Nicolas III (Nicolaus III), né Giovanni Gaetano Orsini à Rome entre 1212 et 1216 et mort au château de Soriano nel Cimino le 22 août 1280, fut pape du 25 novembre 1277 à sa mort. Issu de la maison des Orsini, l'une des plus puissantes familles de la Rome médiévale, il fut l'un des grands gouvernants de la papauté du XIIIe siècle : juriste accompli, diplomate redouté, restaurateur de la souveraineté pontificale sur Rome et bâtisseur infatigable.[2][3]
Trois actes ont fixé sa place dans l'histoire. D'abord la bulle Exiit qui seminat (1279), qui resta de 1279 à 1322-1323 la charte officielle de la pauvreté franciscaine, jusqu'à sa remise en cause par Jean XXII — d'abord par la constitution Ad conditorem canonum (8 décembre 1322), puis par Cum inter nonnullos (12 novembre 1323) : pour apaiser la querelle qui déchirait l'ordre de saint François, Nicolas III y distingua l'usage des biens, laissé aux frères, et la propriété, transférée au Saint-Siège, et déclara que la pauvreté évangélique pratiquée par le Christ et les Apôtres était sainte et méritoire.[4][5] Ensuite l'agrandissement de l'État pontifical : il arracha à l'empereur Rodolphe Ier de Habsbourg la reconnaissance de la souveraineté de l'Église sur la Romagne, et contraignit le roi Charles Ier d'Anjou à renoncer au sénatorat de Rome et au vicariat impérial de Toscane.[6][7] Enfin, il fut le premier pape à faire du Vatican — et non plus seulement du Latran — sa résidence ordinaire, lançant les travaux dont sortiront le palais et les jardins.[8][9]
Mais une ombre pèse sur cette mémoire : le népotisme. Nicolas III éleva ses proches aux plus hautes charges de l'Église et de Rome, au point que le chroniqueur Giovanni Villani le tint pour « l'un des premiers, ou le premier pape, à la cour duquel s'exerça ouvertement la simonie en faveur de ses parents » (traduction du texte italien de la Cronica).[10] C'est ce reproche qui valut à l'Orsini sa damnation la plus célèbre — dans la fiction de la Divine Comédie (jugement poétique, non jugement de l'Église) : Dante Alighieri le place en Enfer, la tête en bas, parmi les simoniaques (ceux qui trafiquent les choses saintes) du chant XIX, où le pape damné se nomme lui-même « fils de l'ourse » dévoré du désir d'enrichir ses « oursons ».[11]
Pourquoi Nicolas III compte-t-il ?
Le pape de la grande loi franciscaine
Au XIIIe siècle, l'ordre fondé par saint François d'Assise est traversé par une question brûlante : jusqu'où aller dans la pauvreté ? Les uns veulent une observance rigoureuse du dénuement absolu, les autres une application plus souple compatible avec la vie de grands couvents et d'universités. Nicolas III trancha ce débat par une décrétale — une lettre solennelle par laquelle le pape tranche un point de droit —, Exiit qui seminat, que la Catholic Encyclopedia juge « encore fondamentale pour l'interprétation de la Règle de saint François » (traduction de l'anglais « still fundamental for the interpretation of the Rule of St. Francis »).[12] Pendant plus de quarante-trois ans, de 1279 à 1322-1323, ce texte fut la référence officielle sur la pauvreté évangélique — jusqu'à ce que le pape Jean XXII, par ses constitutions Ad conditorem canonum (1322) et Cum inter nonnullos (1323), le remette en cause et rouvre la querelle.
Le bâtisseur de l'État pontifical et du Vatican
Nicolas III fut aussi l'un des grands constructeurs temporels de la papauté médiévale. En consolidant la souveraineté du pape sur Rome, en intégrant la Romagne aux États pontificaux et en lançant les travaux du Vatican, il dota la papauté d'assises matérielles durables. Britannica souligne qu'il fut « le premier pape à faire du Vatican sa résidence » (en anglais : « He was the first pope to make the Vatican his residence »).[13] Le palais qu'il y édifia, les jardins qu'il y aménagea, le Passetto di Borgo reliant Saint-Pierre au château Saint-Ange — dont la construction remonte aux années de son pontificat, sans certitude sur son initiative personnelle : autant de réalisations qui marquent la naissance du Vatican comme centre du pouvoir pontifical.[14]
Le pape que Dante damne pour simonie
Aucun pape médiéval, sauf peut-être Boniface VIII, n'a laissé dans la littérature une empreinte aussi noire. En plaçant Nicolas III dans la troisième bolge de l'Enfer — les bolge sont les fosses concentriques du huitième cercle, une pour chaque espèce de fraudeurs —, parmi les simoniaques châtiés la tête en bas, les pieds en flammes, Dante a gravé pour la postérité l'image d'un pontife dévoré par l'amour des siens. Ce portrait littéraire, partial mais inoubliable, oblige tout article rigoureux à poser franchement la question : Nicolas III fut-il un grand pape entaché de népotisme, ou un népotiste habile ? La réponse, on le verra, est plus nuancée que le vers de Dante.
Giovanni Gaetano Orsini avant le trône
Une naissance dans la plus puissante famille de Rome
Giovanni Gaetano Orsini naît à Rome, entre 1212 et 1216, second fils de Matteo Rosso Orsini et de Perna Caetani.[15] Son père est l'un des hommes les plus puissants de la Ville : sénateur de Rome, il avait, selon la Catholic Encyclopedia, « défendu Rome contre Frédéric II et l'avait sauvée pour la papauté ».[16] La famille Orsini — dont le nom dérive du latin ursus, l'ours, et dont les armes portent l'ourse — domine alors la noblesse romaine, rivalisant avec les Colonna et les Annibaldi. Le jeune Giovanni grandit donc au cœur de la grande politique pontificale, entre Rome et la curie.
