Dante Alighieri (1265-1321)

Dante Alighieri, le « Sommo Poeta », a fait de la Divine Comédie une Somme théologique en vers, thomiste et mariale. Laïc jamais canonisé, il fut pourtant célébré par trois textes pontificaux solennels, de Benoît XV à François, comme une gloire de l'Église. Pourquoi Ignispedia reçoit ce chef-d'œuvre catholique avec admiration, tout en lisant avec discernement les libertés d'un exilé passionné — Monarchia à l'Index, Nicolas III en enfer au chant XIX.

Ignispedia

Dante Alighieri (Durante degli Alighieri, né à Florence en 1265, mort à Ravenne dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321) est tenu par la tradition italienne pour le plus grand poète chrétien de tous les temps, et compte parmi les rares géants de la littérature universelle. Sa Divine Comédie — voyage à travers l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis — n'est pas seulement un sommet de l'art : c'est une Somme théologique mise en vers, où la doctrine catholique, la philosophie de saint Thomas d'Aquin et la mystique de l'amour divin deviennent chair, image et musique.[1][2] La tradition italienne l'a couronné du titre de Sommo Poeta, le « Très Grand Poète ».[3]

Sa singularité, dans notre famille d'articles, est frappante. Là où Eusèbe, Origène ou Tertullien sont des maîtres à filtrer — des génies dont l'Église trie soigneusement la doctrine —, Dante est un laïc que l'Église revendique avec fierté. Trois papes lui ont consacré des textes solennels — Benoît XV (1921), Paul VI (1965) et François (2021) —, dans le sillage des gestes de Léon XIII et de saint Pie X rappelés par François dans Candor lucis aeternae (§ 1) ; Benoît XV demande : « n'est-ce point à l'Église, sa mère, de réclamer, la première et bien haut, l'Alighieri pour son enfant ? »[4][5][6][7][8] Non pas un hérétique à surveiller, mais un poète catholique à recevoir avec gratitude.

Domenico di Michelino, Dante et son poème (1465), cathédrale Santa Maria del Fiore, Florence — Wikimedia Commons, domaine public.

Et pourtant, ce géant n'est ni saint, ni Docteur de l'Église. Homme de son temps, il fut un politique passionné, capable de placer nommément un pape — Nicolas III — en enfer (chant XIX, qui annonce aussi la venue de Boniface VIII puis de Clément V), et d'écrire un traité, la Monarchia, que Rome mettra à l'Index jusqu'en 1881.[9][10][11] Ignispedia le lit donc pour ce qu'il est : un chef-d'œuvre catholique porté par un laïc de génie. On reçoit avec admiration la cathédrale de mots qu'il a bâtie ; on lit avec discernement les libertés politiques et poétiques d'un homme qui aimait l'Église au point de la vouloir sainte, et qui la jugeait comme on juge une mère qu'on refuse de voir défigurée.

Pourquoi Dante Alighieri compte-t-il ?

Le « Sommo Poeta » de la chrétienté

Avant Dante, la haute littérature savante s'écrivait en latin ; la langue du peuple — l'italien naissant, le volgare — passait pour incapable de porter les grandes choses. Dante fait le pari inverse. Il écrit son chef-d'œuvre en toscan populaire, et par ce seul geste il fonde la langue italienne et prouve qu'une langue vulgaire peut dire Dieu, l'enfer, le ciel et l'amour aussi bien que le latin de Virgile.[12][13] La Divine Comédie est le texte fondateur de toute une civilisation littéraire.

Mais son influence dépasse de très loin l'Italie. La Catholic Encyclopedia constate qu'il est « universellement reconnu comme se classant avec Homère, Eschyle, Sophocle et Shakespeare, parmi les rares poètes suprêmes du monde ».[14] Chaucer, Milton, Blake, Hugo, Eliot, Borges, Claudel : des siècles de littérature portent sa trace. Peu d'œuvres humaines ont autant fait pour rendre la théologie et la philosophie catholiques désirables, intelligibles, aimables — y compris pour des lecteurs non catholiques.[15]

Une Somme théologique en vers

Ce qui distingue Dante de tout autre poète, c'est qu'il ne se contente pas de sentiments religieux : il met en scène l'essentiel du dogme catholique — péché, grâce, liberté, purgatoire… —, avec une précision de théologien. Le péché et la grâce, la justice et la miséricorde, le libre arbitre, le purgatoire, la communion des saints, la hiérarchie des anges, la vision béatifique, la Trinité, le rôle de Marie : tout y passe, non comme un catéchisme récité, mais comme un monde vivant que le lecteur traverse.

« Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai par une forêt obscure, car la voie droite était perdue. » — Dante, Enfer, chant I, 1-3[16]

Schéma explicatif — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Ce premier vers célèbre n'est pas une confidence sentimentale : c'est le point de départ d'un itinéraire de conversion. Le pèlerin Dante, égaré à mi-vie, doit descendre voir le mal en face (l'Enfer), gravir la purification (le Purgatoire) et s'élever jusqu'à Dieu (le Paradis). L'architecture même du poème est une doctrine du salut.

