Saint John Fisher (1469-1535)

Saint John Fisher, évêque de Rochester et plus grand théologien de l'Angleterre, fut le seul évêque du royaume à refuser de reconnaître Henri VIII comme chef de l'Église. Défenseur du mariage de Catherine d'Aragon « comme un second Jean-Baptiste », fait cardinal dans sa prison par Paul III, il fut décapité le 22 juin 1535 et canonisé par Pie XI en 1935 avec Thomas More.

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Saint John Fisher (Beverley, vers 1469 – 1535) est l'une des plus hautes figures de l'Angleterre catholique : à la fois le théologien le plus savant de son pays, un évêque pauvre et résident au temps où tant de prélats vivaient à la cour, et le seul évêque d'Angleterre à refuser de reconnaître Henri VIII comme chef suprême de l'Église. Chancelier de l'université de Cambridge, ami d'Érasme, bâtisseur de collèges, il fut aussi le rempart intellectuel de la foi catholique face à Luther.

Lorsque Henri VIII voulut faire annuler son mariage et se proclamer chef de l'Église d'Angleterre, Fisher défendit publiquement la validité du mariage de la reine Catherine d'Aragon et déclara, « comme saint Jean-Baptiste », qu'il était prêt à mourir pour l'indissolubilité du mariage.[1][2] Emprisonné à la Tour de Londres, il y reçut du pape Paul III le chapeau de cardinal — ce qui provoqua la réplique furieuse du roi : il n'aurait bientôt « plus de tête sur laquelle le poser ».[3]

Décapité à Tower Hill le 22 juin 1535, deux semaines avant son ami Thomas More, John Fisher fut béatifié par Léon XIII en 1886 et canonisé par Pie XI en 1935, lors du quatrième centenaire de son martyre. L'Église célèbre les deux saints le 22 juin : le chancelier laïc et l'évêque, unis dans la même fidélité à Rome et à la conscience.[4]

Un savant dans l'Angleterre des Tudors

Naissance et famille (vers 1469)

John Fisher naît à Beverley, dans le Yorkshire, vers octobre 1469.[5][6] Son père, Robert Fisher, est un mercier (marchand de tissus) de la petite ville ; il meurt alors que John est encore enfant, et sa mère Agnès se remarie. De ce milieu de commerce modeste sortiront, par les deux unions, plusieurs enfants — dont une demi-sœur, Elizabeth White, moniale dominicaine du prieuré de Dartford, pour qui Fisher écrira plus tard ses traités spirituels.[7]

Beverley Minster, dans la ville natale de Fisher — Rensi, Domaine public ; Wikimedia Commons. Version réduite, sans recadrage.

La date de naissance n'est pas absolument certaine : l'ancienne Catholic Encyclopedia hésitait encore entre 1459 et 1469, et certains récits contemporains lui donnent 77 ans à sa mort, ce qui supposerait 1459.[8] La datation moderne dominante retient 1469 — il serait donc mort à 65 ans. La divergence vient des sources elles-mêmes et mérite d'être signalée plutôt que masquée.

Cambridge : du collège au sacerdoce

Vers 1482-1484, le jeune Fisher entre à Michaelhouse, l'un des collèges de Cambridge.[9][10] Il y suit un cursus brillant : bachelier ès arts en 1487, maître ès arts en 1491, élu fellow de son collège la même année. Le 17 décembre 1491, il est ordonné prêtre par Thomas Rotherham, archevêque d'York, avec une dispense pontificale car il n'a pas encore l'âge canonique requis.[11][12]

Sa carrière universitaire est ensuite rapide : maître de Michaelhouse vers 1494, docteur en théologie en 1501, puis vice-chancelier de l'université la même année.[13] À trente ans, Fisher est déjà l'un des hommes les plus respectés de Cambridge — non pour son ambition, mais pour sa science et sa rigueur de vie.