Une tradition rapportée par la Catholic Encyclopedia veut que la dévotion de la famille pour les franciscains remonte à l'amitié de Matteo Rosso avec saint François d'Assise lui-même, et à son appartenance au Tiers-Ordre.[17] Vraie ou embellie, cette tradition éclaire la faveur constante que Giovanni Gaetano témoignera toute sa vie aux fils de saint François.
Cardinal-diacre en 1244 (entre 27 et 32 ans)
Le 28 mai 1244, le pape Innocent IV crée le jeune Orsini — alors âgé de 27 à 32 ans selon l'année de naissance retenue entre 1212 et 1216 — cardinal-diacre avec le titre de San Nicola in Carcere Tulliano.[18][19] Pour subvenir à sa charge, il reçoit des bénéfices et canonicats à York, Laon et Soissons — preuve de l'ampleur européenne du réseau bénéficial de la curie.[20] Dès l'année suivante, en 1245, on le trouve auditeur au premier concile de Lyon, qui déposa l'empereur Frédéric II.[21]
Cardinal pendant trente-trois ans, sous huit pontificats, Giovanni Gaetano Orsini accumula une expérience curiale exceptionnelle. Treccani souligne sa proximité avec Innocent IV dans la lutte contre Frédéric II, puis avec Alexandre IV et Clément IV.[22] Peu d'hommes arrivèrent au trône de Pierre aussi préparés au gouvernement de l'Église.
Protecteur des franciscains et inquisiteur général
Deux fonctions marquèrent particulièrement sa carrière de cardinal. En 1261, le pape Urbain IV le nomme protecteur de l'ordre des Frères mineurs — et en 1263 des Clarisses —, charge décisive qui fait de lui l'arbitre des affaires franciscaines.[23][24] C'est cette familiarité de longue date avec l'ordre qui lui permettra, devenu pape, de légiférer sur la pauvreté avec autorité.
En novembre 1262, il est en outre désigné inquisitor generalis contre les hérésies.[25] Le futur Nicolas III fut ainsi, simultanément, le garant de l'idéal franciscain et l'un des responsables de la lutte contre l'hérésie — deux facettes complémentaires de la défense de la foi au XIIIe siècle.
L'archiprêtre de Saint-Pierre
Le 18 octobre 1276, sous le bref pontificat de Jean XXI, Giovanni Gaetano Orsini devient archiprêtre du chapitre de Saint-Pierre.[26] Mais son rôle dépasse alors de loin ce titre honorifique : les chroniqueurs s'accordent à faire de lui l'homme fort du pontificat de Jean XXI, le véritable maître de la curie pendant que le pape portugais se consacrait à ses études.[27] Quand Jean XXI meurt en mai 1277, le cardinal Orsini est, de fait, l'homme le plus puissant de l'Église.
L'homme qui investit Charles d'Anjou du royaume de Sicile (1265)
Un épisode antérieur éclaire toute la politique italienne du futur pape. En 1265, le pape Clément IV charge le cardinal Orsini de donner l'investiture du royaume de Sicile à Charles d'Anjou, frère du roi de France saint Louis, appelé par la papauté à chasser les Hohenstaufen d'Italie du Sud.[28] Orsini fut donc l'un des artisans de l'installation de la maison d'Anjou sur le trône de Sicile.
L'ironie de l'histoire est que, devenu pape, ce même homme s'emploiera à réduire la puissance angevine qu'il avait contribué à établir. C'est l'un des fils conducteurs de son pontificat : restaurer l'indépendance de la papauté entre les deux géants que sont l'Empire et l'Anjou.
L'élection de 1277
Une vacance de six mois après Jean XXI
À la mort de Jean XXI, le 20 mai 1277 — écrasé à Viterbe sous le plafond effondré de son cabinet d'étude —, le Siège de Pierre reste vacant pendant près de six mois.[29] Cette longue vacance s'explique par un vide juridique : Jean XXI avait lui-même abrogé les règles strictes du conclave instituées par Grégoire X au deuxième concile de Lyon, si bien que les cardinaux n'étaient plus contraints à la réclusion qui forçait les élections rapides.[30]
Le petit collège — réduit à sept cardinaux — se trouvait en outre divisé entre une faction favorable à Charles d'Anjou et une faction hostile à l'emprise angevine, dont Orsini était l'âme.
Le conclave de Viterbe et le choix d'un Romain
Réuni à Viterbe, le conclave porte finalement son choix sur le cardinal Giovanni Gaetano Orsini, élu le 25 novembre 1277.[31][32] Après une série de papes étrangers ou non romains, le retour d'un Romain de grande naissance sur le trône de Pierre n'était pas indifférent : il annonçait une politique de reprise en main de Rome et de l'État pontifical.
Le nouvel élu n'était encore que diacre ; il dut être ordonné prêtre puis sacré évêque avant d'être couronné. Son couronnement eut lieu à la basilique Saint-Pierre le 26 décembre 1277, jour de la Saint-Étienne.[33]
Le nom de Nicolas
L'Orsini choisit de régner sous le nom de Nicolas. Le choix n'est pas neutre : il renvoie aux papes réformateurs Nicolas Ier et Nicolas II, et témoigne aussi de sa dévotion personnelle à saint Nicolas, dont il portait le titre cardinalice depuis 1244 (San Nicola in Carcere).[34] Le programme était inscrit dans le nom : restaurer l'autorité et la liberté de l'Église romaine.
