Érasme (v. 1466-1536)

Érasme de Rotterdam (v.1466-1536), prêtre catholique et « prince des humanistes », éditeur du premier Nouveau Testament grec publié (1516). Ami de Thomas More, adversaire de Luther sur le libre arbitre, il resta fidèle à l'Église romaine jusqu'à sa mort.

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Érasme de Rotterdam (en latin Desiderius Erasmus, vers 1466-1536) est le plus célèbre des humanistes chrétiens de la Renaissance, au point d'être surnommé le « prince des humanistes ». Prêtre catholique et chanoine régulier de Saint-Augustin (un prêtre vivant en communauté sous la règle de saint Augustin), il domine la vie lettrée de l'Europe des années 1500-1530 par une œuvre immense — éditions savantes, satires, manuels de piété, correspondance universelle — entièrement mise au service d'un idéal : la « philosophie du Christ », un christianisme intérieur, biblique et pacifique.

Son chef-d'œuvre savant, le Novum Instrumentum omne imprimé à Bâle en mars 1516, est la première édition publiée du Nouveau Testament en grec[1], accompagnée d'une traduction latine révisée et d'annotations philologiques (des notes savantes qui comparent les manuscrits pour corriger le texte) : c'est l'une des matrices de la critique textuelle moderne du texte sacré. Ses satires — l'Éloge de la Folie, les Colloques — moquent les abus du clergé et des théologiens avec une liberté qui fera de lui, aux yeux de certains, l'homme qui aurait « pondu l'œuf que Luther a couvé ».

Or Érasme, quand Luther rompt avec Rome, refuse de le suivre. Sa Diatribe sur le libre arbitre (1524) attaque de front la thèse luthérienne du « serf-arbitre » — selon Luther, la volonté humaine, esclave du péché, ne peut rien pour son salut ; il quitte Bâle passée à la Réforme pour se réfugier dans la Fribourg catholique ; il décline le cardinalat que le pape Paul III envisage de lui confier ; il meurt fils fidèle de l'Église, sans avoir jamais signé la moindre confession protestante. Sa mémoire restera pourtant suspecte : ses livres seront placés à l'Index sous Paul IV, avant un traitement plus mesuré au concile de Trente.

Cet article présente sa vie, son œuvre, son affrontement décisif avec Luther, et la grande question qui poursuit son nom depuis cinq siècles : Érasme fut-il un catholique fidèle ou un précurseur du protestantisme ?

Une jeunesse entre le cloître et les lettres

En quelques dates

Infographie originale Ignispedia créée par IA : les principaux lieux du réseau humaniste d'Érasme.
  1. 28 octobre v. 1466
    Naissance à Rotterdam

    Fils illégitime de Gerard de Gouda et de Margaretha (son père, dit Érasme, ne devint prêtre qu'après sa naissance ; Huizinga le croit déjà prêtre alors). Naissance : 1466 ou 1469.

  2. vers 1475
    École Saint-Lebuin de Deventer

    Élève de l'école capitulaire Saint-Lebuin, où enseignent des maîtres issus des Frères de la Vie commune, sous l'humaniste Alexander Hegius.

  3. vers 1487
    Couvent de Steyn

    Entrée, presque contrainte, chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin près de Gouda.

  4. 1492
    Ordination sacerdotale

    Ordonné prêtre (25 avril 1492) ; il devient bientôt le secrétaire latin de l'évêque de Cambrai.

  5. 1495
    Études à Paris

    Au sévère Collège de Montaigu ; il y découvre la scolastique tardive qu'il critiquera toute sa vie.

  6. 1499
    Premier séjour en Angleterre

    Rencontre décisive de John Colet et de Thomas More, qui l'orientent vers la théologie biblique.

  7. 1500
    Les Adages

    Recueil de proverbes antiques qui fait sa gloire européenne et sera sans cesse augmenté.

  8. 1503
    Enchiridion militis christiani

    Le Manuel du soldat chrétien : manifeste de la « philosophie du Christ ».

  9. 1509-1511
    Éloge de la Folie

    Composé chez Thomas More à Londres, publié à Paris en 1511.

  10. 1511-1514
    Professeur à Cambridge

    Il y enseigne le grec et la théologie, à l'invitation de John Fisher.

  11. mars 1516
    Novum Instrumentum omne

    Première édition publiée et diffusée du Nouveau Testament en grec, chez Johann Froben à Bâle.

  12. 1517
    Dispense de Léon X

    Le pape le relève des obligations de l'habit et de la vie monastique.

  13. 1524
    De libero arbitrio

    Il rompt son silence et attaque la doctrine luthérienne du serf-arbitre.

  14. 1529
    Exil à Fribourg

    Bâle devenue protestante, il se réfugie dans la Fribourg-en-Brisgau restée catholique.

  15. 1535
    Cardinalat refusé

    Paul III songe à le créer cardinal ; malade et âgé, Érasme décline.

  16. 12 juillet 1536
    Mort à Bâle

    Il expire en invoquant Dieu en néerlandais, sans avoir renié l'Église romaine.

Un enfant de la Devotio moderna

Érasme naît à Rotterdam le 28 octobre, très probablement en 1466, même si certains biographes retiennent 1469 : lui-même a entretenu le flou sur son âge, sans doute par gêne devant les circonstances de sa naissance[2]. Car il est un enfant illégitime : son père Gerard, citoyen de Gouda, et sa mère Margaretha[3]. Selon le récit d'Érasme lui-même, son père ne devint prêtre qu'après sa naissance ; Johan Huizinga juge au contraire probable qu'il l'était déjà au moment de la liaison dont naquit Érasme[4]. Cette tache originelle pèsera sur toute sa carrière ecclésiastique ; il devra plus tard obtenir des dispenses pontificales pour y échapper[5].