Un laïc que les papes ont revendiqué

Voici le fait le plus étonnant, et le plus révélateur de l'angle catholique : Dante n'était ni clerc, ni religieux, ni saint canonisé. Il était un laïc marié, homme d'affaires publiques, exilé politique. Et pourtant, la papauté moderne l'a réclamé comme un des siens avec une constance unique. En 1921, pour le sixième centenaire de sa mort, Benoît XV lui consacre l'encyclique In praeclara summorum ; en 1965, Paul VI publie le motu proprio Altissimi cantus ; en 2021, pour le septième centenaire, François écrit la lettre apostolique Candor lucis aeternae — après Léon XIII et saint Pie X.[17][18][19][20][21] Jean-Paul II a plusieurs fois, dans ses discours, repris les œuvres du « Grand Poète » — François retient son intervention du 30 mai 1985, lors de l'inauguration de l'exposition Dante au Vatican — et Benoît XVI, qui a souvent reproposé l'itinéraire de Dante, partait justement, en parlant de sa première encyclique Deus caritas est, de la vision dantesque de Dieu, dans laquelle « lumière et amour sont une seule chose ».[22]

« Dans la glorieuse lignée des génies dont l'éclatant renom fait l'honneur du catholicisme [...], une place de choix revient à Dante Alighieri. [...] N'est-ce point à l'Église, sa mère, de réclamer, la première et bien haut, l'Alighieri pour son enfant ? » — Benoît XV, In praeclara summorum, 30 avril 1921 (exorde)[23]

Trois textes pontificaux dédiés — l'encyclique de 1921, Altissimi cantus (1965), la lettre apostolique de 2021 —, dans le sillage des gestes de Léon XIII et de saint Pie X.[24][25][26][27][28] C'est que l'Église a reconnu en Dante non un simple artiste croyant, mais un témoin public de la foi capable d'évangéliser par la beauté ce que les traités atteignent difficilement.

L'homme de Florence

Repères biographiques : une vie de gloire, d'amour et d'exil

Dante naît à Florence en 1265, dans une famille guelfe ancienne mais désargentée ; son père se nomme Alighiero di Bellincione, sa mère Bella.[29] Baptisé Durante, il sera toute sa vie Dante. Il combat à cheval dans les rangs guelfes à la bataille de Campaldino (11 juin 1289), épouse Gemma Donati, exerce des charges publiques, devient prieur de Florence en 1300 — puis, happé par les guerres de factions, il est condamné à l'exil en 1302 et ne reverra jamais sa ville. Il meurt à Ravenne en 1321, veillé par ses enfants.[30]

  1. 1265
    Naissance à Florence

    Durante degli Alighieri naît dans une famille guelfe ; il sera baptisé au baptistère San Giovanni, qu'il chantera plus tard comme « mon beau Saint-Jean ».

  2. v. 1274
    La rencontre de Béatrice

    À neuf ans, Dante voit pour la première fois Béatrice, l'enfant qui deviendra la figure centrale de toute son œuvre. Il la reverra neuf ans plus tard.

  3. 1289
    La bataille de Campaldino

    Dante combat au premier rang de la cavalerie guelfe contre les Gibelins d'Arezzo.

  4. 1290
    La mort de Béatrice

    Béatrice meurt en juin 1290. Le deuil deviendra la matrice de la Vita Nuova, puis de la Comédie.

  5. 1300
    Prieur de Florence

    Dante accède au sommet de la vie politique florentine (juin-août 1300). C'est l'année du grand Jubilé de Boniface VIII — et l'année fictive du voyage de la Comédie.

  6. 1302
    La condamnation et l'exil

    Pris dans la lutte entre Guelfes « Blancs » et « Noirs », Dante est condamné le 27 janvier 1302, en son absence, à une lourde amende et à l'exil perpétuel — puis au bûcher s'il reparaît à Florence.

  7. 1302-1318
    Les années d'errance

    Réfugié de cour en cour — Vérone chez Cangrande della Scala, entre autres —, Dante écrit le Convivio, la Monarchia et la plus grande part de la Comédie.

  8. 1318-1321
    Ravenne et la mort

    Accueilli par Guido Novello da Polenta à Ravenne, Dante achève le Paradis. Il meurt dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321, au retour d'une ambassade à Venise, et repose toujours à Ravenne.

Florence, les Guelfes et les Gibelins

Pour comprendre Dante, il faut mesurer la violence politique de son Italie. Deux grands partis déchirent les cités : les Guelfes, partisans du pape, et les Gibelins, partisans de l'empereur. Florence est guelfe — mais, après la victoire, les Guelfes se scindent à leur tour en « Blancs » (dont Dante, hostiles à l'ingérence pontificale dans les affaires de la cité) et « Noirs » (alliés du pape Boniface VIII). En 1301-1302, les Noirs prennent le pouvoir avec l'appui de Rome ; les Blancs sont proscrits.[31]

Dante paie de l'exil sa fidélité à un idéal : celui d'une cité libre où le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel ne se confondent pas. Cette blessure irriguera toute la Comédie, et fera de Boniface VIII la cible privilégiée de sa colère poétique.