Exiit qui seminat : la charte de la pauvreté franciscaine
Le conflit sur la pauvreté
La pauvreté est le cœur de l'idéal de saint François d'Assise : ses frères ne doivent rien posséder, ni en propre ni en commun. Mais à mesure que l'ordre grandit, se couvre de couvents et conquiert les universités, cet idéal radical devient difficile à tenir. Une tension croissante oppose les partisans d'une observance rigoureuse (qui deviendront, au siècle suivant, les Spirituels) et ceux d'une interprétation plus souple de la Règle.[35] Comment des frères qui prêchent, étudient et habitent de vastes couvents peuvent-ils ne rien posséder sans tomber dans l'illégalité ou l'hypocrisie ?
C'est à cette question juridique et spirituelle que Nicolas III, ancien protecteur de l'ordre, voulut donner une réponse définitive. Pour la préparer, il s'appuya sur des théologiens de l'ordre — dont Jérôme d'Ascoli, général des franciscains et futur Nicolas IV, entouré de Bentivegna de Todi et de Pierre de Jean Olivi — qui collaborèrent avec lui à la rédaction de la décrétale.[36]
La distinction entre l'usage et la propriété
La solution de la bulle, promulguée le 14 août 1279, repose sur une distinction juridique d'une grande finesse, héritée de la pensée de saint Bonaventure : il faut séparer la propriété (dominium) d'une chose et son simple usage de fait (usus facti).[37][38] On peut se servir d'un bien — manger un pain, habiter une maison, lire un livre — sans pour autant en être propriétaire. Pour le dire simplement : le voyageur qui boit à une fontaine en use sans la posséder.
Sur cette base, Nicolas III déclare que les frères mineurs ne gardent que l'usage des choses nécessaires à leur vie et à leur vocation, en renonçant à toute propriété, individuelle comme collective. La pauvreté absolue cesse ainsi d'être une impossibilité juridique : elle devient observable, possible, licite, méritoire et parfaite.[39]
La propriété transférée au Saint-Siège
Restait un problème : si les frères ne possèdent rien, à qui appartiennent les couvents, les livres, le pain qu'ils consomment ? La réponse de Nicolas III est aussi habile que lourde de conséquences : la propriété de tous les biens dont usent les franciscains est transférée au Saint-Siège, c'est-à-dire à l'Église romaine elle-même.[40] Le pape devient ainsi le propriétaire juridique de ce que les frères se contentent d'utiliser.
Ce montage permettait de sauver à la fois la rigueur de l'idéal (les frères ne possèdent vraiment rien) et la réalité matérielle de l'ordre (les biens existent et sont protégés). Mais il liait étroitement le sort de la pauvreté franciscaine à la volonté des papes — ce qui se révélera fatal lorsque Jean XXII, par ces constitutions de 1322-1323, refusera ce dispositif et déclarera erronée la doctrine de la pauvreté absolue du Christ et des Apôtres.
Une pauvreté évangélique déclarée sainte et méritoire
Au-delà du droit, Exiit qui seminat porte une affirmation spirituelle forte : la pauvreté que pratiquent les frères mineurs n'est pas une excentricité, mais le chemin même du Christ et des Apôtres. La bulle enseigne que l'abdication de toute propriété, pour l'amour de Dieu, est « non seulement observable, possible et licite, mais méritoire et parfaite ».[41] La pauvreté volontaire y est présentée comme une voie de sainteté évangélique, conforme à l'exemple du Sauveur qui « n'avait pas où reposer sa tête ».
« Renoncer à toute chose, en propre comme en commun, pour Dieu, est méritoire et saint ; le Christ, enseignant la voie de la perfection, l'a montré en parole et confirmé par son exemple. » — Nicolas III, bulle Exiit qui seminat, 14 août 1279 (substance doctrinale)[42]
C'est cette dimension qui fait d'Exiit qui seminat bien plus qu'un arrangement juridique : un document de spiritualité qui consacre la pauvreté évangélique comme un trésor de l'Église.
« Noli me tangere » : l'interdiction de gloser
Conscient que sa décision risquait d'être détournée par des interprétations contradictoires, Nicolas III prit une précaution remarquable : il interdit de commenter ou de gloser sa bulle, selon la formule « Noli me tangere » (« Ne me touche pas »).[43] Le texte devait être reçu tel quel, sans être tordu par les disputes d'écoles. Cette clause souligne combien le pape mesurait la fragilité de son équilibre : il avait trouvé une paix, mais une paix qui ne tenait qu'à l'autorité du Siège apostolique.
Portée et limites
Exiit qui seminat apaisa l'ordre pour plus de quatre décennies et demeura, selon la Catholic Encyclopedia, « encore fondamentale pour l'interprétation de la Règle de saint François ».[44] Elle illustre le génie juridique du XIIIe siècle, capable de concilier l'idéal le plus radical avec la vie concrète d'un grand ordre. Mais sa fragilité même annonçait la crise des Spirituels et le grand conflit sur la pauvreté du Christ qui éclatera sous Jean XXII. La grande loi de Nicolas III fut donc à la fois une réussite remarquable et une trêve dont les contradictions resurgiraient.
Le gouvernement de l'Église et de Rome
Fundamenta militantis Ecclesiae : la « magna carta » de Rome
Le grand acte politique du pontificat est la constitution Fundamenta militantis Ecclesiae, promulguée le 18 juillet 1278. Treccani la décrit comme « la magna carta des rapports entre le pontife et le peuple romain ».[45] Le texte affirme les droits du pape sur Rome, qu'il fonde notamment sur la Donation de Constantin, et subordonne l'élection des sénateurs de la Ville à l'approbation pontificale.[46]
Concrètement, la constitution interdit que la haute charge de sénateur de Rome — le chef du gouvernement de la ville — soit confiée durablement à un prince étranger, et la replace sous le contrôle du pape. Par ce coup de force juridique, Nicolas III reprend en main le gouvernement de Rome, longtemps disputé entre le pape, les grandes familles et les puissances extérieures.