Le bâtisseur de Cambridge et l'ami des humanistes

Lady Margaret Beaufort et la fondation des collèges

En 1497, Fisher devient le confesseur et conseiller spirituel de Lady Margaret Beaufort, comtesse de Richmond, mère du roi Henri VII.[14][15] Cette rencontre est décisive pour l'histoire de Cambridge. Sous la direction de Fisher, la pieuse et riche comtesse consacre sa fortune à l'Église et à l'enseignement : elle fonde les chaires « Lady Margaret » de théologie à Oxford et à Cambridge — Fisher étant le premier titulaire de la chaire de Cambridge — puis surtout les deux grands collèges Christ's College et St John's College.[16][17]

St John’s College, Cambridge, 1902 — Godfrey Bingley, Victoria and Albert Museum, Domaine public ; Wikimedia Commons. Version réduite, sans recadrage.

À la mort de Lady Margaret et d'Henri VII, tous deux en 1509, Fisher prononce leurs oraisons funèbres, qui nous sont parvenues : elles comptent parmi les plus beaux exemples de la prédication anglaise de la Renaissance.[18] Élu chancelier de l'université de Cambridge dès 1504, réélu chaque année puis nommé chancelier à vie vers 1514, il met tout son crédit au service du renouveau des études.[19][20]

Érasme, le grec et l'hébreu

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Fisher est un humaniste chrétien au sens le plus exigeant : convaincu que la réforme de l'Église passe par le retour aux sources, il apprend le grec et l'hébreu déjà âgé, pour lire l'Écriture et les Pères dans leurs langues originales.[21][22] Il attire à Cambridge Érasme de Rotterdam, le prince des humanistes, et le protège : c'est, dit la tradition, « à la protection de Fisher que l'on doit que l'étude du grec ait pu se poursuivre à Cambridge ».[23]

Érasme, qui n'était pas prodigue d'éloges, tenait Fisher pour le plus savant et le plus saint des prélats de son pays — admiration que confirme leur correspondance.[24] Mais à la différence d'Érasme, qui resta toute sa vie un homme de la plume prudente, Fisher engagera sa science, puis sa vie, dans le combat le plus risqué de son temps.

L'évêque de Rochester (1504)

Le siège le plus pauvre d'Angleterre

Le 14 octobre 1504, sur l'insistance d'Henri VII, Fisher est nommé évêque de Rochester.[25][26] C'est, en termes de prestige et de revenus, le diocèse le plus pauvre d'Angleterre — environ 300 livres de revenu annuel, une misère pour un évêché. La plupart des prélats ambitieux n'y voyaient qu'un marchepied vers un siège plus riche.

La cathédrale de Rochester — Raggatt2000, Domaine public ; Wikimedia Commons. Version réduite, sans recadrage.

Fisher, lui, y restera trente et un ans, jusqu'à sa mort, refusant les sièges plus prestigieux de Lincoln ou d'Ely qu'on lui proposa.[27][28] Il aimait à dire qu'il ne quitterait pas son humble diocèse comme on n'abandonne pas une épouse :

« Je ne quitterais pas ma pauvre vieille épouse de Rochester pour la plus riche veuve du royaume. » — Mot attribué à saint John Fisher, fidèle à son diocèse comme à un mariage.[29]

Un évêque résident et pasteur

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À une époque où beaucoup d'évêques étaient surtout des courtisans ou des administrateurs absents, Fisher fut un pasteur réellement présent : il résidait dans son diocèse, visitait ses paroisses, tint un synode en 1515, prêchait lui-même, et soignait personnellement les pauvres et les malades.[30] Sa réputation de prédicateur était immense — au point que sa parole, plus que son siège modeste, lui valut son autorité morale dans toute l'Angleterre.

Cette cohérence entre la doctrine enseignée et la vie menée explique l'ascendant qu'il exerça, et la stupeur qui saisit le royaume lorsqu'on le vit, vieil évêque pauvre, résister seul au roi tout-puissant.