Ancienne école latine de Deventer, où la mémoire d'Érasme est associée à la tradition scolaire locale. Wikimedia Commons, PeHa, CC BY-SA 4.0.

Envoyé dès l'âge de neuf ans à l'école capitulaire Saint-Lebuin de Deventer, où enseignent des maîtres issus des Frères de la Vie commune, foyer de la Devotio moderna, ce mouvement de piété intérieure né aux Pays-Bas au XIVᵉ siècle[6], il y respire à la fois la spiritualité affective de l'Imitation de Jésus-Christ et le goût neuf des belles-lettres latines, transmis par le maître Alexander Hegius. Devenu orphelin — sa mère meurt quand il a treize ans, suivie de peu par son père —, il est placé par ses tuteurs à l'école de Bois-le-Duc, tenue par les Frères[7]. De cette double formation — dévotion du cœur et culture des humanités — sortira toute sa vocation : réconcilier la piété et le savoir.

Le chanoine de Steyn, prêtre « malgré lui »

Vers 1487, poussé par ses tuteurs et par la nécessité plus que par une vocation intérieure, Érasme entre au couvent des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Steyn, près de Gouda[8]. Il y prononce ses vœux et, en 1492, il est ordonné prêtre[9] : l'évêque de Cambrai, Hendrik van Bergen, fait bientôt de lui son secrétaire latin. Mais le cloître l'étouffe : il y goûte surtout la bibliothèque et la compagnie des auteurs anciens.

Toute sa vie, Érasme gardera la conviction que la sainteté ne se mesure pas à l'habit religieux. Il la résumera dans une formule fameuse de l'Enchiridion :

« L'état monastique n'est pas la piété. » — Érasme, Enchiridion militis christiani, 1503[10]

La phrase, souvent citée contre lui, ne condamne pas la vie religieuse en soi : elle refuse de la confondre avec la vertu, contre une dévotion tout extérieure. C'est déjà le programme de la « philosophie du Christ » : un christianisme du dedans.

Paris, l'Angleterre et la vocation de lettré

En 1495, Érasme gagne Paris pour y étudier la théologie au Collège de Montaigu, école austère et célèbre pour sa discipline. Il y découvre une scolastique tardive, formaliste et querelleuse, dont il gardera un souvenir cinglant et qu'il tournera plus tard en dérision[11]. Pour vivre, il devient précepteur — ce qui le conduit, en 1499, à faire son premier voyage en Angleterre.

Cette traversée change sa vie. À Oxford, il se lie avec John Colet, qui lui montre comment lire l'Écriture non plus en logicien mais en croyant ; et c'est au domaine de lord Mountjoy à Greenwich, lors d'une promenade jusqu'à Eltham (1499), qu'il rencontre Thomas More, l'humaniste laïc, futur martyr et saint, qui deviendra l'ami de toute sa vie[12]. C'est à Colet qu'Érasme doit sa grande conversion intellectuelle : passer de la littérature profane à la théologie des sources, celle de la Bible et des Pères, en langues originales. Entre 1511 et 1514, il enseignera d'ailleurs le grec et la théologie à Cambridge, appelé par le futur cardinal-martyr John Fisher[13].

L'œuvre : les armes d'un chrétien lettré

L'œuvre d'Érasme est colossale — la seule édition de ses œuvres complètes remplit des dizaines de volumes. Mais elle obéit à une seule visée : ramener la chrétienté à la simplicité de l'Évangile, en corrigeant les textes, en éduquant les esprits et en riant des travers du siècle.

L'Enchiridion et la « philosophie du Christ »

Dès 1503, l'Enchiridion militis christiani — le Manuel du soldat chrétien — expose le cœur de sa pensée[14]. Contre une religion réduite aux rites, aux pèlerinages et aux dévotions matérielles, Érasme propose une piété intérieure, nourrie de l'Écriture, tournée vers l'imitation du Christ. Il reprend et popularise pour la désigner une expression patristique qui traversera toute son œuvre : la philosophia Christi, la « philosophie du Christ »[15]. Non pas un système, mais une manière de vivre l'Évangile au quotidien, accessible au laïc comme au clerc.

Infographie originale Ignispedia créée par IA : les cinq piliers de la philosophie du Christ selon Érasme.

De cette philosophie découle son horreur de la guerre entre chrétiens. Dans un long développement ajouté aux Adages en 1515, puis dans la Querela Pacis (« Plainte de la Paix », 1517), il dénonce la guerre comme indigne de l'homme et plus encore du baptisé. Il en résume la folie dans un adage célèbre :

« Douce est la guerre à ceux qui ne l'ont pas connue. » — Érasme, Adages, Dulce bellum inexpertis, 1515[16]

La paix, pour Érasme, n'est pas une opinion politique : elle est le visage social de l'Évangile, le contraire même de l'esprit du monde.

L'Éloge de la Folie : rire pour réformer

En 1509, de retour d'Italie, Érasme compose en quelques jours, dans la maison de Thomas More à Londres, l'œuvre qui le rendra immortel : le Moriae Encomium, l'Éloge de la Folie, publié à Paris en 1511[17]. Le titre lui-même est un clin d'œil à son ami : Moria (la Folie, en grec) fait écho au nom de More. La Folie y prend la parole et, sous couvert de se louer elle-même, dresse une satire mordante de toute la société : princes, courtisans, marchands, mais surtout moines ignorants, théologiens ergoteurs et prélats fastueux.