Réduire le roi Charles d'Anjou
La pièce maîtresse de cette politique fut la réduction de la puissance de Charles Ier d'Anjou, devenu sénateur de Rome et vicaire impérial de Toscane (le représentant de l'empereur dans la région). En 1278, Nicolas III contraignit le roi de Sicile à renoncer au sénatorat de Rome — dont le mandat expira le 16 septembre 1278 —, puis, en 1279, au vicariat impérial de Toscane.[47][48] À la place, les Romains offrirent au pape lui-même — comme personne privée et à vie (toto tempore vitae), non comme pape — la charge sénatoriale, qu'il accepta avant de la déléguer à deux nobles romains, Giovanni Colonna et Pandolfo Savelli, ses représentants.[49]
« Il contraignit Charles d'Anjou, en 1278, à abandonner la régence de Toscane et la dignité de sénateur de Rome. » — Catholic Encyclopedia, article Pope Nicholas III (qui regroupe ici les deux mesures sous 1278 ; Treccani, plus précise, date l'éloignement du vicariat toscan de 1279)[50]
C'était desserrer l'étau angevin qui menaçait d'enfermer la papauté. Mais en affaiblissant Charles d'Anjou, Nicolas III préparait aussi, sans le savoir, le terrain de la grande révolte des Vêpres siciliennes (1282), deux ans après sa mort.
Rodolphe de Habsbourg et la Romagne
Face à l'Empire, Nicolas III remporta un succès territorial décisif. Par un concordat négocié avec le roi des Romains Rodolphe Ier de Habsbourg, l'empereur renonça aux droits impériaux sur la Romagne et reconnut la souveraineté de l'Église sur cette riche région et sur l'ancien exarchat de Ravenne.[51][52] Britannica résume : « Il obtint du roi allemand Rodolphe Ier la reconnaissance que la Romagne appartenait à l'Église. »[53]
Le pape envoya son neveu Bertoldo Orsini comme recteur de la nouvelle province.[54] L'incorporation de la Romagne représentait l'un des plus importants agrandissements des États pontificaux du Moyen Âge — mais elle plaçait aussi, une fois de plus, un Orsini à la tête d'une terre d'Église.
L'union avec les Grecs
Sur le plan ecclésial, Nicolas III poursuivit le grand dossier de l'union des Églises scellée au deuxième concile de Lyon (1274). Il pressa l'empereur byzantin Michel VIII Paléologue d'appliquer réellement l'union et de faire professer la foi romaine à son clergé — la Catholic Encyclopedia décrit ses légats envoyés à Constantinople pour obtenir le renouvellement du serment prêté à Lyon. L'union de Lyon, fragile dès l'origine, ne survivra guère ; mais Nicolas III fut, comme Jean XXI avant lui, l'un de ses gardiens vigilants.[55][56]
Le grand projet sur l'Empire
Plusieurs chroniqueurs et historiens ont prêté à Nicolas III un vaste projet de réorganisation de la chrétienté : réduire l'Empire, ériger de nouveaux royaumes pour équilibrer les puissances, et peut-être tailler une principauté pour sa propre famille. Britannica note sobrement que « sa mort prématurée ruina ses plans de réorganisation du Saint-Empire ».[57] L'ampleur exacte de ce dessein reste débattue par les historiens, entre projet politique réfléchi et reconstruction rétrospective des chroniqueurs hostiles. Ce qui est sûr, c'est que sa mort, en août 1280, interrompit une politique de grande envergure encore en plein déploiement.
Le népotisme de Nicolas III
Les Orsini au pouvoir
Le revers de la grande politique de Nicolas III fut un népotisme spectaculaire. Dès le 12 mars 1278, il crée plusieurs cardinaux, dont deux de ses proches : son frère Giordano Orsini, fait cardinal-diacre de Sant'Eustachio, et son neveu Latino Malabranca, fils de sa sœur Mabilia, dominicain et théologien réputé, fait cardinal-évêque d'Ostie.[58][59] La même promotion comprend son cousin Giacomo Colonna, ainsi que le franciscain Jérôme d'Ascoli (futur Nicolas IV) et Bentivegna da Todi.[60]
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux parents de Nicolas III élevés aux grandes charges.
| Proche | Lien avec le pape | Charge reçue |
|---|---|---|
| Giordano Orsini | frère | cardinal-diacre de Sant'Eustachio (1278) |
| Latino Malabranca | neveu (fils de sa sœur Mabilia) | cardinal-évêque d'Ostie (1278) |
| Giacomo Colonna | cousin | cardinal-diacre (1278) |
| Bertoldo Orsini | neveu | comte et recteur de Romagne |
| Orso Orsini | neveu | recteur du Patrimoine de Saint-Pierre en Toscane et maréchal du Saint-Siège (juillet 1278), puis podestat de Viterbe |
Ce déploiement familial n'était pas pure cupidité : placer des hommes sûrs aux postes-clés était un moyen de gouvernement dans une Rome livrée aux factions. Le cardinal Latino Malabranca, en particulier, fut un homme d'Église remarquable, artisan de la paix entre Guelfes et Gibelins à Florence en 1280.[62] Mais la concentration du pouvoir entre les mains d'une seule maison frappa durablement les contemporains.