Béatrice : l'amour qui élève

Au cœur de toute l'œuvre de Dante se tient une femme : Béatrice — traditionnellement identifiée à Bice Portinari, une Florentine morte jeune en 1290. Dante la voit pour la première fois à neuf ans, et cette rencontre décide de sa vie intérieure. Mais qu'on ne s'y trompe pas : chez Dante, l'amour de Béatrice n'a rien d'une passion charnelle. La Catholic Encyclopedia souligne qu'il présente cet amour comme « purement spirituel et mystique ».[32]

Béatrice devient le signe visible de la grâce : la beauté d'une créature qui, au lieu de retenir le regard sur elle-même, le fait remonter jusqu'à Dieu. C'est elle qui, du haut du Ciel, met en marche tout le voyage du poème, et c'est elle qui, dans le Paradis, prendra le relais de Virgile pour conduire Dante vers la lumière. Là où l'amour courtois divinisait la femme, Dante fait de la femme aimée un degré vers le vrai Dieu — une intuition profondément catholique de la beauté comme chemin.

« L'amour qui meut le soleil et les autres étoiles. » — Dante, Paradis, chant XXXIII, 145[33]

L'exil, blessure et creuset

L'exil aurait pu briser Dante ; il l'a fait poète universel. Chassé de Florence, dépouillé de tout, contraint de « monter et descendre l'escalier d'autrui » et de goûter « combien le pain d'autrui est salé »[34], il a perdu une cité et gagné le monde. Coupé des querelles quotidiennes, il embrasse d'en haut toute l'histoire humaine, tout le drame du salut. La Comédie est l'œuvre d'un homme qui n'a plus de patrie terrestre et qui cherche, à travers l'Enfer et le Ciel, la seule Cité qui ne trahit pas.

La Divine Comédie : architecture d'un monde catholique

Trois royaumes, cent chants, la terza rima

La Divine Comédie est bâtie comme une cathédrale, avec une rigueur mathématique qui reflète l'ordre divin. Trois cantiche — Enfer, Purgatoire, Paradis —, cent chants au total, une strophe inventée pour l'occasion, la terza rima (tercets à rimes enchaînées aba bcb cdc…), et partout le chiffre trois, symbole de la Trinité, et son carré parfait, le neuf, symbole de Béatrice.[35]

CanticaChantsLieuGuide principalVertu / mouvement
Enfer34Entonnoir à 9 cercles, sous JérusalemVirgile (la raison naturelle)Voir le mal, la justice de Dieu
Purgatoire33Montagne à 7 corniches + paradis terrestreVirgile, puis BéatriceL'espérance, la purification
Paradis339 cieux tournants + l'EmpyréeBéatrice, puis saint BernardLa charité, la vision de Dieu

Ce plan n'est pas un décor : il est doctrine. On descend d'abord au plus bas pour mesurer la gravité du péché, on gravit ensuite la pénitence, on s'élève enfin par la charité. C'est l'itinéraire même de la vie chrétienne, du péché à la gloire.

L'Enfer : la justice de Dieu prise au sérieux

L'Enfer de Dante est resté dans toutes les mémoires, souvent au détriment des deux autres royaumes. On y trouve la fameuse inscription de la porte :

« Vous qui entrez, laissez toute espérance. » — Dante, Enfer, chant III, 9[36]

Mais l'Enfer dantesque n'est pas une galerie d'horreurs gratuites : c'est une méditation sur la justice. Chaque peine épouse la faute par la loi du contrappasso — les luxurieux emportés par un vent sans fin, les violents plongés dans le sang bouillant, les traîtres figés dans la glace.[37] Dante prend au sérieux ce que la modernité voudrait dissoudre : le péché est réel, la liberté engage, et Dieu respecte jusqu'au bout le choix de celui qui se ferme à lui. L'Enfer, chez Dante, est le lieu où le mal reçoit exactement le poids qu'il s'est donné.

Le Purgatoire : l'espérance et la purification

Le Purgatoire est peut-être le plus original des trois royaumes, car Dante en fait le premier grand poème de l'espérance. Sur les sept corniches de la montagne, les âmes expient les sept péchés capitaux, mais elles souffrent dans la joie, sûres de leur salut, chantant psaumes et béatitudes.[38] C'est l'exact contraire de l'Enfer : là, désespoir figé ; ici, effort qui monte.

Le Purgatoire dantesque met en images une doctrine catholique majeure — celle de la purification après la mort et de la valeur de la prière pour les défunts[39] — que le protestantisme rejettera deux siècles plus tard. Le lecteur d'Ignispedia y reconnaîtra le dossier catholique du purgatoire et de la satisfaction des peines, porté ici non par un argument, mais par une montagne de lumière.