Le théologien, rempart de la foi face à Luther

Le prédicateur de 1521 contre Luther

Lorsque la Réforme protestante se répand, Fisher devient le principal théologien catholique d'Angleterre face à elle. Le 12 mai 1521, à la croix de Saint-Paul (St Paul's Cross) à Londres, le jour où les livres de Luther sont publiquement brûlés, il prononce un grand sermon contre Luther — l'un des premiers textes anglais de réfutation de la Réforme.[31][32]

Les grandes œuvres latines

Fisher engage ensuite toute sa science théologique dans une série d'ouvrages latins qui le rendent célèbre dans toute l'Europe savante. Le tableau ci-dessous récapitule ses œuvres polémiques majeures et leur cible précise :

Œuvre (titre latin)AnnéeAdversaire / enjeu
Assertionis Lutheranae Confutatio1523Réfutation des 41 articles de Luther condamnés par la bulle Exsurge Domine
Defensio Regiae Assertionis contra Babylonicam Captivitatem1525Défense de l'Assertio d'Henri VIII contre le De Captivitate Babylonica de Luther
De Veritate Corporis et Sanguinis Christi in Eucharistia1527Réfutation d'Œcolampade ; défense de la présence réelle
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Le plus important, l'Assertionis Lutheranae Confutatio (1523), est une réfutation systématique des articles condamnés à Luther : il y défend l'autorité de l'Église, la valeur des sacrements et la Tradition.[33][34] Fisher aida aussi Henri VIII à composer ou à défendre l'Assertio septem sacramentorum, l'ouvrage royal contre Luther qui valut au roi le titre pontifical de « Défenseur de la foi » (Fidei Defensor) — ironie de l'histoire, ce même roi conduira plus tard Fisher à l'échafaud.

La présence réelle contre Œcolampade

En 1527, Fisher publie De Veritate Corporis et Sanguinis Christi in Eucharistia, adversus Johannem Oecolampadium — contre le réformateur Œcolampade, qui niait la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie.[35][36][37] L'ouvrage, d'une grande érudition patristique, fut considéré comme l'une des meilleures défenses catholiques de l'Eucharistie de tout le XVIᵉ siècle. Fisher y montre que la foi en la présence réelle est celle de l'Église depuis les origines, attestée par les Pères grecs et latins.

C'est ce même évêque, théologien reconnu de l'Eucharistie et de l'Église, qui sera bientôt sommé de renier l'autorité du Siège apostolique. Sa résistance ne sera pas un coup de tête, mais la conséquence logique de toute son œuvre.

Le défenseur du mariage du roi

« La grande affaire du roi »

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À partir de la fin des années 1520, l'Angleterre est bouleversée par ce que l'on appelle « la grande affaire du roi » (the King's great matter) : Henri VIII veut faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, qui ne lui a pas donné d'héritier mâle, pour épouser Anne Boleyn. Le pape Clément VII, sous la pression de l'empereur Charles Quint (neveu de Catherine), refuse de prononcer la nullité.

Fisher devient le principal défenseur de la reine et de la validité de son mariage.[38][39] Devant le tribunal légatin de Blackfriars, en 1529, il prend la parole avec une franchise qui stupéfie l'assistance : il déclare qu'à l'exemple de saint Jean-Baptiste, mort pour avoir défendu la sainteté du mariage devant un roi, il est lui-même prêt à donner sa vie pour l'indissolubilité du lien conjugal.[40][41]

« Comme saint Jean-Baptiste, il était prêt à mourir pour l'indissolubilité du mariage. » — Position de Fisher devant les légats, en 1529, rapportée par ses biographes.[42]

Cette comparaison avec le Précurseur — qui sera reprise par Pie XI dans son homélie de canonisation — n'était pas une figure de rhétorique : elle annonçait, presque mot pour mot, le destin de Fisher.[43]

Le refus de la suprématie

L'affaire de la Sainte Nonne de Kent

Avant même le serment, le roi cherche à briser Fisher. En mars 1534, l'évêque est compromis dans l'affaire d'Elizabeth Barton, la « Sainte Nonne de Kent », une religieuse aux prétendues révélations hostiles au divorce royal. Visé par un bill of attainder (acte de proscription parlementaire), Fisher n'échappe à la condamnation qu'au prix d'une lourde amende.[44][45] L'avertissement est clair, mais il ne fléchit pas.