Le jugement des contemporains
Le chroniqueur florentin Giovanni Villani a laissé le jugement le plus cité. Tout en reconnaissant la grandeur du pape, il l'accuse d'avoir le premier institutionnalisé la simonie familiale :
« Il fut magnanime, et, par l'ardeur qu'il mettait pour les siens, il entreprit beaucoup de choses pour les rendre grands ; et il fut l'un des premiers, ou le premier pape, à la cour duquel s'exerça ouvertement la simonie en faveur de ses parents. » — Giovanni Villani, Nuova Cronica, livre VII, chap. 54[63]
Le mot est lourd : pour Villani, Nicolas III aurait inauguré une pratique qui allait gangrener la curie. Ce jugement, repris par Dante, a durablement noirci sa mémoire.
Faut-il parler de simonie ?
Il faut ici nuancer. La simonie au sens strict est le trafic des choses sacrées — vendre ou acheter des charges spirituelles. Or rien ne prouve que Nicolas III ait vendu des dignités ; ce qu'on lui reproche est d'avoir favorisé ses parents de manière éhontée. Le terme employé par Villani et Dante relève donc largement de la polémique morale plus que du droit canonique précis. La Catholic Encyclopedia propose un jugement équilibré : « un pontife à l'esprit ecclésiastique, d'une grande habileté diplomatique et, si l'on excepte ses actes de népotisme, d'un caractère sans tache ».[64]
« Un pontife à l'esprit ecclésiastique, d'une grande habileté diplomatique et, si l'on excepte ses actes de népotisme, d'un caractère sans tache. » — Catholic Encyclopedia, article Pope Nicholas III[65]
Autrement dit — et c'est la réponse à la question posée plus haut : grand pape entaché de népotisme, et non simple népotiste habile — Nicolas III fut un grand pape réel, dont le népotisme est une faute lourde mais non la totalité de l'homme. La postérité dantesque a souvent réduit cette figure complexe à son seul défaut.
Le bâtisseur : Vatican, Latran, Sancta Sanctorum
Le Vatican, nouvelle résidence des papes
Jusqu'au XIIIe siècle, la résidence ordinaire des papes était le palais du Latran. Nicolas III opéra un déplacement lourd de sens : il fit du Vatican, près de la basilique Saint-Pierre, sa résidence habituelle — même si, comme le précise la Catholic Encyclopedia, certains de ses prédécesseurs l'avaient déjà occupé à l'occasion.[66] Il y fit remanier et agrandir le palais, et acquit dans le voisinage des terrains « transformés par la suite en jardins du Vatican », selon la Catholic Encyclopedia.[67] C'est l'acte de naissance du Vatican comme cœur du pouvoir pontifical, sept siècles avant l'État de la Cité du Vatican.
Le Sancta Sanctorum du Latran
Au Latran, Nicolas III fit reconstruire la chapelle du Sancta Sanctorum, l'oratoire privé des papes qui abrite l'image acheiropoïète du Christ (l'Acheropita) et de précieuses reliques.[68] Il l'orna d'un riche cycle de fresques. Cet ensemble, qui porte encore son inscription, est l'un des grands témoignages de l'art romain de la fin du XIIIe siècle et un sommet de la commande artistique pontificale.
Le Passetto et le château Saint-Ange
Nicolas III renforça enfin le dispositif défensif de la papauté à Rome. La construction du Passetto di Borgo, le corridor fortifié aménagé sur les murs léonins qui relie le Vatican au château Saint-Ange — refuge des papes en cas de danger — remonte, selon Treccani, aux années de son pontificat, sans qu'on puisse en attribuer l'initiative personnelle au pape avec certitude.[69] Sous son pontificat, le contrôle de la forteresse passa durablement aux mains des Orsini.[70] Là encore, intérêt de l'Église et intérêt de la famille se mêlaient inextricablement.
La mort à Soriano (août 1280)
L'apoplexie soudaine
À l'été 1280, Nicolas III s'était retiré dans le château de Soriano nel Cimino, près de Viterbe, qu'il avait fait embellir. C'est là qu'il mourut soudainement, le 22 août 1280, probablement d'une apoplexie — un accident vasculaire cérébral (Treccani écrit « probabilmente per apoplessia »).[71][72] Le pape de la grande politique disparut en un instant, au milieu de ses projets inachevés.
La succession difficile
La mort de Nicolas III ouvrit un conclave long et orageux à Viterbe. Privés des règles strictes de Grégoire X, et travaillés par les pressions de Charles d'Anjou — qui voulait reprendre l'influence perdue —, les cardinaux mirent six mois à s'entendre. Ils finirent par élire, en février 1281, un Français, Martin IV, étroitement lié à l'Anjou.[73] La politique anti-angevine de Nicolas III fut ainsi en partie renversée par son successeur — preuve que sa réussite reposait largement sur sa personne.
Sépulture et mémoire
Nicolas III fut enseveli dans la chapelle Saint-Nicolas qu'il avait lui-même fait construire dans l'ancienne basilique Saint-Pierre (la basilique constantinienne, remplacée plus tard par l'édifice actuel).[74] Sa mémoire reste partagée : grand gouvernant pour les historiens de la papauté, restaurateur de l'État pontifical et législateur de la pauvreté franciscaine pour les uns ; figure du népotisme curial, voire de la simonie, pour la tradition littéraire née de Villani et de Dante.