Le succès est foudroyant : des dizaines d'éditions du vivant de l'auteur. La satire, cependant, n'est jamais une révolte : Érasme raille les abus pour appeler à la réforme, non pour renverser l'Église. C'est un rire de médecin, non de rebelle.

Le Novum Instrumentum : le premier Nouveau Testament grec publié

Le sommet de son œuvre savante paraît à Bâle, chez l'imprimeur Johann Froben, en mars 1516 : le Novum Instrumentum omne[18]. C'est la première édition publiée du texte grec du Nouveau Testament[19], accompagné d'une nouvelle traduction latine qui corrige la Vulgate sur des centaines de points, et d'un vaste appareil d'annotations philologiques. Érasme y applique la méthode humaniste — ad fontes, « aux sources » — au Livre le plus sacré de la chrétienté.

Page de titre du Novum Instrumentum omne d'Érasme, Bâle, 1516. Wikimedia Commons, domaine public.

L'entreprise est risquée : toucher au texte de la Vulgate, tenue pour intangible depuis mille ans, scandalise les théologiens conservateurs. Mais l'influence sera immense. Réédité et amélioré (1519, 1522, 1527, 1535), le texte grec d'Érasme deviendra la base du Textus Receptus, sur lequel s'appuieront la plupart des traductions bibliques des siècles suivants, y compris Luther en allemand et les premières bibles anglaises[20].

Or Érasme n'entend pas réserver ce trésor aux savants. Dans la préface intitulée Paraclesis (« Exhortation »), il lance un appel resté célèbre pour la lecture universelle de l'Écriture :

« Je voudrais que toutes les plus humbles femmes lisent l'Évangile, qu'elles lisent les épîtres de Paul. Et plût à Dieu que ces textes fussent traduits dans toutes les langues de tous les peuples… Que le laboureur en chante quelque passage en tenant le manche de sa charrue, que le tisserand en module quelques versets au rythme de sa navette, que le voyageur trompe par de tels récits l'ennui de la route. » — Érasme, Paraclesis, préface au Novum Instrumentum, 1516[21]

Infographie originale Ignispedia créée par IA : manuscrits grecs, texte imprimé, traduction latine, annotations et diffusion européenne.

Cette page, souvent invoquée plus tard par les réformateurs, reste d'inspiration parfaitement catholique : elle ne conteste pas l'autorité de l'Église, elle réclame que l'Écriture nourrisse la vie de tous les baptisés.

Les Pères de l'Église rendus à l'Europe

Infographie originale Ignispedia créée par IA : la méthode ad fontes d'Érasme, des langues originales à la piété.

Éditeur infatigable, Érasme consacre une part immense de son travail à la patristique. La même année 1516, il publie chez Froben une grande édition de saint Jérôme, le père qu'il admire entre tous — traducteur de la Vulgate et savant trilingue à son image[22]. Suivront des éditions de saint Cyprien, saint Hilaire, saint Irénée, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, Origène. C'est en grande partie à Érasme et à son cercle que l'Europe doit la redécouverte imprimée des Pères de l'Église — un patrimoine que la Réforme comme la Contre-Réforme exploiteront abondamment[23].

Les Colloques et l'éducation chrétienne

Enfin, Érasme est un immense pédagogue. Ses Colloques (1518 et rééditions augmentées), d'abord conçus comme exercices de latin, deviennent de petits dialogues satiriques et moraux d'une portée européenne[24]. Son traité De civilitate morum puerilium (1530), sur la politesse des enfants, sera l'un des premiers manuels de savoir-vivre du continent. Partout, la même conviction : on réforme l'Église en réformant d'abord les âmes, par les lettres et par la douceur.

Érasme et Luther : le duel du libre arbitre

Quand, en 1517, un moine augustin de Wittenberg nommé Martin Luther affiche ses thèses contre les indulgences, beaucoup crurent qu'Érasme et lui menaient le même combat. Les deux hommes dénonçaient les mêmes abus. Pendant plusieurs années, Érasme observa une prudente neutralité, refusant de condamner Luther tout en refusant de l'épouser :

« J'observe la neutralité la plus stricte possible, afin de faire progresser les lettres, qui recommencent à fleurir, par ma réserve plutôt que par la passion ou la violence. » — Érasme, lettre à Luther de 1519[25]

Mais la pression monta des deux côtés. Rome exigeait qu'il se prononçât ; les luthériens le pressaient de les rejoindre. En 1524, Érasme choisit son camp — et ce fut celui de l'Église.

De libero arbitrio (1524)

Infographie originale Ignispedia créée par IA : le débat Érasme-Luther sur la grâce, la liberté et la responsabilité.

Il attaque Luther sur le point où il le juge le plus dangereux : la liberté humaine. Dans sa Diatribe sur le libre arbitre (De libero arbitrio diatribe sive collatio), publiée à Bâle en septembre 1524, Érasme défend, contre la thèse luthérienne, que l'homme coopère à son salut par une volonté que la grâce éveille sans la détruire[26]. Il refuse d'enfermer Dieu dans une prédestination qui ferait de la responsabilité humaine une illusion. Le ton reste modéré, presque timide — Érasme se dit lui-même peu porté aux affirmations tranchées —, mais l'enjeu est capital : c'est toute la doctrine catholique de la grâce et de la liberté qui est en cause.

La réponse de Luther : De servo arbitrio

Luther répond en décembre 1525 par un traité d'une violence magnifique, le De servo arbitrio (Du serf-arbitre), qu'il tiendra pour l'un de ses meilleurs livres[27]. Pour lui, la volonté humaine, après le péché, est totalement esclave : elle ne peut rien pour son salut, que Dieu opère seul. Là où Érasme voit une coopération, Luther ne voit qu'une servitude. Le désaccord n'est pas d'humeur mais de fond : il touche la nature même de la Rédemption. La rupture entre les deux hommes est désormais définitive.