Le Paradis : la charité et la vision de Dieu

Schéma explicatif — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le Paradis est le royaume de la charité et de la lumière. Dante s'élève de ciel en ciel — la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, les étoiles fixes, le Premier Mobile — jusqu'à l'Empyrée, le ciel de pur amour où siègent Dieu, Marie et tous les bienheureux dans une immense « rose blanche ».[40] C'est la partie la plus haute et la plus difficile : une poésie de la théologie pure, de la vision et de la joie.

L'ascension culmine dans la vision de la Trinité, où l'intelligence défaille et où seule reste l'expérience de l'amour. Tout le poème s'achève sur le mouvement d'un cœur enfin ajusté à Dieu — « l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles ».[41]

Virgile, Béatrice, Marie : la structure des trois guides

Rien, chez Dante, n'est laissé au hasard. Trois guides successifs conduisent le pèlerin, et chacun figure un degré de l'ascension de l'âme vers Dieu :

  • Virgile, le grand poète païen, figure de la raison naturelle : elle peut mener l'homme à voir le mal et à se purifier, mais elle ne peut entrer au Ciel.
  • Béatrice, figure de la théologie et de la grâce : elle prend le relais au sommet du Purgatoire et conduit Dante à travers presque tout le Paradis.
  • Saint Bernard de Clairvaux, figure de la contemplation et de la dévotion mariale : c'est lui qui, au terme, adresse à la Vierge la prière qui obtient à Dante la vision de Dieu.

Et derrière les trois guides, trois femmes bienheureuses avaient tout mis en marche, dès le deuxième chant de l'Enfer : la Vierge Marie, sainte Lucie et Béatrice. François y a lu une magnifique catéchèse des vertus théologales :

« [...] trois femmes intercèdent pour lui et le guideront : Marie, la Mère de Dieu, figure de la charité ; Béatrice, symbole d'espérance ; sainte Lucie, image de la foi. » — Pape François, Candor lucis aeternae, 2021[42]

Le point culminant : la prière à la Vierge

Le sommet spirituel de toute la Comédie n'est pas un raisonnement mais une prière mariale. Au dernier chant du Paradis, c'est saint Bernard qui supplie la Vierge d'accorder au pèlerin la grâce suprême. Dante lui met sur les lèvres l'un des plus beaux poèmes mariaux jamais écrits :

« Vierge Mère, fille de ton Fils, humble et haute plus qu'aucune créature, terme fixé d'un éternel conseil, c'est toi qui as tellement ennobli la nature humaine, que son propre Auteur ne dédaigna pas de se faire son œuvre. » — Dante, Paradis, chant XXXIII, 1-6[43]

Que le point le plus haut d'une œuvre aussi immense soit une prière à Marie dit tout de la colonne vertébrale mariale de Dante — et explique que François ait fait de la Vierge la clé de sa lecture de la Comédie.[44]

Dante et saint Thomas d'Aquin

Le poète du thomisme

Dante écrit une génération après la mort de saint Thomas d'Aquin (1274), au moment où la synthèse thomiste s'impose. Il en est le grand transmetteur poétique. Sa théologie, note la Catholic Encyclopedia, « dérive principalement de saint Thomas d'Aquin »[45] ; Benoît XV le dit plus fortement encore :

« Dante, parmi la grande variété des opinions, prit pour guide principal Thomas d'Aquin, Prince de l'Ecole. C'est à ce maître, dont le génie intellectuel a été caractérisé par le titre d'angélique, qu'il doit presque tout ce que lui révélèrent la philosophie et la spéculation théologique. » — Benoît XV, In praeclara summorum, 1921[46]

Là où la Somme théologique raisonne, la Comédie fait voir. Le libre arbitre, l'ordre de l'univers, la hiérarchie des êtres, la béatitude comme vision de Dieu : ce sont des thèses thomistes, mais Dante les rend sensibles à l'imagination et au cœur. Il a fait pour la piété ce que Thomas a fait pour l'intelligence.

Le ciel du Soleil : Thomas et Siger de Brabant côte à côte

Un détail révèle toute la générosité intellectuelle de Dante. Au ciel du Soleil (Paradis, chants X-XIV), lieu des grands docteurs — Thomas d'Aquin, Albert le Grand, Boèce, saint Isidore, Bède, Denys l'Aréopagite, Salomon —, Dante place aussi Siger de Brabant, le maître parisien de l'aristotélisme radical dont plusieurs thèses averroïstes avaient été condamnées à Paris en 1277.[47] Fait plus étonnant encore : c'est Thomas lui-même, son adversaire terrestre, qui fait dans le poème l'éloge de Siger.

Cette audace montre comment Dante conçoit la recherche de la vérité : des esprits qui se sont combattus sur terre dansent ensemble dans la lumière, « chacun à égale distance de la vérité qu'ils cherchaient ». Le geste est splendide de charité intellectuelle — mais il illustre aussi la liberté poétique d'un laïc qui distribue lui-même les places du Ciel et de l'Enfer, ce qui nous conduit aux zones d'ombre.

