X, Pope, Bl. », New Catholic Encyclopedia, repris par Encyclopedia.com : Teobaldo Visconti, ni prêtre ordonné ni cardinal à son élection ; études à l'université de Paris (1245-1248) ; en croisade avec le futur Édouard Iᵉʳ ; notifié de son élection à Saint-Jean-d'Acre ; choix final remis à six cardinaux ; dîme du dixième de tous les bénéfices pendant six ans pour la Terre sainte ; sépulture au Duomo d'Arezzo. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/gregory-x-pope-bl.
3 19 23 24 28 30 37 75« Papal election, 1268-71 », Wikipedia : vacance ouverte à la mort de Clément IV le 29 novembre 1268, scrutin commencé le 1ᵉʳ décembre 1268 seulement, élection le 1ᵉʳ septembre 1271 — la plus longue de l'histoire de l'Église ; collège initial d'une vingtaine de cardinaux réduit à seize ; enfermement des cardinaux par les autorités de Viterbe, rationnement au pain et à l'eau, retrait du toit du palais ; sortie de crise par compromis confié à six cardinaux ; tradition contestée d'un conseil de saint Bonaventure, traitée avec scepticisme par les historiens modernes. Sur la durée : du 29 novembre 1268 au 1ᵉʳ septembre 1271, on compte 1006 jours écoulés, soit deux ans, neuf mois et trois jours par soustraction calendaire ; la formule « deux jours » (Adams) suit une autre convention de compte et est abandonnée ici au profit de ces deux mesures explicites. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Papal_election,_1268%E2%80%9371.
4 13 31 32 34 35 36N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, 1990, constitution Ubi periculum du IIᵉ concile de Lyon (1274) : après la mort du pape, attente des absents pendant dix jours, puis réunion des cardinaux dans le palais pontifical, vie commune dans une seule pièce sans cloison ni rideau, accès strictement contrôlé. Cf. l'article Ignispedia Concile de Lyon II (1274).
6 14 46 47 50 83N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, 1990 : convocation d'un concile général le 31 mars 1272 ; trois objectifs fixés par Grégoire X — union avec les Grecs, croisade pour la Terre sainte, réforme de l'Église latine ; sessions du 7 mai au 17 juillet 1274. La notice Treccani (« Gregorio X, papa », texte vérifié le 5 octobre 2026) corrobore la date — l'appel est lancé quatre jours après le couronnement du 27 mars — et confirme que ce premier appel ne désignait pas encore la ville (« lanciava l'appello per un concilio generale », sans lieu nommé) : Lyon est retenue ultérieurement (acte exact de désignation du lieu restant à localiser).
7 16 51 52P. Baldwin, Pope Gregory X and the Crusades, thèse, 2012, p. 204 (Grégoire X traite Rodolphe en roi des Romains à partir du 26 septembre 1274) et p. 238-239 (rencontre de Lausanne, octobre 1275) — référence signalée par l'audit éditorial, non consultée directement ici ; corroborée par les notices : élection de Rodolphe à Francfort le 1ᵉʳ octobre 1273 (notice « Rudolf of Habsburg », Catholic Encyclopedia ; Kirsch donne le 29 septembre dans sa notice Grégoire X), couronnement à Aix-la-Chapelle le 24 octobre 1273, arrivée du pape à Lausanne le 6 octobre 1275 et serment de Rodolphe le 20 octobre 1275. Serment du 20 octobre 1275 recoupé le 4 octobre 2026 : « on 20 October 1275, received his oath of fealty » (« Pope Gregory X », Wikipedia) ; Guillaume de Bray, présent ce jour-là avec six autres cardinaux, « when the German King Rudolf I of Habsburg swore his oath of fealty to the Roman Church » ; Sede Vacante (d'après Potthast, Campi et Böhmer) : arrivée du pape le 6 octobre, serment reçu le 20 octobre. Nota : Kirsch, dans sa notice Grégoire X, date cette rencontre de « October of 1273 » — lapsus manifeste (le concile de Lyon n'avait pas encore eu lieu), corrigé ici en octobre 1275 d'après Baldwin et les recoupements ci-dessus.