Le tableau suivant résume l'opposition doctrinale telle qu'elle ressort des deux traités :

QuestionÉrasme (De libero arbitrio, 1524)Luther (De servo arbitrio, 1525)
Rôle de la grâceÉveille et instruit une volonté encore libreSeule cause du salut, sans concours humain
Volonté humaine après le péchéBlessée mais capable de coopérerTotalement esclave du péché
Responsabilité de l'hommeRéelle : il peut consentir ou refuserSelon Luther, l'homme ne peut rien pour son salut, que Dieu opère seul ; Érasme objecte que cela vide la responsabilité humaine
Issue doctrinaleCoopération du libre arbitre définie à Trente[28]Fondement de la sola gratia protestante

L'Hyperaspistes et la rupture consommée

Érasme réplique encore, en deux temps, par l'Hyperaspistes (« le Défenseur », 1526-1527), maintenant sa position sans jamais renier l'Église[29]. L'histoire retiendra qu'en cet affrontement, c'est l'humaniste modéré qui défendit la foi catholique de la grâce et du libre arbitre — celle que le concile de Trente confirmera bientôt solennellement contre le protestantisme[30].

Un fils fidèle de l'Église

Le refus de la Réforme

Infographie originale Ignispedia créée par IA : corriger les abus, éduquer, pacifier et rester dans l'Église.

Le choix d'Érasme n'était pas d'opportunité. Malgré ses critiques acerbes du clergé, malgré les ponts qu'on lui prêtait avec la Réforme, il n'a jamais quitté l'Église romaine ni signé aucune confession protestante. Il voyait dans la révolte de Luther une menace de schisme et de guerre — deux maux qu'il abhorrait plus que tout. Sa devise pourrait être ce refus constant de la rupture : réformer sans déchirer.

De Bâle réformée à Fribourg catholique

L'épreuve devint concrète. Érasme s'était installé à Bâle, auprès de son ami Froben. Mais lorsque la ville bascula officiellement dans la Réforme en 1529, interdisant le culte catholique, Érasme ne s'y résigna pas : il quitta la cité pour s'établir à Fribourg-en-Brisgau, demeurée catholique et fidèle à l'Empereur[31]. Le geste est éloquent : le vieil humaniste préféra l'exil au reniement. Il ne reviendra à Bâle qu'en 1535, pour y mourir.

Le cardinalat refusé

Rome, loin de le condamner, chercha à l'honorer. En 1535, le pape Paul III, qui préparait la réforme catholique et le futur concile, songea sérieusement à créer Érasme cardinal ; on lui offrit d'abord un bénéfice lié à l'église de Deventer — offre qu'il laissa sans suite[32]. Mais Érasme, vieux et malade, sans goût pour la vie de cour, déclina l'honneur. Le fait, à lui seul, dit assez le jugement que la papauté portait alors sur lui : non un hérétique à réduire, mais un maître à récompenser.

Une mort catholique à Bâle

Érasme s'éteint à Bâle le 12 juillet 1536, entouré de ses amis. Selon son ami et biographe Beatus Rhenanus, ses dernières paroles furent dans sa langue maternelle : « Lieve God » — « Cher Dieu »[33] ; l'historien Philip Schaff rapporte, d'après les témoignages contemporains, qu'il répétait : « O Seigneur Jésus, aie pitié de moi ! »[34]. Ce fils fidèle de Rome fut inhumé avec grand faste dans la cathédrale de Bâle, le Münster, désormais temple protestant, où son tombeau se voit encore. Les récits contemporains de sa mort le montrent expirant en invoquant le Christ, sans qu'y soient consignés ni un prêtre appelé ni les derniers sacrements reçus[35] : dans une Bâle où le culte catholique était interdit depuis 1529[36], au terme d'une dysenterie foudroyante, cette absence s'explique sans supposer de rupture. Bien plus tard, Gonzalo Ponce de León affirmera (1595) qu'Érasme serait mort en catholique après avoir reçu les sacrements — témoignage isolé et tardif, signalé par S. Seidel Menchi[37], qui ne pèse pas lourd face aux récits contemporains. Ce fait, que Luther exploita après coup en le dépeignant comme mort « en épicurien, sans aucune consolation de Dieu »[38], ne prouve pourtant ni rupture ni apostasie — Érasme n'a jamais renié la foi romaine ni signé la moindre confession séparée.

Érasme fut-il un précurseur du protestantisme ?

C'est la question qui, depuis cinq siècles, poursuit son nom. On l'a résumée dans un mot resté célèbre.

« L'œuf que Luther a couvé »

Dès les années 1520, les franciscains hostiles à l'humanisme répandaient ce mot : Érasme aurait « pondu l'œuf que Luther a fait éclore ». Érasme lui-même le rapporte dans une lettre à Johannes Caesarius écrite de Bâle le 16 décembre 1524, et il y répond par cette réplique mordante :

« J'ai pondu un œuf de poule ; Luther en a fait éclore un oiseau tout différent. » — Érasme, lettre à Johannes Caesarius, Bâle, 16 décembre 1524[39]

Le trait dit l'essentiel. Oui, Érasme a critiqué les abus, réclamé le retour à l'Écriture, ridiculisé la superstition ; en ce sens, il a nourri l'esprit critique de son temps. Mais il n'a jamais voulu la rupture dogmatique : ni le rejet de la papauté, ni la négation du libre arbitre, ni la destruction des sacrements ou de la vie religieuse. Ce que Luther a fait éclore n'était pas dans son œuf.