Les zones d'ombre : ce que l'Église lit avec discernement

Revendiquer Dante ne signifie pas le canoniser sans réserve. L'angle catholique honnête consiste à recevoir le chef-d'œuvre tout en nommant clairement les points où le laïc passionné a pris des libertés que l'Église n'endosse pas.

Monarchia : les deux soleils et l'Index

Dans son traité latin Monarchia (v. 1312-1313), Dante soutient que l'autorité de l'empereur vient directement de Dieu, et non par l'intermédiaire du pape. C'est la théorie des « deux soleils » : le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel seraient deux astres distincts, également suspendus à Dieu — thèse dirigée contre les prétentions théocratiques exprimées par Boniface VIII dans la bulle Unam Sanctam.[48][49]

Le livre eut un destin houleux. Dès 1329, le cardinal Bertrando del Poggetto le fit brûler à Bologne comme hérétique ; en 1564, il entra à l'Index des livres interdits, et il n'en fut retiré qu'en 1881, sous Léon XIII.[50] L'Église a donc, pendant des siècles, jugé dangereuse la doctrine politique de la Monarchia, tout en célébrant par ailleurs la foi du poète. Le discernement ignispédien tient les deux bouts : on peut admirer le croyant et discuter, voire refuser, le théoricien politique.

Des papes en enfer

La liberté la plus troublante de Dante est d'avoir placé des papes en enfer. Dans le troisième bolgia des simoniaques, il enfonce la tête en bas le pape Nicolas III, et fait prophétiser la venue de Boniface VIII puis de Clément V.[51] La tradition identifie aussi au « grand refus » de l'Enfer III le pape Célestin V, qui abdiqua — quoique l'Église, elle, l'ait canonisé.[52]

Faut-il en conclure que Dante méprisait la papauté ? Non — et c'est ici que la lecture doit être fine. La Catholic Encyclopedia et Benoît XV insistent : Dante attaque des personnes, jamais l'institution. Il respecte pleinement le pouvoir des clés comme d'origine divine ; ce sont les indignités de certains titulaires qu'il flétrit, au nom même de la sainteté qu'il attend de l'Église.[53]

« Quelques abus qu'à raison ou à tort son indignation ait dénoncés et stigmatisés chez les clercs, jamais il ne se permit de rien retrancher des égards dus à l'Église ni de la vénération due aux "Clés souveraines". » — Benoît XV, In praeclara summorum, 1921[54]

Dante juge les papes comme un fils juge sa mère outragée : sévèrement, mais du dedans, et parce qu'il l'aime. Reste que déterminer soi-même le sort éternel d'hommes précis outrepasse ce qu'un croyant peut savoir — et cela, l'Église ne le fait jamais.

Un laïc, non un saint

Enfin, il faut le redire nettement : Dante n'a jamais été canonisé. Sa vie eut ses ombres — les passions politiques, la dureté, peut-être des égarements que ses propres vers de jeunesse laissent deviner. L'Église ne propose pas Dante comme modèle de sainteté ; elle le propose comme génie catholique, témoin de la foi par la beauté. La distinction est capitale et parfaitement cohérente avec la famille de nos articles : on peut être une gloire de l'Église sans être un saint des autels, exactement comme Eusèbe fut une source sans être un modèle.

Des papes pour un poète

Le meilleur résumé de la place de Dante dans l'Église tient dans la liste des papes qui l'ont célébré — trois textes pontificaux dédiés (1921, 1965, 2021), dans le sillage des gestes de Léon XIII et de saint Pie X rappelés par François dans Candor lucis aeternae (§ 1) :

PapeTexte / occasionAnnéeIdée-force
Léon XIIIBref au cardinal Galeati (Ravenne) pour le monument Dante ; Monarchia retirée de l'Index1892 ; 1881Dante, splendide ornement du christianisme, honoré à Ravenne ; fin de trois siècles d'interdit
Saint Pie XLettre du cardinal Merry del Val à l'archevêque de Ravenne pour le VIᵉ centenaire1913Les catholiques appelés à honorer le « Divin Poète »
Benoît XVEncyclique In praeclara summorum1921« N'est-ce point à l'Église, sa mère, de réclamer [...] l'Alighieri pour son enfant ? »
Paul VIMotu proprio Altissimi cantus1965Dante « nôtre » : poète de la transcendance chrétienne
FrançoisLettre Candor lucis aeternae2021Dante « prophète d'espérance » ; les trois femmes, foi-espérance-charité

Les deux premiers actes sont les moins connus : le bref de Léon XIII au cardinal Galeati, daté de mars 1892 (quinzième année du pontificat)[55], et la lettre du cardinal Merry del Val à l'archevêque de Ravenne, datée du 6 septembre 1913, par laquelle saint Pie X encourage la participation catholique au VIᵉ centenaire[56].