Seul évêque d'Angleterre à refuser

Bell Tower, Tour de Londres — Dirk Ingo Franke, CC BY-SA 3.0 ; Wikimedia Commons. Version réduite, sans recadrage.

En 1534, le Parlement vote l'Acte de Succession, puis l'Acte de Suprématie, qui fait du roi « l'unique chef suprême sur terre de l'Église d'Angleterre ». Tous les sujets de marque doivent prêter serment. Presque tout l'épiscopat anglais, par peur ou par calcul, se soumet. Fisher, lui, refuse — il est, fait unique, le seul évêque d'Angleterre à ne pas prêter le serment de suprématie.[46][47]

La Tour de Londres

Le 26 avril 1534, Fisher est arrêté et enfermé à la Tour de Londres.[48][49] Il y restera quatorze mois, dans des conditions de plus en plus dures : vieux, malade, privé de livres et de chauffage, il continue d'écrire à la dérobée des traités de consolation spirituelle. Un second attainder, en novembre 1534, le condamne pour misprision of treason (non-révélation de trahison) à la perte de ses biens.[50]

Le cardinal sans tête

Le chapeau de Paul III

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Le 20 mai 1535, dans l'espoir d'amener Henri VIII à adoucir le sort du prisonnier, le pape Paul III crée Fisher cardinal-prêtre de San Vitale (Saint-Vital).[51][52][53] Le calcul se retourne tragiquement : loin d'apaiser le roi, l'honneur romain le rend furieux. Henri VIII voit dans cette nomination une ingérence du pape et une provocation.

La réplique d'Henri VIII

La réaction du roi est restée célèbre. D'après Richard Hall, biographe de Fisher au XVIᵉ siècle, Henri VIII aurait déclaré :

« Soit, que le pape lui envoie un chapeau quand il voudra ; mais je ferai en sorte que, le moment venu, il le porte sur les épaules — car de tête, il n'en aura plus pour le poser. » — Henri VIII, selon le biographe Richard Hall.[54]

L'ambassadeur impérial Eustace Chapuys rapporte une variante voisine : le roi « enverrait la tête à Rome pour le chapeau de cardinal ».[55] Les deux versions, issues de deux témoins distincts du XVIᵉ siècle, disent la même chose : la pourpre cardinalice de Fisher venait de sceller son arrêt de mort.

Le procès et le martyre

Le procès du 17 juin 1535 — le parjure de Richard Rich

Fisher est jugé pour haute trahison le 17 juin 1535 à Westminster Hall, pour avoir nié que le roi soit chef suprême de l'Église d'Angleterre.[56][57] L'unique preuve retenue est le témoignage de Richard Rich, solliciteur général, venu à la Tour sous prétexte de recueillir « en confidence » l'avis personnel du prisonnier. Rich rapporta que Fisher lui avait dit que le roi « n'était pas, et ne pouvait pas être, par la loi de Dieu, chef suprême sur terre de l'Église d'Angleterre ».[58] Le même Richard Rich servira, treize jours plus tard, à faire condamner Thomas More par un parjure semblable.

La peine — pendaison, éviscération et écartèlement à Tyburn — est commuée par le roi en simple décapitation, à exécuter avant le 23 juin, veille de la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste — ce même Précurseur dont Fisher avait dit vouloir imiter le martyre.[59]

Au seuil de la mort : « Voici la vie éternelle »

Le matin de son exécution, conduit hors de la Tour, Fisher ouvrit son Nouveau Testament au hasard. Ses yeux tombèrent sur ces mots de l'Évangile de saint Jean :

« Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » — Évangile selon saint Jean, 17, 3, lu par Fisher au seuil de la mort.[60]

Il referma le livre en disant : « En voici assez de science pour moi jusqu'à la fin de ma vie. »[61][62] Pour son dernier jour, il revêtit des habits blancs et propres plutôt que son cilice habituel, disant que c'était là le jour de ses noces.[63]

L'échafaud (22 juin 1535)