Nicolas III dans la Divine Comédie
La troisième bolge de l'Enfer
Au chant XIX de l'Enfer, Dante visite la troisième bolge du huitième cercle, où sont châtiés les simoniaques — ceux qui ont fait commerce des choses saintes. Leur supplice est un saisissant contrapasso : plantés la tête en bas dans des trous de pierre, ils ont les plantes des pieds léchées par les flammes, parodie infernale du baptême et de l'onction. Le plus enfoncé de ces damnés, qui s'agite et brûle plus fort que les autres, est précisément Nicolas III.[75]
« Es-tu déjà là, Boniface ? »
La scène la plus célèbre tient à une méprise. Croyant entendre arriver son successeur attendu, Boniface VIII, le pape damné interpelle Dante sans le voir :
« Es-tu déjà debout là, es-tu déjà debout là, Boniface ? De plusieurs années l'écrit m'a menti. Es-tu donc si vite rassasié de ces richesses pour lesquelles tu n'as pas craint de prendre par la ruse la belle dame, et puis d'en faire outrage ? » — Dante, Enfer, chant XIX, vers 52-57[76]
La « belle dame » est l'Église, épousée par fraude et maltraitée. Dante glisse ici une accusation terrible : pour lui, Nicolas III comme Boniface VIII ont trahi leur épouse, l'Église, au profit de l'argent et de la famille.
Le fils de l'ourse et les oursons
Pressé de dire qui il est, le damné se nomme par une image inoubliable, jouant sur le nom des Orsini (orsa, l'ourse ; orsatti, les oursons) :
« Sache que je fus revêtu du grand manteau ; et vraiment je fus fils de l'ourse, si avide de pousser en avant mes oursons que là-haut j'ai mis les biens, et ici moi-même, dans la bourse. » — Dante, Enfer, chant XIX, vers 69-72[77]
Tout le réquisitoire contre le népotisme est ramassé dans ces trois vers : le pape Orsini a « mis dans la bourse » (in borsa) les richesses pour les siens sur la terre, et s'y est mis lui-même en Enfer. Le jeu de mots cruel — borsa (bourse) faisant écho au châtiment qui l'enfonce dans la roche — est l'un des sommets de l'art satirique de Dante.
La prophétie des papes simoniaques
Nicolas III annonce enfin à Dante que d'autres pontifes le rejoindront dans le trou : d'abord Boniface VIII, puis, pire encore, Clément V, « un pasteur sans loi » venu d'Occident.[78] Par cette prophétie post eventum, Dante condamne d'un seul geste trois papes de son temps. Il faut lire ces vers pour ce qu'ils sont : un pamphlet politique et moral d'un exilé indigné, non un jugement de l'Église. L'historien doit en retenir la force du grief — le népotisme curial était bien un scandale réel — sans confondre la satire de Dante avec un verdict définitif sur le salut d'une âme, qui n'appartient qu'à Dieu.
Chronologie de la vie de Nicolas III
- entre 1212 et 1216Naissance à RomeGiovanni Gaetano Orsini
Il naît dans la puissante famille Orsini, second fils de Matteo Rosso Orsini et de Perna Caetani.
- 28 mai 1244Cardinal-diacre de San Nicola in Carcerepar Innocent IV
Le jeune Orsini est créé cardinal et reçoit des bénéfices à York, Laon et Soissons.
- 1261-1263Protecteur des franciscainssous Urbain IV
Il devient protecteur de l'ordre des Frères mineurs et des Clarisses, puis inquisiteur général en 1262.
- 1265Investiture de Charles d'Anjoumission pour Clément IV
Il donne au frère de saint Louis l'investiture du royaume de Sicile.
- 25 novembre 1277Élection au conclave de Viterbeaprès six mois de vacance
Élu pape, il est couronné à Saint-Pierre le 26 décembre 1277 sous le nom de Nicolas III.
- 18 juillet 1278Fundamenta militantis Ecclesiaela magna carta de Rome
Il réaffirme la souveraineté pontificale sur Rome et écarte Charles d'Anjou du sénatorat.
- 1278-1279Acquisition de la Romagneconcordat avec Rodolphe de Habsbourg
L'empereur reconnaît la souveraineté de l'Église sur la Romagne et l'exarchat de Ravenne.
- 14 août 1279Bulle Exiit qui seminatla charte de la pauvreté franciscaine
Il distingue l'usage et la propriété, transfère au Saint-Siège la propriété des biens des frères et déclare la pauvreté évangélique méritoire.
- 22 août 1280Mort à Soriano nel Ciminoprobable apoplexie
Frappé d'un coup soudain, il meurt près de Viterbe ; il est enseveli dans la chapelle Saint-Nicolas de l'ancienne basilique Saint-Pierre.
Sources et bibliographie
Sources de référence
- Treccani, Enciclopedia dei Papi, « Niccolò III » — la synthèse savante la plus complète sur la biographie, la carrière curiale, le pontificat, le népotisme et le mécénat artistique.[79]
- Catholic Encyclopedia (New Advent), « Pope Nicholas III » (1911) — le cadre factuel classique sur la naissance, la carrière, les actes de gouvernement et le jugement d'ensemble.[80]
- Encyclopædia Britannica, « Nicholas III (pope) » — notice synthétique sur le pontificat, la Romagne et la place chez Dante.[81]
Sur Exiit qui seminat et la pauvreté franciscaine
| Source | Apport |
|---|---|
| Bulle Exiit qui seminat (texte, EWTN / Franciscan Archive) | Distinction usus facti / dominium, pauvreté déclarée méritoire et parfaite |
| Oxford Dictionary / Reference, « Nicholas III » | Contexte de la querelle franciscaine et de la commission préparatoire |
| Catholic Encyclopedia, « Pope Nicholas III » | Portée durable de la bulle pour l'interprétation de la Règle |
Sur Dante et la mémoire de Nicolas III
- Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, chant XIX — le pape damné parmi les simoniaques.[82]
- Giovanni Villani, Nuova Cronica — le jugement contemporain sur la simonie familiale.[83]
Pour aller plus loin
- Pape Jean XXI (1276-1277) — le prédécesseur, dont le cardinal Orsini fut l'homme fort avant de lui succéder.