10 66 67« Pope Gregory X », Wikipedia, et notices hagiographiques (anastpaul.com, calendrier franciscain, catholic.net) : culte confirmé / béatification par le pape Clément XI le 8 juillet 1713 (date reprise de l'infobox de cette page) ; corroboration spécialiste : GCatholic recense « 1713.07.08 (equipollent) Blessed Gregory X » au pontificat de Clément XI (page vérifiée le 5 octobre 2026). Variante : la Britannica (« Blessed Gregory X », page vérifiée le 5 octobre 2026) et la Treccani (« Gregorio X, papa », texte vérifié le 5 octobre 2026) donnent le 12 septembre 1713 ; l'acte pontifical de confirmation lui-même reste à confronter pour trancher définitivement. Benoît XIV inscrit ensuite le nom de Grégoire X au Martyrologe romain (d'où la confusion fréquente d'attribution) ; fête au 10 janvier, jour de la mort (observance d'Arezzo et calendriers franciscains) ; 16 février selon la Catholic Encyclopedia (1909) ; 28 janvier et 4 février donnés comme fêtes par la Britannica, sans calendrier actuel identifié ici. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Gregory_X.
12 78 79 81 82 86Notice historique de l'Orthodox Church in America sur l'union de Lyon — union motivée par la menace de Charles d'Anjou, acceptée par la délégation impériale mais refusée par le patriarche Joseph et une grande partie du clergé byzantin, renoncée officiellement après la mort de Michel VIII en 1282 sous Andronic II. Corroborée par Kirsch (verbatim vérifié le 4 octobre 2026) : ambassadeurs arrivés à Lyon le 24 juin, serment à la quatrième session du concile (6 juillet) « that the emperor had renounced the schism, and had returned to the allegiance due the Holy See », union conclue « for purely political reasons » et « in no sense destined to endure ». Piste bibliographique non localisée ici : G. Pachymère, De Michaele Palaeologo (livre et chapitre précis non relevés). Cf. Concile de Lyon II.
17 54 61 62« Pope Gregory X », Wikipedia (encyclopédie collaborative, confrontée aux sources primaires) : chanoine de Plaisance (1239) puis de Lyon (1240), « appointed Archdeacon of Heinault in the diocese of Liège on 9 September 1246, perhaps as a reward for his services » (titre précis ; les secondaires courants, dont Kirsch et le NCD, abrègent en « archidiacre de Liège », libellé retenu dans le corps et l'infobox) ; « helped to organize the Ecumenical Council which met at Lyons in June and July 1245 » ; projet de « travel to Paris, where he would study theology » (dates 1245-1248 d'après le NCE repris par Encyclopedia.com, d'où le « vraisemblablement » du corps) ; voyage avec le cardinal génois Ottobono Fieschi corroboré par Kirsch (« accompanied Cardinal Ottoboni on his mission to England ») ; accompagne le prince Édouard d'Angleterre à la croisade ; à Acre en 1271 ; Brindisi atteint le 1ᵉʳ janvier 1272 sur le retour (jalon que Kirsch ne donne pas) ; consacré évêque et couronné le 27 mars 1272 à Saint-Pierre ; lettre du 7 octobre 1272 contre le libelle du sang (désignée à tort Vineam Sorec sur cette page) ; successeur Innocent V. Recoupements vérifiés le 4 octobre 2026. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Gregory_X.
20 25 26 27 41 45 69 76La date précise de cette nomination reste incertaine : Wikipedia (« Pope Gregory X ») avance le « 9 septembre 1246 » dans son texte, mais la référence Berger qu'il cite lui-même pour ce fait (E. Berger, Les registres d'Innocent IV, t. I, Paris, 1884, p. 334, n° 2260) y est donnée pour le 19 septembre 1246 (approbation pontificale du cumul de bénéfices) — le « 9 septembre » du corps de cette page est donc une probable coquille (9 pour 19), relevée le 5 octobre 2026 — tandis que P. Baldwin (Pope Gregory X and the Crusades, thèse, 2012) retiendrait le 19 novembre 1246 — confrontation directe du registre de Berger non établie ici, la date de novembre restant reprise de seconde main. Seule l'année 1246 est donc retenue dans le corps et la chronologie, sans quantième : infobox, corps et tableau sont uniformes sur ce point.