La mise à l'Index posthume

Infographie originale Ignispedia créée par IA : la mémoire d'Érasme entre suspicion, Index et relecture nuancée.

La méfiance survécut pourtant à sa mort. Dans le sévère Index des livres interdits de Paul IV (1559), Érasme fut rangé parmi les auteurs de première classe, c'est-à-dire ceux dont l'œuvre entière était prohibée[40]. Mais ce jugement extrême ne dura pas : l'Index tridentin de 1564 (la liste romaine des livres interdits, révisée après le concile de Trente), promulgué par Pie IV dans l'esprit plus mesuré du concile, leva cette prohibition globale et passa à une censure ciblée : Érasme figure désormais en deuxième classe (sous la lettre « D », un renvoi subsistant en première classe sous « E ») ; restent prohibés en bloc les Colloques, la Moria (Éloge de la Folie), la Lingua, le Christiani matrimonii institutio, le De interdicto esu carnium et la Paraphrase de Matthieu traduite en italien par B. Tomitano ; seuls les autres ouvrages traitant de religion sont interdits jusqu'à expurgation par la faculté de théologie de Paris ou de Louvain, tandis que les Adages sont permis dans l'édition préparée par Paul Manuce[41]. L'Église distinguait ainsi ce qui, chez Érasme, était fécond de ce qui pouvait égarer.

Le jugement de l'Église et des historiens

La réception catholique d'Érasme, entre critiques et défenses de 1515 à 1536, a été étudiée par Erika Rummel[42].

Les historiens modernes confirment cette lecture nuancée. Moins un « précurseur » de la Réforme qu'un synthétiseur des multiples courants de pensée qui l'ont nourrie, Érasme diffusa des idées neuves sans jamais en tirer les conclusions révolutionnaires de Luther[43]. En Espagne, l'immense enquête de Marcel Bataillon a montré combien l'érasmisme nourrit d'abord une réforme catholique intérieure avant d'être étouffé par la suspicion inquisitoriale[44]. Érasme demeure ce qu'il a toujours voulu être : un catholique réformateur, ni schismatique ni courtisan, dont la fidélité fut plus grande que la prudence des censeurs.

Reste l'objection la plus grave : Érasme est mort à Bâle sans que les récits contemporains consignent un prêtre appelé ni les derniers sacrements — preuve, dit-on, qu'il avait rompu avec Rome. Mais, comme on l'a vu plus haut (« Une mort catholique à Bâle »)[45], une telle mort, au terme d'une dysenterie foudroyante dans une ville où le culte catholique était interdit, ne prouve ni rupture ni apostasie : Érasme n'a jamais renié la foi romaine ni signé la moindre confession séparée.

Postérité

L'érasmisme, une réforme sans schisme

Infographie originale Ignispedia créée par IA : l'érasmisme comme humanisme chrétien, pédagogique et pacifique.

L'héritage d'Érasme fut d'abord celui d'un christianisme lettré et pacifique, l'humanitas christiana : retour aux sources bibliques et patristiques, exigence morale, horreur de la guerre entre chrétiens, confiance dans l'éducation. Cet idéal irrigua des générations d'humanistes catholiques — de Thomas More à l'école biblique de la Contre-Réforme — et, par sa méthode philologique, toute la science moderne de l'Écriture. Ceux qui, aujourd'hui, ouvrent un Nouveau Testament grec sont, sans le savoir, les héritiers du travail commencé à Bâle en 1516.

Érasme aujourd'hui

Statue d'Érasme à Rotterdam, œuvre d'Hendrick de Keyser, photographie ancienne conservée par le Rijksmuseum. Wikimedia Commons, CC0.

Cinq siècles plus tard, son nom reste un symbole de dialogue et de culture — jusqu'à baptiser le grand programme européen d'échanges universitaires. Mais pour l'histoire de l'Église, il demeure surtout cette figure singulière : un prêtre catholique qui rêva d'une réforme par l'intelligence et la charité, qui vit son siècle se déchirer, et qui choisit, au moment décisif, de rester dans la barque de Pierre plutôt que de la quitter.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Le Nouveau Testament grec du cardinal Cisneros (Polyglotte complutensienne, vol. V) fut imprimé à Alcalá dès janvier 1514, mais ne reçut l'approbation pontificale qu'en 1520 et ne fut diffusé qu'ensuite (1520-1522) : l'édition d'Érasme (mars 1516) est donc la première à avoir été publiée. Voir Cambridge University Library, « The first polyglot Bible (part 2) » (impression commencée en janvier 1514, sanction de Léon X en mars 1520, diffusion en 1521-1522) ; BYU Religious Studies Center, « The Greek New Testament Text of the King James Version » (imprimée en 1514, sanctionnée en 1520, diffusée en 1522) ; Christie's, notice du Novum Instrumentum omne : « First published edition of the New Testament in Greek ».

    1 19
  2. Sur la date et le lieu de naissance : Catholic Encyclopedia, article « Desiderius Erasmus », New York, Robert Appleton Company, 1909 (newadvent.org) — « né à Rotterdam, le 28 octobre, probablement en 1466 ». Sur le flottement entre 1466 et 1469, voir Cornelis Augustijn, Erasmus: His Life, Works, and Influence, trad. J. C. Grayson, University of Toronto Press, 1991.

    2
  3. Catholic Encyclopedia, ibid. : « l'enfant illégitime de Gerard, citoyen de Gouda, et de Margaretha Rogers » ; « Eventually his father became a priest ». Voir aussi Johan Huizinga, Erasmus, trad. angl. F. Hopman, New York, Charles Scribner's Sons, 1924, ch. I.