Frise chronologique — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Cette continuité de sept siècles est le plus sûr commentaire de l'Église sur Dante. En 2021, François va jusqu'à presser les chrétiens de lire la Comédie, y voyant un « prophète d'espérance » pour notre temps :

« [...] prophète d'espérance, annonciateur de la possibilité du rachat, de la libération, du changement profond de tous les hommes et femmes, de toute l'humanité. » — Pape François, Candor lucis aeternae, 2021[57]

Ce que Dante nous enseigne aujourd'hui

L'histoire de Dante est riche de leçons pour le croyant d'aujourd'hui.

Tombeau de Dante à Ravenne, mausolée de Camillo Morigia (1780) — photo Petar Milošević, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

D'abord, elle enseigne que la beauté est un chemin vers Dieu. Dante n'a pas écrit un traité de plus : il a bâti une cathédrale de mots où des millions d'hommes, croyants ou non, sont entrés et ont rencontré la doctrine catholique rendue désirable. À une époque qui sépare la foi de la culture, il rappelle que l'art le plus haut peut être aussi la théologie la plus fidèle.

Ensuite, il montre que la sainteté de l'Église ne dépend pas de l'impeccabilité de ses membres. Dante a vu des papes indignes et il l'a dit avec une violence de prophète — sans jamais cesser de croire à l'Église comme Épouse du Christ. Aimer l'Église, ce n'est pas fermer les yeux sur ses blessures ; c'est refuser qu'on la défigure, précisément parce qu'on la sait sainte.

Enfin, sa vie d'exil enseigne que le chrétien n'a ici-bas aucune cité permanente. Dépouillé de Florence, Dante a trouvé plus grand : la Cité de Dieu. Son poème tout entier est le voyage d'un homme qui, ayant perdu sa patrie terrestre, apprend à désirer la seule qui demeure.

« Là est notre paix : c'est la mer vers laquelle se meut tout ce qu'elle crée et que fait la nature. » — Dante, Paradis, chant III, 85-87[58]

Dante a gardé toute sa vie la double flamme du génie et de la foi. Ignispedia le lit pour la lumière qu'il a répandue sur le monde chrétien — un laïc que les papes, de Léon XIII à François, ont revendiqué comme l'un des leurs, et qui prouve qu'un cœur d'homme, même exilé, blessé et faillible, peut chanter Dieu au point d'entraîner des siècles entiers vers « l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles ».

Pour aller plus loin

  • La Somme théologique — l'œuvre de saint Thomas d'Aquin, à qui Dante doit « presque tout ce que lui révélèrent la philosophie et la spéculation théologique ».
  • Saint Bernard de Clairvaux — le dernier guide du Paradis, dont la prière à la Vierge obtient à Dante la vision de Dieu.
  • Boniface VIII — l'adversaire politique de Dante, cible de la Monarchia, dont la venue en enfer est prophétisée au chant XIX.
  • Célestin V — le pape du « grand refus », qu'une longue tradition identifie à l'anonyme de l'Enfer III.
  • Les indulgences et la doctrine du purgatoire — la matière catholique que met en images la deuxième cantica de la Comédie.
  • Eusèbe de Césarée, Origène, Tertullien — les autres grandes figures que l'Église lit avec discernement, chacune à sa manière.

Notes et références

  1. Edmund G. Gardner, « Dante Alighieri », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908 : naissance à Florence en 1265 (père Alighiero di Bellincione, mère Bella), mort à Ravenne le 14 septembre 1321 ; combat au premier rang de la cavalerie guelfe à Campaldino (11 juin 1289) ; priorat du 15 juin au 15 août (1300) ; condamnation du 27 janvier 1302 (amende et exclusion, puis bûcher par contumace le 10 mars) ; mariage avec Gemma Donati ; Béatrice (probablement fille de Folco Portinari), morte en juin 1290 ; ambassade de Guido da Polenta à Venise en juillet 1321 ; œuvres (Vita Nuova, Convivio, De vulgari eloquentia, De Monarchia, Divine Comédie) ; amour « purement spirituel et mystique » pour Béatrice ; théologie dérivée principalement de saint Thomas d'Aquin ; respect du pouvoir pontifical comme d'origine divine malgré la critique des papes ; qu'il est « universellement reconnu comme se classant avec Homère, Eschyle, Sophocle et Shakespeare, parmi les rares poètes suprêmes du monde » (conclusion de l'article). URL : https://www.newadvent.org/cathen/04628a.htm

    1 3 10 12 14 15 29 30 31 32 35 39 45 48 53
  2. Benoît XV, encyclique In praeclara summorum, 30 avril 1921, pour le VIᵉ centenaire de la mort de Dante. Citations françaises recollées mot à mot sur la version française officielle : exorde (= §1-2 de la version anglaise) — « une place de choix revient à Dante Alighieri » et « n'est-ce point à l'Église, sa mère, de réclamer, la première et bien haut, l'Alighieri pour son enfant ? » ; passage thomiste (= §4) — Dante « prit pour guide principal Thomas d'Aquin, Prince de l'Ecole » et lui doit « presque tout ce que lui révélèrent la philosophie et la spéculation théologique » ; malgré ses invectives contre des personnages ecclésiastiques, il ne se permit jamais de rien retrancher « des égards dus à l'Église ni de la vénération due aux Clés souveraines ». Texte FR : https://www.vatican.va/content/benedict-xv/fr/encyclicals/documents/hf_ben-xv_enc_30041921_in-praeclara-summorum.html (cf. version anglaise : https://www.vatican.va/content/benedict-xv/en/encyclicals/documents/hf_ben-xv_enc_30041921_in-praeclara-summorum.html)