21N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, 1990, Ubi periculum : si aucun pape n'est élu au bout de trois jours, les cardinaux ne reçoivent plus qu'un seul plat par repas pendant cinq jours ; passé ce nouveau délai, ils ne reçoivent plus que pain, vin et eau. Le texte reprend, en l'ordonnant, la pression matérielle improvisée à Viterbe.
48G. Goyau, « Councils of Lyons », The Catholic Encyclopedia, vol. IX, Robert Appleton Company, New York, 1910 : Ubi periculum, qui imposait des privations matérielles aux cardinaux en cas d'élection prolongée, « was suspended in 1276 by Adrian V, and a few months later revoked by John XXI, but was reestablished later in many of its articles, and is even yet the basis of legislation on the conclaves ». Cf. Concile de Lyon II. URL : https://www.newadvent.org/cathen/09476a.htm (reprise : https://www.catholic.com/encyclopedia/Councils-of-Lyons).
49G. Goyau, « Councils of Lyons », The Catholic Encyclopedia, vol. IX, Robert Appleton Company, New York, 1910 : « The second Council of Lyons was one of the most largely attended of conciliar assemblies, there being present five hundred bishops, sixty abbots, more than a thousand prelates or procurators » ; parmi les participants, Jacques Iᵉʳ, roi d'Aragon. L'appréciation « l'une des plus fréquentées » et ces chiffres sont ceux de Goyau : l'édition Tanner retient une estimation plus basse (environ trois cents évêques), signalée par l'audit sans confrontation directe ici. URL : https://www.newadvent.org/cathen/09476a.htm (reprise : https://www.catholic.com/encyclopedia/Councils-of-Lyons).
53G. Goyau, « Councils of Lyons », The Catholic Encyclopedia, vol. IX, Robert Appleton Company, New York, 1910 : ambassadeurs grecs arrivés à Lyon le 24 juin ; à la session du 6 juillet, serment au nom de l'empereur ; « Gregory X intoned the Te Deum, spoke on the text Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum », puis lettres joyeuses du 28 juillet à Michel, à son fils Andronic et à quarante et un métropolites. Le serment du 6 juillet est confirmé par Kirsch (notice Grégoire X). URL : https://www.newadvent.org/cathen/09476a.htm (reprise : https://www.catholic.com/encyclopedia/Councils-of-Lyons).
55N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, 1990, constitution dogmatique de Lyon II sur la procession du Saint-Esprit : le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils, non comme de deux principes, mais comme d'un seul principe et par une seule spiration. Cf. Concile de Lyon II.
57H. Denzinger, Enchiridion symbolorum, section du IIᵉ concile de Lyon : profession de foi présentée au nom de Michel VIII Paléologue et lue au concile (6 juillet 1274) — foi trinitaire et christologique, sept sacrements, peines purificatrices après la mort pour les âmes mortes dans la charité, primauté du Siège romain. La profession ainsi consultée n'établit pas, dans ces termes, une garantie générale des rites grecs : cette disposition est donc séparée ici de la profession. Numéros vérifiés dans l'ancienne numérotation (trad. Roy, Sources of Catholic Dogma, texte consulté le 5 octobre 2026 sur clerus.org) : Dz 461-466 — le n° 467 ouvrant déjà l'item suivant (indulgences de Boniface VIII), la profession court donc du n° 461 (Trinité) au n° 466 (primauté). Numérotation Hünermann (DH) restant à relever sur l'édition (confrontation ouverte).
58Sur les deux docteurs et le concile : saint Thomas d'Aquin, convoqué par Grégoire X, meurt en chemin à l'abbaye de Fossanova le 7 mars 1274 ; saint Bonaventure, ministre général des franciscains et cardinal, meurt à Lyon le 15 juillet 1274 pendant le concile. Goyau (« Councils of Lyons ») confirme que le concile vit mourir « les deux plus grands docteurs » du siècle. Cf. l'article Concile de Lyon II.