    3
  4. Huizinga, op. cit., ch. I : le père d'Érasme était selon lui très probablement déjà prêtre au moment de la liaison dont naquit Érasme (« In all probability his father was already a priest at the time of the relationship to which he owed his life »).

    4
  5. Dispensé par Jules II (1506), puis définitivement en janvier 1517 : par deux lettres portant la signature de Sadolet, Léon X releva Érasme de l'obligation de l'habit, l'autorisa à vivre dans le monde et à tenir des bénéfices malgré l'irrégularité de sa naissance : Huizinga, op. cit., ch. XII.

    5
  6. Catholic Encyclopedia, ibid. : envoyé à neuf ans à l'école de Deventer, où enseignait l'humaniste Hegius. L'école relevait des chanoines de Saint-Lebuin, dont certains maîtres étaient issus des Frères de la Vie commune : P. S. Allen, The Age of Erasmus, 1914, ch. II-III. Sur les Frères de la Vie commune et la Devotio moderna : R. R. Post, The Modern Devotion: Confrontation with Reformation and Humanism, Leiden, Brill, 1968.

    6
  7. Après la mort de sa mère (il avait treize ans), puis de son père, Érasme est placé par ses tuteurs à l'école de Bois-le-Duc (Hertogenbosch), tenue par les Frères : Catholic Encyclopedia, ibid. (« two lost years », école monastique d'Hertogenbosch) ; Huizinga, op. cit., ch. II.

    7
  8. Catholic Encyclopedia, ibid. : entré vers 1486-1487, sous la contrainte des tuteurs, au monastère de chanoines réguliers près de Gouda (Steyn), sans vraie vocation, ce qu'il qualifiera plus tard de « plus grand malheur de sa vie ». Augustijn, op. cit.

    8
  9. Sur l'ordination (1492), deux traditions sérieuses divergent sur l'ordinant : la Catholic Encyclopedia (ibid. : « he also ordained him priest in 1492 », soit l'évêque de Cambrai Hendrik van Bergen) et le New Catholic Dictionary (1910 : « ordained, 1492, by the Bishop of Cambrai ») l'attribuent à Hendrik van Bergen, évêque de Cambrai, dont Érasme devint le secrétaire latin ; Johan Huizinga (Erasmus, trad. angl. F. Hopman, New York, Charles Scribner's Sons, 1924, ch. II : « ordained on 25 April 1492, by the Bishop of Utrecht, David of Burgundy ») et James D. Tracy (Erasmus of the Low Countries, Berkeley, University of California Press, 1996, ch. 2 : « ordained a priest (25 April 1492) by David of Burgundy, bishop of Utrecht ») la placent à Utrecht, par David de Bourgogne, qui l'autorisa à servir comme secrétaire latin de van Bergen. Les deux traditions s'accordent sur l'année 1492 et sur l'entrée au service de Cambrai ; seul l'ordinant diverge.

    9
  10. Érasme, Enchiridion militis christiani, Anvers, 1503 : « Monachatus non est pietas » (« l'état monastique n'est pas la piété »), formule placée vers la fin du traité — voir la Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. « Desiderius Erasmus » (« In a notorious phrase, he declared: Monachatus non est pietas », avec trad. anglaise dans Collected Works of Erasmus, vol. 66, p. 127). Édition critique de référence : ASD V-8 (Ordinis quinti tomus octavus : Enchiridion, Exomologesis, éd. J. Domański, J.-P. Massaut, A. Godin, Leyde, Brill, 2016).

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  11. Catholic Encyclopedia, ibid. ; sur le Collège de Montaigu et la satire érasmienne de la scolastique, voir Augustijn, op. cit.

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  12. Catholic Encyclopedia, ibid. : lors de son séjour de 1498-1499, « il fit à Oxford la connaissance de Colet, de Thomas More, de Latimer et d'autres ». Sur la rencontre de More au domaine de lord Mountjoy à Greenwich, avec la promenade à Eltham (1499) : Huizinga, op. cit., ch. IV (« First stay in England », éd. Scribner's Sons, New York, 1924, p. 37) ; Colet, lui, est rencontré à Oxford.

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  13. Érasme enseigna le grec et la théologie à l'université de Cambridge de 1511 à 1514, appelé par John Fisher, chancelier de l'université et futur martyr. Voir Augustijn, op. cit.

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  14. Érasme, Enchiridion militis christiani, 1503 (composé vers 1501). Traduction française : Le Manuel du soldat chrétien. Voir Léon-E. Halkin, Érasme parmi nous, Paris, Fayard, 1987, ch. IV.

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  15. L'expression philosophia Christi, d'origine patristique, est au cœur de la Paraclesis (1516) et de l'Enchiridion, qu'Érasme reprend et popularise : Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. « Desiderius Erasmus » (« The term philosophia Christi … first appears in patristic writings »). Analyse : Jean-Claude Margolin, Érasme, précepteur de l'Europe, Paris, Julliard, 1995 ; Halkin, Érasme parmi nous, op. cit.

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  16. Érasme, adage Dulce bellum inexpertis (« Douce est la guerre à ceux qui ne l'ont pas connue »), long essai anti-guerre ajouté à l'édition de 1515 des Adagia (Bâle, Froben), et Querela Pacis undique gentium eiectae profligataeque (« Plainte de la Paix »), Bâle, Froben, 1517. L'expression est un calque d'un vers grec de Pindare. Voir Jean-Claude Margolin (éd.), Guerre et paix dans la pensée d'Érasme, Paris, Aubier-Montaigne, 1973.