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  3. Léon XIII et Dante : bref au cardinal Sebastiano Galeati, archevêque de Ravenne, mars 1892 (quinzième année du pontificat) — 10 000 lires pour le monument à Dante à Ravenne et don d'un exemplaire de la Divine Comédie éditée par son autorité d'après un codex du Vatican, offert à la Biblioteca Classense ; le bref présente Dante comme un splendide ornement du christianisme (« splendido ornamento del Cristianesimo »). Vérifié à la source : La Civiltà Cattolica, XLIIIᵉ année, série XV, vol. II (1892), Cronaca, p. 358-359 — « spedì al Cardinal Arcivescovo di Ravenna 10 mila lire », « stupenda edizione della Divina Commedia, fatta eseguire ultimamente da lui sopra il codice della Vaticana », « quanto splendido ornamento egli sia del Cristianesimo » (jour exact illisible dans la numérisation ; mois de mars 1892, quinzième année du pontificat et texte du bref lisibles et conformes). Relais : F. Coelho, Os Papas leitores de Dante e encomiastas do Sumo Poeta-Teólogo, 2021, chap. 2.

    5 20 27 55
  4. Saint Pie X et Dante : lettre du cardinal Rafael Merry del Val, secrétaire d'État, à Mgr Pasquale Morganti, archevêque de Ravenne, « Dal Vaticano, 6 Settembre 1913 » — Pie X accueille « con vivo interessamento » le projet catholique pour le VIᵉ centenaire de Dante (restauration de l'église San Francesco de Ravenne, « l'église de Dante ») et entend encourager et bénir toute initiative en ce sens. Texte vérifié mot à mot dans Il VI Centenario Dantesco. Bollettino del Comitato cattolico per l'omaggio a Dante Alighieri, Ravenne, École typographique salésienne, fasc. 1 (janvier-février 1914), p. 1-2. URL : https://archive.org/stream/ilvicentenarioda14comiuoft

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  5. Paul VI, motu proprio Altissimi cantus, 7 décembre 1965, pour le VIIᵉ centenaire de la naissance de Dante : proclamation de Dante comme poète chrétien « nôtre », maître de la transcendance et de l'espérance. Cf. présentation dans Candor lucis aeternae (2021), § sur les précédents pontificaux. Texte : https://www.vatican.va/content/paul-vi/it/motu_proprio/documents/hf_p-vi_motu-proprio_19651207_altissimi-cantus.pdf

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  6. Pape François, lettre apostolique Candor lucis aeternae (« Splendeur de la lumière éternelle »), 25 mars 2021, pour le VIIᵉ centenaire de la mort de Dante (publiée le jour de l'Annonciation et du Dantedì) : Dante « prophète d'espérance » (exorde) puis, reprenant son message pour les 750 ans de la naissance (2015), « prophète d'espérance, annonciateur de la possibilité du rachat, de la libération, du changement profond de tous les hommes et femmes, de toute l'humanité » ; les trois femmes de l'Enfer II — « Marie, la Mère de Dieu, figure de la charité ; Béatrice, symbole d'espérance ; sainte Lucie, image de la foi » (§ 7) ; appel aux communautés chrétiennes et aux artistes à faire mieux connaître son message. Prédécesseurs rappelés au §1 (« earlier interventions... particularly Leo XIII and Saint Pius X ») ; §4 : Jean-Paul II, « qui a plusieurs fois dans ses discours repris les œuvres du Grand Poète » (intervention du 30 mai 1985, exposition Dante au Vatican), et Benoît XVI partant « de la vision dantesque de Dieu dans laquelle "lumière et amour sont une seule chose" » en parlant de Deus caritas est — passage qui renvoie, notes [7]-[8] de Candor, au discours au Conseil pontifical Cor Unum du 23 janvier 2006, et non à une citation tirée de l'encyclique elle-même (citations françaises : version française officielle). Texte FR : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/apost_letters/documents/papa-francesco-lettera-ap_20210325_centenario-dante.html (cf. version anglaise : https://www.vatican.va/content/francesco/en/apost_letters/documents/papa-francesco-lettera-ap_20210325_centenario-dante.html)

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  7. Histoire de la réception de la Monarchia : traité latin de Dante (v. 1312-1313) sur l'autonomie divine du pouvoir impérial face au pape. Brûlé comme hérétique à Bologne en 1329 sur ordre d'un légat pontifical (le cardinal Bertrando del Poggetto) ; inscrit à l'Index des livres interdits en 1564 ; retiré de l'Index en 1881, sous Léon XIII. Réf. : Anthony K. Cassell, The Monarchia Controversy, Catholic University of America Press, 2004 (inscription en 1564, retrait en 1881) ; Hans Kelsen on Constitutional Democracy, Cambridge University Press, chap. 1 (retrait en 1881 sous Léon XIII) ; Catholic Encyclopedia, art. « Dante Alighieri » (bûcher de Bologne sur ordre d'un légat pontifical) — voir [^ce].