Le 22 juin 1535, John Fisher est conduit à l'échafaud de Tower Hill. Vieillard décharné par la maladie et la prison, il monte à la mort avec une sérénité qui frappe tous les témoins. S'adressant à la foule, il déclare :

« Peuple chrétien, je suis venu ici pour mourir pour la foi de la sainte Église catholique du Christ. […] Je supplie Dieu tout-puissant, dans son infinie bonté, de sauver le roi et ce royaume. » — Saint John Fisher, sur l'échafaud, 22 juin 1535.[64]

Plaque commémorative de Tower Hill — Mariordo (Mario Roberto Duran Ortiz), CC BY-SA 3.0 ; Wikimedia Commons. Version réduite, sans recadrage.

Il récita le Te Deum d'action de grâce et le psaume In te, Domine, speravi (« En toi, Seigneur, j'ai espéré »), puis tendit la tête au bourreau.[65][66] La Catholic Encyclopedia résume : « Il affronta la mort avec un courage calme et digne qui impressionna profondément tous les présents. »[67]

Le sort du corps

L'acharnement se poursuivit après la mort. Le corps de Fisher, dépouillé, resta exposé sur l'échafaud jusqu'au soir, puis fut jeté nu dans une fosse du cimetière d'All Hallows Barking, sans cercueil ni rite.[68][69] Quinze jours plus tard, il fut transféré près de Thomas More dans la chapelle St Peter ad Vincula, à l'intérieur de la Tour. Sa tête, exposée sur une pique au pont de Londres, y resta une quinzaine de jours avant d'être jetée dans la Tamise pour faire place à celle de More.[70][71]

La spiritualité de saint John Fisher

L'austérité cachée

Sous le théologien célèbre et l'évêque public se cachait un ascète. Fisher mortifiait son corps fragile par les jeûnes, les disciplines (flagellations) et le port habituel du cilice.[72][73] Pour entretenir en lui le souvenir de la mort, il gardait, dit-on, un crâne humain posé sur l'autel pendant qu'il célébrait la messe, et sur sa table pendant ses repas.[74] Cette familiarité avec la mort n'avait rien de morbide : elle préparait, jour après jour, l'évêque au sacrifice qu'il pressentait.

Dans son homélie de canonisation, Pie XI résuma cette vie cachée :

« Il avait coutume d'affliger son corps délicat par les jeûnes, les disciplines et le cilice ; rien ne lui était plus cher que de pouvoir visiter les pauvres. » — Pie XI, homélie de canonisation de saint John Fisher, 19 mai 1935.[75]

Les écrits spirituels

Fisher n'a pas seulement combattu : il a nourri les âmes. Vers 1508, il publie un traité sur les sept Psaumes pénitentiels (Treatise on the Penitential Psalms), recueil de dix sermons prêchés devant Lady Margaret Beaufort. Ce fut la première collection de sermons en anglais jamais imprimée, rééditée plusieurs fois de son vivant.[76][77]

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Pendant ses quatorze mois de captivité à la Tour, l'évêque écrivit pour sa demi-sœur Elizabeth White, moniale dominicaine, deux petits chefs-d'œuvre de spiritualité : A Spiritual Consolation et The Ways to Perfect Religion.[78][79] On y entend la voix d'un homme qui se prépare à mourir et qui veut aider une âme à aimer Dieu jusqu'au bout :

« L'amour rend toute œuvre facile et douce, fût-elle en elle-même pénible. » — Saint John Fisher, The Ways to Perfect Religion.[80]

« La vie de l'homme ici-bas n'est que pour un temps ; bientôt elle périra et prendra fin. Aucun répit, aucun vide de temps, aucun loisir ne peut être obtenu : toujours elle tend vers sa fin. » — Saint John Fisher, Commentaire des Psaumes pénitentiels.[81]

Béatification, canonisation et héritage

La béatification par Léon XIII (1886)

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La cause de Fisher chemine lentement avec celle des martyrs anglais de la Réforme. Le 29 décembre 1886, le pape Léon XIII le béatifie, parmi un large groupe de martyrs d'Angleterre.[82][83] Fait significatif : dans le décret, la première place de tous fut donnée à Fisher — reconnaissance de son rang d'évêque et de théologien martyr.