    16
  17. Érasme, Moriae Encomium (Stultitiae Laus, Éloge de la Folie), composé en 1509 chez Thomas More à Londres, publié à Paris en 1511. Le titre grec Moria joue sur le nom de More. Édition critique : ASD IV-3, éd. Clarence H. Miller, Amsterdam, 1979.

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  18. Érasme de Rotterdam, Novum Instrumentum omne, Bâle, Johann Froben, mars 1516. Première édition publiée (imprimée et diffusée) du Nouveau Testament en grec, avec traduction latine révisée et annotations. Exemplaire de 1516 numérisé : Bayerische Staatsbibliothek (notice bsb11059002), exemplaire de la Staatliche Bibliothek Regensburg, cote 999/2Script.238 ; autre exemplaire à Bâle (e-rara, BibG B 3). Contexte philologique : Erika Rummel, Erasmus' Annotations on the New Testament, University of Toronto Press, 1986.

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  19. Le texte grec d'Érasme, réédité en 1519, 1522, 1527 et 1535, servit de base aux éditions d'Estienne et de Bèze, puis au Textus Receptus des Elzevier (1633), fondement des traductions bibliques protestantes classiques. Voir Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration, 4ᵉ éd., Oxford University Press, 2005, p. 137-152.

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  20. Érasme, Paraclesis ad lectorem pium, préface au Novum Instrumentum omne, Bâle, Froben, 1516. Latin collationné d'après Desiderius Erasmus Roterodamus : Ausgewählte Werke, éd. H. Holborn et A. Holborn, Munich, Beck, 1933, p. 142 (cité par H. J. de Jonge, « Erasmus's Translation of the New Testament: Aim and Method », 2016) : « Atque utinam haec in omnes omnium linguas essent transfusa […] Optarim, ut omnes mulierculae legant evangelium, legant Paulinas epistolas. […] Utinam hinc ad stivam aliquid decantet agricola, hinc nonnihil ad radios suos moduletur textor, huiusmodi fabulis itineris taedium levet viator. » Traduction anglaise annotée dans Collected Works of Erasmus, vol. 41 (The New Testament Scholarship of Erasmus, dir. Robert D. Sider, University of Toronto Press).

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  21. Érasme (éd.), Hieronymi Opera omnia, Bâle, Froben, 1516 (9 vol.), en collaboration avec les frères Amerbach. Sur l'admiration d'Érasme pour saint Jérôme, son modèle de savant chrétien trilingue : Hilmar M. Pabel, Herculean Labours: Erasmus and the Editing of St. Jerome's Letters, Leiden, Brill, 2008.

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  22. Sur l'œuvre patristique d'Érasme (Cyprien 1520, Hilaire 1523, Irénée 1526, Ambroise 1527, Augustin 1528-1529, Chrysostome, Origène 1536) : Jan den Boeft, « Erasmus and the Church Fathers », dans The Reception of the Church Fathers in the West, éd. Irena Backus, Leiden, Brill, 1997, t. II, p. 537-572.

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  23. Érasme, Familiarium colloquiorum formulae, première édition 1518, sans cesse augmentée jusqu'en 1533. Édition critique : ASD I-3, éd. L.-E. Halkin, F. Bierlaire, R. Hoven, Amsterdam, 1972.

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  24. Lettre d'Érasme à Luther, Louvain, 30 mai 1519 (Ep. 980) : « Ego me, quoad licet, integrum servo, quo magis prosim bonis literis reflorescentibus. Et mihi videtur plus profici civili modestia quam impetu. » (« J'observe la neutralité la plus stricte possible, afin de faire progresser les lettres, qui recommencent à fleurir, par ma réserve plutôt que par la passion ou la violence. » — trad. de la Catholic Encyclopedia, op. cit.). Sur cette phase d'attente prudente : Augustijn, op. cit.

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  25. Érasme de Rotterdam, De libero arbitrio diatribe sive collatio, Bâle, Froben, septembre 1524. Texte français dans Martin Luther, Du serf arbitre, suivi de Érasme, Diatribe : Du libre arbitre, trad. G. Lagarrigue, Paris, Gallimard, Folio essais, 2001.

    26
  26. Martin Luther, De servo arbitrio, Wittenberg, décembre 1525. Luther la tenait pour l'une de ses meilleures œuvres (lettre à Wolfgang Capito, 1537). Édition : D. Martin Luthers Werke, Weimarer Ausgabe (WA), t. 18, p. 600-787.

    27
  27. Concile de Trente, VIᵉ session, décret sur la justification, 13 janvier 1547, canons 4-5 et 9, condamnant la négation de toute coopération de la volonté à la grâce (Denzinger-Hünermann, n° 1554-1555, 1559). Voir Le concile de Trente.

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  28. Érasme de Rotterdam, Hyperaspistes diatribae adversus servum arbitrium Martini Lutheri, en deux livres, Bâle, Froben, 1526 et 1527. Voir Rummel, Erasmus and His Catholic Critics, Nieuwkoop, De Graaf, 1989.

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  29. Après le triomphe de la Réforme à Bâle et l'interdiction du culte catholique (1529), Érasme se retira à Fribourg-en-Brisgau, ville catholique de l'Autriche antérieure, où il demeura jusqu'en 1535. Augustijn, op. cit.