59 60N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, 1990, constitution Zelus fidei : dîme du dixième des revenus ecclésiastiques imposée pendant six ans à tout le clergé, pape et cardinaux compris, pour financer la croisade ; coffres à trois clés dans les églises pour recueillir les offrandes destinées à la Terre sainte. Corroboré par Kirsch (verbatim vérifié le 4 octobre 2026) : « one-tenth of all benefices accruing to all churches in the course of six years should be set aside for the benefit of the Holy Land » ; « This tithe was successfully raised, and preparations were at once made in France and England for the expedition, which unfortunately was not carried out ».
63 64Interprétation historique (non une pièce du corpus conciliaire) : malgré l'approbation de Lyon II et la dîme de six ans (Zelus fidei, cf. Tanner, Decrees, vol. I), la croisade projetée par Grégoire X ne part jamais. La causalité détaillée de cet échec reste à étayer ; les causes avancées dans le corps (fragilité de l'union orientale, mort du pape en 1276, absence de chef politique) sont des hypothèses, non des faits établis ici. Cf. Concile de Lyon II.
65Grégoire X, lettre contre le libelle du sang (Sicut Iudaeis, et non Vineam Sorec), 7 octobre 1272, Orvieto — Medieval Sourcebook de Fordham (« Gregory X: Letter on Jews, (1271-76) - Against the Blood Libel », sans incipit indiqué), d'après B. Tierney, The Middle Ages, vol. I, p. 259-260 ; Fordham précise que la lettre reprend des éléments des lettres antérieures d'Innocent III et d'Innocent IV. Les citations françaises données dans le corps de l'article sont traduites d'après cette version anglaise, dont le texte a été confronté directement le 5 octobre 2026 (verbatim conforme : « Since it happens occasionally that some Christians lose their Christian children… », « We decree, therefore, that Christians need not be obeyed against Jews in a case or situation of this type… » ; la page précise que la lettre reprend des éléments d'Innocent III et d'Innocent IV). Référence savante vérifiée chez R. Rist, Popes and Jews, 1095-1291 (texte consulté le 5 octobre 2026) : « Gregory X, ‘Sicut Iudaeis’ (7 October 1272), Grayzel, Vol. 2, pp. 116–20 ; Simonsohn, pp. 242–3 » — l'incipit Sicut Iudaeis, la datation et les renvois Grayzel/Simonsohn sont ainsi confirmés au second degré, mais le texte latin de Grayzel lui-même reste à confronter pour une édition critique de la traduction. La référence Grayzel II, p. 143-145, n° 42, citée à tort ici dans la version précédente, est l'acte Vineam sorec velut de Nicolas III (1278) : voir note suivante. Texte anglais (Fordham) : « Since it happens occasionally that some Christians lose their Christian children, the Jews are accused by their enemies of secretly carrying off and killing these same Christian children and of making sacrifices of the heart and blood of these very children… We decree, therefore, that Christians need not be obeyed against Jews in a case or situation of this type, and we order that Jews seized under such a silly pretext be freed from imprisonment. » URL : https://sourcebooks.fordham.edu/source/g10-jews.asp.
68 71 72Nicolas III, Vineam sorec velut, 4 août 1278 : lettre au prieur des dominicains de Lombardie organisant la prédication auprès des Juifs — acte distinct de la lettre de Grégoire X du 7 octobre 1272, avec lequel il ne doit pas être confondu malgré la reprise erronée de l'incipit Vineam Sorec pour Grégoire X (y compris sur Wikipedia). Références : S. Grayzel, The Church and the Jews in the XIIIth Century, vol. II, p. 142-145 ; S. Simonsohn, p. 249-252 (Rist consulté directement le 5 octobre 2026 pour la lettre de Grégoire X ; Grayzel et Simonsohn eux-mêmes non confrontés).
70