La canonisation par Pie XI (1935)

Près d'un demi-siècle plus tard, pour le quatrième centenaire de son martyre, le pape Pie XI canonise John Fisher le 19 mai 1935, en même temps que Thomas More.[84][85] Dans son homélie, Pie XI loue la science et la sainteté de l'évêque, et présente sa mort comme un double témoignage : celui de l'indissolubilité du mariage chrétien — « un lien indissoluble pour tous, même pour ceux qui portent le diadème royal » — et celui de la primauté du Pontife romain.[86]

Fête liturgique et mémoire

La fête de saint John Fisher est fixée au 22 juin, qu'il partage avec saint Thomas More.[87][88] Il est honoré comme patron du diocèse de Rochester et invoqué pour le courage et par ceux qui sont persécutés pour leur foi.[89] Sa figure d'évêque pauvre, savant et fidèle reste, dans l'Angleterre catholique, le symbole de l'épiscopat tel qu'il devrait être.

Que retenir de saint John Fisher ?

Saint John Fisher tient ensemble ce que l'on dissocie souvent : la plus haute science et la plus humble pauvreté, la plume du théologien et le sang du martyr, l'autorité de l'évêque et l'obéissance du croyant. Il fut le savant que toute l'Europe admirait, et l'évêque qui resta trente et un ans dans le diocèse le plus pauvre du royaume ; le théologien qui réfuta Luther par les livres, et le vieillard qui répondit à Henri VIII par sa tête.

Son martyre dit une vérité simple et redoutable : il y a des choses qu'un évêque ne peut pas signer. Quand presque tout l'épiscopat de son pays plia, un seul resta debout — non par orgueil, mais parce qu'il ne pouvait pas reconnaître à un roi ce qui n'appartient qu'au Christ et à son Église.

« Chaque fois qu'il s'agissait de défendre l'intégrité de la foi et des mœurs, comme un second Précurseur du Seigneur — dont il portait le nom et se glorifiait —, il n'avait pas peur de proclamer ouvertement la vérité. » — Pie XI sur saint John Fisher, homélie de canonisation, 1935.[90]

C'est pourquoi, près de cinq siècles plus tard, saint John Fisher demeure le saint des consciences qui ne cèdent pas : pour tout évêque, tout théologien, tout chrétien tenté de faire taire la vérité pour rester en place, il rappelle qu'on peut être savant et martyr, prudent et intrépide, fidèle au roi mais à Dieu d'abord.

Pour aller plus loin

  • Saint Thomas More (1478-1535) — l'ami laïc de Fisher, Lord Chancelier d'Angleterre, décapité deux semaines après lui et canonisé avec lui en 1935.
  • La Réforme protestante — le bouleversement européen face auquel Fisher défendit la foi catholique par ses grandes œuvres.
  • L'anglicanisme — l'Église née de la rupture d'Henri VIII avec Rome, que Fisher refusa de cautionner.
  • Léon XIII (1810-1903) — le pape qui béatifia Fisher parmi les martyrs anglais en 1886.

Notes et références

  1. Wikipédia (EN), article « John Fisher » (consulté en juin 2026) : né vers le 19 octobre 1469 à Beverley (Yorkshire), fils de Robert Fisher, mercier ; demi-sœur Elizabeth White, moniale dominicaine de Dartford ; Michaelhouse (Cambridge), B.A. 1487, M.A. et fellow 1491, ordonné prêtre le 17 décembre 1491 avec dispense d'âge ; confesseur de Lady Margaret Beaufort (1497), fondation de Christ's College et St John's College, premier titulaire de la chaire Lady Margaret ; chancelier de Cambridge ; apprentissage du grec et de l'hébreu, protection d'Érasme ; évêque de Rochester (bulle du 14 octobre 1504), diocèse le plus pauvre d'Angleterre ; Assertionis Lutheranae Confutatio (1523), De Veritate Corporis et Sanguinis Christi in Eucharistia contre Œcolampade (1527) ; défenseur de Catherine d'Aragon, déclaration « comme saint Jean-Baptiste » ; seul évêque anglais à refuser le serment ; affaire d'Elizabeth Barton (attainder, mars 1534) ; arrestation et Tour de Londres (26 avril 1534) ; cardinal de San Vitale (mai 1535) ; procès du 17 juin 1535, témoignage de Richard Rich ; exécution le 22 juin 1535 à Tower Hill ; corps jeté à All Hallows Barking puis St Peter ad Vincula, tête exposée sur le pont de Londres ; béatifié par Léon XIII (1886), canonisé par Pie XI (19 mai 1935). Âge à la mort : 65 ans (naissance 1469).