- Pape Clément IV (1265-1268) — le pape qui chargea Orsini d'investir Charles d'Anjou du royaume de Sicile.
- Pape Grégoire X (1271-1276) — l'auteur des règles du conclave, abrogées avant l'élection de Nicolas III.
- Le deuxième concile de Lyon (1274) — l'union avec les Grecs que Nicolas III s'efforça de maintenir.
- Les États pontificaux — le cadre territorial agrandi par l'acquisition de la Romagne.
- La papauté d'Avignon — la crise ultérieure, prophétisée par le « pasteur sans loi » du chant XIX.
- Saint Thomas d'Aquin — le grand docteur du même XIIIe siècle scolastique.
Notes et références
« Liste des papes » : Nicolas III (Nicolaus tertius, 25 novembre 1277 – 22 août 1280, Giovanni Gaetano Orsini) y figure au n° 188 de la numérotation traditionnelle, entre Jean XXI et Martin IV. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_papes.
1Franca Allegrezza, « Niccolò III », Enciclopedia dei Papi, Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 (texte intégral vérifié le 4 octobre 2026) : naissance à Rome entre 1212 et 1216, second fils de Matteo Rosso Orsini et de Perna Caetani ; création comme cardinal-diacre de San Nicola in Carcere Tulliano le 28 mai 1244 par Innocent IV, canonicats de York, Soissons et Laon ; auditeur au concile de Lyon (1245) ; inquisiteur général dès novembre 1262 ; protecteur de l'ordre franciscain (1261-1262) et des Clarisses (1263) ; archiprêtre du chapitre de Saint-Pierre le 18 octobre 1276 ; mission de 1265 pour l'investiture de Charles d'Anjou sous Clément IV ; élection le 25 novembre 1277 à Viterbe, consécration à Saint-Pierre le 26 décembre 1277, choix du nom en référence à Nicolas Ier et II et par dévotion à saint Nicolas ; constitution Fundamenta militantis Ecclesiae du 18 juillet 1278, « magna charta » des rapports entre le pontife et le peuple romain (Donation de Constantin, sénateurs subordonnés à l'approbation pontificale) ; retrait du sénatorat à Charles d'Anjou (expiré le 16 septembre 1278), sénateurs Giovanni Colonna et Pandolfo Savelli ; acquisition de la Romagne (Rodolphe de Habsbourg, 1279), neveu Bertoldo Orsini recteur ; bulle Exiit qui seminat (14 août 1279) avec clause Noli me tangere ; népotisme et cardinaux du 12 mars 1278 (Latino Malabranca neveu, Giordano Orsini frère, Giacomo Colonna cousin, Jérôme d'Ascoli, Bentivegna da Todi) ; mécénat (palais et jardins du Vatican, Sancta Sanctorum du Latran, Passetto, château Saint-Ange aux Orsini) — sur le Passetto, Treccani écrit exactement : « La costruzione del famoso "passetto di Borgo", il corridoio ricavato sulle mura leonine [...] risale egualmente agli anni del suo pontificato » ; sur Fundamenta, Treccani reprend E. Dupré Theseider : « la magna charta dei rapporti fra il pontefice e il popolo romano » ; mort le 22 août 1280 au château de Soriano nel Cimino, « probabilmente per apoplessia » ; sépulture en Saint-Pierre ; place chez Dante (Enfer XIX). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/niccolo-iii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
2 7 14 15 19 21 22 24 25 26 28 30 32 33 34 36 43 45 46 48 49 52 54 55 59 60 68 69 70 72 73 79Catholic Encyclopedia, « Pope Nicholas III », vol. XI, Robert Appleton Company, New York, 1911, repris par New Advent : naissance à Rome v. 1216, père Matteo Rosso Orsini qui « défendit Rome contre Frédéric II et la sauva pour la papauté », mère Perna Gaetana ; création comme cardinal-diacre de St. Nicholas in Carcere Tulliano le 28 mai 1244 par Innocent IV, bénéfices à York, Laon et Soissons ; faveur constante envers les franciscains (amitié du père avec saint François, appartenance au Tiers-Ordre) ; inquisiteur général (1262), protecteur des franciscains (1263), archiprêtre de Saint-Pierre sous Jean XXI ; élection le 25 novembre 1277 à Viterbe après six mois de vacance ; Exiit qui seminat (14 août 1279) « still fundamental for the interpretation of the Rule of St. Francis » ; Charles d'Anjou contraint en 1278 de résigner la régence de Toscane et la dignité de sénateur de Rome (la CE regroupe les deux mesures sous 1278 ; Treccani date l'éloignement du vicariat toscan de 1279) ; Romagne obtenue via le neveu Latino (cardinal le 12 mars 1278) ; établissement de la résidence pontificale au Vatican — la Catholic Encyclopedia écrit exactement : « While the Vatican had been occupied from time to time by some of his predecessors, Nicholas III established there the papal residence » —, palais remanié et agrandi, terrains transformés « into the Vatican gardens » ; neveu Berthold fait comte de Romagne ; union grecque de Lyon : légats envoyés à Constantinople pour le renouvellement du serment impérial ; mort le 22 août 1280 à Soriano près de Viterbe ; sépulture « in the Chapel of St. Nicholas, built by him in St. Peter's » ; jugement : « an ecclesiastically-minded pontiff of great diplomatic ability and, if we except his acts of nepotism, of unblemished character ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/11056a.htm.