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  8. Dante, Enfer, chant XIX (les simoniaques) : le pape Nicolas III, enfoncé tête en bas dans la roche, annonce la venue prochaine de Boniface VIII, puis de Clément V. Dante y flétrit la simonie et la corruption de certains pontifes, sans nier l'origine divine du pouvoir des clés.

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  9. Dante, De vulgari eloquentia (« De l'éloquence en langue vulgaire »), traité latin inachevé commencé v. 1304 : défense de la dignité littéraire du volgare italien et recherche d'une langue vulgaire « illustre ». Présentation : Catholic Encyclopedia, art. « Dante Alighieri » (voir [^ce]).

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  10. Dante, Divine Comédie, Enfer, chant I, vers 1-3. Verbatim italien : « Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura, / ché la diritta via era smarrita. » Texte de référence : édition critique de Giorgio Petrocchi ; texte en ligne sur https://dante.dartmouth.edu/ (Dartmouth Dante Project). Traduction française citée dans le corps de l'article : traduction Ignispedia, établie d'après ce texte.

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  11. Dante, Paradis, chant XXXIII, vers 145, dernier vers de la Comédie. Original : « l'amor che move il sole e l'altre stelle. »

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  12. Dante, Paradis, chant XVII, vers 55-60 : prophétie de l'exil par son aïeul Cacciaguida — « tu éprouveras combien le pain d'autrui a saveur de sel, et combien est dur chemin de descendre et monter par l'escalier d'autrui ». Original : « Tu proverai sì come sa di sale / lo pane altrui, e come è duro calle / lo scendere e 'l salir per l'altrui scale. »

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  13. Dante, Enfer, chant III, vers 9. Original : « Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate. » Dernier vers de l'inscription sur la porte de l'Enfer.

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  14. Le contrappasso : loi dantesque selon laquelle la peine de chaque damné correspond, par analogie ou par contraste, à son péché. Le terme apparaît dans Enfer, chant XXVIII, vers 142 (« così s'osserva in me lo contrapasso »), à propos des semeurs de discorde. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « Dante Alighieri » (voir [^ce]).

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  15. Dante, Purgatoire : la montagne comporte sept corniches où sont purifiés les sept péchés capitaux (orgueil, envie, colère, acédie, avarice, gourmandise, luxure), précédées d'un ante-purgatoire et couronnées du paradis terrestre. Les âmes, assurées du salut, y chantent psaumes et béatitudes, à l'opposé du désespoir de l'Enfer. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « Dante Alighieri » (voir [^ce]) et la doctrine catholique de la purification après la mort (CEC 1030-1032).

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  16. Dante, Paradis : structure des neuf cieux mobiles (Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, ciel des étoiles fixes, Premier Mobile) suivis de l'Empyrée immobile, ciel de pur amour où les bienheureux forment la candida rosa (la « rose blanche », chants XXX-XXXII). Cf. Catholic Encyclopedia, art. « Dante Alighieri » (voir [^ce]).

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  17. Dante, Paradis, chant XXXIII, vers 1-6, prière de saint Bernard à la Vierge. Original : « Vergine Madre, figlia del tuo figlio, / umile e alta più che creatura, / termine fisso d'etterno consiglio, / tu se' colei che l'umana natura / nobilitasti sì, che 'l suo fattore / non disdegnò di farsi sua fattura. »

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  18. Siger de Brabant au ciel du Soleil : Dante, Paradis, chant X, vers 133-138, place le maître parisien Siger de Brabant — dont plusieurs thèses averroïstes furent condamnées à Paris en 1277 — parmi les esprits sages, et c'est saint Thomas d'Aquin, son adversaire terrestre, qui en fait l'éloge. Cf. Digital Dante, Columbia University (commentaire de Paradiso 10). URL : https://digitaldante.columbia.edu/dante/divine-comedy/paradiso/paradiso-10/

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  19. Dante, Enfer, chant III, vers 59-60 : l'ombre de « celui qui fit, par lâcheté, le grand refus » (che fece per viltade il gran rifiuto). Une longue tradition l'identifie au pape Célestin V, qui abdiqua en 1294 — identification contestée, l'Église ayant par ailleurs canonisé Célestin V (1313).

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  20. Dante, Paradis, chant III, vers 85-87, paroles de Piccarda Donati sur la paix de la volonté conforme à Dieu. Original : « E 'n la sua volontade è nostra pace: / ell'è quel mare al qual tutto si move / ciò ch'ella cria o che natura face. »

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