    1 5 7 9 11 15 17 20 21 25 32 33 37 38 40 44 46 48 50 52 57 69 71 74 83 85
  2. Catholic Encyclopedia (New Advent), « St. John Fisher » (newadvent.org/cathen/08462b.htm) : né à Beverley, Yorkshire, « 1459 (?1469) » ; Michaelhouse (1484), B.A. 1487, M.A. et fellow 1491, maître de Michaelhouse vers 1494, D.D. 1501, vice-chancelier 1501 ; confesseur de Lady Margaret Beaufort (1497), fondation des deux collèges et des chaires Lady Margaret, Fisher premier titulaire à Cambridge ; oraisons funèbres d'Henri VII et de Lady Margaret (1509), encore conservées ; chancelier de Cambridge réélu dix ans puis à vie ; protection d'Érasme et de l'étude du grec ; évêque de Rochester (bulle du 14 octobre 1504), refus de Lincoln et d'Ely ; sermon contre Luther (1521) ; De Veritate… adversus Oecolampadium (1527) ; défense du mariage royal, déclaration « comme saint Jean-Baptiste, prêt à mourir pour l'indissolubilité du mariage » ; affaire de la Nonne de Kent (attainder + amende) ; refus du serment, Tour de Londres ; cardinal de San Vitale (mai 1535) ; le roi « enverrait la tête à Rome » ; procès du 17 juin 1535, haute trahison ; exécution le 22 juin 1535 à Tower Hill ; « He met death with a calm dignified courage which profoundly impressed all present » ; corps jeté nu à All Hallows Barking puis St Peter ad Vincula ; tête sur le pont de Londres ; béatifié par Léon XIII (29 décembre 1886), première place du décret donnée à Fisher.

    2 8 10 13 14 16 18 19 23 24 26 27 31 35 41 42 45 49 51 56 67 68 70 76 79 82
  3. Tudor Society, « 20 May – A cardinal's hat for a headless man » : Paul III crée Fisher cardinal-prêtre de San Vitale le 20 mai 1535 alors qu'il est à la Tour ; mot d'Henri VIII selon le biographe Richard Hall : « let the Pope send him a hat when he will, but I will so provide that whensoever it commeth, he shall wear it on his shoulders, for head he shall have none to sett it on » ; variante de l'ambassadeur impérial Eustace Chapuys : « I will give him another hat, and send the head afterwards to Rome for the cardinal's hat. »

    3 53 54 55
  4. Pie XI, homélie de canonisation de saint Thomas More et de saint John Fisher, 19 mai 1935 (homélie prononcée à Rome lors de la canonisation conjointe des deux martyrs anglais ; texte intégral anglais concordant, ex. The Remnant et The Catholic Thing) : Fisher loué pour sa science sacrée et profane et sa vertu ; austérité (« He was wont to afflict his delicate body with fastings, scourges, and hair cloth; nothing was dearer to him than to be able to visit the poor ») ; martyre pour « the sacred bond of Christian marriage — a bond indissoluble for all, even for those who wear the royal diadem » et pour la primauté romaine ; « like a second Precursor of the Lord, in whose name he gloried, he was not afraid to proclaim the truth openly ».