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  30. En 1535, le pape Paul III envisagea de créer Érasme cardinal ; malade et âgé, Érasme déclina en invoquant son âge et sa santé (Catholic Encyclopedia, op. cit. : « Paul III even wanted to make him a cardinal, but Erasmus declined the honour, alleging his age and ill-health »). Un bénéfice lié à l'église de Deventer lui fut offert, qu'il refusa (Huizinga, op. cit., ch. XX : « a considerable benefice connected with the church of Deventer was already offered him » ; Encyclopaedia Britannica, 1911, art. « Desiderius Erasmus » : « nomination to the deanery of Deventer », déclinée). Voir aussi la Correspondence of Erasmus, Collected Works of Erasmus, University of Toronto Press.

    32
  31. Catholic Encyclopedia, op. cit. : Érasme mourut à Bâle le 12 juillet 1536. Ses dernières paroles, en néerlandais — « Lieve God » (« Cher Dieu ») —, sont rapportées par les témoins de sa mort, notamment dans la relation de Beatus Rhenanus. Huizinga, op. cit., ch. XX.

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  32. Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII (Modern Christianity: The Swiss Reformation), New York, Charles Scribner's Sons, 1892, § 32 (« The Reformation in Basel. Oecolampadius » ; récit de la mort d'Érasme ; texte consulté sur ccel.org) : « He returned to Basel in August, 1535, and died in his seventieth year, July 12, 1536, without priest or sacrament, but invoking the mercy of Christ, repeating again and again, “O Lord Jesus, have mercy on me!” He was buried in the Minster of Basel. »

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  33. Érasme fut inhumé dans la cathédrale (Münster) de Bâle, devenue protestante ; son épitaphe et sa dalle s'y voient encore. Les récits contemporains (relation de Beatus Rhenanus ; résumé de Schaff, op. cit., vol. VIII, § 32) le montrent mourant en invoquant le Christ, sans qu'y soient consignés ni un prêtre appelé ni les derniers sacrements reçus.

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  34. Témoignage tardif de Gonzalo Ponce de León (1595), selon lequel Érasme serait mort en catholique après avoir reçu les sacrements ; signalé par S. Seidel Menchi, Erasmus of Rotterdam Society Yearbook 20, 2000, p. 19-33.

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  35. Martin Luther, Propos de table (Table Talk), trad. angl. William Hazlitt, Londres, 1848 : « he only looked to himself, to have good and easy days, and so died like an epicurean, without any one comfort of God. […] I hold Erasmus of Rotterdam to be Christ's most bitter enemy. »

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  36. Lettre d'Érasme à Johannes Caesarius, Bâle, 16 décembre 1524 (Allen, Opus epistolarum Des. Erasmi Roterodami, Ep. 1528) : « Ego peperi ovum, Lutherus exclusit… Ego posui ovum gallinaceum, Lutherus exclusit pullum longe dissimillimum. » (« J'ai pondu un œuf, Luther l'a fait éclore… J'ai pondu un œuf de poule, Luther en a fait éclore un poussin tout différent. ») — Érasme y attribue le mot aux franciscains. Cité d'après Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VII, § 71 (« Op. III. 840 »).

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  37. Index librorum prohibitorum du pape Paul IV, Rome, 1559, qui classa Érasme parmi les auctores primae classis, dont toutes les œuvres étaient prohibées. Sur le mécanisme (première classe = prohibition de l'œuvre entière d'un auteur) : Francis S. Betten, The Roman Index of Forbidden Books, 1909, § 4 ; Catholic Encyclopedia, art. « Censorship of Books ». Collation des notices : J. M. Martínez de Bujanda (éd., avec R. Davignon et E. Stanek), Index de Rome, 1557, 1559, 1564 : Les premiers index romains et l'index du Concile de Trente, Sherbrooke, Éd. de l'Université de Sherbrooke / Genève, Droz, 1990, 1037 p. (Index de 1559 : p. 429-433, 760-761).

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  38. Source primaire : Index librorum prohibitorum, cum regulis confectis per patres a Tridentina Synodo delectos, Rome, Paulus Manutius, 1564, promulgué par la constitution Dominici gregis custodiae de Pie IV (24 mars 1564). Sur le régime appliqué à ses œuvres — Colloques mis à l'index en bloc avec la Moria et quelques autres ouvrages, le reste caute legenda après expurgation : Huizinga, op. cit., ch. XVIII (« the Colloquies were later […] placed on the index in the lump, with the Moria and a few other works. The rest is caute legenda »). Voir Betten, op. cit. ; Catholic Encyclopedia, art. « Censorship of Books ». Collation des notices œuvre par œuvre : Martínez de Bujanda, Index de Rome, 1557, 1559, 1564, Sherbrooke / Genève, Droz, 1990 (Index de 1564 : p. 429-433, 445, 833-834, 836).

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  39. Erika Rummel, « Voices of Reform from Hus to Erasmus », in Handbook of European History 1400-1600, t. 2 (éd. T. A. Brady, H. A. Oberman, J. D. Tracy), Leyde, Brill, 1995 : « Erasmus' role in the dissemination of ideas is therefore less that of a forerunner of the Reformation than that of a synthesizer of many of the currents of thought that fed into the Reformation. » (« Son rôle dans la diffusion des idées fut moins celui d'un précurseur de la Réforme que celui d'un synthétiseur des multiples courants de pensée qui l'ont nourrie. »)

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  40. Marcel Bataillon, Érasme et l'Espagne. Recherches sur l'histoire spirituelle du XVIᵉ siècle, nouvelle édition en trois volumes, texte établi par D. Devoto, éd. Ch. Amiel, Genève, Droz, 1991, Travaux d'Humanisme et Renaissance 250 (1ʳᵉ éd. 1937). Étude fondatrice sur la diffusion et l'étouffement de l'érasmisme catholique dans l'Espagne du XVIᵉ siècle (thèse générale de l'ouvrage, cité ici en entier).

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