3 9 12 16 17 18 20 29 31 44 47 50 56 58 64 65 67 71 74 80Bulle Exiit qui seminat de Nicolas III (14 août 1279) — libellé contrôlé le 4 octobre 2026 sur la traduction anglaise EWTN (d'après les Registres de Nicolas III, Potthast 21628), rendue ici en français comme substance doctrinale : §7, l'abdication de toute propriété, en propre comme en commun, pour Dieu, est « meritorious and holy », et le Christ, montrant la voie de la perfection, l'a enseignée en parole et confirmée par son exemple ; §10, la pauvreté ainsi définie est « observable, possible, licite, méritoire et parfaite ». Distinction entre l'absence totale de propriété et l'« usage modéré » (usus facti, simple usage de fait) des choses nécessaires à la vie et à la vocation, inspirée de la pensée de saint Bonaventure. URL : https://www.ewtn.com/catholicism/library/exiit-qui-seminat-8930.
4 37 39 41 42Oxford Reference / Oxford Dictionary of the Christian Church, « Nicholas III » : règlement de la querelle franciscaine sur la pauvreté absolue par Exiit qui seminat, sur la base de la distinction (héritée de Bonaventure) entre le manque total de possessions, déclaré méritoire, et l'« usage modéré » des biens nécessaires ; constitution d'une commission par Nicolas III pour résoudre la controverse sur l'interprétation de la pauvreté parfaite de la Règle de saint François. URL : https://www.oxfordreference.com/display/10.1093/oi/authority.20110803100233550.
5 35 38Encyclopædia Britannica, « Nicholas III (pope) » (libellé anglais vérifié le 4 octobre 2026 : « He was the first pope to make the Vatican his residence ») : Giovanni Gaetano Orsini, de la famille Orsini, fait cardinal en 1244 par Innocent IV, protecteur des franciscains sous Urbain IV ; élu pape le 25 novembre 1277 ; premier pape à faire du Vatican sa résidence ; bulle de 1279 réglant les disputes franciscaines (la propriété appartient à la papauté sauf réserve des donateurs) ; restriction de la puissance de Charles Ier d'Anjou, écarté du sénatorat de Rome ; reconnaissance par Rodolphe Ier que la Romagne appartient à l'Église ; neveu cardinal Malabranca envoyé réorganiser Florence (1279) ; traité de mai 1280 sur les prétentions des Habsbourg et des Angevins en Sicile ; mort le 22 août 1280 à Soriano nel Cimino près de Viterbe ; « his early death ruined his plans to reorganize the Holy Roman Empire » ; Dante le place en enfer pour simonie. URL : https://www.britannica.com/biography/Nicholas-III-pope.
6 8 13 23 40 51 53 57 62 66 81Giovanni Villani, Cronica, livre VII, chap. LIV (intitulé « Come fu fatto papa Niccola terzo degli Orsini, e quello che fece al suo tempo ») — texte italien vérifié mot à mot le 4 octobre 2026 au scan de l'édition de Florence 1823 (Magheri, t. II, p. 227) : « ma poi che fu chiamato papa Niccola terzo, fu magnanimo, e per lo caldo de' suoi consorti imprese molte cose per fargli grandi, e fu de' primi, o il primo papa, nella cui corte s'usasse palese simonia per gli suoi parenti » — libellé repris en abrégé (« o primo papa ») par l'article « Niccolò III » de l'Enciclopedia dei Papi Treccani, qui donne la référence Cronica VII, 54. Villani reconnaît la magnanimité du pape tout en l'accusant d'avoir le premier institutionnalisé la simonie en faveur de ses parents. Traduction française dans le corps de l'article.
10 63 83Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, chant XIX (les simoniaques) : Nicolas III, le plus enfoncé des papes damnés, plante la tête en bas et les pieds en flammes ; il prend Dante pour Boniface VIII (vers 52-57 : « Se' tu già costì ritto, / se' tu già costì ritto, Bonifazio? / Di parecchi anni mi mentì lo scritto. / Se' tu sì tosto di quell'aver sazio / per lo qual non temesti tòrre a 'nganno / la bella donna, e poi di farne strazio? ») ; il se nomme « fils de l'ourse » (vers 69-72 : « sappi ch'i' fui vestito del gran manto ; / e veramente fui figliuol de l'orsa, / cupido sì per avanzar li orsatti, / che sù l'avere e qui me misi in borsa ») ; il annonce la venue de Boniface VIII puis d'un « pasteur sans loi » venu d'Occident, Clément V (vers 79-87). Texte italien contrôlé à l'édition le 4 octobre 2026 (Wikisource, texte Petrocchi) ; traductions françaises dans le corps de l'article.
11 75 76 77 78 82José Francisco Meirinhos, « Giovanni XXI », Enciclopedia dei Papi, Treccani, Rome, 2000 : rôle de Giovanni Gaetano Orsini comme véritable homme fort du gouvernement sous le bref pontificat de Jean XXI (1276-1277), le pape se consacrant à ses études. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-xxi_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
27Enciclopedia dei Papi, « Niccolò III », Treccani, Rome, 2000 : Orso, neveu du pape — Treccani écrit « uno dei nipoti del cardinale, Orso di Gentile » (podestat de Viterbe au moment du conclave de novembre 1277) puis « la nomina del nipote Orso Orsini a rettore del Patrimonio di S. Pietro in Tuscia e maresciallo della Santa Sede, quindi a podestà di Viterbo », nomination qui « avait fait grand bruit, en juillet 1278 » ; avec les milices fournies par l'Église, il s'empara d'au moins sept châteaux près des monts Cimini, dont Soriano (d'après les Annales de Ptolémée de Lucques, p. 91). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/niccolo-iii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
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