    4 43 72 75 84 86 90
  5. Wikipédia (FR), article « John Fisher » : naissance le 19 octobre 1469 à Beverley, père commerçant, mère Agnès remariée à un White ; ordonné prêtre en 1491 (dispense d'âge), docteur en théologie le 5 juillet 1501 ; vice-chancelier (1501) puis chancelier de Cambridge, déclaré chancelier à vie en 1514 ; apprentissage du grec et de l'hébreu ; Assertionis Lutheranae Confutatio (1523) ; Defensio Regiae Assertionis (1525) ; défenseur de Catherine d'Aragon au tribunal légatin de Blackfriars (1529) ; seul évêque à refuser le serment de succession ; exécuté le 22 juin 1535.

    6 12 22 34 39 47
  6. Rochester Cathedral, « Fisher » (rochestercathedral.org/forc/fisher) : Rochester, diocèse le plus pauvre d'Angleterre (~300 £/an) ; Fisher y reste 31 ans, refuse Lincoln et Ely ; mot rapporté : « I would not forsake my poor old wife of Rochester for the richest widow in the land » ; évêque résident, six visites diocésaines, synode en 1515, soin personnel des pauvres et des malades.

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  7. EWTN, notice « St. John Fisher » : confirme le titre latin complet De Veritate Corporis et Sanguinis Christi in Eucharistia (contre Œcolampade, Cologne, 1527) et la stature de Fisher comme théologien anti-luthérien.

    36
  8. Tudor Society, « June 22 – The execution of John Fisher, Bishop of Rochester » : témoignage de Richard Rich (« the King was not, nor could be, by the Law of God, Supreme Head in earth of the Church of England ») seule preuve du procès ; peine de Tyburn commuée en décapitation, à exécuter avant le 23 juin (veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste) ; récitation du Te Deum sur l'échafaud ; exécution le 22 juin 1535 sur Tower Hill.

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  9. Luminarium, « The Death of John Fisher » (luminarium.org/renlit/fisherdeath.htm), d'après les récits anciens (Thomas Fuller, biographes contemporains) : au seuil de la Tour, Fisher ouvre son Nouveau Testament sur Jn 17, 3-4 (« Haec est autem vita aeterna… ») et dit « Here is even learning enough for me to my life's end » ; il revêt des habits blancs et propres plutôt que son cilice habituel, appelant ce jour son « marriage-day » ; discours sur l'échafaud (« Christian people, I am come hither to die for the faith of Christ's holy catholic church… I beseech Almighty God of his infinite goodness to save the king and this realm ») ; récitation du Te Deum et du psaume In te, Domine, speravi ; « such a cheerful countenance, such a stout and constant courage, and such a reverent gravity ».

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  10. National Catholic Register, « St. John Fisher, Cardinal-Martyr of England » : confirme l'épisode du Nouveau Testament ouvert sur Jn 17, 3 et la parole « Here is even learning enough for me to my life's end » (variante Catholic Online : « There is enough learning in that to last me the rest of my life »).

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  11. Franciscan Media, « Saint John Fisher » (saint-of-the-day) : fête liturgique le 22 juin (avec Thomas More) ; Treatise on the Penitential Psalms (vers 1508), première collection de sermons imprimée en anglais, plusieurs fois rééditée ; invoqué pour le courage.

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  12. CatholicSaints.Info, textes de saint John Fisher écrits à la Tour de Londres pour sa demi-sœur Elizabeth White : The Ways to Perfect Religion (« Love maketh every work appear easy and pleasant, though it be right displeasant of itself ») et A Spiritual Consolation.

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  13. Saint John Fisher, Treatise concerning the Fruitful Sayings of David (commentaire des sept Psaumes pénitentiels, sermons prêchés vers 1508, première édition 1508 ; rééd. Early English Text Society, numérisé sur Internet Archive) : « The life of man here is only for a while; it will shortly perish and be at an end. No space, no void of time, no leisure can be had, but always it draws to an end. »

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  14. Catholic Online, « St. John Fisher » (catholic.org/saints) : évêque de Rochester, cardinal, martyr ; fête le 22 juin ; patron du diocèse de Rochester, invoqué par les persécutés.

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